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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 12 septembre 2026

24ème dimanche ordinaire A - 13 septembre 2026

 Combien de fois faut-il pardonner ? 





(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes A, éd. Les presses d'Ile de France)




 

            Dimanche dernier, les textes bibliques parlaient déjà tous du péché et du pardon. Jésus avait enseigné à ses disciples l’obligation du pardon. Il leur donnait la marche à suivre si du mal nous a été fait. Souvenez-vous : Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul… S’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes… Sil refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Eglise. L’évangile de ce dimanche est la suite immédiate de cet enseignement de Jésus et on le doit à une question posée par Pierre.

             La question de Pierre est simple, et je suis sûr qu’elle nous a tous traversé l’esprit un jour ou l’autre. Lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Il nous montre qu’il a bien intégré la nécessité de pardonner enseignée par Jésus quelques temps auparavant ; mais il veut une précision supplémentaire que je traduirai volontiers ainsi : à partir de quel moment je me fais avoir par celui qui me fait du mal à répétition, quand bien même je lui ai pardonné. Ou pour dire les choses autrement : le pardon que je dois donner inconditionnellement, n’est-il pas un pousse-au-crime, un encouragement à recommencer si cela dépasse un certain nombre de fois ? Et Pierre de poser une limite : Jusqu’à sept fois ? Limite qui n’est pas un hasard ; le chiffre sept dans la Bible souligne la perfection, la plénitude et l’accomplissement de l’œuvre divine, comme on peut le voir dans le récit de la création : Le septième jour, Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite (Gn 2,2). Comme si Pierre demandait à Jésus s’il fallait atteindre cette perfection qui n’est qu’en Dieu, ou s’il pouvait arrêter avant. Aucun être humain n’a envie de se faire avoir ; aucun être humain n’aime se voir tourné en ridicule par celui qui ne partage pas ses standards. Pardonner, pour Pierre, et pour beaucoup d’entre nous, ça a (ou ça devrait avoir) des limites ! Parce qu’en fait, le mal fait devrait avoir des limites. Pour beaucoup de nos contemporains, pardonner est un signe de faiblesse, un refus de poser des limites claires qu’un bon coup de poing aurait l’avantage de poser bien plus clairement !

             La réponse de Jésus alors ne cesse de me surprendre : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. Puisque les chiffres et les nombres ont un sens dans la bible, il nous faut comprendre alors d’où Jésus sort ce soixante-dix et ce qu’il peut bien signifier. Il ne peut s’agir d’une simple multiplication mathématique, encore que cela ferait déjà beaucoup puisqu’on arriverait à 490 fois, nombre qui témoignerait déjà d’une grande patience ou qui risque de démontrer justement ce que je disais il y a un instant : une bonne réplique ou un bon coup dans la figure, c’est plus efficace pour faire comprendre qu’il y a des limites à tout. Nous comprenons bien qu’avec Jésus, ce n’est pas aussi simple ! Il faut relire le Psaume 89 (90) pour trouver une explication. Il nous fait prier ainsi : Le nombre de nos années ? soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux ! Autrement dit, soixante-dix est la durée de vie biblique proverbiale. Le nombre d’années qu’on nous accorde normalement pour accomplir notre mission sur terre (Israël et le secret du nombre 70 - Aish.fr Monde Juif, Découvrir Israël, Page D'accueil, Israel, Yom Haatsmaout). Autant dire qu’il nous faudra pardonner toute notre vie ; c’est juste pour rappeler à ceux qui ont dépassé cet âge vénérable qu’ils n’en sont pas pour autant dispensés de pardonner encore et toujours. Et Jésus de poursuivre avec une parabole, celle du débiteur impitoyable, à qui une énorme dette avait été remise, mais qui s’est trouvé incapable de faire de même pour l’un de ses débiteurs qui ne lui devait qu’une somme ridicule au regard de la dette qu’il venait de se voir effacer. Cent pièces d’argent contre soixante millions de pièces d’argent : son débiteur ne lui devait que  de l’argent de poche alors que lui, sa vie n’aurait pas suffi à tout rembourser. Si je pars sur la base d’une vie accomplie bibliquement, soit 70 ans, et que je divise les soixante millions de pièces d’argent par ce nombre, il devrait trouver 857 142,85 pièces d’argent par année de vie. On s’accordera sur le fait qu’il n’était pas un nouveau-né quand il a contracté cette dette et qu’il avait donc moins de temps pour rembourser, et donc mécaniquement plus de pièces à trouver ! Mettons qu’il ait eu trente ans, il lui restait bibliquement 40 ans à vivre, soit 1,5 millions de pièces d’argent à trouver chaque année. Quand je vous dis que les cent pièces d’argents, c’est de l’argent de poche à côté, vous pouvez me croire ! A l’audition de la parabole, nous sommes tous légitimement révoltés par l’attitude de ce débiteur impitoyable qui envoie en prison quelqu’un qui ne lui devait que de la petite monnaie alors que lui s’était vu remettre une dette énorme, irremboursable comme les chiffres le montrent.

             Vous l’aurez noté au passage : la parabole de Jésus ne parle pas du nombre de fois qu’il nous faut pardonner ; elle nous parle du pardon inlassable du roi – comprenons bien de Dieu – qui ne refuse jamais son pardon à qui le lui demande. Demander pardon, c’est bien ce qu’avait fait l’ingrat quand le roi ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens parce qu’il n’avait pas de quoi rembourser. Prends patience envers moi, disait-il, et je te rembourserai tout.  Le roi s’était laissé prendre, le laissa partir et lui remit sa dette. En clair, pas de rééchelonnement de la dette, mais bien plus rien à rembourser. Mais quand son compagnon a utilisé les mêmes mots envers lui (Prends patience envers moi, et je te rembourserai), il refusa et le fit jeter en prison. La miséricorde dont le roi avait fait preuve envers lui, il n’a pas su, ou n'a pas voulu, en faire bénéficier son compagnon. L’enseignement de Jésus est limpide : refuser de pardonner à ceux qui commettent des fautes contre nous, alors que Dieu nous pardonne inlassablement les fautes que nous commettons contre lui, voilà qui est indigne du pardon reçu et qui ne peut que mettre en colère Dieu lui-même. La réaction du roi de la parabole ne se fait pas attendre quand il a vent de ce scandale : le débiteur impitoyable, il le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait. Et Jésus de conclure : C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond de son cœur, comprenons : sans qu’il ne subsiste de rancœur.

Combien de fois faut-il pardonner ? Telle était la question de Pierre. La réponse de Jésus est aussi simple à énoncer que le fût la question de son Apôtre : face à la source inépuisable de miséricorde que Dieu déverse sur nous quand nous le lui demandons, il nous faut transmettre des gouttes de la miséricorde reçue à ceux qui nous le demandent. Toujours ! C’est le prix de notre salut ! Faire modestement pour les autres ce que Dieu fait généreusement pour nous. Il n’y a pas d’autre voie. Amen.

 

samedi 5 septembre 2026

23ème dimanche ordinaire A - 6 septembre 2026

 Face à l'inévitable du péché, l'obligation du pardon. 





(Dessin de M. Leiterer, avec son aimable autorisation)



 


            Certains le disent mignon, les croyants essaient de le fuir, les prédicateurs sont plutôt contre : je vous parle du… du péché. Certains disent qu’ils ne peuvent pas, les croyants sont invités à le vivre inconditionnellement, les prédicateurs devraient en parler plus : je vous parle du… du pardon. A bien écouter les lectures de ce dimanche, qui pour une fois présentent une belle unanimité, voici les deux questions essentielles qu’il nous faut affronter aujourd’hui.

            L’histoire du salut, que ce soit dans la Première Alliance ou dans la Nouvelle Alliance, nous montre l’amour de Dieu pour les hommes qu’il a créés et sa volonté de les sauver depuis que le péché s’est introduit dans leur vie. Voyez dans la Genèse comment Dieu, après la faute partagée d’Adam et Eve prend encore soin d’eux en leur confectionnant des vêtements. Voyez comment il a formé et sans cesse libéré ce peuple depuis Moïse jusqu’à Jean le Baptiste, pour qu’il se convertisse et marche humblement derrière son Dieu. Voyez comment, le péché ayant surabondé, il a offert surabondamment son pardon en acceptant que Jésus se livre sur la croix pour ouvrir à tous les hommes la route du Royaume des cieux. La première lecture nous a fait comprendre toute l’œuvre des prophètes qui, à l’exemple d’Ezéchiel, ont été envoyés et établis comme guetteurs, chargés de prévenir le peuple de revenir à Dieu et d’abandonner toute conduite mauvaise. Ils ont été nombreux, avant, pendant et après l’exil, à avertir, à proposer une autre voie que le péché. Et pourtant, avec le psalmiste, il nous faut nous interroger tous : Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. C’est peut-être l’aspect le plus terrible : nous pouvons voir Dieu à l’œuvre et malgré tout entrer en révolte contre lui et nous laisser séduire par le mal. Paul lui-même posera ce constat terrible dans sa lettre aux Romains : Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. Il semblerait qu’il y ait comme un côté inévitable au péché. Et pourtant, il nous faut tenir bon, résister, car l’homme n’est pas fait pour le mal ; il est fait pour le bien, il est fait pour l’amour.

            C’est pour cela, et sans aucun doute possible pour moi, que Jésus insiste tant dans l’évangile sur la démarche du pardon. Puisque le mal semble inévitable, nous devons nous imposer l’obligation du pardon. Et Jésus a prévu tout un cheminement pour cela qui engage celui à qui du mal a été fait et celui qui a fait le mal. Ceux qui sont liés par le mal sont liés par le pardon. Comment ? Celui à qui le mal a été fait, doit aller voir son frère et lui faire des reproches, seul à seul. Celui qui a fait le mal doit donc l’écouter. Il aura alors un choix à faire : accepter les reproches et le pardon ou refuser. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes. Même processus qu’avant, mais à quelques-uns. Et même conséquence pour le pécheur : accepter ou refuser. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Eglise. Même processus, même conséquence pour le pécheur. Si le méchant peut s’obstiner dans le mal, le bon doit s’obstiner à vouloir pardonner, parce qu’il s’agit, comme le dit Jésus lui-même, de gagner un frère. Mais s’il refuse encore, qu’il en soit fait selon son entêtement : considère-le comme un païen et un publicain, parce que tu ne peux pas imposer ton amour et ton pardon ; Dieu lui-même se refuse à le faire ! Il laisse à chacun le choix du bien et du mal. Dieu l'a dit avec clarté à Ezéchiel : Si tu avertis le méchant d'abandonner sa conduite, et qu'il ne s'en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. Disciples de Jésus, nous ne devons pas nous habituer à voir nos frères et sœurs en humanité, se perdre et s’enfoncer dans le mal ; nous devons essayer de les gagner à Dieu, de les gagner au bien. C’est la raison de la diplomatie pontificale : inviter les hommes à se remettre autour d’une table pour discuter et trouver les chemins de l’entente et de la paix. C’est pour cela que Mgr Gallagher a été envoyé à Moscou ; c’est pour cela que le Pape Léon insiste tant sur la paix désarmée et désarmante. Il n’y pas d’avenir dans le mal et le péché. L’avenir appartient à la vie, l’avenir appartient au pardon, l’avenir appartient à la paix. Dès aujourd’hui, dans nos familles, dans nos quartiers, sur nos lieux de travail et de loisirs, nous devons y travailler. Il nous faut méditer l’appel de Paul aujourd’hui : n’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel. Et Paul de conclure dans le passage entendu ce matin : l’amour ne fait rien de mal au prochain. Quand on lit Paul, quand on l’entend, on ne peut dire que : Mais bien sûr, c’est cela qu’il faut faire ! Alors allons-y, essayons !

N’attendons pas d’être aimé par les autres pour les aimer à notre tour ; commençons ! Sinon, nous risquons d’attendre longtemps et de perdre une grande partie de notre vie. Si Jésus avait attendu que les hommes se convertissent et croient en lui, il aurait pu rentrer chez son Père sans passer par la croix. Mais parce qu’il a pris sur lui d’affronter le mal et le péché une fois pour toutes, il est allé à la croix et nous a dit, les bras écartés, combien il nous aimait : il nous a aimé jusque-là, jusqu’à la mort en croix, pour que nous puissions être sauvés. Chrétiens, nous connaissons le prix du pardon, nous connaissons le prix de l’amour. Le Christ l’a payé pour tous. Devant l’inévitable du péché, imposons-nous l’obligation du pardon pour que l’amour du Christ, reçu en héritage, fructifie et devienne vie éternelle pour tous ceux qui le veulent. Amen.

samedi 29 août 2026

22ème dimanche ordinaire A - 30 août 2026

 Pierre avait la bonne réponse, mais...







 

            Souvenez-vous dimanche dernier : à la question de Jésus : Pour vous, qui suis-je ? Pierre avait répondu : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Et cela lui a valu d’être déclaré heureux et de recevoir la primauté sur le groupe des Douze : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Aujourd’hui, le même Pierre se fait rabrouer par Jésus : Passe dernière moi, Satan ! On pourrait dire qu’il passe de la bénédiction à la malédiction en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pierre est celui qui avait la bonne réponse, mais… mais quand Jésus explique qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et le troisième jour ressusciter, Pierre refuse. Et c’est là une grande leçon pour nous.

            En matière de foi, nous pouvons avoir les bonnes réponses, comme Pierre. Nous avons appris notre catéchisme, nous avons un peu de mémoire, on sait donner la réponse attendue mais… sans vraiment comprendre ce que nous avons appris. Cela me fait penser à cette histoire entendue d’un petit garçon que ses parents envoyaient à l’Eglise chaque dimanche, sans jamais se donner la peine de l’accompagner. En rentrant, il avait droit à un petit interrogatoire du genre : de quoi a parlé le curé aujourd’hui ? Un dimanche, le petit garçon répond : il nous a parlé du péché. Ah bon, reprirent ses parents ; mais qu’en a-t-il dit précisément ? Et le garçon, après un moment d’hésitation, de répondre : Je crois qu’il était plutôt contre ! Les questions simples, nous savons répondre ; comprendre au point de pouvoir expliquer, c’est plus difficile. Il ne suffit donc pas d’avoir la bonne réponse, il faut la comprendre. Jésus en est bien conscient puisque Matthieu précise dans son évangile que c’est à partir de ce moment-là (c'est-à-dire le moment où Pierre a fait sa profession de foi) que Jésus commence à montrer à ses disciples la réalité de cette affirmation : Tu es le Christ. Nous savons aussi, dans l’évangile de Matthieu, que l’explication de Jésus, pourtant donné encore deux autres fois après cette première, n’a pas été suffisante pour faire comprendre aux disciples cette réalité. Quand ces événements arriveront, Pierre reniera, les disciples s’enfuiront, laissant Jésus seul accomplir son destin. Avoir la bonne réponse suppose de la comprendre ; et pour cela, il nous faut y mettre un peu du nôtre.

            En matière de foi, nous pouvons encore avoir la bonne réponse, mais ne pas accepter les conséquences de la réponse. C’est ce qui arrive à Pierre quand nous le rencontrons aujourd’hui. Certes, il ne savait pas ce qu’il a dit (entendons qu’il ne comprenait pas ce qu’il a dit) quand il a affirmé devant tous que Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Souvenez-vous de la parole de Jésus dimanche dernier : c’est mon Père qui est aux cieux qui t’a révélé cela. Pierre répète les paroles d’un autre. Mais quand Jésus explique aujourd’hui de quoi il en retourne, c'est-à-dire comment il sera le Christ (en mourant sur la croix), Pierre disjoncte. Il n’accepte pas. Il n’accepte pas ce que Jésus a compris ; il n’accepte pas la manière dont Dieu va réaliser son projet de salut pour tous les hommes. Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. Ne pas comprendre, ce n’était pas grave, cela avait même un petit côté charmant. Mais refuser la réalité, s’opposer à Dieu, c’est prendre le parti de l’adversaire, d’où le retentissant Satan adressé à Pierre. Il chute, comme Satan a chuté dans la tradition, en s’opposant à la volonté de Dieu. La volonté de Dieu, ce n’est pas que Jésus meurt, mais que Jésus sauve toute l’humanité de tout ce qui la retient loin de Dieu. Et pour ce faire, il devra affronter le péché et la mort. Et donc mourir pour entraîner la mort elle-même à sa perte. Avoir la bonne réponse aux questions du catéchisme ne suffit pas si nous n’acceptons pas les conséquences concrètes qu’elles entrainent. Notre foi, dans sa totalité, nous devons la comprendre et nous devons l’accepter. C’est pour cela que chaque année nous refaisons profession de foi au cours de la nuit pascale. Dieu sait bien que, comme Pierre, nous passons de la bénédiction à la malédiction, du désir d’être avec Jésus à l’impossibilité de l’être vraiment sur certains points que nous refusons encore. Ce qui compte, c’est que, petit à petit, nos pensées ne soient plus celles des hommes, mais celles de Dieu. Ce qui compte, c’est que d’année en année, nous acceptions mieux le projet de Dieu et la réalisation de ce projet d’abord dans notre vie. 

            Jésus en indique le chemin et il peut nous sembler rude. Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. C’est facile à dire pour Jésus, c’est plus difficile à entendre pour nous. Comme Pierre qui voulait pour Jésus un autre chemin que celui de Jérusalem, nous voudrions que notre foi nous garde à l’abri des difficultés. Après tout, nous fournissons des efforts pour Dieu ; nous allons à la messe le dimanche, nous essayons d’être gentils avec tout le monde ; Dieu pourrait au moins nous garder des difficultés et des épreuves de la vie. Ce n’est pas déraisonnable de le croire, non ? A Pierre, à nous, qui avons du mal à comprendre la croix du Christ, à comprendre quelquefois notre propre vie, il n’est donné comme chemin que… notre croix à porter à la suite de Jésus. Autrement dit, mettre nos pas dans les siens, en toutes choses, avec cette certitude que Jésus en est sorti victorieux (c’est là notre foi !) et que nous le suivrons dans sa victoire (c’est là notre espérance) ! Jésus a pris sa croix en premier, il l’a affronté, il est mort et ressuscité pour que nous puissions le suivre en prenant notre croix. Ne croyons pas, parce qu’il est le Christ, le Fils du Dieu vivant, que cela était facile pour lui. Sa prière à Gethsémanie en témoigne. Jésus est allé vers sa mort, avec les mêmes angoisses et sans doute la même peur que nous. Mais en faisant cela, il nous a ouvert la voie. La route qu’il nous ouvre par sa mort et sa résurrection ne se fermera pas à celui qui porte sa croix à la suite du Christ. La croix est la clé de notre victoire : qui perd sa vie A CAUSE DE MOI (de Jésus) la trouvera ! Jésus ne nous dit pas que cela est facile ; il nous dit qu’il est passé par là et que sa victoire est déjà notre victoire. 

            Pierre avait la bonne réponse, mais sans la comprendre. Et quand Jésus a expliqué ce que signifiait pour lui être le Christ, Pierre s’est révolté, parce que sa bonne réponse lui échappait ; il a refusé ce qu’elle signifiait. Apprenons de Pierre, apprenons de Jésus surtout ; suivons-le en portant notre croix avec la certitude que Jésus lui-même sera notre Simon de Cyrène, portant notre croix avec nous. De plus en plus conscients que notre victoire est dans la croix du Christ, nous pourrons alors reprendre les paroles du prophète Jérémie : Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Amen.

samedi 22 août 2026

21ème dimanche ordinaire A - 23 août 2026

 Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! 





 

            Il y a quelque chose de paradoxal dans l’évangile de ce dimanche. Jésus interroge ses disciples sur ce que les gens disent de lui, puis sur ce que les disciples ont compris de lui, avant de leur interdire d’en parler aux autres. Comme si ce que Pierre affirme avec force est trop dangereux pour les autres.

            Tout commence avec cette simple question : Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? Petit sondage express ou brève évaluation des connaissances, si vous préférez. Les gens, c'est-à-dire tous ceux qui ont croisé la route de Jésus et de sa troupe, ont-ils vraiment compris quelque chose à Jésus, à son message, à ses actes ? Les trois réponses données par les disciples démontrent que non. La figure du Fils de l’homme, personne ne l’applique à Jésus. Les gens lui préfèrent Jean le Baptiste, Elie, Jérémie ou l’un des prophètes. Autrement dit, des gens du passé, récent ou lointain, mais du passé. A croire que la figure du Fils de l’homme est dépassée ; une survivance d’un autre âge. Et d’une certaine manière, c’est normal. On interrogerait des gens d’aujourd’hui, qui ne sont pas au milieu de nous sur Jésus, nous aurions sans doute aussi des réponses un peu exotiques. Entre la figure du grand sage et du guérisseur, les réponses couvriraient sans doute une large palette. Jésus, c’est un vieux personnage, dont certains doutent même qu’il ait seulement existé, quand bien même de nombreuses études s’accordent à le reconnaître. L’homme Jésus a existé, c’est un fait.

            Après ce premier sondage sur un large panel, Jésus resserre sa cible : Et vous (c'est-à-dire vous qui êtes avec moi chaque jour), que dites-vous ? Vous aurez remarqué au passage que Jésus ne commence pas par dire à ses disciples que les gens ont tort, qu’ils se trompent dans les réponses apportées à la question initiale : Qui est le Fils de l’homme ? Il ne reprend pas même sa question initiale en faisant de grands gestes, pointant vers lui, pour que les disciples additionnent un plus un pour trouver deux. Et la logique aurait suggéré qu’à ce deuxième tour, les disciples répondent à ce que sous-entendait Jésus dans sa question première : pour nous, le Fils de l’homme, c’est toi ! Non, Jésus pose une autre question, qui oriente clairement vers lui : pour vous, qui suis-je ? Quand on fait un sondage, quand bien même on ressert le panel, on ne change pas radicalement la question. Mais ce n’est pas grave, et Pierre, qui semble répondre (selon son habitude) du tac au tac, prononce ces mots devenus célèbres : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! A-t-il compris sa réponse ? A-t-il mesuré l’énormité qu’il vient d’énoncer ? Jésus nous rassure : certes, il proclame Pierre heureux, mais il lui dit en même temps qu’il n’y a pas de quoi fanfaronner. Un souffleur est passé par là : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Autant dire que pour l’instant, ce ne sont que des mots d’un autre (Dieu) qui auront à devenir réalité comprise pour les disciples. Et nous savons que cela prendra du temps. Revenez dimanche prochain ; vous aurez la suite immédiate de l’évangile et vous comprendrez. Je ne vais pas spolier aujourd’hui ! A chaque dimanche, sa découverte ; c’est bien suffisant !

            Cette question de Jésus, même si Pierre a laissé à la postérité la réponse juste, demande malgré tout que chacun y réponse personnellement. Régulièrement, comme pour mieux montrer que la foi chrétienne perd du terrain, des instituts de sondage interrogent les chrétiens sur leur foi. Et les réponses ne sont pas toujours à la hauteur de celle de Pierre. Même pour certains baptisés, Jésus est juste un grand homme, éventuellement un sage spirituel, mais Fils du Dieu vivant, vous n’êtes pas sérieux ! Quant à dire qu’il est ressuscité, comme disaient les Grecs à Paul lors de son passage à Athènes : sur cette question, tu repasseras. Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons pas faire l’économie de cette question : pour moi, qui est Jésus ? Et il serait bon que nous la reprenions souvent : qui est Jésus pour moi, aujourd’hui ? Elle est salutaire, cette question, parce qu’elle nous permet d’être au clair, de mesurer les progrès ou les difficultés que nous rencontrons dans notre vie de foi. Elle est salutaire parce qu’elle fait de Jésus, non pas un personnage de l’Histoire, mais notre contemporain. Qui est Jésus pour toi aujourd’hui ? Dans ce moment de grande joie que tu vis, dans ce passage à vide que tu traverses, dans cette épreuve qui te met à genoux, qui est Jésus ? Et vous comprenez alors que la réponse n’est jamais simple à formuler, et qu’elle n’est jamais exprimée tout-à-fait de la même manière. Je voudrais que Jésus soit toujours le même pour moi, mais je dois honnêtement reconnaître que, selon ce que je vis, la formulation de ma réponse sera différente. Parce que notre réponse à cette question ne peut pas juste être une réponse apprise au catéchisme. Ce sera toujours la réponse que Dieu nous révèlera dans le moment que nous vivrons. Cela est vrai depuis que Dieu a révélé son nom à Moïse, jadis au buisson ardent. Je suis qui je suis, que l’on peut aussi traduire par : je suis qui je serai, autrement dit : tu verras bien qui je suis selon ce que tu auras à vivre.

Ce nom de Dieu, et le fait que notre réponse à la question de Jésus puisse différer selon les époques de notre vie, confirme que la promesse faite par Jésus au jour de l’Ascension est vraie : Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Que notre réponse puisse varier, ne signifie pas que Jésus change, mais que la perception que j’ai de lui, que l’expérience que je fais de sa présence à ma vie, change. C’est la même expérience que nous faisons dans nos rapports humains. Dire à quelqu’un que nous l’aimons quand tout va bien et que le ciel est bleu, c’est une chose. Le lui dire quand tout va mal, que les tensions et les difficultés nous éloignent l’un de l’autre, c’en est une autre. Vous comprenez alors pourquoi je vous ai dit que cette question était à reprendre régulièrement. Combien d’hommes et de femmes n’ont aucun mal à affirmer leur foi quand tout est simple, mais lâchent tout à la première difficulté ? J’ai fait confiance à Jésus, j’ai cru en lui, et regarde où cela m’a mené ! Dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, il nous faut consentir à dire à Jésus qui il est pour nous, pour pouvoir vivre dans la fidélité notre foi en lui, pour pouvoir vivre encore et toujours de sa présence aimante et attentive. 

Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? La réponse de Pierre, que nous pouvons faire apprendre aux enfants et aux catéchumènes, ne sera leur réponse que lorsqu’ils auront fait véritablement l’expérience toute personnelle de la rencontre avec Jésus, celui qui était mort et qui est vivant, ressuscité dans la gloire de Dieu. D’où l’ordre donné aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ. Ce n’est pas quelque chose qui se dit d’abord ; c’est quelque chose qui se vit. Il nous faut passer la Pâques avec Jésus pour comprendre véritablement les mots de Pierre, les mots du Père. Ecoutons, et donnons à entendre Dieu qui parle aux hommes, pour qu’après Pierre, avec nous, ils puissent confesser que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Amen.

dimanche 16 août 2026

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2026

 Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles ! 






(Tableau de Pieter LASTMAN, Jésus, la Cananéenne et les petits chiens,1617, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas)



 

 

            Je savais que Dieu avait de l’humour, mais je ne me doutais pas que son humour pouvait être grinçant. Il l’était assurément lorsqu’il a accompagné l’équipe de liturgistes qui a fait le choix des textes bibliques de ce dimanche. En les écoutant les uns après les autres, j’en viens à me demander si Jésus connaissait, ou avait lu seulement, le prophète Isaïe. Parce qu’il nous faut bien le reconnaître : il y a un gouffre entre ce qu’annonce Isaïe et les réponses de Jésus à la Cananéenne qui vient demander la libération de sa fille. Et c’est là que l’humour de Dieu est grinçant, parce que cela rappelle le gouffre qui existait du temps du Pape François et qui se prolonge avec le Pape Léon et un certain vice-président outre atlantique sur la même question : celle de notre rapport aux étrangers et à l’attention et à l’amour qu’on leur doit.

            Le prophète Isaïe est témoin de la volonté de Dieu lui-même d’accueillir tous les étrangers qui l’honorent et qui deviennent ses serviteurs, et de son désir de les conduire à [sa] montagne sainte. C’est la prophétie qu’il nous rapporte, au nom de Dieu. Quand il proclame la parole de Dieu, il commence par ces mots : Ainsi parle le Seigneur ! Ce qu’il nous partage, c’est bien la volonté de Dieu, et non pas sa manière de la comprendre. Il n’y a pas de doute à avoir sur ce que Dieu veut pour tous les peuples, à savoir leur unité, leur communion, autour de lui. Si Israël est son peuple particulier, il n’en est pas pour autant son chouchou, mais bien celui qui doit conduire les autres peuples à la pleine connaissance du Dieu un et vrai. Dieu lui-même parle de sa maison comme d’une Maison de prière pour tous les peuples. Le doute n’est vraiment pas permis : le Dieu de la révélation biblique veut être le Dieu de tous les peuples. Pour qu’il y arrive, il faudra bien que tous les peuples s’entendent, sous peine de transformer le royaume de Dieu en enfer !

            L’Apôtre Paul, qui a fait de la conversion des peuples païens sa mission à la demande de Dieu lui-même, porte ce beau rêve et l’exprime aux chrétiens de Rome dans la lettre qu’il leur fait parvenir. S’il rappelle bien que les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance, et donc que la vocation d’Israël à être le peuple particulier de Dieu n’a pas été annulée, il n’en espère pas moins que ce même peuple, son peuple d’origine, retrouve la raison et reconnaisse en Jésus le Messie attendu ; il espère que ce peuple reviendra de son aveuglement et de son refus de croire… pour qu’il obtienne miséricorde comme les nations païennes, revenues de leur incroyance, ont obtenu miséricorde. Paul exprime son désir d’unité entre Israël et les nations païennes dans cette phrase admirable : Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde. Pour ne favoriser personne, pour que tous aient la possibilité de se savoir aimé et pardonné, il a mis tous les peuples sur un pied d’égalité, en ce sens que tous ont été, à un moment ou à un autre de leur histoire, les incroyants qui reviennent vers lui. C’est l’attitude du Père prodigue en amour et en pardon pour ses deux fils : le plus jeune qui était parti vivre une vie de patachon et qui ne pense plus être digne d’être fils ; et l’aîné, drapé dans ces certitudes et son bon droit qui estime qu’il n’a jamais été reconnu à sa juste valeur. Aux deux, le Père dit qu’ils sont ses fils ; aux deux, il propose le même banquet de la réconciliation.

            C’est pour cela que nous pouvons légitimement avoir du mal avec l’attitude des disciples de Jésus qui attendent de lui qu’il renvoie cette femme qui les poursuit de ses cris, et avec l’attitude de Jésus qui d’abord la bat froid en n’accusant même pas réception de sa demande. D’abord, il ne lui répondit pas un mot, pour ensuite lui répondre sèchement : je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Quand bien même cela est vrai, on y met les formes. Et surtout, on ne rajoute pas cette parole à la limite de l’insulte : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Cette dernière parole produit alors un vrai miracle, qui n’est pas d’abord la guérison attendue. Non, pour moi, le premier miracle, c’est la persévérance et l’audace de cette femme, qui insiste, qui ne se démonte pas, qui revient sans cesse à la charge au point qu’elle ose reprendre Jésus, que la foule tient pour un maître. Elle reprend Jésus du tac au tac : Oui, Seigneur, que nous pouvons entendre comme un : Tu as raison, mais… mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Elle reconnaît, elle, la Cananéenne, la mal-croyante, la place particulière de la maison d’Israël ; mais en même temps, elle reconnaît que si cette maison ne veut pas, si elle laisse des miettes de la grâce de Dieu tomber par terre, pourquoi les petits chiens (c'est-à-dire elle et tant d’autres) n’en profiteraient-ils pas ? Elle dit à Jésus que si la maison d’Israël ne veut pas reconnaître le Messie quand il passe au milieu d’elle, elle, la Cananéenne, n’est pas tenue de faire pareil ; elle récupère, presqu’avec gourmandise, ces miettes de grâce ; elle veut croire que Jésus est le Messie et donc qu’il peut quelque chose pour sa fille, d’où ses cris et sa charge incessante, malgré l’hostilité ambiante. Jésus ne peut rien faire d’autre que de lui accorder le miracle qu’elle espérait : Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu veux ! La prophétie faite par Isaïe s’accomplit en cet instant. 

            Ce miracle s’accomplit encore aujourd’hui. Alors que certains n’espèrent qu’une chose, la fin de l’Eglise, dont la baisse de la pratique et la crise des abus devaient être les signes évidents de sa décadence, voilà que d’autres ramassent les miettes de grâce que nous avons laissé tomber de notre table. Le nombre de catéchumènes explose d’année en année, interrogeant nos communautés vieillissantes ; la visite annoncée du Pape Léon fait déjà le plein sur quelques événements, et les voix gênées de ceux qui avaient prédit l’effondrement de l’Eglise, ne peuvent que distiller le poison de leur étonnement et de leur haine de l’Eglise, plutôt que de reconnaître que l’Eglise du Christ est loin d’avoir dit son dernier mot, et que la foi en Jésus Christ est bien vivante en terre de France. On a beau nous moquer, Dieu parle et agit dans le cœur des hommes et des femmes de notre temps. Si une forme de l’expression de l’attachement à la foi disparaît, l’Eglise poursuit de vivre du Christ et de l’Evangile, se purifiant toujours pour mieux correspondre à ce que Dieu attend d’elle. Ceux qui étaient loin s’approchent, sont séduits par Jésus et demandent à entrer dans cette Eglise. Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles, pour que la grâce de Dieu puisse faire son œuvre et révéler la richesse de la foi et la puissance de la miséricorde de Dieu à tous les peuples. Amen.

vendredi 14 août 2026

Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2026

 Le Magnificat, chant d'une victoire annoncée ! 







 

            Quand l’Eglise proclame le dogme de l’Assomption, elle n’a pas besoin de faire œuvre de grande explication auprès des hommes : ce qu’elle proclame, le peuple le croit depuis des siècles. C’est même la foi du peuple chrétien qui en quelque sorte « oblige » l’Eglise à proclamer l’Assomption de la Vierge Marie, reconnaissant ainsi que Dieu s’exprime avec force par ces petits qui depuis toujours ont compris que Marie, la Mère de Jésus, n’avait pas pu connaître la dégradation du tombeau, mais qu’elle avait été appelée corps et âme dans la gloire de Dieu. La foi chrétienne ayant, pour les croyants, un sens, il ne pouvait pas en être autrement. Ce qui se joue, dans ce dogme, c’est l’espérance de tout un peuple et la certitude que le Puissant fit [en Marie d’abord, mais pour nous tous aussi encore] des merveilles.

Les textes qui nous parlent de Marie étant rares, la liturgie de cette solennité nous fait entendre l’évangile de la Visitation, c'est-à-dire un épisode du commencement de ce qui deviendra l’histoire de Jésus. Ce n’est pas le tout-premier (celui de l’annonciation), mais le deuxième, qui le suit immédiatement et qui nous vaut cette belle prière de Marie que l’Eglise reprend tous les jours dans l’office du soir, le Magnificat. Si nous l’interprétons d’abord comme un cantique programmatique de ce que sera la vie de l’Enfant qui grandit dans le sein de Marie, le fait de le proclamer aujourd’hui, nous le fait entendre comme le chant de l’accomplissement de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais. Les trois premiers versets de ce cantique annoncent ce que Dieu réalise et que nous célébrons aujourd’hui. Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Qui peut douter que Marie n’est pas la première aujourd’hui à chanter Dieu, alors qu’elle retrouve son Fils Jésus dans sa gloire ? Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse : c’est le contenu même de la foi du peuple de Dieu qui a toujours reconnu l’humilité de Marie et qui, dès le début de l’Eglise, a vu la place éminente qui était la sienne dans l’histoire du Salut. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! La dernière merveille que Dieu réalise pour la Vierge, c’est justement de préserver de la corruption du tombeau, [celle] qui a porté dans sa chair [son] propre Fils et mis au monde d’une manière incomparable l’auteur de la vie (Préface de l’Assomption). 

Avec cette dernière merveille, c’est tout le projet de Dieu pour l’humanité qui est redit et célébré. Parce que ce qui est désormais réalité pour Marie, est appelé à devenir notre réalité. Nous sommes appelés à la gloire du ciel. C’est le projet de Dieu depuis la Création : avoir auprès de lui un collaborateur, un partenaire d’Alliance fiable. Marie l’a été toute sa vie durant. Elle, fille d’Eve comme nous, nous démontre qu’il est possible de vivre de cette Alliance. Nous ne servons pas un Dieu sans mémoire ; nous ne servons pas un Dieu ingrat. Nous servons un Dieu qui nous veut avec lui chaque jour et pour l’éternité. En appelant Marie dans sa gloire, il nous est rappelé que c’est là notre destinée, que c’est là notre espérance. Oui, la miséricorde [de Dieu] s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, sur nous donc. Marie n’est pas une exception ; elle est le modèle du croyant qui choisit de suivre le Christ. Nous pouvons relire ainsi la préface de la messe Sainte Marie, modèle de l’Eglise qui nous fait chanter : Dans ton immense bonté, tu as donné à l’Eglise un modèle de culte parfait dans la Vierge Marie. Elle est, en effet, la Vierge qui écoute : elle accueille avec joie ta parole et la médite dans le silence de son cœur. Vierge en prière, elle exalte ta miséricorde dans son cantique de louange, elle intercède en faveur des époux à Cana, elle se joint à la prière unanime des Apôtres. Et la préface de la messe Sainte Marie, mère de l’Eglise nous fait chanter notre espérance et le rôle de Marie dans celle-ci : Elevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Eglise de son amour maternel dans sa marche vers la patrie jusqu’au jour de la venue glorieuse du Seigneur. A travers sa vie fidèle, Marie oriente toute vie vers ce que Dieu a promis à son peuple : le retour glorieux de Jésus et notre participation à sa gloire. Et ceci est fondamental parce que Marie n’a jamais fait que nous donner Jésus et de nous le montrer toujours. Elle nous montre le chemin vers lui, mais s’efface devant lui. Par son Assomption, Marie ne devient pas plus que nous ; elle devient ce que nous sommes tous appelés à devenir : des vivants dans la gloire du Dieu qu’ils ont servi. 

L’Eglise a raison de se réjouir aujourd’hui et de célébrer celle qui nous précède dans la gloire, parce qu’elle nous a précédée dans la foi. Elle a raison de chanter le cantique de Marie, chant d’une victoire annoncée. Puisse l’exemple de la Vierge faire grandir notre foi et notre espérance, et nous parviendrons, comme elle, à la gloire du Royaume où Dieu nous attend. Amen. 


samedi 8 août 2026

19ème dimanche ordinaire A - 9 août 2026

 De l'art et de la manière de parler de Dieu ! 




(Jésus marche sur les eaux, Tableau de James TISSOT, Brookling Museum)


 



            Il y a des textes bibliques qui sont un vrai coup de boost pour la foi parce qu’ils ont l’art et la manière de parler de Dieu. Toute la Bible nous parle de Dieu, me direz-vous ! Certes, mais tous les livres qui la composent ne le font pas de la même manière. Et c’est normal, parce que nous parlons de Dieu à partir de ce que nous connaissons, de ce que nous découvrons de lui, selon ce que nous vivons. La manière de penser Dieu, et donc de parler de lui, est différente selon que nous vivions en temps de paix ou en temps de guerre, selon que nous soyons heureux ou totalement déprimés. Tous les textes bibliques n’nt donc pas le même effet sur notre foi, nitre moral. La première lecture et l’évangile de ce dimanche sont, pour moi, des textes essentiels dans la compréhension de Dieu, capables de redonner le moral et de fortifier notre foi.

            L’extrait du Premier livre des Rois nous rapporte un moment de la vie d’Elie. Il est fatigué par ce peuple qui a rejeté Dieu ; il fuit devant Jézabel qui a promis sa mort. A celui qui est resté fidèle, Dieu demande de sortir de la grotte où il s’est réfugié pour se tenir en présence du Seigneur. Et ce moment en dit long sur le Dieu d’Elie, sur notre Dieu. A l’approche du Seigneur, dit le texte biblique, il y eut un ouragan fort et violent, puis un tremblement de terre, et un feu. Des manifestations puissantes, destructrices, mais dans lesquelles, nous dit l’auteur de ce livre, le Seigneur n’était pas. Le Dieu d’Eli, le Dieu d’Israël, notre Dieu, n’est pas un destructeur ; il ne manifeste pas sa puissance en fendant les montagnes et brisant les rochers. Eli reconnaît Dieu qui passe quand se lève le murmure d’une brise légère. Le murmure d’une brise légère. Quelque chose qui ne fait pas de bruit : pour entendre un murmure, il faut tendre l’oreille ; et quelque chose qui fait du bien. Les récents épisodes de canicule nous ont tous fait espérer le murmure d’une brise légère pour nous sortir de la fournaise. Dieu ne crie pas ; il murmure. Dieu ne détruit pas ; il fait du bien. Voilà ce que nous enseigne cette page de la Première Alliance. Et moi, cela me fait du bien de l’entendre ; cela donne à ma foi un nouvel élan. Dieu me veut du bien ; Dieu me parle doucement, tendrement. Et cela vaut pour tous. Dieu vous veut du bien ; Dieu vous parle doucement, tendrement.

            Cette affirmation est tellement vraie qu’elle se prolonge dans les textes de la Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus Christ. Lorsque nous le croisons, après un temps de prière, il vient vers ses disciples en marchant sur la mer, bien que la barque dans laquelle se tenaient ces derniers fut battue par les vagues, car le vent était contraire. Ne nous moquons pas des disciples qui prennent peur à cette vue ; nous aurions fait pareil et avec eux, nous nous serions mis à crier. Nous aussi, nous aurions cru voir un fantôme. Jamais personne n’avait marcher sur la mer ; jamais personne n’avait écrasé le mal de son talon. Il faut nous rappeler que la mer est le lieu où résident les forces du mal. La mer déchainée, aucun humain ne la contrôle, aucun humain ne la domine. Jésus, vrai homme et vrai Dieu, l’écrase de son pied. Il fallait qu’un disciple réagisse, et c’est Pierre qui naturellement s’y colle. Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Je ne suis certainement pas le seul dans cette barque à me dire qu’il a perdu une occasion de se taire, le Pierre. Mais Jésus lui dit : « Viens ! » et Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux. Et ça marche ! L’homme, quand il garde les yeux fixés sur Jésus peut écraser le mal de son talon, comme Jésus ! Mais quand il prend conscience de la force du vent contraire, il a peur et il coule. Pierre a cependant ce réflexe salvateur de crier vers Jésus : Seigneur, sauve-moi ! Ce qu’il fait en étendant la main.

            Comme le texte du Premier livre des Rois, Matthieu, en rapportant cet épisode, nous montre que Dieu, en Jésus, veut notre bien puisqu’il vient écraser le mal qui agite et bouleverse notre vie. Il nous redit aussi que Dieu n’est pas dans la tempête, mais qu’en Jésus, il la domine et en triomphe. Quand Jésus est dans la barque, le vent tombe. Il n’y a pas de place pour le mal là où est Jésus ; le mal est vaincu quand Jésus est accueilli dans une vie. Nous devons en être convaincus : par notre baptême, nous participons déjà à la victoire de Jésus sur le mal et la mort. La vie de Dieu, la vie éternelle, est déjà donnée. Nous pouvons faire nôtre la profession de foi des disciples : Jésus, vraiment tu es le Fils de Dieu ! Avec lui dans notre vie, nus pouvons combattre efficacement le mal, d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Même si c’est modeste. Il n’y a pas de petite ou de grande victoire sur le mal ; il n’y a que la victoire du Christ à laquelle nous participons, à notre manière, grâce à sa présence en notre vie. C’est l’œuvre du Christ qui se prolonge ainsi en nous. Sa victoire, obtenue sur la croix, il l’étend à nous, il nous en fait profiter, largement. Il nous faut le grain de folie de Pierre qui pense qu’il peut faire pareil, marcher sur la mer, si c’est Jésus qui le lui demande. Il nous faut croire qu’en Jésus, nous avons déjà notre victoire sur le mal et la mort. Ce n’est pas une utopie ; c’est notre réalité !

            Quand nous nous sentons petits, impuissants face aux événements du monde, souvenons-nous d’Elie sorti de sa grotte, souvenons de Jésus qui marche sur la mer. Et rappelons-nous que Dieu veut notre bien et qu’en Jésus, il nous donne la force de ne pas joindre notre voix et notre vie aux puissances du mal. Avec Jésus, construisons ce monde d’où le mal est exclu. Avec Jésus, apprenons à vouloir et à faire le bien. C’est possible car notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, nous en rend capables. De notre art et de notre manière de parler de Dieu, dépend notre art et notre manière de vivre de Dieu. Amen.