Connaître le bien et le mal ?
Voici donc revenu le temps du carême
et avec lui, les grands textes bibliques qui nous invitent à sonder nos reins
et nos cœurs pour en débusquer le mal et y tracer un chemin de conversion. Quarante
jours nous sont offerts pour entendre à frais nouveaux la Parole de Dieu et la
laisser agir en nous. La première étape nécessaire pour suivre ce chemin de
conversion, c’est la lutte contre le mal qui réside en nous d’abord.
Au temps de la Genèse, lorsque le monde allait encore selon le plan de Dieu, un seul interdit : ne pas toucher aux fruits de l’arbre de la connaissance du bien et bu mal. Tout le reste était possible ; tous les autres arbres à fruits disponibles. Nous pourrions penser que c’est là un petit sacrifice à faire, et que vraiment, un seul interdit devant la profusion de la création divine, c’était peu de chose et pas si compliqué à réaliser. Mais voilà, à y regarder de près le fruit de cet arbre justement devait être savoureux, il était agréable à regarder, il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. C’est toujours étonnant et consternant de constater que ce qui est permis semble fable et sans goût, alors que l’interdit semble désirable, agréable, savoureux. C’est comme si le mal avait un attrait particulier. Il suffit d’ailleurs de feuilleter un journal. Je m’effraie toujours devant la quantité de faits divers violents, en particulier ceux ont pour auteurs des mineurs. Avons-nous échoué collectivement à juguler la violence, à faire comprendre que le bien est préférable, toujours, et que la nature humaine n’a pas été créée pour pencher vers le mal ? N’avons-nous toujours pas compris le sens de cet interdit premier qui posait comme un absolu de ne pas toucher à l’arbre du milieu du jardin, celui justement de la connaissance du bien et du mal ?
Cet interdit, contrairement à la parole du serpent dans la Genèse, n’empêchait pas l’homme d’être comme Dieu, puisque Dieu nous a fait à son image et à sa ressemblance. Il nous empêchait simplement de prendre la place de Dieu en lui laissant le soin de définir, à lui seul et pour tous, ce qui est le bien et ce qui est le mal. Car quand chacun décide de ce qui est bien et de ce qui est mal, l’humanité va à la catastrophe, parce que ce qui est bien pour moi peut être jugé mauvais par un autre. Interdire de consommer les fruits de cet arbre de la connaissance du bien et du mal, c’était interdire à tous et à chacun de se faire le juge de ce qui était bien ou mal. C’était marquer le refus clair que le bien et le mal deviennent relatifs, laissés à l’appréciation de chacun, selon des intérêts particuliers, divergeant presque nécessairement des intérêts des autres. Si Dieu se réserve cette connaissance, c’est pour que tous les hommes regardent comme bien le Bien, et comme mal, le Mal. Une même norme pour tous, fixée par le même référent : Dieu, et seulement Dieu, ce Dieu qui avait tout créé par sagesse et avec amour.
Si le malin échoue à séduire Jésus et à l’entraîner à sa suite, c’est parce que Jésus est vrai Dieu, tout en étant vrai homme. L’Esprit Saint agissant en lui, il peut déjouer les pièges du diable. Il a pour unique mesure le bien défini par Dieu, son Père, et non pas un bien relatif défini par son adversaire. Quand Dieu reste la référence ultime, aucune tentation ne porte de fruits, aucune déviation du bien n’est possible, quand bien même l’adversaire en présenterait une version tronquée. Celui qui marche avec Dieu, sait faire la différence entre le bien et le mal ; celui qui marche avec Dieu et laisse son Esprit le conduire, sait choisir le bien et non seulement rejeter le mal, mais le vaincre aussi. Définitivement. Le diable le quitte, parce qu’il n’a pas de prise sur lui.
Nous ne sommes qu’humains, vous et moi, mais nous marchons vers notre accomplissement, vers le Royaume où Dieu nous attend et où nous serons à nouveau totalement à son image et sa ressemblance. Et si le péché domine encore sur nous à cause de la faute de nos premiers parents, nous savons aussi, nous qui reconnaissons en Jésus, le Messie de Dieu, qu’il est venu couvrir la multitude de nos fautes et nous offrir le salut. Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. Paul nous rappelle ainsi que la faute d’un seul a entraîné le péché de la multitude ; et les péchés de la multitude nous ont valu la grâce d’un seul, Jésus, le Sauveur.
Nos
premiers parents n’ont pas su accepter l’interdit unique qui les gardait à l’image
et à la ressemble de Dieu ; ne soyons pas ceux qui aujourd’hui n’acceptent
pas le salut offert par le Fils unique de Dieu pour nous rendre cette image et
cette ressemblance avec lui. Ecoutons sa Parole vivante, laissons l’Esprit reçu
à notre baptême agir en nous ; et nous vaincrons, avec le Christ, celui
qui veut nous maintenir loin de Dieu, loin du royaume, loin de la vie à laquelle
Dieu nous appelle. Il n’est jamais trop tard pour choisir Dieu ; il n’est
jamais trop tard pour choisir sa vie. Que ce carême soit le temps d’un nouveau
départ, d’un nouveau Oui au Dieu de l’Alliance et de la Vie. Amen.


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