Face à l'inévitable du péché, l'obligation du pardon.
Certains le disent mignon, les croyants essaient de le fuir, les prédicateurs sont plutôt contre : je vous parle du… du péché. Certains disent qu’ils ne peuvent pas, les croyants sont invités à le vivre inconditionnellement, les prédicateurs devraient en parler plus : je vous parle du… du pardon. A bien écouter les lectures de ce dimanche, qui pour une fois présentent une belle unanimité, voici les deux questions essentielles qu’il nous faut affronter aujourd’hui.
L’histoire du salut, que ce soit dans la Première Alliance ou dans la Nouvelle Alliance, nous montre l’amour de Dieu pour les hommes qu’il a créés et sa volonté de les sauver depuis que le péché s’est introduit dans leur vie. Voyez dans la Genèse comment Dieu, après la faute partagée d’Adam et Eve prend encore soin d’eux en leur confectionnant des vêtements. Voyez comment il a formé et sans cesse libéré ce peuple depuis Moïse jusqu’à Jean le Baptiste, pour qu’il se convertisse et marche humblement derrière son Dieu. Voyez comment, le péché ayant surabondé, il a offert surabondamment son pardon en acceptant que Jésus se livre sur la croix pour ouvrir à tous les hommes la route du Royaume des cieux. La première lecture nous a fait comprendre toute l’œuvre des prophètes qui, à l’exemple d’Ezéchiel, ont été envoyés et établis comme guetteurs, chargés de prévenir le peuple de revenir à Dieu et d’abandonner toute conduite mauvaise. Ils ont été nombreux, avant, pendant et après l’exil, à avertir, à proposer une autre voie que le péché. Et pourtant, avec le psalmiste, il nous faut nous interroger tous : Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. C’est peut-être l’aspect le plus terrible : nous pouvons voir Dieu à l’œuvre et malgré tout entrer en révolte contre lui et nous laisser séduire par le mal. Paul lui-même posera ce constat terrible dans sa lettre aux Romains : Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. Il semblerait qu’il y ait comme un côté inévitable au péché. Et pourtant, il nous faut tenir bon, résister, car l’homme n’est pas fait pour le mal ; il est fait pour le bien, il est fait pour l’amour.
C’est pour cela, et sans aucun doute
possible pour moi, que Jésus insiste tant dans l’évangile sur la démarche du
pardon. Puisque le mal semble inévitable, nous devons nous imposer l’obligation
du pardon. Et Jésus a prévu tout un cheminement pour cela qui engage celui à
qui du mal a été fait et celui qui a fait le mal. Ceux qui sont liés par le mal
sont liés par le pardon. Comment ? Celui à qui le mal a été fait, doit
aller voir son frère et lui faire des reproches, seul à seul. Celui qui
a fait le mal doit donc l’écouter. Il aura alors un choix à faire : accepter
les reproches et le pardon ou refuser. S’il ne t’écoute pas, prends en plus
avec toi une ou deux personnes. Même processus qu’avant, mais à quelques-uns.
Et même conséquence pour le pécheur : accepter ou refuser. S’il refuse
de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Eglise. Même processus, même
conséquence pour le pécheur. Si le méchant peut s’obstiner dans le mal, le bon
doit s’obstiner à vouloir pardonner, parce qu’il s’agit, comme le dit Jésus lui-même,
de gagner un frère. Mais s’il refuse encore, qu’il en soit fait selon son
entêtement : considère-le comme un païen et un publicain, parce que
tu ne peux pas imposer ton amour et ton pardon ; Dieu lui-même se refuse à
le faire ! Il laisse à chacun le choix du bien et du mal. Dieu l'a dit avec clarté à Ezéchiel : Si tu avertis le méchant d'abandonner sa conduite, et qu'il ne s'en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. Disciples de Jésus, nous ne devons pas nous habituer à voir nos
frères et sœurs en humanité, se perdre et s’enfoncer dans le mal ; nous
devons essayer de les gagner à Dieu, de les gagner au bien. C’est la raison de
la diplomatie pontificale : inviter les hommes à se remettre autour d’une
table pour discuter et trouver les chemins de l’entente et de la paix. C’est
pour cela que Mgr Gallagher a été envoyé à Moscou ; c’est pour cela que le
Pape Léon insiste tant sur la paix désarmée et désarmante. Il n’y pas d’avenir
dans le mal et le péché. L’avenir appartient à la vie, l’avenir appartient au
pardon, l’avenir appartient à la paix. Dès aujourd’hui, dans nos familles, dans
nos quartiers, sur nos lieux de travail et de loisirs, nous devons y
travailler. Il nous faut méditer l’appel de Paul aujourd’hui : n’ayez
de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel. Et Paul de conclure
dans le passage entendu ce matin : l’amour ne fait rien de mal au
prochain. Quand on lit Paul, quand on l’entend, on ne peut dire que :
Mais bien sûr, c’est cela qu’il faut faire ! Alors allons-y, essayons !
N’attendons
pas d’être aimé par les autres pour les aimer à notre tour ; commençons !
Sinon, nous risquons d’attendre longtemps et de perdre une grande partie de
notre vie. Si Jésus avait attendu que les hommes se convertissent et croient en
lui, il aurait pu rentrer chez son Père sans passer par la croix. Mais parce qu’il
a pris sur lui d’affronter le mal et le péché une fois pour toutes, il est allé
à la croix et nous a dit, les bras écartés, combien il nous aimait : il
nous a aimé jusque-là, jusqu’à la mort en croix, pour que nous puissions être
sauvés. Chrétiens, nous connaissons le prix du pardon, nous connaissons le prix
de l’amour. Le Christ l’a payé pour tous. Devant l’inévitable du péché,
imposons-nous l’obligation du pardon pour que l’amour du Christ, reçu en
héritage, fructifie et devienne vie éternelle pour tous ceux qui le veulent. Amen.






