Devenez mes disciples.
(Gustave Doré, Jésus prêchant devant la foule)
La richesse de la Parole de Dieu ne
cesse de me surprendre. Nous avons eu droit aujourd’hui à un extrait du prophète
Zacharie qui nous parle d’un roi qui vient pour rétablir la paix ; puis d’une
méditation de Paul sur le rôle de l’Esprit Saint dans notre vie ; enfin,
nous avons entendu Jésus nous parler de sa mission qui est de révéler le
Père, et pour cela, il nous invite à venir à lui. Mais quelle est la
cohérence de cet ensemble ? Peut-on trouver un verset qui les unirait tous et
qui donnerait du sens pour la semaine qui vient ? La réponse vient de Jésus lui-même et elle
tient en trois mots : Devenez mes disciples. Mais cela signifie
quoi, devenir disciple ?
La première attitude, c’est d’accueillir celui qui vient ou qui nous appelle. C’est tellement simple que cela m’avait presque échappé. Ce roi qui vient pour établir la paix, dont nous parle le prophète, ne pourra rien si nous ne décidons pas de l’accueillir dans notre vie. Les grands hommes et les grandes femmes qui ont recherché la paix n’ont pas manqué dans l’histoire de l’humanité ; et pourtant, combien de conflits aujourd’hui encore à nos portes ? Et je ne parle même pas de la violence ordinaire dans nos rues à laquelle tous semblent se résigner ! Nous n’avons pas accueilli ces messagers de paix ; nous ne les avons pas suivis pour œuvrer avec eux à un monde plus juste et fraternel d’où les armes et les chars de guerre auront disparu. Accueillir, ce n’est pas simplement écouter ; c’est tenir pour vrai ce qui est dit ou proposé et prendre notre part. Accueillir, c’est faire nôtre la cause de celui que l’on reçoit.
La deuxième attitude est soulignée par Paul ; elle consiste à vivre de l’esprit de ceux que l’on a accueilli. Frères, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Être disciple, ce n’est donc pas juste être baptisé, mais vivre de ce Christ et de l’Esprit Saint qu’il nous a transmis. C’est passer de la théorie (l’évangile entendu) à la pratique (l’évangile vécu), en toutes choses et avec tous. Et cela, c’est un peu plus compliqué. Parce que nous avons tous de bonnes raisons de n’être pas évangélique avec untel qui nous a fait un sale coup, ou avec unetelle qui n’arrête pas de mal parler de nous. Et la liste est longue, de motifs de ne pas suivre en tout ce que nous dit l’Esprit. Il y en aura toujours un envers qui l’évangile sera trop difficile à appliquer. Mais pour Paul, il n’est pas possible de transiger. Accueillir le Christ, c’est vivre du Christ, vivre comme le Christ, pour vivre enfin, pour vivre en grand, pour vivre en entier. Si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. Comprenez bien qu’il s’agit de l’homme pécheur en nous, et non pas autour de nous. Il n’est pas question de supprimer l’autre, mais bien de supprimer le péché et ce qui y conduit en nous. L’Esprit n’est pas donné pour supprimer ceux qui font du mal, mais pour supprimer notre propre capacité à faire le mal.
La troisième attitude pour devenir disciple, c’est bien sûr de venir auprès de Jésus, et de rester avec lui quand bien même ce qu’il nous demande peut nous sembler lourd. Venez à moi, prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples… Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. Je comprends ces affirmations comme une invitation à ne pas me décourager devant la tâche à accomplir. Il peut sembler quelquefois que le Christ nous demande l’impossible, par exemple lorsqu’il nous dit : Aimez vos ennemis ; ou encore celui qui regarde derrière lui n’est pas digne de moi. Bref, toutes les paroles difficiles de l’évangile ! Devenir disciple, ce n’est pas une vue de l’esprit ; devenir disciple, ce n’est pas la décision d’un moment ; devenir disciple, c’est l’œuvre d’une vie. Et cela passera forcément un jour par la croix, parce que le disciple n’est pas au-dessus de son maître, mais avec son maître. Là où passe le maître, passe le disciple. Mais le disciple y passe avec et grâce à l’enseignement et à l’exemple de son maître. Et le Christ, notre Maître, est passé partout victorieux. Même la mort n’a pu le retenir ! La vie est toujours avec lui ; la vie est toujours en lui. Devenir disciple, c’est partager cette vie et les effets de cette vie. Avec le Christ, nous pouvons tout pour le bien de tous ! Avec le Christ, la mort n’est plus à craindre ! Avec le Christ, le péché est vaincu ! Avec le Christ, Satan est défait.
Le changement du monde que beaucoup attendent ne viendra pas d’une recette politique. Ils semblent plus préoccupés en ce moment d’une bonne mort pour nous que d’une belle vie pour nous ! Le changement nécessaire pour que le monde devienne plus juste et plus fraternel ne viendra que d’authentiques disciples du Christ qui laisseront son Esprit infuser en leur vie pour mieux se diffuser autour d’eux. Car l’authentique disciple du Christ ne garde ni le Christ, ni son Esprit pour lui-même. Il veille à ce qu’il parvienne à tous. Devenir disciple, c’est devenir missionnaire, là où nous vivons pour que pas un seul lieu ne soit soustrait à l’amour que le Christ est venu offrir au monde. Amen.




