Tu prépares la terre, tu arroses les sillons.
Il leur dit beaucoup de choses en
paraboles. Voilà un fait de la vie de Jésus que nul ne peut contester. Nous
ne les connaissons peut-être pas toutes, mais parmi celles qui nous sont
parvenues, beaucoup retiennent celle de l’enfant prodigue et celle du bon
Samaritain. La parable du semeur serait sanas doute aussi bien placée au
palmarès des paraboles les plus connues, parce que c’est la seule à être
entièrement expliquée par Jésus lui-même à ses seuls Apôtres. Faut-il dès lors
que je rajoute une explication à l’explication officielle ? Il est difficile
de dire autre chose que le Maître lui-même. Et pourtant…
L’expérience rapportée par Jésus dans cette parabole du semeur ne nous est pas étrangère, même si nous sommes citadins. Un bout de jardin ou quelques jardinières suffisent, et nous voilà à planter qui des fruits et légumes, qui des plantes d’agréments. Nous savons d’expérience combien le choix de la terre compte, selon ce que nous voulons faire grandir. Aucune terre n’est vraiment mauvaise ; il faut apprendre ce que l’on peut y planter. Un sol rocailleux ne convient pas à tout, mais les plantes dites de rocailles s’y épanouissent à merveille. Si j’en parle, c’est parce que je ne voudrais pas que quelqu’un pense qu’il n’est pas fait pour accueillir la Parole de Dieu, puisque c’est elle qui est largement semée dans la parabole. Nous sommes tous faits pour accueillir la Parole, mais peut-être que toute parole, même de Dieu, ne nous convient pas toujours. Selon ce que nous vivons, il nous faudra davantage une parole de consolation, ou de guérison, ou d’encouragement, et quelquefois une parole de réprimande ! Nous savons tous qu’une parole donnée à un mauvais moment peut ne rien donner, voire produire l’exact contraire de ce que nous visions. Semer la parole largement ne signifie pas la semer n’importe comment ! Comment pourrions-nous seulement croire que Dieu, qui accorde avec raison une grande importance à sa Parole et à sa réception, ne se préoccupe pas du lieu où sa Parole tombe ?
C’est le psalmiste qui m’a rendu attentif à ce détail. Le Psaume 64 (65) que nous avons chanté précise ceci : Ainsi, tu prépares la terre, tu arroses les sillons. C’est bien de Dieu qu’il parle, et de son œuvre pour nous. La terre qu’il prépare, c’est notre cœur ! Il le prépare, et nous prépare, à accueillir sa Parole, à accueillir son Verbe fait chair. Quand Dieu sème son Verbe, il prépare d’abord la terre. Pensons à tous les prophètes de la Première Alliance ! Pensons à Jean le Baptiste qui a préparé très immédiatement le cœur des hommes à l’accueil du Messie. Quand Dieu sème sa Parole, il n’est ni inconscient, ni fou ; il est juste généreux. Il sème largement, pour que jamais nous ne manquions de sa Parole nécessaire à notre vie, nécessaire à notre salut. Elle est pour tous, quel que soit l’état de notre vie, sol pierreux, envahi de ronces ou bonne terre. Il sème même au bord du chemin, quand bien même rien n’y pousse. Nous sommes bord du chemin lorsque nous nous tenons à distance, pas vraiment concernés par elle. Mais je crois que même du bord du chemin, Dieu ne désespère pas, parce que ce bord du chemin peut se laisser saisir par le spectacle de la bonne terre qui porte du fruit, et il peut décider un jour de chasser le Mauvais qui emporte tout ce que Dieu a pourtant largement semé.
Car oui, Dieu visite la terre, Dieu
prépare la terre et arrose les sillons. Dieu nous visite, Dieu nous visite,
et nous pouvons choisir de faire de cette visite, de cette préparation, quelque
chose de bon pour nous, grâce à ses soins prodigués. Dieu n’abandonne personne
au Mauvais. Il a même envoyé sa Parole nous libérer tous de l’emprise du
Mauvais pour que, de bord du chemin, nous devenions tous bonne
terre. Sans doute passerons-nous par le sol pierreux et le sol envahi de
ronces. Mais toujours souvenons-nous que nous pouvons nous laisser travailler
par Dieu, car c’est lui qui, non seulement sème, mais c’est aussi lui qui prépare
notre terre et arrose nos sillons pour que nous produisions les fruits
attendus à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Laissons donc
Dieu agir en nous ; laissons-nous transformer par lui ; devenons
cette bonne terre, et nous porterons du fruit. C’est notre choix de laisser
Dieu préparer la terre et arroser les sillons. Amen.



