Vous êtes les saints de France !
C’était le 25 septembre de cette année, au Stade de France. Que vous ayez pu vivre l’événement en direct ou depuis votre fauteuil devant la télévision, il était proposé une relecture de l’histoire sainte de France. Sous nos yeux, défilaient les siècles d’histoire de notre pays, et les grandes figurent de sainteté qui les ont accompagnés. Hommes, femmes, adultes, adolescents ou enfants, ils sont nombreux, dans notre pays, les témoins authentiques du Christ que l’Eglise a portés sur les autels et proposés à notre vénération. Ils sont autant de chemins de vie que nous pouvons emprunter à notre tour pour devenir toujours plus ce que nous sommes déjà par notre baptême : des saints. En cette fête de la Toussaint, belle fête à chacun de vous.
N’en déplaise aux grincheux qui ont trouvé à redire à l’évocation des très nombreux saints de notre histoire de France, cette grande fresque a pu réanimer en nous le désir de les imiter et de vivre de cette sainteté que Dieu nous offre. Qu’importe que la tunique d’Argenteuil fût celle du Christ ou pas ; qu’importe que les Saintes Marie de la Mer aient accosté sur nos plages du Sud de la France. Ce qui importe, c’est ce que cela a produit comme fruits de vie chrétienne et de foi. Ce qui compte, c’est la foi d’un peuple qui a germé là, croisant à travers ces événements la figure du Christ lui-même, le Saint par excellence. L’Eglise s’est donnée des critères pour déclarer saint l’un des nôtres, et c’est juste qu’elle l’ait fait. Mais ne négligeons pas la foi des petites gens qui spontanément sait discerner la sainteté d’hommes et de femmes ordinaires. La foi populaire a été à l’origine de nombreuses canonisations, les gens simples ayant un don pour reconnaître un saint quand ils en croisent un. Le 25 septembre, il y a eu tout un stade, et beaucoup plus devant un écran, pour relire la grande histoire de la sainteté en France et refonder leur foi en Christ, dont toutes les figures évoquées étaient d’authentiques témoins. Célébrer la Toussaint, c’est célébrer toutes ces figures certes, mais c’est aussi et d’abord célébrer la sainteté de Dieu qui nous est donnée à voir à travers ces hommes et ces femmes qui vous diraient qu’ils n’ont jamais fait que leur devoir de chrétien, que ce soit auprès des malades, des mourants, des enfants qu’il fallait éduquer, en famille, en temps de paix ou en temps de guerre ou de persécutions.
Cette fresque colorée et variée du 25 septembre ne doit pas nous faire croire que la sainteté, c’est dépassé ; elle ne doit pas nous faire croire que la sainteté, c’est pour les morts seulement. Souvenons-nous toujours que les premiers disciples du Christ se sont longtemps appelés entre eux les saints. C’est ce que nous sommes depuis que le Christ, mort et ressuscité, est entré dans notre vie au jour de notre baptême. Ce jour-là, nous n’avons pas simplement accueilli le Christ dans notre vie, nous lui avons été configurés ; pour le dire autrement, nous partageons déjà sa sainteté. Cette sainteté peut quelquefois se perdre dans les sables mouvants de notre histoire personnelle, mais elle est toujours là, gravée en nous, au plus profond de notre être. Le baptême reçu marque durablement et éternellement notre vie. Nous venons de Dieu, nous sommes à Dieu, nous retournerons à Dieu. Il nous faut réentendre encore l’appel du Pape Léon quand il lançait aux jeunes rassemblés au Stade de France : Vous êtes les saints de France. Rien n’est plus vrai que cette affirmation. Nous sommes les saints de France. Nous nous inscrivons dans cette longue histoire ce soir-là évoquée. Si la solennité de la Toussaint nous fait célébrer dans une même fête la gloire de tous les saints déjà reconnus, elle nous fait célébrer aussi cette sainteté que nous avons à vivre, chaque jour, dès ici-bas. La sainteté n’est pas une sorte de légion d’honneur que reçoivent les meilleurs d’entre nous ; elle est notre ordinaire, notre chemin de vie, notre différence. A nous voir vivre et agir, ceux qui nous côtoient devraient être en mesure de voir la sainteté de Dieu à l’œuvre et désirer en vivre eux-aussi. Être traité de saint n’est pas une insulte, c’est un titre de gloire ; cela devrait être notre réalité. Les jeunes rassemblés au Stade de France ne s’y sont pas trompés. Ils ont bruyamment manifesté leur joie quand le Pape Léon leur a adressé cette évidence : Vous êtes les saints de France.
Que la célébration de la Toussaint
nous donne de reconnaître à notre tour cette évidence ; qu’elle ravive en
nous le souvenir de notre baptême ; qu’elle nous inscrive dans cette
longue histoire de sainteté vécue en France, vécue en Alsace. Notre région,
quel qu’ait été son pays de rattachement, a eu sa part dans la construction de
cette histoire sainte. Tenons notre part, et prolongeons cette histoire afin
que la sainteté de Dieu soit encore révélée aux hommes et aux femmes de notre
temps. Devenons davantage ce que nous sommes déjà : Les saints de France,
les saints de notre terre d’Alsace. Amen.




