Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







dimanche 16 août 2026

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2026

 Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles ! 






(Tableau de Pieter LASTMAN, Jésus, la Cananéenne et les petits chiens,1617, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas)



 

 

            Je savais que Dieu avait de l’humour, mais je ne me doutais pas que son humour pouvait être grinçant. Il l’était assurément lorsqu’il a accompagné l’équipe de liturgistes qui a fait le choix des textes bibliques de ce dimanche. En les écoutant les uns après les autres, j’en viens à me demander si Jésus connaissait, ou avait lu seulement, le prophète Isaïe. Parce qu’il nous faut bien le reconnaître : il y a un gouffre entre ce qu’annonce Isaïe et les réponses de Jésus à la Cananéenne qui vient demander la libération de sa fille. Et c’est là que l’humour de Dieu est grinçant, parce que cela rappelle le gouffre qui existait du temps du Pape François et qui se prolonge avec le Pape Léon et un certain vice-président outre atlantique sur la même question : celle de notre rapport aux étrangers et à l’attention et à l’amour qu’on leur doit.

            Le prophète Isaïe est témoin de la volonté de Dieu lui-même d’accueillir tous les étrangers qui l’honorent et qui deviennent ses serviteurs, et de son désir de les conduire à [sa] montagne sainte. C’est la prophétie qu’il nous rapporte, au nom de Dieu. Quand il proclame la parole de Dieu, il commence par ces mots : Ainsi parle le Seigneur ! Ce qu’il nous partage, c’est bien la volonté de Dieu, et non pas sa manière de la comprendre. Il n’y a pas de doute à avoir sur ce que Dieu veut pour tous les peuples, à savoir leur unité, leur communion, autour de lui. Si Israël est son peuple particulier, il n’en est pas pour autant son chouchou, mais bien celui qui doit conduire les autres peuples à la pleine connaissance du Dieu un et vrai. Dieu lui-même parle de sa maison comme d’une Maison de prière pour tous les peuples. Le doute n’est vraiment pas permis : le Dieu de la révélation biblique veut être le Dieu de tous les peuples. Pour qu’il y arrive, il faudra bien que tous les peuples s’entendent, sous peine de transformer le royaume de Dieu en enfer !

            L’Apôtre Paul, qui a fait de la conversion des peuples païens sa mission à la demande de Dieu lui-même, porte ce beau rêve et l’exprime aux chrétiens de Rome dans la lettre qu’il leur fait parvenir. S’il rappelle bien que les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance, et donc que la vocation d’Israël à être le peuple particulier de Dieu n’a pas été annulée, il n’en espère pas moins que ce même peuple, son peuple d’origine, retrouve la raison et reconnaisse en Jésus le Messie attendu ; il espère que ce peuple reviendra de son aveuglement et de son refus de croire… pour qu’il obtienne miséricorde comme les nations païennes, revenues de leur incroyance, ont obtenu miséricorde. Paul exprime son désir d’unité entre Israël et les nations païennes dans cette phrase admirable : Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde. Pour ne favoriser personne, pour que tous aient la possibilité de se savoir aimé et pardonné, il a mis tous les peuples sur un pied d’égalité, en ce sens que tous ont été, à un moment ou à un autre de leur histoire, les incroyants qui reviennent vers lui. C’est l’attitude du Père prodigue en amour et en pardon pour ses deux fils : le plus jeune qui était parti vivre une vie de patachon et qui ne pense plus être digne d’être fils ; et l’aîné, drapé dans ces certitudes et son bon droit qui estime qu’il n’a jamais été reconnu à sa juste valeur. Aux deux, le Père dit qu’ils sont ses fils ; aux deux, il propose le même banquet de la réconciliation.

            C’est pour cela que nous pouvons légitimement avoir du mal avec l’attitude des disciples de Jésus qui attendent de lui qu’il renvoie cette femme qui les poursuit de ses cris, et avec l’attitude de Jésus qui d’abord la bat froid en n’accusant même pas réception de sa demande. D’abord, il ne lui répondit pas un mot, pour ensuite lui répondre sèchement : je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Quand bien même cela est vrai, on y met les formes. Et surtout, on ne rajoute pas cette parole à la limite de l’insulte : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Cette dernière parole produit alors un vrai miracle, qui n’est pas d’abord la guérison attendue. Non, pour moi, le premier miracle, c’est la persévérance et l’audace de cette femme, qui insiste, qui ne se démonte pas, qui revient sans cesse à la charge au point qu’elle ose reprendre Jésus, que la foule tient pour un maître. Elle reprend Jésus du tac au tac : Oui, Seigneur, que nous pouvons entendre comme un : Tu as raison, mais… mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Elle reconnaît, elle, la Cananéenne, la mal-croyante, la place particulière de la maison d’Israël ; mais en même temps, elle reconnaît que si cette maison ne veut pas, si elle laisse des miettes de la grâce de Dieu tomber par terre, pourquoi les petits chiens (c'est-à-dire elle et tant d’autres) n’en profiteraient-ils pas ? Elle dit à Jésus que si la maison d’Israël ne veut pas reconnaître le Messie quand il passe au milieu d’elle, elle, la Cananéenne, n’est pas tenue de faire pareil ; elle récupère, presqu’avec gourmandise, ces miettes de grâce ; elle veut croire que Jésus est le Messie et donc qu’il peut quelque chose pour sa fille, d’où ses cris et sa charge incessante, malgré l’hostilité ambiante. Jésus ne peut rien faire d’autre que de lui accorder le miracle qu’elle espérait : Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu veux ! La prophétie faite par Isaïe s’accomplit en cet instant. 

            Ce miracle s’accomplit encore aujourd’hui. Alors que certains n’espèrent qu’une chose, la fin de l’Eglise, dont la baisse de la pratique et la crise des abus devaient être les signes évidents de sa décadence, voilà que d’autres ramassent les miettes de grâce que nous avons laissé tomber de notre table. Le nombre de catéchumènes explose d’année en année, interrogeant nos communautés vieillissantes ; la visite annoncée du Pape Léon fait déjà le plein sur quelques événements, et les voix gênées de ceux qui avaient prédit l’effondrement de l’Eglise, ne peuvent que distiller le poison de leur étonnement et de leur haine de l’Eglise, plutôt que de reconnaître que l’Eglise du Christ est loin d’avoir dit son dernier mot, et que la foi en Jésus Christ est bien vivante en terre de France. On a beau nous moquer, Dieu parle et agit dans le cœur des hommes et des femmes de notre temps. Si une forme de l’expression de l’attachement à la foi disparaît, l’Eglise poursuit de vivre du Christ et de l’Evangile, se purifiant toujours pour mieux correspondre à ce que Dieu attend d’elle. Ceux qui étaient loin s’approchent, sont séduits par Jésus et demandent à entrer dans cette Eglise. Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles, pour que la grâce de Dieu puisse faire son œuvre et révéler la richesse de la foi et la puissance de la miséricorde de Dieu à tous les peuples. Amen.

vendredi 14 août 2026

Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2026

 Le Magnificat, chant d'une victoire annoncée ! 







 

            Quand l’Eglise proclame le dogme de l’Assomption, elle n’a pas besoin de faire œuvre de grande explication auprès des hommes : ce qu’elle proclame, le peuple le croit depuis des siècles. C’est même la foi du peuple chrétien qui en quelque sorte « oblige » l’Eglise à proclamer l’Assomption de la Vierge Marie, reconnaissant ainsi que Dieu s’exprime avec force par ces petits qui depuis toujours ont compris que Marie, la Mère de Jésus, n’avait pas pu connaître la dégradation du tombeau, mais qu’elle avait été appelée corps et âme dans la gloire de Dieu. La foi chrétienne ayant, pour les croyants, un sens, il ne pouvait pas en être autrement. Ce qui se joue, dans ce dogme, c’est l’espérance de tout un peuple et la certitude que le Puissant fit [en Marie d’abord, mais pour nous tous aussi encore] des merveilles.

Les textes qui nous parlent de Marie étant rares, la liturgie de cette solennité nous fait entendre l’évangile de la Visitation, c'est-à-dire un épisode du commencement de ce qui deviendra l’histoire de Jésus. Ce n’est pas le tout-premier (celui de l’annonciation), mais le deuxième, qui le suit immédiatement et qui nous vaut cette belle prière de Marie que l’Eglise reprend tous les jours dans l’office du soir, le Magnificat. Si nous l’interprétons d’abord comme un cantique programmatique de ce que sera la vie de l’Enfant qui grandit dans le sein de Marie, le fait de le proclamer aujourd’hui, nous le fait entendre comme le chant de l’accomplissement de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais. Les trois premiers versets de ce cantique annoncent ce que Dieu réalise et que nous célébrons aujourd’hui. Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Qui peut douter que Marie n’est pas la première aujourd’hui à chanter Dieu, alors qu’elle retrouve son Fils Jésus dans sa gloire ? Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse : c’est le contenu même de la foi du peuple de Dieu qui a toujours reconnu l’humilité de Marie et qui, dès le début de l’Eglise, a vu la place éminente qui était la sienne dans l’histoire du Salut. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! La dernière merveille que Dieu réalise pour la Vierge, c’est justement de préserver de la corruption du tombeau, [celle] qui a porté dans sa chair [son] propre Fils et mis au monde d’une manière incomparable l’auteur de la vie (Préface de l’Assomption). 

Avec cette dernière merveille, c’est tout le projet de Dieu pour l’humanité qui est redit et célébré. Parce que ce qui est désormais réalité pour Marie, est appelé à devenir notre réalité. Nous sommes appelés à la gloire du ciel. C’est le projet de Dieu depuis la Création : avoir auprès de lui un collaborateur, un partenaire d’Alliance fiable. Marie l’a été toute sa vie durant. Elle, fille d’Eve comme nous, nous démontre qu’il est possible de vivre de cette Alliance. Nous ne servons pas un Dieu sans mémoire ; nous ne servons pas un Dieu ingrat. Nous servons un Dieu qui nous veut avec lui chaque jour et pour l’éternité. En appelant Marie dans sa gloire, il nous est rappelé que c’est là notre destinée, que c’est là notre espérance. Oui, la miséricorde [de Dieu] s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, sur nous donc. Marie n’est pas une exception ; elle est le modèle du croyant qui choisit de suivre le Christ. Nous pouvons relire ainsi la préface de la messe Sainte Marie, modèle de l’Eglise qui nous fait chanter : Dans ton immense bonté, tu as donné à l’Eglise un modèle de culte parfait dans la Vierge Marie. Elle est, en effet, la Vierge qui écoute : elle accueille avec joie ta parole et la médite dans le silence de son cœur. Vierge en prière, elle exalte ta miséricorde dans son cantique de louange, elle intercède en faveur des époux à Cana, elle se joint à la prière unanime des Apôtres. Et la préface de la messe Sainte Marie, mère de l’Eglise nous fait chanter notre espérance et le rôle de Marie dans celle-ci : Elevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Eglise de son amour maternel dans sa marche vers la patrie jusqu’au jour de la venue glorieuse du Seigneur. A travers sa vie fidèle, Marie oriente toute vie vers ce que Dieu a promis à son peuple : le retour glorieux de Jésus et notre participation à sa gloire. Et ceci est fondamental parce que Marie n’a jamais fait que nous donner Jésus et de nous le montrer toujours. Elle nous montre le chemin vers lui, mais s’efface devant lui. Par son Assomption, Marie ne devient pas plus que nous ; elle devient ce que nous sommes tous appelés à devenir : des vivants dans la gloire du Dieu qu’ils ont servi. 

L’Eglise a raison de se réjouir aujourd’hui et de célébrer celle qui nous précède dans la gloire, parce qu’elle nous a précédée dans la foi. Elle a raison de chanter le cantique de Marie, chant d’une victoire annoncée. Puisse l’exemple de la Vierge faire grandir notre foi et notre espérance, et nous parviendrons, comme elle, à la gloire du Royaume où Dieu nous attend. Amen. 


samedi 8 août 2026

19ème dimanche ordinaire A - 9 août 2026

 De l'art et de la manière de parler de Dieu ! 




(Jésus marche sur les eaux, Tableau de James TISSOT, Brookling Museum)


 



            Il y a des textes bibliques qui sont un vrai coup de boost pour la foi parce qu’ils ont l’art et la manière de parler de Dieu. Toute la Bible nous parle de Dieu, me direz-vous ! Certes, mais tous les livres qui la composent ne le font pas de la même manière. Et c’est normal, parce que nous parlons de Dieu à partir de ce que nous connaissons, de ce que nous découvrons de lui, selon ce que nous vivons. La manière de penser Dieu, et donc de parler de lui, est différente selon que nous vivions en temps de paix ou en temps de guerre, selon que nous soyons heureux ou totalement déprimés. Tous les textes bibliques n’nt donc pas le même effet sur notre foi, nitre moral. La première lecture et l’évangile de ce dimanche sont, pour moi, des textes essentiels dans la compréhension de Dieu, capables de redonner le moral et de fortifier notre foi.

            L’extrait du Premier livre des Rois nous rapporte un moment de la vie d’Elie. Il est fatigué par ce peuple qui a rejeté Dieu ; il fuit devant Jézabel qui a promis sa mort. A celui qui est resté fidèle, Dieu demande de sortir de la grotte où il s’est réfugié pour se tenir en présence du Seigneur. Et ce moment en dit long sur le Dieu d’Elie, sur notre Dieu. A l’approche du Seigneur, dit le texte biblique, il y eut un ouragan fort et violent, puis un tremblement de terre, et un feu. Des manifestations puissantes, destructrices, mais dans lesquelles, nous dit l’auteur de ce livre, le Seigneur n’était pas. Le Dieu d’Eli, le Dieu d’Israël, notre Dieu, n’est pas un destructeur ; il ne manifeste pas sa puissance en fendant les montagnes et brisant les rochers. Eli reconnaît Dieu qui passe quand se lève le murmure d’une brise légère. Le murmure d’une brise légère. Quelque chose qui ne fait pas de bruit : pour entendre un murmure, il faut tendre l’oreille ; et quelque chose qui fait du bien. Les récents épisodes de canicule nous ont tous fait espérer le murmure d’une brise légère pour nous sortir de la fournaise. Dieu ne crie pas ; il murmure. Dieu ne détruit pas ; il fait du bien. Voilà ce que nous enseigne cette page de la Première Alliance. Et moi, cela me fait du bien de l’entendre ; cela donne à ma foi un nouvel élan. Dieu me veut du bien ; Dieu me parle doucement, tendrement. Et cela vaut pour tous. Dieu vous veut du bien ; Dieu vous parle doucement, tendrement.

            Cette affirmation est tellement vraie qu’elle se prolonge dans les textes de la Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus Christ. Lorsque nous le croisons, après un temps de prière, il vient vers ses disciples en marchant sur la mer, bien que la barque dans laquelle se tenaient ces derniers fut battue par les vagues, car le vent était contraire. Ne nous moquons pas des disciples qui prennent peur à cette vue ; nous aurions fait pareil et avec eux, nous nous serions mis à crier. Nous aussi, nous aurions cru voir un fantôme. Jamais personne n’avait marcher sur la mer ; jamais personne n’avait écrasé le mal de son talon. Il faut nous rappeler que la mer est le lieu où résident les forces du mal. La mer déchainée, aucun humain ne la contrôle, aucun humain ne la domine. Jésus, vrai homme et vrai Dieu, l’écrase de son pied. Il fallait qu’un disciple réagisse, et c’est Pierre qui naturellement s’y colle. Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Je ne suis certainement pas le seul dans cette barque à me dire qu’il a perdu une occasion de se taire, le Pierre. Mais Jésus lui dit : « Viens ! » et Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux. Et ça marche ! L’homme, quand il garde les yeux fixés sur Jésus peut écraser le mal de son talon, comme Jésus ! Mais quand il prend conscience de la force du vent contraire, il a peur et il coule. Pierre a cependant ce réflexe salvateur de crier vers Jésus : Seigneur, sauve-moi ! Ce qu’il fait en étendant la main.

            Comme le texte du Premier livre des Rois, Matthieu, en rapportant cet épisode, nous montre que Dieu, en Jésus, veut notre bien puisqu’il vient écraser le mal qui agite et bouleverse notre vie. Il nous redit aussi que Dieu n’est pas dans la tempête, mais qu’en Jésus, il la domine et en triomphe. Quand Jésus est dans la barque, le vent tombe. Il n’y a pas de place pour le mal là où est Jésus ; le mal est vaincu quand Jésus est accueilli dans une vie. Nous devons en être convaincus : par notre baptême, nous participons déjà à la victoire de Jésus sur le mal et la mort. La vie de Dieu, la vie éternelle, est déjà donnée. Nous pouvons faire nôtre la profession de foi des disciples : Jésus, vraiment tu es le Fils de Dieu ! Avec lui dans notre vie, nus pouvons combattre efficacement le mal, d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Même si c’est modeste. Il n’y a pas de petite ou de grande victoire sur le mal ; il n’y a que la victoire du Christ à laquelle nous participons, à notre manière, grâce à sa présence en notre vie. C’est l’œuvre du Christ qui se prolonge ainsi en nous. Sa victoire, obtenue sur la croix, il l’étend à nous, il nous en fait profiter, largement. Il nous faut le grain de folie de Pierre qui pense qu’il peut faire pareil, marcher sur la mer, si c’est Jésus qui le lui demande. Il nous faut croire qu’en Jésus, nous avons déjà notre victoire sur le mal et la mort. Ce n’est pas une utopie ; c’est notre réalité !

            Quand nous nous sentons petits, impuissants face aux événements du monde, souvenons-nous d’Elie sorti de sa grotte, souvenons de Jésus qui marche sur la mer. Et rappelons-nous que Dieu veut notre bien et qu’en Jésus, il nous donne la force de ne pas joindre notre voix et notre vie aux puissances du mal. Avec Jésus, construisons ce monde d’où le mal est exclu. Avec Jésus, apprenons à vouloir et à faire le bien. C’est possible car notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, nous en rend capables. De notre art et de notre manière de parler de Dieu, dépend notre art et notre manière de vivre de Dieu. Amen.

samedi 1 août 2026

18ème dimanche ordinaire A - 2 août 2026

 Apportez-les moi.





(Icône trouvée sur le net, Source : Multiplication des Pains – Monastère Saint-Gény)


 

            Je suis toujours surpris par ces foules qui suivent Jésus, qui devinent où il va aller et y arrivent avant lui, si bien que quand Jésus débarque, il [voit] une grande foule de gens. Ce qui me surprend encore, c’est que cette foule se met en route sans prévoir l’intendance minimum : une boisson et un petit casse-croûte ou de quoi faire quelques courses en cours de route. Lorsque nous rencontrons Jésus aujourd’hui, la foule est nombreuse et trop peu ont pensé à prendre de quoi manger. Il n’y a là que cinq pains et deux poissons. La proposition des disciples semble la plus raisonnable : Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! 

            La proposition est raisonnable, mais Jésus ne l’est pas, pas à la manière des disciples, pas à la manière des hommes. Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. J’imagine un instant la tête des disciples. Même s’ils ont pensé à prendre à manger pour 13 (les Douze + Jésus), la grande foule de gens dont parle Matthieu resterait très largement sur sa faim. Les disciples ne tardent pas à le faire remarquer à Jésus : nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. Autant dire rien pour autant de monde, à savoir cinq mille sans compter les femmes et les enfants. Autrement dit, le nombre peut vite au moins doubler, si ce n’est plus. Jésus va-t-il se raviser ? Non, il prononce trois mots qui vont tout changer, mais qui pourtant semblent dérisoires à vue humaine : Apportez-les moi. Une bénédiction et quelques fractions plus tard et toute la foule mange à sa faim ; il y a même des restes, et pas que les arêtes des poissons : douze paniers pleins !

            Ne cherchons pas à comprendre mathématiquement comment la chose fut possible. Ne cherchons pas la taille des pains et des poissons pour vérifier si la chose fut possible. Attardons-nous à la signification profonde de ce miracle. Elle tient dans ces trois mots prononcés par Jésus : Apportez-les moi. Ils valent pour la situation à laquelle les disciples sont confrontés au bord du lac. Ils valent pour toutes nos situations. Nous devons comprendre que face aux difficultés de nos existences, il nous faut oser apporter à Jésus le peu que nous avons comme solution. Il nous faut oser lui faire confiance, même si cela semble impossible et irréalisable à vue humaine. Plus c’est irréalisable, plus il nous faut ce courage d’apporter le peu que l’on a à Jésus pour qu’il l’augmente, pour qu’il donne sa pleine puissance à nos petits actes. Nous pouvons avoir l’impression de n’être qu’un petit colibri apportant une goutte d’eau ; Jésus saura la transformer en océan s’il le faut. Le premier acte de ce miracle, c’est que quelqu’un a accepté de donner ces cinq pains et ces deux poissons. Le deuxième acte, c’était de reconnaître devant Jésus, que cela n’est rien face au besoin. Le don du peu et l’acceptation de nos limites humaines, c’est tout ce qu’il faut pour que Jésus puisse quelque chose. Car il peut tout, là où nous ne pouvons plus rien ! Il peut tout quand nous acceptons de risquer pour d’autres le peu que nous avons pour nous ! Le miracle des pains partagés et de la foule rassasiée, c’est d’abord le miracle du partage et de la confiance absolue en Jésus. 

            Ce miracle qui permet à Dieu de nourrir son peuple se renouvelle en chaque eucharistie. Là Jésus se donne en nourriture pour notre vie. Il est le pain livré et rompu, donné pour la vie des hommes. Il est la réserve inépuisable de la grâce de Dieu pour son peuple. Là où certains ont pensé qu’en faisant mourir Jésus en croix, ils s’en débarrasseraient, Jésus lui-même vient dire que plus on le rompt, plus il se donne ; plus il se donne, plus les hommes vivront par lui. Apportez-les moi. C’est cette même invitation que Dieu nous adresse à propos du pain et du vin au cœur de la célébration de notre eucharistie. Apportez-les moi et j’en ferai le Corps livré et le Sang versé de mon Fils unique ; il sera votre nourriture, il sera votre vie, pour toujours. Le miracle de ce dimanche est un avant-goût de ce miracle permanent en chaque eucharistie où le Christ est donné en nourriture pour la multitude. Jamais il ne manquera à celui qui a faim de lui, faim de la vraie vie, faim de Dieu. 

            Apportez-les moi. Il nous faut aussi entendre dans cette invitation de Jésus, une invitation à nous approcher de lui. Car en effet, comment lui apporter quelque chose, si nous restons loin de lui ! Jésus n’a pas dit : envoyez-les moi, mais bien apportez-les moi. Sans ce déplacement physique et spirituel, rien n’est possible. D’ailleurs, aucun miracle n’est possible quand l’homme reste éloigné du Christ. Et dans ce déplacement auquel nous consentons, nous pouvons emporter avec nous quantité de personnes qui sont éloignés de Dieu, qui n’osent plus s’approcher de lui, qui n’osent plus croire en lui. C’est pour cela, qu’avant de nous approcher de la table eucharistique, nous confions à Jésus nos prières pour nos frères et sœurs en humanité. Nous ne les confions pas par paresse, parce que nous ne voulons rien faire pour eux ; nous les confions par nécessité, parce que nous reconnaissons que nous ne pouvons plus rien pour eux, mais que lui, Jésus, peut encore tout. Il y a chaque dimanche, les demandes « officielles », celles qui sont faites au micro, au nom de notre communauté. Mais n’oublions pas que nous pouvons lui confier aussi nos demandes plus personnelles, lui apporter telle personne, telle situation, pour laquelle nous ne pouvons plus rien, mais attendons de lui sa grâce et sa miséricorde. N’oublions pas de formuler nos prières dans le secret de notre cœur pour que Jésus puisse les prendre avec lui et les offrir avec lui à son Père et notre Père.

            Apportez-les moi. Trois mots tout simples, mais qui comportent une profondeur spirituelle et qui peuvent porter devant Dieu la multitude pour laquelle Jésus s’est offert sur la croix. Rien, ni personne n’est trop petit pour Jésus ; son attention, son amour et sa miséricorde sont pour tous. Ne manquons pas ce rendez-vous qui nous permet de nous approcher de lui ; ne manquons pas ce rendez-vous qui nous permet d’approcher de lui les hommes et les femmes de notre temps qui ne trouvent pas, qui ne trouvent plus le chemin vers le Christ. Et le miracle des pains partagés et de la foule rassasiée pourra se poursuivre longtemps. Amen.

samedi 25 juillet 2026

17ème dimanche ordinaire A - 26 juillet 2026

 Le royaume des Cieux : un trésor caché, une perle fine trouvée.





(image trouvée en ligne)


 

            Troisième et dernier dimanche consacré à la lecture du chapitre treize de l’évangile de Matthieu, consacré aux paraboles sur le royaume des cieux. Nous avons entendu successivement les paraboles du semeur, du bon grain et de l’ivraie, de la graine de moutarde, du levain dans la pâte. Aujourd’hui, nous terminons avec les paraboles du trésor caché dans un chant, de la perle fine et celle du filet rempli de toutes sortes de poissons. Autant d’images différentes pour expliquer une réalité pourtant inscrite au cœur de notre foi : le royaume des cieux où nous sommes attendus ! La liturgie de ce dimanche a prévu une lecture courte de l’évangile qui ne fait entendre que la parabole du trésor caché et celle de la perle fine. Deux petites histoires qui nous disent de grandes choses.

            Le premier enseignement de ces paraboles, c’est que le royaume des Cieux, c’est quelque chose de précieux : un trésor caché, une perle de grande valeur qu’un homme finit par dénicher. Cela peut faire rêver, mais cela nous dit surtout que Dieu ne se moque pas de nous ; il ne nous promet pas juste un centre de vacances où nous irions nous reposer pour l’éternité. Ce qu’il nous propose, c’est quelque chose de précieux. Avons-nous déjà songé à ce que cela signifiait de pouvoir contempler Dieu face à face ? C’est comme la découverte d’un trésor caché ou d’une perle fine trouvée. Cela n’a pas de prix, c’est juste fabuleux !

            Et c’est le deuxième enseignement de ces paraboles. Ce trésor caché ou cette perle fine ont tellement de valeur que ceux qui les trouvent se débarrassent de tout ce qu’ils avaient jusqu’à maintenant pour les acquérir. Rien n’a plus de valeur quand on découvre le royaume des Cieux : il nous le faut absolument ! Et contrairement à la petite robe ou au costume vus en soldes, il n’y a pas de rabais possible. Il nous faut tout lâcher pour gagner ce trésor, pour acquérir cette perle fine. C’est le must have, c’est the place to be ! Comment, ayant entendu Jésus, et contemplé le royaume des Cieux, comment donc ne pas le vouloir ? C’est l’horizon vers lequel nous tourne Jésus ! C’est le but de toute vie croyante ! Avons-nous ce désir du royaume ? Le préférons-nous à tout le reste ?         

            Le troisième enseignement de la parabole, c’est que la découverte du royaume des Cieux procure une grande joie et c’est cette joie immense qui permet de ne rien lui préférer, de laisser tout ce qu’on avait jusqu’à maintenant pour acquérir ce bien supérieur, ce bien ultime. Le croyant n’est pas fait pour la tristesse ; et s’il la connaît, il doit savoir qu’une joie sans fin l’attend. Et cette joie est accessible dès maintenant. C’est la joie de savoir que la vie est la plus forte depuis que Jésus s’est livré sur la croix pour notre salut. C’est la joie de savoir que ce royaume n’est pas impossible à acquérir. Jésus nous en a indiqué le chemin : l’amour de Dieu et du prochain, jusqu’à l’amour des ennemis. Il nous en a indiqué le prix : une vie donnée au service des autres. Il nous l’a enseigné par ses paroles ; il nous l’a enseigné par sa vie donnée jusqu’à la mort. C’est la preuve qu’il ne nous ment pas et que nous pouvons le suivre, puisque notre foi nous dit qu’il a passé la mort, victorieux à jamais ! 

            Il y a encore une chose que nous comprenons en méditant ces paraboles : le royaume des Cieux se cherche ! Le trésor était caché ; la perle fine est dénichée après des années à en acquérir d’autres. C’est la quête d’une vie, et chaque croyant se doit de rechercher ce trésor caché. Ce n’est pas le fruit du hasard ; c’est le résultat d’une recherche qui transforme notre vie et notre art de vivre. Nous pouvons comprendre qu’il ne suffit pas d’être croyant un jour pour gagner ce royaume. C’est l’œuvre, que dis-je ? le chef d’œuvre de toute vie croyante. Nous pouvons, et nous devons travailler à ce royaume, dès ici-bas. C’est un chemin, un travail progressif. Combien d’hommes ont passé dans ce champ sans trouver le trésor caché ? Combien ont vu cette perle sans en reconnaître la grande valeur ? Il est donc possible, par paresse, par désintérêt, par méconnaissance, de passer à côté, de ne pas le trouver, de ne pas reconnaître sa juste valeur !

            Travaillons donc à connaître et à reconnaître ce royaume. Cultivons notre désir de vivre avec Dieu pour toujours. Approfondissons notre foi et la connaissance de la Parole de Dieu. Cherchons-le et nous le trouverons ! Et osons demander à Dieu de nous l’accorder après une vie passée à le chercher sincèrement. Amen. 

 

samedi 18 juillet 2026

16ème dimanche ordinaire A - 19 juillet 2026

 Bon grain ou ivraie ?




(Jugement dernier, Détail du retable peint par Rogier Van de Weyden 
pour la chapelle de l'Hôtel-Dieu de Beaune, France)


 



          Les paraboles de Jésus se suivent… et ne se ressemblent pas ! Elles ont beau parler du royaume des cieux, elles nous font toutes approcher une réalité différente de ce royaume. Sans doute parce que le royaume des cieux est plus complexe qu’on ne le pense. Je voudrais m’attarder sur celle du bon grain et de l’ivraie, parce qu’elle permet d’aborder une question essentielle, et peut-être la plus difficile à résoudre : la question de l’existence du mal. Si Dieu est bon, s’il n’a semé que de bons grains, pourquoi laisse-t-il le mal proliférer sans intervenir ?

          L’explication donnée par Jésus lui-même est pourtant simple : tant que le temps de la moisson n’est pas venu, arracher l’ivraie (le mal) ferait courir le risque d’arracher aussi de bons épis ! Et cela n’est pas acceptable : il n’est pas possible de sacrifier des innocents pour supprimer les coupables. Voltaire reprendra cette idée dans son œuvre Zadig ou la destinée en déclarant : il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. La justice de Dieu a l’éternité pour elle ! Dans ce monde créé juste et beau par Dieu, la présence du mal est l’œuvre de l’ennemi, le diable, celui qui divise justement. Ce n’est pas dédouaner Dieu que de le dire ; c’est rappeler simplement une évidence : il existe quelqu’un qui n’aime ni Dieu, ni sa justice et il fait tout pour corrompre ce que Dieu a semé, ce que Dieu a créé.

          Là où j’ai un peu de mal à suivre Jésus, c’est dans l’explication qu’il donne de cette parabole. Il laisse entendre qu’il y a deux sortes d’hommes : ceux qui relèvent du bon grain, les fils du Royaume ; et ceux qui relève de l’ivraie, les fils du Mauvais. Peut-on vraiment séparer ainsi les hommes ? Ne devons-nous pas reconnaître qu’il y a du bon grain et de l’ivraie en chacun de nous ? N’est-ce pas ce que nous faisons, et que l’Eglise nous demande de faire, dans le sacrement de la réconciliation, lorsqu’elle nous propose de confesser l’amour de Dieu en même temps que notre péché ? N’est-ce pas l’expérience que fait Paul, l’Apôtres des Nations quand il écrit dans sa lettre aux Romains (7, 19) : Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. C’est compliqué un être humain ; c’est tout aussi compliqué, un être humain qui veut être saint ! Tous ont le cœur qui balance entre le Bien et le Mal, et selon les occasions, selon les circonstances, nous penchons plus d’un côté que de l’autre.

          Il y a des œuvres d’art que l’Eglise a laissé proliférer qui témoignent bien de cette dualité présente en chacun. Ce sont les nombreuses représentations du jugement dernier. Vous voyez de quoi je veux parler. Le Christ qui siège en majesté, assis sur la terre, et un ange, portant une balance et pesant les hommes. Ne nous y trompons pas. Ce dernier ne pèse pas deux personnes différentes pour voir laquelle serait bonne pour le paradis et laquelle serait vouée à l’enfer. Non l’ange pèse chacun, et c’est le même qui est sur le plateau de droite et sur le plateau de gauche. J’ai en mémoire le retable du jugement dernier peint pour la chapelle de l'Hôtel-Dieu de Beaune. Si vous en avez l’occasion, je vous invite à le contempler. Vous le trouvez facilement en ligne. Vous verrez l’ange placé sous le Christ, n’intervenant pas dans le jugement ; il tient juste la balance. Et sa posture, celle de ses mains, est en tout point identique à celle du Christ. Et que fait le Christ ? De sa main droite, il bénit ; de sa main gauche, il repousse le mal, à moins qu’il ne regarde pas d’abord le plateau gauche de la balance, celui qui pèse le mal fait par l’homme pesé. Au jugement dernier, nous dit le peintre, le Christ bénira toujours le bien que nous aurons fait. Il n’est pas le comptable que certains imaginent, qui note scrupuleusement tout le mal que nous faisons, pour n’en perdre aucune miette et nous le resservir lors du jugement dans un petit carnet noir. Le jugement de Dieu n’est pas accusatoire, il est un jugement qui regarde le bien fait. Et aucun bien fait ne sera jamais perdu ; le bien fait sera toujours plus important aux yeux de Dieu et de sa miséricorde que le mal. Dans son Royaume, nous entrerons avec le bien fait, et le mal que nous aurons pu faire, pour peu qu’il ne soit pas notre dernier mot, sera repoussé, pardonné par le Christ, pour que le bien resplendisse à sa juste valeur. Seul celui qui épousera totalement la cause du Mauvais au jour du jugement sera repoussé avec le Mauvais. Le temps nous est laissé, à chacun, pour choisir toujours le Bien et rejeter encore le Mal. Car telle est la justice de Dieu, qui prend patience et qui valorise le Bien tout en combattant le Mal.

          Le bon grain et l’ivraie poussent bien tous deux en nous ; le bon grain, parce que Dieu nous a fait ainsi ; l’ivraie, parce que le diable ne supporte pas le bien et cherchera toujours à mettre la division en l’homme d’abord, en y semant son ivraie. Ne nous y trompons pas : c’est bien parce que nous sommes divisés intérieurement chacun, que nous sommes divisés entre nous en société. C’est parce que l’homme est divisé en lui-même qu’il peut trouver bon ce qui est mal et mal ce qui est bon. La récente loi sur l’aide à mourir nous l’a encore démontré. Là où j’attendais que nos politiques s’occupent principalement de notre bien vivre ensemble, une courte majorité a trouvé mieux de s’occuper d’abord de notre bien mourir individuellement, trouvant cette solution meilleure à celle d’œuvrer au bien vivre pour tous, y compris pour nos malades et nos souffrants. Quand le bon grain pousse avec l’ivraie, tout devient possible. Mais comme l’a encore écrit Paul (1 Co 10, 23) : tout est permis, mais tout n’est pas constructif. Et la mort, comme le mal, n’a jamais rien construit, si ce n’est des cimetières.

          Cette parabole du bon grain et de l’ivraie, nous invite alors à faire le point sur notre vie et à décider, tant qu’il en est temps, de l’orientation que nous voulons donner à celle-ci. Une vie au service du Bien et de la Vie, ou une vie au service du Mal et de la Mort. La question est ancienne, puisque Moïse fut le premier à la poser à son peuple et à l’exhorter ainsi : choisis donc la vie ! Ainsi, sur notre plateau de balance, le Bien que nous aurons fait resplendira plus que le Mal auquel nous aurons pu succomber, et nous connaîtrons la gloire que Dieu réserve à ses fidèles. Amen.

dimanche 12 juillet 2026

15ème dimanche ordinaire A - 12 juillet 2026

 Tu prépares la terre, tu arroses les sillons.





 

            Il leur dit beaucoup de choses en paraboles. Voilà un fait de la vie de Jésus que nul ne peut contester. Nous ne les connaissons peut-être pas toutes, mais parmi celles qui nous sont parvenues, beaucoup retiennent celle de l’enfant prodigue et celle du bon Samaritain. La parable du semeur serait sans doute aussi bien placée au palmarès des paraboles les plus connues, parce que c’est une des rares à être entièrement expliquée par Jésus lui-même à ses seuls Apôtres. Faut-il dès lors que je rajoute une explication à l’explication officielle ? Il est difficile de dire autre chose que le Maître lui-même. Et pourtant…

            L’expérience rapportée par Jésus dans cette parabole du semeur ne nous est pas étrangère, même si nous sommes citadins. Un bout de jardin ou quelques jardinières suffisent, et nous voilà à planter qui des fruits et légumes, qui des plantes d’agréments. Nous savons d’expérience combien le choix de la terre compte, selon ce que nous voulons faire grandir. Aucune terre n’est vraiment mauvaise ; il faut apprendre ce que l’on peut y planter. Un sol rocailleux ne convient pas à tout, mais les plantes dites de rocailles s’y épanouissent à merveille. Si j’en parle, c’est parce que je ne voudrais pas que quelqu’un pense qu’il n’est pas fait pour accueillir la Parole de Dieu, puisque c’est elle qui est largement semée dans la parabole. Nous sommes tous faits pour accueillir la Parole, mais peut-être que toute parole, même de Dieu, ne nous convient pas toujours. Selon ce que nous vivons, il nous faudra davantage une parole de consolation, ou de guérison, ou d’encouragement, et quelquefois une parole de réprimande ! Nous savons tous qu’une parole donnée à un mauvais moment peut ne rien donner, voire produire l’exact contraire de ce que nous visions. Semer la parole largement ne signifie pas la semer n’importe comment ! Comment pourrions-nous seulement croire que Dieu, qui accorde avec raison une grande importance à sa Parole et à sa réception, ne se préoccupe pas du lieu où sa Parole tombe ? 

            C’est le psalmiste qui m’a rendu attentif à ce détail. Le Psaume 64 (65) que nous avons chanté précise ceci : Ainsi, tu prépares la terre, tu arroses les sillons. C’est bien de Dieu qu’il parle, et de son œuvre pour nous. La terre qu’il prépare, c’est notre cœur ! Il le prépare, et nous prépare, à accueillir sa Parole, à accueillir son Verbe fait chair. Quand Dieu sème son Verbe, il prépare d’abord la terre. Pensons à tous les prophètes de la Première Alliance ! Pensons à Jean le Baptiste qui a préparé très immédiatement le cœur des hommes à l’accueil du Messie. Quand Dieu sème sa Parole, il n’est ni inconscient, ni fou ; il est juste généreux. Il sème largement, pour que jamais nous ne manquions de sa Parole nécessaire à notre vie, nécessaire à notre salut. Elle est pour tous, quel que soit l’état de notre vie, sol pierreux, envahi de ronces ou bonne terre. Il sème même au bord du chemin, quand bien même rien n’y pousse. Nous sommes bord du chemin lorsque nous nous tenons à distance, pas vraiment concernés par elle. Mais je crois que même du bord du chemin, Dieu ne désespère pas, parce que ce bord du chemin peut se laisser saisir par le spectacle de la bonne terre qui porte du fruit, et il peut décider un jour de chasser le Mauvais qui emporte tout ce que Dieu a pourtant largement semé. 

            Car oui, Dieu visite la terre, Dieu prépare la terre et arrose les sillons. Dieu nous visite, Dieu nous visite, et nous pouvons choisir de faire de cette visite, de cette préparation, quelque chose de bon pour nous, grâce à ses soins prodigués. Dieu n’abandonne personne au Mauvais. Il a même envoyé sa Parole nous libérer tous de l’emprise du Mauvais pour que, de bord du chemin, nous devenions tous bonne terre. Sans doute passerons-nous par le sol pierreux et le sol envahi de ronces. Mais toujours souvenons-nous que nous pouvons nous laisser travailler par Dieu, car c’est lui qui, non seulement sème, mais c’est aussi lui qui prépare notre terre et arrose nos sillons pour que nous produisions les fruits attendus à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Laissons donc Dieu agir en nous ; laissons-nous transformer par lui ; devenons cette bonne terre, et nous porterons du fruit. C’est notre choix de laisser Dieu préparer la terre et arroser les sillons. Amen.