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samedi 10 janvier 2026

Le baptême du Seigneur A - 11 janvier 2026

C'est toi qui viens à moi !




(Source : Pinterest)



 

            Le temps de Noël touche à sa fin avec cette fête du baptême de Jésus. Demain, c’est le temps ordinaire qui reprend ses droits. En attendant, ce baptême de Jésus nous vaut une réflexion de Jean le Baptiste, intéressante pour notre vie spirituelle et qui, à la sortie des fêtes, nous encourage à accueillir Jésus.

            Nous imaginons facilement la scène du baptême. Jean le Baptiste se tient au bord du Jourdain, les foules viennent à lui ; et voilà que, dans ce groupe, il reconnaît son jeune cousin, Jésus, qui vient lui aussi se faire baptiser, prenant ainsi de manière très concrète le chemin de notre humanité. Comme nombre de ses contemporains, il manifeste que notre humanité a besoin de Dieu, besoin de cette proximité avec celui qui est la source de notre existence. Le baptême que propose Jean est le signe de cette humanité qui revient à Dieu, le signe de cette humanité qui est pleinement humaine quand elle marche humblement avec Dieu. C’est un baptême de conversion, un baptême de retour à Dieu. Jésus n’en avait nul besoin pour lui, puisqu’il est le Fils de Dieu. La voix qui se fait entendre après son baptême en témoigne : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Dieu est heureux de ce Fils qui prend le chemin de notre humanité pour accomplir sa volonté, c'est-à-dire son projet de salut pour toute l’humanité. Il montre ainsi que le salut est impossible par les seules forces humaines. Si Dieu n’intervient pas, l’homme s’épuise et se perd loin de Dieu. Et c’est peut-être ce que Jean le Baptiste n’avait pas tout-à-fait compris.

            Ecoutez-le, dans l’évangile de Matthieu, quand il reconnaît Jésus : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! L’étonnement de Jean le Baptiste est salutaire pour notre vie spirituelle. Il nous dit, me semble-t-il, deux choses. La première, c’est que Jean était persuadé qu’il suffisait que les gens se convertissent, reviennent à Dieu, pour que tout aille bien, voire mieux pour eux. Je reprends ma vie en main et je décide d’aller vers Dieu, avec foi et espérance, et de toutes les forces dont je suis capable. Ce n’est pas inutile de le faire, entendez-moi bien ! Il y a toujours un moment où l’homme doit décider de prendre sa foi au sérieux et d’aligner ainsi son agir avec ce qu’il dit de Dieu. Nous avons entendu la prédication vigoureuse de Jean durant le temps de l’Avent. La conversion est nécessaire parce qu’elle marque ce moment où je fais le choix de Dieu. Mais elle ne suffit pas. Et c’est la deuxième chose que nous dit l’étonnement de Jean. Dieu n’attend pas que nous réussissions, il vient vers nous, il vient nous chercher, il vient nous séduire parce qu’il sait que pour l’humain, changeant au gré du souffle des vents, c’est là affaire difficile. Il nous faut entrer dans la puissance de l’étonnement de Jean : et c’est toi qui viens à moi !

Oui, en Jésus, Dieu, le tout patient, manifeste qu’il a comme perdu patience face à l’impossibilité de l’homme de se sauver par ses propres forces et de se maintenir dans cette attitude de sauvé ! En Jésus, Dieu vient à la rencontre de l’homme ; il reprend l’initiative du salut là où l’homme avait échoué et revenait sans cesse à son péché. Dans un monde où, malgré le fait que chaque culture ait un et même généralement plusieurs dieux, rien ne permettait de croire que Dieu pouvait réellement vouloir assumer notre humanité sans se jouer de nous comme le font les dieux de l’Olympe par exemple. Non, le Dieu qui se révèle en Jésus, a de la joie à croiser l’homme, à aller vers l’homme, à sauver l’homme. L’humanité n’est pas le jouet de Dieu ; et Dieu n’est pas le doudou de l’humanité. Dieu et Homme sont appelés à vivre ensemble, à s’assumer, à se rencontrer. Cela s’appelle l’Alliance. Jean le Baptiste avait appelé les hommes à revenir vers Dieu ; Jésus va leur monter que Dieu s’approche d’eux. Et la rencontre devient possible ; et le salut devient possible. Pour tous. Cette double démarche (nous préparer à aller vers Dieu et accueillir celui qui vient) est essentielle parce qu’elle permet à l’homme de prendre Dieu au sérieux en se préparant pour lui ; et elle permet à Dieu de redire qu’il prend l’homme au sérieux en venant à sa rencontre pour une Alliance nouvelle et éternelle que le Fils va sceller dans son sang. L’homme n’attend pas que Dieu le sauve malgré lui. Dieu n’attend pas que l’homme réussisse enfin à venir vers lui. Chacun fait seulement mais totalement ce qui lui revient. Et le chemin du Royaume de Dieu est enfin ouvert ; et le salut que Dieu propose est enfin accessible.

Le baptême de Jésus et l’étonnement de Jean le Baptiste nous font comprendre que la joie de l’homme et la joie de Dieu sont parfaites quand les deux marchent ensemble. Jésus en est l’illustration, lui qui est pleinement homme et pleinement Dieu. En lui je trouve ma joie, dit Dieu quand Jésus est baptisé. En nous aussi, Dieu veut trouver sa joie. C’est pour cela qu’il vient vers nous, vers Jean, pour assumer notre humanité, y compris dans sa part la plus sombre. Toute notre vie peut se noyer dans l’amour de Dieu qui vient vers nous. Allons vers lui et préparons nos cœurs à l’accueillir et toute justice sera accomplie. Amen.

 

  

vendredi 29 mars 2024

Passion du Seigneur - 29 mars 2024

 De Jésus à nous : une Alliance nouvelle et éternelle scellée dans le sang du Juste.





(Dali, Le Christ dit de Saint Jean de la Croix, Détail)



 

 

            Il est toujours impressionnant, le silence qui marque l’entrée en liturgie le Vendredi Saint, d’autant plus que nous vivons dans un monde de bruit qui a le silence en horreur, de rumeurs d’autant plus fortes qu’elles nient l’évidence de la vérité, et du bruit des canons dans tant de lieux de notre monde. Faire silence, se taire et contempler… voilà qui convient bien au moment où meurt en croix le Juste pour le salut des pécheurs. 

            Et pourtant, il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Quand le bruit est plus fort que la vérité, quand le mal triomphe du Juste, cette abomination dénoncée par le prophète Isaïe devient possible. Et l’homme qui cherche, l’homme qui essaie de comprendre, ne le peut plus. Pourquoi Dieu a-t-il permis cela ? Même le Juste condamné garde le silence. N'y a-t-il rien d’autre à faire que de subir la force des forts, le mal des méchants ? A vue humaine, tout cela montre l’injustice triomphante contre laquelle nous nous sentons impuissants ; à vue humaine, tout cela montre que Dieu lui-même semble contre le petit et le Juste. Nous pourrions lister ici la longue litanie des injustices faites en notre monde, en ce vingt-et-unième siècle ; mais cela ne nous donnerait que le dégoût de notre humanité. 

            Puisque, à vue humaine, nous semblons être dans une impasse, peut-être faut-il alors changer notre regard ; peut-être nous faut-il consentir à entrer dans les vues de Dieu. A priori, cela ne change pas grand-chose : un innocent est tué à la place des coupables. Ce qui change, quand nous entrons dans les vues de Dieu, c’est l’intention derrière le geste. Aussi terrible que cela puisse paraître à énoncer, Dieu a permis cela pour que les hommes puissent vivre. Aussi terrible que cela puisse paraître à énoncer, Dieu a permis qu’un seul meurt pour tout le peuple. A vue humaine, nous assistons au triomphe du mal ; à vue divine, nous assistons à la destruction du mal lui-même ; à vue divine, nous assistons à la fin d’un monde et à la naissance de quelque chose de radicalement nouveau : une vie libérée du mal ; une vie qui n’a pas de fin ; une vie où la vérité triomphe. Pour l’heure, nous n’avons que la vision de la croix dressée ; mais cette vision est parcellaire. L’œuvre de Dieu pour le salut du monde, si elle passe par la mort en croix du Juste, ne s’arrête pas là. Dans le monde voulu par Dieu, le Juste triomphe. Dans le monde voulu par Dieu, le mal n’a plus de place. Dans le monde voulu par Dieu, la vie est éternelle. 

            Devant Jésus en croix, gardons le silence qui fut d’abord le sien lors de son procès. Rien ne sert de vouloir expliquer le mystère du salut ; il nous faut entrer dedans, à la manière de Jésus, dans l’obéissance à la volonté de Dieu qui est volonté de salut et de vie pour tous les hommes. Devant la croix, contemplons l’Alliance nouvelle et éternelle, scellée dans le sang du seul Juste, celui que Dieu lui-même a envoyé dans le monde, pour sauver ce monde livré au bruit, à l’injustice, à la fureur. Devant la croix, gardons le silence, mais souvenons-nous de ce que Jésus lui-même disait à ses disciples : il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite (Mc 8, 31). Une parole alors incomprise par ses amis. Nous, devant la croix dressée, nous comprenons que la première partie vient de s’achever ; rendez-vous dans trois jours, et nous comprendrons tout. Enfin ! Amen.