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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 20 janvier 2024

3ème dimanche ordinaire B - 21 janvier 2024

 La Parole de Dieu, Bonne Nouvelle pour notre salut !



(Le prophète Jonas, source internet : (1827) Pinterest)



 

 

 

 

            Ce dimanche est, par la volonté du pape François, le dimanche de la Parole de Dieu. Un dimanche pour réfléchir davantage à sa place dans notre vie. J’espère juste que cela ne signifie pas que le reste du temps, nous n’en avons rien à faire que Dieu nous parle ou pas. Après tout, chaque dimanche, nous entendons des extraits de cette Parole, et la réforme liturgique du Concile Vatican II nous a largement ouvert ce trésor. 

            Lorsque nous croisons le prophète Jonas, dans la première lecture de ce dimanche, on pourrait croire qu’il suffit que Dieu parle pour que les hommes se bougent. Après tout, n’est-ce pas ainsi que cela se passe lorsque Jésus appelle ses premiers disciples ? Il leur dit : Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. Aussitôt, souligne Marc, laissant leurs filets, ils le suivirent. Une parole est dite ; l’homme répond, aussitôt. Nous savons qu’il n’en est rien pour Jonas ; Dieu s’y est pris à deux fois, Jonas s’étant enfui loin de Dieu après le premier appel de Dieu. Jonas ne voulait pas remplir la mission que la Parole de Dieu lui avait attribuée. Nous savons tous, par expérience, qu’il ne suffit pas que quelqu’un nous dise quelque chose pour que nous nous exécutions immédiatement. La Parole de Dieu, nous avons beau savoir et confesser qu’elle est importante pour nous, ne nous met pas au garde-à-vous. 

            Pourtant, cette Parole est une parole bonne. Dieu ne nous parle pas mal. Sa Parole ne nous entraîne pas au Mal. Sa Parole est Bonne Nouvelle, en tous les cas, se veut Bonne Nouvelle pour toute l’humanité à qui Dieu s’adresse. Peut-être que des prédications trop moralisantes nous ont éloigné de cette Parole ! Peut-être que nous n’y retrouvions plus justement cet aspect de Bonne Nouvelle. Quand nous faisons perdre à la Parole de Dieu sa saveur, il ne faut pas s’étonner que les hommes la rejettent. Pour que cette Parole que Dieu adresse à temps et à contre-temps garde toute sa saveur, il faudrait peut-être que ceux qui la transmettent lui gardent sa bonté, les encouragements qu’elle nous offre. N’utilisons jamais, en prédication, en catéchèse, ou dans une conversation, la Parole de Dieu pour condamner, pour juger, pour exclure. Quand Dieu nous parle, c’est pour nous rendre plus libres. Quand Dieu nous parle, c’est pour nous éclairer. Quand Dieu nous parle, c’est pour notre salut. Quand Dieu nous parle, c’est pour établir une Alliance d’amour et de miséricorde avec nous. 

            L’Eglise, pour souligner l’importance de cette Parole dans notre vie, ne célèbre aucun sacrement sans lire ne serait-ce qu’un verset de cette Parole. A toutes les étapes de notre vie, qu’elles soient joyeuses ou tristes, l’Eglise fait retentir cette Parole pour que nous croyions à l’Evangile et que nous nous convertissions. Car c’est bien à l’écoute et à la méditation de cette Parole que nous pouvons changer notre cœur. Notre cœur ne se convertit pas sous la contrainte, mais par l’écoute d’une parole bonne et constructive, d’une parole qui donne envie de vivre en plus grand. Il arrive que cette Parole soit dure à entendre, c’est vrai ; mais elle est toujours donnée pour notre bien. Quand Jonas consent finalement à parcourir Ninive en proclamant : Encore quarante jours, et Ninive sera détruite, cette parole devient une bonne nouvelle, parce qu’elle laisse à chacun le temps (quarante jours, ce qui n’est pas rien !) pour changer, pour tourner son cœur vers Dieu. Et c’est bien ce qui se produit : Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, se vêtirent de toile à sac. 

            N’abandonnons jamais cette Parole ! Entendons-la pour ce qu’elle veut être : Bonne Nouvelle pour notre Salut, même lorsqu’elle nous semble difficile. Dieu ne veut que notre bien ; Dieu ne veut que notre vie. C’est pour cela qu’il parle ; c’est pour cela qu’il a envoyé sa Parole faite chair au milieu de nous, en Jésus. Suivre Jésus, c’est vivre de cette Parole. Ecouter Jésus, c’est entendre cette Parole. Qu’elle nous mette en route à la rencontre de Dieu qui nous attend, pour que nous vivions avec lui dans la joie de son Royaume. Amen.

samedi 4 février 2023

5ème dimanche ordinaire A - 05 février 2023

 Être sel de la terre & lumière du monde, est-ce vraiment une bonne nouvelle ?



(Image trouvée sur le site : htpps://jardinierdedieu.fr) 


 


          Il ne m’est pas toujours facile de préparer l’homélie du dimanche. Il arrive que je sèche complètement devant les textes de la liturgie. Et ne croyez pas que l’expérience et l’âge simplifient les choses, bien au contraire. Les textes de ce dimanche, bien que faciles à comprendre, m’ont donné bien du fil à retordre, au point que j’ai fini par donner comme titre à mon homélie la question qui m’empêchait d’avancer : Être sel de la terre & lumière du monde, est-ce vraiment une bonne nouvelle pour nous ? Ecoutons bien Jésus. 

          Il nous dit d’abord, à nous, ses disciples : Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. En quoi est-ce une bonne nouvelle ? Ce qui me dérange, c’est que nous n’avons pas le choix. Jésus ne nous dit pas : si vous voulez, vous pouvez être sel de la terre, mais bien vous êtes le sel de la terre. Pardon, mais je n’ai rien demandé de semblable ; je voulais juste être disciple de Jésus, vous savez, l’écouter parce qu’il parle quand même bien de Dieu, le suivre de temps en temps parce que cela fait du bien d’être avec lui. Je voulais Jésus pour moi, avec moi parce qu’il donne du goût à ma vie. Mais voilà qu’il nous dit que c’est à nous de donner du goût à la vie des autres ? Je veux bien, mais je crains d’être plus fade que goûteux. Et je n’ai pas vraiment envie de me faire piétiner par les autres ; je suis sensible, je suis fragile. La suite de l’enseignement de Jésus n’est pas plus rassurant, bien au contraire. Ecoutons à nouveau. 

          Il nous dit encore : vous êtes la lumière du monde… on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes. Oui, mais pardon, encore une fois, je n’ai rien demandé ; et je suis plutôt timide. Alors m’exposer devant les autres, très peu pour moi ! Mais voilà, une fois encore, Jésus ne nous laisse pas le choix. Il ne dit pas plus qu’avant, tu es lumière si tu le veux. Nous n’avons pas d’autre choix que d’être lumière, comme nous n’avons pas d’autre choix que d’être sel, malgré les risques que cela comporte. A chacun sa route, à chacun son destin, chantait l’autre. Notre destin, c’est d’être, dès maintenant sel de la terre et lumière du monde. Cela fait partie de l’être chrétien. C’est assurément une bonne nouvelle pour les autres, pour ceux qui ne sont pas chrétiens, parce qu’ils ont quelqu’un (nous), pour donner du goût à leur vie ; ils ont quelqu’un (nous), pour éclairer leur vie d’une lumière nouvelle. Mais pour nous, c’est un fardeau, une responsabilité. Et pourtant, si Jésus s’adresse ainsi à nous, c’est que cela doit aussi être une bonne nouvelle pour nous. Comment ? 

          Peut-être nous faut-il réentendre alors le verset de l’alléluia, tel qu’il est prévu au Missel de ce dimanche. Je le cite : Moi, je suis la lumière du monde, dit le Seigneur. Celui qui me suit aura la lumière de la vie. C’est une citation de l’Evangile de Jean (8, 12). Là est la clé qui fait de l’Evangile de ce dimanche une bonne nouvelle pour nous. Nous sommes appelés à être lumière du monde à la suite de Jésus, à l’exemple de Jésus. Pour le dire encore autrement, il faut que la lumière qu’est Jésus, rayonne en nous, à travers nous. En nous faisant lumière du monde, Jésus nous fait porteur de sa lumière qui brille toujours. Ce n’est donc pas à nous de nous de nous mettre en avant ; nous avons à mettre en avant le Christ, et ce qu’il réalise dans notre vie. Et cela est une bonne nouvelle pour nous. D’abord parce que Jésus nous assure d’être avec nous, puisqu’il est, le premier à être lumière du monde. Ensuite, elle est bonne nouvelle parce que nous savons que cette lumière du Christ, dont nous devons resplendir, ne s’éteindra jamais puisque Jésus nous a assurés d’être avec nous, tous les jours, jusqu'à la fin des temps. Vous aurez remarqué par ailleurs que Jésus, s’il dit bien que le sel peut perdre de son goût, ne dit pas que la lumière peut s’éteindre. En effet, puisque Jésus est ressuscité, c’est notre foi, nous savons qu’il ne meurt plus, il brille à jamais en nous et pour le monde ; c’est encore notre foi. En cela, cette parole est une bonne nouvelle pour nous. 

          Tant que nous serons fidèles au Christ, c'est-à-dire tant que nous serons ses disciples, sa lumière en nous ne s’éteindra pas. De même, tant que nous serons fidèles à sa Parole et que nous nous nourrirons d’elle, notre sel gardera sa saveur. Ne cachons pas qui nous sommes, des disciples du Christ ; ne taisons pas sa Parole pour les hommes et les femmes de notre temps. Puisque le Christ donne du goût à notre vie, nous saurons donner du goût aux autres. Et puisque le Christ resplendit en nous, nous pouvons le faire resplendir devant les hommes par nos actes de justice et de miséricorde, par une vie semblable à la sienne. Soyons des christophores, et le monde pourra connaître le Christ et sa Parole. Soyons des christophores, et les hommes rendront gloire à notre Père qui est aux cieux. Amen.

samedi 16 avril 2022

Vigiles de Pâques - 16 avril 2022

 Faire route avec les femmes pour annoncer la Bonne Nouvelle.




(Arcabas, Les femmes au tombeau)



        Chaque année, au cours de cette grande nuit, nous est donnée à entendre cette page d’Evangile des femmes se rendant au tombeau à la pointe de l’aurore. Nous venons d’entendre la version de Luc. Ce sont ces femmes qu’il nous faut suivre ce soir pour comprendre et annoncer à notre tour cette grande nouvelle du tombeau vide. Oublions un instant que nous connaissons toute l’histoire, et marchons avec elles pour mieux comprendre ce qui leur arrive. 

            Nous avions laissé ces femmes au pied de la croix. Il ne fait pas de doute pour moi que ce sont les seules femmes du groupe proche des Apôtres à avoir eu ainsi l’idée de se lever de bonne heure pour entourer des soins funéraires prévus le corps mort de Jésus. Elles étaient quelques-unes avec Marie et Jean si l’on en croit Jean dont nous avons entendu hier le récit de la Passion. Elles étaient là jusqu’au bout ; elles ont vu l’emplacement du tombeau. Bien que Jean nous rapporte que Joseph d’Arimathie et Nicodème avaient déjà accompli tous les rites selon la coutume juive d’ensevelir les morts, ces femmes viennent renouveler l’opération. Je pense que cela est d’abord un geste pour elles, pour leur permettre de faire le deuil de leur ami. Elles n’en ont guère eu le temps au soir de sa mort à cause de la préparation de la Pâque juive. Imaginez-vous au milieu de ces femmes, entrez avec elles dans le tombeau de Jésus et voyez avec elles que le corps de Jésus n’est plus là. Il ne fait nul doute que vous serez aussi désemparés qu’elles. De même que vous serez craintifs avec elles lorsqu’apparaissent deux hommes en habit éblouissant. Avec elles, vous ferez un effort de mémoire pour vous souvenir de ce que Jésus avait dit, quand il avait annoncé sa passion. Ces paroles que personne n’avait bien comprises au moment où elles avaient été prononcées pour la première fois, je doute qu’elles soient plus compréhensibles maintenant, dans ce tombeau vide. Mais l’absence du corps et le témoignage de ces deux hommes donnent du poids et un contenu à ces mots. Remarquez la subtilité de Dieu qui envoie deux messagers et non pas un seul. A deux, le témoignage gagne en force et en véracité. Un témoin unique est un témoin nul, selon l’ancien adage latin. 

Mais on en fait quoi de ces deux témoins, de ce tombeau vide et de ces paroles curieuses : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. Remarquez que « vivant » n’est pas un adjectif ici ; Vivant est désormais le nouveau nom de Jésus. Il n’est pas simplement vivant comme vous et moi, il est LE VIVANT. Nous voici renvoyés à une autre parole de Jésus. N’a-t-il pas dit un jour : Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ? Encore une phrase que nous avions du mal à comprendre et qui prend sens maintenant, dans ce tombeau vide. La mort n’a pas pu garder en ces liens le Seigneur de la Vie. Ce qui semblait être la victoire de la mort au soir du vendredi lorsque Jésus, mort, fut mis au tombeau, est pour toujours sa défaite totale. Il était mort, c’est vrai, mais pour combattre la mort sur son propre terrain et vaincre d’elle. Il était mort, c’est vrai, mais pour nous offrir une vie sans fin, une vie marquée du sceau de l’éternité, à l’image de la vie même de Dieu. Il était mort, c’est vrai, mais pour mieux nous préparer le chemin vers la Vie en plénitude, par-delà la mort. Désormais, pour tous ceux qui croient en Jésus, mort et ressuscité, la mort n’est plus le dernier mot de leur histoire. Désormais pour tous ceux qui croient en Jésus, mort et ressuscité, la tombe devient le berceau de cette nouvelle vie. 

Cela peut nous sembler délirant, comme les propos de ces femmes, rapportés aux Apôtres, leur semblaient délirants. Ils n’en sont pas moins l’expression de notre foi la plus profonde ; ils n’en sont pas moins l’expression la plus originale de notre foi, ceux qui nous distingueront toujours des autres. Ils resteront ce que nous avons de plus irréductible et de plus sûr. Il fallait que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite ; il fallait cela pour que nous ayons accès à la vie de Dieu. La mort de Jésus est notre chemin de vie. Cette lumineuse nouvelle, il nous faut l’annoncer, comme les femmes, avec le risque majeur de n’être pas crus. Mais qu’importe : c’est là le cœur de notre foi, c’est là la seule Bonne Nouvelle qu’il nous faut transmettre. Christ est ressuscité, alléluia. Il est vraiment ressuscité, alléluia !

samedi 17 juillet 2021

16ème dimanche ordinaire B - 18 juillet 2021

 De quoi parlons-nous ?



(Carte du pays de Jésus, trouvé sur le site des éditions AGORA)



            J’ai essayé, vraiment ! J’y ai passé une bonne partie de ma préparation d’homélie, mais j’ai échoué ! J’ai cherché à comprendre, cartes à l’appui, comment la foule a fait pour arriver, à pied, avant Jésus et ses disciples, de l’autre côté du lac de Tibériade encore appelé Mer de Galilée. C’est juste impossible. Si vous avez en tête une carte du pays de Jésus, vous avez une étendue de terre bordée au sud par la Mer Morte, au Nord par la Mer de Galilée et un autre lac plus au Nord encore, les deux mers reliées par le Jourdain, et la Mer de Tibériade et le lac plus au Nord, reliés aussi par un cours d’eau. Impossible de passer d’une rive à l’autre sans barque. Impossible aussi d’aller plus vite à pied, l’étendue d’eau étant nettement plus longue que large. La ligne droite étant le chemin le plus court entre deux points, c’est mathématiquement impossible. Puisque la topographie est une impasse, peut-être faut-il chercher ailleurs la vérité que Marc veut nous révéler en rapportant ce moment de la vie de Jésus. 

            Une fois admis qu’il ne s’agit pas d’une course entre Jésus et la foule, que nous reste-t-il ? Il nous reste l’empressement de la foule, sa soif d’écouter encore Jésus, et son besoin de quelqu’un qui lui redonne espérance, quelqu’un qui la guide. Nous pouvons comprendre cela à partir du dernier verset entendu ce matin : en débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans bergers. Alors il se mit à les enseigner longuement. Pour quelqu’un qui voulait se reposer et faire reposer ses disciples, c’est foutu ! Cela ne compte pas non plus. L’urgence, pour Jésus, ce n’est plus le repos de ses disciples (encore qu’ils peuvent se reposer pendant que Jésus enseigne) ; l’urgence, c’est la foule. N’est-ce pas pour cela aussi qu’il avait envoyé ses disciples en mission deux par deux ? Pour annoncer l’Evangile, la Bonne Nouvelle du Salut, aux hommes en perte de sens ? Ne les a-t-il pas envoyés uniquement vers la Maison d’Israël, pour inviter son peuple à la conversion et à l’espérance, ce peuple qui connaît depuis trop longtemps la domination étrangère et le risque de perdre sa foi au Dieu unique et vrai, envahi qu’il est par des peuples aux dieux trop nombreux ? L’envoi en mission des disciples n’était donc pas une sorte d’exercice pour eux, en attendant le grand vent de Pentecôte qui les pousserait sur les routes de l’empire romain. L’envoi en mission était un moyen concret pour augmenter l’impact de la mission de Jésus, les disciples exerçant les mêmes pouvoirs de guérison et ayant la même autorité que Jésus sur les démons. Nous l’avons entendu dimanche dernier : Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. Depuis le début, toute cette histoire n’avait qu’un but : le Salut du peuple de Dieu et sa conversion. 

            Quand nous voyons l’empressement de la foule à suivre Jésus, quand nous imaginons ces regards que croise Jésus lorsqu’il débarque sur l’autre rive, nous comprenons que cette foule a besoin d’une parole, besoin d’un guide, besoin d’une espérance. Cette foule qui se presse, cette foule qui cherche, cette foule qui a besoin de sens, est l’image de l’humanité à travers l’Histoire. Ils sont nous ; nous sommes, aujourd’hui encore, comme eux. Et c’est particulièrement vrai, me semble-t-il, depuis le début de cette pandémie qui n’en finit pas de finir à force de mutation du virus. A nouveau, les hommes et les femmes de notre temps sont déboussolés, n’hésitant pas quelquefois à suivre les théories complotistes les plus farfelues, refusant le bon sens élémentaire devant ce virus qui perturbe la vie des hommes dans le monde entier. Un tiers des Français sont ainsi pris par des théories fumeuses qui leur font refuser un vaccin pourtant utile pour lutter contre les formes graves de la maladie. Même chez les chrétiens, ils s’en trouvent affairés à propager ses théories, quand bien même le pape François nous a largement appelé à ce geste simple pour protéger les plus fragiles, au nom de la doctrine sociale de l’Eglise, qui nous rappelle que le bien de tous passe avant ma liberté personnelle. La grande différence entre nous aujourd’hui et cette foule de jadis, c’est l’empressement à nous réunir autour du Christ. Il reste pourtant le berger véritable qui conduit son troupeau et prend soin de lui. Il est celui grâce à qui nous ne manquons de rien, il est celui qui nous mène par le juste chemin. il est celui qui a voulu réconcilier avec Dieu les Juifs et les païens en un seul corps par le moyen de sa croix. Comme la foule qui se pressait autour de lui, nous savons qu’avec lui, nous sommes entre de bonnes mains. 

            Voilà ce que nous révèle Marc dans cette page d’évangile invraisemblable. Il nous parle de Dieu qui veille sur nous. Il nous parle de Jésus qui enseigne. Il nous parle de la foule qui a plaisir à entendre Jésus et à le suivre, voire le poursuivre pour ne perdre rien de ce qu’il pourrait dire ou faire. Il nous montre Jésus qui préfère le bien de tous à son confort personnel : bien que fatigué, il enseigne encore plutôt que de se reposer. Le bien commun, il n’a pas attendu que l’Eglise le formule ; il l’a vécu en toutes choses, allant jusqu’à donner sa vie pour les hommes. Il accomplit ainsi la prophétie de Jérémie selon laquelle Dieu rassemblera son peuple et lui donnera des pasteurs justes, qui accompliront leur mission avec zèle. Avec la foule, laissons-nous enseigner par Jésus. Par Jésus et par les pasteurs qu’il nous donne, laissons-nous guider. Avec lui, plaçons le bien de tous au-dessus de notre liberté. Devenons davantage encore ses disciples. Amen.

samedi 12 décembre 2020

3ème dimanche de l'Avent B - 13 décembre 2020

Notre Dieu est le Dieu qui nous invite à la joie véritable.


(Tableau de Sieger Köder)


Soyez toujours dans la joie ! Cette invitation de Paul aux chrétiens de Thessalonique prend une coloration toute particulière, me semble-t-il, en cette année où nos vies sont bouleversées par la pandémie qui met nos vies entre parenthèses depuis neuf mois déjà et sans doute encore pour quelques temps. Les recommandations faites pour les fêtes de Noël, fêtes heureuses par essence, contrarient cet appel à la joie, du moins la restreignent aux quelques heureux que nous aurons le droit d’inviter. La déprime et l’angoisse grandissante qui gagnent une part non négligeable de la population ne favorisent guère ce sentiment de joie profonde. Bien au contraire ! 

Pourtant, nous devons plus que jamais faire entendre cet appel. Il est fondamental, parce qu’il est l’appel de Dieu adressé à toute l’humanité. La Bonne Nouvelle qui est au cœur de notre foi est une Nouvelle heureuse, une Nouvelle qui rend la joie au peuple qui marchait dans les ténèbres.  Quand Dieu vient à la rencontre de l’homme, ce n’est pas pour être un embêtement de plus. Quand Dieu vient à la rencontre de l’homme, c’est pour le conduire à cette joie que nul ne pourra lui enlever. La joie de Dieu n’est ni une mièvrerie, ni un peu d’eau sucrée pour faire passer la potion amère de nos vies atrophiées. Non, la joie de Dieu pour nous est la joie véritable, celle qui fait exulter le psalmiste. L’origine de cette joie, c’est la reconnaissance de tout ce que Dieu a fait et ne cesse de faire pour l’homme. Le Magnificat, dont nous avons chanté un extrait après la première lecture, est un bel exemple de cette joie qui prend aux tripes et qui jaillit comme un cri de bonheur à la face du monde. Dans son cantique, Marie n’a rien inventé ; elle se situe simplement mais réellement, dans l’expérience millénaire de son peuple, avec une conscience aigüe que c’est Dieu qui mène la barque, Dieu qui veille sur chacun, en particulier les plus petits, les plus pauvres. La Bonne Nouvelle du Salut, c’est la Justice restaurée, c’est l’homme, tout homme, rendu à sa dignité. 

En ces jours difficiles que nous vivons, c’est toujours de cette même joie que nous devons témoigner. Pour la partager, il faut d’abord peut-être en être habité. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ venu dans le monde pour notre salut, est-elle une vraie Bonne Nouvelle pour nous ? Nous ouvre-t-elle à cette joie, même en ce temps particulier de restrictions sociales ? La prudence dont nous devons faire preuve pour lutter contre le virus et éviter sa propagation n’a rien à voir avec la peur panique qui a envahi certains de nos contemporains ; la prudence n’a rien à voir non plus avec le fait de s’isoler, de se couper du monde. Prendre de la distance, ce n’est pas couper les ponts. Chrétiens, héritiers de cette joie libératrice qu’annonçait déjà le prophète Isaïe, nous ne pouvons nous laisser aller à la désespérance devant l’incertitude de notre époque. Plus que jamais, nous devons demander à Dieu la grâce de tenir fermes dans la foi, la grâce de savoir reconnaître encore les signes de sa venue et de sa présence au milieu de nous, la grâce d’en témoigner résolument et joyeusement. Plus que jamais, nous devons être les relais de cette présence auprès des plus fragiles pour qui ce Noël risque d’être encore plus triste et plus difficile que les précédents. 

Nous pouvons prendre exemple sur le prophète Isaïe. En l’écoutant parler de la mission qui lui est confiée en un temps difficile pour son peuple, nous pouvons ressentir chez lui une joie contagieuse. Ce qu’il doit annoncer le rend lui-même profondément heureux d’abord : je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. La joie de Dieu, ce n’est pas quelques bons mots ; la joie de Dieu à transmettre, c’est une vie transformée : les cœurs brisés seront guéris, les captifs délivrés, les prisonniers libérés, une année de bienfait accordée. N’est-ce pas ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui ? Nous entendre dire que notre vie sera transformée pour quelque chose de mieux ? La joie que Dieu nous invite à vivre, a quelque chose à voir avec la confiance que nous plaçons en lui. Si nous ne croyons plus qu’il puisse toujours quelque chose pour nous, alors le Salut annoncé n’est plus une Bonne Nouvelle, et la joie à venir loin d’être une réalité. Comme Isaïe, nous avons été saisis par l’Esprit de Dieu. Cet Esprit fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois. En célébrant notre foi, en proclamant la Bonne Nouvelle du Salut, en la vivant au quotidien, nous accueillerons toujours plus cette joie de Dieu et nous en serons les témoins auprès de tous. 

En cette période particulière de notre vie, soyons pour nos proches, en famille, au travail, dans notre quartier, de ceux qui rayonnent de cette joie de Dieu. Soyons les témoins et les relais de la Bonne Nouvelle du Salut que Dieu réalise en son Fils Jésus Christ. Il a fait des merveilles pour nous ; il en fera encore. Isaïe, Marie et Jean le Baptiste en ont été les témoins pour leur époque ; soyons-en les témoins authentiques pour aujourd’hui. Amen. 

samedi 15 août 2020

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2020

 La Cananéenne, Isaïe, saint Paul : même message, même combat.




(Jésus et la Cananéenne, icône du Patriarcat orthodoxe de Roumanie, Source internet)


          Ne faisons pas comme les disciples ; n’accablons pas cette femme qui poursuit Jésus et ses amis de ses cris pour que quelque chose se passe pour elle et son enfant. Ne faisons pas davantage comme ceux qui disent que l’Ancien Testament est dépassé depuis la venue de Jésus : ce que le prophète Isaïe proclame, nous concerne encore aujourd’hui. Ne faisons pas enfin comme si nous étions désormais les meilleurs ; entendons bien ce que Paul nous partage dans sa lettre aux Romains. Entrons dans chaque parole prononcée ce matin et accueillons-les comme autant de bonnes nouvelles pour nous aujourd’hui. La Cananéenne, Isaïe et Paul, c’est même message, même combat. 

            N’accablons pas cette femme qui crie après Jésus. Elle veut une guérison pour sa fille. Les disciples sont agacés parce qu’elle leur casse les oreilles. Cela doit cesser, d’où leur demande adressée à Jésus : Renvoie-la car elle nous poursuit de ses cris. Vous comprenez, elle ne fait pas partie de leur groupe, elle n’est même pas juive ; c’est une étrangère ! Et Jésus semble aller dans ce sens quand il affirme : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Pire encore juste après :  Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Rude, l’intervention. Jésus nous avait habitués à mieux, à plus de compassion, à plus de miséricorde ! Raison de plus pour nous de ne pas accabler cette femme désespérée, d’autant plus qu’elle est des nôtres, elle est nous. Car, à moins que vos ancêtres lointains n’aient été juifs au temps de Jésus, elle est bien de notre camp, elle parle pour nous. Loin de l’accabler, il nous faut la remercier parce que son intervention nous ouvre une espérance, son intervention nous ouvre la porte du salut : Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Quelle foi admirable est ainsi exprimée. Non seulement elle ne s’offusque pas à cause de la parole de Jésus, mais elle la retourne à son avantage. Elle ne veut rien qui ne soit pas pour elle ; mais elle peut bien profiter de ce que les autres n’ont pas voulu. Si les brebis perdues d’Israël ont laissé Jésus s’en aller vers les régions de Tyr et de Sidon, vers ces régions étrangères, pourquoi les habitants de ces régions ne profiteraient-ils pas de celui qui arrive ainsi chez eux ? Pourquoi ne l’accueilleraient-ils pas ? Pourquoi ne pourraient-ils pas reconnaître Jésus pour ce qu’il est ? Jésus ne s’y trompe pas : il y a là une foi puissante qui est exprimée. Que tout se fasse pour cette femme comme elle veut. A l’heure même, sa fille fut guérie, nous dit sobrement saint Matthieu. 

            Je ne sais pas si cette femme avait lu le prophète Isaïe, mais nous l’avons entendu. Et c’est bien de nous qu’il parlait lorsqu’il prophétisait ainsi : les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer… je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie… Longtemps avant Jésus Christ, le prophète rappelait ainsi la vocation d’Israël d’être lumière pour les nations païennes, et la réalité de cette vocation : elle est effective, des peuples peuvent se convertir en regardant vivre le peuple choisi. Il nous faut bien entendre toute la prophétie de ce jour. Elle commence par ces mots : Observez le droit, pratiquez la justice. Voilà dit clairement ce que doit vivre le peuple choisi pour être fidèle à sa vocation ; mais voilà aussi annoncé ce que doivent vivre les étrangers qui se sont attachés au Seigneur. Le droit et la justice sont signe de cet attachement au Dieu de l’Alliance ; ils sont le chemin qui conduit à la montagne sainte. Que nous entendions ce texte dans les conditions mêmes dans lesquelles il a été prononcé (à savoir nous ne faisions pas partie à l’époque du peuple élu sauf à vivre dans cette région) ou que nous l’entendions avec un regard chrétien sur un texte qui ne l’est pas (à savoir que l’Eglise peut être comprise comme une incarnation de ce peuple que Dieu s’est choisi par la nouvelle Alliance signée dans le sang de Jésus), quelle que soit notre lecture donc, nous n’échapperons pas au devoir de justice, nous n’échapperons pas à l’obligation d’observer le droit. Les dix commandements et toute la Loi ne sont pas abolis, mais accomplis en Jésus. Nous devons être d’autant plus rigoureux dans l’observation de la Loi, dans la pratique de la justice. Je vous renvoie au discours de Jésus sur la montagne en Matthieu chapitre 5 : Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres… et bien moi, je vous dis… 

            Il n’y a donc pas de quoi prendre la grosse tête au prétexte que nous sommes chrétiens. Le fait de suivre Jésus ne nous rend pas meilleurs que le peuple de la première Alliance qui ne l’a pas reconnu, et Dieu ne s’est pas détourné d’eux. Paul le dit très fort dans la lettre aux Romains. Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. En clair, Dieu ne regrette pas cette première Alliance ; elle n’est pas annulée par l’Alliance faite en Jésus Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes. Ces deux Alliances ont en commun d’être chacune le signe que Dieu fait miséricorde à son peuple. Chacune mène au salut pourvu qu’elle soit vécue honnêtement. Nos frères aînés dans la foi qui vivent dans le respect de la Loi donnée à Moïse parviendront au salut à cause de leur foi ; le chrétien qui vit l’Evangile de Jésus Christ parviendra au salut par sa foi ; les hommes de bonne volonté, qui ne connaissent ni Moïse, ni Jésus, mais qui vivent selon le droit et la justice, parviendront à la montagne sainte. Car aux uns comme aux autres, Dieu fait miséricorde ; Dieu fait miséricorde à l’homme juste ; Dieu fait miséricorde à celui qui observe le droit. Dieu fait miséricorde à ceux qui aiment, parce qu’au fondement de la Loi de Moïse, au fondement de l’Evangile de Jésus Christ, au fondement du droit et de la justice, il y a l’Amour. Celui qui vit la Loi de Moïse, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation de cette première Alliance  ; celui qui vit de l’Evangile de Jésus Christ, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation faite en Jésus Christ ; celui qui pratique le droit et la justice aime son prochain et est aimé de Dieu, même s’il ne connaît pas Dieu ; Dieu se révèlera à lui dans son Royaume. 

            Ayant ainsi mieux pénétrés la Bonne Nouvelle de ce dimanche, nous pouvons réentendre, mieux comprendre et faire nôtre vraiment la prière de ce dimanche entendue au début de la célébration : Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir : répands en nos cœurs la ferveur de ta charité, afin que t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions de toi l’héritage promis qui surpasse tout désir, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

 


mardi 25 décembre 2018

Noël : Messe de Minuit - 24 décembre 2018

Ne craignez pas !






            Une enseignante de nos écoles catholiques, qui voulait parler de Noël à ses élèves de CM2, s’était entendu répondre par un enfant : Mais Madame, votre histoire on la connaît depuis l’école maternelle. Que devrions-nous dire, nous qui sommes plus proches des cheveux blancs que des bancs d’école, et qui venons chaque année, au cœur de la nuit, célébrer le Dieu qui vient ? Que nous connaissons l’histoire, nous aussi ? Pourtant, est-elle bien la même d’année en année ? Je n’en suis pas sûr, tant ce que nous vivons, modifie ce que nous percevons. Alors, plutôt que de vous parler de Marie, Joseph et Jésus, je voudrais reprendre avec vous le message de cette fête, tel qu’il nous est donné par les anges. 

            Ce message commence ainsi : Ne craignez pas ! Ce messager de Dieu, qui ne se dérange pas pour rien en général, ne vient pas nous faire peur. Dieu ne vient pas faire peur aux hommes. Comme cela est rassurant à une époque où certains utilisent Dieu pour semer la terreur et la mort. Comme cela est rassurant après des années de discours moralisant de la part de l’Eglise et de ses représentants. Les hommes avaient toujours une bonne raison de se méfier de Dieu : ils n’étaient jamais assez ceci ou alors trop cela pour convenir à Dieu et à ses représentants. Ont-ils entendu ce message de l’ange qui se veut rassurant ? Ne craignez pas, Dieu ne vient pas vous faire misère. Ne craignez pas, Dieu ne vient pas vous demander des comptes. Ne craignez pas, Dieu ne vient pas pour vous faire mourir. 

Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple. De mieux en mieux. Non seulement, il n’y a pas à craindre Dieu, mais en plus voici qu’il livre une bonne nouvelle. Dieu a choisi le camp des hommes, Dieu a choisi de se faire homme : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. A-t-on jamais entendu pareille chose ? Ce Dieu que certains craignaient, ce que Dieu que d’autres utilisaient à leur sombre profit, voici qu’il prend forme humaine et rejoint notre monde. Comme le dira saint Irénée : Dieu s’est fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu. Tout notre Avent nous tendait vers la réalisation de cette promesse ; tout notre Avent aboutit ici, à la crèche, avec cette certitude que nous n’avons pas à craindre Dieu. La rencontre entre l’homme et Dieu, que certains avaient confisqué pour plus tard, quand l’homme ne sera plus qu’un corps mort, voici qu’elle a lieu, au cœur de notre nuit, au cœur de cette nuit. Et c’est une bonne nouvelle ! 

C’est une bonne nouvelle parce qu’elle ouvre pour les humains que nous sommes des perspectives nouvelles. C’est une bonne nouvelle parce que cet enfant nouveau-né vient nous dire que la paix est possible ; cet enfant nouveau-né vient nous dire que la joie est possible, même au cœur de la nuit la plus profonde ; cet enfant nouveau-né vient nous dire qu’un avenir est possible pour les hommes. Il porte en lui la réalisation de toutes les promesses que Dieu a formulées au long de l’alliance. Il porte avec lui la possibilité d’un salut pour les hommes, la possibilité d’une vie qui ne finira jamais. Quand des hommes sont capables de s’extasier devant une nouvelle vie qui commence, alors ils sont capables du meilleur, alors ils sont capables de se reprendre et de construire un monde nouveau dans lequel leurs enfants seront heureux, libres et en paix. 

Cette bonne nouvelle, dans l’évangile, parvient aux bergers, aux parias de la société d’alors. Les bien-pensants, les bien-vivants n’ont rien perçu de ce grand mystère, n’ont rien perçu de cette grande nouvelle. Trop occupés, ils n’ont pas su accueillir celui qui frappait à leur porte : pas de place pour lui dans la salle commune, pas de place pour lui dans la vie de ces hommes. Ce drame n’a pas eu lieu qu’à l’époque, quand Jésus est né de Marie ; ce drame est encore le drame de tant d’hommes et de femmes, qui ne savent pas, ou qui ne veulent pas, accueillir Dieu dans leur vie. Nous en avons des échos chaque année, à l’approche de Noël, quand se pose la question de la présence de crèches dans l’espace public : pas de place pour ça ! Nous en avons des échos quand des hommes se servent de Dieu pour détruire l’homme : pas de place pour un Dieu qui aime les pauvres et les opprimés dans ce monde où ne compte que le profit de quelques-uns. A-t-il une place dans ta vie ? 

Regardez-le bien, ce petit Dieu fait homme : il a déjà les bras ouverts pour nous accueillir tous dans son amour. Il se donne à nous et veut nous attirer à lui. Allons à lui, sans crainte, et demandons-lui de nous rendre capables de lui puisqu’il s’est rendu capable de nous. Puisqu’il a su s’abaisser, il saura nous élever. Amen.

 (Enluminure de Frère Jacques)

 

 

dimanche 21 janvier 2018

03ème dimanche ordinaire B - 21 Janvier 2018

Jonas, celui qui ne voulait pas le salut pour tous.





Ceux qui ne vont à la messe que le dimanche, n’entendront du Livre de Jonas que le court extrait que nous avons eu en première lecture. Et s’ils ne font pas l’effort de lire le livre en entier (quatre petits chapitres), ils ne comprendront rien à l’histoire telle que nous l’avons entendu, ou plutôt ils ne la comprendront que de travers. Car en lisant le livre en entier, nous découvrons que Jonas n’est pas le modèle du prophète qui annonce la Parole avec joie aussitôt celle-ci transmise. 
 
Tout commence quand Dieu se décide à intervenir pour Ninive. De ce qui est dit de la ville, nous comprenons qu’elle est tout entière plongée dans le mal, et que Dieu ne la supporte plus. Il interpelle donc Jonas qui a mission de dire aux Ninivites que leur méchanceté est montée jusqu’à Dieu. Il doit les inviter à la conversion. Contrairement à ce que peut faire croire la traduction liturgique, Jonas ne se lève pas immédiatement pour aller à Ninive. Cela il ne le fera que la seconde fois, lorsque la parole du Seigneur fut adressée de nouveau à Jonas. La première fois, il fuit ; il s’embarque sur un navire pensant échapper à Dieu et à sa mission. Pourquoi fuit-il ? Parce qu’il sait la bonté de Dieu et son désir de salut pour tous les hommes. C’est là la marque principale du prophète que ce petit livre tient à souligner. Le lecteur attentif du livre de Jonas comprend ce qu’est l’expérience prophétique. Jonas lui-même confesse cette expérience lorsque la ville s’est convertie et que Dieu est revenu de sa décision de la punir. Je savais bien que tu es un Dieu bon et miséricordieux, lent à la colère et plein de bienveillance, et qui revient sur sa décision de faire du mal. Celui que Dieu choisit pour annoncer sa parole, hier comme aujourd’hui, est nécessairement convaincu de la bonté et de la miséricorde de Dieu. N’est-ce pas ce que nous rappelait le pape François quand il a proclamé un Jubilé de la miséricorde ? Ne voulait-il pas nous faire redécouvrir à tous cette qualité première de Dieu ? Quand bien même Dieu aurait des motifs de colère contre nous, sa miséricorde est plus grande encore et sans limite. Je n’imagine pas qu’un prédicateur ou une catéchiste puisse proclamer l’évangile sans en être convaincu. Quiconque veut parler de Dieu doit savoir (et être convaincu lui-même) que Dieu aime tous les hommes et qu’il veut leur salut à tous, quels que soient leur tempérament, leur caractère, leur origine, leur couleur de peau, leur croyance, ou le nombre d’actes mauvais qu’ils aient pu commettre. Le Dieu de l’Evangile est le Dieu du Salut. Il suffit que la Parole de Dieu soit proclamée pour qu’elle puisse agir, même malgré celui qui l’annonce. Et même si le prophète, comme Jonas, n’annonce pas exactement ce que Dieu demande, la Parole peut atteindre son but. Jonas dit : encore quarante jours et Ninive sera détruite, et le peuple comprend qu’il doit se convertir alors même que Jonas n’avait pas proclamé cette possibilité. 
 
Cette histoire de Jonas nous interroge alors sur notre rapport à l’Evangile, cette Bonne Nouvelle que Jésus a proclamée et que ses disciples doivent continuer à annoncer. L’Evangile que nous lisons est-il encore Bonne Nouvelle pour nous ? Ou est-ce juste un beau texte historique, un écrit de sagesse à côté d’autres écrits de sagesse ? Pour ne prendre qu’un exemple que je connais pour y travailler en ce moment (l’Enseignement catholique), que signifie le mot Evangile pour les parents qui inscrivent leurs enfants dans une école catholique ? Car enfin, nombre de projets éducatifs se disent référés aux valeurs de l’Evangile. Nous sommes bien d’accord : cela ne veut absolument rien dire si pour nous, chrétiens, l’Evangile n’est pas le moteur de notre vie, ce qui lui donne véritablement sens et qui oriente toutes nos actions. L’Evangile n’a de valeur que s’il est reconnu comme une Parole efficace, comme la présence agissante de Jésus dans notre vie. L’Evangile n’est Bonne Nouvelle que s’il ouvre ma vie à la bonté et à la miséricorde de Dieu pour que ma vie puisse devenir pour d’autres signe de cette bonté et de cette miséricorde. L’Evangile ne doit pas être proclamé pour faire peur aux gens, mais pour les amener à vivre plus grand, à vivre mieux. Ce n’est pas la même chose de dire : Ninive sera détruite que de dire : la méchanceté de Ninive est parvenue jusqu’à Dieu ! La première formule sonne comme une condamnation, la seconde laisse un champ de possible : si ma méchanceté est parvenue jusqu’à Dieu, combien plus ma conversion lui parviendra-t-elle ! Nous avons tous une responsabilité particulière concernant la réception de l’Evangile comme Bonne Nouvelle pour tous les peuples. Nous devons nous battre contre toute tentative de réduire la Parole de Dieu à des préceptes moraux, des condamnations, des fatwas réduisant la miséricorde de Dieu, annulant son amour, défigurant son visage. L’Evangile sera Bonne Nouvelle tant que celui qui l’entend comprendra qu’il est aimé infiniment et gratuitement par Dieu, quelle qu'ait été sa vie jusqu’à présent. L’Evangile ne réduit pas notre vie à nos actes manqués ; il agrandit notre vie à la mesure de l’amour de Dieu pour nous. 
 
Jonas savait tout cela, mais il ne voulait pas que ce qui était bonne nouvelle pour lui le soit aussi pour Ninive. Il aurait bien aimé que cette ville soit détruite. Nous ne sommes pas différents de lui : quelles sont les Ninivites que nous aimerions voir détruits ? Quels sont ceux à qui nous ne ferons pas entendre la Bonne Nouvelle du Salut de peur qu’ils ne se convertissent et soient sauvés avec nous ? La leçon que Dieu donne à Jonas à la fin du livre vaut pour nous aussi : nous savons nous soucier pour des petites choses ; combien plus Dieu se soucie-t-il des hommes qu’il a créés. Nous ne sommes pas propriétaires de l’Evangile ; nous n’en sommes que les dépositaires. Nous devons l’accueillir et le transmettre, fidèlement. Convertissons-nous donc et croyons à l’Evangile pour que d’autres puissent se convertir et y croire, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

(Gustave Doré, Jonas exhorte les Ninivites, in Gustave Doré - La Bible, éd. SACELP, 1983 )

samedi 7 octobre 2017

27ème dimanche ordinaire A - 08 octobre 2017

Quand la Bonne Nouvelle se fait plus rude...





Et dire qu’il y en a encore pour croire que la Bonne Nouvelle de Jésus Christ c’est de l’eau de rose, plein de guili-guili, une belle histoire pour enfant sage ! Après avoir entendu l’Evangile de ce dimanche, force est de constater que l’Evangile sait aussi se faire plus rude, avertissement sévère à ceux qui voudraient avoir l’héritage, mise en garde contre ceux qui ne donnent pas de bons fruits. Et nous aurions tort de croire que cela ne nous concerne pas, que ces textes ne sont que pour les autres, ceux qui sont vraiment méchants, vraiment mauvais. Que nous ne soyons pas parfaits est une chose que nous entendons volontiers, mais nous n’en sommes pas rendus au point de ces ouvriers qui tuent le l’héritier ! Est-ce si sûr ? 
 
La parabole rapportée par le prophète Isaïe, nous l’évacuons volontiers en disant que ce n’est pas de nous qu’il parle. C’est un texte de la Première Alliance qui ne concerne donc que les gens de la Première Alliance. De même dans l’Evangile, Jésus ne s’adresse qu’aux anciens du peuple et aux grands-prêtres, toutes fonctions que nous n’occupons pas. Nous serions donc exempt de reproches, plutôt fiers d’être de ceux à qui la vigne sera confiée une fois tous les autres éliminés. Au pire, ce texte concernerait uniquement les membres de nos communautés qui assurent la conduite effective de l’Eglise, mais pas le commun des baptisés. Le fait est que nous ne pouvons pas nous en tirer ainsi. La parole lue chaque dimanche est bien pour nous, et pour nous tous ; c’est bien à nous tous que Dieu s’adresse dans les lectures que nous entendons. C’est donc bien pour nous mettre tous en garde que nous les entendons.  Dieu attend de chacun de nous de bons fruits. Il prend soin de nous ; nous devons prendre soin de la parole qu’il nous confie afin qu’elle puisse faire son œuvre en nous. 
 
Quand la Parole de Dieu se fait rude, veillons à ne pas l’évacuer trop vite. Entendons-là pour ce qu’elle est : un appel à la conversion. Souvenons-nous de ce que nous disait le prophète Ezéchiel la semaine passée : Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Droit et justice : ce sont justement les bons fruits attendus par Dieu dans ce chant de la vigne que rapporte le prophète Isaïe. Etre droits et justes dans nos relations avec les autres ; être droits et justes dans notre travail ; être droits et justes vis-à-vis de Dieu ; être droits et justes dans notre participation à la vie de la cité. Lorsque nous lisons la presse ces derniers jours, nous pouvons légitimement nous interroger : sommes-nous toujours droits et justes ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous estimons que les efforts à faire pour redresser notre pays, c’est toujours aux autres de les faire ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous pointons du doigt les étrangers dès que quelque chose ne va pas ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous considérons qu’il faut plier devant la minorité qui manifeste et fait du bruit dans la rue ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous attendons tout des autres et refusons systématiquement de nous salir les mains pour arranger les choses ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous condamnons les nouveaux modèles familiaux qui se dessinent alors que les nôtres s’écroulent et prennent eau de toutes parts ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous faisons le choix de partis extrêmes que quelques bords qu’ils soient alors que l’histoire récente de notre continent nous a montré les horreurs qu’ils ont tous engendrées ? Sommes-nous droits et justes lorsque nous pensons qu’une bonne guerre remettrait les choses dans le bon ordre ? Sommes-nous droits et justes lorsque, par souci de rentabilité et de profits, nous maltraitons la terre que Dieu nous a confiée ? 
 
Quand l’Evangile se fait plus rude, au lieu de le ranger soigneusement, écoutons-le encore. Quand l’Evangile se fait plus rude, au lieu de l’envoyer à ceux qui auraient tout intérêt à l’écouter, relisons-le encore pour nous. Quand l’Evangile se fait plus rude, prenons-le au sérieux. Et entendons-le toujours comme un appel à nous convertir, un appel à porter plus de bons fruits, un appel à changer nos cœurs. Quand l’Evangile se fait plus rude, confions-nous à la miséricorde de Dieu, afin qu’il guérisse en nous ce qui n’est pas conforme à sa Parole. Quand l’Evangile se fait plus rude, faisons une place plus grande au Christ : il nous indiquera la voie du droit et de la justice ; il nous indiquera le chemin du salut. Amen.          
 
(Dessin de M. Leiterer)                                                                               

samedi 14 janvier 2017

02ème dimanche ordinaire A - 15 Janvier 2017

Je fais de toi la lumière des nations.




Quel est le point commun entre le peuple d’Israël, le prophète Isaïe, Jean le Baptiste, Jésus Christ et nous ? Une même parole donnée par Dieu, un même destin : être la lumière des nations pour que le salut [de Dieu] parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. 
 
Etre la lumière des nations, c’est d’abord le rôle historique du peuple que Dieu a choisi et patiemment construit depuis Abraham. Israël n’est pas le peuple choisi par Dieu parce que celui-ci n’aurait pas d’intérêt pour les autres. Au contraire : c’est parce que Dieu se soucie de tous les peuples, c’est parce que tous les peuples ont de la valeur aux yeux de Dieu, que celui-ci se donne un peuple particulier pour vivre avec lui une alliance telle qu’elle donnerait envie aux autres peuples de vivre la même chose, et qu’ainsi les peuples divers s’uniraient dans la confession du même Dieu, dans le respect de la même Alliance, dans l’observance de l’unique parole de Dieu. Etre choisi par Dieu n’est pas du favoritisme, c’est une responsabilité : celle de faire connaître celui qui nous a appelé et mener les autres à lui. 
 
Etre la lumière des nations devient donc, en un temps précis, la mission du prophète Isaïe. Alors que le peuple de Dieu semble ne plus exister, décimé qu’il est par l’exil, voici que le prophète est chargé par Dieu de relever les tribus de Jacob, de ramener les rescapés d’Israël. Le temps de la miséricorde est venu, Dieu choisit à nouveau son peuple particulier et veut étendre son salut jusqu’aux extrémités de la terre. Le cœur de Dieu s’est dilaté ; le cœur de Dieu se révèle dans toute sa grandeur. Son salut est pour tous ceux qui le reconnaissent et viennent vers lui. Nous pouvons comprendre aisément, me semble-t-il, l’espoir qui renaît quand la nuit du péché touche à sa fin et que le salut du peuple, de tous les peuples, est annoncé ainsi. Dieu vient faire toutes choses nouvelles. 
 
Etre la lumière des nations est bien un aspect de la mission de Jean le Baptiste lorsqu’il se tient sur les bords du Jourdain et propose un baptême de conversion. Il est venu pour montrer aux hommes l’Agneau de Dieu, le Fils de Dieu. Certes, sa mission se situe bien à l’intérieur du peuple que Dieu s’est choisi. Il est venu baptiser dans l’eau pour que le Christ soit manifesté à Israël d’abord. Mais puisque la mission d’Israël est d’être déjà lumière des nations, si le Christ est révélé à ce peuple particulier, il le sera aussi aux autres, par extension de la mission. 
 
Etre la lumière des nations, c’est bien ce qu’a été Jésus durant toute sa vie et au-delà. En s’adressant à tous (y compris la Samaritaine), en guérissant des malades (y compris le serviteur d’un centurion romain), en donnant sa vie sur la croix, c’est bien à tous les hommes qu’il s’adresse, c’est bien tous les hommes qu’il embrasse de son amour. Jésus est celui qui a accompli parfaitement la prophétie confiée à Isaïe. Il a voulu unir tous les hommes en lui pour les réconcilier entre eux et avec Dieu. Il a fait de tous des frères leur rappelant qu’ils n’avaient tous qu’un même Père, le sien, le Dieu trois fois saint. Sa parole et ses actes éclairent d’un jour nouveau les rapports entre les hommes, les rapports entre les hommes et Dieu. Nous comprenons pourquoi, après la mort et la résurrection de Jésus, ses Apôtres n’ont pu se taire et garder pour eux cette Bonne Nouvelle. Nous comprenons pourquoi ils ont parcouru le monde entier pour faire connaître cette Bonne Nouvelle du salut. Comment, ayant découvert et expérimenté l’amour de Dieu pour les hommes dans leur propre vie, comment donc auraient-ils pu ne pas le faire découvrir à leur tour ? 
 
Etre la lumière des nations, c’est notre mission maintenant, à la suite des Apôtres, au titre de notre baptême. Expérimentant l’amour miséricordieux de Dieu pour nous, pauvres pécheurs, comment pourrions-nous le garder alors que notre monde est plongé à nouveau dans les ténèbres de la division, de la haine, de la destruction et de l’oppression ? Notre baptême nous oblige à des actes « politiques », en faveur de la cité, en faveur du bien des hommes, de tous les hommes. Nous ne pouvons pas nous recroqueviller sur nous-mêmes ; nous devons avoir pour tous les hommes, et particulièrement les plus petits, les plus faibles, le même amour, la même attention, le même empressement à servir que Jésus Christ. Lui qui n’a pas fait de différence entre les hommes doit nous inspirer une posture nouvelle, au nom de notre attachement à lui, une posture qui permette au plus grand nombre de vivre en paix, avec le minimum nécessaire. Nous ne pouvons pas nous contenter de regarder le monde et nous lamenter sur lui. Chrétiens, nous devons diffuser l’amour du Christ pour tous les hommes par une charité inventive et constructive. Au minimum, nous pouvons offrir un regard tendre et un cœur ouvert à ceux qui sont dans la détresse pour qu’ils découvrent qu’ils ont encore de la valeur, qu’ils sont encore de cette communauté humaine qui avance à tâtons quelquefois à la rencontre de son Dieu et Sauveur. 
 
L’homme peut manquer d’argent, mais il ne peut, il ne doit jamais manquer d’amour. Le salut commence par ceci : un geste, un regard d’amour et de tendresse. Parce que c’est le regard primordial que Dieu lui-même porte sur nous. C’est le regard par lequel nous manifesterons le mieux sa présence à tous les hommes. C’est le regard par lequel nous serons sauvés ! C’est le regard par lequel nous serons vraiment lumière des nations. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

mercredi 13 mai 2015

Ascension B - 14 mai 2015

Avec les Apôtres, apprendre à vivre le départ de Jésus.





Un même événement, deux présentations différentes : celle de Luc dans les Actes des Apôtres et celle de Marc dans l’Evangile. Un même événement, deux présentations, deux enseignements ? A voir. 
 
Commençons par l’Evangile. Jésus fait un dernier discours à ses Apôtres, les invitant à être ses témoins dans le monde entier. Il leur redit l’efficacité de la Parole qu’ils ont à proclamer et les signes qui accompagnent cette Parole : ils traduisent tous la libération du Mal que procure le baptême. Une fois Jésus enlevé au ciel, les Apôtres s’en allèrent proclamer partout l’Evangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. Ce que Jésus leur a dit, se réalise très concrètement. 
 
De ce premier témoignage, nous pouvons comprendre que Jésus, bien qu’assis à la droite de Dieu, n’abandonne pas ses disciples : il travaillait avec eux. L’absence physique n’est pas absence totale. Jésus reste mystérieusement présent dans la vie et l’œuvre de ses disciples, quand ceux-ci accomplissent la mission qu’il leur a confiée. La présence de Jésus au monde se fait désormais par la communauté de ceux qui croient en lui, l’Eglise. Jésus en est bien le chef, puisque c’est toujours lui qui agit à travers ses disciples. Apprendre, avec les Apôtres, à vivre le départ de Jésus, c’est apprendre à prendre notre place dans cette communauté, à prendre notre part dans le travail de tout croyant : faire connaître Jésus, faire connaître sa Bonne Nouvelle. La faire connaître partout. Il n’y a pas un domaine de la vie des hommes, il n’y a pas un lieu sur terre, où cette Bonne Nouvelle n’a pas à se faire entendre. Tout l’homme et tous les hommes sont concernés par elle, parce que tout l’homme et tous les hommes sont sauvés par Jésus, Christ et Seigneur. 
 
Nous pouvons alors relire les Actes et noter les différences dans l’événement rapporté. Il y a toujours un discours un Jésus, sur la venue de l'Esprit Saint et le baptême que les disciples doivent recevoir de lui. La manière de Luc de dire que Jésus ne laisse pas ses Apôtres orphelins. Il ne sera plus là physiquement, mais son Esprit les accompagnera. Quand Jésus est élevé, les disciples restent là à regarder le ciel. Nous pouvons comprendre cela : ce départ creuse un vide et les Apôtres veulent comme prolonger ce moment. Mais là n’est pas leur mission. Quand Jésus part, on ne reste pas là, bouche-bée. Deux hommes les renvoient à la réalité : pour quoi restez-vous là à regarder le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. De là, nous pouvons comprendre que ce départ n’est pas définitif. Jésus reviendra. Entre ce départ vécu et le retour annoncé, il y a le temps de l’Eglise, le temps des disciples. Et ce temps n’est pas conçu pour scruter le ciel. Jésus le leur a dit avant de partir : vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Il y a bien une mission à remplir ; il y a bien un travail à faire en attendant le retour de Jésus. 
 
Un même événement, deux témoignages, un même enseignement : Jésus s’en va, mais il veut continuer à vivre et à agir pour le bien des hommes à travers nous. C’est à nous qu’il revient désormais de vivre et faire vivre l’Evangile. S’il est bon de nous rassembler aujourd’hui pour célébrer le départ de Jésus vers son Père, il nous sera tout aussi bon de ne pas rester là et de repartir dans notre quotidien, forts de tout ce que nous avons appris de lui. Il sera bon pour nous de revenir ici, à la source de l’Eucharistie pour y puiser la force de témoigner toujours et encore de celui qui nous fait vivre. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du Lapin Bleu)

samedi 2 mai 2015

05ème dimanche de Pâques - 03 mai 2015

Avec les Apôtres, passons de la peur à la confiance.





Mettons-nous en situation : un fanatique religieux poursuit ceux de votre communauté. Il les met en prison ; certains y trouvent la mort. Et voilà que ce sinistre personnage veut faire partie de votre groupe, de vos proches en disant qu’il s’est converti. L’accueillez-vous aussitôt à bras ouverts ? N’êtes-vous pas un peu méfiants ? Après tout, qui vous garantit que ce n’est pas une ruse pour avoir des noms de personnes à arrêter encore ? 
 
C’est la situation dans laquelle se trouvent les Apôtres à Jérusalem, lorsque Saul, le persécuteur converti se présente devant eux. Tous avaient peur de lui et ils ne croyaient pas que lui aussi était un disciple. Pas très difficile à comprendre ou à admettre. Il n’a pas vraiment été un tendre, ce Saul de Tarse. C’est lui qui est allé solliciter de la part du grand conseil les lettres nécessaires à sa campagne d’arrestation. Il n’est pas un simple rouage pris dans une entreprise de destruction qui le dépasse. Non, il est bien celui qui en est à l’origine et qui va chercher les disciples du Seigneur, même à Damas ! Alors oui, nous pouvons comprendre que les autres en aient peur. Même converti, il faut que Saul prenne le temps de se faire connaître, et de faire confirmer sa conversion par la communauté. C’est Barnabé qui va être l’intermédiaire, celui qui témoignera de l’œuvre de Dieu en Saul. C’est lui qui raconte aux Apôtres la conversion de Paul, ainsi que les premières prédications à Damas. Alors seulement la communauté des disciples l’accueille ; alors seulement il peut aller et venir dans Jérusalem avec eux, s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur. C’est alors seulement qu’il peut bénéficier de la protection de la communauté quand les Juifs de langue grecque cherchaient à le supprimer. La jeune communauté chrétienne a grandi très vite. De la peur des débuts à la proclamation décomplexée de la mort et de la résurrection de Jésus, les Apôtres ont augmenté le nombre des disciples et ont appris à réagir aux rumeurs les concernant. Saul est en danger : les frères l’accompagnèrent jusqu’à Césarée et le firent partir pour Tarse. De la peur, ils sont passés à la confiance. Confiance en Dieu, confiance en soi, mais aussi confiance les uns dans les autres. 
 
Ce passage de la peur à la confiance est une nécessité pour la jeune communauté. D’abord parce qu’elle ne peut s’enfermer sur elle-même ; ce serait contraire à l’ordre donné par le Christ d’annoncer la Bonne Nouvelle à toutes les nations. Ensuite parce que cette confiance traduit sa foi en la présence agissante et protectrice de celui qu’elle confesse comme Christ et Seigneur. Il ne s’agit pas de naïveté ; il s’agit de savoir lire les signes que le Seigneur réalise encore en sa faveur. La conversion de Saul sur le chemin de Damas en est un. Ce passage de la peur à la confiance est possible à cause de l’amour qui les unit. Ce n’est pas un amour qui se paie de mots ; c’est un amour qui se traduit par des actes et en vérité, comme nous y invite saint Jean dans l’épître que nous avons entendue. Seul cet amour véritable, à l’image de l’amour que le Christ nous porte, peut nous entraîner à reconnaître les signes de Dieu. Que voulez-vous : seul l’amour reconnaît l’amour à l’œuvre. Seul l’amour nous donne de l’assurance devant Dieu. 
 
Nous pouvons comprendre alors l’importance du discours de Jésus à ses disciples sur la vigne et les sarments. Si quelqu’un n’est pas vraiment attaché au Christ, comme un sarment est attaché à son pied de vigne, il ne peut vraiment faire confiance et reconnaître les signes de Dieu, ni davantage aimer comme le Christ nous demande d’aimer. En lisant bien la page d’évangile, nous comprenons même qu’il ne suffit pas d’être attaché au Christ : il y a des sarments qui sont attachés à la vigne mais qui ne portent pas de fruits. Il faut encore se laisser irriguer par la sève de son amour. Cette sève, c’est la Parole de Dieu. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voulez, et cela se réalisera. Il faut que la Parole de Dieu demeure en nous. Pour cela, nous devons l’accueillir comme Saul a accueilli la parole de Jésus sur la route de Damas. Il faut la laisser agir en nous pour qu’elle puisse convertir en nous ce qui lui est contraire, comme Saul a su le faire à Damas, lorsque pendant trois jours, il restait en prière. 
 
Attachés au Christ, attentifs à sa Parole, ouverts aux signes de sa présence, nous pouvons nous enraciner dans cette confiance absolue que rien ne peut nous atteindre. Le Christ ressuscité a promis qu’il serait avec nous, jusqu’à la fin des temps. Sa présence à notre monde permet de retourner le cœur des adversaires et faire grandir la foi en son nom. Avec les Apôtres, ne craignons plus et vivons avec confiance dans un monde qui peut sembler plus hostile et opposé à la foi en ces temps qui sont les nôtres. Sans peur, sans honte et sans agressivité, vivons ce que nous croyons.  Amen.
 
(Dessin de Coolus, Le  Blog du Lapin Bleu)