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dimanche 31 mai 2026

Trinité A - 31 mai 2026

 Le mystère chrétien d’un Dieu Un en Trois





(Source : Trinité - Théophane le Grec)



 

 

            Dans le dialogue avec des jeunes musulmans, le mystère de la Trinité reste une incompréhension totale, les musulmans nous reprochant d’être polythéistes, c'est-à-dire de croire en plusieurs dieux. La Trinité défiant la logique mathématique apprise dès le plus jeune âge (1+1+1= 3), comment faire comprendre que nous croyons bien en un seul Dieu qui se révèle en Trois personnes différentes (1+1+1=1) ? Un détour par les premiers chrétiens pourra être éclairant.

            C’est du côté de la Syrie qu’il convient d’aller et de relire saint Ephrem le Syriaque (vers 306-373), qui expliquait ce mystère à partir d’une image, celle du soleil. Il suffit, aujourd’hui encore, de demander à un enfant de dessiner un soleil. Spontanément, il réalisera un cercle plus ou moins parfait d’où partent des rayons. Vous l’interrogez ensuite sur ce que réalise le soleil : il éclaire et il réchauffe. Et vous avez tous les éléments pour expliquer la Trinité, si tant est qu’on puisse expliquer un mystère. Le soleil, c’est un astre, une lumière, une chaleur. L’astre vous ne pouvez le regarder en face : il vous éblouirait. La Bible nous enseigne que nul ne peut voir Dieu face à face sans mourir. Ce n’est que dans le Royaume, à la fin des temps, que nous contemplerons Dieu dans toute sa gloire. Mais, de même que le soleil ne peut se contempler que dans ses effets (lumière et chaleur), de même Dieu ne peut vraiment se comprendre que par Jésus dans l’Esprit Saint. Nos rayons du soleil qui descendent sur terre et nous éclairent, sont une belle image du Christ, descendu en notre monde pour nous éclairer sur la volonté de Dieu et le désir de Dieu d’une Alliance nouvelle et éternelle avec l’humanité. Et la chaleur que répand le soleil et qui nous est agréable est une belle image pour parler de l’Esprit Saint qui a réchauffé le cœur des Apôtres à partir de Pâques (notre cœur n’était-il pas brûlant en nous ?) et qui permet à nos relations humaines et à notre relation à Dieu de n’être pas gelées. L’astre, les rayons de lumière et la chaleur qu’il répand sont trois éléments distincts du même soleil. Personne n’aurait l’idée de parler de trois soleils différents : celui qui est haut dans le ciel et qu’on ne peut regarder en face, celui qui éclaire et celui qui réchauffe. De même, les chrétiens ne parlent-ils pas de trois dieux, le Père en son Royaume que nos ne voyons pas, le Fils qui est descendu nous éclairer, et l’Esprit Saint qui réchauffe notre foi, mais bien d’un seul Dieu qui se révèle à eux en trois personnes, distinctes, mais infiniment unies.

            Ce Dieu Trinité est à l’œuvre dans notre monde. Son projet est et reste un projet d’amour pour tous. Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Rien n’est plus urgent à comprendre que cet amour de Dieu pour nous tous. C’st parce qu’il nous aime, qu’il a donné son Fils unique. C’et parce qu’il nous aime, qu’il nous a donné l’Esprit Saint pur que, chaque jour, nous puissions vivre l’Evangile de Jésus Christ. Ce Dieu Père que nus ne verrons qu’à la fin des temps, comment le servir ? Les enfants vous diront : en le priant, en allant à la messe. C’est juste pour une part. mais il faudra leur faire découvrir que c’est d’abord par le frère que l’on voit qu’on sert le mieux le Dieu qu’on ne voit pas. Tout l’enseignement de Jésus, Fils de Dieu, nous oriente vers les autres, vers les plus petits. Toute l’œuvre de l’Esprit Saint consiste à nous mettre en mouvement vers ces hommes et ces femmes que Dieu met sur notre route, pour qu’avec eux, nous construisions un monde plus humain, plus aimant, plus respectueux… qui nous mettra en route vers le Royaume où Dieu nous attend, si nous faisons le choix de vivre avec lui. Dieu nous aime, c’est une certitude. Il nous aime tous et chacun, d’un amour sans limite ; c’est une réalité de notre foi. Mais il nous laissera toujours libres de le choisir… ou pas ! Celui qui a été éclairé par l’enseignement de Jésus et qui, par l’Esprit Saint en a reçu une compréhension juste, sait que le chemin le plus court vers le Père reste le frère et la sœur à aimer, quand bien même cela nous est difficile. L’Esprit Saint nous y aidera, je n’ai aucun doute à ce sujet. Dieu nous aime tellement qu’il s’est donné entièrement à nous en Jésus et dans l’Esprit Saint pour que rien ne nous tienne éloigné de lui et pour que grandisse notre désir de le servir à travers ceux que nous rencontrons. Nous portons tous le Christ en nous, qui nous oriente vers son Père et que l’Esprit Saint nous fait discerner.
 

            Célébrer la Trinité, c’est donc célébrer cet amour qui existe en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, amour que se répand en nous et que nous avons à répandre largement autour de nous. Puisque Dieu est amour en lui-même, nous ne pouvons qu’être amour pour lui être unis. C’est cela le mystère d’un Dieu Trinité ; c’est cela le mystère de l’amour de Dieu répandu pour que les hommes aiment Dieu en s’aimant les uns les autres. En christianisme, Dieu est Un en Trois pour que nous puissions être en lui par le service de nos frères et sœurs en humanité. Dieu, les autres et moi, l’autre Trinité pour nous faire comprendre Dieu Père, Fils et Esprit Saint. Amen.


dimanche 15 juin 2025

Très Sainte Trinité c - 15 juin 2025

Notre Dieu n'est pas un Dieu seul et solitaire.







 

            A peine sortis du temps pascal, nous allons, pendant deux dimanches, comme prolonger l’esprit de fête et l’approfondissement de la foi chrétienne. La fête de la Trinité qui nous réunit est l’obstacle majeur à un rapprochement avec les autres religions monothéistes. Leur argument principal : nous serions idolâtres et polythéistes. Nous attentons, avec cette affirmation que Dieu est UN en trois personnes, à l’unicité et la sainteté de Dieu. Autrement dit, le Dieu UN ne peut être que seul et solitaire.

             Autant le dire tout de suite : chrétiens, nous croyons au Dieu UN. C’est notre héritage judaïque d’abord. Nous partageons avec nos frères juifs, la foi en Dieu qui se révèle comme l’Unique. Avec les prophètes, nous redisons que Dieu est le seul Dieu, et qu’il n’y en a pas d’autres en face de lui. Il est le Dieu créateur de tout ce qui vit et Père de tous les hommes. Cela ne se discute pas. Et nous voyons bien, dans l’Ancien Testament, comment ce Dieu qui s’est révélé d’abord comme le Dieu d’un peuple particulier qu’il avait choisi, devient peu à peu le Dieu de tous les hommes. Israël est le peuple particulier de Dieu pour que les nations païennes, voyant Israël vivre avec le Dieu UN, soient séduites et choisissent de rejoindre le peuple que Dieu se donne. Les prophètes du retour d’exil ont cette certitude que Dieu appelle toutes les nations à s’unir autour de lui. C’est notre foi la plus profonde. Nous avons entendu, dans la première lecture, comment la Sagesse (autre nom de l’Esprit Saint) et Dieu ne font qu’un. A toutes les étapes de la création, la Sagesse est présente et fait la joie de Dieu : Je grandissais à ses côtés. Je faisais ses délices jour après jour, jouant pour lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. Un Dieu en deux êtres distincts : le Créateur et l’Esprit du Créateur qui va à la rencontre des hommes pour qu’ils puissent connaître Dieu.

             Dans l’Evangile, Jésus, le Fils éternel du Père, atteste bien de la dimension trinitaire du Dieu UN. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Le Père et le Fils ne font qu’un, ce qui est à l’un est à l’autre ; et l’Esprit se joint à eux, dans cette unité, pour faire connaître Dieu et sa Parole aux hommes. Si Dieu ne se révèle pas, comment les hommes le connaîtraient-ils ? Si Dieu n’est pas relation en lui-même, comment serait-il relation avec les hommes ? Si Dieu n’est pas relation d’amour en lui-même, comment l’amour de Dieu se communiquerait-il aux hommes ? Si Dieu était seul et solitaire, il n’engagerait pas sa vie avec l’humanité. Il resterait seul et solitaire. Et les hommes n’auraient aucun modèle valable pour les élever, les pacifier, les inviter à aimer plus que tout. L’amour solitaire est un amour replié sur soi, et non pas ouvert aux autres. C’est bien parce que le Père aime son Fils Jésus et qu’ils sont unis par le lien d’amour de l’Esprit Saint, que cet amour de Dieu peut nous être communiqué. Si Dieu n’est pas en lui-même amour vécu et partagé, les hommes n’apprendront pas de lui à être, à leur tour, amour vécu et partagé. Heureusement que Dieu est UN en trois personnes, s’aimant d’un amour absolu et éternel. Il permet ainsi aux hommes de comprendre la grandeur de l’amour quand il est partagé. Il est un exemple humain qui nous fait comprendre la Trinité : le mariage. L’homme et la femme, qui se sont librement choisis pour vivre ensemble, dans l’amour, ne font plus qu’un, tout en restant deux personnes distinctes. Ils partagent un amour qui les unit, mais ont chacun leur manière d’être présent au monde, qui les reconnaît différents, mais unis dans un même amour. Cette certitude vient de la foi en Dieu UN et Trine. Un seul Dieu qui a choisi différentes manières d’être présent au monde. Il est le Père de tous qui envoie son Fils en messager de sa Parole unique. Je ne dis rien de moi-même, dira Jésus ; ce que je dis, je l’ai entendu de mon Père. Et l’Esprit confirme, répand et fait comprendre cette Parole donnée par le Fils, dite à lui par le Père. Ils sont UN, ces trois-là, unis dans un même amour, unis dans une même divinité. Rien ne sépare le Père du Fils et de l’Esprit.

             Pour les chrétiens, célébrer la Trinité, c’est célébrer la grandeur et la bonté de Dieu qui se révèle à nous selon ce que nous pouvons recevoir et porter. Cette révélation de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, est la pédagogie choisie par Dieu pour nous faire comprendre à quel point il nous aime, à quel point il est engagé définitivement avec toute l’humanité. Rien n’est impossible à Dieu. Il n’est pas Dieu seul et solitaire, mais Dieu de relation et d’amour, en lui et avec nous. Et c’est parce qu’il nous aime comme il aime son Fils, que nous devenons, à notre tour, fils et filles de Dieu, unis à lui par l’Esprit que le Fils a promis et qui a été répandu à la Pentecôte. Croyants au Dieu UN, il nous est impossible de renoncer à la foi en la Très Sainte Trinité, le Dieu Père, Fils et Esprit Saint, sauf à vouloir courir le risque de ne plus nous savoir aimés d’un amour plus fort que la mort, aimés d’un amour qui est allé jusqu’à la mort pour notre salut et pour le salut de tous les hommes. Ce qu’à Dieu ne plaise. Amen. 


samedi 25 mai 2024

La Très Sainte Trinité - 26 mai 2024

 La Trinité, une autre manière de vivre l'amour qui est en Dieu.




(La Sainte Trinité, Oeuvre de Bartolo di Freni Cini, XIVème siècle, Musée du Louvre, Département des Peintures. 


 


 

            Pour un concept aussi compliqué que la Trinité, nous aurions été en droit d’attendre quelques explications prises dans la Parole de Dieu elle-même, nous faisant comprendre un peu mieux ce mystère qui veut dire notre Dieu, Un en trois personnes. Hélas, en-dehors de la formule trinitaire employée par Jésus dans l’évangile entendu, nous n’avons rien. Rien qui nous permette de comprendre mieux ce mystère qui défie notre intelligence mathématique. Rien qui explique comment cela marche, un Dieu unique qui est pourtant en trois personnes. 

            Le passage du Deutéronome nous parle de Dieu qui se donne un peuple, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants. L’extrait de la lettre aux Romains nous fait comprendre que nous sommes fils de Dieu par l’Esprit Saint. Quant à l’évangile, il nous fait relire la finale de l’évangile de Matthieu, une apparition aux disciples dont certains doutent encore, leur envoi en mission et l’assurance de la présence de Jésus à leur côté tous les jours jusqu’à la fin du monde. Nous avons bien une lecture sur le Père, une lecture sur l’Esprit Saint et une sur Jésus ; mais cela ne fait pas encore une explication de la Trinité. Cela nous montre juste chacune des personnes à l’œuvre. Et le moins que nous puissions en déduire, c’est que ces interventions sont toujours en notre faveur et toujours pour notre bien. Et peut-être qu’elle est là, la clé de ce mystère : non pas essayer de comprendre ou d’expliquer ce mystère, mais plutôt une invitation à le vivre. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il faut accepter de vivre cette présence de Dieu Père qui veille sur nous et nous appelle à être son peuple. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il faut accepter que Jésus, celui dont nous disons qu’il est mort et ressuscité et qu’il siège désormais à la droite de Dieu, que ce Jésus, donc, est toujours avec nous, qu’il continue de nous parler de son Père et de notre Père, et qu’il sera toujours avec nous quand nous enseignerons aux autres la joie de croire. Peut-être que pour comprendre la Trinité, il suffit de vivre dans la puissance de l’Esprit, le don de Dieu promis par Jésus, cet Esprit qui nous permet de d’appeler Dieu : notre Père ! Peut-être que pour comprendre la Trinité, il suffit de vivre comme Dieu vit en lui-même, c'est-à-dire en amour avec Jésus dans l’Esprit qui les unit. Le mystère de la Trinité serait donc un mystère d’amour qui unit au-delà de tout et qui fait que trois ne sont qu’un, tellement ils s’aiment ! 

            Nous prolongerions ainsi la méditation de l’œuvre de saint Jean qui, tout au long du temps pascal, nous a fait comprendre que Dieu est Amour, et que de cette affirmation découlait toute notre vie, tout notre art de vivre à la suite de Jésus, à la rencontre du Père, sous la mouvance de l’Esprit Saint. Pour approcher la Trinité, il nous faut aimer comme Dieu aime. Pour vivre de ce Dieu Un et Trine, il nous faut entrer dans son Amour, nous laisser saisir par cet Amour, et répandre cet Amour. Ainsi, aussi divers que nous soyons, nous serons Un, nous aussi, comme Dieu est Un, le Père dans le Fils et le Fils dans le Père dans la communion de l’Esprit Saint. Nous serons Un avec Dieu lui-même, puisque c’est de son Amour que nous vivrons et que c’est son Amour que nous répandrons. Il n’y aura plus l’ombre d’une séparation entre nous et Dieu ; et la grande prière de Jésus au soir de sa mort, sera pleinement réalisée, pleinement exaucée : Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. Oui, plutôt que de chercher à comprendre, vivons ce mystère, vivons de l’amour qui est en Dieu et qui se répand en nous et à travers nous. 

J’entends déjà les petits malins qui viendront dire : en expliquant les choses ainsi, tu ne fais que déplacer le problème. S’il faut aimer pour vivre de la Trinité, il faut alors nous expliquer comment aimer. Parce que dire qu’il faut aimer comme Dieu, c’est facile, mais concrètement, cela donne quoi ? Observez les Ecritures ! Aimer comme Dieu, c’est considérer chaque personne qui croise ma route comme un cadeau de Dieu, et comme un frère qui m’est donné, qu’il soit comme moi, de ma couleur, de mon pays, de ma religion, ou pas ! Aimer comme Dieu, c’est faire des petits nos préférés et avoir pour eux une attention permanente. Aimer comme Dieu, c’est ne juger personne, mais offrir toujours un regard bienveillant, ouvrir un avenir plus grand, croire que rien n’est jamais perdu de l’humanité. Aimer comme Dieu, c’est se battre comme lui, avec lui, pour que la grandeur de l’humanité ne soit jamais réduite et que sa beauté ne soit jamais niée. Aimer comme Dieu, c’est offrir sa vie pour que les autres puissent vivre. Il n’y a pas une page, du Premier comme du Nouveau Testament, qui ne parle pas de l’amour de Dieu pour nous. Prends et lis, et tu apprendras à vivre et à aimer. 

Je vous l’ai dit tout au long du temps pascal : il n’y a rien de plus urgent que d’aimer ! Croyez-le ! Nous aurons tout dit de notre foi, tout compris de notre foi et tout vécu de notre foi lorsque nous aurons commencé à aimer comme Dieu aime. La route a été tracée pour nous par Jésus, suivons-là ! Amen.

 



lundi 13 juin 2022

Trinité C - 12 Juin 2022

 Parce que Dieu est un être de relation...



Jacomart, La Trinité, milieu du XVe siècles, Valence (Espagne)





                Nous sommes à peine revenus dans le temps ordinaire près le long temps pascal, et voici que nous devons déjà affronter ce mystère de la Trinité qui défie toute logique ordinaire ; au point où nous pouvons légitimement nous interroger : n’y a-t-il pas une opposition entre la simplicité de l’ordinaire et la complexité de ce mystère ? Pour nous éviter des maux de tête sans fin ainsi qu’une cure inutile d’anti-douleurs, accordons-nous sur ceci : nous ne chercherons pas ce matin à comprendre ce mystère sur la base d’une équation mathématique, et un plus un plus un feront toujours encore trois. 

            Puisque nous laissons tomber les mathématiques, essayons d’entrer dans ce mystère par l’expérience humaine la plus basique. Elle peut se résumer dans cette affirmation de Dieu lui-même concernant l’homme au livre de la Genèse : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Cette affirmation de Dieu conduira, en Genèse chapitre deux, à la création de tous les animaux dans un premier temps ; mais l’homme ne trouvant personne qui lui ressemble, Dieu finira par créer la femme, au sujet de laquelle l’homme dira en la voyant : Voici l’os des os, la chair de ma chair, comprenons celle qui est comme moi. Que cette histoire ne nous égare pas cependant ! Elle veut illustrer, à partir de l’homme, une vérité sur Dieu. Si Dieu reconnaît qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul, c’est peut-être tout simplement parce que Dieu n’est pas seul en lui-même. D’ailleurs, en Genèse chapitre un, Dieu crée l’homme, homme et femme, en un même mouvement. Dès le départ, il en fait un être de relation : et la bible dit dans ce même chapitre premier que Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. Si donc l’homme, image et ressemblance de Dieu, est fait comme un être de relation, Dieu, son Créateur ne l’est-il pas le premier ? L’affirmation de Dieu pourrait donc s’entendre ainsi : Il n’est pas bon que l’homme soit seul puisque je ne suis pas seul ! Ceci nous éviterait aussi de croire que Dieu aurait créé l’homme parce qu’il était seul dans l’univers et qu’il s’y ennuyait. Car si tel était le cas, il n’aurait pas dit qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul ; l’homme aurait eu Dieu, comme Dieu aurait eu l’homme ! Je crois que Dieu a fait l’homme à son image et à sa ressemblance, c'est-à-dire qu’il en a fait un être de relation, parce que c’est ce qu’il est profondément en lui-même. Et nous savons qu’au commencement, avant la création, Dieu n’est pas seul : l’Esprit de Dieu plane sur les eaux et Dieu va faire sa création par son Verbe, sa Parole, dont Jean nous dira, dans le prologue de son Evangile que c’est Jésus. 

            Que Dieu soit un être de relation, trois personnes en une seule substance divine, comme le rappellera la préface de notre solennité, est intéressant pour l’homme. Cela lui donne trois voies pour accéder à la connaissance de Dieu. C’est toujours l’expérience humaine qui peut nous servir ici. Il suffit de réfléchir un instant comment vous êtes entrés en relation avec les personnes que vous connaissez, ou bien, puisque nous sommes dans la chapelle du Carmel, comment vous en êtes venus à connaître ce lieu. Certains l’auront connu par une sœur en particulier, peut-être quelqu’un de la famille qui est entré dans cet Ordre. D’autres l’auront découvert en passant devant le bâtiment ; d’autres peut-être par les écrits soit de Sainte Thérèse (la grande ou la petite) ou ceux de St Jean de la Croix… Des chemins différents vous ont menés vers la spiritualité du Carmel. De même, tous ne découvrent pas Dieu de la même manière. Certains commencent par lire un évangile et découvre Jésus qui les mènera à la connaissance de son Père. D’autres font des expériences charismatiques très fortes ; c’est l’Esprit Saint qui les conduira à la connaissance de Dieu. D’autres ont fait l’expérience de la paternité de Dieu qui les conduira vers le Christ par la puissance de l’Esprit Saint. Parce qu’il est être de relation en lui-même et non pas un monolithe, nous pouvons chacun parvenir à sa connaissance par des voies qui nous sont propres, et c’est heureux. C’est reconnaître l’importance de notre expérience personnelle dans notre vie spirituelle. Parce que Dieu n’est pas un discours, parce que Dieu n’est pas une belle idée, nous pouvons faire l’expérience de sa rencontre à partir de chacune des personnes de la Trinité. Aucun chemin n’est meilleur qu’un autre, chacun conduisant à la révélation de l’unique Dieu, Père, Fils et Esprit. 

            Ceci nous amène alors à notre conclusion. Puisque Dieu est un être de relation comme nous, il nous faut donc quitter le registre des idées pour entrer pleinement en relation d’alliance avec lui. Tout le but de la catéchèse aujourd’hui n’est pas de procurer une connaissance scientifique ou livresque sur Dieu : le but de la catéchèse, c’est d’amener le cœur d’un homme vers le cœur de Dieu, en lui permettant de faire l’expérience de la présence de Dieu dans sa vie. Ce que la Sagesse de Dieu déclarait à son propre sujet, nous devons le faire nôtre et en faire l’expérience : Le Seigneur m’a fait pour lui. Être de relation comme Dieu lui-même, nous sommes faits pour lui, nous sommes faits pour le rencontrer et pour vivre dans son Alliance. L’eucharistie que nous célébrons nous offre de vivre cette expérience en nous faisant chanter les merveilles que Dieu le Père réalise pour nous, par son Fils Jésus, dans la puissance de son Esprit. Il n’y pas d’expérience trinitaire plus forte que celle-ci. J’en veux pour preuve la doxologie qui conclut la grande prière eucharistique : Par le Christ, avec le Christ et en Christ, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. Amen.

samedi 29 mai 2021

Trinité - 30 mai 2021

La Trinité, la comprendre ou en vivre !


            

(Jean Bourdichon, Trinité, Miniature des Grandes heures d'Anne de Bretagne, source wikipedia)



            S’il y a une erreur que nous avons longtemps faite avec la solennité de la Trinité, c’est d’en parler en termes de mystère, car dit qui mystère, entend mystère à résoudre, et donc cherche à comprendre rationnellement ce qui relève du domaine de la foi. Je vous propose alors une autre démarche qui consiste à vivre de la Trinité plutôt que de chercher à la comprendre. 

            J’entends l’objection principale : peut-on vivre ce qu’on ne comprend pas ? Je l’espère bien car il en va de la Trinité comme il en va de l’amour : l’amour ne se voit pas, l’amour ne s’explique pas, mais l’amour se vit. Si, pour aimer, vous attendez de comprendre comment « fonctionne » l’amour, d’où vient ce sentiment étrange qui est puissant avec certains et inexistant avec d’autres, vous risquez fort de n’aimer jamais, et de là de ne vivre jamais. Je crois que pour la Trinité, c’est pareil. Pas besoin de savoir comment ça marche ; pas besoin de savoir l’expliquer parfaitement. Il suffit de vivre la totalité de notre foi, comme il suffit d’aimer et de se laisser aimer. Et peut-être en est-il ainsi de l’amour et de la Trinité parce que justement il n’est question que d’amour lorsque l’on parle de Trinité.

            Ecoutez Moïse parler à son peuple : Sache donc aujourd’hui et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. C’est une affirmation d’amour qu’il donne à son peuple. Puisqu’il n’y a qu’un Dieu, tu ne te trompes pas en l’aimant, et en faisant ainsi, tu auras bonheur et longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu, tous les jours. Vivre du mystère de la Trinité commence en confessant l’unicité de Dieu et en reconnaissant les merveilles qu’il fait pour nous, par amour. Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? 

            En reconnaissant que ce Dieu unique nous aime au point de nous choisir pour être sa nation, son peuple particulier, nous reconnaissons que Dieu intervient dans l’histoire des hommes, non pour dominer les hommes, ni davantage pour se jouer des hommes, mais pour les sauver. C’est l’œuvre que Dieu entreprend à travers les temps, jusqu’au temps où nous sommes où il a envoyé Jésus pour nous manifester son amour et sa vérité. Nous avons célébré la réalité de ce salut durant les cinquante jours de Pâques et nous avons entendu Jésus nous envoyer faire de toutes les nations des disciples. Il ouvre ainsi à tous les hommes que Dieu crée, la possibilité de rejoindre ce peuple que Dieu se donne, ce peuple que Dieu sauve. Et le signe de ce salut, c’est ce bain d’eau, reçu au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ; c’est le bain du baptême qui fait de nous des fils et des filles de Dieu. Jésus, qui nous aime de l’amour dont Dieu seul nous aime, nous invite ainsi à nous laisser aimer. En descendant dans les eaux du baptême, nous disons notre confiance en Dieu qui nous aime et nous sauve en Jésus, mort et ressuscité. Il n’y a là rien à comprendre de particulier ; il y a juste un amour à accueillir pour qu’il puisse se déployer dans notre vie et nous conduire à la vie éternelle. C’est cela, le salut : nous laisser aimer par Dieu et nous laisser conduire par lui, à la suite du Christ, à la vraie vie. 

            C’est là qu’intervient la puissance de l’Esprit Saint qui nous donne la force nécessaire de marcher à la suite du Christ. Et puisque nous avons accueilli l’amour du Père et que nous essayons de vivre de l’enseignement de Jésus, l’Esprit Saint sera la force qui nous permettra de comprendre mieux ce que l’amour nous aura donné d’accueillir et de vivre déjà. La compréhension est seconde ; l’amour est premier. C’est pour cela que je vous invitais à vivre de la Trinité plutôt qu’à chercher d’abord à la comprendre. Et nous vivons de la Trinité lorsque nous confessons l’amour de Dieu pour nous, que nous cherchons à suivre toujours mieux le Christ Sauveur et que nous laissons la puissance de l’Esprit Saint agir en nous. Celui qui cherche à aimer comme Dieu aime est nécessairement trinitaire : il reconnaît l’amour de Dieu pour lui, il met en pratique l’enseignement du Verbe de Dieu, et il laisse l’Esprit de Dieu guider sa vie. 

            Il n’y a qu’un conseil à donner à celui qui veut comprendre malgré tout le mystère de la Trinité : celui d’aimer. Aimer comme Dieu aime ! Ecouter sa Parole livrée en Jésus et ouvrir son cœur à l’Esprit Saint. Tout ne sera qu’amour en celui qui vit de la Trinité et il vivra de cette circulation d’amour qui est en notre Dieu Un, Père, Fils et Esprit Saint. Amen. 


samedi 6 juin 2020

Sainte Trinité A - 07 juin 2020

Une fête pour redonner du sens à un monde en crise.








            Maintenant que les rassemblements des croyants sont à nouveau autorisés, même si c’est encore en nombre restreint, nous pouvons nous interroger sur cette période étrange que nous venons de vivre et tenter de comprendre mieux ce qui s’est joué durant ce temps pour les croyants en général, et pour les chrétiens en particulier. 

            Ce qui m’a le plus frappé, c’est la subite envie des hommes et des femmes de retrouver rapidement le chemin des lieux de culte. Car enfin, reconnaissons-le, nos contemporains ne sont pas vraiment, du moins en Europe, des coureurs d’Eglise. Qu’est-ce qui a ainsi mobilisé bien au-delà de notre cercle habituel pour un retour rapide du culte public dans une France tellement marqué par la laïcité, qu’elle entend bien faire de l’expression religieuse une dimension purement personnelle ? Si nous relisons l’histoire de ces derniers mois, il faut bien constater que ce ne sont pas nos évêques qui se sont mobilisés le plus. Le recours devant le Conseil d’Etat, ce sont des groupes de laïcs, voire des politiques, qui l’ont porté ; et une fois le jugement rendu, ce ne sont toujours pas les responsables religieux qui ont le plus sauté de joie. Certains en étaient même gênés, invitant encore à la plus grande des prudences, alors que le peuple de Dieu ne cessait de dire : enfin ! Enfin était reconnu ce besoin essentiel des hommes de se rassembler ; enfin était reconnu ce besoin essentiel des hommes de célébrer, de donner sens à ce qu’ils vivent. Enfin était reconnue l’importance de la dimension spirituelle de toute vie humaine, dimension justement niée lors de ces obsèques en catimini que de trop nombreuses familles ont connu en ce temps de confinement. 

            Si je parle de cela aujourd’hui, en cette fête de la Trinité, c’est parce que cette solennité toute chrétienne rejoint l’expérience de ces hommes et de ces femmes qui ont attendu de pouvoir se rassembler à nouveau, dans la joie et l’espérance d’un monde meilleur. Cette fête redonne du sens à un monde en crise. Ou pour le dire autrement, les chrétiens ont compris, durant ce temps de disette liturgique, que la foi chrétienne avait nécessairement une dimension communautaire parce que Dieu lui-même, s’il est Un et Unique, n’en est pas pour autant un isolé, ni un solitaire. En proclamant Dieu Trinité, les chrétiens disent fondamentalement que Dieu en lui-même est relation d’amour vitale. Qui dit relation, qui dit amour, dit nécessairement la pluralité des personnes engagées. Dieu n’étant ni solitaire, ni isolé, ceux qui croient en lui ne peuvent être ni solitaires, ni isolés. Dieu étant en lui-même relation d’amour, ceux qui croient en lui ne peuvent que vivre de cette relation et vivre cette même relation avec Dieu et avec les autres. Et une relation d’amour ne peut pas être durablement virtuelle. Quand l’Apôtre Jean affirme que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, il nous dit la réalité de l’œuvre de Dieu. Le Fils ne s’est pas livré virtuellement, mais réellement. De même, il n’est pas présent virtuellement dans la vie du croyant, mais réellement. Ce que proclame l’oraison de la messe de cette solennité, n’est pas davantage virtuel : Dieu notre Père a [bien] envoyé dans le monde [sa] Parole de vérité et [son] Esprit de sainteté. La Parole de Dieu n’est pas une parole virtuelle ; l’Esprit de sainteté n’est pas davantage un Esprit virtuel. Puisque Dieu est un, tout en étant Père et Fils et Saint Esprit, les croyants ne sauraient s’abstenir longtemps de participer à ce mouvement d’amour et d’unité en étant éloignés les uns des autres. Le besoin de rassemblement naît, me semble-t-il, de ce que nous disons de Dieu lui-même. Puisqu’il est, avec [son] Fils unique et le Saint Esprit, un seul Dieu, un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l’unité de leur nature (préface du jour), les croyants eux-mêmes ne peuvent faire qu’un, qu’en entrant à leur tour dans ce mouvement de diversité et d’unité. Les chrétiens n’adorent pas trois dieux, mais un seul, unique, qui est un Père qui nous livre sa Parole et son Esprit, autrement dit un Père qui se livre tout entier pour ses enfants. Et pour faire corps, les croyants ont besoin de se rassembler dans leur diversité pour vivre cette unité en Dieu, un et trine. La fête de la Trinité nous rappelle, plus que toute autre fête, que nous ne pouvons pas nous faire un Dieu à notre mesure, un Dieu pour nous tout seul, un Dieu tout personnel, mais que nous avons à nous retrouver, dans notre diversité, dans la célébration de ce Dieu unique qui nous aime tous. Le don de son Fils et le don de son Esprit Saint sont les signes de cet amour unique de Dieu pour chacun de nous, amour qui nous unit dans une même foi, partagée et célébrée ensemble.  

            Il me reste alors à faire un rêve, le rêve que ce que les croyants ont ainsi senti de la nécessité de se rassembler devienne réalité et que l’abondance revenue, ils ne reviennent pas à la situation d’avant et ne s’installent pas davantage dans les habitudes prises d’une messe virtuelle le dimanche. Le rassemblement dominical est de l’ordre du vital si nous ne voulons pas finir par célébrer chacun son petit Dieu personnel, inconnu des autres. Et si nos hommes politiques prenaient l’habitude de fréquenter quelque peu nos églises, ils ne les auraient sans doute pas fermées, mais simplement limitées. Des rassemblements à cinq milles, on peut en rêver, mais ils sont très loin de nos réalités. Quelques mesures de prudence et de distanciation physique auraient bien suffit, comme aujourd’hui, pour lutter contre la propagation du virus, sans engendrer peur, dépression et angoisse chez les plus fragiles, qui n’avaient même plus le secours de la religion pour trouver une espérance. Quand on enferme les gens chez eux, on les enferme dans leur fragilité en les coupant des autres, en les coupant de l’amour tellement nécessaire en temps de crise. Que le Dieu Trinité qui se donne à nous, nous accorde de nous donner à lui et aux autres, dans un unique mouvement d’amour. Nous pourrons ainsi retrouver la paix et l’espérance qui nous ont tant fait défaut. Amen.


(Colijn de COTER, La Sainte Trinité, (1510-1515), Musée du Louvre, Lens)

dimanche 16 juin 2019

Trinité C - 16 juin 2019

La Trinité, quand Dieu se fait relation.







Faut-il vraiment chercher à tout comprendre de la foi chrétienne ? Faut-il vraiment nous torturer l’esprit pour saisir comment ça fonctionne la Trinité, un Dieu Un (unique) en trois personnes ? Quand on sait les longues batailles théologiques qui ont divisé les chrétiens pour établir la foi catholique, je me dis qu’il y a des mystères auxquels il vaut mieux ne pas se frotter. Et la Trinité en fait partie. Si le temps pascal n’a pas suffi à approcher le mystère d’un Dieu qui se meurt d’amour pour l’homme, d’un Dieu plus fort que la mort et donc toujours vivant (Pâques), d’un Dieu qui ouvre le ciel à tous les hommes (Ascension), d’un Dieu qui laisse aux hommes son Esprit pour que reste vive en eux la présence de son Fils ressuscité (Pentecôte), que peut apporter de plus la solennité de ce jour ? 

Je crois d’abord qu’il faut renoncer à approcher ce mystère sous l’angle mathématique. N’essayons pas de réduire Dieu à une équation impossible à résoudre. 1 + 1 + 1, cela fera toujours trois, comme nous l’apprenons à l’école dès les petites classes. Dieu ne s’additionne pas ; au mieux, il se multiplie pour ne pas dire qu’il se coupe en quatre pour nous sauver. La réponse n’est décidément pas à chercher du côté des sciences mathématiques. Mais alors comment l’appréhender ?

Peut-être par notre expérience humaine. Puisque nous sommes à l’image de Dieu, qu’est-ce qui, en nous, nous permet d’approcher le mystère de Dieu ? Il y a forcément en nous quelque chose qui nous permet de le comprendre. Peut-être est-ce la nécessité pour l’homme de vivre en relation. Dès les premières pages de la Bible, nous voyons que Dieu crée l’Homme, mâle et femelle, semblables (voici l’os de mes os la chair de ma chair) et pourtant différents (homme et femme), non pas pour que l’un domine l’autre, ni pour que l’un frappe sur l’autre, mais pour qu’ils réalisent le projet de Dieu, chacun à sa place, chacun à sa manière, chacun avec ses spécificités, mais tous deux ensemble, dans cet élan d’amour de Dieu qui les a fait venir à l’existence. La Trinité nous rappelle peut-être surtout que Dieu est relation, en lui-même déjà, d’où ce besoin de relation avec cet homme qu’il a créé à son image et à sa ressemblance.  Le Dieu de la révélation biblique n’est pas un Dieu à poser au-dessus des nuages, mais à porter en nous, au fond de nos cœurs pour que nous puissions, hommes et Dieu, vivre ensemble. Ce que le Père vit avec son Fils par le lien de l’Esprit Saint, nous sommes appelés à le vivre avec le Père, puisque le baptême nous configure au Christ, nous fait fils de ce Dieu Père qui nous aime et nous sauve. Il n’y a pas de foi possible sans cette relation primordiale, constitutive de ce qu’est Dieu et de ce qu’est l’homme. 

Dire que la relation est fondamentale pour comprendre Dieu, c’est affirmer du même coup que Dieu ne saurait être juste une grande idée. Dire que je peux entrer en relation avec Dieu qui est relation en lui-même, c’est affirmer qu’il est quelqu’un et non quelque chose. Il est ce Père qui nous aime ; il est ce Fils qui nous sauve en étant pour les hommes l’expression parfaite de l’amour de Dieu pour chaque homme ; il est cet Esprit qui nous accompagne chaque jour, qui ancre en nous et la Parole du Fils et l’amour du Père. Si le Fils ne dit pas et ne fait pas autre chose que ce que son Père lui dit de faire et de dire, l’Esprit Saint ne fait pas comprendre autre chose que ce que le Fils a dit et fait dans l’obéissance au Père. S’ils sont chacun distincts (Père, Fils et Esprit Saint), ils sont en tout semblables au point de n’être qu’UN, une seule expression de l’amour unique de Dieu pour les hommes. Et si Dieu est en lui-même et avec nous relation, comme savent l’être un père et son fils dans la puissance d’un même esprit d’amour, peut-être que ce mystère de la Trinité, avant d’être un mystère à comprendre, est d’abord un mystère à vivre. A vivre d’abord avec Dieu, en entrant dans cette relation d’amour qu’il me propose de vivre ; à vivre ensuite avec mes frères vers qui son amour me renvoie nécessairement, l’amour de Dieu m’étant donné pour que je le partage. Le mystère de la Trinité devient alors ce qui m’empêche de me replier, de m’enfermer dans une relation où il n’y aurait que mon Dieu et moi. Dieu n’est pas mon papa chéri à moi tout seul ; Jésus n’est pas mon petit Jésus à moi tout seul ; l’Esprit Saint ne m’est pas donné pour que je le garde jalousement pour moi tout seul. Et l’Eglise devient alors le lieu où ce mystère se déploie, parce qu’elle est ce lieu rassemblé par l’Esprit Saint qui permet que chacun se reconnaisse fils du même Père et donc frère du Christ et frères de tous ceux qui reconnaissent le même Père. 

Que cette fête de la Trinité nous mette en relation avec Dieu et avec nos frères pour que le projet d’amour de Dieu s’étende à tous les hommes. Que notre vie et notre témoignage creusent en ceux qui ne connaissent pas encore le Dieu UN et Trine, le désir de le suivre, de l’aimer et de construire avec nous le Royaume qui vient. Amen.






lundi 28 mai 2018

Très sainte Trinité B - 27 mai 2018

C'est le Seigneur qui est Dieu… il n'y en a pas d'autre.






Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis frappé par cette ferme assurance à laquelle Moïse nous invite. En l’entendant, il ne saurait y avoir de place pour le doute. Cet homme-là doit avoir raison ! Et pourtant, c’était loin d’être simple d’oser pareille affirmation à l’époque. 

Nous sommes tous trop jeunes pour nous en souvenir, mais nos études en histoire nous l’ont appris : à l’époque où Moïse prononce ses paroles, les hommes sont loin d’être monothéistes, de ne croire qu’en un seul Dieu. L’expérience des hommes et des femmes qui suivent Moïse est marquée par les peuples environnants qui ont tous plusieurs dieux. Il est un des rares peuples, si ce n’est le seul, à oser dire que tous ces dieux ne sont rien, et que le seul vrai Dieu qui existe est celui qui les a sortis d’Egypte à bras fort. Fort d’un seul Dieu, ce peuple est sorti d’Egypte alors que s’y opposait Pharaon et tous les dieux d’Egypte. Dès lors que Dieu s’est tourné vers Moïse, plus personne ne pouvait maintenir ce peuple en esclavage, asservis à des dieux étrangers ; ou bien Pharaon acceptait de libérer les descendants de Jacob et de Joseph, ou bien il goûterait à la puissance du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Nous connaissons tous l’histoire ; Moïse lui-même ne cessera de la rappeler à son peuple lorsqu’il voudra s’éloigner de Dieu ou se donner un Dieu qu’il puisse voir de ses yeux en coulant un veau d’or. Il n’y a qu’un seul Dieu ; c’est celui qui a appelé Moïse, celui qui est à l’origine de toute vie, celui qui s’est choisi un peuple particulier. Fin de la discussion. 

C’est ce même Dieu que nous adorons et servons, nous qui célébrons aujourd’hui la fête de la Trinité, la véritable fête de Dieu. Nous ne faisons rien d’autre aujourd’hui que ce que faisait alors Moïse lorsqu’il affirmait : c’est le Seigneur qui est Dieu… il n’y en a pas d’autre. Sortant des fêtes de Pâques, nous redisons solennellement qu’il n’y a qu’un Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. En proclamant la Trinité, nous ne proclamons pas trois dieux, mais le visage véritable de ce Dieu qui avait livré à Moïse son nom, jadis au buisson ardent. Nous disons qu’en Dieu se trouve la vie (il est notre Père et créateur), la croissance (en Jésus qui nous a révélé qui est Dieu, il nous fait grandir dans la vie divine) et l’être (par son Esprit, nous savons que nous sommes enfants de Dieu). Trois personnes, une seule nature, comme le chantera la préface de la fête. Ce Dieu unique en trois personnes vit en lui-même l’amour qu’il nous invite à vivre selon ce que Jean nous a enseigné à travers les deuxièmes lectures des dimanches du temps pascal. Non seulement Dieu est amour, mais il vit de cet amour en lui-même, le communique en Jésus, et nous y maintient par son Esprit. C’est le même Dieu qui nous aime, s’offre à nous et nous garde dans son amour. Nous pouvons être animés de la même certitude que Moïse et la proclamer : c’est le Seigneur qui est Dieu… il n’y en a pas d’autre !

Il n’en est pas moins vrai alors qu’aujourd’hui, comme au temps de Moïse, il ne manque pas d’hommes pour essayer de nous contredire, soit en relativisant cette vérité (puisque tous les hommes ne croient pas la même chose, autant admettre qu’il y a d’autres dieux), soit en niant Dieu tout simplement ; l’homme n’aurait pas besoin de quelqu’un qui l’invite à vivre plus grand, à voir plus haut. L’homme serait son propre maître. Comme diraient deux humoristes français, : y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes… Non pas que Dieu se venge d’eux et de leur désir de s’émanciper, mais parce que la vie devient impossible pour l’homme sans le Dieu véritable. Que reste-t-il à l’homme quand il refuse la vie et l’amour qui lui viennent de Dieu ? Que reste-t-il à l’homme lorsque l’espérance, donnée par le Christ, d’une vie plus forte que la mort disparaît ? Que reste-t-il à l’homme lorsque l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi, tous dons de l’Esprit, lui sont refusés ? Relativiser Dieu ou nier Dieu, revient à enlever à l’homme ce qui fait la beauté et la force de sa vie. Non pas que l’homme ne saurait aimer, mais son amour même n’aurait plus de source véritable, forte et sûre pour garantir son amour ; son amour ne serait que limité, passager, livré aux méandres de sa propre existence. Dans un monde qui veut écarter Dieu, dans un monde qui se donne des dieux à hauteur d’homme, il nous faut réaffirmer avec force le Dieu de Jésus Christ, Père, Fils et Esprit Saint, le seul qui offre à l’homme sa vie, son amour, sa liberté. 

En célébrant la très sainte Trinité, nous célébrons la splendeur de Dieu et sa vérité. Nous confessons un seul Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, et nous travaillons à la venue de son règne. Il ne s’agit pas pour nous d’imposer Dieu, mais de le faire aimer par une vie donnée à Dieu et aux hommes, éclairée par sa Parole, guidée par son Esprit. Plus nous aimerons Dieu, plus nous serons capables d’aimer les hommes. Plus nous aimerons les hommes, plus ils deviendront capables d’aimer Dieu à leur tour. Il n’est pas de cœur assez dur qui résiste infiniment à l’Amour. Aimer la Trinité, c’est aimer l’Amour, aimer le Christ qui nous l’offre et aimer l’Esprit qui nous y maintient, aujourd’hui et pour toujours. Amen.

 

 

samedi 10 juin 2017

Trinité A - 11 juin 2017

Le signe de la croix, un geste pour notre vie.








Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ce geste millénaire est le signe de notre foi. Dès nos premiers pas dans la vie chrétienne, il est donné, offert comme un rappel de l’amour de Dieu à chacun de nous. Au baptême, il est fait sur le seuil de la porte de l’église, pour signifier que nous n’entrons en ce lieu que marqués par ce signe, revêtus de ce Dieu Père, Fils et Esprit que nous adorons. Il ouvre chacune de nos célébrations pour nous rappeler que nous sommes rassemblés par le Père, autour de son Fils dans l’amour de l’Esprit Saint. Un geste mille fois refait dans une vie et qui nous dit ce mystère de la Trinité que nous célébrons aujourd’hui.

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Nous sentons, à faire ce geste, que ce n’est pas là d’abord le résultat d’une réflexion de théologien, mais bien le geste fondateur d’un Dieu qui a tout donné par amour. L’évangéliste Jean nous le redisait dans l’Evangile que je viens de proclamer : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Tout le mystère de la Trinité tient en cette phrase : Dieu a donné son Fils par amour. Le Père a accepté l’offrande de son Fils Jésus, offrande réalisée dans un Esprit d’amour pour tous les hommes. Ce mystère que nous essayons d’approcher est d’abord celui de l’amour. Si nous croyons en un Dieu unique qui est Père et Fils et Esprit Saint, c’est parce que nous croyons que Dieu, tout comme l’humanité, existe pour aimer. Hors l’amour, pas de Dieu. Hors l’amour, pas d’humanité. Le mystère de la Trinité nous affirme avec force que Dieu n’est pas un solitaire, mais un être de relation puisqu’en lui-même il est relation d’amour entre le Père et le Fils par l’Esprit. Et nous, qui sommes créés à son image et à sa ressemblance, nous qui sommes ses fils et ses filles par adoption, nous sommes des êtres de relation, fait pour manifester aux autres l’amour extraordinaire dont nous avons bénéficié au moment de notre baptême. 
 
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ce geste devrait devenir pour nous quotidien, même si nous ne franchissons pas les portes d’une église. Parce que ce geste nous engage dans une relation faite d’amour. Il devrait marquer notre corps et notre journée pour nous rappeler que nous nous devons d’aimer comme Dieu a aimé. Il devrait manifester notre volonté de vivre avec et pour les autres, à l’exemple du Christ, donné par son Père par amour pour nous. Nous n’avons pas mérité un tel Sauveur : il nous a été offert. Puissions-nous au moins, par notre vie, nous montrer dignes du salut offert, fiers d’être au nombre de ses amis. 
 
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Que par la célébration de cette eucharistie, le Dieu unique et vrai, Père de tous les hommes, nous redise son amour et sa proximité. Que le Fils unique Jésus Christ renouvelle l’offrande de sa vie pour notre salut. Que l’Esprit Saint fasse vivre en nous les dons de la grâce, pour que nous devenions des témoins authentiques du Dieu Trinité. AMEN.

(La Trinité, Psautier du Landgrave)

dimanche 22 mai 2016

Trinité C - 22 mai 2016

La Trinité, signe d'une foi sans cesse à approfondir.





Après les fêtes de Pâques et de Pentecôte, que peut nous apporter de plus cette fête de la Trinité ? Car enfin, elle ne correspond à aucun épisode de la vie de Jésus, ni à un épisode christianisé de la vie du peuple choisi ! Ce n’est même pas une expression biblique, et elle semble même contredire l’expression de la foi en un Dieu unique. Alors, est-ce juste pour donner du fil à retordre aux théologiens que cette fête existe ? Que veut-elle nous dire ? 
 
A y regarder de près, je crois que la Trinité ne veut pas nous dire quelque chose sur ce que Dieu fait pour nous, comme le font si bien les autres fêtes, mais elle nous rend attentif à la manière dont Dieu est présent au cœur de notre vie. Si les autres fêtes nous parlent de Dieu qui se fait proche de nous (Noël), qui veut sauver l’homme, fût-ce au prix de la vie de son propre Fils (Pâques) et qui nous laisse son Esprit pour que nous puissions l’approcher (Pentecôte), la fête de la Trinité nous invite à entrer en relation avec Dieu. Elle ne nous dit pas ce que Dieu fait, mais comment Dieu est, comment Dieu vit. 
 
La première chose que l’on apprend ainsi, c’est que Dieu vit en se donnant. La prière d’ouverture de la fête est claire à ce sujet : Dieu notre Père, tu as envoyé dans le monde ta Parole de vérité et ton Esprit de sainteté. Dieu se fait échange : il n’existe qu’en se donnant aux hommes. Si Dieu restait sur son lointain nuage, il n’aurait pas d’intérêt pour l’homme ; les hommes n’y gagneraient rien à le connaître. Non, le Dieu auquel nous croyons se donne, totalement, en son Fils et en l’Esprit. Le Fils n’a cessé, durant sa vie, de parler du Père, de le révéler aux hommes (de le faire connaître vraiment) et l’Esprit est donné pour bien faire comprendre le mystère profond de Dieu. Jésus lui-même l’affirme : l’Esprit de vérité vous guidera vers la vérité tout entière. Autrement dit, c’est presque normal si nous n’avons pas tout compris de ce que Jésus nous a dit : seul l’Esprit que Dieu envoie permet d’entrer dans l’intimité de Dieu et de ne pas se tromper sur l’interprétation des paroles de Jésus. 
 
La deuxième chose que l’on apprend, c’est que Dieu est communion. Les trois personnes qui composent la Trinité (le Père, le Fils et le Saint Esprit) n’en font qu’une : une même gloire, une même majesté, une même nature, dira la préface tout à l’heure. Entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, il n’y a pas l’ombre d’une opposition, il n’y a pas l’ombre d’une séparation. Ce que le Père a à dire aux hommes, il le fait par son Fils. Et l’Esprit ne fait que redire ce qu’il a entendu. Les Trois parlent d’une seule voix ; les Trois vivent parfaitement l’amour dont Dieu est la source. Si Dieu, en lui-même, est communion, n’avons-nous pas à construire cette communion entre nous, nous qui sommes son image et sa ressemblance ?  Croire en la Trinité, c’est croire que cette communion qui existe en Dieu peut se vivre à échelle humaine ; c’est croire que nous sommes appelés par Dieu Trinité à vivre entre nous la même expérience de communion. Si je crois que mon Dieu se donne, si j’affirme que mon Dieu est communion, comment ne puis-je pas vouloir vivre la même expérience pour me rapprocher encore plus de lui, pour encore mieux découvrir qui il est ? 
 
Si le mystère de la Trinité est si grand, c’est peut-être aussi parce que Dieu ne peut pas s’approcher totalement ici-bas : nous pouvons saisir des bribes de ce qu’il est en lui-même ; l’Esprit Saint nous permet de l’approcher : notre baptême nous identifie au Christ Sauveur : mais seule notre propre Pâque nous fera voir Dieu tel qu’il est en lui-même ! Peut-être faudra-t-il se contenter en cette fête de la Trinité de croire sans forcément tout comprendre. Le mystère de la Trinité nous obligerait alors à toujours progresser dans l’écoute de ce que le Fils dit de son Père, et dans l’accueil de ce que l’Esprit veut bien nous en révéler. Célébrer la Trinité comme un acte de foi sans cesse à aboutir pour parvenir un jour à pleine connaissance de Dieu. J’avoue que j’aime assez cela : au moins, j’aurai la certitude de ne jamais enfermer Dieu dans ma pensée, dans mes systèmes, mais d’être toujours prêt à le suivre là où il m’appelle, là où il m’attend ! Amen.
 
(La Trinité, Miniature... reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)

samedi 30 mai 2015

Sainte Trinité B - 31 mai 2015

La Trinité : Obstacle ou fondement de la foi ?




Régulièrement, il est demandé à l’Eglise de revoir son vocabulaire. Certaines expressions seraient un obstacle à la foi, si ce n’est carrément responsable de la désaffection de nombreux croyants. Il faudrait donc simplifier les mots, éviter les expressions difficiles à comprendre. La Trinité fait partie de ces concepts que certains jugent trop compliqués à saisir. Comment faire admettre à un esprit cartésien, nourri de mathématique, qu’en religion : 1 + 1 + 1 = toujours 1 ? Le Père, le Fils et le Saint Esprit, trois personnes différentes mais qui ne sont qu’un seul Dieu ! La Trinité, obstacle ou fondement de la foi chrétienne : tout l’enjeu de la fête est là. 
 
Que peut bien signifier un Dieu unique en trois personnes ? Et surtout comment être un quand on est trois ? Il y a de quoi y perdre ses mathématiques, après avoir déjà perdu son latin ! Pourtant, cette réalité est tout à fait essentielle à la foi chrétienne. Croire en la Trinité, c’est croire que le Dieu unique auquel nous accordons confiance n’est pas un Dieu solitaire, mais un Dieu de relation, un Dieu d’alliance. Le Père, le Fils et le Saint Esprit sont unis entre eux par un lien d’amour irrévocable. Le Dieu Trinité est fondamentalement Dieu d’amour puisque c’est la réalité qu’il vit en lui-même. Le Père aime le Fils qui aime le Père dans l'Esprit Saint. Et c’est parce que Dieu vit en lui un tel amour qu’il peut nous le transmettre et nous en faire vivre. Ce n’est pas un amour narcissique, refermé sur lui-même, mais un amour partagé, ouvert aux autres que Dieu vit et qu’il nous invite à vivre. Dieu ne pourrait réellement nous aimer s’il était tout seul, solitaire.
 
De là découle alors pour nous l’importance de l’Eglise, famille des croyants. Voilà le lieu où circule l’amour du Père ; voilà le lieu de notre unité profonde, au-delà de nos différences d’âge, de sexe, de culture… L’Eglise, dans la diversité de ses membres, se comprend comme un corps unique dont le Christ est la tête. Puisque Dieu est un en trois, nous pouvons n’être qu’un corps en des milliards de membres. L’amour qui unit les Trois de la Trinité, unit la totalité des hommes qui croient au Christ. Nous ne faisons plus qu’un en Jésus. Nous sommes fils de Dieu par Jésus, et dans l’Esprit nous pouvons crier vers Dieu : Abba ! Père ! Supprimez la Trinité, et il n’y a plus de filiation pour nous ! Supprimez la Trinité et il n’y aura plus personne pour crier en nous vers Dieu le Père. Supprimez la Trinité, et vous n’aurez plus qu’un vieillard solitaire qui n’a besoin que d’individus en relation privée avec lui, mais qui n’a pas besoin d’un peuple à qui manifester son amour.
 
Nous pouvons encore faire un pas de plus et comprendre que, puisque Dieu est amour en lui-même, puisque l’Eglise est le lieu où cet amour est partagé largement, il devient indispensable, pour l’Eglise, de répandre cette Bonne Nouvelle. Parce que Dieu est Trinité, amour partagé en lui-même, nous ne pouvons pas le garder précieusement pour nous. Nous devons l’annoncer, nous devons le partager : allez, de toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Ce n’est pas une option ; ce n’est pas quelque chose à faire si j’ai du temps en trop ! C’est une exigence de notre foi qui découle du mystère de la Trinité. Non seulement Dieu n’est pas solitaire, mais il ne supporterait pas d’être solitaire. Il a autant besoin du Fils et de l'Esprit Saint qu’il a besoin des hommes pour que l’amour dont il est la source circule et inonde le monde. Nul, pas même Dieu, ne saurait connaître l’amour et partager l’amour, en restant seul ! Sans l’autre, aucun amour n’est possible ! 
 
Nous comprenons bien qu’il est impossible de se passer de la Trinité, à moins de vouloir vider notre foi de ce qui fait sa force : l’amour reçu de Dieu le Père, vécu en plénitude par le Fils et révélé sans cesse au monde par l'Esprit Saint. Plutôt que de vouloir simplifier les mots de la foi, simplifions-en les attitudes, et commençons par aimer, comme Dieu seul aime. Nous appréhenderons mieux la totalité de la foi, telle que le Christ l’a vécu, dans l’obéissance à son Père et la force de son Esprit. Amen.

vendredi 13 juin 2014

Très Sainte Trinité - 15 juin 2014

Pourquoi célébrer la Trinité ?




Pourquoi nous compliquer la vie et la foi avec cette fête de la Trinité ? Car enfin, n’avons-nous pas assez de fêtes au calendrier ? Nous sortons à peine d’une longue période festive (le temps pascal) ; pourquoi célébrer un mystère si difficile à expliquer ? J’y vois trois raisons. 
 
Première raison : la Trinité est une fête proprement chrétienne. Ce n’est ni une fête juive, ni une ancienne fête païenne christianisée. C’est une vraie fête de notre foi. Et elle dit le plus grand mystère de notre foi : un Dieu unique en trois personnes. Non pas trois dieux qui n’en feraient qu’un, mais un Dieu unique qui se révèle à nous comme relation d’amour entre un Père et son Fils dans l’unité de l’Esprit Saint. Le Dieu de Jésus Christ, le Dieu auquel nous croyons, est d’abord Dieu d’Alliance, Dieu qui entre en relation. Parce qu’il est amour. L’amour ne naît pas de la solitude ! Dieu est nécessairement trinitaire parce qu’il est Amour et source de tout amour. Cela ne s’explique pas ; cela se vit dans une communion vraie à Dieu. Nous ne pouvons pas comprendre la Trinité si nous ne voulons pas entrer en relation avec Dieu, si nous préférons que Dieu reste hors de notre vie. 
 
Deuxième raison de célébrer la Trinité  aujourd’hui : cette fête nous parle de Dieu. Certes, ce n’est pas la seule. Mais elle tient un discours original sur Dieu. Elle nous empêche d’enfermer Dieu dans nos petites catégories ;  elle nous empêche d’étiqueter Dieu une fois pour toutes. Regardez Moïse : au fur et à mesure qu’il progresse avec son peuple dans le désert, il découvre Dieu, toujours différent, qui se révèle à lui. Il découvre la miséricorde de Dieu à l’œuvre, même lorsque le peuple se détourne de lui. Je suis YHWH, le Seigneur, le Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité. Ecoutez le cantique de Daniel que nous avions chanté comme psaume : il proclame la gloire éternelle de Dieu ! Relisez l’évangile de saint Jean : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ! Ce n’est pas une image de Dieu qui nous est proposée, mais de multiples facettes de ce Dieu unique et vrai auquel nous accordons foi et confiance. La seule constante, c’est ce désir exprimé de Dieu d’entrer en relation avec l’humain, avec nous. 
 
Ceci nous amène à la troisième raison de célébrer la Trinité aujourd’hui : si elle nous parle de Dieu, cette fête nous parle aussi de l’homme, de nous. Cela aurait-il quelque importance que Dieu veuille entrer en relation avec nous, si nous n’étions pas ouverts à son amour, réceptifs à son désir profond ? Célébrer la Trinité, c’est croire aussi que l’homme peut authentiquement rencontrer Dieu, dans une relation vraie, une relation d’amitié forte qui construit notre existence, qui lui donne sens. Le Dieu auquel nous croyons nous concerne. Il est et veut devenir notre intime. Il est et veut devenir notre salut ;  n’a-t-il pas envoyé son Fils pour nous sauver ? N’a-t-il pas transmis son Esprit Saint pour que nous comprenions tout ce que ce Fils a fait pour nous ? Tout ce que Dieu fait, il le fait pour nous, pas pour lui. Tout ce que Dieu est, il nous le communique pour que nous ne manquions jamais de sa grâce. Le Dieu Un se communique à nous en trois personnes pour que nous comprenions bien de quel amour nous sommes aimés. Si le Dieu auquel nous croyons est amour et agit pour nous par amour, alors l’homme est aussi un être d’amour, fait pour aimer et être aimé, puisqu’il est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. 
 
En célébrant la Trinité aujourd’hui, nous proclamons notre désir de vivre avec un tel Dieu, de vivre de cet amour que sans cesse il nous offre. La fête de la Trinité est ainsi une occasion de plus de célébrer l’amour : l’amour qui nous est offert par Dieu, l’amour que nous devons rendre à Dieu, l’amour que nous devons partager entre nous. En ces temps de crise, il me semble qu’il n’y a rien de plus urgent que cela. Vive la Trinité et vive l’amour qu’elle nous offre. Amen.  
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

dimanche 26 mai 2013

Fête de la Très Sainte Trinité C - 26 mai 2013

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.


En cette fête de la Trinité, je voudrais vous permettre de redécouvrir un geste que nous faisons quelquefois machinalement, sans trop y penser, sans même faire attention à la manière dont nous le faisons. On le fait deux fois à chacune de nos eucharisties ; certains le font peut-être chez eux, le matin au réveil et à nouveau le soir au coucher ; d'autres en sèment peut-être tout au long de la journée. Certains sportifs, sans qu'on sache trop s'ils sont croyants ou non, en saupoudrent même nos arènes sportives. Il s'agit, bien sûr, du signe de la croix. C'est le premier geste tracé sur nous lorsque nous devenons chrétien, puisqu'avant même que nous entrions dans l'enceinte religieuse, le prêtre, au pas de la porte, le trace sur nous, en signe d'accueil. Ce geste simple nous fait affirmer, chaque fois que nous le posons, notre foi en la Sainte Trinité.
 
Au nom du Père. En prononçant ces premiers mots, nous portons notre main à notre front. Le Dieu Père, qui entre en alliance avec nous, nous demande de faire effort d'intelligence pour le découvrir, le comprendre et le suivre. Il ne veut pas que nous soyons comme des serpillières étalées au sol, nous trainant devant lui comme des esclaves devant leur Maître. Non, le Dieu qui se révèle à nous comme Père, attend de nous que nous soyons des fils et des filles, conscients de la grâce qu'il nous fait, conscients de ce que signifie pour nous cette adoption. N'en déplaise à certains, la foi requiert un peu d'intelligence. Il ne s'agit pas tant d'être savant, mais plutôt d'être capable d'entrer dans la manière de penser de Dieu ; il s'agit bien d'accueillir le projet d'amour qu'il porte pour nous, et de le mettre en pratique, de lui donner vie. C'est ainsi que nous entrerons vraiment en alliance avec lui ; c'est ainsi, dans l'obéissance à sa Parole, que nous deviendrons authentiquement ses fils et ses filles. Au nom du Père, nous avons à approfondir notre foi, à l'entretenir, pour découvrir toujours plus et toujours mieux quel est ce Dieu qui vient à notre rencontre et qui nous offre son amour inconditionnel.
 
Au nom du Père et du Fils. Ayant affirmé notre désir de comprendre le projet de Dieu pour nous, nous descendons notre main sur nos entrailles, manifestant ainsi que ce Fils, Jésus, est bien devenu l'un de nous. Il est sorti des entrailles de la Vierge ; il est comme nous. Mais ce faisant, nous pouvons encore aller plus loin. Ce Fils Jésus, nous le savons depuis le Jeudi Saint, s'est fait nourriture pour nous. Lorsque nous communions à son Corps, c'est bien Jésus que nous sommes appelés à "digérer" dans notre vie. En se donnant en nourriture, en devenant un "homme mangé" par les siens, Dieu devient quelqu'un qui ne concerne pas que notre intelligence ; il vient nous provoquer dans nos tripes. Si ce Fils doit nous sauver et nous libérer de tout mal, il doit connaître ce que nous portons en nous, au plus profond de nous. La foi demande ce courage élémentaire de ne rien cacher à Dieu. Dans le langage courant, un homme qui n'a pas de tripes est un homme qui manque et de courage et de convictions profondes. Or, le Dieu qui vient à nous attend que nous soyons des hommes de convictions, des croyants non pas d'un moment mais de toute une vie. Quand Dieu nous saisit, quand il entre dans notre vie en Jésus, c'est toute notre vie qui en est transformée ; c'est tout ce que nous croyons qui en est bouleversé ; c'est tout ce que nous renfermons au plus profond de nous qui est sauvé, transfiguré par la puissance du Ressuscité. Dieu, en Jésus, vient combattre le Mal jusqu'au plus profond de nous pour nous en libérer définitivement. Au nom du Fils, nous avons à nous laisser libérer totalement par ce Dieu qui nous fait grâce, par amour.
 
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Après avoir porté notre main au front puis à nos entrailles, voici que nous la remontons pour en marquer successivement chaque épaule. Ce Dieu Père qui se révèle à nous, ce Dieu qui en Jésus va chercher le Mal au plus profond de nous pour nous en libérer, ce Dieu ne nous laisse jamais seul. Il est avec nous, à chaque instant de notre vie, par son Esprit. Il porte avec nous le poids du jour, les peines et les joies de notre monde. La ligne horizontale tracée par nos épaules marque bien notre humanité qui porte sur ses épaules le joug d'une vie humaine pas forcément choisie, quelquefois subie, et assumée avec plus ou moins de bonheur. Cette vie-là, qu'elle soit belle ou difficile, riche ou pauvre, est assumée par Dieu. C'est dans le concret de notre existence, quelle qu'elle soit, qu'il nous accompagne et nous protège. Puisque en Jésus, même nos tripes ne lui sont pas étrangères, comment pourrait-il ne pas nous accompagner et nous supporter dans le quotidien qui est le nôtre ? Jésus ne nous a-t-il pas dit, dimanche dernier, qu'il nous donnerait un Défenseur ? Et c'est l'Esprit Saint qui est venu et qui a lancé les Apôtres sur les routes du monde pour poursuivre la mission du Fils et amener notre humanité vers Dieu. Au nom de l'Esprit Saint, nous avons à permettre à Dieu de nous accompagner chaque jour ; il nous permettra de rester fidèles à notre foi.
 
En traçant sur nous le signe de la croix, nous nous enveloppons de Dieu pour qu'il vive avec nous selon sa propre promesse, chaque jour, jusqu'au jour où nous le verrons face à face. Puisque ce signe résume si bien notre foi, faisons attention à la manière dont nous le traçons sur nous. Fait trop à la hâte, marquant mal ou si peu les différentes stations sur notre corps, nous avons vite fait de ne dire qu'une partie de notre foi en ce Dieu qui veille sur nous, qui nous a fait, qui pense à nous et qui prend souci de nous (psaume 8). Puisqu'il est le signe de notre foi et que nous n'avons pas à rougir de celui en qui nous croyons, posons ce signe avec tout le sérieux, toute la beauté et toute la fierté que nous procure notre foi en Dieu Père, + Fils et Esprit Saint. Amen.
 
 
(Croix offerte à Mgr KRATZ, à l'occasion de son ordination épiscopale)

samedi 2 juin 2012

Fête de la Très Sainte Trinité B - 03 juin 2012

Qui est Dieu pour nous ?



Qui est Dieu pour nous ? C’est à cette question que nous oblige à réfléchir la fête de la Trinité, fête du Dieu Un en Trois personnes. Et les textes que nous venons d’entendre nous donnent, chacun, une réponse différente mais complémentaire des autres. Le Dieu des chrétiens est comme un diamant : plusieurs facettes qui chacune apporte quelque chose à la beauté du tout.

Qui est Dieu pour nous ? La question n’est pas nouvelle. Cela fait des siècles que l’humanité s’interroge ainsi. Certains en sont venus à rejeter toute idée de Dieu. D’autres en ont fait une espèce de conglomérat, regroupant tout et n’importe quoi, un Dieu à mesure d’homme. Or le Dieu des chrétiens, le Dieu qui se révèle dans la Bible, attend un homme à la mesure de Dieu.

Qui est Dieu pour nous ? Moïse répond à cette question en nous renvoyant à notre expérience, à notre histoire. Interroge les temps anciens qui t’ont précédé ! Ainsi donc, nous pouvons approcher Dieu en scrutant notre passé, y découvrant comment Dieu est intervenu dans cette histoire, comment il s’est révélé aux hommes. Ce que Moïse souligne particulièrement, c’est que Dieu s’est engagé dans l’histoire des hommes pour les appeler à la vie, à plus de vie. S’il s’est choisi un peuple particulier, s’il l’a sorti à bras fort d’Egypte où il était esclave, c’est d’abord pour que ce peuple vive. Et s’il a donné une Loi, c’est encore pour que les hommes connaissent bonheur et longue vie sur la terre que donne le Seigneur.
Ce que Moïse dit de Dieu au peuple rassemblé, nous pouvons le dire nous aussi. Notre Dieu est celui qui appelle à la vie, sans cesse. Lorsque nous célébrons le sacrement du baptême, nous ne disons pas autre chose. Des parents viennent rendre grâce à Dieu pour la naissance de leur enfant. Ils viennent lui confier leur enfant et l’ouvrir à la vie nouvelle que Dieu propose à ceux et celles qui croient en lui. Ils le font entrer ainsi dans ce grand peuple que Dieu se constitue depuis les origines.

Qui est Dieu pour nous ? Jésus a passé sa vie et sa mort à expliquer aux hommes qui est Dieu pour eux. Ses actes et ses paroles sont le témoignage que le Dieu qui appelle à la vie est aussi le Dieu qui ouvre un chemin de vie. Des béatitudes à la mort en croix, en passant par les multiples guérisons et le don de la Loi nouvelle, Jésus ouvre un passage de vie à tous ceux qui l’écoutent. Il vient libérer les hommes du Mal et du péché qui les empêchent d’accéder au vrai bonheur ; par sa mort et sa résurrection, il ouvre à tous les hommes une nouvelle espérance : puisqu’il vit, nous vivrons. Seule condition : suivre le chemin de vie proposé : l’observance de sa Loi d’amour.
Lorsque nous recevons le baptême, c’est bien sur le chemin de la Vie que nous sommes placés. Un chemin qui nous mène à la sainteté, c’est-à-dire à une ressemblance parfaite avec Dieu. Etre baptisé, c’est croire que Jésus nous ouvre à la vie éternelle par sa mort et sa résurrection, à laquelle nous participons par notre passage dans les eaux baptismales. Etre baptisé, c’est aussi vivre en Christ, avec le Christ, pour le Christ. C’est faire passer dans toute notre vie les commandements que le Christ nous a laissé, pour que nous puissions répondre au mieux à l’appel à vivre que Dieu, son Père et notre Père, ne cesse de nous adresser. Etre baptisé, c’est comprendre aussi que je ne suis pas seul ; autour de moi, avec moi, il y a tous ceux que Dieu appelle à lui être unis en Christ. Ils sont mon chemin vers Dieu.

Qui est Dieu pour nous ? Paul répond : il est celui qui change notre vie. Il a expérimenté cela lui-même lors de sa rencontre avec le Ressuscité sur le chemin de Damas. Mais il en fait surtout l’expérience chaque fois qu’il voit l’Esprit à l’œuvre dans les communautés qu’il a fondées. Il en est convaincu : Dieu change la vie parce qu’il rend vraiment libre. Son Esprit, reçu au baptême, nous entraîne à reconnaître Dieu comme notre Père, faisant de nous les héritiers du Père avec le Christ. Le Christ était souverainement libre en marchant vers sa mort ; nous devenons, par l’Esprit que Dieu nous donne, souverainement libres à notre tour, capables de résister au Mal et de suivre le Christ sur le chemin de l’amour qu’il nous a proposé.
Cet Esprit est en nous depuis notre baptême et nous le recevons en plénitude dans le sacrement de la confirmation. Il est la présence de Dieu au cœur de notre vie ; il est l’amour qui unit le Père et le Fils ; il est l’amour qui nous unit au Christ. Il est celui qui nous permet de vivre selon les engagements du baptême. Tout baptisé devient ainsi un porteur du Christ, un témoin de son amour, un fils du Père éternel.

Qui est Dieu pour nous ? Il est le Père qui nous appelle à la vie, il est le Fils qui nous montre le chemin de la vie véritable, il est l’Esprit qui transforme notre vie pour qu’elle ressemble toujours plus à la vie de Dieu : une vie d’amour, d’amour offert à tous, gratuitement. Que le baptême qui nous identifie au Christ et l’eucharistie qui nous nourrit du Christ nous permettent d’approcher toujours mieux ce grand mystère. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)