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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 20 octobre 2018

29ème dimanche ordinaire B - 21 octobre 2018

Quand Jésus parle de pouvoir !







De quoi parle l’Evangile ? Si je faisais passer des petits bouts de papier pour demander à chacun d’écrire en un mot de quoi parle Jésus aujourd’hui, qu’écririez-vous ? Nous parle-t-il du service ? Nous parle-t-il d’ambition ? Nous parle-t-il de pouvoir ? Nous parle-t-il d’autre chose ? Aussi surprenant que cela puisse nous paraître, ce dont il est question dans l’évangile du jour, c’est de pouvoir et de maîtrise. 

Tout commence avec l’ambition de Jacques et de Jean de siéger l’un à droite et l’autre à gauche de Jésus, dans sa gloire. Ils sont cash avec Jésus, même s’ils semblent s’exprimer un peu à part des autres. Ils savent ce qu’ils veulent et n’ont pas de honte à le dire. Un peu d’ambition ne peut pas faire de mal, n’est-ce pas ! Leur demande n’a rien d’exceptionnel dans le monde, comme n’a rien d’exceptionnel la réaction des dix autres : comment osent-ils demander cela à Jésus ? Ce n’est pas tant la demande qui leur déplaît que le fait d’avoir oser la formuler… avant les autres ! Soyons alors réaliste un instant et reconnaissons-le : la question de Jacques et de Jean nous a tous traversé l’esprit à un moment ou à un autre de notre vie. Nous avons tous cherché la reconnaissance, la gloire et la puissance. Nous avons tous une certaine part d’ambition ; nous avons tous la certitude que ce que l’autre peut faire, je peux le faire aussi. Et nous avons tous été, comme les autres, surpris de l’avancement de celui-là ou d’un autre ; nous avons tous estimé qu’on aurait fait aussi bien, voire mieux, et que si quelqu’un méritait cette place, c’était nous ! Pour le dire encore autrement, nous avons tous estimé, à un moment ou à un autre de notre vie, que les autres ne reconnaissaient pas assez nos mérites, qu’on ne nous remerciait jamais suffisamment. Ou encore : vous savez, je l’ai fait de bon cœur, mais un merci, ça aurait été bien ! Cela existe dans le monde des hommes. Cela existe dans l’Eglise aussi. Cela a existé, cela existe encore, cela existera toujours ! A moins que nous ne nous mettions vraiment à l’école de Jésus. 

Je crains, qu’en la matière, nous ne méritions le reproche que Jésus fait à ses disciples : ils ne comprennent rien ! Nous le constatons d’ailleurs dans le dialogue qui s’instaure entre Jésus et les deux frères. Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? Le Nous le pouvons qui suit est un peu trop rapide pour exprimer leur compréhension claire de ce que Jésus vient de demander. La coupe dont il parle, c’est bien ce calice qu’il va boire jusqu’à la lie au moment de sa Passion. Il ne s’agit pas de boire avec Jésus au banquet éternel, mais de trinquer soi-même, quand c’est difficile à avaler. L’homme est bien seul dans ces moments-là, comme Jésus sera seul au moment de son procès. Le baptême dont parle Jésus, ce ne sont pas ces trois gouttes que l’on verse sur le front d’un enfant, mais bien ce plongeon dans les eaux de la mort, dans lesquelles l’homme peut se perdre et se noyer si Jésus ne vient l’en retirer pour le faire revivre avec lui. Ce n’est pas de plaisir que parle Jésus en réponse à la question des deux frères ; c’est de risque. Il les invite à risquer avec lui, pour lui. Et cela sera accordé d’avance à Jacques et Jean, sans pour autant qu’ils aient l’assurance de siéger à la droite et à la gauche de Jésus. La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. Voilà une occasion de se taire qui est perdue, définitivement ! 

Face à cette attitude tout humaine de jouer des coudes, Jésus indique alors une autre voie, le chemin du service. Attention, il ne s’agit pas là simplement de savoir rendre service, de temps en temps, pour faire plaisir, ou pour être reconnu dans ses compétences. Non, non, il s’agit de bien plus. Il s’agit d’un art de vivre, d’une tournure particulière de l’esprit. Cela s’apparente au devoir d’état. Je fais ce que je dois faire parce que je peux le faire et que je sais le faire. Sans aucune arrière-pensée ; sans rechercher aucune récompense, aucune reconnaissance ! Exercer le métier de disciple du Christ, c’est être serviteur à temps plein. Et celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous. Mais cette place-là, rassurez-vous, comme personne n’en veut spontanément, elle a été prise par Jésus, une fois pour toutes. C’est ce qui fait de lui la seule tête de l’Eglise, le seul chef possible. Ce que Jésus propose, ce n’est pas de jouer au serviteur ou à la servante ; ce qu’il propose, ce n’est pas d’être plus gentil que les autres en rendant plus service que les autres ; ce que Jésus propose, c’est un état de vie, une tournure d’esprit qui fait de nous les serviteurs des autres. C’est un art de vivre qui place l’autre toujours avant moi. C’est un art de vivre qui n’attend pas de médaille, ni de merci, mais qui ouvre à la gloire… du Royaume ! Jésus ne nous prive pas d’ambition ; il nous dit la voie meilleure pour accomplir notre ambition : Celui qui veut devenir grand parmi vous (ça c’est l’ambition légitime), sera votre serviteur (ça c’est la voie à suivre). Il n’y en a pas d’autre, parce que Jésus lui-même emprunte cette même voie : Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Nous ne serons jamais plus grand que Jésus ; nous ne pourrons donc emprunter d’autre voie que celle qu’il a lui-même emprunté. Avez-vous jamais entendu, au moment de la lecture de la Passion, quelqu’un dire Merci à Jésus pour son sacrifice ? Vous pouvez relire les quatre évangiles : vous n’en trouverez pas ! Vous y trouverez par contre moqueries, insultes et crachats. Rien de plus ! Rien de joyeux ! Rien d’encourageant ! 

La voie du service, voilà l’enseignement de Jésus quand il nous parle de pouvoir. Il ne s’agit pas de spiritualiser les choses, en disant que l’autorité, dans l’Eglise, c’est un service ! Il s’agit d’être conscient qu’il nous faut sans cesse nous convertir à Jésus, nous placer à sa suite, pour vivre en serviteur de Dieu et des frères. Ce n’est pas temporaire : le temps de mon mandat à l’EAP, le temps de mon passage à la chorale, le temps que je peux rendre service comme sacristain… ou que sais-je encore ! Non, c’est définitivement un style de vie, une attitude profonde de chaque instant, en tout ce que je fais, en tout ce que je vis, vis-à-vis de quiconque traverse ma vie. La récompense ne nous viendra pas des hommes, mais de Dieu seul. Quand nous le verrons face-à-face. Amen.

 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 28 juillet 2018

17ème dimanche ordinaire B - 29 juillet 2018

Quand la foule a faim…





            On mangera et il en restera. Cette affirmation du Seigneur donnée par le prophète Elisée traduit tout l’amour de Dieu pour son peuple, sa grande bonté et sa générosité sans limite. C’est cette même générosité, cette même bonté, ce même amour qui sont à l’œuvre en Jésus, des siècles plus tard, lorsqu’il nourrit une foule immense avec seulement cinq pains et deux poissons. Un signe donné pour que le peuple comprenne que Dieu ne saurait ignorer ceux qui se tournent vers lui. Au-delà du signe que Jésus avait accompli, ce qui me frappe dans l’évangile de ce dimanche, c’est la faim de ce peuple qui se presse par milliers autour de Jésus. 

            Même si nous avons changé d’évangéliste, passant de Marc à Jean, le contexte reste le même. Souvenez-vous : dimanche dernier, Jésus avait invité ses disciples à l’écart à leur retour de mission. Déjà les foules se pressaient, au point qu’ils n’avaient même pas le temps de manger. Jésus avait embarqué avec les siens pour traverser le lac, mais la foule, comprenant leur intention, [courut] là-bas, sur l’autre rive et [arriva] avant eux. Peut-on souligner davantage la faim de cette foule d’une parole vraie ? Peut-on faire mieux pour dire l’impact de Jésus sur ces hommes et ces femmes qui courent après lui ? C’est de cette foule qu’il voulait éloigner ses disciples ; c’est cette foule qui les rattrape ; c’est cette foule qui en oublie jusqu’à l’essentiel (un casse-croûte pour la route) pour être avec Jésus. Il y a un lien fort entre cette foule et Jésus, et ce ne sont pas seulement les signes qu’il opère qui peuvent expliquer cela. Je pense qu’il y a plus ; il y a quelque chose de vital qui semble les attacher ainsi à la personne de Jésus. 

            A force de courir d’une rive du lac à l’autre, à force de ne plus prendre le temps de rentrer chez eux, il semble normal, au bout d’un moment que la faim se fasse sentir. Il y a là environ cinq mille hommes, et seulement cinq pains d’orge et deux poissons. André a bien raison d’interroger : qu’est-ce que cela pour tant de monde ? Et pourtant, nous l’avons entendu, non seulement chacun mange à sa faim, mais il reste encore de quoi remplir douze paniers à la fin du repas. Comment ne pas entendre en écho la parole rapportée par le prophète Elisée : on mangera et il en restera ? Au temps de Jésus comme au temps d’Elisée, quand Dieu donne, il donne avec largesse, il donne au-delà du raisonnable. Dieu n’est pas radin en amour ; il ne donne pas sous condition. Il donne ce qu’il faut et même plus. La foule n’est pas dupe : à la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « c’est vraiment lui le prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. Les journées passées à courir après Jésus sont ici récompensées et reconnues comme un temps de grâce, un temps de rencontre avec celui que Dieu envoie. 

Chaque fois que j’entends cette page d’évangile, je ne peux empêcher une pointe d’envie de monter en moi : comme j’aurais aimé être de cette foule. Comme j’aurais aimé courir à la suite de Jésus pour l’écouter, le voir et goûter à ce pain partagé. Je me souviens alors que je peux encore le faire aujourd’hui. Je peux me presser autour de Jésus ; je peux le suivre ; je peux l’entendre me parler comme il a parlé à ces foules ; je peux même goûter ce pain partagé jadis sur la montagne. Il me suffit de venir à l’eucharistie. Ici, je rencontre Jésus ; ici Jésus me parle ; ici Jésus partage encore le pain. Mais ma faim de lui est-elle aussi grande que la faim de cette foule qui se pressait autrefois ? Irai-je courir de l’autre côté du lac pour cette rencontre ou est-ce que j’attends tranquillement qu’il vienne de ce côté-ci ? Mon lien à Jésus est-il traditionnel ? culturel ? personnel ? vital ? Est-ce que je rends grâce à Dieu comme la foule pour ce signe fondamental de notre foi ou est-ce que je considère cela comme normal ? Si je ne sais plus lire les signes que Dieu pose, comment pourrais-je rendre grâce à Dieu ? Comment pourrais-je me réjouir de ce que Dieu intervient encore dans la vie des hommes, dans ma vie ? 

Nous l’avons vu : quand la foule a faim, Jésus la nourrit ; mais il ne la nourrit pas seulement de pain, il la nourrit aussi de sa parole. Elle a faim des deux, la foule. Et moi, quelle est ma faim aujourd’hui ? Quel est mon désir de Jésus et comment le creuser encore ? Avec l’Eglise, nous pouvons redire cette prière qui a ouvert notre eucharistie : elle nous permet de confesser la sollicitude de Dieu qui donne plus que ce dont nous avons besoin en même temps que notre faim de lui et notre confiance en lui. Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi ; sans toi, rien n’est fort et rien n’est saint. Multiplie pour nous tes gestes de miséricorde afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent. Que cette prière de l'Eglise devienne authentiquement nôtre. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer)