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lundi 14 juillet 2025

15ème dimanche ordinaire C - 13 juillet 2025

 Il pensait réussir ; il sait désormais comment réussir.






 

            Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? C’est avec cette question qu’un homme, un docteur de la Loi, veut mettre Jésus à l’épreuve. Et il pensait réussir. Les Apôtres ont dû bien rire, eux qui cheminent avec Jésus depuis quelque temps déjà et qui ont entendu Pierre déclarer que leur Maître est le Christ, le Messie de Dieu. Comme s’il était possible de le piéger avec une telle question. Autant essayer de piéger le meilleur pâtissier du monde avec une question sur la recette d’un Saint Honoré ! Ridicule.

             Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? Si vous comparez ce récit à celui de Matthieu ou Marc, vous verrez que, chez Luc, Jésus ne répond pas à la question directement. Il va forcer son adversaire du jour à répondre. Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » Une manière très polie de lui dire : mais toi, dis-moi non seulement ce que tu lis dans la Loi, mais comment tu le comprends. Parce que lire la Loi, tout le monde peut le faire ; mais la comprendre correctement, c’est une autre affaire. Le docteur de la Loi se laisse prendre au jeu du : toi d’abord, moi après. Et il y va de sa réponse que nous connaissons tous : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. Luc nous fait comprendre mieux que les autres que ce n’est pas là une invention ou une relecture de Jésus. Il n’est pas le premier à lier l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Un homme vient de le faire devant Jésus, et celui-ci approuve la réponse de l’homme : Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. La réponse est désormais claire pour toutes les générations à venir, que vous soyez juifs ou disciples du Christ : l’assurance de la vie éternelle, c’est l’amour de Dieu et du prochain. C’est un spécialiste de la Loi qui le dit ; c’est Jésus qui le confirme. La question posée a obtenu une réponse qui satisfait les deux parties ! L’histoire aurait pu, aurait dû s’arrêter là. Mais elle rebondit : Lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? ».

             Là on commence à parler sérieusement. Qui est mon prochain ? c'est-à-dire de toutes les personnes que je rencontre, qui dois-je aimer ? Et donc, qui puis-je ne pas aimer, parce qu’il ne serait pas mon prochain ? Encore une fois, Jésus ne répond pas directement. Il raconte une histoire que nous connaissons tous aujourd’hui, celle du bon Samaritain, mais qui est d’abord l’histoire d’un homme agressé, dépouillé, laissé pour mort au bord de la route. Celui qui importe, au début de l’histoire, ce n’est pas le bon Samaritain, mais bien ce mourant laissé là et que d’autres vont croiser. Comment vont-ils interagir avec lui ? Un prêtre, puis un lévite vont passer par ce chemin. Tous deux voient l’homme. Sûrement, ces hommes de Dieu vont faire quelque chose ! Eh bien non, tous deux passèrent de l’autre côté.  Nous comprenons spontanément l’autre côté de la route ; mais l’autre côté, je peux aussi l’entendre comme : ils passèrent au mauvais côté. Ils ont fait ce qu’il ne fallait pas faire : ils ont sciemment ignoré l’homme mourant. Et qu’importe les bonnes raisons qu’ils auraient pu avoir ; en passant de l’autre côté, ils n’ont rien fait, ils ont ignoré leur frère dans le besoin. Ils ont fait de la Loi qu’ils prétendent servir une condamnation pour celui qui est victime, une condamnation pour celui qui n’a rien fait de mal. Au sordide de l’agression gratuite, ils ajoutent l’abject du désintérêt. Il est mourant ; qu’il ait la décence de mourir seul et en silence ; je ne vais pas me mettre en retard, Dieu m’attend ! Arrive le Samaritain, celui dont Jérusalem a mauvaise opinion. Il le vit et fut saisi de compassion. Il fait ce qu’il faut pour soigner cet homme et le mettre à l’abri, à ses propres frais. Et il s’engage même à revenir prendre de ces nouvelles et régler toute dépense supplémentaire ! L’histoire n’a rien de compliqué ; c’est celle d’un homme qui avait besoin d’aide.

         Rappelons-nous maintenant la question qui nous a valu cette histoire : Et qui est mon prochain ? A la fin de l’histoire, sans doute le docteur de la Loi espère-t-il une réponse claire. Il n’aura encore une fois qu’une question de la part de Jésus : Qui a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? Il faudrait être de mauvaise foi ou complètement stupide pour ne pas répondre avec le docteur de la Loi : Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. Ceci nous oblige à bien comprendre le renversement opéré par Jésus. La question n’est plus de savoir qui, de toutes les personnes que je croise, est mon prochain ; mais bien de savoir de qui je dois me faire le prochain. De qui dois-je avoir le souci ? De tous ceux dont tu croises la route. Tu ne peux pas rester indifférent à ceux que Dieu met sur ta route, et surtout pas de celui qui a besoin de toi. Rien ne peut être plus important que le service du petit, pas même Dieu, puisque Dieu lui-même, dans sa Loi, a lié l’amour de Dieu à l’amour du prochain. Aimer le petit, c’est donc aimer Dieu. S’occuper de l’autre, c’est donc s’occuper de Dieu. Je ne peux pas dire au pauvre : je ne peux pas m’occuper de toi, Dieu m’attend ! Je ne peux pas dire à l’étranger : je ne peux pas t’accueillir, Dieu m’attend. Puisque je crois en Jésus, Dieu fait homme, cela signifie qu’en chaque humain que je croise, c’est Dieu lui-même que je croise. A l’homme qui l’interrogeait, Jésus répond une dernière fois : Va, et toi aussi, fais de même. C’est juste limpide ! Il n’y a plus ni de question à poser, ni de question à se poser.

 Tout avait commencé avec le désir d’un homme de réussir à mettre Jésus dans l’embarras. Il pensait mettre Jésus à l’épreuve ; sa question s’est retournée contre lui. Il n’a peut-être pas réussi à mettre Jésus à l’épreuve, mais désormais il sait : il sait que Jésus n’indique pas une nouvelle voie, ni une nouvelle Loi. Désormais il sait que Jésus accomplit la Loi et qu’il lui demande de faire de même. Il pensait réussir à piéger Jésus en l’interrogeant sur la vie éternelle ; il sait désormais comment réussir sa vie et son paradis. En mettant l’autre, le petit, au cœur de sa vie et par là, en mettant vraiment Dieu au cœur de sa vie. Il le sait, et nous le savons. Allons, et nous aussi, faisons de même ; devenons le prochain de ceux qui ont besoin de nous. Amen.

samedi 27 janvier 2024

Célébration oecuménique - 28 janvier 2024

 Aime Dieu, aime ton prochain.






 

 

            Que dois-je faire pour avoir en partage la vie éternelle ? Cette question d’un docteur de la Loi à Jésus semble sans doute désuète aujourd’hui à nombre de nos contemporains. La vie éternelle n’est pas le souci principal de nos frères et sœurs en humanité. Ce n’est pas qu’ils aient complètement rejeté Dieu, mais Dieu ne les passionne plus. L’indifférence face à Dieu entraîne l’ignorance de l’importance de la vie éternelle. Et je ne suis pas persuadé que pour ceux qui se disent chrétiens, et en la matière leur confession importe peu, la vie éternelle soit une question. De nombreuses enquêtes, réalisées années après années, montrent bien l’érosion de la foi en une vie après la mort, y compris chez les disciples du Christ.           

            Pourtant, je ne peux simplement oublier la question, parce que c’est bien cette question qui nous vaut tout le reste du récit évangélique que nous venons d’entendre. Sans cette question primordiale, il n’est pas de réponse concernant l’amour de Dieu et du prochain. Sans cette question, et le dialogue qu’elle entraîne, il n’y a pas de parabole du bon Samaritain. Puisqu’on ne peut évacuer la question, écoutons la réponse première de Jésus : Dans la Loi, qu’est-il écrit ? Comment lis-tu ? Autrement dit, Jésus renvoie l’interrogateur à son catéchisme. Tout croyant sait, ou doit savoir, ce qu’il faut faire pour avoir en partage la vie éternelle. La réponse jaillit en retour, claire et limpide : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même. Il connaît sa leçon. Et nous la connaissons tous, je pense ici. Nous pourrions résumer sa pensée en deux mots : la foi (aimer Dieu) et la charité (aimer son prochain). Dit ainsi, cela semble soudain se compliquer. Aimer Dieu ne pose pas trop de difficulté en général ; mais aimer son prochain, voilà qui rend les choses plus difficiles. L’histoire de nos Eglises respectives en témoignent, en France particulièrement. S’aimer entre catholiques, ou s’aimer entre protestants, n’est déjà pas toujours évident ; mais s’aimer entre catholiques et protestants, voilà qui devient difficile. Je me souviens d’une époque pas si lointaine, au début de ce vingt-et-unième siècle, quand nommé curé d’un village catholique au milieu d’une terre historiquement protestante, je reçois avec stupeur la réaction des habitants de ce village et du village voisin, protestant lui, quand je leur ai annoncé que je serais le curé des deux villages : Comment cela curé d’ici et de là-bas ? C’est impossible, nous sommes villages ennemis ! Nous étions en 2001 ! Sans doute n’y avait-il pas que la dimension religieuse qui jouait dans cette affirmation, mais elle était importante dans ce secteur paysan. Des souvenirs lointains remontaient d’une époque où il fallait éviter qu’un champ catholique devienne protestant et vice-versa ! Il valait mieux se dire ennemi, éviter tout rapprochement pour conjurer cette possibilité ! Le diable se niche toujours dans les détails, n’est-ce pas ! 

            Je ne sais pas si l’homme qui interroge Jésus fait face à une situation semblable, mais voilà que sa réponse de catéchiste, bien que juste, ne lui suffit plus. Et qui est mon prochain ? La question qui semblait close est ainsi relancée. Plutôt que d’y répondre, Jésus raconte la parabole du bon Samaritain et inverse ainsi la question de son interlocuteur. Toute cette histoire ne nous dit pas qui est notre prochain, mais nous fait comprendre que nous avons à nous faire le prochain de quiconque a besoin de nous. Lequel s’est montré le prochain de l’homme qui était tombé sur les bandits ? Si je veux faire un pas de plus, je peux, au regard du catéchisme énoncé (aime Dieu et ton prochain) et de l’inversion faite par Jésus, reformuler les questions ainsi. Qui est mon prochain ? deviendrait : Qui dois-je aimer ?  Et Lequel s’est montré le prochain de l’homme blessé ? peut s’entendre ainsi : Lequel a été aimé le plus par l’homme blessé ? Comprenez-vous pourquoi la charité est compliquée ? Parce qu’il ne s’agit pas tant d’aimer que de se faire aimer ! Comment je peux savoir que j’aime vraiment quelqu’un ? En général, il m’aime en retour ! L’amour vrai est toujours partagé. Nous aimons Dieu parce que Dieu nous aime ; nous aimons ceux qui nous aiment. Et nous savons que nous devons aimer aussi nos ennemis ; c’est l’enseignement constant de Jésus, en parole et en acte ! 

            Quand je m’interroge pour savoir de qui je dois me faire le prochain, je ne peux, dans une fidélité à l’enseignement de Jésus, que parvenir à cette réponse évidente : je dois me faire le prochain de tous ceux que Dieu met sur ma route, qu’ils soient de mon clan, de mon avis, de ma religion, de mon milieu socio-professionnel ou que sais-je encore ! Je dois, pour pouvoir me dire chrétien, aimer tout le monde, et particulièrement les petits, les exclus, les différents, les étrangers et la liste est encore longue à énumérer. Le pape François lui-même, en matière d’œcuménisme, nous invite à un œcuménisme de la charité, de la proximité. Le discours théologique sur l’unité des chrétiens, il est fait, dans l’Eglise catholique depuis le Décret Unitatis Redintegratio du Concile Vatican II. Ce que veut dire le pape, c’est que l’œcuménisme ne peut pas juste être une bonne idée dont on débat une fois par an. L’œcuménisme est à vivre et à faire vivre. Et la charité est le lieu le plus indiqué pour vivre quelque chose ensemble, par-delà nos différences. C’est même la charité que nous aurons les uns pour les autres, et ensemble pour tous ceux qui en ont besoin, qui montrera que nous sommes disciples de Jésus Christ ! Il nous faudra méditer souvent cet appel du Christ à aimer envers et contre tout, que saint Jean a magnifiquement rappelé lorsqu’il nous rappelle que nous ne pouvons pas dire que nous aimons Dieu si nous n’aimons pas nos frères et sœurs en humanité. Je vous renvoie au chapitre quatre de sa première lettre, les versets vingt et vingt-et-un : 20 Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. 21 Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère.

 

            Je vais boucler la boucle pour en terminer ce matin. Pourquoi devons-nous aimer ? Parce que Jésus le demande, certes, mais aussi parce que nous avons le souci de l’autre, pas seulement pour ici-bas. Dans notre manière de nous faire le prochain des autres, nous devons aussi avoir à l’esprit leur vie éternelle, leur salut éternel. Disciples de Jésus Christ, marchant à la rencontre d’un Dieu Père qui nous attend en son Royaume, nous ne serions vraiment le prochain de celles et ceux qui ont besoin de nous, si nous n’avions pas aussi le désir de leur vie éternelle. Et à ceux qui se disent que si tous entrent au Paradis, nous serons trop serrés et que les autres nous prendront notre place, je veux juste dire qu’il sera plus facile d’entrer dans ce Royaume où Dieu nous attend, avec gravés dans notre cœur les visages de celles et ceux dont nous nous serons faits le prochain, qu’avec un cœur vide, gravé de notre seul visage. L’amour entre chrétien n’est pas négociable ; il est le signe que nous sommes réellement de cette Eglise que le Christ a voulu rassembler. L’amour pour tous n’est pas davantage négociable ; il est le signe que nous sommes réellement disciples de Celui qui a donné sa vie pour tous les hommes. Amen.

  


samedi 30 octobre 2021

31ème dimanche ordinaire B - 31 octobre 2021

 Deux pour le prix d'un, vraiment ?




                
                S’il est une page d’évangile connue par la plupart, pour ne pas dire par tous les chrétiens, c’est bien celle que nous venons d’entendre ce matin en réponse à la question posée par un scribe : Quel est le premier de tous les commandements ? Et parce que cette page est très connue, nous prenons chaque fois le risque de ne pas vraiment l’écouter, et le risque plus grand encore de n’en pas écouter le commentaire. Je connais, je n’ai rien à apprendre de plus ! C’est aussi ce que je pensais en préparant cette homélie. Mais quelle erreur de ma part ! 

            La version que nous avons entendue est celle de Marc. Et elle possède une différence essentielle à mes yeux des versions de Matthieu et de Luc. Cette différence réside dans l’intention du scribe. Chez Matthieu et Luc, l’intention de celui (ou ceux) qui pose la question à Jésus est clairement d’embarrasser Jésus. Autrement dit, ce serait là une question piège. Parmi les six-cent-treize commandements de la Loi, quel est celui qui a la primauté sur les autres ? Quand l’homme réduit la foi à un ensemble de règles, il est presque normal qu’il s’interroge sur celui qu’il faut absolument respecter. Et selon votre sensibilité, la réponse diffèrera d’un homme à un autre. L’embarras recherché de la part des adversaires de Jésus devient évident : selon la réponse apportée, ils pourraient facilement lui dire qu’il a tout faux ! Chez Marc, il n’est pas question d’embarrasser le Maître. Au contraire, le scribe, ayant entendu la conversation de Jésus avec les Sadducéens, voyant que Jésus avait bien répondu, s’avança vers lui pour lui demander : Quel est le premier de tous les commandements ? Voilà un homme qui reconnaît la sagesse de Jésus et qui ose poser une question qui sans doute le travaille depuis un moment. Il s’adresse à Jésus, non pour l’embarrasser, mais pour trouver une réponse à son propre questionnement. Puisqu’il a bien répondu à ses interlocuteurs précédents, sans doute pourra-t-il lui répondre aussi bien. Il nous faut oser pareillement interroger Jésus sur ce qui est essentiel, ne serait-ce que pour ne pas le perdre de vue. Nous avons pu constater, en ce mois d’octobre, ce que cela donne quand on perd de vue l’essentiel. C’est toujours catastrophique ! Cela signifie aussi que c’est cet essentiel qu’il nous faut toujours retrouver en cas de crise, car là se trouve notre salut. 

            La réponse de Jésus sonne alors comme un deux en un : l’interlocuteur voulait un commandement, Jésus lui en donne deux. Mais peut-on vraiment réduire la réponse de Jésus à une offre commerciale : parce que c’est toi, parce que ta recherche est sincère, je t’en offre un deuxième, en cadeau ? Deux pour le prix d’un ou un avec deux faces ? Il faut nous plonger dans la Première lettre de Jean pour trouver la seule interprétation possible de la réponse de Jésus. C’est bien un seul commandement qui possède deux faces, deux mouvements. Les versets vingt et vingt-et-un du chapitre quatre de cette première lettre de l’Apôtre que Jésus aimait dit ceci : Si quelqu’un dit : ‘J’aime Dieu’ et qu’il déteste son frère, c’est un menteur ; celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de Lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. Nous ne pouvons pas séparer ce double mouvement de l’unique obligation d’aimer. Pour un chrétien qui croit que Dieu s’est fait homme en Jésus, et que Jésus est vrai Dieu et vrai homme, cela est encore plus impossible que pour tout autre homme, croyant en Dieu ou non. Nul ne saurait dire : J’aime Jésus, vrai Dieu, parce qu’il nous sauve par sa mort et sa résurrection ; mais Jésus vrai homme, cela m’est impossible ! Son habitude de s’adresser à tous les hommes, même aux étrangers, même aux pires pécheurs, ses discours par lesquels il nous demande d’aimer nos ennemis, de tendre l’autre joue à celui qui nous frappe… cela est inaudible, cela est impossible à vivre ! Laissons tomber l’homme, ne prenons que le Dieu ! Ben non, pas possible. De même que tu ne peux pas séparer Dieu et l’homme en Jésus, de même tu ne peux pas séparer l’Amour que tu portes à Dieu de l’Amour que tu dois porter aussi aux hommes, à tout homme que Dieu met sur ta route. Le scribe qui interrogeait ne s’y trompe pas : Fort bien Maître, tu as dit vrai ! Comme le souligne Matthieu dans sa version, toute la Loi et les prophètes sont contenus dans ce double mouvement d’un unique Amour. Ce n’est même pas une invention de Jésus ; c’est juste la répétition du catéchisme en une réponse bien concentrée, bien calibrée. Vous pouvez relire, durant les longues soirées d’hiver qui s’installent, tout le Premier Testament pour vous en rendre compte. 

            En redisant à ce scribe ce qui est fondamental et incontournable, Jésus s’adresse aussi à chacun de ces disciples ; il nous adresse cette réponse aujourd’hui. A chacun de décider ce qu’il en fait ; mais pour être disciple du Christ, même et surtout en ce temps de crise à l’intérieur de l’Eglise, c’est à ce commandement à double mouvement qu’il nous faut revenir. Nous ne pourrons jamais en faire l’économie ; nous ne pourrons jamais nous en affranchir. Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. Si nous nous en tenons à cela, plus aucun abus, d’aucune sorte, ne devient possible. A ceux qui croient cela et qui cherchent à le vivre sincèrement, il est donné à entendre la parole dernière de Jésus à ce scribe : Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. Amen.