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dimanche 27 juillet 2025

17ème dimanche ordinaire C - 27 juillet 2025

 La prière à l'école d'Abraham.




Giambattista Tiepolo (1696-1770), Abraham et les trois Anges 
(vers 1770, huile sur toile, 196 x 151 cm), 
Musée du Prado, Madrid (Espagne). Domaine public.




 

            La semaine dernière, trois visiteurs arrivaient chez Abraham, avec une promesse : ta femme, Sara, aura un fils. Aujourd’hui, nous les retrouvons, reprenant la route pour aller à Sodome et Gomorrhe, les villes abhorrées, à la réputation plus que sulfureuse. Ils ont un projet : voir si ce qu’on entend à leur sujet est vrai : Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Il n’en faut pas plus à Abraham pour réagir auprès du Seigneur et nous offrir, par la même occasion, un petit enseignement sur la prière, que je trouve assez déroutant.

             Après lecture de ce passage, ce que nous retenons le plus souvent, c’est le marchandage audacieux d’Abraham qui, pour obtenir le salut de ces villes, va partir de très bas (peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville ?) pour arriver à très haut (peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ?). Car paradoxalement, plus il abaisse le nombre de justes présents, plus il pourra sauver de monde. Je ne sais pas si Abraham savait ou pas que Loth et sa famille se trouvait là ; peut-être aurait-il osé descendre encore un peu. Il s’arrêtera donc à dix avec l’assurance de Dieu que pour dix, je ne détruirai pas. Quelques justes dans une ville immense pour que cette ville soit sauvée ! Nous mesurons l’amour de Dieu pour l’humanité à son acceptation de ce marchandage. Il aurait pu dire à Abraham de s’arrêter, que c’était indigne de lui de marchander ainsi comme on le ferait pour le prix d’un tapis. Mais non, Dieu joue le jeu ; il abaisse ses prétentions à mesure qu’Abraham s’enhardit et intercède. Et nous avons là un premier enseignement de la prière d’Abraham : ce n’est pas une prière pour lui, c’est une prière pour les autres, pour l’humanité qui se perd et qui a besoin du salut que Dieu donne. Et peu lui importe qu’une immense majorité de cette humanité ne corresponde pas aux attentes de Dieu. Abraham insiste, baisse le nombre et obtient un engagement ferme de Dieu.

             Est-ce que ma prière est à l’exemple de celle d’Abraham, tournée vers les autres qui ont besoin du salut ? Ou me ramène-t-elle sans cesse à moi, à mes envies, à mes propres désirs ? Certains vous diront qu’en matière de prière, comme en tant d’autres, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Autrement dit, demande ce qu’il te faut et que chacun fasse pareil. Celui qui ne demande rien, n’aura donc rien ! Abraham nous apprend à demander pour les autres, à porter devant Dieu notre souci des autres, et de leur salut. Vous rendez vous compte de la puissance de cette prière d’intercession ? Si je demande seul pour moi, aussi noble que soit ma demande, Dieu l’entendra, il n’y a pas à en douter. Mais si je me confie à la prière des autres, il entendra ma demande venant d’autres qui l’auront jugée légitime au point de la porter devant Dieu dans leur prière. Ce n’est pas une fois qu’il l’entendra, mais autant de fois que de personnes à qui je me suis confié. Et il entendra aussi des prières pour ceux qui ne prient jamais ou qui ne prient plus, simplement parce que j’aurai eu à cœur de les porter devant lui. La prière d’Abraham est une prière d’attention pour ceux qui ne font plus attention à Dieu ! Et ça, c’est puissant !

             Ce marchandage d’Abraham avec Dieu nous apprend une deuxième chose sur la prière du patriarche. Cette chose réside dans le motif même de ce marchandage : protéger la sainteté de Dieu. Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? … Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? Pour Abraham, ce serait l’abomination de la désolation si Dieu cessait de veiller sur le juste ! Ce serait l’abomination de la désolation si Dieu ne pardonnait pas. Pour Abraham, c’est humainement impensable que Dieu agisse comme agissent les hommes ! Dieu ne peut pas renoncer à sa sainteté pour agir comme les hommes. Dans sa justice, il doit se souvenir qu’il est Dieu. Il doit se souvenir des alliances passées avec les hommes. Il doit se souvenir qu’il est Dieu pour la vie. Certains, dans le passé, ont oublié cette leçon d’Abraham, et ont fait de Dieu un épouvantail dont les hommes devaient avoir peur, pensant que plus ils auraient peur de Dieu, plus ils s’attacheraient à lui et à vivre selon ses préceptes. Eh bien, cela n’a pas fonctionné comme prévu. Un Dieu qui fait peur ne mérite ni notre louange, ni notre respect. C’est un tyran dont il faut se détourner. La confiance en Dieu ne se construit pas sur la peur de Dieu. La confiance en Dieu ne peut se construire que sur l’amour qu’il nous porte, sur la miséricorde qu’il nous manifeste. Nous ne respectons pas la sainteté de Dieu en en faisant un épouvantail. Dieu vaut mieux que cela et les hommes méritent mieux qu’un Dieu qui fait peur. La manière dont je parle à Dieu doit refléter la manière dont je parle de Dieu aux hommes et vice-versa. Je ne peux pas parler à Dieu comme à un ami et le présenter aux autres comme celui qui sait tout d’eux, retient tout de ce qu’ils font mal pour le leur rappeler le jour où ils le verront face-à-face.

             A l’image d’Abraham, ai-je le souci de préserver la sainteté de Dieu dans ma prière et dans la manière dont je parle de lui ? Est-ce que Dieu est mon ami à moi tout seul, et le surveillant général de tous les autres ? Protéger la sainteté de Dieu dans la prière, c’est aussi accepter de ne pas l’abreuver de parole, savoir quand s’arrêter pour enfin l’écouter me parler. Protéger la sainteté de Dieu, c’est affiner ma connaissance de lui, le découvrir tel qu’il se révèle à moi et non tel que je me l’imagine. Laissons Dieu être Dieu à la manière de Dieu. Sur la croix, Jésus nous a dit cette manière de Dieu ; il va jusqu’à la mort pour le salut des hommes. La croix est le signe de Dieu tel qu’il se révèle et non tel que les hommes l’ont imaginé. Personne n’aurait imaginer que Dieu puisse s’abaisser jusqu’à la mort.

             Ne jetons pas trop vite Abraham dans les oubliettes de l’histoire sainte. Il a de belles choses à nous apprendre. En entrant dans sa prière, nous rejoindrons le chœur des anges qui chantent en permanence la gloire de Dieu et nous aurons le souci d’une prière ouverte sur les autres, ceux que nous aimons, et ceux que nous n’aimons pas assez. L’essentiel est que Dieu les aime, et qu’il aime qu’on lui parle d’eux, et qu’il aime qu’on leur parle de lui. C’est ainsi que l’Esprit peut faire son chemin dans le cœur des hommes, qu’ils peuvent se convertir et parvenir au salut. Amen.

 

samedi 24 février 2024

2ème dimanche de Carême B - 25 février 2024

 D'Abraham à Jésus : une Alliance pour révéler la gloire de Dieu.




(Le sacrifice d'Isaac, Tableau de Domenichino, Ecole italienne, 1627-1628, Musée du Prado, Madrid, Espagne)



 

 

 

            Nous poursuivons la relecture des grandes alliances proposées par Dieu à l’humanité. Après l’alliance avec Noé, voici Abraham. Le protocole d’alliance tient en deux propositions : Quitte ton pays vers la terre que je t’indiquerai ; je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel. Nous connaissons les difficultés de Sara et d’Abraham. Quand Dieu les fait partir, ils sont déjà âgés tous les deux, et Sara est stérile. Mais comme rien n’est impossible à Dieu, naît le fils de la vieillesse, l’enfant du rire, Isaac. Tout semblait aller pour le mieux, quand soudain… 

            Quand soudain, Dieu demande le sacrifice du fils unique ! Que devient la promesse d’une descendance nombreuse ? Un, ce n’était déjà pas beaucoup ; alors un sacrifié, de pas beaucoup on tombe à plus rien ! Que se passe-t-il dans la tête d’Abraham ? Que se passe-t-il dans la tête de celui qui découvre ce passage biblique pour la première fois ? Quand le lecteur ne connaît pas la fin de l’histoire, à savoir l’intervention de Dieu juste avant le geste fatidique – Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! et le bélier retenu par les cornes dans un buisson qu’Abraham va prendre et offrir en holocauste à la place de son fils – il n’a pas vraiment de sympathie pour ce Dieu qui semble reprendre sans raison celui qu’il avait accordé et qui était le premier maillon de la descendance. Bien sûr, il ne faut pas arrêter la lecture à la demande de Dieu. Mais mettez-vous un instant à la place d’Isaac qui se voit lié par son père et mis sur l’autel, par-dessus le bois. A-t-il vraiment envie de servir un Dieu qui demande la vie d’un homme, qui demande sa vie ? Les belles images qui nous rapportent l’événement semblent oublier la très probable détresse de l’enfant et ce que cela a provoqué dans son esprit. Je ne sais pas si l’odeur de la viande de bélier grillée a chassé la détresse du cœur d’Isaac ; mais ce que je sais, ce que Abraham et Isaac savent, ce que toute l’humanité sait depuis ce jour, c’est que Dieu ne veut pas la mort de l’innocent ; Dieu ne veut pas de sacrifice humain pour lui plaire. Ce refus signe la gloire de Dieu. Ce que Dieu veut, c’est l’obéissance acceptée et assumée de l’humanité. Ce que Dieu veut, c’est que l’homme craigne Dieu, non pas au sens où il en aurait peur, mais au sens où il reconnaît la gloire de Dieu, qu’il s’engage à respecter cette gloire et à vivre selon cette gloire. Celui qui entre dans l’obéissance au projet que Dieu porte pour lui, obéissance non pas servile et craintive, mais assumée et joyeuse, celui-là est récompensé au-delà de tout. Parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer. 

            Des siècles plus tard, la gloire de Dieu sera révélée en Jésus, son Fils unique, qu’il ne refuse pas pour le salut de l’humanité. Comme le dit Paul dans sa lettre aux Romains : Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné (l’ancienne traduction disait : refusé) son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Dieu reprend à son compte le geste d’Abraham et le mène à son achèvement, pour nous dire à quel point il nous aime et veut notre salut. Jésus devient l’Agneau véritable qui enlève le péché du monde en s’offrant sur le bois de la croix. Mais avant cela, il nous a révélé la gloire de Dieu qui habite en lui, lorsqu’il a été transfiguré devant Pierre, Jacques et Jean, en présence d’Elie et de Moïse, pour bien souligner qu’il accomplit parfaitement la Loi et les Prophètes. Nous comprenons alors l’urgence de répondre favorablement à l’invitation faite par Dieu lui-même : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! Pierre, et sa proposition de dresser trois tentes, avait bien compris qu’une telle splendeur, une telle clarté n’existent qu’en Dieu ! Il est la lumière dans les ténèbres de nos vies ; il est la Parole qui sauve et qui fait vivre. Si cela a été révélé par avance à ces trois disciples, cela ne sera révélé pleinement à tous qu’au matin de Pâques, quand le tombeau sera découvert vide et que la lumière de ce jour naissant nous permettra un regard nouveau sur le mystère de la croix. 

            D’Abraham à Jésus, l’alliance que Dieu veut avec nous, nous dit sa gloire éternelle pour que nous puissions la contempler d’une part, et y entrer pleinement d’autre part. Comme l’affirmait saint Irénée : La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est de contempler Dieu. Avec Abraham, entrons dans le projet de vie que Dieu nous propose ; en Jésus, contemplons le Dieu qui nous veut vivant avec lui pour l’éternité. Amen.

dimanche 24 juillet 2022

17ème dimanche ordinaire C - 24 juillet 2022

 D'Abraham, le courageux à Jésus, l'audacieux.



(Marc CHAGALL, Abraham et les trois anges, 


                Si jamais nous ne l’avions pas encore compris, les lectures de ce jour devraient achever de nous en convaincre : la Bible ne parle que d’une chose : de l’immense amour de Dieu pour nous. Le but de l’humanité, si elle avait besoin d’un but clair dans sa vie, est de découvrir la puissance et la grandeur de cet amour que Dieu lui porte. Ceci fait, elle devra choisir entre courage et audace, entre une attitude d’ami de Dieu et une attitude de Fils de Dieu. 

            L’extrait du Livre de la Genèse nous raconte la suite de la rencontre entre Abraham et ses visiteurs aux chênes de Mambré. L’annonce de la naissance d’un fils n’était donc pas le seul motif de cette visite. Une autre mission attend ces hommes : voir si la conduite [de Sodome et Gomorrhe] correspond à la clameur venue jusqu’au Seigneur. Quelque chose dysfonctionne là-bas, et il s’agit de comprendre quoi. Il n’est pas dit, à ce moment-là de l’histoire, que Dieu menace de détruire ces villes. Il envoie ces hommes vérifier une rumeur, une clameur. Abraham comprend cependant qu’il se joue quelque chose de plus grand qu’une simple inspection. Remarquez comme sa proximité avec Dieu le rend capable de comprendre la gravité de la situation. Il est le premier à s’approcher de Dieu pour évoquer le pire : Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne pardonneras-tu pas à toute la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? Remarquez aussi qu’Abraham n’envisage pas simplement de permettre aux cinquante justes éventuels de quitter la ville ; quelle que soit le motif de la clameur au sujet de Sodome et Gomorrhe, c’est la ville qu’Abraham veut sauver, pas juste les cinquante : Ne pardonneras-tu pas à toute la ville ? 

Remarquez aussi le motif utilisé par Abraham pour faire fléchir Dieu : Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de toi d’agir ainsi. Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? Il renvoie Dieu à sa sainteté, il renvoie Dieu à sa miséricorde, il renvoie Dieu à son sens de la justice. Puisqu’il est le Très-Haut, le Très Saint, le Très Miséricordieux, le Très Juste, il ne saurait s’humilier à faire quelque chose qui lui porterait atteinte ! Qui voudrait d’un Dieu qui ne soit pas saint ? Qui voudrait d’un Dieu qui ne soit pas miséricordieux ? Qui voudrait d’un Dieu qui ne soit pas Juste ? Dieu se range aux arguments d’Abraham : Si je trouve cinquante juste dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. Abraham ne semble pas satisfait de la réponse ; il ose un marchandage courageux avec Dieu : Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? Il abaisse la limite qu’il avait initialement indiquée, modestement d’abord (peut-être en manquera-t-il cinq !), puis, le courage aidant toujours un peu plus, deux fois par tranche de cinq, et trois fois par tranche de dix, jusqu’à cette ultime réponse de Dieu : Pour dix, je ne détruirai pas. Abraham n’ira pas plus bas ; il estime qu’il a effectué son travail ; il a plaidé, il sait qu’il doit s’arrêter là. Aller plus loin serait manquer de respect à Dieu ; aller plus loin serait manquer de considération pour la Sainteté de Dieu ; aller plus loin serait considérer sans prix la Miséricorde de Dieu, aller plus loin serait déprécier la Justice de Dieu. Abraham ne portera pas atteinte à son amitié avec Dieu. Il savait quand commencer les négociations ; il sait aussi quand les finir. 

            Il faudra à l’humanité des siècles pour qu’un autre reprenne les négociations et aille là où Abraham n’avait pas osé : Et s’il n’y en avait qu’un, de Juste ? Ce négociateur-là, Dieu lui-même l’a envoyé. C’est Jésus, son Fils, le seul Juste, qui s’est livré pour les pécheurs que nous sommes. Abraham avait achevé à dix ; Jésus se présentera seul devant Dieu, sur la croix, pour le salut de l’humanité entière. Ce que l’ami ne pouvait faire, seul le Fils pouvait l’accomplir. Seul le Fils de Dieu pouvait dire à Dieu : si tu veux sauver l’humanité, prends-moi ! Si tu veux sauver l’humanité, ne sacrifie ni ta Sainteté, ni ta Miséricorde, ni ta Justice, mais sacrifie-moi ! Ecoutez bien ce que dit Paul aux Colossiens : Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix. Un, livré et cloué à la croix pour tous, pour que tous puissent vivre par un. C’est tout le sens du baptême que nous recevons : Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec le Christ et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Le courage de l’ami Abraham lui avait permis de sauver Lot et sa famille ; l’audace du Fils Jésus lui a permis de sauver l’humanité entière, pas seulement celle de son époque, mais tous les hommes, à travers le temps et l’histoire, jusqu’à ce que l’Histoire soit pleinement accomplie et que Dieu soit tout en tous. 

            Devant Dieu, avons-nous pour nos frères et sœurs en humanité le courage d’Abraham ou oserons-nous avoir l’audace de Jésus, l’audace des Fils de Dieu que nous sommes par notre baptême ? Ce serait déjà bien d’avoir le courage d’Abraham et d’oser demander à Dieu ce que nous estimons juste et pour nos frères et sœurs en humanité et pour la sainteté de Dieu. Mais avoir l’audace d’un Fils, c’est croire qu’il n’y a pas de péché assez grand que Dieu ne saurait pardonner, qu’il n’y a rien d’assez fou que Dieu ne saurait réaliser par amour pour les hommes. Avoir l’audace d’un Fils, c’est croire que Dieu peut tout, que sa Miséricorde est inépuisable et que son Amour est infini. Avoir l’audace d’un Fils, c’est croire que nous pouvons tout demander à Dieu et qu’il nous l’accordera. Osons demander à Dieu ; il accordera. Osons chercher auprès de Dieu ; nous trouverons en lui. Osons frapper à sa porte ; il nous ouvrira. Parce que depuis le sacrifice de Jésus sur la croix, quand Dieu regarde les hommes, il voit son Fils, il voit Jésus et son amour pour nous. 

            L’eucharistie qui nous rassemble nous fait faire mémoire de ce sacrifice unique de Jésus sur la croix. La communion au Corps et au Sang du Christ nous unit à Jésus et le rend présent à notre vie. Laissons-le venir à nous ; laissons-le transformer notre vie. Et nous serons, comme lui, des Fils audacieux, portant au cœur le salut de tous les hommes, qu’ils soient puissants ou misérables, croyants ou non. L’amour que Dieu nous porte, acceptons-le et portons-le à tous. Amen.

samedi 27 février 2021

2ème dimanche de Carême B - 28 février 2021

 Dieu lui-même rend la vie des hommes plus belle.


(Marc CHAGALL, Le sacrifice d'Isaac, 1960-66, Musée National Marc Chagall, Nice)


        L’invitation que je nous adresse depuis le début du Carême à rendre notre vie plus belle est renforcée aujourd’hui par l’attitude de Dieu lui-même qui, le premier, intervient pour sublimer la vie des hommes.

 

            Voyez Abraham. Avec sa femme Sarah, il avait atteint un grand âge sans avoir d’enfant. En l’appelant à marcher vers la terre qu’il lui donnerait, Dieu lui avait fait la promesse d’une descendance nombreuse. Elle a commencé avec l’enfant de la promesse, Isaac. Tout semblait donc bien parti. Mais voilà que Dieu réclame à nouveau cet enfant : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. Drôle de manière d’embellir la vie d’Abraham et de Sarah, me direz-vous ! Pas trop vite, l’histoire ne fait que commencer. Mais c’est le moment de nous interroger tous : qu’aurions-nous fait à la place d’Abraham ? Aurions-nous renvoyé Dieu, son appel et sa promesse, en disant : là tu vas trop loin ? Ou nous serions-nous engagés comme Abraham, sur la voie de l’obéissance, quoi qu’il en coûte ? Pour nous éviter un texte trop long, la liturgie a retranché du texte les versets 3 à 8. Et c’est bien dommage, parce que nous aurions entendu, entre autres, ceci :  Isaac dit à son père Abraham : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? »  Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils. » Et ils s’en allaient tous les deux, ensemble. Est-ce juste pour rassurer Isaac qu’il répond ainsi ou parce qu’il sait déjà, au fond de lui, que Dieu est fidèle à sa promesse et que cette demande est davantage un test qu’une réelle demande de la part de Dieu ? La suite lui donnera raison : L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. » Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à ce lieu le nom de « Le-Seigneur-voit ». On l’appelle aujourd’hui : « Sur-le-mont-le-Seigneur-est-vu. » Du ciel, l’ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham. Il déclara : « Je le jure par moi-même, oracle du Seigneur : parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, et ta descendance occupera les places fortes de ses ennemis. Abraham a donné sa confiance à Dieu, il écoute la voix de son Dieu, il obéit à sa Parole, et il s’en trouve récompensé. La vie de tous les hommes s’en trouve embellit, puisqu’il est communément admis qu’en cet épisode réside le refus, par Dieu, de tout sacrifice humain, pratique pourtant courante à l’époque, dans de nombreux peuples.

 

            L’intervention de Dieu en faveur de la vie des hommes, en faveur d’une vie plus belle pour tous les hommes, ne s’arrête pas là. Il nous faut entendre Paul qui affirme : Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Pour que la vie de l’homme soit une vie libre, une vie belle, il ne réclame rien aux hommes, il donne ! Il donne son Fils unique, qui ira à la mort pour nous ouvrir à la vie de Dieu. En Jésus, il ne donne pas un peu, il ne donne pas qu’à quelques-uns : en Jésus, il donne tout à tous. Tous ceux qui l’accueillent, tous ceux qui écoutent son Evangile et en vivent, se voient offrir une vie à la dimension de la vie de Dieu ; une vie libre de tout mal, une vie libérée du Péché et de la Mort. Cette vie, Jésus l’avait révélée, avant sa mort, à Pierre, Jacques et Jean, lorsqu’il les a emmenés, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne il fut transfiguré devant eux. L’apparition de Elie et Moïse avec qui Jésus s’entretenait renvoie à deux réalités, me semble-t-il. D’une part, il y a un renvoi à la fidélité de Dieu à son Alliance, Jésus s’inscrivant dans une continuité de la Loi (représentée par Moïse) et des Prophètes (représentés par Elie) ; d’autre part, il y a un renvoi à la nécessité de l’obéissance à cette Parole de Dieu livrée aux hommes jusqu’à maintenant dans la Loi et les Prophètes, et désormais aussi livrée en Jésus lui-même, Verbe fait chair. La voix dans la nuée confirme le rôle irremplaçable de Jésus : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! A qui veut une vie plus belle sont indiquées la voie (v.o.i.e) et la voix (v.o.i.x) à suivre et à écouter. Ceux qui suivent et écoutent, partageront cette vie transfigurée que Jésus révèle à Pierre, Jacques et Jean, parce que c’est bien à une vie de ressuscité (une vie debout, une vie relevée) que nous sommes appelés. La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; la vie de l’homme, c’est de contempler Dieu, disait Saint Irénée de Lyon.

 

            Cette contemplation de la gloire de Dieu, c’est notre plus belle récompense ; c’est ce qui comble tous les manques de notre vie. C’est cette contemplation de Dieu qui nous permet, dès maintenant, d’écouter le Christ et de le suivre sur ce chemin d’une vie plus belle que Dieu nous offre, en attendant de pouvoir le regarder face-à-face, quand cette gloire promise sera notre réalité. Rendons grâce à Dieu qui nous appelle à une vie toujours plus belle en Jésus, mort et ressuscité. Il est la meilleure assurance que cette vie est possible. Amen.

lundi 26 février 2018

02ème dimanche de Carême B - 25 février 2018

Dieu nous donne tout !







Poursuivant notre route vers Pâques, nous découvrons un autre aspect fondamental de notre foi dans la question que pose Paul dans la lettre aux Romains : Comment (Dieu) pourrait-il, avec lui (avec Jésus), ne pas nous donner tout ? Paul ne fait que reprendre une intuition qui traverse toute l’Ecriture : Dieu, en faisant alliance avec l’homme, s’engage totalement et donne à l’homme tout ce qui lui est nécessaire pour vivre. Dieu donne tout à l’homme. Il ne retient rien, il ne refuse pas son aide à l’homme. En Dieu, tout est grâce, don gratuit pour celui qu’il a créé à son image et à sa ressemblance. 
 
Abraham, le Père des croyants, va faire l’expérience de ce don absolu à travers son fils Isaac. C’est le fils de la vieillesse, le fils qui n’était plus espéré et que Dieu a donné au temps fixé par lui. Elle avait bien ri, la vieille Sara, quand elle avait surpris les visiteurs près du chêne de Mambré annoncer à son époux que dans un an, ils auraient un fils. Sans doute ignorait-elle encore que Dieu serait fidèle à sa promesse, et qu’il ne refuserait rien à ceux qui croiraient en lui. Pour que la promesse faite à Abraham de devenir père d’une multitude se réalise, il lui faut un descendant : Dieu le donnera. Aussi pouvons-nous être surpris d’entendre, quelques années après, ce même Dieu réclamer à nouveau ce fils promis, tant attendu. Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. Nous ne savons rien des sentiments qui traversent l’esprit d’Abraham à ce moment précis. Le texte entendu ce matin laisse seulement entrevoir l’obéissance d’Abraham et sa promptitude à accomplir ce que Dieu demande. Et au moment où il va frapper son fils, voilà que Dieu intervient à nouveau pour rendre ce fils aimé à son père obéissant. Abraham avait-il compris qu’en donnant tout à ce Dieu qui lui avait tout donné, il ne perdrait rien et obtiendrait plus encore ? Parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer. 
 
Dieu donne tout ! N’est-ce pas aussi l’expérience que font Pierre, Jacques et Jean sur la montagne de la transfiguration, quand Dieu leur révèle en avant-première, la gloire qui est celle de Jésus ? Avant les événements tragiques de la Passion, au cours desquels Dieu donnera tout en livrant Jésus, il donne à ces trois disciples de son Fils, son unique, celui qu’il aime, la vision de sa gloire à venir et la certitude qu’en Jésus, c’est bien Dieu qui parle et agit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! Dieu leur donne ainsi la clé de compréhension des événements à venir. Elle se trouve dans l’écoute de Jésus. Quand bien même Jésus ne sera plus là avec eux, ils auront toujours les paroles qu’il aura prononcé durant sa vie terrestre et le souvenir de ce moment sur la montagne pour retrouver confiance et espérance au moment-même où leur monde se sera écroulé. 
 
Dieu donne tout, y compris sa vie en Jésus, pour que les hommes puissent vivre libres, véritablement libérés du Mal et de la Mort. Dieu donne tout, et l’homme gagne la vie éternelle. Dieu donne tout, et l’homme peut retrouver l’image de Dieu dans sa propre vie. Dieu donne tout, et l’homme est appelé à l’imiter. Comment ne pourrions-nous pas à notre tour donner tout à celui qui ne nous a rien refusé ? Tout donner à Dieu consiste peut-être juste à ne donner qu’à lui notre foi, à ne placer qu’en lui notre espérance, à ne vivre qu’une charité à la hauteur de l’amour de Dieu pour nous. Dieu donne tout ; sommes-nous prêts à accueillir tout ce qui vient de lui ? Sommes-nous prêts à vivre de ses dons ?
 
 
(Dessin de M. LEITERER)

samedi 6 août 2016

19ème dimanche ordinaire C - 07 août 2016

La vie de foi, une vie en tension.






Nous reprenons, et pour quatre semaine, la lecture de la lettre aux Hébreux. Un écrit difficile à appréhender pour beaucoup, mais qu’il ne faudrait pas pour autant mettre de côté. Le passage que nous venons d’entendre en seconde lecture, est tout à fait fondamental ; il nous permet de comprendre ce qui fait l’unité de nos textes sacrés et la continuité de l’œuvre du salut entreprise par Dieu depuis l’appel d’Abraham jusqu’à son merveilleux accomplissement en Jésus Christ. 
 
Deux mots caractérisent la démarche d’Abraham : la promesse et la foi. La promesse, c’est l’engagement de Dieu envers ce vieillard qu’il appelle et met en route ; il aura une terre, il aura une descendance innombrable. Pourtant, nous dit l’auteur de la lettre aux Hébreux, Abraham vint séjourner en immigré dans la Terre promise, comme en terre étrangère ; il vivait sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse, car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte. Bien qu’il soit arrivé au lieu promis, il vit dans l’attente constante d’un ailleurs encore à acquérir. Ce n’est pas un manque de foi qui l’empêche de reconnaître, dans cette terre où il arrive, la Terre promise. Il a bien conscience d’être sur la terre que Dieu lui a promise ; mais il sait aussi qu’elle n’est qu’une image de la vraie Terre promise qu’il attend encore. Sa foi lui fait donc entrevoir que ce bout de terre n’est qu’un avant-goût de la réalisation pleine et entière de la promesse faite par Dieu. C’est bien cela qui lui permet d’offrir son fils unique en offrande à Dieu lorsque le sacrifice d’Isaac est réclamé, parce qu’il sait, dans sa foi, que Dieu peut tout dans cette Terre attendue, même ressusciter les morts. Abraham montre bien ce qu’affirme l’auteur de la lettre au début du chapitre 11 : la foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. A partir d’une promesse, Abraham s’est mis en route ; par sa foi, il a vu ce qu’il espérait et qu’il ne verrait que par-delà la mort (le Royaume de Dieu) ; son espérance lui a donné de vivre comme s’il y était déjà. 
 
Ce sont cette même promesse et cette même foi qui traversent tous les textes bibliques, l’Ancien et le Nouveau Testament et qui font leur unité. Abraham et sa descendance sont bien nos pères dans la foi. Matthieu ne s’y trompe pas, lui qui inaugure son évangile par la généalogie de Jésus, montrant bien ainsi la continuité entre la foi d’Israël et la foi chrétienne. Cette dernière ne se substitue pas à la première, elle la prolonge, et pour nous chrétiens, elle l’accomplit parfaitement. En Jésus, la promesse faite à Abraham, et toutes les promesses contenues dans le Premier Testament, sont accomplies, réalisées en ce fils unique, mort et ressuscité. Il reste maintenant à ces promesses de se réaliser dans nos propres vies. Avec Abraham, nous sommes héritiers des promesses ; comme Abraham, nous avons à vivre dans la foi et l’espérance de leur accomplissement. Certes, Jésus a déjà vaincu la mort et le péché une fois pour toutes ; mais nous vivons dans la tension que cette réalité s’accomplisse désormais en nous. Marqués par le péché et la mort, nous devons vivre dans la foi (posséder cette vie éternelle que nous espérons encore) pour que parvenions, nous aussi, au Royaume où Dieu nous attend. La victoire est à nous, en Jésus, premier-né d’entre les morts : c’est une certitude. Mais cela ne nous dispense pas de livrer le bon combat et participer ainsi pleinement à cette victoire. Nous ne sommes, nous aussi, que des étrangers et des voyageurs sur cette terre, en attendant de parvenir à la Jérusalem nouvelle où Dieu sera tout en tous. Comme Abraham, nous avons notre pèlerinage à accomplir sur cette terre. 
 
Notre foi, ce n’est pas d’abord quelques mots prononcés au cours de la messe ; notre foi, c’est d’abord un art de vivre, tendu vers un monde toujours à attendre, tendu vers un Christ toujours à accueillir, tendu vers des frères toujours à servir et à aimer. Toute notre eucharistie est vécue dans cette tension : nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. Un jour, nous la vivrons dans la gloire du Royaume. En attendant ce jour, vivons dans la certitude d’être sauvés, vivons en nous revêtant chaque jour de la bonne tenue : celle du service et l’amour de tous. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)

dimanche 24 juillet 2016

17ème dimanche ordinaire C - 24 juillet 2016

A l'école d'Abraham et de Jésus...





Il est surprenant, ce dimanche du temps ordinaire qui aborde la prière sans jamais vraiment dire comment faire. Nous aurions sans doute aimé un vrai traité sur la prière, donné de manière exhaustive, pour que nous sachions enfin comment faire au quotidien. Un discours du style : premièrement, pour prier, il faut… deuxièmement, n’oubliez pas de… enfin, troisièmement, songez à… Mais non, rien de tout cela. A la place d’un discours sur la prière, nous avons l’exemple de deux priants : Abraham et Jésus. 
 
Il est surprenant, Abraham, quand Dieu lui confie son projet au sujet des villes de Sodome et Gomorrhe ! Elles n’ont pas bonne réputation ; la clameur au sujet de Sodome et Gomorrhe est grande ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Même Dieu en est incommodé au point de décider d’aller voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à lui. Nous comprenons bien que cela ne peut plus durer ainsi. Dieu envoie donc ses messagers pendant qu’il s’entretient avec Abraham à ce sujet. Le Père Markowitz, dominicain, qui prêchait la retraite à laquelle je participais cette semaine, nous expliquait la nécessité de cet entretien entre Dieu et Abraham, en nous rappelant que la vocation d’Abraham était d’être une source de bénédiction pour tous les peuples. Ce sont les termes de l’alliance fondamentale entre Dieu et Abraham ; si donc Dieu n’entretenait pas Abraham de son dessein pour Sodome et Gomorrhe, il romprait de lui-même l’alliance qu’il a conclue avec son serviteur. Ce n’est qu’en l’avertissant de ce qu’il entend faire, qu’Abraham peut exercer sa vocation. On comprend donc aussi son marchandage avec Dieu. Malgré la rumeur qui court sur ces deux villes, Abraham entend jouer sa part de l’alliance : être pour ses villes source de bénédiction, autant que cela est possible. Ce qui nous vaut cette belle prière d’Abraham qui intercède pour ces peuples. 
 
Elle est surprenante, cette prière, qui ressemble davantage à un marchandage ; mais elle a un but précis. Non pas tant d’abord de détourner Dieu de son dessein que de préserver Dieu lui-même. Pour Abraham, Dieu ne peut pas agir comme si la justice n’avait pas d’importance, comme si le juste devait mourir avec le coupable, comme si le droit pouvait être bafoué par Dieu, sans conséquence. Abraham n’intervient pas pour les villes, mais pour les justes qui pourraient s’y trouver, pour ceux qui ne sont pas coupables de cette clameur qui monte vers Dieu. Quelle image Dieu donnerait-il de lui s’il ne faisait pas de différence entre le juste et le méchant ? Et Abraham de commencer sa litanie : Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville…Peut-être sur les cinquante en manquera-t-il cinq… Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ?… Peut-être s’en trouvera-t-il seulement trente ?... Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ?... Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? Abraham a fait preuve de hardiesse ; il s’arrêtera là, à dix. Pour laisser à Dieu un espace, pas beaucoup (10), mais suffisant pour que Dieu puisse accomplir sa volonté (Père Markowitz). Si Abraham nous apprend que nous pouvons tout oser dans notre prière, même ce qui semble n’être qu’un vulgaire marchandage, il nous apprend aussi qu’il faut savoir s’arrêter à temps par respect pour Dieu, par respect pour sa liberté. Abraham a tout tenté, il a abaissé considérablement le seuil fatidique ; le reste, c’est entre Dieu et les habitants de ces cités. S’il avait poursuivi plus bas encore, il aurait été inconvenant. En prière, tout est question de bonne mesure, semble-t-il ! 
 
Elle est surprenante, la question que les disciples adressent à Jésus, car enfin, membres du peuple que Dieu s’est choisi, ils savent prier, ils participent à la prière de leur peuple, au temple ou à la synagogue. Pourtant, ils veulent plus ; ils veulent que Jésus leur apprenne à prier comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. La prière n’est donc pas neutre. Elle identifie celui qui la prononce. Les disciples de Jean prient de telle manière, les disciples de Jésus prieront comme Jésus le leur apprendra. Pour être tout à fait clair, si tu pries comme Jésus l’apprend à ses disciples, tu es donc toi aussi un disciple de Jésus ! On ne dit pas une prière par hasard ; elle traduit notre foi, notre espérance, notre appartenance. Et prier comme Jésus l’a appris à ses disciples, c’est prier le Notre Père. C’est bien là la réponse de Jésus à la demande de ses disciples : Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. Nous dirons tout à l’heure la version liturgique de cette prière, qui est le minimum requis pour se dire chrétien. Il n’y a rien de plus dramatique pour un célébrant que de se retrouver face à une assemblée qui ne saurait plus dire cette prière qui nous identifie comme disciples de Jésus. Ce serait le début de la fin de l’Eglise ! Ce qui compte donc, ce n’est pas tant la méthode que le contenu de la prière ; notre prière doit s’inscrire dans la prière de Jésus. Lorsque nous disons le Notre Père, nous nous unissons à la prière du Christ dans la première partie de la prière, et nous nous conformons à son enseignement dans la seconde partie. Avec Jésus, nous reconnaissons la sainteté de Dieu et notre désir de le savoir connu par tous les hommes ; selon l’enseignement de Jésus, nous demandons ensuite pour nous le pain quotidien, le pardon et la libération du Mal. En fait, nous pourrions dire que Jésus nous demande de le demander lui, à Dieu notre Père : Jésus n’est-il pas le pain qui nous nourrit, la source du pardon offert et celui qui, par sa mort et sa résurrection, nous délivre du Mal ? 
 
A l’école d’Abraham et de Jésus, osons nous mettre en prière. Osons nous présenter devant Dieu, lui confiant nos soucis, nos joies, nos peines, et ceux et celles de nos frères en humanité. Nos chants n’ajoutent rien à ce qu’est Dieu, mais ils nous rapprochent de lui, par le Christ, notre Seigneur. C’est par lui que toute prière doit être présentée devant Dieu ; c’est par lui que nous obtenons toute grâce de Dieu. Amen.

jeudi 25 février 2016

02ème dimanche de Carême C - 21 février 2016

Acte 2 de la miséricorde : écouter et faire confiance.






Le combat spirituel que nous livrons durant ce temps de Carême nous entraîne bien au-delà d’un simple affrontement avec le Mal. Autrement dit, il ne suffit pas d’affronter le Mal et de le repousser hors de nos vies pour mener ce combat à son terme. Il s’agit aussi et surtout d’accepter que notre vie soit placée sous le signe de la Parole de Dieu, une Parole sans cesse à accueillir, à reprendre et à laquelle nous devons faire confiance, absolument. 
 
Que serait devenu Abraham sans cette confiance et cette écoute de la Parole de Dieu qui s’adressait à lui ? Avec Abraham, nous apprenons que Dieu veut entrer en Alliance avec l’homme. Cette Alliance est source d’une promesse de vie pour l’éternité. La descendance promise à Abraham, malgré son grand âge, est le gage de cette vie éternelle. C’est une vie qui est appelée à ne s’arrêter jamais. Elle se poursuivra de génération en génération pour peu que l’homme reste fidèle à l’Alliance, fidèle à Dieu, à l’écoute de sa Parole. Abraham est reconnu juste devant Dieu parce qu’il lui fait confiance : Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste. Abraham est l’homme qui croit sur parole, sans preuve préalable. Un fils, une descendance sans fin, c’est le résultat de sa foi et non le préalable. Il n’attend pas que Dieu réalise sa promesse pour croire en lui ; il accorde foi à Dieu d’abord. 
 
C’est à cette même confiance que sont appelés les disciples qui contemplent la gloire de Jésus au jour de sa transfiguration. Nous sommes sur le chemin de la Pâque. Jésus a annoncé à ses disciples pour la première fois qu’il allait être livré, souffrir et mourir pour la première fois. Il leur a fait comprendre qu’ils avaient eux-aussi à prendre leur croix chaque jour pour le suivre authentiquement. Pierre, Jacques et Jean se souviennent-ils de tout cela, huit jours après, lorsque Jésus les prend avec lui sur la montagne pour prier ? Font-ils le lien entre l’annonce de sa mort et la gloire qu’ils contemplent là, en présence de Moïse et d’Elie ? Ou ont-ils déjà oublié cette annonce de la mort de Jésus pour ne vivre que ce moment irréel et merveilleux à la fois ? Nous ne le saurons jamais, mais l’injonction de la voix du Père qui se fait entendre (Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le !) et la deuxième annonce de la Passion qui suivra le lendemain, me laisse croire qu’une certaine confusion règne dans l’esprit des disciples. Comment Jésus peut-il être à la fois cet homme qui partage la gloire de Dieu et celui qui va mourir, livré à la folie des hommes ? La voix du Père nous invite, comme elle a invité jadis Abraham, à la confiance. Avec Dieu, nous ne maîtrisons pas tout de tous les événements que nous vivons. Le maître de la vie, c’est lui. Nous devons l’écouter et lui accorder notre confiance, sachant qu’il ne veut que le meilleur pour nous. L’Alliance faite à Abraham et la promesse de vie qui l’accompagne est pour toujours et Jésus la portera à son accomplissement en acceptant d’aller librement à la mort pour que nous puissions vivre. Seule une écoute attentive de la Parole de Jésus peut nous faire comprendre ce paradoxe ; seule une grande confiance en lui pourra nous faire passer de la mort bien réelle de Jésus à sa vie retrouvée, ressuscitée au matin de Pâques. Le combat spirituel que nous avons entrepris est aussi le combat d’une écoute attentive et d’une confiance sans limite à celui que Dieu a envoyé pour récapituler toutes choses. Dans la mort et la résurrection de son fils unique, Dieu fait miséricorde à tous les hommes. 
 
Nous goûterons pleinement à cette miséricorde en accueillant sa Parole, et en lui accordant notre confiance sans exiger de preuve ou de signe. Dieu veut notre salut ; Dieu veut notre vie ; ce sont là des certitudes. Réjouissons-nous de cette miséricorde offerte gratuitement et répandons autour de nous cette bonne nouvelle. Amen.

samedi 28 février 2015

02ème dimanche de Carême B - 01er mars 2015

Dieu fait alliance avec l'homme pour que l'homme soit heureux !




C’est une très ancienne histoire que nous raconte le livre de la Genèse : l’histoire de l’alliance entre Dieu et l’homme. Une alliance commencée à la création, recommencée avec Noé, pour que les hommes vivent libres et heureux. Et lorsqu’un jour Dieu fait alliance avec Abraham, voici que cette alliance de bonheur prend visage : le visage de ce fils qui manquait à Abraham pour asseoir sa descendance et réaliser ainsi la promesse de Dieu : tu seras le Père d’une multitude
 
Ce fils donc, Dieu l’offre : y a-t-il plus beau cadeau que celui d’une descendance ? Plus beau cadeau que de savoir que sa propre vie va se poursuivre dans la mémoire des enfants ? Ainsi naît Isaac, l’enfant de la promesse, l’enfant-cadeau de ce Dieu qui fait alliance. Nous imaginons sans peine la joie de ce vieillard à la naissance du fils tant attendu. Mais voilà, le même Dieu qui avait promis l’enfant, le même Dieu qui avait assuré Abraham d’une descendance, ce même Dieu lui réclame à nouveau la vie de cet enfant. Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. Cruel, direz-vous ! Volonté de Dieu, répond Abraham, qui suit à la lettre les instructions de Dieu. Faut-il être insensible pour agir ainsi ? Ou faut-il au contraire avoir une grande foi en ce Dieu qui s’est déjà manifesté Dieu de l’impossible ? Dieu veut-il réellement le sacrifice de ce fils aimé ? Abraham ne se pose pas de question. Dieu demande, Abraham obéit : Me voici est l’unique parole qu’Abraham sache dire à son Dieu. Grand bien lui fasse ! Son obéissance lui vaut une joie plus grande encore que la naissance de son fils : la joie d’entendre son Dieu lui dire qu’il ne veut pas de sacrifice humain ; la joie d’entendre son Dieu renouveler sa promesse et ses bénédictions pour sa famille. Parce qu’il a fait confiance à Dieu, Abraham vivra heureux ; parce qu’il a fait confiance à Dieu, Abraham sera comblé, avec toute sa famille.
 
Lorsque Paul nous parle de cette alliance de Dieu, il nous dit cette proximité de Dieu au monde des hommes. Une proximité telle, que rien ne peut nous atteindre. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? L’alliance de Dieu est plus que jamais solide ; l’alliance de Dieu est plus que jamais faite pour le bonheur de l’homme. En Jésus, Dieu a délivré l’homme de la mort et du péché. Il lui a donné la victoire sur tout ce qui s’opposait au bonheur des hommes, tout ce qui limitait l’homme, tout ce qui l’enfermait dans sa condition pécheresse. Par la mort et la résurrection de Jésus, les portes de la vraie vie se sont ouvertes. Pour Paul, le bonheur que nous recherchons se trouve donc en Dieu, et en Dieu seul. Plus rien ne peut attenter durablement au bonheur de l’homme qui sait que Dieu est de son côté, selon sa promesse. 
 
Cette promesse de Dieu, Pierre, Jacques et Jean en ont été les témoins privilégiés sur la montagne de la transfiguration. Pendant un instant, ils ont vu Jésus tel qu’il est, dans toute sa gloire. Un moment unique pour leur redonner courage quand viendront les jours de la passion. Un moment unique et une invitation : celui-ci est mon fils bien-aimé : écoutez-le ! Autrement dit, en Jésus, c’est Dieu qui parle aux hommes, comme il le faisait jadis avec Abraham, comme il le fera encore par les prophètes et par la Loi : la présence de Moïse et d’Elie en atteste. Mais Jésus est plus grand que tous les prophètes, plus grand que Moïse, puisque Dieu le reconnaît comme son fils. Comme jadis avec Abraham, l’alliance prenait le visage d’Isaac, la nouvelle alliance de Dieu prend le visage singulier de Jésus ; elle s’écrit dans les gestes et les paroles de Jésus. Connaître Jésus, confesser son nom, écouter sa parole et en vivre : voilà qui nous introduit aujourd’hui, avec certitude, dans cette alliance de Dieu avec les hommes, alliance signée dans le sang de la croix pour notre vie et notre joie. 
 
Aujourd’hui encore, nous sommes invités à écouter Jésus, le fils unique de Dieu. Aujourd’hui encore, nous sommes invités à faire de sa parole le cœur de notre vie, le cœur de notre action. Lorsque nous proclamons notre foi, chaque dimanche, après l’écoute de la Parole de Dieu, c’est bien pour dire notre volonté d’intégrer cette parole, de lui être fidèle et d’en vivre. Nous disons que nous croyons qu’il y a un chemin de vie et de bonheur dans cette parole entendue. Nous disons que nous croyons que cette parole, qui invite à l’amour, au partage, au respect, est le seul chemin possible pour les hommes de vivre en paix, de vivre heureux. 
 
Depuis Abraham, le Père des croyants, jusqu’à Jésus, le Crucifié, Dieu fait alliance avec nous, parce qu’il nous veut vivants, libres et heureux. Ne trahissons pas son alliance en utilisant sa Parole pour nous opposer, voire nous combattre. Mais honorons cette alliance en répandant sa Parole de paix et de pardon, promesse de bonheur pour tous et toujours. Amen.
 
(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)



samedi 27 décembre 2014

Sainte Famille - 28 décembre 2014

Au cœur de la Sainte Famille, il y a la foi !




Qu’y a-t-il de commun entre le couple formé par Abraham et Sara et le couple formé par Marie et Joseph ? La question vous semble inintéressante ? Pourtant, si la liturgie de cette fête de la sainte Famille nous les présente tous deux, c’est bien qu’il y a quelque chose qui les rapproche malgré les siècles qui les séparent ! 
 
Abraham et Sara : deux vieillards, sans enfants, à qui Dieu fait une promesse : ils auront un fils dans leur vieillesse et ce fils sera le premier d’une multitude ! Dieu promet et Abraham croit. Sa foi lui vaut d’être le père de tous les croyants. Il est l’ancêtre de Jésus, le premier d’une longue lignée qui mène au Sauveur que nous avons accueilli dans la nuit de Noël. La généalogie de Jésus que nous lisons durant le temps de l’Avent en atteste. 
 
Marie et Joseph, un couple plus jeune, qui accueille l’enfant que Dieu se donne. Ils ont cru en la parole de Dieu, ils ont laissé Dieu agir dans leur vie. Et le Oui de Marie, renforcé par le Oui de Joseph, permet le miracle de Noël. Et Dieu lui-même se fait enfant. Aujourd’hui nous retrouvons Marie et Joseph et l’Enfant, au Temple, à Jérusalem, pour l’accomplissement des rites liés à la naissance. Leur foi les a poussés à accepter le projet d’amour de Dieu pour eux, et à travers eux, pour l’humanité tout entière. Leur foi aujourd’hui, les pousse à respecter la loi de Dieu et à offrir à Dieu le sacrifice prescrit. 
 
Au Temple, un autre couple entre en jeu : Syméon et Anne. Ils sont de cette longue famille initiée par Abraham et Sara ; ils représentent toutes celles et tous ceux qui attendent la consolation d’Israël. Ils ont des paroles mystérieuses qui annoncent le destin de cet Enfant venu de Dieu. Ils représentent celles et ceux qui se conforment à Dieu et sont ainsi capables d’accueillir son envoyé et de voir le salut que Dieu prépare pour toutes les familles de la terre. Ils croient tous deux les prophéties données par Dieu à travers l’histoire de leur peuple et ils reconnaissent, en ce nouveau-né, celui que Dieu envoie pour les accomplir. Syméon reconnaît qu’il est au seuil d’un temps nouveau : Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller, en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face de tous les peuples. 
 
Abraham et Sara, Marie et Joseph, Syméon et Sara : trois couples qui ont au cœur de leur vie la foi au Dieu vivant et vrai. Ils sont tous de cette sainte famille que Dieu se construit à travers le temps et l’histoire. Et à notre tour, nous sommes invités dans cette sainte famille, invités à croire que Dieu peut tout, même l’impossible comme cela fut dit à Abraham et Sara, invités à croire que Dieu vient consoler son peuple comme le chante Syméon, invités à croire que Dieu seul est digne de louange comme le proclame Anne, invités à croire que Dieu entre dans nos vies en Jésus pour servir son peuple, pour sauver son peuple comme cela fut dit à Marie et Joseph. La fête de la sainte Famille ne renvoie à nos familles que pour en souligner la foi qui doit les unir, les faire grandir et vivre. Voulons-nous entrer dans cette sainte Famille et accueillir Dieu en chaque instant de notre existence ? Voulons-nous être de cette sainte Famille et vivre le projet d’amour de Dieu pour nous ? Voulons-nous être de cette sainte Famille et laisser Dieu être le tout de notre vie ? Alors redisons à Dieu notre oui, proclamons notre foi, à temps et à contre-temps, à l’exemple d’Abraham et Sara, de Syméon et Anne, de Marie et Joseph et accueillons le salut qu’il nous offre en Jésus, le seul Sauveur, le seul Seigneur, aujourd’hui et dans les siècles des siècles. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

jeudi 13 mars 2014

02ème dimanche de Carême A - 16 mars 2014

Vivre son baptême, c'est entrer dans le projet de Dieu.



Pourquoi baptisons-nous ? Quel sens cela a-t-il de poser, souvent encore au début d’une vie, un acte tel que le baptême ? Les réponses sont surprenantes lorsque la question est posée aux parents qui s’adressent à nous pour leur enfant. Nous n’évitons bien sûr pas l’incontournable tradition familiale, ni le souci d’une protection au cas où… Mais l’Eglise, qu’en dit-elle du baptême ? Que fait-elle lorsqu’elle propose ce sacrement ? Une des réponses se trouve dans la liturgie de ce jour ; chaque texte entendu nous en parle à sa manière. Être baptisé, vivre son baptême, c’est entrer dans le projet de Dieu. 
 
La première lecture nous dit trois chemins pour y entrer. Je les conjuguerai ainsi : quitter – risquer – accepter. Quitter, comme Abraham a su quitter son pays, sa terre pour entrer dans une nouvelle terre, promise par Dieu. Quitter sa terre, c’est sortir de soi, de ses habitudes, de son confort pour se lancer sur la route de la foi. Il n’a pas de carte, le Père Abraham lorsqu’il prend la route. Il a juste une parole : « Pars de ton pays, va où je te montrerai ». Avez-vous pensé au courage qu’il a fallu pour, à son grand âge, partir ainsi. Pour lui, c’est une nouvelle vie qui commence. Être baptisé, c’est entrer ainsi dans une nouvelle manière de concevoir la vie ; c’est sortir de soi pour suivre quelqu’un que l’on ne connaîtra jamais totalement, mais qui nous invite à la confiance. 
 
Il y a donc nécessairement une part de risque. L’homme ne quitte pas ce qu’il a pour une promesse, sans risquer un peu. Et si la promesse ne se réalisait pas ? Celui qui invite à partir est-il digne de confiance ? Pour Abraham, c’est une voix entendue qui le pousse sur la route ! Le risque que prend Abraham, c’est le risque de la foi, le risque de l’obéissance dans la foi. Voilà bien quelque chose qui fait bondir aujourd’hui. Et pourtant, c’est bien à cela qu’est appelé le baptisé. A risquer l’obéissance dans la foi. Nous devons apprendre à nous laisser conduire par Dieu, ne sachant pas toujours ce qu’il attend de nous, ni où il veut nous mener. C’est croire la parole qu’il nous dit, c’est faire confiance sur la seule certitude que le projet de Dieu pour nous, c’est notre vie ! Dieu nous veut vivant et heureux, avec lui : d’où cette possibilité de prendre le risque de l’obéissance dans la foi. Si le projet de Dieu était autre chose qu’une vie de bonheur, nous pourrions et nous devrions nous y dérober. Pour le baptisé, le vrai bonheur ne se trouve qu’en Dieu, avec Dieu. En écoutant sa Parole, en lui faisant confiance, nous pouvons avancer dans la vie, construire un avenir solide : Dieu nous y encourage. Dieu nous y accompagne. 
 
En quittant notre confort pour marcher à la suite de Dieu, en risquant le pari de la foi, nous acceptons alors la bénédiction qu’il nous offre. En fait, nous pouvons prendre le risque de tout quitter parce que Dieu s’engage à nos côtés. Par le baptême, nous nous engageons peut-être vis-à-vis de Dieu ; mais Dieu s’engage sûrement dans notre vie. Il nous promet sa présence, il nous offre son Esprit Saint et nous pouvons vivre alors en baptisés, libres de toute contrainte, sûrs d’être aimés de manière unique, forts de la protection de Dieu. Accepter cela, accepter d’être béni de Dieu, c’est prendre notre part dans cette alliance et nous engager à vivre selon la Parole qui nous est dite au jour de notre baptême : tu es mon Fils, mon bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour !  
 
Si nous cherchons alors une réponse à « pourquoi vivre selon ce que Dieu attend de nous », la deuxième lecture vient à notre secours et nous indique l’unique raison valable. Ce ne sont pas nos mérites, mais l’œuvre de salut entreprise par Dieu en Jésus, mort et ressuscité. Nous sommes appelés par Dieu à vivre ; nous sommes sauvés par Dieu en Jésus Christ. En clair, nous n’avons rien fait et nous n’avons rien à faire pour mériter le salut, pour mériter la vie. Dieu nous offre tout cela en Jésus, mort et ressuscité. Et nous entrons dans ce salut en vivant selon l’Esprit du Christ, selon la parole qu’il nous a laissée. Nous sommes appelés par Dieu parce que c’est son projet de nous sauver. Nous devenons fils et filles de Dieu parce qu’il le veut ainsi. Dieu n’oublie pas qu’il a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. En Jésus, il se donne les moyens de restaurer en nous cette image que le péché avait altérée et il nous offre à nouveau de vivre en lui, par lui et pour lui. Gratuitement ; par grâce ! Pouvons-nous refuser un tel cadeau ? 
 
Pour les plus sceptiques, l’Evangile devrait achever de dissiper toute crainte. Nous pouvons faire confiance à Jésus, nous pouvons nous fier à lui parce qu’il est le Fils unique et véritable de ce Dieu qui nous appelle. Si la voix de Dieu nous semble lointaine et inaccessible, la voix du Christ se fait proche. Il est devenu l’un de nous pour que nous puissions approcher Dieu et le reconnaître présent au cœur de notre vie. La transfiguration de Jésus vient nous redire, au moment où il annonçait sa passion, qu’il est bien celui qu’il prétend être. Et les événements à venir (son arrestation, son procès et sa mort) ne doivent pas nous effrayer, ni nous convaincre que les promesses de Dieu sont annulées. Au contraire, il nous faut entendre, dès maintenant, l’annonce de sa résurrection et contempler sa gloire à venir, pour rester fermes et poursuivre sur la route que Dieu nous propose. La mort du Fils en croix ne signifie pas que nous avons eu tort de croire en la vie que Dieu nous propose ; la mort de Jésus ne signifie pas que nous avons eu tort de faire confiance et de nous risquer sur le chemin de l’obéissance. Rien n’est fini. Au contraire, tout commence. La Loi et les prophètes sont accomplis en Jésus. Leur présence autour de Jésus à la transfiguration en atteste. Baptisés, nous faisons le bon choix lorsque nous orientons notre existence à la boussole de la Parole de Dieu. Elle indique toujours la route de la vie en plénitude. 
 
N’ayons pas peur de vivre en baptisés ! Risquons-nous sur les chemins de la foi : Dieu nous y précède. Il nous veut heureux et libres. Puissions-nous, au long de ce carême, redécouvrir son projet d’amour pour chacun de nous et y entrer joyeusement. Notre bonheur nous est offert ; notre vie en est grandie. C’est ce que fait l’immense amour de Dieu pour nous. Amen.

vendredi 22 février 2013

02ème dimanche de Carême C - 24 février 2013

Croire avec Abraham, c'est faire confiance à une Parole.


Poursuivant notre marche vers Pâques, le chemin du Carême nous permet de croiser la route des grands croyants de notre histoire, qu’ils soient des repères éminents de la Première Alliance ou de la Nouvelle Alliance, signée en Jésus Christ. Ainsi, en ce deuxième dimanche de Carême, c’est la figure d’Abraham qui est donnée à notre méditation. A sa suite, nous croyons en Dieu.

Parmi tous les personnages de la Première Alliance, Abraham reste l’un des plus connus. D’abord à cause de son statut : il est reconnu comme le Père des croyants, puisque tant les Juifs, que les Musulmans et les Chrétiens, reconnaissent en lui le premier qui a cru en Dieu. Les grandes religions monothéistes parlent de lui et l’honorent. Il est déjà âgé lorsqu’il prend la route à la demande de Dieu, sans rechigner, sans chercher à comprendre. Yahvé dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je t’indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom ; sois une bénédiction… Abram partit, comme lui avait dit Yahvé (Gn 12, 1.2.4a). Cette obéissance à une parole est sans doute la grande caractéristique de la foi d’Abraham. Dieu parle, lui écoute et fait. Cela peut sembler simpliste, mais c’est ainsi. Nous retrouvons cela dans le texte entendu en première lecture : le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. Puis il le fit sortir au-dehors et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Telle sera ta descendance. » Abraham eut foi dans le Seigneur, et le Seigneur le déclara juste (Gn 15, 5-6). Avec Abraham, nous pouvons parler d’une évidence de la foi. A 75 ans passés, il ne s’interroge pas sur le pourquoi du comment ; Dieu lui dit quelque chose et Abraham croit. Comme j’aimerais que nous ayons quelquefois cette évidence de la foi, cette simplicité de croire en réponse à la parole de Dieu entendue.

Parce que tout est là : dans la parole que Dieu lui adresse à chaque instant. C’est plus qu’une parole même, c’est une promesse que Dieu lui fait. Dieu ouvre un avenir à un homme âgé qui n’en a plus, à vue humaine, et pourtant cet homme y croit. Jamais il ne mettra en doute la parole du Seigneur. Dieu lui demande de tout quitter : il se met en route. Dieu lui promet une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel : il y croit. Dieu lui demande le sacrifice de son fils, son héritier : il prend ce qu’il faut, se met en route et dresse l’autel du sacrifice. Sans cesse, la parole de Dieu lui est adressée, exigeante, quelquefois rugueuse ; sans cesse Abraham donne suite, avec foi : Dieu pourvoira, dit-il à Isaac qui s’inquiète de ne pas voir d’agneau pour le sacrifice ! Abraham aura une terre, il aura un fils, il aura une grande descendance : nous en sommes les témoins. Nous sommes les héritiers de la promesse faite par Dieu à Abraham. Nous sommes les descendants d’Abraham.

Des siècles plus tard, après bien des promesses, après bien des rejets de Dieu par les hommes à qui il ne cesse de s’adresser, une nouvelle parole est donnée : Jésus, le Fils unique de Dieu, entré dans le monde pour le salut des hommes. A travers lui, Dieu parle encore aux hommes comme il avait jadis parlé à Abraham. Dieu lui-même en atteste quand il invite les disciples de son Fils à l’écouter, au moment de sa transfiguration : Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! (Lc 9, 35b). Ils sont invités par Dieu lui-même à entrer dans cette attitude fondamentale de la foi, l’attitude d’Abraham : écouter et croire. Il n’y pas de foi possible sans écoute de la parole ; il n’y a pas de foi possible sans obéissance à cette parole. Il n’y a pas de foi possible sans cette confiance primordiale. Jésus lui-même, à la suite d’Abraham, partage cette écoute de Dieu et cette obéissance à la parole de Dieu ; il le fera au degré le plus haut possible, puisqu’il ira, par obéissance, jusqu’à la croix, jusqu’au don ultime de sa vie. D’Abraham à Jésus, le sens de la foi n’a pas changé : écouter Dieu, vivre de ce qu’il nous dit, vivre comme il nous le dit. Là se trouve le bonheur, là se trouve la vraie vie, là se trouve le salut !

En ce temps de Carême, puisse Abraham, Père de tous les croyants, nous aider à entrer dans cette attitude fondamentale. Puisse-t-il nous aider à écouter mieux ce que Dieu nous dit. Toute sa vie nous enseigne la puissance de l’écoute et de l’obéissance. Toute sa vie nous dit la fidélité de Dieu à sa parole et la réalisation de ses promesses. C’était vrai du temps d’Abraham, c’est vrai encore aujourd’hui, par Jésus, le Sauveur. Puissions-nous le découvrir et en vivre vraiment. Amen.
 

(Image tirée de Traversées, Dites-le avec des bulles, Centre National de l'Enseignement Religieux)