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vendredi 14 août 2026

Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2026

 Le Magnificat, chant d'une victoire annoncée ! 







 

            Quand l’Eglise proclame le dogme de l’Assomption, elle n’a pas besoin de faire œuvre de grande explication auprès des hommes : ce qu’elle proclame, le peuple le croit depuis des siècles. C’est même la foi du peuple chrétien qui en quelque sorte « oblige » l’Eglise à proclamer l’Assomption de la Vierge Marie, reconnaissant ainsi que Dieu s’exprime avec force par ces petits qui depuis toujours ont compris que Marie, la Mère de Jésus, n’avait pas pu connaître la dégradation du tombeau, mais qu’elle avait été appelée corps et âme dans la gloire de Dieu. La foi chrétienne ayant, pour les croyants, un sens, il ne pouvait pas en être autrement. Ce qui se joue, dans ce dogme, c’est l’espérance de tout un peuple et la certitude que le Puissant fit [en Marie d’abord, mais pour nous tous aussi encore] des merveilles.

Les textes qui nous parlent de Marie étant rares, la liturgie de cette solennité nous fait entendre l’évangile de la Visitation, c'est-à-dire un épisode du commencement de ce qui deviendra l’histoire de Jésus. Ce n’est pas le tout-premier (celui de l’annonciation), mais le deuxième, qui le suit immédiatement et qui nous vaut cette belle prière de Marie que l’Eglise reprend tous les jours dans l’office du soir, le Magnificat. Si nous l’interprétons d’abord comme un cantique programmatique de ce que sera la vie de l’Enfant qui grandit dans le sein de Marie, le fait de le proclamer aujourd’hui, nous le fait entendre comme le chant de l’accomplissement de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais. Les trois premiers versets de ce cantique annoncent ce que Dieu réalise et que nous célébrons aujourd’hui. Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Qui peut douter que Marie n’est pas la première aujourd’hui à chanter Dieu, alors qu’elle retrouve son Fils Jésus dans sa gloire ? Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse : c’est le contenu même de la foi du peuple de Dieu qui a toujours reconnu l’humilité de Marie et qui, dès le début de l’Eglise, a vu la place éminente qui était la sienne dans l’histoire du Salut. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! La dernière merveille que Dieu réalise pour la Vierge, c’est justement de préserver de la corruption du tombeau, [celle] qui a porté dans sa chair [son] propre Fils et mis au monde d’une manière incomparable l’auteur de la vie (Préface de l’Assomption). 

Avec cette dernière merveille, c’est tout le projet de Dieu pour l’humanité qui est redit et célébré. Parce que ce qui est désormais réalité pour Marie, est appelé à devenir notre réalité. Nous sommes appelés à la gloire du ciel. C’est le projet de Dieu depuis la Création : avoir auprès de lui un collaborateur, un partenaire d’Alliance fiable. Marie l’a été toute sa vie durant. Elle, fille d’Eve comme nous, nous démontre qu’il est possible de vivre de cette Alliance. Nous ne servons pas un Dieu sans mémoire ; nous ne servons pas un Dieu ingrat. Nous servons un Dieu qui nous veut avec lui chaque jour et pour l’éternité. En appelant Marie dans sa gloire, il nous est rappelé que c’est là notre destinée, que c’est là notre espérance. Oui, la miséricorde [de Dieu] s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, sur nous donc. Marie n’est pas une exception ; elle est le modèle du croyant qui choisit de suivre le Christ. Nous pouvons relire ainsi la préface de la messe Sainte Marie, modèle de l’Eglise qui nous fait chanter : Dans ton immense bonté, tu as donné à l’Eglise un modèle de culte parfait dans la Vierge Marie. Elle est, en effet, la Vierge qui écoute : elle accueille avec joie ta parole et la médite dans le silence de son cœur. Vierge en prière, elle exalte ta miséricorde dans son cantique de louange, elle intercède en faveur des époux à Cana, elle se joint à la prière unanime des Apôtres. Et la préface de la messe Sainte Marie, mère de l’Eglise nous fait chanter notre espérance et le rôle de Marie dans celle-ci : Elevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Eglise de son amour maternel dans sa marche vers la patrie jusqu’au jour de la venue glorieuse du Seigneur. A travers sa vie fidèle, Marie oriente toute vie vers ce que Dieu a promis à son peuple : le retour glorieux de Jésus et notre participation à sa gloire. Et ceci est fondamental parce que Marie n’a jamais fait que nous donner Jésus et de nous le montrer toujours. Elle nous montre le chemin vers lui, mais s’efface devant lui. Par son Assomption, Marie ne devient pas plus que nous ; elle devient ce que nous sommes tous appelés à devenir : des vivants dans la gloire du Dieu qu’ils ont servi. 

L’Eglise a raison de se réjouir aujourd’hui et de célébrer celle qui nous précède dans la gloire, parce qu’elle nous a précédée dans la foi. Elle a raison de chanter le cantique de Marie, chant d’une victoire annoncée. Puisse l’exemple de la Vierge faire grandir notre foi et notre espérance, et nous parviendrons, comme elle, à la gloire du Royaume où Dieu nous attend. Amen. 


jeudi 14 août 2025

Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie - 15 août 2025

 Il se souvient de son amour.





(Tableau de Francesco GRANACCI, Assomption de la Vierge Marie, 
réalisé entre 1517 et 1519, pour la chapelle des Médicis, 
église San Piero Maggiore, Florence)


 

            Chaque année, la fête de l’Assomption nous donne d’entendre le cantique de la Vierge qui chante l’œuvre de Dieu pour son peuple. Ce chant est repris par l’Eglise chaque jour dans l’office des vêpres. Il y a un verset qui m’intéresse particulièrement aujourd’hui alors que nous célébrons l’entrée de Marie dans la gloire de Dieu, parce qu’il nous souligne un aspect de l’œuvre de Dieu aussi bien qu’un aspect du caractère de Marie. Ce verset, c’est le suivant : il se souvient de son amour.

             Il suffit de lire l’intégralité du Magnificat pour découvrir l’œuvre de Dieu pour l’humanité et son amour privilégié pour les humbles, ceux qui le craignent et tout son peuple Israël. A qui voudrait approfondir cette découverte, il faudrait alors tourner les pages de la Bible pour découvrir les alliances successives de Dieu et comment toujours il se souvient de son amour. Même quand il décide de laver la terre à grandes eaux au moment du déluge, il se souvient encore de son amour et sauve Noé et les siens, ainsi que des représentants de toutes les espèces animales. Parvenu aux dernières pages de notre Bible, un chrétien ne pourrait que conclure qu’il n’y a pas de limite à l’amour de Dieu pour nous et que toujours, vraiment, il se souvient de son amour. Même quand les hommes ont osé l’impensable, à savoir la mise en croix de l’Innocent, Dieu encore fait preuve d’amour, non seulement en ressuscitant son Fils Jésus, mais aussi en permettant que ce sacrifice serve au salut de tous, à la fois ceux qui étaient témoins de cette tragédie et ceux qui viendraient à la vie dans les siècles à venir. Et nous voici, au premier quart du vingt-et-unième siècle, à bénéficier toujours et encore de ce salut, par le sacrifice unique du Christ, dont nous faisons mémoire en cette eucharistie. La fête de l’Assomption de Marie n’est pas que le signe de l’amour de Dieu pour son humble servante, mais pour nous tous. Ce qui advient de Marie nous concerne effectivement puisque c’est une annonce claire de ce qui nous attend : une vie d’éternité dans le Royaume de Dieu, non pas parce que nous l’aurions mérité, mais parce que Dieu se souvient de son amour et nous offre de vivre auprès de lui, avec son Fils, avec Marie, et la foule nombreuse de ceux que nous appelons les saints.

             En cette fête de l’Assomption, nous pouvons décliner ce il se souvient de son amour au féminin. Parce que Marie, à l’image de Dieu, s’est toujours souvenu de l’amour que Dieu lui a manifesté quand il l’a choisie pour être la Mère de son Fils. Voyez dans l’évangile de Luc cette mention faite plusieurs fois : Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Elle ne perd rien de ce que l’amour de Dieu fait pour elle ; et elle s’en souviendra quand la jeune communauté croyante va grandir après Pâques. Elle transmettra ce qu’elle sait de son Fils, ce qu’elle a vécu avec lui pour que cela parvienne encore à nos oreilles aujourd’hui. Au terme de la vie terrestre de Marie, Dieu se souvient de son amour, se souvient de son humble servante, et l’appelle dans sa gloire sans qu’elle ait eu à connaître la dégradation du tombeau. Celle qui était sans péché et qui, par son oui, a rendu l’humanité capable d’accueillir Dieu, ne pouvait pas juste suivre le chemin ordinaire de notre humanité parvenue à son terme. Puisqu’elle a vécu toute sa vie dans le souvenir de l’amour de Dieu pour l’humanité, et qu’elle a permis à celle-ci de rencontrer face à face le Fils de Dieu, elle accèdera à la gloire de son Fils, sans passer par la tombe. Quand Dieu se souvient de son amour, de grandes choses sont possibles pour nous.

             Ce qui m’amène à vous proposer de faire un pas de plus. Nous avons vu qu’avec Marie, nous pouvions mettre cette phrase au féminin. Il nous faut maintenant envisager de la mettre aussi à la première personne : je me souviens de son amour. En tous les cas, nous devrions nous exercer à la vivre ainsi. Parce que si Dieu se souvient de son amour pour nous, il serait juste et bon que nous gardions mémoire de ce que l’amour de Dieu fait pour nous ; pas seulement en reprenant le Magnificat avec toute l’Eglise, mais en étant capables de l’illustrer par des moments de notre vie. Cela nous oblige à ne pas être des enfants ingrats qui profitent de l’amour de Dieu mais jamais n’en font mémoire. L’Eglise le fait à merveille dans sa prière, notamment à travers les préfaces qui ouvrent chacune de nos liturgies eucharistiques.  La préface, c’est cette prière que le prêtre dit au nom de l’assemblée et qui commence ainsi : Vraiment, il est juste et bon, pour ta gloire et notre salut, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, Seigneur, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant. Si l’on prend les 74 préfaces proposées dans l’année, qu’on y ajoute celles des messes rituelles (ordinations, mariages, enterrements, les préfaces du missel des messes de la Vierge Marie) et quelques particulières, nous dépassons la centaine d’occasions de nous souvenir de l’amour de Dieu pour nous, puisque chaque préface nous fait chanter une merveille que Dieu fait pour nous par amour. Si la préface est réservée au prêtre pendant la messe, rien ne nous empêche de prendre l’habitude de prier avec ces beaux textes au long de l’année pour redire à Dieu que, s’il se souvient de son amour, nous aussi nous voulons nous en souvenir et le remercier de nous aimer autant.

             En prenant exemple sur Marie, qui chante les merveilles de l’amour de Dieu pour nous, apprenons à nous souvenir que Dieu nous aime. Apprenons à le remercier pour cet amour. Apprenons à noter les merveilles que Dieu fait concrètement pour nous. Cela ne fera peut-être jamais une préface officielle de la prière de l’Eglise ; mais ces souvenirs de ce que l’amour de Dieu fait pour nous aujourd’hui, constitueront notre part à la louange que nous devons à Dieu qui nous aime ainsi. En cette fête de l’Assomption, que monte au ciel avec Marie, notre merci pour tout ce que Dieu fait, lui qui nous appelle à partager sa gloire, simplement parce qu’il nous aime et non parce que nous l’aurions mérité. Amen.

lundi 14 août 2023

Assomption - 15 août 2023

 Le Magnificat : hymne de la confiance que Marie met en Dieu.




 (Source : 15 août : Fête de l’Assomption (catholique.fr)

 

 



            Puisque nous ne sommes qu’au deuxième jour après dimanche, faisons le pari que nous avons encore en tête l’apostrophe de Jésus à ses disciples lorsque, le voyant marcher sur l’eau, ils eurent peur. Il leur disait alors (laisser aux gens le temps de répondre…) : Confiance ! C’est moi ; n’ayez plus peur ! Confiance : c’est bien à cela que Jésus nous invite tous ; et la fête de l’Assomption vient justement mettre sous nos yeux le résultat de cette confiance : une vie pour toute éternité avec Dieu. Marie est bien celle qui a fait confiance, de manière absolue, et qui est appelée aujourd’hui à partager la gloire de son Fils, mort et ressuscité. 

            La plus belle expression de cette confiance réside, me semble-t-il, dans le Magnificat, le chant de Marie, lors de sa visite à sa cousine Elisabeth, que l’évangile de cette solennité nous a donnés de réentendre. Après avoir exprimée toute sa joie profonde (Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !), elle égrène les motifs de sa confiance : Il s’est penché sur son humble servante, le Puissant fit pour moi des merveilles ; sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Les premiers motifs de la confiance que nous devons avoir vis-à-vis de Dieu, c’est cette certitude qu’il intervient pour nous, qu’il ne nous laisse jamais seul. Son amour pour nous est si grand qu’il s’exprime en miséricorde, en capacité infinie à nous pardonner. Ceux qui ont confiance en Dieu savent que leur péché n’est que peu de chose face à l’immensité de l’amour miséricordieux du Père. 

Mais Marie ne s’arrête pas là : dans l’expression de sa confiance en Dieu, elle invite ceux qui jouent aux puissants à la conversion en les avertissant (il disperse les superbes, il renverse les puissants de leurs trônes, renvoie les riches les mains vides). Il nous faut entendre ces paroles comme un avertissement et non comme un jugement déjà prononcé, parce que la miséricorde s’étendra à eux aussi s’ils reviennent de cette conduite ; sa miséricorde est pour nous lorsque nous abandonnons des manières de vivre qui blessent la fraternité universelle que Dieu veut nous voir vivre. En même temps, Marie chante comment Dieu intervient pour les petits : il élève les humbles, il comble de biens les affamés, il relève Israël son serviteur. Ceux dont l’art de vivre correspond au projet de Dieu, mais aussi ceux qui n’ont rien, Dieu ne les oublie pas ; il sait les récompenser, pas plus tard, mais dès maintenant. Tout le chant de Marie est au présent ! Dès le moment où, par Marie, il choisit d’entrer dans le monde, ce renversement s’effectue. L’homme blessé est sauvé, l’homme tombé est relevé ; l’homme suffisant, autocentré, est averti : s’il ne change pas, il sera défait. 

            Si l’Eglise a choisi de reprendre cette page d’Evangile au moment même où elle célèbre l’entrée dans la gloire de Marie, c’est peut-être bien pour nous redire le sens ultime de notre vie. Nous sommes faits pour la vie avec Dieu dès ici-bas et pour la vie en Dieu par-delà notre mort. Mais ce destin ne s’accomplit qu’au prix d’une conversion et d’une fraternité véritable. Marie entre dans la gloire de Dieu parce qu’elle a fait confiance, en toute chose, au projet inimaginable de Dieu pour tous les hommes ; en Jésus, il n’offrirait pas seulement son salut à son peuple, mais à tous les hommes. Marie entre dans la gloire de Dieu parce que, la première, elle a été véritablement disciple de celui qu’elle allait offrir au monde. Sans l’avoir encore vu, sans l’avoir encore entendu, elle a cru que l’enfant qui grandissait en son sein serait le Sauveur du monde, et dans le Magnificat, elle exprime déjà ce que sera le message de ce Fils à naître. Sa disponibilité à Dieu lui a fait entrevoir toute la richesse de la Bonne Nouvelle que son Fils annoncera. Elle ne l’a pas rêvée ; elle y a cru et elle nous l’a dit.  Dans sa prière, Marie nous donne toutes les raisons qu’elle a de croire en Dieu et de se mettre à son service. Tout ce qu’elle exprime, elle le tire de l’expérience de foi du peuple auquel elle appartient. 

Alors puisque chaque fête liturgique n’est pas seulement le souvenir d’un événement fondateur, mais une invitation à approfondir notre foi et à la vivre toujours mieux, il nous revient aujourd’hui de croire Marie quand elle exprime sa foi dans cette belle prière. A nous de suivre, comme Marie, ce chemin de confiance ; à nous maintenant de dire aux autres, au nom du Christ venu parmi nous, sa Bonne Nouvelle du Salut. A nous de vivre cette Bonne Nouvelle avec celles et ceux que Dieu met sur notre route. A nous maintenant, en prenant exemple sur Marie, de faire de notre vie, un chant de louange à la gloire de Dieu qui nous a donné Jésus. Aujourd’hui nous chantons avec Marie son cantique de louange, son cantique de confiance. Mais quelle parole contiendrait notre propre Magnificat ? Que dirions-nous aux autres de ce que Dieu fait pour nous ? N’ayons pas peur de composer notre propre Magnificat, forts de notre expérience de foi. Je n’ai nul doute que Marie chantera avec nous l’hymne de notre vie, l’hymne de notre confiance en Dieu lorsqu’il nous fera partager la gloire de son Royaume. Amen.

samedi 12 décembre 2020

3ème dimanche de l'Avent B - 13 décembre 2020

Notre Dieu est le Dieu qui nous invite à la joie véritable.


(Tableau de Sieger Köder)


Soyez toujours dans la joie ! Cette invitation de Paul aux chrétiens de Thessalonique prend une coloration toute particulière, me semble-t-il, en cette année où nos vies sont bouleversées par la pandémie qui met nos vies entre parenthèses depuis neuf mois déjà et sans doute encore pour quelques temps. Les recommandations faites pour les fêtes de Noël, fêtes heureuses par essence, contrarient cet appel à la joie, du moins la restreignent aux quelques heureux que nous aurons le droit d’inviter. La déprime et l’angoisse grandissante qui gagnent une part non négligeable de la population ne favorisent guère ce sentiment de joie profonde. Bien au contraire ! 

Pourtant, nous devons plus que jamais faire entendre cet appel. Il est fondamental, parce qu’il est l’appel de Dieu adressé à toute l’humanité. La Bonne Nouvelle qui est au cœur de notre foi est une Nouvelle heureuse, une Nouvelle qui rend la joie au peuple qui marchait dans les ténèbres.  Quand Dieu vient à la rencontre de l’homme, ce n’est pas pour être un embêtement de plus. Quand Dieu vient à la rencontre de l’homme, c’est pour le conduire à cette joie que nul ne pourra lui enlever. La joie de Dieu n’est ni une mièvrerie, ni un peu d’eau sucrée pour faire passer la potion amère de nos vies atrophiées. Non, la joie de Dieu pour nous est la joie véritable, celle qui fait exulter le psalmiste. L’origine de cette joie, c’est la reconnaissance de tout ce que Dieu a fait et ne cesse de faire pour l’homme. Le Magnificat, dont nous avons chanté un extrait après la première lecture, est un bel exemple de cette joie qui prend aux tripes et qui jaillit comme un cri de bonheur à la face du monde. Dans son cantique, Marie n’a rien inventé ; elle se situe simplement mais réellement, dans l’expérience millénaire de son peuple, avec une conscience aigüe que c’est Dieu qui mène la barque, Dieu qui veille sur chacun, en particulier les plus petits, les plus pauvres. La Bonne Nouvelle du Salut, c’est la Justice restaurée, c’est l’homme, tout homme, rendu à sa dignité. 

En ces jours difficiles que nous vivons, c’est toujours de cette même joie que nous devons témoigner. Pour la partager, il faut d’abord peut-être en être habité. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ venu dans le monde pour notre salut, est-elle une vraie Bonne Nouvelle pour nous ? Nous ouvre-t-elle à cette joie, même en ce temps particulier de restrictions sociales ? La prudence dont nous devons faire preuve pour lutter contre le virus et éviter sa propagation n’a rien à voir avec la peur panique qui a envahi certains de nos contemporains ; la prudence n’a rien à voir non plus avec le fait de s’isoler, de se couper du monde. Prendre de la distance, ce n’est pas couper les ponts. Chrétiens, héritiers de cette joie libératrice qu’annonçait déjà le prophète Isaïe, nous ne pouvons nous laisser aller à la désespérance devant l’incertitude de notre époque. Plus que jamais, nous devons demander à Dieu la grâce de tenir fermes dans la foi, la grâce de savoir reconnaître encore les signes de sa venue et de sa présence au milieu de nous, la grâce d’en témoigner résolument et joyeusement. Plus que jamais, nous devons être les relais de cette présence auprès des plus fragiles pour qui ce Noël risque d’être encore plus triste et plus difficile que les précédents. 

Nous pouvons prendre exemple sur le prophète Isaïe. En l’écoutant parler de la mission qui lui est confiée en un temps difficile pour son peuple, nous pouvons ressentir chez lui une joie contagieuse. Ce qu’il doit annoncer le rend lui-même profondément heureux d’abord : je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. La joie de Dieu, ce n’est pas quelques bons mots ; la joie de Dieu à transmettre, c’est une vie transformée : les cœurs brisés seront guéris, les captifs délivrés, les prisonniers libérés, une année de bienfait accordée. N’est-ce pas ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui ? Nous entendre dire que notre vie sera transformée pour quelque chose de mieux ? La joie que Dieu nous invite à vivre, a quelque chose à voir avec la confiance que nous plaçons en lui. Si nous ne croyons plus qu’il puisse toujours quelque chose pour nous, alors le Salut annoncé n’est plus une Bonne Nouvelle, et la joie à venir loin d’être une réalité. Comme Isaïe, nous avons été saisis par l’Esprit de Dieu. Cet Esprit fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois. En célébrant notre foi, en proclamant la Bonne Nouvelle du Salut, en la vivant au quotidien, nous accueillerons toujours plus cette joie de Dieu et nous en serons les témoins auprès de tous. 

En cette période particulière de notre vie, soyons pour nos proches, en famille, au travail, dans notre quartier, de ceux qui rayonnent de cette joie de Dieu. Soyons les témoins et les relais de la Bonne Nouvelle du Salut que Dieu réalise en son Fils Jésus Christ. Il a fait des merveilles pour nous ; il en fera encore. Isaïe, Marie et Jean le Baptiste en ont été les témoins pour leur époque ; soyons-en les témoins authentiques pour aujourd’hui. Amen. 

vendredi 14 août 2020

Assomption - 15 août 2020

 Avec Marie, disons notre "Fiat" et notre "Magnificat".





En cette année si particulière, marquée par une crise sanitaire sans précédent qui n’en finit pas de durer, tous les grands pèlerinages sont suspendus par souci de l’autre, par crainte de la maladie. D’où cette opération « Lourdes en Alsace » que notre archevêque nous propose de vivre en ce quinze août, fête de l’Assomption de Notre Dame. A cette occasion, dans le souci d’une démarche réellement diocésaine, Mgr Christian Kratz, évêque auxiliaire, propose deux homélies au choix. Je vais vous en partager une, celle qui nous rappelle que Marie est la figure de tout croyant, appelé à dire à sa suite son « Fiat » et son « Magnificat ». Voici donc le texte de cette homélie. 

            « En cette fête de l’Assomption, notre regard et notre cœur se tournent vers Marie. Arrêtons-nous quelques instants auprès de celle qui a permis à Dieu d’habiter la terre des hommes. Elle est pour nous un repère, un modèle, un signe fort de ce que Dieu veut faire avec chacune et chacun d’entre nous. En effet, notre vocation chrétienne est fondamentalement mariale : il nous faut, comme elle, accueillir l’Esprit de Dieu pour qu’il féconde notre vie, pour que Dieu puisse prendre corps en nous, que nous puissions vivre de sa présence et le donner aux autres. 

            Pour être à la hauteur du projet de Dieu et prendre notre part à la mission de l’Eglise, trois conditions sont nécessaires, trois conditions que Marie a pleinement remplies. 

            Première condition : on ne peut donner que ce que l’on a ! Donc pour donner Dieu au monde, pour en témoigner, il faut en vivre passionnément. Marie était tout habitée de Dieu avant même l’Annonciation ; elle était une de ces pauvres de Dieu éternel et vrai que nous présente la Bible. Dès son plus jeune âge, elle a appris à connaître Dieu, à le fréquenter, à l’écouter, à lui parler. C’est à cela que nous aussi sommes appelés : considérer que Dieu est quelqu’un, un vivant qui se donne à nous pour que nous nous donnions à lui, un vivant qui veut nous faire vivre et nous communiquer son bonheur. Dieu n’est ni une théorie abstraite, ni un principe immuable, ni un code de morale, ni même une habitude. Dieu n’est pas obligatoire ! Dieu est vie ; Dieu est amour ; et le fréquenter, c’est aimer et c’est vivre ! Nombre de baptisés confirmés s’ennuient avec le Bon Dieu parce qu’ils n’ont pas compris que la foi est d’abord une histoire d’amour, une formidable histoire d’amour que Dieu ne cesse de tisser avec chacune et chacun d’entre nous, conjuguant sa grâce qui se donne et notre liberté qui accueille. Renouons avec un désir plus fort de fréquenter les Ecritures, de mieux connaître le Seigneur, de nous mettre un peu plus à son écoute et à son école. 

            Deuxième condition : Marie n’est pas une espèce de météorite qui serait tombée du ciel. C’est une fille d’Israël, membre d’un peuple qui a reçu la Révélation et qui est chargée d’être, au milieu des nations, le signe de la transcendance, de l’unicité et finalement de l’amour de Dieu. Marie, membre d’un peuple ! C’est de ce peuple qu’elle a tout reçu, et c’est à ce peuple qu’elle a tout donné. Oui, Marie est membre du peuple d’Israël et membre éminent du nouveau peuple de Dieu, du nouvel Israël qui a jailli, qui s’est constitué le jour de la Pentecôte ; c’est pour cela que nous vénérons Marie comme Mère de l’Eglise, Mère de ce peuple en marche vers l’accomplissement de son espérance. Cela veut dire qu’il n’y a pas de foi qui ne soit fondamentalement ecclésiale. La foi des chrétiens est ecclésiale ou elle est bancale. C’est parce qu’elle était membre d’un peuple que Marie a pu remplir sa mission et qu’elle a pu répondre « fiat » et « magnificat » à l’Annonciation. 

            Nous aussi, nous sommes membres d’une communauté, d’une Eglise, d’une paroisse. Je sais bien que parfois, c’est un peu lourd à porter, que l’Eglise n’est pas à la hauteur, qu’elle a des défauts… Evidemment qu’elle a des défauts, puisque ce sont les nôtres, les miens, les vôtres, les défauts de chacune et de chacun ; mais l’Eglise n’est pas sainte à cause des membres qui la constituent, mais parce que Dieu l’habite et veut rendre saints tous ceux qui acceptent de se reconnaître en elle et d’y apporter leur contribution, leurs compétences et leur amour. Vous savez, l’Eglise c’est comme une famille ; dans une famille, on s’aime et de temps en temps, on se dispute : les adolescents veulent plus de liberté, les parents freinent ; parfois il sont un peu dépassés. Dans l’Eglise, c’est un peu pareil ! Cette Eglise, même si parfois elle nous fait souffrir, nous devons l’aimer parce que c’est elle qui nous a engendrés à la foi et qui ne cesse de nous enfanter à la vie de Dieu. C’est elle qui nourrit notre foi, qui l’encourage, qui la stimule, qui la régule aussi, car sinon notre foi risquerait de partir dans tous les sens. Pour vivre notre foi, pour vivre notre vocation et notre mission, nous avons besoin de l’Eglise et l’Eglise a besoin de nous. Ensemble, formons une communauté dynamique, appelante pour que d’autres puissent y trouver un sens à leur vie, à leurs souffrances, aux difficultés qu’ils rencontrent, qu’ils puissent se sentir enracinés dans l’Evangile et portés par une communauté de frères. 

Relation à Dieu, membre d’un peuple et enfin, troisième condition pour remplir cette mission de Marie : être, devenir sans cesse des serviteurs. Vous le savez, le seul titre que Marie a revendiqué dans l’Evangile, c’est à l’Annonciation, lorsqu’elle dit à l’ange : Je suis la servante du Seigneur, que tout se fasse pour moi selon ta parole. Autrement dit : Je suis disponible, je suis prête, Seigneur, tu peux compter sur moi, je suis ta servante ! Chacun d’entre nous est appelé à être un serviteur, et l’Eglise est appelée à être servante d’humanité, servante des pauvres, servante pour révéler l’amour incroyable que Dieu porte à notre humanité, pour révéler à tous l’espérance qui nous est offerte et la vie que la Pâque de Jésus et l’Assomption de Marie ouvrent à chacun d’entre nous. Alors, au-delà des tentations du pouvoir qui nous habitent, au-delà des habitudes qui nous enferment, au-delà des peurs qui parfois nous paralysent, soyons des serviteurs et des servantes simples, humbles mais pleins de confiance, parce que nous savons que nous sommes formidablement aimés ; nous savons que Dieu a le projet d’habiter notre cœur. En accueillant ce Dieu pauvre de la crèche, de la croix et de l’eucharistie, ce Dieu pauvre qui, dans quelques instants, va encore se remettre entre nos mains, nous ne pouvons qu’être à notre tour simples, pauvres et disponibles pour que vive et grandisse l’amour dans les cœurs et dans le monde. Vous le savez bien : c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres qu’on nous reconnaîtra comme les disciples du Crucifié Ressuscité, disciples de Jésus. 

En concluant, je voudrais vous rappeler ces trois impératifs, ces trois conditions que je viens de développer : avec Marie, à la suite de Jésus, vivons une relation forte, habituelle, chaleureuse, vivante au Dieu de la vie et de l’amour ; cette relation, vivons-la au sein d’un peuple, d’une communauté de frères, d’une Eglise et, dans cette Eglise au milieu du monde, soyons les bons serviteurs, les bonnes servantes de la tendresse de Dieu. En cette fête de l’Assomption, redisons comme Marie au Seigneur : Fiat ! Oui, je suis d’accord, Seigneur, d’accord pour me laisser appeler et envoyer, d’accord pour me laisser éclairer, fortifier et transformer par l’amour ; fiat, mais aussi magnificat, car ma vocation, ma mission, et tout ce que tu me donnes, tout ce que tu me confies, c’est cela ma joie profonde. Magnificat, pour maintenant et pour l’éternité. Amen ! »


(Arcabas, Assomption, Congrégation des Augustins de l'Assomption, Paris, 2007)


mercredi 14 août 2019

Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2019

Comprenons mieux la fête à partir du Magnificat.







Faute de texte biblique parlant de l’Assomption de Marie, donc de sa mort et de sa montée aux cieux dans la gloire que le Père partage avec le Fils et l’Esprit Saint, la liturgie de l’Eglise nous fait entendre cette page d’évangile de la visitation comprenant le chant du Magnificat. Souvent présenté comme le chant-programme de l’enfant que Marie porte en elle, nous pouvons aussi le considérer comme le chant qui annonce le destin singulier de Marie, destin qui s’accomplit dans ce mystère de l’Assomption, et comme le chant qui annonce notre propre destinée.

Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Le Magnificat commence par ces versets qui nous disent l’état d’esprit de Marie, sa joie et sa foi en Dieu, au moment où elle rencontre Elisabeth sa cousine, enceinte elle-aussi, malgré son grand âge. Toutes deux bénéficient d’une grâce spéciale de Dieu dans l’accomplissement de son projet de salut. Cette rencontre est la rencontre de deux mondes, la rencontre du Premier Testament – représenté par Elisabeth et Jean le Baptiste qui tressaille dans son sein – et le Nouveau Testament – représenté par Marie et Jésus qui grandit dans son sein – . Mais comment ne pas reconnaître aussi dans ces versets la joie de Marie au jour où elle est élevée au ciel sans connaître la dégradation du tombeau ? Cette joie immense de bénéficier d’une grâce de Dieu, qu’elle a connu dans sa jeunesse, voilà que Dieu la renouvelle pour elle, au terme de sa vie sur terre. Dans le ciel en fête, je ne doute pas que Marie ait proclamé à nouveau et sa joie et sa foi en Dieu qui sauve.

Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse ! Ces autres versets s’accordent aussi parfaitement à la solennité du jour. En élevant Marie au ciel sans qu’elle connaisse la dégradation du tombeau, Dieu s’est penché à nouveau sur Marie, celle qui, humblement avait accepté de porter le Fils unique de Dieu. Si d’aucun, dès les premiers temps de l’Eglise, la reconnaissent bienheureuse pour le rôle qu’elle a joué au début de l’histoire de Jésus, je la reconnais plus volontiers bienheureuse d’avoir bénéficié de cette grâce particulière qui lui ouvre le ciel au moment de sa mort. Contrairement à nous, son corps ne connaîtra pas la dégradation, le pourrissement dans la terre. Elle entre dans la joie de Dieu, corps et âme, totalement intacte. Nous voyons bien là la permanence de la faveur de Dieu envers celle qui n’a été que oui à sa Parole, oui à sa volonté de salut. Comment imaginer que Dieu ne puisse pas récompenser ainsi celle qui a toujours servi cette volonté de Dieu de sauver tous les hommes ? Le Puissant fait pour elle aujourd’hui des merveilles ; Saint est son nom !


Si les premiers versets concernent donc Marie et son destin, les versets suivants nous concernent et nous rappelle que cette fête de Marie est pour nous un avant-goût de ce que Dieu prépare pour nous. Ecoutons bien : Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Certains commentateurs ont pu parler, à propos de ces versets, d’une sorte de discours programmatique de ce que sera l’œuvre de Jésus, le Fils unique de Dieu que Marie porte en son sein. En lisant les évangiles, nous sommes effectivement témoins, à de nombreuses reprises, de l’œuvre de salut entreprise par Jésus. Il guérit les malades, libère les possédés, nourris les foules affamées, il donne les enfants, humbles par excellence, en exemple, laisse partir le jeune homme riche qui ne peut se défaire de ses biens malgré son désir sincère de suivre Jésus. Mais ces versets dépeignent aussi parfaitement de nombreux retables et porches d’églises ou de cathédrales représentant le jugement dernier. Là nous voyons les humbles, les pauvres être accueillis dans le Royaume alors que sont renvoyés vers la gueule de l’enfer des gens riches, des têtes couronnées ou mitrées… Le Magnificat est bien le chant de la fête de l’Assomption parce que cette fête, au-delà de célébrer la gloire de Marie, annonce à chacun de nous notre propre destinée. Ce qui se passe pour Marie, à savoir partager la gloire de Dieu pour toute éternité à partir du moment de la mort, cela peut se passer pour nous, si nous renonçons à notre superbe, si nous renonçons à nos désirs de puissance sur les autres pour davantage nous mettre à leur service, si enfin nous renonçons à être riches en exploitant les autres ou en les dominant. Le Royaume de Dieu appartient aux humbles de la terre.


Les derniers versets du Magnificat confirment cela en rappelant les promesses de Dieu : il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. Comme ils sont beaux et pleins d’espoir pour nous ces derniers versets. Ils redisent la miséricorde de Dieu envers son peuple, peuple de Dieu mais peuple pécheur relevé par Dieu, pardonné par lui. Ils redisent la valeur des promesses de Dieu faites au long de l’histoire du salut ; ils redisent son désir exprimé à Abraham jadis : lui donner une descendance nombreuse, un seul peuple, totalement acquis à Dieu. Il nous faut désirer être de ce peuple, et vivre de son amour ici-bas pour partager cet amour par-delà la mort avec tous les humbles de la terre, avec tous ceux et celles qui formeront l’Israël véritable, le peuple que Dieu s’est acquis au prix du sang de son Fils unique. 


Il n’y avait pas de meilleur choix possible pour cette fête de la Pâques en plein été, Pâques de Marie notre Mère, annonçant notre Pâques, notre propre passage de la mort à la vie. Nous en connaissons maintenant mieux les conditions, le Magnificat nous les ayant rappelées. Avec Marie, réjouissons-nous, et exultons de joie en Dieu notre Sauveur. Amen.


(Luca della Robbia, La Visitation, 1445, Eglise San Giovanni Fuorcivitas, Pistoia, Italie)