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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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dimanche 21 septembre 2025

25ème dimanche ordinaire C - 21 septembre 2025

 De l'intérêt de la confiance.





 

 

            Le diocèse de Strasbourg, au service duquel je suis entré il y a 33 ans maintenant, a essuyé ces derniers jours, dans une certaine presse qui n’a de catholique ou de chrétien que le nom, une tempête qu’il ne méritait pas. Je suis personnellement en colère contre ceux qui n’ont que le courage des lâches, se réfugiant dans l’anonymat le plus complet, et la force des mots manipulés (‘Les prêtres d’Alsace’ titraient ces journaux). A lire ces organes de presse, le diocèse est à feu et à sang, ce qui, je vous l’assure, n’est pas vrai. Cet épisode de la vie diocésaine se fixe dans ma mémoire quand je lis l’évangile de ce dimanche et particulièrement cette parole de Jésus : Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande.

            C’est un verset qui interpelle, forcément. Suis-je digne de confiance ? Qu’est-ce qui me rend digne de confiance ? Je ne suis pas plus saint que les autres ; je ne suis pas plus pieux que les autres ; je ne suis pas meilleur que les autres. J’essaie de mener le plus honnêtement possible ma vie et d’effectuer mon travail au meilleur de mes capacités. Parfois j’y réussis ; parfois je me trompe. Rien de dramatique, je crois. Il y a une chose en laquelle je crois plus que tout, c’est la loyauté : vis-à-vis de la famille, de mes amis, de mes collaborateurs, de mon Eglise. Selon les personnes et les situations, ce n’est pas toujours facile, mais je m’y tiens. C’en est devenu un critère important au moment où je décide d’accorder ou non ma confiance à quelqu’un. Et pas seulement parce que je m’interroge si la personne qui attend ma confiance sera loyale envers moi, mais parce que je me demande d’abord si je peux être loyal avec elle. En la matière, il faut toujours commencer par soi, me semble-t-il ; cela évite de se poser en donneur de leçon et en juge. Il en va de même pour la confiance : se demander si les autres peuvent me faire confiance est aussi important que de savoir si je peux leur faire confiance.

            Remarquez alors la sagesse de la parole du Christ : Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Elle me rappelle que la confiance se mérite. Et si elle se mérite, elle peut s’éprouver. C’est comme si Jésus nous disait : ne fonce pas tête baissée ! Prends le temps de connaître, de comprendre, et pourquoi pas de tester avec une chose simple. Remarquez aussi comment Jésus prend aussi en compte l’opposé, la malhonnêteté. En bien comme en mal, la petite chose sans importance, sera pareillement intéressante à évaluer. L’attitude dans la petite chose déterminera l’attitude dans la grande, parce que ce sera la même !

            Faisons un pas de plus encore et envisageons notre rapport à Dieu. Si nous croyons en Dieu (si nous avons foi en lui), nous avons nécessairement confiance en lui. Foi et confiance ont la même racine. La question de savoir si je peux faire confiance à Dieu ne se pose pas alors. Mais Dieu peut-il avoir confiance en moi ? Peut-il croire en moi ? Je suis sûr que Dieu me fait confiance ; c’est dans sa nature. Il ne peut pas faire autrement que de croire en moi, en nous. La question est donc davantage de savoir si je mérite cette confiance que Dieu place en moi dès avant ma naissance. Si Dieu n’avait pas foi en l’humanité, il ne l’aurait pas placé au sommet de sa création ; il n’aurait pas fait de nous ses enfants ! Deux pistes pour accepter l’idée que nous sommes dignes de la confiance que Dieu place en nous. La première consiste à nous abandonner à lui, à garder envers lui un rapport véritablement filial. En acceptant d’être ce qu’il fait de nous par le baptême (c'est-à-dire ses enfants), nous accueillons la confiance qu’il a placé en nous ; en vivant ce baptême qui fait de nous des fils et des filles de Dieu, nous nous montrons dignes de sa confiance. La deuxième piste, c’est d’approfondir toujours plus notre humanité ; elle est le seul chemin que nous ayons pour parvenir au salut que le Christ nous offre. C’est en étant pleinement humain à la manière du Christ, que nous deviendrons pleinement saints à la manière du Christ. En lui, humanité et divinité se conjuguent ; il est parfaitement l’un et l’autre. En devenant parfaitement humain, nous deviendrons parfaitement saints, parce que la présence du Christ en notre vie viendra enrichir notre humanité de sa sainteté. Nous serons authentiquement d’autres Christ ; nous lui serons semblables, éternellement.

            Lorsque nous accueillons la confiance que Dieu place en nous et que nous cherchons à vivre de cette confiance, alors celui croise ma route devient un frère ; alors nos différences deviennent des richesses ; alors fraternité et paix ne sont pas juste des valeurs proclamées, mais des réalités vécues. Assurément, cela vaut la peine d’accueillir la confiance que Dieu met en nous et de nous en montrer capables. C’est tout notre monde qui change parce qu’il se fait confiance à la manière dont Dieu lui fait confiance. Amen.

samedi 8 février 2025

5ème dimanche ordinaire C - 09 février 2025

 Sur ta parole, je vais...



(Gustave Doré, Jésus prêchant sur le lac de Génésareth)





Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, quand nous les croisons au bord du lac de Génésareth, et pourtant ils embarquent ensemble pour que le premier puisse enseigner les foules qui se pressaient autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Qu’est-ce qui fait bouger ainsi les foules ? Est-ce juste l’éloquence de Jésus ? Ou est-ce que la foule comprend que sa manière de parler des choses de Dieu est différente. Habituellement, quand quelqu’un veut parler de Dieu de manière impromptue, nous avons mieux à faire, non ? Là la foule se presse, Pierre prête sa barque, et tout le monde écoute.

Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, et pourtant quand, ayant fini de parler, Jésus l’invite à retourner à la pêche, Pierre, le professionnel, obéit : Sur ta parole, je vais jeter les filets. Vous en connaissez beaucoup des professionnels qui se laissent commander par un amateur ? Qu’est-ce qui fait que Pierre, sans sourciller, fasse ce que Jésus demande alors qu’il a peiné toute la nuit sans rien prendre ? Est-ce qu’il voit en Jésus plus qu’un beau parleur ? Ou est-ce le fait qu’il ait guéri sa belle-mère quelques jours auparavant qui le décide à faire confiance ? Toujours est-il que Jésus propose et que Pierre dispose.

Ils ne se connaissaient pas du tout, Jésus et Paul de Tarse, et pourtant quand le premier se révèle au second sur la route de Damas, ce dernier change du tout au tout. Il comprend mieux sa foi et ne tarde pas à expliquer à ses coreligionnaires en quoi Jésus, celui qui est mort sur la croix, est bien celui qui accomplit toutes les promesses de Dieu. Mieux, il sera le premier à réfléchir cet accomplissement et à donner aux premiers croyants en Christ les clés de compréhension des mystères de la foi. Et cela, en peu de mots, en quatre verbes comme le fait remarquer le Pape François dans la bulle d’indiction du Jubilé 2025 : le Christ est mort, il fut mis au tombeau, il est ressuscité, il est apparu à Pierre, puis au Douze… Toute notre foi résumée en quatre verbes, quatre bouts de phrases mises ensemble qui vont séduire des milliers de millions d’hommes et de femmes à travers le temps. 

Nous disons connaître Jésus parce que nous avons suivi notre catéchisme, et pourtant, avons-nous suivi Jésus comme ces foules ? Avons-nous obéi à Jésus comme Pierre ? Avons-nous trouvé les mots pour parler de lui comme Paul ? Qu’est-ce qui fait que ce qui était évident pour les foules, Pierre et Paul, soit devenu plus obscur, plus compliqué pour nous ? Nous voulons, vous et moi, écouter Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour la foule. Nous aurions bien du mal à l’écouter des journées entières. Le temps de cette homélie semblera déjà trop long à certains ! Nous voulons, vous et moi, suivre Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Pierre. Faire ce que Jésus nous demande quand il vient bousculer notre vie, ce n’est pas toujours facile. Nous voulons bien parler de Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Paul. Nous avons du mal à trouver les mots justes, les mots qui portent, les mots qui incitent d’autres à croire. Et devant les mystères de la foi, les mots nous manquent souvent. 

Alors que faire ? Je crois que l’essentiel est de nous souvenir que ce qui compte le plus, c’est que Jésus nous connaît, comme il connaît la foule, Pierre, Paul et tous ceux à qui il se révèle un jour. Il connaît la foule et ses besoins ; il connaît Pierre et sa capacité à faire confiance ; il connaît Paul et sa ferveur. Il nous connaît, tous et chacun, mieux que nous nous connaissons, et il nous rend capable de ce qu’il attend de nous. Si nous avons du mal à nous faire confiance, à faire confiance à nos propres capacités, faisons confiance à Jésus qui peut tout, à Jésus qui jamais ne nous trompe, à Jésus qui veut notre vie en plus grand, en plus beau, en plus accompli. Avec la foule, osons nous presser autour de Jésus. Avec Paul, osons approfondir notre foi. Avec Pierre, osons dire : Sur ta parole, Seigneur, je vais… la suite de la phrase appartient à chacun. Amen. 


samedi 11 novembre 2023

32ème dimanche ordinaire A - 12 novembre 2023

 C'est quoi, l'erreur des insouciantes ?



(Les vierges prévoyantes et les vierges insouciantes, Enluminure copte, 
Evangéliaire copte-arabe, réalisé au Caire en 1250, Bibliothèque de Fels, ICP - Paris)



 

 

 

            Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. Ainsi commence la parabole que Jésus nous offre en ce dimanche. Elle commence plutôt bien ; elle a même un côté sympathique, parce qu’être invité à un mariage, c’est quand même plutôt bien. Qui n’aime pas être invité à un événement où tout respire la joie et le bonheur ? Mais voilà : cette histoire qui commence bien, et qui nous mettait le cœur en joie, tourne au vinaigre car, précise Jésus, cinq d’entre elles étaient insouciantes et cinq étaient prévoyantes, et s’achève dramatiquement pour les insouciantes qui resteront à la porte de la salle des noces, s’entendant dire : Je ne vous connais pas, alors qu’elles avaient été invitées ! Comment en est-on arrivé là, et surtout, quelle est l’erreur fondamentale de ces insouciantes ? 

            L’erreur fondamentale, ce n’est pas qu’elles se soient endormies, ni même qu’elles aient été tête en l’air et n’aient pas prévu assez d’huile.  On ne peut pas vraiment le leur reprocher. Voyez-vous :  l’époux était en retard à ses noces ! Et pas qu’un peu, semble-t-il ! C’est à se demander s’il avait vraiment envie de se marier, celui-là ? Sa dulcinée, dont personne ne parle au demeurant, n’a pas dû être très contente, mais passons. L’époux tarde donc, et ce qui devait arriver, arriva :  les jeunes filles s’endorment, toutes, les prévoyantes comme les insouciantes, en oubliant au passage d’éteindre leurs lampes. Au réveil, un seul constat s’impose : il n’y a plus assez d’huile pour les insouciantes, et les prévoyantes refusent de partager ce qu’elles avaient prévues. Je ne parlerai pas du manque de solidarité, ce n’est pas le sujet ici. Ce qui est dérangeant, c’est finalement que l’époux, lui qui était grandement en retard, reproche aux insouciantes de n’avoir pas été prêtes lorsqu’il a enfin daigné venir ! S’il avait été à l’heure, rien de tout cela ne se serait produit, et la joie aurait été totale. S’il s’était agi d’un mariage ordinaire, toutes ces remarques auraient été justifiées. Mais voilà, il ne s’agit pas de cela. 

            Il nous faut comprendre que cette parabole de Jésus parle de quelque chose de plus grand, de plus important, qu’un mariage ordinaire. Elle nous parle des noces de l’Agneau, comme dit la liturgie avant la communion, ces noces qui unissent l’humanité, sauvée et pardonnée, avec le Christ, mort et ressuscité, dans la gloire du Royaume, à la fin des temps. Jésus l’a bien indiqué au début de sa parabole : Le royaume des cieux sera comparable à… Si l’époux tarde à venir, c’est parce qu’il veut laisser à l’humanité le temps de se préparer, de se convertir. Et c’est là que nous pouvons comprendre l’erreur (ou le péché) de ces jeunes filles insouciantes. Non pas qu’elles aient manqué d’huile, mais elles ont manqué de confiance. Au moment où l’époux arrivait enfin, réalisant leur manque d’huile et l’impossibilité des autres à partager, elles s’en vont voir ailleurs pour trouver ce que seul l’époux aurait pu leur donner : l’huile de sa miséricorde. Elles seraient allées vers l’époux avec des lampes à demi éteintes, elles seraient entrées avec lui dans la salle du banquet. Elles n’ont pas cru que seul l’époux pouvait quelque chose pour elles. Et cela explique du même coup pourquoi les prévoyantes ne pouvaient pas partager leur réserve. Ce n’est pas par égoïsme ou par peur de manquer ; elles ne pouvaient pas partager parce que l’huile de leur amour pour l’époux ne se partage pas. L’amour que vous avez pour le Christ, vous ne pouvez pas le diviser pour en donner à quelqu’un qui en manque ; vous ne pouvez pas donner l’huile de votre confiance en Christ à celui qui n’a pas confiance en lui. Plutôt que d’envoyer les insouciantes vers les marchands, elles auraient dû, les prévoyantes, emmener avec elles les insouciantes, pour qu’elles se laissent remplir de confiance et d’amour par l’époux. Il n’y a qu’en Jésus que se trouve l’huile de l’amour qui nous manque ; il n’y a qu’en Jésus que se trouve l’huile de la confiance qui nous fait quelquefois défaut. Cela ne s’achète pas, et surtout pas ailleurs, chez des marchands quelconques. Non, personne ne peut acheter l’amour ; personne ne peut acheter la foi (même racine que la confiance). Notre manque d’amour, notre manque de foi, cela se confesse à la source de l’amour, à la source de la foi, Jésus, l’époux qui vient à notre rencontre. 

            Le devoir de vigilance auquel Jésus nous invite est double, selon moi. Comme l’indique la parabole, nous ne savons ni le jour ni l’heure. C’est le premier devoir de vigilance : attendre le retour du Christ, sans savoir quand il viendra, et être prêt à l’accueillir. Mais la parabole nous indique un deuxième devoir de vigilance, qui consiste à ne pas nous tromper sur le Christ. Il est le seul qui peut tout pour nous, parce qu’il nous aime infiniment. Il n’attend pas de nous que nous soyons parfaits ; il attend de nous que nous ayons assez d’amour et assez de confiance pour nous approcher de lui, malgré notre indigence. Quand il viendra, ne cherchons pas ailleurs l’amour et la foi qui pourraient nous faire défaut ; ayons assez de simplicité pour nous jeter dans les bras de Jésus pour lui confesser notre manque d’amour, notre manque de foi ; il saura nous combler au-delà de toute mesure. Et nous serons les heureux invités au repas des noces de l’Agneau. Amen.

samedi 12 août 2023

19ème dimanche ordinaire A - 13 août 2023

 Confiance ! c'est moi ; n'ayez plus peur !


 

 

 



          Toutes les crises que nous pouvons connaître ont un point commun : le manque de confiance ! Après le rapport de la CIASE, la plupart des journaux soulignait le déficit de confiance en l’Eglise et en sa capacité de se réformer. Les crises politiques et économiques sont souvent le résultat d’un manque de confiance dans l’avenir ; les indices ne sont pas bons, on ne voit pas comment en sortir, et en politique comme en économie, tout déraille. Et je ne parle pas du manque de confiance dans la police dans certains quartiers voire dans certains milieux sociaux ! La confiance est difficile à gagner et très facile à perdre. 

          Jésus n’échappe pas à ce phénomène, nous le voyons dans l’évangile de ce dimanche. Il vient de nourrir la foule au désert, il renvoie tout le monde, y compris ses disciples, pour prendre le temps d’un cœur à cœur avec son Père, dans la prière. Comme ses disciples avaient pris la barque pour le précéder sur l’autre rive à sa demande, il se trouve là, seul. Comme il doit les rejoindre, on aurait pu imaginer qu’il prendrait une autre barque, au petit matin, lorsque les pêcheurs sortiraient pour leur travail. Mais non, pourquoi faire aussi simple ? Matthieu note sobrement dans son évangile : Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. Il écrit cela comme une évidence, comme si cela était quelque chose qui se faisait couramment ! Pas besoin d’être dans la barque avec les disciples pour être, comme eux, bouleversés. N’oublions pas que la barque était battue par les vagues, car le vent était contraire. Dans ces conditions, prendre Jésus pour un fantôme, c’est encore bien gentil. Beaucoup n’hésitent pas à dire aujourd’hui que c’est une fable, une belle histoire à dormir debout, quand ils ne tournent pas tout bonnement le signe donné par Jésus en dérision : moi aussi je pourrais le faire pour peu qu’on me dise où sont les gros cailloux ! La bonne blague ! Pourtant, l’invitation à la confiance que Jésus adresse à ses disciples, et à nous aujourd’hui, montre bien que ce n’est pas une belle histoire, que le signe a bien eu lieu et qu’il nous dit beaucoup de Jésus et de nous. 

          Il nous dit de Jésus qu’il est plus fort que le mal qu’il écrase de son talon. N’oublions pas que, dans la bible, la mer est le lieu où réside les forces du mal, celles qu’on ne contrôle pas. Ce signe de Jésus, outre le fait qu’il n’est pas banal, n’est pas davantage innocent. En appelant ses disciples à la confiance en lui qui peut tout, il les appelle à reconnaître en lui celui qui est plus fort que le mal. Il le montrera de manière plus éclatante encore dans sa mort et sa résurrection, lorsque sa victoire sur le mal sera totale. Le signe posé aujourd’hui est un avant-goût de cette victoire. Si les disciples n’ont pas confiance en Jésus après ce petit signe, comment auront-ils confiance en lui lorsqu’il leur apparaîtra, ressuscité ! Pierre, qui a toujours de bonnes idées, se dit qu’il peut en faire autant, si Jésus le lui demande : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Ce que Jésus ne manque pas de faire : Viens ! Et il marche, du moins tant qu’il ne remarque pas la force du vent, tant qu’il ne se laisse pas envahir par le mal qui se déchaine. C’est quand il prend peur qu’il commence à enfoncer. 

          Et c’est là que l’évangile dit des choses de nous, les disciples du Seigneur. Il nous dit que tant que nous regardons Jésus, tant que nous l’écoutons, nous pouvons tout, nous pouvons faire reculer le mal. Mais lorsque nous prenons peur devant le mal, le mal gagne, et nous enfonçons, parce que nous avons perdu de vue Jésus et sa puissance. Observez ce que dit Matthieu quand Jésus gagne la barque avec Pierre tout détrempé : Quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Quand Jésus est là, le mal disparaît. Se pose alors pour nous la seule question qui vaille : avons-nous suffisamment confiance en Jésus pour croire qu’il est avec nous toujours ? Avons-nous suffisamment confiance en Jésus pour croire que la barque de l’Eglise comme la barque de notre vie n’est jamais vide de sa présence et qu’elles peuvent, chacune, affronter les vagues de la vie ? Avons-nous suffisamment confiance en Jésus pour ne jamais avoir peur lors des crises que nous pouvons traverser ? Avons-nous suffisamment confiance en Jésus ? Si, avec les disciples, nous reconnaissons qu’il est le Fils de Dieu, qu’avons-nous à craindre ? 

          La confiance repose toujours sur une expérience. Je sais que je peux avoir confiance en quelqu’un parce qu’il me l’a démontré. Jésus nous l’a montré quand il s’est livré pour notre salut. Que pourrait-il faire de plus pour gagner notre confiance ? Que devrait-il faire de plus ? Puisque Jésus a tout donné en se donnant lui-même, peut-être la balle de la confiance est-elle maintenant vraiment dans notre camp ? Saurons-nous la saisir et croire qu’avec Jésus, tout nous est possible ? Saurons-nous la saisir et croire qu’avec Jésus, nous pouvons faire taire le mal dans notre vie et autour de nous ? Puisque Jésus a tout donné en se donnant, c’est à nous maintenant de ne plus avoir peur ; c’est à nous de faire confiance, absolument. Celui qui vit en Jésus et qui laisse Jésus vivre en lui, ne connaît plus la peur parce qu’il participe déjà à la victoire de Jésus sur le mal et la mort. Faisons-lui confiance et nous en ferons l’expérience chaque jour. Faisons-lui confiance et toute notre vie sera transformée, transfigurée. Amen.

samedi 14 novembre 2020

33ème dimanche ordinaire A - 15 novembre 2020

 J'ai eu peur ?




(La parabole des talents, source internet)



        Plus nous approchons de la fin de l’année liturgique, plus nous lisons des textes de type apocalyptique, non pour nous faire peur, mais pour nous encourager, nous préparer à ce retour glorieux du Christ, au moment fixé et connu de Dieu seul. La deuxième lecture se situe bien, par quelques versets, dans ce genre littéraire. Et les derniers versets lus aujourd’hui nous invitent bien à la vigilance pour que ce jour ne nous surprenne pas comme un voleur. La parabole racontée par Jésus ne relève pas, me semble-t-il du genre apocalyptique ; pourtant, c’est dans cette histoire curieuse que nous trouvons ces moments que je voudrais méditer avec vous : J’ai eu peur. Quatre mots lourds de conséquence ; quatre mots qui peuvent gâcher une vie, qui peuvent gâcher une vie spirituelle. 

            J’ai eu peur. Il me faut bien reconnaître qu’il fut un temps – que j’espère terminé – où des prédicateurs s’évertuaient à prêcher la peur de Dieu et de son jugement. Dieu était terrible, éternellement insatisfait, incapable même d’être satisfait par l’homme et son agir. La morale avait pris le dessus sur la foi. Ce n’était plus : Crois, et tu seras sauvé ; mais plutôt, attention à toi, attention à ce que tu fais, attention au jugement de Dieu ! L’amour, qui est le maître-mot de l’Evangile de Jésus Christ avait disparu des radars. Il ne restait que le péché de l’homme, toujours plus sombre, toujours plus grand, au point que les hommes pouvaient légitimement douter du salut de Dieu. Car, voyez-vous, en matière de vie spirituelle, la peur est mauvaise conseillère. Elle engendre des scrupuleux, des anxieux, des hommes et des femmes incapables d’aimer vraiment et Dieu et la vie qu’il leur offre. Elle engendre surtout des hommes et des femmes qui vont finir par tout abandonner, des hommes et des femmes pour qui le salut ne sera plus une priorité, des hommes et des femmes pour qui Dieu ne sera pas un Dieu d’alliance mais de défiance. Ah, certes, quand l’homme a peur, il va à la messe du dimanche, il ne viendrait à l’idée de personne de l’interdire à qui que ce soit. Mais il ne croit pas vraiment, il n’aime pas vraiment Dieu. La peur empêche l’amour véritable. C’est vrai dans la vie spirituelle ; c’est vrai dans la vie quotidienne. Quiconque instaure la peur ne gagne pas l’amour, mais la méfiance.  L’homme méfiant devient momentanément docile, mais cela ne dure qu’un temps. La tyrannie de la peur est toujours renversée ; cela peut prendre du temps, mais c’est inéluctable. Ceux qui ont eu peur finissent par faire table rase de tout ce qui inspirait leur peur. C’est ainsi que les églises se sont vidées ; c’est ainsi qu’ont fini, et que finiront encore de nombreuses dictatures, qu’elles soient religieuses, idéologiques ou sanitaires. 

            J’ai eu peur. S’il est une certitude qui m’habite, c’est bien que Dieu ne peut ni ne doit inspirer la peur. Comment pourrais-je, comme prédicateur, faire comprendre l’amour de Dieu pour tous les hommes, si j’en brosse un portrait effrayant ? Qui peut aimer ce qui inspire la peur ? Pour parler du salut aux hommes, Jésus emploie de nombreuses images : des noces auxquelles nous sommes invités, d’un repas, d’un berger qui prend soin de ses brebis… Pour parler de Dieu, il nous raconte aujourd’hui cette histoire d’un homme qui part en voyage, distribue ses biens à ses serviteurs, à chacun selon ses capacités. Nous comprenons par-là qu’il les connaît, qu’il sait ce dont ils sont capables ; il leur fait confiance ; il les aime aussi, sinon pourquoi leur confierait-il ses biens ? Les deux premiers de la parabole ont bien compris cela et ils vont rendre cet amour et cette confiance. Ils usent de leurs compétences pour faire fructifier le bien qu’ils ont reçu. Le troisième, saisi par la peur, va enterrer le bien confié.  Au retour du maître, il rend simplement ce qu’il a reçu, pensant être quitte. Il n’a rien fait de mal ; il n’a rien fait de bien ; il n’a tout simplement rien fait. Et c’est là son tort ! Il s’est laissé gagner par la peur qu’il avait de son maître au lieu de faire confiance, de se faire confiance à lui d’abord. Nous voyons bien que la peur ne libère pas ; la peur ne sauve pas ; la peur enferme ; la peur condamne. 

            J’ai eu peur. En matière spirituelle, comme en matière ordinaire d’ailleurs, la peur est mauvaise conseillère. Si elle peut empêcher d’agir mal, elle ne pousse pas à agir bien, contrairement à ce que l’on pense ; elle sclérose. Elle empêche de découvrir l’amour dont nous sommes aimés. Pour se sentir aimé de Dieu, il faut ne pas avoir peur de lui. Il faut se laisser approcher de lui. Il faut mettre en lui la confiance qu’il a placé en nous. En ces temps incertains que nous vivons, en ces temps où certains ont joué à nous faire peur, tournons nos cœurs vers le Dieu qui nous aime ; demandons-lui sa bénédiction ; il nous accordera son salut. Amen.

samedi 4 juillet 2020

14ème dimanche ordinaire A - 05 juillet 2020

Fais-moi confiance !







            Il est de coutume pour le prédicateur, alors que les vacances viennent à peine de commencer, de s’arrêter sur le verset suivant de l’évangile entendu : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. L’occasion rêvée de dire combien ce temps qui s’ouvre ne peut se vivre sans Jésus, et que les vraies vacances sont auprès de lui, ou à tout le moins, à vivre aussi avec lui. Pourtant, ce n’est pas ce verset qui a retenu mon attention au moment de préparer la célébration de ce dimanche, mais bien la finale de celui qui le précède : Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.

            Les deux premiers termes du verset ne posent pas de problème. Ils redisent le lien particulier qui unit tout père à son fils. Quelles personnes connaissent le mieux un fils, sinon celles qui l’ont engendré ? Et qui peut dire Père à quelqu’un si ce n’est celui qui a été engendré par lui ? Il n’y a là rien d’extraordinaire, ni de bien difficile à comprendre. Nous sommes dans le factuel. Qu’il s’agisse de vous ou de moi ou qu’il s’agisse de Jésus et de Dieu son Père, cela ne change rien à l’histoire. Dans l’Evangile, c’est bien cette relation particulière entre Jésus et Dieu qui est visée, Fils et Père s’écrivant avec une majuscule. Mais alors, pourquoi rajouter la fin : celui à qui le Fils veut bien le révéler ? Tout le monde n’aurait-il pas le droit de connaître le Père ? 

        Quand Jésus prononce ces paroles, nous sommes, dans l’Evangile de Matthieu, à un moment précis qui donne sans doute tout son sens à cette affirmation. Jésus a posé dix signes, dix miracles, avant de choisir et d’appeler les Douze Apôtres. Puis Jésus a prononcé un long discours sur la mission apostolique (nous en avons eu un extrait dimanche dernier) avant de repartir prêcher dans les villes. Certaines villes, qui avaient vu ses plus nombreux miracles et n’avaient pas fait pénitence, se verront invectiver par Jésus : il s’agit de Chorazine, Bethsaïde et Capharnaüm. Puis vient le passage entendu en ce dimanche, qui commence par l’action de grâce de Jésus pour les tout-petits qui ont compris alors que les sages et les savants restent dans l’inconnaissance. Ce passage sur la connaissance mutuelle du Père et du Fils est un avertissement pour le lecteur de l’Evangile afin qu’il ne se retrouve pas dans la même position que les trois villes citées. Il a lu l’enseignement de Jésus, il a lu les dix signes que Jésus a posé. A-t-il bien compris ce qu’il a lu ? A-t-il bien reconnu, dans le discours et dans l’agir de Jésus, le Père qui a engendré et envoyé Jésus dans le monde ? Fait-il parti de ces tout-petits qui spontanément comprennent, ou cherche-t-il, comme les sages et les savants, à comprendre rationnellement tout ce qui s’est passé ? Non pas que cela soit mauvais, mais cela peut éloigner de la révélation que le Fils fait de son Père. A trop vouloir comprendre, l’homme perd le sens profond et premier : Dieu s’est manifesté, Dieu parle et agit par Jésus, le Fils qu’il a engendré. Il ne faut pas se convertir à cause des signes eux-mêmes, mais à cause de ce que les signes donnent à comprendre, à savoir que le Royaume des cieux est là, à l’œuvre en Jésus. L’œuvre de Jésus parle de Dieu ; l’œuvre de Jésus donne à voir Dieu à l’œuvre. Les tout-petits le comprennent ; les sages et les savants se font des nœuds au cerveau pour comprendre le pourquoi du comment. 

Comprenons bien : le Fils veut révéler son Père à tous les hommes puisqu’il a été envoyé pour les sauver tous. Mais pour cela, il faut que les hommes acceptent de venir à Jésus, de bien voir et de comprendre ce qu’il dit et ce qu’il fait, comme un tout-petit. Le tout-petit voit l’amour de son père à travers ses paroles et ses actes ; il ne se demande pas si son père est bien son père, et s’il l’aime vraiment. Avec Dieu, il faut se situer de cette manière-là, sans se poser trop de questions. L’amour de Dieu pour nous n’est pas un théorème à démontrer, c’est une expérience à vivre. Elle suppose de s’abandonner entre les bras de Dieu, comme un tout-petit s’abandonne entre les bras de son père. Les questions métaphysiques sont secondes. Ce qui prime, c’est l’expérience que nous faisons de l’amour de Dieu dans notre vie quotidienne. Celui qui accepte de vivre avec Dieu comprendra mieux que celui qui s’interroge toujours et encore. A force de te questionner, n’oublie pas de vivre, n’oublie pas de lâcher prise, n’oublie pas de te convertir. Tu pourras toujours réfléchir et approfondir après. Mais si tu veux tout comprendre avant de te convertir, tu risques bien de ne pas comprendre ce que Jésus te révèle par ses signes. Même Jésus ne peut convertir celui qui ne veut pas comprendre ; même Jésus ne peut pas enseigner davantage celui qui n’entre pas dans la révélation qu’il fait de son Père. Jésus ne cache pas son Père ; c’est le Père qui se cache derrière les signes que pose Jésus. Jésus le révèle à celui qui entre en confiance avec lui, c’est-à-dire à celui qui pose un acte de foi. Jésus révèle son Père à ceux qui croient en lui, tout simplement. 

A ceux qui croient en lui, Jésus dit : viens et repose-toi ; pose le fardeau de ta vie, le fardeau de tes questions trop grandes pour toi. Fais-moi confiance et tu trouveras le repos. Fais-moi confiance et tu connaîtras mon Père. Fais-moi confiance, tout simplement. Amen.   

(Dessin de Deligne)

 

samedi 18 novembre 2017

33ème dimanche ordinaire A - 19 novembre 2017

Faisons fructifier la confiance que Dieu nous porte !





Souvenez-vous : dimanche dernier, Jésus commençait un enseignement en parabole sur le retour du Christ dans sa gloire. La parabole des vierges prévoyantes et des vierges insensées nous invitait à nous préparer à la joie des noces de l’homme avec Dieu. Aujourd’hui, Jésus raconte la parabole des serviteurs à qui un maître confie ses biens, à chacun selon ses capacités. Nous aurions tort de l’entendre comme une parabole à contenu moralisateur. Elle ne nous parle d’abord de nous ; elle ne nous parle pas davantage des bons et des méchants ; elle nous parle d’abord de Dieu et de la confiance qu’il nous porte. C’est lui qui est au cœur de la parabole ; lui et son œuvre d’amour pour nous ; lui et sa confiance inébranlable en l’homme. Vous ne me croyez pas ? Relisons-la ensemble alors. 
 
C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. Tout commence là. La première parole sur Dieu se trouve dans cette simple phrase : Dieu confie quelque chose à l’homme. Il ne donne pas, il confie. Il fait confiance à l’homme dans la gestion de ce qu’il partage. Et il ne partage pas à moitié ; il ne confie pas la part qu’il ne peut pas emmener en voyage ; il confie ses biens, entendons tous ses biens. Quel homme, aurais-je envie de dire ! Quelle confiance ! Les hommes ont-ils jamais vu Dieu confier ainsi tous ses biens aux hommes ? Si vous relisez le livre de la Genèse, vous verrez que dès le commencement, dès la création, Dieu confie tout aux hommes. Sa confiance n’est pas d’hier, elle est de toujours et pour toujours. Et malgré le péché qui ronge le cœur de l’homme, malgré les nombreuses infidélités des hommes à la parole de Dieu, Dieu ne reprend pas sa confiance ; toujours et encore, il nous confie ses biens… et il part. Il ne se retire pas pour nous laisser seul ; il ne s’en va pas en nous abandonnant ; les biens qu’il nous confie, c’est un peu de lui qu’il nous laisse. Mais il part pour que nous puissions exercer la confiance qu’il nous fait ; il part pour que nous puissions user de ces biens. Comme il ne nous les donne pas mais nous les confie, nous pouvons bien supposer qu’un jour il faudra rendre, un jour le voyage prendra fin ; un jour, Dieu reviendra.  Mais n’allons pas trop vite ; voyons comment il distribue ses biens. 
 
A l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. J’entends déjà les esprits grincheux qui diront que Dieu ne respecte pas la sacro-sainte égalité républicaine. Je vois déjà les syndicalistes se lever et protester : le Dieu des riches, cela suffit ! Comme ils se trompent ceux qui penseraient ainsi ! Dieu ne fait pas des riches et des pauvres lorsqu’il confie ses biens ; au contraire, Dieu respecte chacun dans ce qu’il est, il respecte chacun dans ce qu’il est capable de faire. Il confie ses biens selon les capacités de chacun. Autrement dit, il ne nous demande rien d’impossible ; il nous connaît, il sait ce qu’il peut nous demander, il sait nos capacités et nos limites. Ce qu’il nous demande, il sait que nous pourrons l’accomplir. Dieu ne veut pas le malheur de l’homme, mais son bonheur. Dieu ne veut pas que l’homme échoue, mais qu’il réussisse ! Il est l’ami parfait. Sa confiance en nous est réelle ; pas de piège dans ses actes ! Il nous fait confiance au moment de son départ en connaissant bien nos capacités ; nous pourrons lui faire confiance au retour, connaissant désormais sa justice. La fin de l’histoire ne peut dès lors pas être une surprise, à moins de ne rien comprendre à Dieu. 
 
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Il fallait s’y attendre, nous l’avons déjà évoqué. Le maître n’était parti que pour un voyage. Quand il revient, c’est aux serviteurs de rendre les biens, c’est aux serviteurs de rendre le fruit de la confiance qui leur a été faite. L’histoire est bien connue : ceux qui ont reçu cinq et deux talents en rendent autant qu’il leur a été confié. Le choix du maître se révèle judicieux ; ce n’est pas tant ses talents qu’il a bien placés, mais sa confiance. Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup : entre dans la joie de ton seigneur. Quand la confiance est réciproque, les fruits sont nombreux ; ils se multiplient. Car c’est bien de confiance dont il s’agit. Voyez et surtout entendez bien le dernier serviteur : Seigneur, je savais que tu es un homme dur… j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient. Cet homme n’a eu confiance ni en son maître, ni en lui. Il a eu peur. La peur n’apporte rien de bon, elle ne fait rien fructifier si ce n’est elle-même. La peur engendre plus de peur. La peur engendre la défiance. La peur engendre la paresse. La peur engendre le mal. Ce n’est pas le maître qui juge le dernier serviteur puisqu’il s’est déjà jugé lui-même. Le maître reprend le raisonnement de ce serviteur et en applique toutes les conséquences, aussi rudes soient-elles. Personne ne peut avoir peur de Dieu, se faire de lui un portait sévère et attendre en retour sa miséricorde. Il est jugé par le maître tel qu’il se le représentait ; il ne peut pas être surpris de ce jugement. Il n’y aura pas de surprise au jour du jugement. Ecoutons encore le maître. A celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quand le Christ reviendra, il constatera ce qui a toujours été. Il constatera la confiance que nous aurons eu ou pas ; il ne l’inventera pas au dernier moment. Tu as eu confiance en moi pendant ton passage sur terre ; tu auras ma confiance pour toute éternité. Tu n’as pas eu confiance en moi durant ton passage sur terre ; tu ne pourras pas avoir ma confiance pour l’éternité.  Nous sommes donc les artisans du jugement qui sera prononcé sur nous ; nous sommes les artisans de notre sentence. 
 
Avec ces paraboles sur le royaume de Dieu, Jésus nous enseigne et nous avertit. Nous ne pourrons pas dire : ah, si j’avais su… Apprenons de Jésus qui est Dieu. Apprenons de Jésus la confiance que Dieu a placé en nous. Apprenons de Jésus à placer notre confiance en Dieu, pas pour plus tard, mais dès maintenant, dans l’ordinaire de notre vie, dans ses difficultés comme dans ses joies. Ainsi nous aussi nous entendrons le Christ nous dire au moment de son retour : Entre dans la joie de ton Seigneur. Amen.









samedi 24 octobre 2015

30ème dimanche ordinaire B - 25 octobre 2015

Jésus, prends pitié de moi !




Le pauvre Bartimée doit se retourner dans sa tombe lorsqu’il entend une réflexion assez récurrente dans certains milieux, et qui consiste à dire qu’il y a trop de « prends pitié de nous » dans notre célébration eucharistique. En fait, il y a trois moments de la messe qui nous font prononcer ses paroles : le rite pénitentiel, le chant du Gloire à Dieu et celui de l’Agneau de Dieu. Ce qui est plus surprenant, c’est que les mêmes qui trouvent que cela fait vraiment trop vont s’extasier devant Bartimée qui crie à qui-mieux-mieux : Fils de David, prends pitié de moi !  
Il a dû le répéter, son cri, pour être entendu de Jésus au milieu de cette foule nombreuse qui l’accompagnait. Il a bien senti que c’était là sa chance. Il avait entendu parler de Jésus, de ce qu’il a fait pour d’autres. Pourquoi son tour ne viendrait-il pas ? Pourquoi ce jour précis ne serait-il pas son jour ? Il a crié à l’envi vers Jésus, alors même que beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire. Apparemment, à l’époque déjà, ce cri lancé vers Jésus dérangeait. A moins que des bien-pensants pensaient justement que Jésus avait mieux à faire que de s’occuper d’un mendiant, aveugle de surcroît. Il aurait pu crier autre chose vers Jésus ; il aurait aussi bien pu se taire. Mais voilà, Jésus passe par là ; il est hors de question pour Bartimée qu’il ne passe pas dans sa vie. Fils de David, prends pitié de moi. 
A force de crier, il est entendu. Imaginez sa joie lorsqu’on lui dit : Confiance, lève-toi ; Il t’appelle. Les gestes qu’il pose à ce moment-là disent mieux que des mots tout ce qu’il attend de cette rencontre : il jette son manteau (le seul bien qu’il a), bondit et court vers Jésus. Pour un aveugle, il fait fort ! Comme s’il savait instinctivement où il devait aller. Quand Jésus appelle, rien ne peut vous retenir loin de lui longtemps. Même la cécité ne peut empêcher la rencontre. Jésus l’interroge : Que veux-tu que je fasse pour toi ? Et la réponse jaillit, comme l’éclair dans la nuit : Rabbouni, que je retrouve la vue ! Cela semblait évident, mais le désir de l’aveugle crié si fort vers Jésus quand il était encore au bord de la route se devait d’être précisé. Le Prends pitié de moi devient une demande claire : Que je vois ! Et ce désir est exaucé ! Bartimée voit désormais. Tout cela parce qu’il a osé crier vers Jésus quand bien même les autres voulaient le faire taire. Voyez la puissance de ces simples mots : Fils de David, prends pitié de moi ! 
Je crois qu’on ne les dira jamais assez, qu’on ne les criera jamais assez vers Jésus, ces quatre mots : prends pitié de moi ! Ils sont notre cri de confiance vers Jésus dont nous savons qu’il peut quelque chose pour nous. Quand l’homme ne peut plus rien pour l’homme, quand tout va mal, il reste cette espérance : Jésus peut quelque chose pour moi. C’est tellement vrai qu’il a donné sa vie pour moi sur la croix. Il est allé jusqu’à la mort, et Dieu l’a ressuscité. Dans le parcours vers la Première communion que notre diocèse avait choisi de mettre en œuvre (Secrets de vie), c’est là le premier secret que découvrent les enfants. Parce que c’est ce secret qui nous met en route, chaque dimanche pour aller à la messe. Nous allons rencontrer quelqu’un qui peut quelque chose pour nous. Nous avons tous besoin de crier vers Jésus : Prends pitié de moi ! Non pas parce que nous serions de plus grand pécheur que d’autres, mais parce que nous faisons immensément confiance à Jésus, qui jamais ne nous abandonne. Quelle que soit notre vie, quelles que soient les épreuves que nous traversons, nous savons qu’en Jésus, nous avons un soutien, un guide, qui nous permettra d’arriver sur l’autre rive. Mais comment Jésus peut-il nous aider si nous ne lui demandons rien ? Comment Jésus peut-il nous aider si nous ne reconnaissons pas, avec ces simples mots (prends pitié de moi) que nous avons besoin de lui ? Jésus nous aime tellement qu’il respecte notre liberté ; il n’est pas un magicien qui viendrait, d’un coup de baguette, changer notre vie, simplement parce qu’elle lui semble de travers. Il a besoin que nous prenions conscience de notre manque, que nous prenions conscience qu’il peut quelque chose pour nous, pour qu’il puisse agir dans notre vie. Si Bartimée n’avait pas crié vers Jésus, ou s’il avait cédé à la foule qui lui enjoignait de se taire, comment aurait-il été guéri ? Comment la rencontre aurait-elle pu se faire ? 
Plutôt que de nous interroger sur le nombre de Prends pitié de nous que compte notre célébration, interrogeons-nous sur la qualité de notre cri vers Jésus. Que lui disons-nous, au fond de nous-mêmes, lorsque la liturgie nous fait dire ou chanter : Prends pitié de nous ? En faisons-nous un cri rituel, que nous disons parce qu’il faut le dire à ce moment précis ou en faisons-nous l’expression de notre désir profond et de notre confiance en Jésus qui peut tout pour nous ? Merci à toi, Bartimée de nous apprendre la persévérance quand nous crions vers Jésus ; merci à toi, Bartimée, de nous apprendre la confiance la plus absolue en celui vers qui nous crions. Puissions-nous, comme toi, découvrir la joie qu’il y a de bondir vers Jésus, à son appel, signe qu’il se préoccupe de nous, signe qu’il veut faire quelque chose pour nous. N’est-il pas venu à notre rencontre dans ce but ? N’est-il pas venu nous offrir la joie de Dieu et le salut de Dieu ? Avec toi, nous crierons désormais pleins de confiance : Jésus, prends pitié de moi ! Amen.

(Dessin extrait de L'image de notre paroisse, n° 274, octobre 2009, éd. Marguerite)

samedi 20 juin 2015

12ème dimanche ordinaire B - 21 juin 2015

Qui est-il donc, celui-ci ?




Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? Si nous avions été dans la barque, cette fameuse journée-là, sans doute aurions-nous posé la même question. Personne, jusqu’à présent, n’avait réussi à faire ce que Jésus venait de faire : calmer la mer qui battait de ses flots la pauvre embarcation des disciples. 
 
Qui est-il donc, celui-ci ? La question des disciples semble donc légitime. Pourtant, les multiples guérisons qu’il a opéré jusqu’ici et l’enseignement qu’il a donné aux foules auraient, petit à petit, dû les mettre sur la bonne piste. De plus, avec la culture qui est la leur et la connaissance qu’ils ont nécessairement des textes sacrés, ils devraient conclure, par eux-mêmes, que Jésus est Dieu. Le rapprochement que la liturgie de ce dimanche fait avec le livre de Job est éclairant. Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial (…), quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ? Celui qui est avec eux dans cette barque, c’est certes Jésus, leur maître ; mais il se révèle aussi chaque jour davantage Dieu. Cette autre rive sur laquelle il les a invités à passer quand ils sont montés dans la barque, c’est bien la rive de la foi. En nous embarquant avec lui, il veut nous faire découvrir qu’au-delà de l’homme Jésus, il est Dieu, vainqueur de toutes les forces qui s’opposent à la vie. En montrant son autorité sur la mer, il annonce déjà sa victoire sur la mort, puisque pour l’homme biblique, la mer est bien le lieu où résident les forces du Mal et de la Mort, toutes choses que seul Dieu maîtrise. Ce signe, loin de les effrayer, devraient, au contraire, les rassurer. 
 
Qui est-il donc, celui-ci ? Si les disciples s’interrogent sur Jésus, nous pouvons constater aussi que Jésus s’interroge sur ses disciples. Si les hommes sont étonnés par Dieu, il nous faut remarquer dans le même temps que Dieu est étonné par les hommes : Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? Nous pouvons entendre, en sourdine, cette autre question : que faudra-t-il que je fasse pour que vous croyiez en moi ? Les nombreuses guérisons, les esprits impurs eux-mêmes qui criaient que Jésus est le fils de Dieu (Mc 3, 11) devaient suffire pour que ceux qu’il a appelés à le suivre comprennent déjà qu’il est plus qu’un homme, qu’il est bien du côté de Dieu. Oui, les hommes sont étonnants de lenteur, peut-être d’abord parce qu’ils sont étonnamment centrés sur eux-mêmes. Ceux que Jésus a appelés à le suivre ne se rendent sans doute pas compte, là tout de suite, de l’expérience spirituelle qu’il leur fait vivre. Ils suivent un maître, mais sans savoir ; ils regardent leur maître, mais sans voir ; ils écoutent son enseignement, mais sans entendre vraiment. Ils en restent à la surface des choses. 
 
Ne sommes-nous pas comme eux, bien souvent ? Nous allons à la messe, nous écoutons Dieu nous parler, nous recevons de lui le pain qui nous fait vivre ; et pourtant, nous sommes par moment si éloignés de lui, si difficiles à convaincre que Jésus est là, au cœur même de notre vie, nous appelant à de grandes choses ! Quand surgissent les difficultés, ne sommes-nous pas remplis de crainte devant l’avenir incertain ? Cette page d’évangile vient nous rappeler que là où Jésus est présent, rien ne peut détruire ce que l’amour a saisi, pas même la tempête, pas même les forces de mort. Puisque Jésus est avec nous et en nous depuis notre baptême, nous avons tout pour tenir bon dans les épreuves, pour affronter la tempête de la mort ; notre barque ne saurait chavirer, les flots de la mer ne sauraient nous submerger. Ecoutons à nouveau Paul redire aux Corinthiens : Frères, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux.  En Jésus, nous avons déjà notre victoire ; en Jésus, nous sommes déjà sauvés ; en Jésus, nous pouvons croire et espérer. Il ne nous abandonnera jamais. Il nous invite passer sur les autres rives en embarquant avec nous. 
 
Qui est-il donc, celui-ci ? Si nous reconnaissons que cette question peut être légitime dans la bouche des Apôtres s’interrogeant sur Jésus, reconnaissons aussi que cette question est légitime dans la bouche de Jésus, s’interrogeant sur notre foi, sur notre fidélité à son œuvre d’amour pour nous. Accueillons-le vraiment dans notre vie, pour qu’il puisse nous accueillir vraiment dans la vie de Dieu. Amen.


(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 19 octobre 2013

29ème dimanche ordinaire C - 20 octobre 2013

Persévérez !



Il y a quelque chose de dramatique dans la posture de Moïse, perché sur la colline, les bras levés au ciel pour obtenir la victoire de son peuple sur les Amalécites. Il y a souvent quelque chose de dramatique dans la posture de tant d’hommes et de femmes, peut-être vous, qui se tiennent devant Dieu en prière, espérant une réponse de sortie de crise pour tout de suite. Il y a quelque chose de dramatique dans la posture de tant de prédicateurs qui, à temps et à contre temps, proclament la Parole de Dieu avec cette impression de n’être pas entendu. Et pourtant, dit Jésus à tous ceux-là, ne vous découragez pas !  Persévérez ! 
 
Cela semble si facile à dire : persévérez, et si difficile à faire. N’avons-nous pas tous fait l’expérience de la sècheresse dans la prière et de l’envie de tout laisser tomber. N’avons-nous pas tous expérimenté la nuit de la foi, quand Dieu ne semble plus répondre à nos demandes, quand le Mal semble l’emporter sur le Bien, quand l’injustice domine le monde ? Il est tellement simple alors de dire que si le monde est ainsi fait, si le méchant triomphe de manière éhontée, si la prière du juste n’est plus exaucée par Dieu, peut-être que tout ce que nous croyons n’a pas d’importance ; peut-être  que notre prière ne sert à rien. 
 
La parabole que nous avons entendue dans l’Evangile est alors pour nous, quand nous nous sentons perdus, quand l’envie de nous arrêter au bord du chemin nous prend. Elle est une invitation à la persévérance, car si ce juge inique peut répondre à cette veuve pour qu’elle ne lui casse plus la tête, combien plus, Dieu qui est juste, répondra-t-il à ces élus qui crient vers lui jour et nuit. De même, pour nous aussi, l’exemple de Moïse qui se tient devant Dieu en prière toute la journée pour obtenir la victoire de son peuple. Et quand il fatigue, voilà qu’une astuce est trouvée pour qu’il reste les mains levées vers le ciel, en prière. Il y a là un enseignement puissant sur la persévérance dans la prière, puisque le peuple que Dieu a confié à Moïse est finalement victorieux. 
 
Que ces exemples nous servent de leçon : Dieu intervient dans la vie des hommes et des femmes qui crient vers lui leur besoin, leur détresse. Mais jamais de manière magique, jamais sans eux. D’où l’importance de la persévérance. Elle est notre part dans l’œuvre de Dieu, notre coopération à la réalisation de son dessein de salut. Dieu ne nous sauvera jamais malgré nous, sans nous. La désespérance serait le signe de notre abandon, de notre incapacité de travailler avec Dieu à la réalisation de son projet d’amour. Vous pouvez être fatigués sur le chemin de la foi ; c’est normal, car quelquefois il est difficile ; mais vous ne pouvez pas vous décourager sur ce chemin, vous ne pouvez pas décider un jour que cela suffit ; ce serait faire le choix de supprimer Dieu de vos relations. Or, nous assure Jésus, Dieu répond, sans tarder, mais peut-être pas tout de suite. Il laisse les événements se dérouler, sans intervenir. La violence, la haine, les fanatismes divers se répandent de plus en plus ; des innocents meurent tous les jours. Et nous ne devons pas baisser les bras, à l’image de Moïse qui se fait aider si nécessaire. Il faut que nous restions devant Dieu, que nous demeurions en Dieu, pour que Dieu puisse rester auprès des hommes, pour que Dieu puissent demeurer chez les hommes. C’est alors que l’horizon s’éclaircit ; c’est alors que la paix devient possible ; c’est alors que la justice refleurit. 
 
Persévérez ! Le mot d’ordre de Jésus résonne aujourd’hui dans l’Eglise. Il est une invitation à poursuivre, à résister à l’air du temps, à faire confiance, toujours, même si les événements du monde semblent nous donner tort. Puisque Jésus est Dieu fait homme, puisqu’il demeure en nous et que nous demeurons en lui, nous avons pour toujours avec nous, celui qui est LE vainqueur, celui qui est plus fort que tout, puisqu’il a vaincu la Mort même. Nous pouvons joindre nos voix à celle du psalmiste et reprendre son acte de confiance : le secours me vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre… il ne dort pas, ne sommeille pas le gardien d’Israël… le Seigneur te gardera de tout mal, il gardera ta vie. Le Seigneur te gardera au départ et au retour, dès maintenant et pour toujours. Amen.

vendredi 22 février 2013

02ème dimanche de Carême C - 24 février 2013

Croire avec Abraham, c'est faire confiance à une Parole.


Poursuivant notre marche vers Pâques, le chemin du Carême nous permet de croiser la route des grands croyants de notre histoire, qu’ils soient des repères éminents de la Première Alliance ou de la Nouvelle Alliance, signée en Jésus Christ. Ainsi, en ce deuxième dimanche de Carême, c’est la figure d’Abraham qui est donnée à notre méditation. A sa suite, nous croyons en Dieu.

Parmi tous les personnages de la Première Alliance, Abraham reste l’un des plus connus. D’abord à cause de son statut : il est reconnu comme le Père des croyants, puisque tant les Juifs, que les Musulmans et les Chrétiens, reconnaissent en lui le premier qui a cru en Dieu. Les grandes religions monothéistes parlent de lui et l’honorent. Il est déjà âgé lorsqu’il prend la route à la demande de Dieu, sans rechigner, sans chercher à comprendre. Yahvé dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je t’indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom ; sois une bénédiction… Abram partit, comme lui avait dit Yahvé (Gn 12, 1.2.4a). Cette obéissance à une parole est sans doute la grande caractéristique de la foi d’Abraham. Dieu parle, lui écoute et fait. Cela peut sembler simpliste, mais c’est ainsi. Nous retrouvons cela dans le texte entendu en première lecture : le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. Puis il le fit sortir au-dehors et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Telle sera ta descendance. » Abraham eut foi dans le Seigneur, et le Seigneur le déclara juste (Gn 15, 5-6). Avec Abraham, nous pouvons parler d’une évidence de la foi. A 75 ans passés, il ne s’interroge pas sur le pourquoi du comment ; Dieu lui dit quelque chose et Abraham croit. Comme j’aimerais que nous ayons quelquefois cette évidence de la foi, cette simplicité de croire en réponse à la parole de Dieu entendue.

Parce que tout est là : dans la parole que Dieu lui adresse à chaque instant. C’est plus qu’une parole même, c’est une promesse que Dieu lui fait. Dieu ouvre un avenir à un homme âgé qui n’en a plus, à vue humaine, et pourtant cet homme y croit. Jamais il ne mettra en doute la parole du Seigneur. Dieu lui demande de tout quitter : il se met en route. Dieu lui promet une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel : il y croit. Dieu lui demande le sacrifice de son fils, son héritier : il prend ce qu’il faut, se met en route et dresse l’autel du sacrifice. Sans cesse, la parole de Dieu lui est adressée, exigeante, quelquefois rugueuse ; sans cesse Abraham donne suite, avec foi : Dieu pourvoira, dit-il à Isaac qui s’inquiète de ne pas voir d’agneau pour le sacrifice ! Abraham aura une terre, il aura un fils, il aura une grande descendance : nous en sommes les témoins. Nous sommes les héritiers de la promesse faite par Dieu à Abraham. Nous sommes les descendants d’Abraham.

Des siècles plus tard, après bien des promesses, après bien des rejets de Dieu par les hommes à qui il ne cesse de s’adresser, une nouvelle parole est donnée : Jésus, le Fils unique de Dieu, entré dans le monde pour le salut des hommes. A travers lui, Dieu parle encore aux hommes comme il avait jadis parlé à Abraham. Dieu lui-même en atteste quand il invite les disciples de son Fils à l’écouter, au moment de sa transfiguration : Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! (Lc 9, 35b). Ils sont invités par Dieu lui-même à entrer dans cette attitude fondamentale de la foi, l’attitude d’Abraham : écouter et croire. Il n’y pas de foi possible sans écoute de la parole ; il n’y a pas de foi possible sans obéissance à cette parole. Il n’y a pas de foi possible sans cette confiance primordiale. Jésus lui-même, à la suite d’Abraham, partage cette écoute de Dieu et cette obéissance à la parole de Dieu ; il le fera au degré le plus haut possible, puisqu’il ira, par obéissance, jusqu’à la croix, jusqu’au don ultime de sa vie. D’Abraham à Jésus, le sens de la foi n’a pas changé : écouter Dieu, vivre de ce qu’il nous dit, vivre comme il nous le dit. Là se trouve le bonheur, là se trouve la vraie vie, là se trouve le salut !

En ce temps de Carême, puisse Abraham, Père de tous les croyants, nous aider à entrer dans cette attitude fondamentale. Puisse-t-il nous aider à écouter mieux ce que Dieu nous dit. Toute sa vie nous enseigne la puissance de l’écoute et de l’obéissance. Toute sa vie nous dit la fidélité de Dieu à sa parole et la réalisation de ses promesses. C’était vrai du temps d’Abraham, c’est vrai encore aujourd’hui, par Jésus, le Sauveur. Puissions-nous le découvrir et en vivre vraiment. Amen.
 

(Image tirée de Traversées, Dites-le avec des bulles, Centre National de l'Enseignement Religieux)