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samedi 30 décembre 2017

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2017

Imiter la Sainte Famille ?





           
Etes-vous influencés par les fêtes que nous célébrons en Eglise ? Venez-vous à l’église avec une idée précise de ce que le prédicateur va vous dire ? Par exemple, en ce dimanche après Noël où l’Eglise célèbre la Sainte Famille, l’un de vous s’est-il dit ce matin : chouette, encore une homélie sur la famille ! Pourvu que mon mari (ma femme, mon gamin, ma belle-mère…) écoute bien ! Et moi, comme prédicateur, ai-je vraiment le choix alors quant au contenu de mon homélie ? En préparant ce dimanche, ce n’est pas tant la famille qui occupait mon esprit, mais cette question que je vous renvoie : Peut-on imiter la Sainte Famille ? 
 
            Curieuse question, j’en conviens. Mais il me semble qu’il nous faut bien l’affronter un jour. Une première réponse serait de dire qu’on ne peut pas l’imiter. La Sainte Famille est une famille hors catégorie : une maman préservée du péché dès sa naissance, un fils engendré par Dieu, un époux qui prend tout avec beaucoup de recul et ne pose aucune question. Vraiment, cette famille ne joue pas dans la même ligue que nos familles. Ils ont beau être humains, ils sont quand même ‘space’, non, un peu à part. Comment voulez-vous imiter une telle famille ? C’est un OFNI : un objet familial non identifié. 
 
            D’autres diront : les temps ont changé, la notion de famille elle-même a beaucoup évolué. L’Eglise ne peut plus présenter la Sainte Famille (papa, maman et un enfant) comme le modèle de la famille. D’autres réalités familiales ont vu le jour : familles recomposées, familles monoparentales, familles homoparentales. Les familles à l’image de la Sainte Famille seraient des exceptions, voire des curiosités. Vous comprenez, des comme ça, on n’en fait plus beaucoup ! Célébrer la Sainte Famille et la donner pour modèle, reviendrait alors à stigmatiser les autres réalités familiales qui existent aujourd’hui. Ce n’est pas, me semble-t-il, le but de cette fête. Sous prétexte que l’Eglise défend un modèle précis de famille, je ne peux pas, comme pasteur, ignorer la vie des gens que je rencontre, ni condamner de manière péremptoire ce qu’elles vivent. Prêtre, je dois accompagner au mieux toutes ces familles nouvelles lorsqu’elle s’adresse à moi, et voir avec elles comment elles vivent l’Evangile et suivent le Christ dans l’histoire qui est la leur. Et je vous invite tous à faire de même. Trop de familles sont déchirées parce qu’un des leurs ne suit pas la même voie que les autres ; trop de familles sont déchirées par une séparation et les conséquences qu’elles entraînent ; trop de familles sont déchirées parce qu’un enfant a eu le courage d’assumer sa différence. 
 
            Ecoutez à nouveau ce que disait la prière d’ouverture de cette fête : Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous la grâce de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être réunis par les liens de ton amour, avant de nous retrouver pour l’éternité dans la joie de ta maison. Intéressant, n’est-ce pas ! Et surtout très ouvert comme discours. La Sainte Famille est donnée en exemple non pas tant pour sa composition (papa, maman, enfant) mais pour ce qu’elle a vécu : les vertus familiales et l’union dans l’amour de Dieu. C’est tout, mais c’est beaucoup. Les vertus familiales ne sont pas précisées plus que cela. Il faut donc les découvrir en méditant la vie de cette famille. Et cela commence plutôt mal : Marie est enceinte avant son mariage avec Joseph et d’un autre que lui ; le jeune couple se retrouve sur les routes à cause d’une décision politique imbécile ; il connaît l’exclusion au moment où l’enfant vient au monde, puis vient l’exil pour soustraire l’enfant à la colère du roi Hérode. Il est indirectement la cause du massacre des saints innocents. A douze ans, le petit devenu grand fera une fugue de trois jours. Quand il est adulte, au lieu d’exercer un travail honnête comme son père, voilà que le fils parcourt le pays, s’oppose aux religieux de son époque jusqu’à être menacé de mort. Et toute cette histoire finit mal, le fils terminant sa vie sur une croix, comme un vulgaire malfaiteur, avec sa mère comme témoin. Vous voulez vraiment imiter tout cela ? 
 
            Puisque la Sainte Famille est l’exemple de toutes les familles, nous pouvons retenir que les difficultés font autant partie de la vie de famille que les joies. Et ce qui fait de cette famille-là une sainte famille, ce n’est pas seulement l’origine divine du Fils, mais le lien qui unit cette famille à Dieu. Elle est sainte parce que Dieu vit avec cette famille, dans cette famille. Elle est sainte parce que sa vie est entre les mains de Dieu et qu’elle laisse Dieu la conduire. Depuis le oui de Marie et de Joseph à l’ange jusqu’à la mort du Fils en croix, tout s’est vécu sous la conduite de Dieu. Et la mère et le père et l’enfant ont été un oui permanent à l’œuvre de Dieu en eux. Les premières vertus de cette famille sont donc l’obéissance à la volonté de Dieu pour chacun de ses membres et leur fidélité à cette volonté. Quelle que soit la famille dans laquelle vous vivez, vous êtes invités à découvrir quelle est la volonté de Dieu pour vous et à y rester fidèles. Sans cette fidélité primordiale, il n’y a pas de fidélité humaine possible. Sans cette fidélité primordiale, il n’y a pas de sainteté possible. 
 
            L’Evangile de cette fête ne montre pas autre chose que la fidélité de cette famille à la volonté de Dieu. Bien que leur Enfant leur ait été donné par Dieu, ils vont le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Et s’ils ne comprennent sans doute pas grand-chose aux élucubrations du vieux Siméon et de la prophétesse Anne, ils accueillent tout cela, sans se pousser du col, sans faire non plus de scandale. Ils s’étonnaient tout juste de ce qui était dit de leur fils. Puis, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. Ils ont mené leur vie simplement, comme toutes les autres familles du monde. Rien ne les distingue des autres familles. Il faut entrer dans l’intimité de cette famille pour y découvrir la présence de Dieu à chaque instant de la vie. Et pendant longtemps, Jésus n’est qu’un enfant comme les autres, apprenant, jouant, vivant, tout simplement. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui, dit sobrement l’évangéliste Luc. 
 
            Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour éduquer votre enfant, votre belle-mère ou qui sais-je encore, c’est raté. Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour trouver en elle le modèle d’une vie paisible et sans soucis, c’est encore raté. Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour condamner la famille de votre voisin parce qu’elle ne correspond pas au modèle catholique, c’est toujours raté : tout n’est qu’amour dans cette famille. Par contre, si vous cherchez en elle comment vivre mieux ce que Dieu attend de vous, regardez et méditez son exemple : vous trouverez auprès d’elle la force de vivre mieux l’Evangile. En cela, elle sera toujours notre modèle, parfaitement sainte parce que parfaitement accordée à la volonté de Dieu. Amen.

 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)
           

samedi 11 février 2012

06ème dimanche ordinaire B - 12 février 2012

Mon modèle, c'est le Christ !









Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
Sans doute, certains pensent-ils que cette affirmation a un je-ne-sais-quoi de prétentieux. Pourtant, elle fonde notre art de vivre, et Paul a raison d’inviter ses lecteurs, donc nous, à l’imiter, puisque lui-même imite le Christ. Qu’est-ce donc qu’être disciple, si ce n’est vivre selon l’enseignement d’un maître reconnu ? Qu’est-ce donc qu’être disciple du Christ, si ce n’est vivre comme le Christ ? Qu’est-ce donc être disciple du Christ, si ce n’est s’appuyer sur ceux et celles qui, à travers le temps et l’Histoire, ont cherché à vivre comme lui, répandant autour d’eux la bonne odeur du Christ ressuscité ?

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
Il suffit de relire la vie et les œuvres de Paul pour constater que ce n’est plus lui qui vit, mais le Christ qui vit à travers lui. Lorsqu’il en vient à écrire ces lignes aux chrétiens de Corinthe, il invite ceux-ci à vivre dans la même liberté que lui, s’adaptant à tous, dans les diverses situations qu’il rencontre. Parce que cette liberté lui vient du Christ. A la question qui se pose à lui et aux Corinthiens – peut-on manger la viande qui a été offerte en sacrifice aux idoles – Paul applique ce principe de liberté : rien ne s’oppose à ce que je consomme une telle viande puisque pour moi, le Christ est le seul sauveur. Mais si, en en consommant je devais heurter quelqu’un qui est faible dans la foi, je préfère m’en abstenir pour ne pas l’entraîner vers la chute.

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
L’art de vivre en chrétien que Paul propose, s’appuie sur la charité. Et le modèle de cette charité, c’est l’agir du Christ lui-même. La page d’Evangile que nous avons entendu en ce dimanche nous en donne un exemple. Jésus aurait pu faire comme tout le monde, sans que cela soit choquant, c’est-à-dire s’éloigner, ignorer le lépreux qui criait vers lui. Le lépreux lui-même n’exige rien : il ose à peine demander : si tu le veux, tu peux… Sans doute cet homme a-t-il entendu parler des guérisons que Jésus a déjà effectuées. Il veut lui aussi être guéri, et ce faisant, être réintégré dans la communauté humaine, dans la communauté croyante. Parce que la lèpre, la première lecture nous le rappelait, entraînait l’exclusion totale du malade et sa soustraction du peuple choisi. Frappé par la lèpre, il ne bénéficiait plus de l’Alliance avec Dieu ; il ne pouvait plus s’approcher du Temple, il ne pouvait plus s’approcher de Dieu.
Le Christ va répondre à sa demande : cet homme sera guéri, réintégré dans sa communauté. Le Père Michel CORBIN, Jésuite, fait remarquer dans une de ses homélies, qu’il le fait en prenant sur lui le mal qui accablait cet homme. Par un surprenant renversement, en effet, Jésus ne peut plus, après la guérison, s’approcher des lieux habités, et il est obligé de se retirer dans un endroit désert. C’était bien là l’obligation faite aux lépreux.

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
Paul a bien raison de nous inviter à l’imitation du Christ. Notre art de vivre nous oblige à vivre la même attention aux autres que celle que le Christ déploie. Nous sommes tenus de le faire, parce que le Christ le fait encore pour nous. Ce qu’il a fait pour ce lépreux, il le réalise pour nous, jour après jour, en nous libérant de la lèpre du péché, et en nous réintégrant sans cesse dans la communauté des enfants de Dieu, que Dieu s’est acquis par le sang de son Fils. Lorsque nous sommes baptisés, nous sommes identifiés au Christ, appelés par Dieu à vivre en fils et filles à l’image du Fils unique de Dieu. Libérés de toutes les lèpres qui nous éloignent des autres et de Dieu lui-même, nous pouvons célébrer les merveilles qu’il accomplit pour nous.

Prenez-moi pour modèle : mon modèle à moi, c’est le Christ !
En nous appuyant sur la Parole de Dieu, en relisant l’enseignement donné par nos Pères dans la foi, nous apprendrons à maîtriser cet art de vivre que notre foi exige. Que nos eucharisties, semaine après semaine, nous révèlent la bonté de Dieu à notre égard et nous donne envie de le suivre et de vivre comme lui. Ainsi nous transformerons notre vie et le monde qui nous entoure, car notre modèle, c’est le Christ, qui ne laisse personne sur le bord du chemin. Puissions-nous vivre de l’exemple qu’il nous donne et dont nous sommes les premiers bénéficiaires : c’est le souhait que je formule pour chacun en cette année de la foi et de l’évangélisation. Amen.

(Dessin extrait de la revue L’image de notre paroisse, Février 2003)