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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 10 janvier 2026

Le baptême du Seigneur A - 11 janvier 2026

C'est toi qui viens à moi !




(Source : Pinterest)



 

            Le temps de Noël touche à sa fin avec cette fête du baptême de Jésus. Demain, c’est le temps ordinaire qui reprend ses droits. En attendant, ce baptême de Jésus nous vaut une réflexion de Jean le Baptiste, intéressante pour notre vie spirituelle et qui, à la sortie des fêtes, nous encourage à accueillir Jésus.

            Nous imaginons facilement la scène du baptême. Jean le Baptiste se tient au bord du Jourdain, les foules viennent à lui ; et voilà que, dans ce groupe, il reconnaît son jeune cousin, Jésus, qui vient lui aussi se faire baptiser, prenant ainsi de manière très concrète le chemin de notre humanité. Comme nombre de ses contemporains, il manifeste que notre humanité a besoin de Dieu, besoin de cette proximité avec celui qui est la source de notre existence. Le baptême que propose Jean est le signe de cette humanité qui revient à Dieu, le signe de cette humanité qui est pleinement humaine quand elle marche humblement avec Dieu. C’est un baptême de conversion, un baptême de retour à Dieu. Jésus n’en avait nul besoin pour lui, puisqu’il est le Fils de Dieu. La voix qui se fait entendre après son baptême en témoigne : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Dieu est heureux de ce Fils qui prend le chemin de notre humanité pour accomplir sa volonté, c'est-à-dire son projet de salut pour toute l’humanité. Il montre ainsi que le salut est impossible par les seules forces humaines. Si Dieu n’intervient pas, l’homme s’épuise et se perd loin de Dieu. Et c’est peut-être ce que Jean le Baptiste n’avait pas tout-à-fait compris.

            Ecoutez-le, dans l’évangile de Matthieu, quand il reconnaît Jésus : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! L’étonnement de Jean le Baptiste est salutaire pour notre vie spirituelle. Il nous dit, me semble-t-il, deux choses. La première, c’est que Jean était persuadé qu’il suffisait que les gens se convertissent, reviennent à Dieu, pour que tout aille bien, voire mieux pour eux. Je reprends ma vie en main et je décide d’aller vers Dieu, avec foi et espérance, et de toutes les forces dont je suis capable. Ce n’est pas inutile de le faire, entendez-moi bien ! Il y a toujours un moment où l’homme doit décider de prendre sa foi au sérieux et d’aligner ainsi son agir avec ce qu’il dit de Dieu. Nous avons entendu la prédication vigoureuse de Jean durant le temps de l’Avent. La conversion est nécessaire parce qu’elle marque ce moment où je fais le choix de Dieu. Mais elle ne suffit pas. Et c’est la deuxième chose que nous dit l’étonnement de Jean. Dieu n’attend pas que nous réussissions, il vient vers nous, il vient nous chercher, il vient nous séduire parce qu’il sait que pour l’humain, changeant au gré du souffle des vents, c’est là affaire difficile. Il nous faut entrer dans la puissance de l’étonnement de Jean : et c’est toi qui viens à moi !

Oui, en Jésus, Dieu, le tout patient, manifeste qu’il a comme perdu patience face à l’impossibilité de l’homme de se sauver par ses propres forces et de se maintenir dans cette attitude de sauvé ! En Jésus, Dieu vient à la rencontre de l’homme ; il reprend l’initiative du salut là où l’homme avait échoué et revenait sans cesse à son péché. Dans un monde où, malgré le fait que chaque culture ait un et même généralement plusieurs dieux, rien ne permettait de croire que Dieu pouvait réellement vouloir assumer notre humanité sans se jouer de nous comme le font les dieux de l’Olympe par exemple. Non, le Dieu qui se révèle en Jésus, a de la joie à croiser l’homme, à aller vers l’homme, à sauver l’homme. L’humanité n’est pas le jouet de Dieu ; et Dieu n’est pas le doudou de l’humanité. Dieu et Homme sont appelés à vivre ensemble, à s’assumer, à se rencontrer. Cela s’appelle l’Alliance. Jean le Baptiste avait appelé les hommes à revenir vers Dieu ; Jésus va leur monter que Dieu s’approche d’eux. Et la rencontre devient possible ; et le salut devient possible. Pour tous. Cette double démarche (nous préparer à aller vers Dieu et accueillir celui qui vient) est essentielle parce qu’elle permet à l’homme de prendre Dieu au sérieux en se préparant pour lui ; et elle permet à Dieu de redire qu’il prend l’homme au sérieux en venant à sa rencontre pour une Alliance nouvelle et éternelle que le Fils va sceller dans son sang. L’homme n’attend pas que Dieu le sauve malgré lui. Dieu n’attend pas que l’homme réussisse enfin à venir vers lui. Chacun fait seulement mais totalement ce qui lui revient. Et le chemin du Royaume de Dieu est enfin ouvert ; et le salut que Dieu propose est enfin accessible.

Le baptême de Jésus et l’étonnement de Jean le Baptiste nous font comprendre que la joie de l’homme et la joie de Dieu sont parfaites quand les deux marchent ensemble. Jésus en est l’illustration, lui qui est pleinement homme et pleinement Dieu. En lui je trouve ma joie, dit Dieu quand Jésus est baptisé. En nous aussi, Dieu veut trouver sa joie. C’est pour cela qu’il vient vers nous, vers Jean, pour assumer notre humanité, y compris dans sa part la plus sombre. Toute notre vie peut se noyer dans l’amour de Dieu qui vient vers nous. Allons vers lui et préparons nos cœurs à l’accueillir et toute justice sera accomplie. Amen.

 

  

samedi 7 septembre 2024

23ème dimanche ordinaire B - 08 septembre 2024

 Il y a des signes qui ne trompent pas ! 





Le pape François et le grand imam de la mosquée Istiqlal, Nasaruddin Umar, 
après une réunion interreligieuse avec des chefs religieux à la mosquée Istiqlal à Jakarta, 
le jeudi 5 septembre 2024. 




 

            Il y a des signes qui ne trompent pas ! Les plus geek parmi vous pourront faire l’exercice en rentrant. Tapez l’expression dans votre moteur de recherche et vous tomberez sur des enquêtes du style : Comment savoir si on vous aime : 15 signes révélateurs ; Est-on amoureux de vous ? 11 signes qui ne trompent pas. Je vais arrêter là, les test psy des magazines ne manquent pas. Ils concernent tous nos relations amicales ou amoureuses et peuvent se résumer ainsi : suis vraiment aimé ou trompé ? 

            Il y a des signes qui ne trompent pas ! Nous pouvons reprendre la même expression et l’appliquer à notre connaissance de Jésus et à la perception que nous avons de lui. Nous avons entendu le prophète Isaïe annoncer en son temps que lorsque Dieu reviendra, se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. Aussi, quand des gens amènent [à Jésus] un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, il devrait être clair pour tous, en fonction de ce qu’il fera pour lui, si Jésus est un charlatan ou s’il est de Dieu. Vous aurez noté la précaution de Jésus qui emmena [le malade] à l’écart, loin de la foule. Non pas qu’il craigne d’échouer, mais peut-être pour éviter que, tirant les bonnes conclusions de ce qu’elle voit, la foule ne se précipite trop vite sur lui pour en faire son champion. C’est une vieille habitude de la foule, que de se donner un roi au moindre exploit ! Devant l’extraordinaire double guérison (le guéri entend et parle correctement), la foule répand la nouvelle d’autant plus vite que Jésus cherche à la faire taire. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. » La foule s’émerveille, mais ne semble pas, à ce moment de l’Evangile de Marc, faire le rapprochement entre la prophétie d’Isaïe et les guérisons opérées par Jésus. Pourtant, il y a des signes qui ne trompent pas ; la foule aurait dû rendre gloire à Dieu, reconnaître en Jésus Dieu qui visite son peuple. Est-ce la foule qui ne sait pas reconnaître les signes de la venue de Dieu ? Est-ce l’ordre de silence de Jésus qui ne leur permet pas de faire ce rapprochement ? Marc ne le précise pas. 

            Il y a des signes qui ne trompent pas ! Aujourd’hui encore, Dieu visite son peuple ; savons-nous en reconnaître les signes mieux que du temps de Jésus ? Si la même double guérison avait lieu, parlerions-nous de signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple ou de progrès de la médecine ? Le pape François est actuellement en Asie pour son plus long voyage apostolique. Il a signé cette semaine, à Djakarta, un texte important avec l’imam de la plus grande mosquée d’Asie. Les deux religieux affirment que le dialogue interreligieux doit être reconnu comme un instrument efficace pour résoudre les conflits locaux, régionaux et internationaux, en particulier ceux provoqués par l’abus de la religion. Et dans son discours devant des représentants chrétiens et sunnites indonésiens, François insiste : « On pense parfois que la rencontre entre les religions consiste à rechercher à tout prix un point commun entre des doctrines et des professions religieuses différentes. En réalité, il peut arriver qu’une telle approche finisse par nous diviser. Car les doctrines et les dogmes de chaque expérience religieuse sont différents. Ce qui nous rapproche vraiment, c’est de créer une liaison entre nos différences et de veiller à cultiver des liens d’amitié, d’attention, de réciprocité. » Simple diplomatie vaticane ? Et si c’était là un signe que Dieu continue de visiter son peuple, l’invitant au respect, au partage, à créer des liens nouveaux entre religions différentes, non pas pour dire que tout se vaut, mais juste pour vivre quelque chose de l’esprit de nos religions ? Je crois profondément que tout ce que font les croyants, quelle que soit leur origine religieuse, en faveur de la paix, du rapprochement des peuples, de la fraternité, est le signe que Dieu visite son peuple. Ce n’est pas juste un hasard ; ce n’est pas juste un beau texte ; ce n’est pas juste un geste politique. Tout ce qui permet à des hommes et des femmes de cultures et de religion différentes de mieux se connaître, s’apprécier et se respecter vient de Dieu. Tout ce qui permet à des hommes et des femmes de cultures et de religions différentes de mieux vivre en paix, dans la paix et la fraternité, est un signe que Dieu vient et veille sur eux tous. 

            Il y a des signes qui ne trompent pas ! Nous ne guérirons peut-être personne aujourd’hui ; nous ne signerons sans doute ni grande déclaration, ni grand discours. Mais nous pouvons, à notre échelle, poser des signes qui ne trompent pas et qui disent à tous que nous appartenons au peuple que Dieu se donne, au peuple que Dieu visite, toujours et encore. Nous pouvons le faire en famille, entre voisins, entre paroissiens déjà pour favoriser un meilleur vivre ensemble. N’attendons pas qu’il soit trop tard. N’attendons pas que les autres commencent. Chrétiens, disciples de Jésus, Fils du Dieu vivant, venu sauver le monde, nous nous devons de commencer, nous nous devons de porter au monde le Dieu-fait-homme, Evangile de paix et de salut pour tous. Si nous renonçons, le monde sera perdu ; si nous commençons et recommençons toujours encore à être artisan de paix et de fraternité, dans nos familles, nos communautés, nos lieux de vie, nous réussirons, car le Christ travaillera pour nous, avec nous. Il y a des signes qui ne trompent pas. Amen.

vendredi 25 décembre 2015

Sainte nuit de Noël - 24 décembre 2015

Il est là, celui que les prophètes ont annoncé !




Après avoir écouté les prophètes Jérémie, Baruc, Sophonie et Michée, voici que retentit en cette nuit sainte un oracle du prophète Isaïe : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière : et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Rassemblés au cœur de la nuit, nous pouvons comprendre la puissance de cette annonce. A qui ne connaît que les ténèbres, l’annonce du retour de la lumière est une grande joie. 
 
Cette lumière dont parle Isaïe, c’est d’abord la paix retrouvée pour un peuple qui a connu trop longtemps la guerre. Cette lumière qui se lève est pour nous aussi. Depuis quelques mois, le mot de guerre a repris sa place dans notre vocabulaire ; le déploiement des forces de l’ordre et les consignes de sécurité sans cesse répétées nous rappellent cet état d’urgence que nous vivons parce que des fous veulent mener une guerre au nom d’un Dieu dont ils ignorent la tendresse, la bonté et la miséricorde. A l’échelle de nos familles, de nos paroisses, de nos engagements sociaux divers, nous pouvons vivre des petits conflits. Cette lumière qui se lève éclaire la nuit de nos conflits et nous permet de dépasser les oppositions, de faire la paix à une petite échelle afin que puisse naître la paix à une échelle plus grande. L’enfant qui naît en cette nuit est pour nous aussi le Prince de la Paix. 
 
Cette lumière dont parle Isaïe, c’est aussi la joie d’une naissance. C’est à cette naissance que nous devons la paix ; c’est à cette naissance que nous devons l’espérance d’un monde meilleur. Les noms donnés à l’enfant (Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père à jamais, Prince de la Paix) sont un programme de vie. Ils identifient l’avenir de cet enfant et le nôtre. Gouvernés par un tel chef, comment ne pas se réjouir ? Comment n’être pas pleins d’espérance lorsqu’un avenir commun semble à nouveau possible ? 
 
Cette lumière dont parle Isaïe, c’est la manifestation de Dieu au cœur de la vie du monde. Ce Dieu qui avait été mis de côté, rangé aux oubliettes de l’Histoire, le voici qui se manifeste. Et il le fait dans ce que le monde compte de plus beau : la naissance d’un enfant. Et il le fait dans ce que le monde compte de plus fragile : un nouveau-né ! Nul besoin d’avoir été soi-même parent pour sentir la joie monter en nous devant un nouveau-né porteur de promesse de vie, de paix et d’espérance. Cet enfant nouveau-né n’est pas comme les autres enfants qui ont pu naître au même moment que lui. Cet enfant est Dieu, il est la présence et la réalité de l’amour de Dieu à l’œuvre. Comprenant cela, nous comprenons aussi que plus rien, ni personne ne pourra nous enlever cette joie ; plus rien, ni personne ne pourra détruire cette paix obtenue parce que c’est Dieu lui-même qui nous la garantit ; c’est Dieu lui-même qui nous l’offre. 
 
Un enfant nouvellement né, et c’est toute notre vie qui change. Le ciel lui-même se réjouit en cette nuit. Celui que les prophètes de l’alliance première ont annoncé, le voici, couché dans une étable. Une nouvelle ère s’ouvre avec lui ; une nouvelle alliance est proclamée. Nous avons bien raison, en cette nuit, de veiller et de joindre nos voix à celles des anges pour chanter la gloire du Très-Haut. Nous avons bien raison, en cette nuit, de veiller et de nous émerveiller devant cet enfant nouveau-né. Nous avons bien raison, en cette nuit, de nous être déplacé pour venir là et trouver, comme les bergers jadis, celui que Dieu lui-même nous envoie. La première des choses à faire quand Dieu vient à notre rencontre, c’est bien de nous laisser déranger, fût-ce pendant la nuit, pour aller à sa rencontre. Alors oui, regardez et contemplez : Dieu s’est fait homme pour que nous puissions devenir comme Dieu ! Dieu s’est enfermé dans les limites de notre humanité pour que notre humanité puisse se dilater à la mesure de sa divinité. Dieu se fait petit pour que nous puissions grandir ! 
 
Si Dieu se fait homme pour que nous puissions devenir Dieu, alors nos rapports humains changent, parce que désormais nous découvrons Dieu en chaque humain croisant notre route. Comment pourrions-nous vivre en paix avec Dieu alors que nous sommes en guerre avec tel frère qu’il nous donne à aimer ? Le mystère de cette naissance que nous célébrons, c’est le mystère de l’amour à l’œuvre. Dieu se fait enfant parce qu’il nous aime ; Dieu se fait enfant pour que nous comprenions que nous devons aimer à notre tour du même amour. Dieu se fait enfant, et ce n’est plus seulement une lumière qui se lève ; Dieu se fait enfant, et ce n’est plus seulement la paix se fait ; die use fait enfant, et ce n’est plus seulement la vie qui triomphe ; Dieu se fait enfant, et c’est l’amour qui désormais veut régner entre tous. 
 
Devant tant de promesses désormais réalisées, devant tant de promesses encore à venir, réjouissons-nous et remercions Dieu de nous aimer autant. Cette nuit, il frappe à notre porte. Ouvrons-lui, car il est enfin là, celui que les prophètes ont annoncé ; ouvrons-lui et accueillons-le pour notre plus grande joie et le salut du monde. Amen.

(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 204, décembre 2003, éd. Marguerite)

samedi 19 décembre 2015

04ème dimanche de l'Avent C - 20 décembre 2015

Avec Michée, annonçons : elle enfantera, celle qui doit enfanter.





Nous y sommes presque. Le chemin est bientôt terminé. Il suffit de relire les textes de la liturgie de ce 4ème dimanche pour s’en rendre compte. Plus nous approchons du but, plus les détails sont précisés. Le doute n’est plus permis : l’heure et le jour sont proches. 
 
Remarquez : après la joie annoncée par Sophonie dimanche dernier, nous nous en doutions un peu. L’oracle de Michée en ce dimanche vient achever de nous rassurer : voici qu’elle enfantera, celle qui doit enfanter. Au cœur du message de Michée, il y a cette certitude de la fidélité de Dieu à son Alliance. Cette certitude nous entraîne à l’espérance. Les promesses faites par Dieu vont se réaliser. Ce n’est plus une vue de l’esprit. Michée précise même l’endroit où cela va se passer : à Bethléem ! J’en entends déjà ricaner : que peut-il sortir de bon de là ? Bethléem n’est rien : le plus petit des clans de Judas, une bourgade sans importance. Dieu peut-il se révéler ici ? Ne choisirait-il pas plutôt Jérusalem dont nous parlait Jérémie, Baruc & Sophonie les dimanches précédents ? N’est-ce pas dans la grande ville que se déroulent les choses importantes ? 
 
Dieu vient surprendre son peuple : il le fait toujours, entre nous. Il est toujours là où nous ne l’attendons pas. A Bethléem plutôt qu’à Jérusalem ; dans un petit enfant, né d’une famille modeste plutôt que dans un palais, dans une famille de roi. Avec Dieu, tout est simple. Il vient, chez nous : c’est bien d’une incarnation qu’il s’agit. Il suit le chemin de tout le monde, passant par Marie comme nous sommes passés par notre mère. Nous pouvons en être déçus ; mais nous pouvons aussi nous réjouir : Dieu va se faire l’un de nous, vivre nos vies, connaître la simplicité, pour ne pas dire la banalité, d’une vie d’homme. Peut-il nous sauver ? Certainement puisqu’il saura ce qu’il faut sauver en nous. Vivant notre vie d’homme tout en venant de Dieu, il pourra mieux que nous affronter nos démons intérieurs, vaincre en nous les ténèbres du péché et de la mort, supprimer tout ce qui  nous retient loin de Dieu. Il pourra nous sauver parce qu’il vient faire la volonté de Dieu. Entre Jésus et Dieu, il n’y a pas l’ombre d’une opposition. 
 
En ce dimanche, ne soyons pas surpris si Dieu vient simplement chez nous, comme tout un chacun. Ne soyons pas déçu qu’il vienne dans un humble hameau à la rencontre de toute l’humanité. Imitons la Vierge Marie, sa Mère et notre Mère : elle a cru, simplement, ce que l’ange lui annonçait de la part de Dieu. Elle a cru et elle a consenti en un OUI qui nous vaut à tous le salut. Pendant ces quelques jours qui nous séparent encore de la joie pleine et entière de Noël, remercions Dieu de venir simplement chez nous ; remercions Marie de l’accueillir simplement au cœur de sa vie ; remercions Jésus d’accomplir la volonté de son Père. Et réjouissons-nous : toutes les promesses faites par les prophètes vont bientôt se réaliser. Jérémie, Baruc, Sophonie et Michée ne nous ont pas trompés. En relisant leurs oracles, nous avons mieux compris ce Dieu qui vient et nous sommes mieux préparés à l’accueillir. Vivons ces derniers jours d’attente dans la patience et la sérénité. Comme Michée nous y invite, n’hésitons pas à proclamer qu’elle enfantera, celle qui doit enfanter. C’est plus qu’une promesse, c’est désormais une certitude. Amen.
 
(Dessin de Mr. Leiterer)

samedi 6 décembre 2014

02ème duimanche de l'Avent B - 07 décembre 2014

Avec Marc, vivons un vrai commencement.




Il y a des signes qui ne trompent pas ! Lorsque nous voyons l’agitation dans nos villes et villages pour l’installation progressive des lumières de Noël, des cabanes du Marché de Noël là où la tradition existe, nous savons que le temps est proche où nous allons entrer en Avent. Dans nos paroisses aussi, les équipes pastorales nous permettent de vivre ce temps de l’attente de manière à nous mener progressivement vers la joie de l’annonce d’une naissance, celle de notre Sauveur. Mais n’allons pas trop vite : le temps de la préparation n’est pas le temps de la réalisation. 
 
L’évangile que nous venons d’entendre laisse clairement entrevoir que quelque chose de neuf se prépare. Les premiers mots de Marc que nous venons de lire le rappellent avec force : Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu. 
 
Commencement : il s’agit bien de découvrir, dans nos vies souvent répétitives, que quelque chose de neuf peut advenir, qu’un commencement est toujours possible. Nos jours ne sont pas simplement une suite continue et sans fin de gestes, de moments, de phrases… à redire ou à revivre à l’infini. Nous sommes invités à vivre ce temps comme le commencement d’un moment ou d’une rencontre qui peut bouleverser notre vie. Ce commencement, dans l’évangile, est marqué par le rappelle d’une promesse ancienne, formulée jadis par le prophète Isaïe : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Ce rappel ne nous ramène pas des siècles en arrière ; il est là pour nous dire que cette promesse trouve enfin sa réalisation, ici et maintenant. Je vous souhaite de pouvoir vivre ce commencement en chassant l’idée que ce n’est qu’un recommencement. Les années liturgiques se suivent et ne se ressemblent pas. Il n’y a pas de routine en pastorale. Il n’y a qu’un chemin que nous sommes invités à suivre, à frais toujours nouveau, à la rencontre du Christ. A frais toujours nouveau parce que nous changeons, nous évoluons, nous grandissons, nous mûrissons ! 
 
Commencement de la Bonne Nouvelle : ce commencement est une invitation à accueillir une Bonne Nouvelle. En ces temps de crise, voilà qui devrait nous réjouir. Le monde n’est pas foutu ; l’homme n’est pas perdu. Il y a du neuf sous le soleil ! Alors que notre monde semble gris, courant à sa perte, voilà qu’une Bonne Nouvelle nous sera annoncée. Et cette Bonne Nouvelle changera nos vies si nous savons l’accueillir. Ce temps de l’Avent est justement donné pour entendre l’annonce de cette Bonne Nouvelle que Dieu réalisera pour nous, et nous permettre d’en reconnaître les signes quand viendra le temps de la réalisation. Nous ne pouvons donc pas laisser passer ce temps de l’Avent sans rien faire, en pensant qu’aujourd’hui est comme hier, et que demain finalement ne changera rien. Au contraire, tout peut changer si nous entendons l’appel à la conversion que ce temps porte en lui. Tout peut changer si nous nous mettons à l’écoute de cette voix qui crie dans le désert. La prophétie d’Isaïe citée par Marc nous renvoie à cette autre prophétie d’Isaïe que nous avons entendue en première lecture : Voici votre Dieu ! Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent. Cette Bonne Nouvelle, c’est donc que Dieu ne se désintéresse pas de l’homme, qu’une alliance nouvelle est toujours possible. A nous de savoir lui préparer le chemin. 
 
Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu. Dans un monde sécularisé, les interventions du religieux sont souvent mal perçues. Nous en avons eu des exemples encore récemment avec la visite du pape aux institutions européennes ou les attaques en justice quasi systématiques de la part de groupuscules minoritaires qui veulent même supprimer du paysage public toute manifestation particulière comme la mise en place d’une crèche dans une mairie ou un conseil général, au nom d’une laïcité érigée en religion, si ce n’est en dictature. Pourtant, la foi chrétienne porte en elle une originalité, celle d’un Dieu qui vient à la rencontre de l’homme. Cette particularité nous fait non seulement aimer l’humanité dans sa totalité, mais nous oblige à un engagement permanent pour que tout l’humain soit non seulement respecté, mais aussi stimulé. Si nous devons nous garder, avec raison, de tout prosélytisme, nous n’avons pas pour autant à mettre nos convictions dans la poche, avec un mouchoir dessus. Au cœur de nos pratiques, au cœur de notre engagement en faveur de l’Homme, il y a le Christ, celui qui vient sans cesse à notre rencontre, celui qui vient dans notre monde pour le sauver. Les temps de l’Avent et de Noël, que nous allons vivre successivement, nous rappellent l’éminente dignité de l’Homme que nous voulons servir à travers nos divers engagements. Chaque croyant, qu’il soit religieux ou laïc, est engagé dans ce même service qui met l’Homme au centre de nos préoccupations. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ est annoncé partout où l’homme est respecté dans sa dignité, partout où l’homme est servi, partout où l’homme est appelé à grandir. Prions le Christ, Dieu fait homme, de mettre au cœur de toutes nos communautés ce désir de servir l’homme, ce désir de servir tout homme. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ n’est bonne que parce qu’elle est partagée, largement, de sorte que personne ne reste enfermé dans sa misère, son désespoir, ses difficultés. 
 
Vivre ce commencement de l’Evangile ne se limite donc pas à vivre un nouveau temps. Vivre ce commencement, c’est accueillir le désir de Dieu lui-même de transmettre au monde une Bonne Nouvelle qui ne se paie pas de mots mais se vit en actes. Au moment où Dieu lui-même s’apprête à entrer dans le monde, ne désertons pas ce monde, mais rejoignons-le et proposons-lui de suivre avec nous le chemin qui mène au Christ, source du bonheur véritable. Nous ne vivrons plus seulement alors le commencement d’une Bonne Nouvelle ; nous aurons commencé le temps de sa réalisation très concrète dans la vie et le cœur des hommes. Amen.

samedi 30 novembre 2013

1er dimanche de l'Avent A - 01er décembre 2013

Dieu va venir ! Marchons à sa lumière!




Nous voici donc au temps de l’Avent, temps d’attente, temps de préparation à Noël, temps de préparation à l’accueil de l’œuvre de Dieu en nos vies. C’est un beau temps liturgique, porteur de fruits spirituels pour peu que nous n’idéalisions pas le don que Dieu veut nous faire. Car l’histoire biblique nous le prouve : Dieu se révèle souvent différent de ce que les hommes en attendent. Pour nous permettre de comprendre mieux encore, permettez que je vous raconte un conte qui nous vient d’une autre tradition spirituelle que la nôtre, un conte des lointaines Indes. 
 
« Le brahmane Latchoumanane était un homme très pieux. Tous les jours, à son réveil matinal, il prenait son bain de tête rituel et partait aussitôt vers le temple, son panier d’offrandes à la main. Il allait assister au puja du matin, ce culte hindouiste rendu à Dieu trois fois par jours. Avec ferveur, il priait : Seigneur, je viens te rendre visite chez toi, sans que j’aie manqué un seul jour. Matin et soir, je te fais des offrandes. Ne peux-tu pas venir chez moi ? Attentif à cette prière quotidienne, Dieu lui répondit enfin : Demain, je viendrai ! Quelle joie pour Latchoumanane ! Il se met à laver à grande eau toute sa maison. Il fait tracer sur le seuil des Kôlams, ces dessins en farine ou en pâte de riz. A l’aube, il attache une guirlande de feuilles de manguier à l’entrée de sa maison. Les lampes à huiles sont allumées sur le banc en maçonnerie que possède toute maison indienne. Au centre de chaque kôlam s’épanouit une belle fleur jaune de potiron. Et dans la salle de réception, des plateaux de fruits, de galettes sucrées et de fleurs s’étalent à profusion. Tout est prêt pour recevoir Dieu. Latchoumanane se tient debout pour l’accueillir. L’heure du puja matinal approche. Un petit garçon qui passe par là aperçoit par la fenêtre ouverte, les plateaux de galettes. Il s’approche : Grand-père, tu as beaucoup de galettes, là-dedans, ne peux-tu m’en donner une ? Furieux de l’audace du gamin, Latchoumanane réplique : veux-tu filer, moucheron ! Comment oses-tu demander ce qui est préparé pour Dieu ? Et le petit garçon, effrayé, s’enfuit. La cloche du temple a sonné. Le puja du matin est terminé. Latchoumanane pense : Dieu viendra après le culte de midi, attendons-le. Fatigué, il s’asseoit sur le banc. Un mendiant arrive et lui demande l’aumône. Latchoumanane le chasse vertement. Puis il lave soigneusement la place souillée par les pieds du mendiant. Et midi passe… Dieu n’est toujours pas au rendez-vous… Le soir vient. Latchoumanane tout triste attend encore la visite promise.  Un pèlerin se présente à l’heure du culte du soir : Permets-moi de me reposer sur le banc et d’y dormir cette nuit. - Jamais de la vie ! C’est le siège réservé à Dieu ! La nuit est tombée. Dieu n’a pas tenu sa promesse pense Latchoumanane. Quel chagrin ! Le lendemain, revenu au temple pour la prière du matin, le dévot renouvelle ses offrandes et fond en larmes : Seigneur, tu n’es pas venu chez moi comme tu me l’avais promis ! Pourquoi ? Une voix lui dit alors : Je suis venu trois fois chez toi, et trois fois tu m’as chassé… » 
 
Même si cette histoire nous vient d’une autre tradition religieuse, qu’elle nous serve de leçon. La liturgie de ce premier dimanche de l’Avent nous invite à nous préparer à accueillir ce Dieu qui vient à notre rencontre. A l’accueillir et à le reconnaître. Comme Latchoumanane, nous pouvons être surpris. Lui s’était préparé, et bien préparé. Mais il a manqué son rendez-vous parce qu’il attendait Dieu différemment, parce qu’il n’a pas su le reconnaître dans ceux qui passaient à proximité. Etre prêt est déjà en soi une chose importante. Le temps de l’Avent est un temps favorable pour se préparer. Des activités nombreuses rythment la vie de ce temps si particulier en Alsace : que ce soit des choses toutes profanes comme la réalisation des Bredele ou des choses  plus spirituelles comme les conférences d’Avent, les concerts spirituels, le sacrement de la réconciliation… Mais tout cela ne serait que vaine agitation si nous oubliions qui est celui que nous attendons ! Tout cela ne serait que vaine agitation si nous n’étions pas capables de reconnaître Celui qui vient à la rencontre de l’homme et de son histoire. La liturgie du temps de l’Avent nous faire dire que c’est aujourd’hui que Dieu va venir : l’heure est venue, affirme saint Paul dans sa lettre aux Romains ; le salut est plus proche de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. Il faut non seulement être prêt, mais encore accepter que Dieu se présente toujours autre, qu’il se révèle à nous de manière inattendue. Il nous faut mettre de côté tous les « on dit » sur Dieu pour le découvrir tel qu’il veut se révéler à nous, dans notre quotidien, dans notre histoire d’aujourd’hui ! Et c’est sans doute la chose la plus difficile à faire : ne pas rêver de Dieu comme une jeune fille rêverait au Prince charmant ! Nous voudrions bien souvent un Dieu à notre mesure, un Dieu sur-mesure. Mais à force d’imaginer comment Dieu doit être avec nous, nous risquons fort de le laisser passer sans le reconnaître ! 
 
Souvenons-nous, durant ce temps de l’Avent, que c’est Dieu qui nous invite à l’attendre, que c’est lui qui fait de nous des veilleurs, lui qui nous invite à aller à sa rencontre. C’est lui qui nous attend, toujours. Puissions-nous devenir des veilleurs  éveillés, attentifs aux vrais signes de la présence de Dieu. A l’invitation du prophète Isaïe, marchons à la lumière du Seigneur ! Eclairés par lui, nous ne risquons pas de nous égarer et nous pourrons aller à la rencontre de Celui qui vient, en confiance et en vérité Amen.
 

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)