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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 1 mars 2025

8ème dimanche ordinaire C - 2 mars 2025

 Salade de fruits, jolie, jolie, jolie...





Salade de fruits, jolie, jolie, jolie, tu plais à mon père, tu plais à ma mère… Ce refrain que les moins de cinquante ans ont le droit de ne pas connaître est revenu à ma mémoire en méditant cette page d’évangile pour l’homélie de ce dimanche. Il donne l’impression que Luc, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, était en possession d’éléments épars dont il ne savait que faire, et plutôt que de les jeter, les a réunis en un discours tutti frutti pour une petite leçon de choses. Il y a suffisamment de choses variées dans ce discours pour que pères et mères, et tous les autres, puissent y trouver leur plaisir. Nous avons là des problèmes de vue, de jardinage, de cœur, et si nous rajoutons les paroles de Ben Sira le Sage, nous avons l’ouïe et la parole. La leçon de chose peut alors commencer.

Commençons par le plus ancien, Ben Sira. Il nous dit : Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé, c’est alors qu’on pourra le juger. A croire qu’il était féru de physique et de mathématique, et qu’il avait découvert avant tout le monde que la vitesse de la lumière était supérieure à celle du son. C’est sans doute lui qui a inspiré à un autre cette maxime : C’est parce que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du son que certains ont l’air brillants avant d’avoir l’air stupide (j’ai changé le dernier mot pour des questions de décence). Toujours est-il que l’un et l’autre nous invite à la prudence et à la patience. Ne nous emballons pas devant les hommes, attendons qu’ils ouvrent la bouche ! Cela peut éviter bien des déconvenues. Leçon de chose n° 1. 

La première parabole de Jésus rapportée par Luc nous parle de maître et de disciples. Elle est un avertissement à tous ceux qui pensent tout savoir, à ceux qui pensent avoir dépassé leur maître. Ils ne voient plus qu’eux, leur maigre savoir acquis, et ils s’imposent partout, faisant comprendre à qui veut bien les écouter qu’eux seuls ont les solutions ; et ils abusent de leur pouvoir en imposant leurs vues au mépris du respect élémentaire dû aux autres et d’une prudence minimum qui voudrait que l’on confronte son avis à celui d’autrui. Ils sont des guides aveugles qui conduisent ceux qui les écoutent dans un trou, parce qu’ils refusent d’avoir des maîtres ou s’érigent en maître. Nous en avons de beaux exemples en ce moment, particulièrement dans le domaine politique (regardez ce qui se passe dans le bureau ovale à Washington) ; chaque jour hélas nous apporte son lot d’aveugles qui veulent guider le monde. Mais nous avons pu voir aussi les ravages que peuvent commettre ses guides autoproclamés ou proclamés comme tels par les autres sans discernement, quand ils exercent dans le domaine religieux. Cela donne des abus de toutes sortes et même, dans le pire des cas, des attentats pour éliminer ceux qui ne croient pas, qui ne suivent pas la même route. Soyons assez réalistes sur nous-mêmes et nos capacités, sur ceux que nous écoutons et regardons et acceptons toujours de nous former mieux au discernement et à la réflexion. Leçon de chose n°2.

La parabole sur la paille et la poutre est un appel à ne pas juger les autres trop vite pour ne pas commettre d’injustice d’une part, et ne pas se ridiculiser d’autre part. Personne, hors Dieu, n’est parfait ; personne, hors Dieu, n’est sans défaut. Faisons le ménage devant notre porte avant de vouloir le faire chez les autres. C’est la leçon de chose n° 3.

De même que l’on reconnaît l’arbre à ses fruits, de même on distingue l’homme bon de l’homme mauvais à sa parole ! De même qu’un pommier ne peut donner que des pommes, l’homme bon ne peut dire que du bien et l’homme mauvais que du mal, car, dit Jésus, L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. Le cœur, dans la bible, est le siège de mes grandes décisions, du lieu où, si je suis croyant, Dieu dialogue avec moi et me fait connaître sa volonté, le lieu où Dieu inscrit sa Loi (Jr 31, 31-34). Seul celui dont le cœur est bon peut le bien. As-tu laissé entrer dans ton cœur le bien ou le mal ? C’est une invitation à l’introspection, à un regard honnête sur soi et, le cas échéant, à la conversion. Leçon de chose n° 4.

L’évangile de ce dimanche est peut-être fait de bric et de broc, mais cela ne signifie pas qu’il n’a rien à nous dire. Ces petites paraboles, mises ensemble, nous invitent à utiliser nos sens et notre intelligence en vue du bien et de l’édification. Tout ce que nous voyons, tout ce que nous entendons, tout ce que nous disons, tout ce que nous faisons, que ce soit toujours pour le bien de tous, débordant de l’amour que Dieu a mis dans notre cœur. Alors nous serons des disciples bien formés, chacun comme notre maître, lui qui est passé en faisant le bien. Amen. 


samedi 4 novembre 2023

31ème dimanche ordinaire A - 05 novembre 2023

 Quand la parole de Dieu se fait difficile...



(Tableau d'Arcabas)


  

  

            Il y a des dimanches où la Parole de Dieu peut nous sembler sévère, difficile à entendre, parce qu’elle a été écrite dans un contexte de crise, à une époque lointaine dont la plupart d’entre nous n’ont que trop peu entendu parler pour en apprécier toute la portée. Et si nous lisons ces textes aujourd’hui en les prenant au pied de la lettre, nous risquons des raccourcis dramatiques. Ainsi la première lecture pourrait nous pousser à dire : les prêtres, tous pourris ; et l’évangile pareillement, mais cette fois-ci des intellectuels et des cathos trop catholiques pour certains (nos scribes et pharisiens modernes). Il n’est jamais bon de sortir un texte de son contexte, même et surtout quand ce texte est Parole de Dieu.  La question qui se pose alors est la suivante : comment ces textes sévères peuvent-ils être parole de Dieu qui fait grandir et vivre ? 

            La première piste que je vous propose, ce sera d’éviter de faire de la religion une morale. Ce sont là deux disciplines distinctes. Et si ma foi, prise au sérieux, entraine une modification de mon comportement envers les autres, elle ne s’en réduit pas pour autant à un ensemble de règles morales à observer. Dieu n’est pas le gendarme de nos vies, même s’il veille sur nous ; il est celui qui veut principalement entrer en relation, en Alliance d’amour, avec nous. La question n’est donc pas de savoir quelle règle je dois observer, mais comment je fais pour aimer mieux. L’évangile de dimanche dernier nous le rappelait à sa manière : tout est accompli de ce que Dieu veut, dès lors que j’aime comme Dieu aime, d’un amour désintéressé, qui met Dieu et l’autre au cœur de mon agir. Et, pour en rester au texte du prophète Malachie, Dieu mérite que les hommes, et les prêtres en premier, célèbrent le culte de telle manière que celui-ci soit à la hauteur de la gloire de Dieu. Pour le dire autrement, et ayant lu la totalité du livre du prophète, les prêtres doivent célébrer correctement, et les fidèles montrer plus de zèle quand ils vont au Temple. 

            La deuxième piste intéressante est de se souvenir toujours de ce que Paul écrit aux chrétiens de Thessalonique et qui leur vaut ses félicitations : ils ont accueilli la parole de Dieu pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre dans les croyants. Nous pouvons ne pas toujours la comprendre ; certains passages de la parole de Dieu ne s’éclaireront peut-être qu’avec le temps, à force de les méditer : elle reste cependant parole de Dieu qui agit, donc parole qui veut le meilleur pour nous, parole qui veut pour nous la vie avec Dieu. La comprenant ainsi, nous ne mettrons pas de côté ce qui ne nous convient pas ; nous ne nous fabriquerons pas une petite bible à usage personnelle ; mais nous entrerons progressivement dans cette parole, retenant ce que nous comprenons immédiatement, approfondissant toujours davantage ce qui nous interpelle, nous interroge voire nous scandalise. Il nous est interdit d’ignorer la parole de Dieu ; il nous est recommandé de la travailler pour la comprendre mieux dans le monde et l’époque où nous vivons. Nous entendons la même parole que les Thessaloniciens de l’époque de Paul, mais nous ne l’interprétons peut-être pas toujours de la même façon, parce que notre époque n’est pas, et n’est plus, l’époque des Thessaloniciens à qui Paul écrit. Mais ce qu’il leur a écrit, peut encore interroger notre époque ; ce qu’il leur a écrit peut encore éclairer notre époque, peut-être avec des accents différents. La parole de Dieu ne change pas ; ce qui change, c’est le monde dans lequel nous avons à la vivre ; ce qui peut changer, c’est donc notre manière de la vivre aujourd’hui. Si nous figeons la parole de Dieu dans l’époque à laquelle elle a été écrite, elle sera juste une collection intéressante de paroles venant d’un passé de plus en plus lointain, et un éclairage sur un modèle de société donné. Mais si nous la travaillons, la méditons avec ferveur, elle sera une parole authentique de Dieu pour le monde d’aujourd’hui. 

            La dernière piste que je vous propose nous vient du bref psaume 130 (131) qui nous a permis de répondre à l’extrait du prophète Malachie. Il nous rappelle l’attitude qui convient lorsque nous nous présentons devant Dieu : une juste humilité (je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux) et une grande confiance en Celui qui vient à notre rencontre (Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais). Je comprends de cela que je dois laisser Dieu être Dieu comme il veut l’être, comme il a promis jadis à Moïse de l’être toujours. Je suis celui que tu auras besoin que je sois selon les étapes de ta vie, dit-il en substance quand Moïse lui demande son nom et qu’il répond :  Je suis qui je suis ou je suis qui je serai. Nous pouvons dès lors ne jamais avoir peur de Dieu, et lui garder la confiance primordiale, celles des enfants vis-à-vis de leurs parents : Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Quand nous abordons avec cet esprit la parole de Dieu, qu’elle soit sévère comme aujourd’hui ou plus encourageante, nous reconnaîtrons toujours en elle Dieu qui nous invite à le suivre et nous prévient des dangers de la route, dangers dans lesquels nous nous mettons tout seul quelquefois. Rendre à Dieu la gloire qui lui est due, c’est aussi reconnaître et confesser qu’il est Dieu-avec-nous, Dieu-pour-nous, nous appelant toujours à une vie plus grande et nous donnant de la réaliser. 

            Puisse notre eucharistie toujours nous redonner le goût de la parole de Dieu. Puisse-t-elle toujours nous permettre de le célébrer dignement, d’un culte qui soit à sa hauteur. Puisse-t-elle nous apprendre à toujours nous rapprocher de Dieu qui est notre vie et qui veut pour notre vie le meilleur ; il gardera notre âme dans la paix, près de lui, ici, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen.


samedi 27 août 2022

22ème dimanche ordinaire C - 28 août 2022

 La dernière place.



            

(Image internet)




            Après nous avoir invités à passer la porte étroite dimanche dernier, voici que Jésus nous parle de la dernière place à prendre. Dans une société qui cultive la réussite par-dessus tout, dans une société qui compare les écoles en fonction du taux de réussite aux examens ou du classement PISA, voici une parole qui fait tache, une fois de plus. On en vient presque à être heureux que, dans les grands repas, les places soient définies soit par un protocole strict, soit par ces petites étiquettes qui permettent à l’organisateur de placer ses invités selon un plan qu’il est le seul à connaître. On peut ne pas être très heureux de sa place, mais au moins, il n’y a plus de risque de se faire rétrograder. 

            Plus sérieusement, ce à quoi nous invite Jésus, c’est à une vertu pour certains, un défaut pour d’autres, qui a pour nom l’humilité. Il suffit de rapprocher l’évangile de la première lecture pour le comprendre. Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur, conseille Ben Sirac le Sage. Vous aurez remarqué à l’écoute du texte qu’il rapproche l’humilité de la capacité à rendre gloire à Dieu : Grande est la puissance du Seigneur, et les humbles lui rendent gloire. Nous pouvons donc en déduire qu’est humble toute personne qui sait se reconnaître créature de Dieu. Il ne s’agit donc pas de s’humilier, de se rabaisser. Bien au contraire !  Ecoutez le psalmiste dans le psaume 138 : Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis ; étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait. Ce n’est pas de l’orgueil de se reconnaître bien fait par Dieu. Le psalmiste se situe bien comme créature face à son Créateur ; et en reconnaissant combien il est un être étonnant, il reconnaît aussi la puissance de Dieu qui l’a créé. Ne confondons plus humilité et humiliation : ce sont bien deux choses opposées, voire contradictoires. Ce que le Christ nous demande, ce que la Parole de Dieu nous demande, c’est d’être humble, de nous situer en vérité devant Dieu et devant les hommes. Et devant tout ce que nous faisons de bon et de bien, de ne pas nous gonfler d’orgueil, mais reconnaître la puissance de Dieu qui agit à travers nous. Il nous a faits à son image pour que nous poursuivions et prenions soin de l’œuvre de sa création à lui. Nous pourrions relire aussi l’évangile des talents qui nous rappelle que chacun de nous a été doté de talents, chacun selon ses capacités. Dieu ne nous demande rien d’impossible, et nous donne par avance la grâce nécessaire pour accomplir ce qu’il attend de nous. Cela devrait être une raison suffisante pour rester humble et rendre grâce à Dieu de ce qu’il nous donne de vivre et de faire. 

            Cela dit, je voudrais apporter une première précision. Dans cette page d’évangile, Jésus nous fait une double invitation : d’abord ne pas rechercher la première place et ensuite choisir volontairement la dernière place. Ce n’est pas la même chose, vous en êtes tous bien conscients. Si cela était la même chose, il n’y aurait que deux places offertes : la première et la dernière. Or il y a pleins d’autres possibilités en générale : la deuxième, la troisième et ainsi de suite. Or Jésus n’a pas un mot sur ces autres places. L’humilité consiste peut-être aussi, en plus de reconnaître la place de Dieu dans ma vie, à ne pas me comparer aux autres et surtout à ne pas m’estimer supérieur à eux. Et là il faut quelquefois nous faire violence. Nous estimons tous qu’il y a au moins toujours une personne moins bien que nous, quel que soit le plan sur lequel elle est moins bien. Avec le psalmiste déjà cité, nous pouvons reconnaître le prodige que nous sommes, mais reconnaissons aussi que les autres le sont tout autant. Il ne nous revient pas de nous classer, de nous estimer. Notre relation à Dieu n’a rien d’un entretien d’embauche lors duquel il nous est demandé nos prétentions. Dieu nous a tous voulu comme ses enfants. Il nous aime tous pareillement ; il veille pareillement sur chacun. En cela, il est le Père véritable qui ne fait pas de différence entre ses enfants. Nous avons tous même importance à ses yeux. 

            Une seconde précision : ce que Jésus nous demande (choisir la dernière place) est juste impossible à réaliser, parce que cette dernière place est déjà prise et définitivement prise. La dernière place, c’est le Christ qui l’a prise quand il est allé sur la croix. Personne ne lui prendra jamais la dernière place. C’est pourquoi, dit l’hymne aux Philippiens, Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. Il est passé de la dernière à la première place, à tout jamais. Mais cette dernière place reste quand même la sienne, à tout jamais. Personne ne peut prendre la place que le Christ a prise pour nous sauver. Nous pouvons nous en approcher un maximum, mais elle demeurera pour toute éternité sa place, celle qui lui a valu d’être élevé au-dessus de tous. Être humble, c’est aussi reconnaître cette primauté du Christ. Nous sommes faits, par notre baptême, des autres Christ, sans jamais arriver à l’égaler, lui le Premier-né, le Fils unique du Père éternel. 

            Ayons soin de cultiver l’humilité ; ayons soin de vouloir ressembler au Christ, lui qui a pris la dernière place pour que personne n’ait plus jamais à endurer ce qu’il a enduré. Et rendons grâce à Dieu de nous avoir donné un tel Sauveur. A lui la gloire, pour les siècles des siècles. Amen.

samedi 26 octobre 2019

30ème dimanche ordinaire C - 27 octobre 2019

Vraiment, Dieu est impartial envers les personnes !






            Ben Sirac le Sage l’affirme : Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Mais alors pourquoi ce sentiment bizarre que certains peuvent ressentir en entendant l’Evangile du pharisien et du publicain qui vont au Temple pour prier ? Pourquoi, avant même la fin de l’histoire, avons-nous l’impression que cela finira mal pour le pharisien et bien pour le publicain ? Jésus n’aime-t-il pas les pharisiens dont le seul but est de vouloir vivre leur foi complètement ? N’aime-t-il pas les croyants, pratiquants, Jésus ? 

            Autant le dire tout de suite, il ne rejette pas le pharisien parce qu’il est pharisien. Il ne les évite pas, et va même manger chez l’un d’entre eux. Certains historiens pensent même que Jésus était proche d’eux ; son insistance sur la Loi qu’il ne vient pas abolir mais accomplir, ses invitations à revenir à la foi et à la vivre authentiquement, sont autant de marqueurs qui auraient dû rapprocher Jésus de ce groupe nommé pharisien. Certains commentateurs pensent même que c’est parce qu’il les aime bien qu’il dénonce les travers de certains. Ce n’est pas ce qu’est cet homme (un pharisien) que Jésus dénonce, c’est ce qu’il dit. 

            De même pour le publicain. Il ne le loue pas parce qu’il est publicain. Je crois que nous pouvons nous entendre sur le fait que Jésus n’aime pas le péché, mais alors pas du tout. Il offre sa vie sur la croix pour combattre le péché, pour le vaincre définitivement, de sorte que tout homme qui se fie à Jésus puisse profiter de cette victoire obtenue à grand prix. Mais s’il n’aime pas le péché, il faut reconnaître qu’il a un faible pour les pécheurs. Là encore, ce n’est pas ce qu’est cet homme (un publicain) que Jésus loue, c’est ce qu’il dit. Nous pouvons encore nous entendre sur le fait que Jésus aime, sans doute aucun, les deux hommes. Aucun ne part avec un avantage sur l’autre ; aucun ne part avec un handicap sur l’autre. Jésus raconte une parabole qui met en scène deux hommes ; l’un est pharisien, l’autre publicain. C’est tout. Et ce que dit chacun, l’autre aurait pu le dire. 

          Il existe des pharisiens, des croyants, pratiquants, qui savent parler à Dieu d’autre chose que des nombreuses bonnes actions qu’ils font à longueur de journée. Il y a des pharisiens, des croyants pratiquants, qui savent louer Dieu pour la foi qu’il leur donne de vivre, pour le chemin de salut qu’il leur permet de suivre. Il y a des pharisiens, des croyants pratiquants, qui savent se tenir devant Dieu avec humilité et sincérité, reconnaissant leur manque et combien ils ont encore besoin de Dieu. Il se trouve juste que celui dont Jésus parle n’est pas de ceux-là ! 

De même, il y a des publicains, des pécheurs, qui ne craignent pas Dieu, qui se plaisent dans leur péché, qui se moquent de tout et de tout le monde. Il y a des publicains, des pécheurs, qui sont fiers de la vie qu’ils mènent et pour qui Dieu n’est guère plus important que le premier péché qu’ils ont commis avec délectation. Il y a des publicains, des pécheurs, qui ont perdus le sens du bien et qui vivent bien avec. Il se trouve juste que celui dont parle Jésus n’est pas de ceux-là ! 

Je suis convaincu que si ces personnages n’étaient pas les héros malgré eux de la parabole, mais existaient vraiment, je suis convaincu donc que Jésus, les rencontrant, les aimerait pareillement au départ. Il porterait sur eux le même regard, celui de Dieu qui aime chacun du même amour. Il ne dirait pas : ce n’est qu’un pharisien, qui fait déjà tout bien : sans intérêt pour moi ! Il ne dirait pas : chouette, un publicain qui fait tout de travers : voilà quelqu’un que je peux sauver. Jésus regarde et écoute, chacun de nous, pareillement. Si nous pouvons avoir l’impression qu’il en préfère certains à d’autres, ce n’est pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font, ou pas. Souvenons-nous toujours de cette phrase de l’Evangile de Matthieu : Ce que vous avez fait (ou pas) à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas). Il n’est pas dit que le petit, c’est nécessairement le publicain ; il n’est pas dit davantage que le petit, ce ne peut pas être le pharisien ! Le petit, c’est celui qui a besoin de nous ! 

            Face à Dieu, nous devons nous faire petit, c’est-à-dire reconnaître que nous avons besoin de lui pour être réellement et totalement sauvés. C’est ce que ce pharisien de la parabole n’arrive pas à faire ; c’est ce en quoi excelle le publicain de la parabole. Tous deux sont face à Dieu, au Temple. Tous deux viennent là pour prier, c’est-à-dire s’adresser à Dieu. L’un ne parle que de lui et de tout ce qu’il fait, sans rien attendre de Dieu. Il se trouve que c’est le pharisien ; mais cela aurait pu être le publicain ! L’autre parle de ce que Dieu pourrait faire pour lui. Il se trouve que c’est le publicain ; mais cela aurait pu être le pharisien ! Certes, cela n’aurait pas eu le même impact, l’histoire de Jésus étant à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être des justes et qui méprisaient les autres ce qui est justement le cas de certains pharisiens, mais pas tous. Ne généralisons pas sur la duplicité des pharisiens ; ne généralisons pas sur l’humilité de tous les pécheurs. Les livres des prophètes sont pleins de paroles de condamnations visant les pécheurs qui réussissent au-delà de toute mesure alors que les justes, ceux qui sont fidèles à la foi, sont persécutés et mis à morts. 

            Peut-être que Jésus veut juste nous dire que ce n’est pas à nous de juger les personnes, pas même nous, ni de sonder les reins et les cœurs. Cela revient à Dieu, en vérité ! Nous ne pouvons que nous tenir devant Dieu, tel que nous sommes, conscients de nos richesses et de nos limites, et implorer Dieu de nous maintenir dans les premières et de nous corriger dans les secondes. Ni fausse modestie, ni excès d’humilité. Nous ne sommes ni tout blanc, ni tout noir. Nous sommes comme la vie nous a fait, par ses joies et par ses épreuves. Et c’est tout cela qu’il faut présenter à Dieu. Lui rendre grâce pour le meilleur en nous, sans nous comparer aux autres ; lui demander de guérir en nous ce qui n’est pas à la hauteur de sa sainteté. Saint Paul, qui était pharisien, formé auprès des plus grands, dira lui-même : Le bien que je veux faire, je n’y réussi pas toujours ; et le mal que je voudrais éviter, je le commets quelquefois. Peut-être est-ce là la juste attitude, celle qui nous fait nous tenir devant Dieu en vérité. 

            Vous avez le droit de chercher à vivre honnêtement votre foi et d’y réussir ; mais n’en faites pas étalage pour enfoncer ceux qui n’y arrivent pas ! Vous êtes, comme tout homme, comme moi, marqués par le péché ; mais ne désespérez pas et confiez-vous à Dieu. Dieu aime ceux qui vivent leur foi sans étalage ; Dieu aime les pécheurs qui crient vers lui et attendent de lui un geste de salut. Dieu est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise personne. Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli, sa supplication parviendra jusqu’au ciel. La prière du pauvre traverse les nuées. Pharisien et publicain, traité pareillement, du moment que c’est Dieu, et non pas eux, qui est au centre de leur vie. Quand on vous dit que Dieu est impartial, croyez-le ! Amen.




samedi 24 août 2019

21ème dimanche ordinaire C - 25 août 2019

Un avantage, mais sans aucune garantie !






Un avantage mais sans aucune garantie : ainsi pourrait-on résumer la position du chrétien vis-à-vis du salut. C’est en tout cas ce qui ressort, me semble-t-il, de l’évangile de ce dimanche. 

Tout commence, comme souvent, par une question adressée à Jésus : Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? A l’écouter ainsi, elle me fait penser à une question d’enfants : « maîtresse, qui aura droit à ? », en espérant, de la part de celui qui la pose, qu’il sera l’heureux bénéficiaire de la chose. Je suis persuadé que ce quelqu’un qui interroge Jésus s’attend à s’entendre répondre : ne t’en fais pas, tu le seras. De même que nous, entendant l’évangile et mesurant tous les efforts que nous faisons, espérons bien être de ceux qui seront sauvés. Enfin, ne sommes-nous pas venu à l’église, chaque dimanche, pour cela ? Pour nous assurer une place au paradis ? Il suffit d’écouter les parents qui demandent le baptême pour leurs enfants sans forcément qu’ils aillent très souvent à l’église : s’ils leur arrivent quelque chose, ils iront au paradis. Et voilà le baptême relégué au rang d’assurance vie ouvrant droit à l’éternité auprès de Dieu. Comme les choses seraient simples s’il en était ainsi ! 

A écouter la réponse de Jésus, il nous faut cependant vite déchanter. D’abord parce que Jésus ne répond pas à la question qui lui est posée. Aucun nombre n’est donné ; aucun « Ne t’en fait pas » n’est entendu. Mais une série d’affirmations qui sèment le doute : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite… Beaucoup chercheront à entrer mais n’y parviendront pas… Je ne sais pas d’où vous êtes… Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez tous les prophètes dans le royaume et que vous-mêmes vous serez jetés dehors… Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. Et là tout le monde se met à transpirer parce que personne n’aime être le dernier, n’est-ce pas ! Peut-être comprenez-vous mieux maintenant pourquoi j’ai dit en ouverture d’homélie : un avantage mais sans aucune garantie ! 

Un avantage, le baptême en est forcément un : il nous fait fils de Dieu et nous le sommes, comme le dit le Rituel du baptême des petits enfants. Avec le baptême, nous avons toutes les cartes en main : nous avons le Père qui nous dit son amour, le Fils qui nous ouvre le chemin, l’Esprit Saint qui nous permet de comprendre et, dans certains cas, la Vierge Marie pour nous mener toujours plus vers son Fils. Sans oublier que nous sommes membres de l’Eglise, le peuple que Dieu appelle, guide, et fait grandir par ses sacrements. Manque-t-il quelque chose ? Dites-le nous vite pour que nous complétions nos atouts ! A bien écouter Jésus, il manque l’humilité et la justice : deux choses qui ne se reçoivent pas, mais qui se pratiquent. Parce que le baptême n’est pas un moment de notre vie, il est toute notre vie ; il ouvre à un art de vivre conforme à notre foi. Et cet art de vivre, Jésus le décline en creux dans sa réponse à ce quelqu’un qui l’interroge. Cet art de vivre commence par l’humilité (Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite) qui nous évite de nous gonfler d’orgueil devant les autres ; l’humilité qui nous met à notre juste place face à Dieu qui sauve ; l’humilité qui fait que je ne revendique rien pour moi-même, mais qui me place en vérité à la suite du Christ, chemin vers le salut. Cet art de vivre consiste aussi à pratiquer la justice (éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice), à ne rien faire de mal, à ne rien dire de mal, à ne pas soutenir silencieusement le mal. 

Si le baptême est un avantage sur la route qui mène au salut, il n’est en aucun cas la garantie d’y parvenir. Le baptisé qui n’est pas humble, le baptisé qui commet l’injustice, s’entendra dire : Je ne sais pas d’où tu es ; éloigne-toi de moi ! Cette page d’évangile qui peut nous paraître sévère est encore une fois une page d’avertissement, une page qui invite à la conversion, à retrouver l’art de vivre qui correspond à celui qui a été reçu dans l’Eglise par le baptême. Elle est une invitation à une certaine sobriété, à nous débarrasser de ce qui nous grossit et à rejeter définitivement le mal hors de notre vie. Elle est une invitation à prendre au sérieux l’aujourd’hui de notre vie et à inscrire notre foi dans cet aujourd’hui. Il est vrai de croire que Dieu sauve tous les hommes en Jésus Christ, mort et ressuscité ; mais il est vrai aussi de croire que dès aujourd’hui, par ma foi et ma vie accordée à ma foi, je participe à mon salut. Dieu ne me sauvera pas malgré moi. Dieu ne me sauvera pas si je me complais dans l’injustice et l’orgueil. Rendons toute justice à Dieu en reconnaissant son désir de salut pour nous ; mais n’ayons pas l’orgueil de croire que parce que nous sommes chrétiens, catholiques de surcroît, nous sommes déjà sauvés. 

Soyons les premiers à désirer le salut, parce que c’est une bonne chose que de désirer ce que Dieu désire pour nous ; mais ne soyons pas les derniers à marcher humblement avec notre Dieu, ni les derniers à pratiquer la justice envers tous nos frères. Ces derniers là resteront éternellement les derniers, sauf au jour où le Christ appellera à la joie du Royaume. Ils seront alors les premiers à être jetés dehors. Nous voilà au moins tous prévenus : avec la foi, nous avons reçu un énorme avantage, mais absolument aucune garantie. Amen.

(L'image de notre paroisse n° 212, août-septembre 2004)


samedi 4 novembre 2017

31ème dimanche ordinaire A - 05 novembre 2017

Vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux.





Lorsque nous rencontrons Jésus à ce moment de l’évangile de Matthieu, il sort d’une longue polémique avec les scribes et les pharisiens qui voulaient le prendre au piège. Que ce soit sur la Loi ou les impôts, ils n’ont pas réussi, eux, les maîtres de la Loi, à coincer le petit rabbi qu’ils méprisent. Toujours, il les a ramenés à l’essentiel : notre rapport à Dieu. Maintenant qu’ils n’ont plus de questions, maintenant qu’ils ont épuisé leurs pièges, c’est à Jésus de prendre les choses en main ; c’est à lui d’enseigner. Et son enseignement ne vise pas à détruire les scribes et les pharisiens - puisqu’il conseille de faire ce qu’ils disent - mais à nous montrer le vrai chemin d’une vie selon l’Esprit de Dieu. Ce chemin, il le résume dans cette phrase : Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. 
 
C’est d’abord une invitation à vivre une fraternité vraie, comme le rappelait déjà le prophète Malachie dans la première lecture quand il interroge : Pourquoi nous trahir les uns les autres, profanant ainsi l’Alliance de nos pères ? En effet, si nous n’avons qu’un seul Père, nous sommes tous frères, appartenant à la même famille. Nous devrions donc vivre selon le même esprit de famille. Nous devrions avoir le même souci : suivre les chemins du Seigneur. Il n’y a pas lieu de faire des différences, de montrer du doigt, d’opposer ; il ne faut surtout pas, par nos manigances et nos comportements entraîner la chute de quiconque : il faut, au contraire, en toute chose rechercher l’unité. Ce n’est pas facile, j’en conviens. Aucun n’a de leçon à donner aux autres, mais tous, il nous faut avancer, ensemble, sur le chemin exigeant du pardon et de l’acceptation de l’autre tel qu’il est, pour parvenir à cette fraternité qui est d’abord un don de Dieu. Car c’est dans la mesure où nous accepterons que Dieu soit véritablement notre Père, que nous vivrons de son Esprit qui fait de nous des frères. 
 
Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. C’est aussi un appel à une plus grande humilité. Saint Paul l’écrit : ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. En agissant ainsi, nul risque de se prendre pour un petit chef qui sait tout, comprend tout, et qu’il faut suivre à la lettre. Vous n’avez qu’un seul Maître, le Christ. Voici donc celui qu’il nous faut suivre. Sa Parole est une parole autorisée, une parole qui fait référence, une parole qui fait loi : car elle est la parole même de Dieu, le Père de tendresse, le Père qui aime, le Père qui sauve, le Père qui relève et qui pardonne. Chacune de nos paroles devrait se faire l’écho de ses paroles d’amour et de pardon. Chacune de nos paroles devrait ouvrir à son destinataire un espace de liberté et d’amour où il puisse se reconnaître comme mon frère, comme le fils de ce Père qui nous appelle. 
 
Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. A chacune de nos liturgies, nous invoquons Dieu comme notre Père. Nous le faisons à la suite de la prière eucharistique, avant de nous approcher de l’autel pour recevoir le pain de la vie, avant même encore d’échanger un geste de paix avec nos voisins. Comme si toute la suite de notre célébration dépendait de notre capacité à reconnaître Dieu comme Père. Comment, en effet, échanger la paix qui vient de Dieu si je ne reconnais pas en l’autre, celui qui est juste à côté de moi, un frère à aimer ? Comment accueillir le pain de l’eucharistie qui m’agrège au Corps unique du Christ, si je refuse à mon voisin cette qualité de fils qu’il partage avec moi depuis son baptême ? A chacune de nos liturgies, le Père nous invite à le reconnaître comme tel. Avons-nous bien conscience que nous venons ici pour le retrouver, pour vivre une véritable rencontre avec tous nos frères autour de notre Père ? Le pardon qui est annoncé est son pardon offert. La parole qui est proclamée est sa Parole de vie. Le pain qui est partagé est la nourriture qu’Il nous donne. Les personnes que nous rencontrons sont bien les frères et les sœurs qu’il nous confie pour parvenir avec eux au Royaume promis. 
 
Vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Puisse Dieu nous accorder de le découvrir ainsi chaque jour davantage. Puissions-nous avoir l’esprit et le cœur suffisamment ouverts à cette révélation pour qu’elle transforme notre regard et notre agir. Alors nous commencerons la construction de ce monde plus juste et plus fraternel où nous serons tous UN, frères et sœurs dans le Christ, rassemblés dans la louange du Dieu Unique et Vrai, vivant de l’Esprit qui fait de nous des fils. AMEN.









samedi 22 octobre 2016

30ème dimanche ordinaire C - 23 octobre 2016

Un pauvre crie ; le Seigneur entend.




Un pauvre crie ; le Seigneur entend. L’antienne du psaume de ce dimanche donne le ton et nous fait comprendre, dans le foisonnement des paroles entendues, ce qui est utile, ce qu’il est bon de retenir. Au cœur de la foi biblique, il y a bien cette certitude, profondément ancrée, que Dieu ne reste pas sourd à celui qui crie vers lui.  
 
Ben Sirac le Sage proclame aussi cette certitude : le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé. Voilà prévenus celles et ceux qui ne respectent pas la justice, celles et ceux qui oppriment, celles et ceux qui exploitent les hommes. Les pauvres, les opprimés, les exploités ont un défenseur puissant, un protecteur qui veille. Quand bien même Dieu voudrait rester sourd à leurs appels, la prière du pauvre traverse les nuées… il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des juste et rendu justice. Il nous faut alors nous souvenir de la parole de Jésus entendue dimanche dernier : Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Si donc tu veux que ta prière soit entendue, présente-la à Dieu comme un pauvre, comme quelqu’un qui attend tout de lui. Crie vers lui sans cesse. 
 
N’est-ce pas cette même certitude que Jésus lui-même enseigne encore ce dimanche lorsqu’il raconte la parabole du pharisien et du publicain qui montent au Temple pour prier ? Pourquoi l’un est-il entendu et rendu juste et pas l’autre ? Ils se tournent pourtant tous deux vers le même Dieu, dans le même lieu, le Temple, demeure du Très-Haut au milieu des hommes. Parce que l’art et la manière de présenter à Dieu leur prière n’est pas identique. Il y a le pharisien qui est plein de lui, plein des bonnes actions qu’il réalise assurément. Et il y a le publicain qui se sait pauvre et pécheur ; il sait qu’il n’égalera jamais Dieu. Il n’a rien d’autre à mettre en avant que ses limites, ses faiblesses, attendant de Dieu un signe, un geste, un pardon, un amour renouvelé. Il est un pauvre, y compris dans sa foi, y compris dans sa manière de la vivre et il attend de Dieu sa miséricorde. Comment Dieu, source de toute miséricorde, pourrait-il rester sourd à cet appel au secours ? 
 
Cette certitude que Dieu répond au cri du malheureux est celle qui remplit l’Eglise lorsqu’elle célèbre le sacrement du baptême. Elle ne baptise pas des gens parfaits ; elle ne réserve pas seulement son accueil à ceux qui croient parfaitement. Elle ouvre les portes de son Eglise à ceux qui savent que Dieu est tout, que tout vient de lui, et que devant lui, nous ne sommes que petits, pécheurs, faibles. Le baptême est donné pour la rémission des péchés. C’est le premier sacrement du pardon. L’enfant que nous accueillons au cours de cette eucharistie et qui passera tout à l’heure par les eaux baptismales sera ainsi libéré du péché, du Mal et de la Mort. Par ce bain d’eau, il sera reconnu enfant de Dieu et Dieu l’adoptera comme sien pour une vie sans fin. Nous ne le présentons pas parce que nous sommes de bons chrétiens ; nous le présentons parce que nous savons que Dieu peut tout pour lui et qu’il marchera à ses côtés, veillant sur lui, pour le conduire à la vie éternelle. Le baptême n’est définitivement pas un sacrement pour les parfaits, mais pour celles et ceux qui ont besoin de Dieu, qui ont le désir de Dieu. Et parce que Dieu entend la prière de ceux qui le désirent, il répond favorablement à cette demande. L’eau de la vie jaillira au milieu de nous, Dieu s’engagera envers cet enfant, il fera alliance avec lui. 
 
Cette alliance, nous l’avons tous vécu. Sans doute, si nous avons été baptisés bébé, ne nous en souvenons-nous pas. Mais nous avons grandi sous le regard de Dieu. Nous ne sommes ni pires, ni meilleurs que les autres : certains jours un peu plus pharisien, certains jours un peu plus publicain. Souvenons-nous tout au long de notre vie de ce que le psalmiste nous a fait chanter : un pauvre crie, le Seigneur entend. Gardons au cœur le désir vrai de Dieu ; que le baptême que nous allons célébrer renouvelle la source vive qui coule en nous. Et nous saurons nous situer en fils devant Dieu qui nous aime ; et nous saurons rendre grâce à Dieu, non de ce que nous sommes ou faisons, mais de ce que Dieu réalise pour nous, jour après jour. Qu’il soit le Maître de notre vie, aujourd’hui et toujours. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)

dimanche 28 août 2016

22ème dimanche ordinaire C - 28 août 2016

La foi, un art de vivre !





Certains pourront s’offusquer de la teneur des textes de ce dimanche ; d’autres les trouveront bien « cathos ». Cette insistance sur l’humilité, sur la dernière place, qu’aucune tête ne dépasse : voilà bien un discours qui peut agacer. Pourtant, à y regarder de près, voici que se révèlent une notion tout à fait essentielle à qui veut suivre le Christ et témoigner de lui : celle de la cohérence de vie. 
Les textes de ce dimanche nous rappellent que la foi, ce n’est pas une grande idée, ni un sujet de discussion pour gens sérieux. La foi est d’abord un art de vivre. Que ce soit par Ben Sirac dans la première lecture ou par Jésus dans l’Evangile, nous sommes provoqués à réfléchir à notre manière de vivre, car notre manière de vivre révèle notre foi. C’est une constante dans la Bible. Même Paul, qui par ailleurs insiste tant sur la grâce, nous rappelle en certaines de ses lettres, que notre foi se traduit dans des gestes et des attitudes au quotidien. Un geste, une attitude valent souvent mieux que mille paroles. Les textes de ce dimanche nous rappellent que la foi, ça se vit ! 
Les conseils de Ben Sirac, s’ils peuvent paraître d’un autre temps, n’en sont pourtant pas moins bien utiles. Il nous redit simplement qu’avec un peu d’humilité, les choses se passent souvent mieux. Il est surprenant que l’homme repère très rapidement l’orgueil de son voisin, mais presque jamais le sien. Le voisin sera fanfaron, là où lui ne fera que mettre en avant ses grandes qualités. S’il est juste et bon de se connaître, dans ses forces et ses faiblesses, il n’est nul besoin d’en faire l’étalage, encore moins d’en profiter pour écraser l’autre. La seule grandeur à louer est celle de Dieu qui surpasse tout chose et tout homme. Mais pour chanter la grandeur du Seigneur, il faut justement savoir rester à sa place, reconnaître que je ne suis pas Dieu. Dieu seul mérite louange et gloire ! 
Le conseil de Jésus dans l’Evangile est sans doute celui que beaucoup comprennent bien mais appliquent mal. Quand il s’agit de se réunir entre croyants le dimanche, beaucoup choisissent encore la dernière place, comme s’ils osaient à peine entrer dans une église. Le fond d’une église est toujours plus garni que l’avant. Mais ce n’est pas cela que visait Jésus, mais bien une attitude fondamentale au quotidien. Celle qui consiste à choisir volontairement la dernière place, celle du service, celle du sans grade. L’honneur ne vient pas de la place que je choisis, mais de la place que je reçois : Mon ami, avance plus haut. Avec Jésus, ce n’est pas la peine de jouer des coudes, mais bien de se laisser rejoindre par Dieu lui-même, et de progresser avec lui. Quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. On pourrait alors traduire cet art de vivre chrétien ainsi : sois à la place où Dieu te veut. Qu’importe qu’elle soit importante aux yeux des hommes ; ce qui compte, c’est qu’elle soit grande aux yeux de Dieu et que tu sois là où il te veut, car là tu seras utile, là tu seras heureux. 
L’art de vivre que Jésus nous propose, en cohérence avec notre foi, c’est de croire finalement que Dieu sait ce qui est bon pour nous, ce qu’il nous faut à tel moment de notre vie, et qu’il nous le donne. Ainsi, même un temps d’épreuve pourra être vécu comme un temps favorable pour nous ajuster davantage à la volonté de Dieu. Avec le psalmiste, nous reconnaîtrons que Dieu veille sur nous, toujours. Avec l’Eglise, nous pourrons prier encore comme nous l’avons fait au début de notre eucharistie : resserre nos liens avec toi, pour développer ce qui est bon en nous ; veille sur nous avec sollicitude, pour protéger ce que tu as fait grandir. Amen.

jeudi 24 mars 2016

Jeudi Saint - 24 mars 2016

Du monde des hommes au monde de Dieu : la gloire du service.





Souvenez-vous de ce que je vous disais dimanche : à la suite de Jésus, nous sommes invités à passer du monde des hommes au monde de Dieu. Toute la vie de Jésus n’a que ce seul but : nous entrainer avec lui à la rencontre de Dieu. C’est bien ce monde de Dieu qu’il a annoncé quand il parlait du Royaume. C’est bien à la hauteur de Dieu que Jésus veut élever l’homme. Ce soir, il nous indique la voie royale pour parvenir à ce monde. 
 
Le geste que Jésus pose envers ses disciples est un geste surprenant pour eux et proprement scandaleux. La réaction de Pierre est totalement justifiée. Mais pour le comprendre, il faut nous placer à cette époque et oublier un instant que nous vivons dans un monde différent aujourd’hui. Pour Pierre, Jésus, qui dépose son vêtement, prend un linge qu’il se noue à la ceinture et se met à laver les pieds des disciples, Jésus donc prend une place qui est indigne de lui, la place d’un esclave qui devait nettoyer les pieds de son maître quand il rentrait chez lui, ou des visiteurs qui arrivaient. Jésus s’abaisse bien au-dessous de sa condition. Pour Pierre, le disciple, voir son maître s’abaisser ainsi, est insupportable. C’est une humiliation qu’il ne comprend pas et n’accepte pas. Il faudra l’insistance de Jésus pour qu’il se laisse faire sans trop comprendre ce que fait Jésus : plus tard, tu comprendras. Et ce plus tard, ce n’est pas les quelques mots d’explication que Jésus livre immédiatement après ; ce plus tard, ce sera après Pâques, quand ce moment présent et surtout les moments encore à venir prendront sens. Là, immédiatement, ce n’est que le geste d’un fou qui ignore sa vraie place. S’abaisser jusqu’à prendre la dernière place, ce n’est quand même pas très glorieux. 
 
Or, c’est justement là que Jésus veut emmener ses disciples : à comprendre qu’il y a gloire à servir. L’homme n’est grand pour Jésus que lorsqu’il se met au service des autres, ces autres étant d’abord et avant tout les plus petits. Car comprenez bien qu’il ne s’agit pas pour Jésus de se mettre au service des puissants qui pourront le récompenser en conséquence des services rendus. Le service dont parle Jésus, c’est le service de ceux qui ne peuvent rien rendre, le service de ceux qui vous seront toujours éternellement redevables. Ce sont ceux-là que Jésus nous invite à servir. C’est bien la dernière place, la place du plus humble, la place du plus petit, qui est la nôtre, qui est celle de tout disciple du Christ. Pour Jésus, le service est le chemin vers la gloire ; le service du frère pauvre, malade, prisonnier, étranger, exclu… est le chemin vers le monde de Dieu. Gardez toujours en mémoire l’évangile de saint Matthieu : ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! 
 
Au moment où nous accompagnons Jésus qui marche vers sa croix, laissons-nous faire par Jésus et apprenons de lui la gloire du service. Qu’à son exemple, nous ayons assez d’humilité pour passer le vêtement du service. Notre récompense, nous ne l’aurons pas des hommes, nous la tiendrons de Dieu quand il nous invitera à la joie du Royaume. Ce soir, contemplons et apprenons la gloire du service de notre Maître et Seigneur qui se fait petit pour nous attirer vers son Père. Amen.

(Le Lavement des pieds, Miniature de O. Khizanetsi - Matenadaran, Erevan - 1330, reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)

samedi 12 décembre 2015

03ème dimanche de l'Avent C - 13 décembre 2015

Avec Sophonie, réjouissons-nous : le Seigneur est au milieu de son peuple !





Pousse des cris de joie, éclate en ovations, réjouis-toi, bondis de joie ! S’il est une chose sûre lorsqu’on termine la lecture du livre du prophète Sophonie, c’est que la joie ne saurait être une option. Après avoir annoncé tant et tant de malheur pendant une période sombre de l’histoire d’Israël, voilà que le livre de Sophonie s’achève sur cette invitation pressante à la joie. Et Dieu sait pourtant que cela n’était pas gagné ! 
 
Quand vous commencerez la lecture des oracles de Sophonie, vous serez frappés par la violence de l’oracle qui ouvre le livre : Je vais tout extirper de la surface de la terre. J’extirperai hommes et bêtes, oiseaux du ciel et poissons de la mer et ce qui fait trébucher les méchants. Je supprimerai les hommes de la surface de la terre – oracle du Seigneur. Cela s’explique par le contexte politique et social de son époque. Contemporain de Jérémie, Sophonie ne peut que regretter la déliquescence de la société et l’instabilité politique de toute la région. Des peuples nombreux se font la guerre, assoiffés de pouvoir et de vengeance. Israël se trouve balloté entre les camps, bien obligé de participer aux manœuvres politiques et aux jeux des alliances hasardeuses. Les crises politiques se succèdent dans la région et avec elles, la horde des peuples cherchant à envahir les voisins. Ce qui explique que la grande annonce de Sophonie, c’est l’annonce du jour de la colère de Dieu, le Dies irae. Sur les 53 versets que comptent le livre, seul les 7 derniers que nous avons entendus ouvrent une espérance. 45 autres versets ne sont que menaces de destruction, expression de la colère de Dieu. Reste un verset qui peut expliquer cette invitation finale à la joie : Recherchez le Seigneur, vous tous les humbles de la terre, qui mettez en pratique le droit qu’il a établi ; recherchez la justice, recherchez l’humilité, peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur. Il est possible de faire fléchir le cœur de Dieu ; il est possible d’adoucir sa colère en revenant vers lui, en pratiquant sa justice. Dieu reconnaîtra toujours les siens dans les plus humbles. 
 
Au milieu des crises les plus terribles, il y a toujours des hommes et des femmes qui se révèlent, des témoins lumineux de la bonté de Dieu, des témoins courageux de la justice de Dieu. Ils ne sont pas légions, mais ils permettent aux hommes de conserver la beauté de leur humanité. Ils ne cherchent ni à briller, ni à plaire, mais seulement à conserver cette part d’humanité en nous qui est la ressemblance et l’image de Dieu. Les humbles de la terre la sauveront toujours, car Dieu les reconnaîtra et les sauvera au-delà de toute espérance. Les 2 derniers versets du livre qui concluent le passage que nous avons entendu disent bien l’étendue du salut que Dieu offre : Je rassemble ceux qui étaient privés de fêtes… Je vous mettrai à l’honneur et votre renom s’étendra dans tous les pays où vous avez connu la honte. En ce temps-là je vous ramènerai, ce sera au temps où je vous rassemblerai ; votre renom s’étendra et je vous mettrai à l’honneur parmi tous les peuples de la terre quand, sous vos yeux, je changerai votre destinée, dit le Seigneur. Oui, Dieu ne saurait durablement abandonner son peuple ; il aura toujours un cœur attentif à la vie des humbles. Mieux encore, Dieu est présent à son peuple : le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. 
 
C’est cette présence de Dieu au milieu de nous qui est la source de notre joie. C’est cette présence de Dieu au milieu de nous qui est notre assurance au milieu des épreuves. Comme au temps de Sophonie, Dieu fait miséricorde aux humbles de la terre. En cette année jubilaire, la porte sainte qui sera ouverte en cette basilique sera un signe de cette présence de Dieu au milieu de nous et de la joie qu’il nous apporte. Dieu vient faire miséricorde aux miséricordieux. Il se souvient de ceux qui sont fidèles à sa Parole et qui reviennent vers lui, dans l’humilité et la douceur. Nous trouverons notre joie en lui comme lui trouvera sa joie en nous et dans nos œuvres de miséricorde. Avec Sophonie, avec toute l’Eglise, réjouissons-nous : déjà et pour toujours, le Seigneur est au milieu de son peuple. Déjà et pour toujours, il nous offre sa miséricorde et son salut. Allons à sa rencontre ; vivons de sa joie, de son amour et de son pardon. Amen.  

(Dessin de Mr. Leiterer)

vendredi 18 juillet 2014

16ème dimanche ordinaire A - 20 juillet 2014

Les paraboles du Royaume des cieux : un semeur, une graine de moutarde, du levain.



Quand la liturgie propose une version longue et une version courte de l’évangile à proclamer, la sagesse recommande de prendre la version longue, car seule cette version donne la clé de l’histoire. C’était vrai dimanche dernier avec la parabole du semeur sorti pour ensemencer son champ ; c’est vrai encore ce dimanche avec la parabole du bon grain et de l’ivraie. Si nous avions fait choix de la lecture courte, nous n’aurions entendu ni la parabole de la graine de moutarde, ni celle du levain, ni surtout l’explication que Jésus donne de la première parabole.
La parabole du bon grain et de l’ivraie commence ainsi : le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Il n’y a rien qui vous choque dans cette phrase ? Elle m’a embrouillé l’esprit pendant un temps cette semaine. Comment ce que nous imaginions être un lieu (Le royaume des cieux) pouvait-il être comparé à un homme qui sème ? Et qui est cet homme ? Jésus lui-même donne la réponse plus loin : Celui qui sème, c’est le Fils de l’homme. Autrement dit, le Royaume des cieux, c’est Jésus ! Le Royaume n’est pas un endroit à découvrir ou à atteindre par une perfection de vie, mais un homme à connaître, un homme à écouter, un homme à suivre ! J’aurais dû le comprendre instinctivement, puisque Jean le Baptiste, annonçant la venue prochaine du Messie, prophétisait : Le Royaume des cieux est tout proche, convertissez-vous ! Ces trois paraboles nous parlent donc de Jésus et de nous, puisque, toujours selon l’explication de Jésus, le champ, c’est le monde. Qu’apprenons-nous alors et de Jésus et de nous ?
Nous apprenons au sujet de Jésus, dans la première parabole, qu’il vient semer dans le monde un grain bon, dont il attend de beaux fruits. Et il sème en plein jour, sans se cacher, contrairement à l’ennemi qui vient de nuit. Il sème les fils du Royaume, ce qui fait de nous des hommes « capax Dei », capables de Dieu. C’est lui qui fait tout : nous n’avons qu’à pousser, qu’à grandir. C’est Jésus qui nous sème, c’est lui qui nous récoltera, c’est lui qui en attendant prend patience lorsqu’il constate que l’ennemi a semé les fils du Mauvais. Ceci nous invite à la réalité : nous ne pouvons rien faire pour Dieu ; c’est lui qui fait tout pour nous. Cela nous invite aussi à cette autre réalité : nous avons peut-être en nous une part de fils du Royaume et une part de fils du Mauvais. Il n’y a pas nécessairement des bons et des mauvais, des gentils et des méchants, mais au gré de notre croissance, nous sommes peut-être plus fils du Royaume ou fils du Mauvais selon les circonstances. Ceci expliquerait bien la patience de Dieu qui toujours croit en l’homme, qui toujours espère en l’homme et en sa capacité à choisir le bien, à choisir Dieu.
Nous apprenons encore au sujet de Jésus, dans la deuxième parabole, celle de la graine de moutarde, que le Royaume des cieux n’est pas dans la grandeur, mais dans la petitesse d’une graine de moutarde. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse toutes les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. N’est-ce pas ce que Jésus réalise pour nous sur la croix. A ce moment précis, il n’est plus rien, il est broyé par la souffrance ; mais c’est là qu’il devient grand, dans son obéissance jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie. Et la croix sur laquelle il s’offre est bien l’arbre de vie à l’ombre duquel nous nous réfugions. Cette parabole nous invite à l’humilité. Si nous sommes fils du Royaume, nous ne pouvons vivre à notre tour que comme le Fils de l’Homme, donné à tous. Puisons notre force dans l’exemple du Christ et l’Esprit dans la puissance duquel il est ressuscité, nous sera donné aussi pour notre vie.
Nous apprenons encore au sujet de Jésus, dans la troisième parabole, celle du levain dans la pâte, que le Royaume des cieux n’est pas dans le spectaculaire, mais dans la discrétion. Un peu de levure, ce n’est rien, c’est invisible, mais cela fait beaucoup. N’est-ce pas ce à quoi Jésus nous invite après l’Ascension : il n’est plus là, visible au milieu de nous, mais il agit en nous, à travers nous, à travers l’Eglise qui sans cesse l’offre au monde, pour que les hommes se convertissent et vivent. Il est le levain de notre pâte humaine, nous invitant sans cesse à devenir plus humain, donc plus divin. Cette parabole nous invite alors à l’espérance : si nous pouvons nous laisser travailler par le levain tel une pâte, alors  les hommes et les femmes de notre temps, entendant la parole largement semée dans le monde, peuvent eux-aussi grandir, se convertir et faire le choix du Christ. Nous pouvons tous faire le choix de nous laisser davantage travailler par l’Esprit du Christ, par sa Parole, pour que lève en nous le désir toujours plus grand d’être Un en Christ.
Cela valait la peine de se prendre un peu la tête sur ces trois paraboles, car devant nous s’ouvre maintenant un chemin : et il nous faut décider de l’emprunter… ou pas ! Serons-nous des fils du Royaume ? Serons de ceux qui se réfugient à l’ombre de la croix ? Serons-nous, à la suite du Christ, levain dans la pâte pour que se lève une humanité nouvelle ? Si nous ne pouvons rien faire pour Dieu, nous pouvons quelque chose pour nous, nous pouvons faire quelque chose pour l’humain : faire le choix de Dieu pour que tout homme sente l’importance de cette présence au cœur de sa vie. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, Les Presses d'Ile de France)