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samedi 27 décembre 2025

Célébrer la sainte Famille.



(Source Pinterest)


 

 

            Ils avaient fait 156 km à pied pour rejoindre Bethléem depuis Nazareth où ils habitaient ; elle était enceinte, la route n’était pas goudronnée. Ils ont à peine eu le temps de se reposer et de reprendre des forces, et voilà qu’ils sont obligés de repartir, direction l’Egypte selon la parole de l’ange. Matthieu ne nous dit pas dans quelle ville ils ont trouvé refuge, mais optons raisonnablement pour Alexandrie, réputée depuis le temps de l’exil pour être le lieu d’une communauté juive importante. Cela représente 975 km, à pied toujours, avec cette fois un nouveau-né fragile dont il faut s’occuper. Tout cela à cause de la folie d’un homme qui craint cet enfant, dont il pense qu’il pourrait mettre en danger son pouvoir. Le merveilleux du soir de Noël, avec les anges qui chantent la gloire de Dieu et les bergers qui s’émerveillent devant le nouveau-né cède la place au sordide et à l’inacceptable : une famille modeste, obligée de fuir devant l’arrogance et la violence des puissants. C’est ce que nous rappelle l’évangile de cette fête de la sainte Famille de Jésus, Marie et de Joseph.


            
A peine entré dans le monde pour sauver les hommes, bien longtemps avant de pouvoir réaliser son œuvre, voici cet enfant et ses parents jetés sur les routes, icône de tous les migrants qui fuient leurs pays et cherchent des lendemains meilleurs juste pour vivre en paix. Imaginons-nous la force de caractère de Joseph et de Marie qui font ce qui est nécessaire pour la vie de leur enfant ? Fêter la sainte Famille, c’est faire mémoire de ces vies qui font confiance à Dieu pour ne pas juste subir des événements qui les dépassent. C’est reconnaître que le Fils de Dieu fait homme est devenu le tout humble, le tout faible qui compte sur la part noble de l’humanité pour le protéger. C’est rappeler l’importance de cette petit cellule familiale, condensé de l’humanité où l’homme apprend à faire face à l’adversité, mais où il apprend aussi l’amour véritable, le vivre ensemble, le sens du travail, la valeur de la vie et des choses de la vie, le vivre avec Dieu qui toujours veille. A relire la Bible, nous savons que les familles que nous y rencontrons ne sont pas parfaites, qu’elles connaissent des conflits, des épreuves, des meurtres. Mais il y a aussi cette famille particulière, ce foyer choisi par Dieu pour y faire naître, grandir et éduquer son Fils. Elle est sainte, non pas parce qu’elle est parfaite, mais parce qu’elle marche avec Dieu, toujours, et qu’il en est la boussole pour les jours bons et pour les jours mauvais.

Ne confondons plus sainteté et perfection qui sont deux réalités différentes. Cela nous permettra de comprendre que nos familles aussi sont appelées à la sainteté, c'est-à-dire à vivre sous le regard de Dieu chaque jour que Dieu fait, y compris les jours où nos familles manifestent davantage leurs imperfections. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles ont besoin de Dieu ; c’est parce qu’elles ne sont pas parfaites que Dieu peut leur indiquer la meilleure part à vivre avec lui. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles peuvent accueillir le Fils de Dieu pour apprendre de lui l’obéissance à la Parole de Dieu et l’amour véritable qui ne vient que de lui. C’est parce que nos familles ne sont pas parfaites, mais appelées à la sainteté, que les conseils de Paul dans sa lettre aux Colossiens prennent tout leur sens. La famille sainte, c’est la famille où la tendresse remplace la violence, ou la compassion prend le pas sur l’indifférence. Une famille sainte fait vivre ses membres dans la bonté, l’humilité, la douceur et la patience. La famille sainte est celle où l’on se supporte les uns les autres, que ce soit au sens sportif, encourageant chacun à donner le meilleur de lui, ou au sens plus éthique, où je supporte l’autre, mon frère, ma sœur, ma mère, mon père, mon conjoint, quand bien même il n’est pas parfait justement et qu’il a quelquefois tendance à me hérisser le poil. Je le supporte, je l’accepte comme il est, même si un autre modèle aurait été plus sympa ! Apprenant en famille à nous supporter, nous y apprenons aussi, nécessairement le pardon. Autant bien le comprendre, dans une famille qui vit de la sainteté de Dieu, l’amour est une priorité ; ce n’est pas forcément toujours évident, mais ce n’est jamais hors de question, que ce soit entre époux, entre parents et enfants, ou entre frères et sœurs. 

Quand nous contemplons la sainte Famille, nous trouvons un modèle pour nos familles, car, même si l’époque n’est plus la même, il n’a jamais été simple de vivre ensemble, mais c’est toujours gratifiant quand nous nous y essayons. Avec l’aide de Dieu qui a veillé sur la famille de Jésus, Marie et Joseph, nous pouvons construire des familles saintes, qui aujourd’hui comme hier, savent qu’elles ne sont pas seules. Et ce qui vaut pour nos familles humaines vaut aussi pour cette grande famille qu’est l’Eglise : elle n’est pas parfaite, mais elle est sainte parce que Dieu vit au milieu d’elle, la guide et l’éclaire pour qu’elle soit pour tous un phare dans la nuit. Bonne fête à toutes nos familles. Amen.

samedi 18 février 2023

7ème dimanche ordinaire A - 19 février 2023

 La perfection dans l'amour, voie de notre sanctification.







            Nous venons d’entendre la fin du discours de Jésus commencé dimanche dernier, discours lors duquel il indiquait comment il entendait accomplir la Loi et les Prophètes, et non pas les abolir. Nous pouvons constater encore aujourd’hui comment le progrès réalisé par la Loi avait permis d’humaniser les hommes, et que le chemin d’accomplissement proposé par Jésus voulait transformer ces hommes humanisés en véritables disciples. Nous pouvons reprendre rapidement le chemin parcouru. Ainsi quand Jésus dit : Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens, il rappelle l’étape d’humanisation que propose la Loi divine en faisant renoncer au meurtre, à l’adultère, aux faux serments (tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur), à la vengeance démesurée (œil pour œil, dent pour dent, sous-entendu pas plus que cela !) et avec la mise en place d’une « préférence nationale » : Tu aimeras ton prochain, tu haïras ton ennemi) … Et quand il dit : eh bien ! moi, je vous dis, il propose une voie supérieure, une étape de sanctification en faisant renoncer à toute forme de colère, à toute forme de convoitise, à tout serment en devenant des hommes et des femmes de parole, et en invitant à donner plus que ce qui est demandé et enfin en invitant à l’amour des ennemis. En faisant ainsi, je le disais déjà dimanche dernier, Jésus nous invite à passer du bien à faire au meilleur à offrir à l’autre. 

            S’il ne nous change pas la religion, puisque son projet c’est de l’accomplir, il nous change cependant les règles morales qui définissaient le vivre ensemble pour les pousser à l’extrême. Et l’extrême des règles morales, ce qui accomplit toute la morale, c’est un amour de l’autre à l’image de l’amour que Dieu nous porte. La conclusion du discours de Jésus : Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait s’entend en amour. Parce que la perfection de l’homme, son humanisation parfaite, sa sanctification, réside dans un amour à la hauteur de l’amour de Dieu pour tout homme. Tout ce que Jésus nous invite à vivre dans ce long discours, ce n’est rien d’autre qu’un amour digne de Dieu, un amour digne de tous ces enfants. En Dieu, il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des frères et des sœurs à aimer. Et personne ne saurait être exclu de cet amour. L’accomplissement parfait de la Loi et des Prophètes, c’est un amour à l’image de l’amour de Dieu. Tout ce qui est moins que cela, n’est pas accomplissement ; tout ce qui est moins que cela n’est pas suffisant. Cela peut-être bien ; mais ce n’est pas le bien que Dieu attend de nous ; c’est le meilleur. Dieu attend de nous que soyons à sa hauteur, et il a donné son Fils pour nous mettre à sa hauteur, en toute chose. Il nous faut l’avoir clairement à l’esprit : si Jésus est allé à la croix, ce n’est pas parce qu’il n’avait pas mieux à faire ce fameux vendredi ; il est allé à la croix parce qu’il nous a aimés jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie. Il nous a montré ainsi que l’amour de Dieu pour l’humanité ne disparaissait pas quand bien même cette humanité faisait disparaître son Fils de la surface de la terre. Il nous a manifesté ainsi un amour à la hauteur de l’amour de Dieu pour toute l’humanité. 

            Il n’y a de perfection que dans l’amour. Nous devons sans cesse revenir à cet amour premier de Dieu pour nous. Le Carême qui va commencer durant cette semaine nous ramènera sans cesse à la source de cet amour. Il nous permettra, je l’espère, de découvrir à frais nouveaux combien nous sommes aimés et combien nous devons aimer en retour. Vous donc serez parfaits comme votre Père céleste est parfait peut devenir un : Vous donc, vous aimerez comme votre Père céleste vous aime. C’est notre sanctification qui se joue là. C’est le chemin à prendre pour être véritablement fils et filles du Très-Haut. Il n’y a pas d’autre voie possible. Les bras ouverts de Jésus en croix nous gardent le chemin de l’amour parfait ouvert ; marchons humblement mais sûrement à sa suite. Amen.