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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







samedi 29 janvier 2022

4ème dimanche ordinaire C - 30 janvier 2022

 Pourquoi tant de haine ?



(Jésus à la synagogue de Nazareth, Source internet)


            Je dois le reconnaître : j’ai un peu de mal avec cette page d’évangile. Je n’arrive pas à me convaincre que ce sont les auditeurs de Jésus qui sont les plus méchants. Je n’arrive pas davantage à comprendre l’attitude de Jésus, chez lui, dans la synagogue de Nazareth qui l’a vu grandir et franchir les étapes religieuses de sa vie de jeune juif. Cette anecdote rapportée par Luc me laisse un goût amer de « Je t’aime, moi non plus ». En tous les cas, je me dis que c’est un beau gâchis ! 

            Ce que nous avons entendu, c’est la suite immédiate de la page d’Evangile de dimanche dernier. D’ailleurs, le rappel de la finale du texte entendu dimanche dernier nous le fait bien comprendre. Nous sommes toujours dans la synagogue de Nazareth, au moment où Jésus commentait le passage du Livre du prophète Isaïe, en déclarant : ‘Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre’. La nouveauté aujourd’hui, c’est la suite. Luc ajoute que tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : ‘N’est-ce pas là le fils de Joseph ?’ Rien de bien méchant ; on peut même reconnaître dans cette question le fait que Jésus est encore connu dans la ville où il a grandi. Il n’a pas été oublié par ceux qu’il fréquentait avant de commencer sa mission. Mais alors, comment passe-t-on de cette question d’étonnement à cette finale : Tous devinrent furieux, ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Pourquoi tant de haine subitement alors qu’ils venaient juste de s’étonner des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche ? Je n’ai pas d’explication rationnelle, immédiatement compréhensible par tous ! 

            Je m’interroge alors un peu plus : pourquoi Jésus ne pouvait-il pas répondre simplement à la question qui brûlait toutes les lèvres (N’est-ce pas là le fils de Joseph ?) et qui ne méritait en réponse qu’un : « oui, c’est bien moi ? » Il n’y a pas là de quoi fouetter un chat, encore moins de quoi précipiter quelqu’un d’une colline dans le vide. Mais voilà, en réponse aux interrogations, Jésus dénonce une attitude qui ne convient pas et qu’il prête à ces auditeurs : celle de faire de lui un petit singe savant qui ferait bien de faire chez lui les signes qu’il a fait à Capharnaüm, et dont les Nazaréens ont entendu parler. Sûrement vous allez me dire : ‘Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm ; fais donc de même ici dans ton lieu d’origine’. Est-ce bien cela qu’attendait les habitants de Nazareth ? Et si oui, est-ce si grave, docteur, de vouloir ce que les autres ont eu ? Était-il utile que Jésus rajoute ces rappels de l’histoire du peuple juif au temps d’Elie et d’Elisée, quand Dieu avait envoyé ses prophètes vers des païens pour les secourir, et non vers des gens de son peuple ? Et dans l’affirmative, cela valait-il la colère des auditeurs de Jésus au point de vouloir déjà le tuer ? En quoi ces faits avérés d’une histoire commune peuvent-ils provoquer une telle colère qu’elle les conduirait au meurtre ? Il y a quelque chose qui ne tient pas la route. Alors qu’allons-nous faire ? Nous dire qu’il aurait fallu prêcher sur un des autres textes entendus aujourd’hui, Paul au hasard qui nous parle si bien de l’amour ?  N’est-ce pas un peu facile de contourner la difficulté ? Si cette page d’évangile existe, si elle a été retenue au moment de l’établissement du lectionnaire, c’est bien parce que quelqu’un pensait que cela pourrait nourrir notre foi ! En quoi ? 

            Ce que cette page nous fait d’abord comprendre, c’est qu’il nous faut renoncer à voir en Jésus un magicien qui va faire pour nous des petits tours de passe-passe, guérir nos mamies et papis, nous faire réussir sans efforts de notre part, juste parce que nous lui aurions adressé une prière. Et ce n’est pas parce qu’il a fait quelque chose de bien pour votre voisin que vous détestez, qu’il est tenu de faire quelque chose pour vous. Les paroles de grâce qui sortent de sa bouche doivent nous suffire et nourrir plus sûrement notre foi que tous les signes qu’il peut bien poser. 

            Elle nous fait comprendre aussi qu’il y aura des paroles de Jésus qui ne nous plairont
pas toujours. Il n’est venu ni pour faire ce que nous voudrions, ni pour dire ce que nous aimerions entendre. Il est venu pour faire la volonté de Dieu et répandre sa Parole. Quelquefois cela nous plaira ; quelquefois cela nous bousculera, voire nous déplaira. Ce n’en sera pas moins la Parole de Dieu pour nous. Encore une fois, n’attendons pas de Dieu qu’il dise ce que nous aimerions entendre. Dieu n’a qu’une Parole, qu’elle nous plaise ou non ; et c’est à nous de l’accueillir… ou non. Mais cela, c’est notre histoire ! 
          

            Elle nous fait comprendre enfin que nous ne pouvons pas mettre la main sur Jésus et disposer de lui. On ne se débarrasse aussi facilement de lui que cela. Jésus ira toujours son chemin au milieu de nous. C’est à nous de nous adapter à lui ; c’est à nous de nous adapter à Dieu et non pas l’inverse. Dieu n’a pas à se convertir à l’homme ; c’est à l’homme de se convertir à Dieu. Et le fait d’être du clan de Jésus, de sa ville, de sa famille, ne change rien à l’histoire. Il ne nous doit pas plus à nous qui sommes chrétiens, qu’il ne doit aux autres qui ne le sont pas ! 

            Avant de suivre davantage Jésus tel que Luc veut nous le faire découvrir, il fallait entendre cette page pour que nous nous en souvenions, si d’aventure il y avait, dans la suite, des moments qui nous plaisent moins, voire qui nous heurtent. Nous allons suivre, avec Luc, Jésus qui fait ce que le Père attend de lui, dans la puissance de son Esprit. A nous de nous y adapter ; à nous de nous convertir à ce que l’Esprit veut, pour notre bien, pour le bien de l’humanité. Amen.


dimanche 23 janvier 2022

3ème dimanche ordinaire C - 23 janvier 2022

 Qui est ton Théophile ? De qui es-tu le Théophile ?



(Icône de Saint Luc, source internet)


            N’est-il pas à envier, Théophile, celui pour qui Luc écrit toute son œuvre, un Evangile et le Livre des Actes ? Luc et Théophile, deux amis, deux chrétiens qui n’ont pas connus Jésus, à une époque où il n’est pas toujours facile d’être disciples de Jésus, deux croyants qui n’ont pas encore de catéchisme élaboré auquel se référer s’ils venaient à douter ou à s’interroger. Ils n’ont alors que des témoins oculaires et des serviteurs de la Parole. 

            Du commencement de l’Evangile de Luc, nous pouvons déduire que Théophile faisait partie de ces croyants qui s’interrogent sur ce qu’ils ont entendu. Luc, pour le conforter dans sa foi, va écrire son histoire de Jésus. J’ai décidé d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus. Voilà un véritable ami, Luc, qui va soutenir un autre ami, Théophile (l’ami de Dieu) dans sa foi. Et il le fait avec sérieux ; il n’entend pas raconter des histoires, mais rapporter ce qu’il a pu sérieusement établir comme vrai : il prend sa décision d’écrire une histoire de Jésus, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début. Il n’expose pas ses sentiments ; il ne rapporte pas des approximations. Il a fait un vrai travail de journaliste sérieux, un travail presque scientifique, vérifiant tout. Il a lui-même été converti par l’enseignement de ceux qui ont côtoyé Jésus. Il a été le compagnon fidèle de Paul lors de ses voyages. Il occupait une place de choix pour discuter avec les premiers témoins, vérifier auprès d’eux ce qu’il pouvait entendre ça et là. Est venu le moment pour lui de fixer tout ce qu’il a ainsi entendu et collecté, de le fixer de manière ordonnée. Son évangile contient des récits de l’enfance que l’on ne retrouve nulle part de manière aussi précise ; il va s’attacher à montrer que c’est l’Esprit Saint qui guide les hommes et déroule l’Histoire de Jésus qui agit et parle dans la puissance de ce même Esprit.  Nous en avons eu un aperçu dans l’Evangile de ce dimanche, quand Jésus commente le passage du prophète Isaïe qu’il vient de lire en disant : Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre.  Et que viennent-ils d’entendre ? L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Oui, c’est dans la puissance de l’Esprit que Jésus parle et agit. C’est cette œuvre de l’Esprit Saint que Luc va transmettre à son ami Théophile pour qu’il soit fort dans sa foi. 

            Ce passage de l’Ecriture nous permet alors de nous poser deux questions, très proches l’une de l’autre. La première : Qui est ton Théophile ? Qui est celui que tu confortes dans la foi ? Qui est concrètement pour toi, le frère ou la sœur en Christ dont tu portes suffisamment le souci, au point reprendre pour cette personne ce que tu as entendu, ce que tu as pu vérifier de l’enseignement de foi reçu, pour l’aider à progresser dans sa propre foi. Nous pouvons tous aider quelqu’un à tenir bon dans la foi. La seconde question lui est proche : de qui es-tu le Théophile ? Ou pour le dire autrement : qui est ton saint Luc ? Qui est celui qui aujourd’hui te conforte dans la foi ? Nous avons tous besoin de quelqu’un qui nous aide à avancer, à ne pas flancher, surtout en ces temps de crise. Avons-nous assez le souci d’entretenir notre foi, de la nourrir, de la faire grandir ? Ces deux questions devraient nous permettre un petit exercice pratique à faire à la maison : essayer de rassembler dans nos souvenirs ce qui est notre essentiel concernant Jésus. De tout ce qui a été dit sur Lui, de tout ce que l’on a pu entendre, qu’est-ce qui nous fait vraiment vivre ? Et qu’est-ce qui pourrait vraiment faire vivre quelqu’un d’autre ? Nous pourrions nous lancer dans l’écriture de l’Evangile des croyants de la communauté de paroisses du Pays de Brumath. Ou plus modestement, si vous avez un enfant ou un jeune de votre famille qui prépare un sacrement, lui transmettre votre évangile, votre Bonne Nouvelle de Jésus Christ, celui qui vous fait vivre en croyant. Vous permettrez ainsi à ce jeune d’être conforté dans sa foi, et de voir concrètement ce que la Bonne Nouvelle que vous avez reçu d’un autre, vous a permis de vivre ; et de comprendre surtout que cette Bonne Nouvelle peut le faire vivre aussi. Il découvrira mieux encore que le sacrement qu’il prépare n’est pas une parenthèse dans sa vie, ni juste une occasion pour la famille de se retrouver pour la fête, mais un élément essentiel pour devenir à part entière un disciple du Christ, un Luc pour les Théophile qui croiseront sa route. C’est ainsi que se répand le mieux la Bonne Nouvelle du Royaume ! 

            Même si nous avons de très belles bibles pour contenir nos textes sacrés, rien ne vaut l’expérience personnelle transmise pour toucher et convertir un cœur. Si la Parole de Dieu n’est pour nous qu’un beau livre, bien écrit et bien relié, elle ne vaut pas mieux qu’un roman ou une BD de notre auteur favori. Mais si la Parole de Dieu devient le moteur de notre agir, alors elle pourra encore transformer des cœurs. Ce qui s’est passé du temps de Néhémie lorsque la Parole de Dieu retrouvée a été proclamée publiquement, ce qui s’est passé au temps de Luc pour son ami Théophile, peut se passer encore, si nous passons du Livre lu à la réalité de la Parole vécue. Aujourd’hui peuvent s’accomplir encore les passages de l’Ecriture que nous venons d’entendre. Amen.

dimanche 16 janvier 2022

2ème dimanche ordinaire C - 16 janvier 2022

 Le signe de Cana, signe des noces éternelles.


(Arcabas, Les noces de Cana, source internet)




        Quel curieux mariage que celui-ci ! Tout se passe comme si les époux n’étaient pas à la fête. On ne sait rien d’eux, ils ne nous ont pas été présentés, et à la fin de l’histoire, ce ne sont même pas eux les héros de l’histoire ! Tout tourne autour d’un invité qui semble là par hasard et de sa mère. Ils accaparent à eux deux toute l’histoire, comme si ce mariage était le leur ! Choquant ? 

            Pas vraiment quand on relit le prophète Isaïe qui avait déjà utilisé l’image des noces pour parler de l’Alliance entre Dieu et son peuple :  Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra « l’Epousée ». Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur (littéralement celui qui t’a fait) t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. N’est-ce pas justement ce que vit Marie depuis le jour de l’Annonciation où elle a dit Oui au projet de Dieu pour elle et pour l’humanité ? 

Pas vraiment choquant non plus quand on sait qui est cet invité (Jésus) et qui est sa mère (Marie donc), celui que Dieu a envoyé dans le monde et celle par qui cette entrée dans le monde a été possible. Une fois de plus, Marie semble enfanter ce Fils de Dieu venu sur terre sauver tous les hommes. C’est grâce à Marie qu’il semble là, à la noce : La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Curieusement, nulle trace de Joseph : comme à l’Annonciation, il est le grand absent. 

Pas vraiment choquant non plus quand on se souvient que cet épisode n’est rapporté que par Jean, l’évangéliste qui nous invite à une hauteur de vue différente. Derrière ce mariage, qui semble n’être qu’une mise en scène, il y a l’entrée dans le monde de Jésus, la révélation de sa gloire : Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. Par cette simple conclusion, Jean nous redit ce qui est essentiel : non pas que ces époux à Cana s’aiment, mais que Jésus soit révélé, que ses disciples croient en lui, que nous croyions en lui. C’est cela qui compte : la foi en Jésus de ceux qui ont vu ce premier signe. Il nous faudra garder en mémoire ce premier signe pour ne pas nous tromper ni nous décourager lorsque nous serons au pied de la croix, quand l’Heure de Jésus sera finalement venue et qu’il livrera son dernier signe terrestre : le vin de son sang répandu largement pour le salut du monde. Ne nous trompant pas sur ce dernier signe, nous pourrons interpréter de manière juste le premier signe des temps nouveaux : le signe du tombeau ouvert au matin de Pâques, signe de la joie de Dieu qui a sauvé les hommes, signe de la vie qui ne finit jamais, signe que les noces éternelles de l’Agneau de Dieu ont commencé. S’il est vrai qu’il ne faut pas rater son entrer dans le monde, reconnaissons qu’avec ce signe de l’eau changée en vin, signe annonciateur des noces éternelles entre Dieu et son peuple, Jésus réussit pleinement à capter l’attention : ses disciples crurent en lui. 

            Ce signe de Cana nous invite à voir plus loin et à comprendre que nous sommes l’Epouse du Christ, celle qu’il a choisie, celle qu’il aime depuis toujours et pour toujours. Nous le comprenons à la manière dont Jésus répond à sa mère quand elle lui indique qu’ils n’ont plus de vin : Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. Elle est bien l’Epouse du Christ, celle qui sera invitée, à l’heure de Jésus, au pied de la croix, à accueillir de nouveaux fils, à savoir tous les disciples de Jésus. Parmi les dernières paroles de Jésus en croix, n’entendons-nous pas ceci : Femme, voici ton fils ? Si chacun de nous est fait fils de Marie, nous sommes collectivement, en Eglise, l’Epouse bien-aimée pour laquelle Jésus a livré sa vie. Pour nous, jamais ne manquera le vin de l’amour de Dieu. Pour nous, jamais ne manquera la joie que procure la célébration de ces noces éternelles. En entrant dans le monde, en livrant sa vie, en manifestant sa gloire, Jésus fait le choix de nous aimer, immensément ; il fait le choix de veiller sur nous, toujours. 

            Ses disciples crurent en lui. C’est la parole qui conclut cette révélation de Jésus. C’est ce à quoi sont invités celles et ceux qui entendent cette histoire, qui méditent ce premier signe que Jésus accomplit. Au long de cette année, goûtons ensemble le bon vin de la Bonne Nouvelle : et nous croirons au Fils de Dieu, nous vivrons de la joie qu’il vient porter au monde. Amen.  


dimanche 9 janvier 2022

Baptême du Seigneur - 09 janvier 2022

C’est dans un cœur à cœur que le Père se révèle à son Fils.





        Il faut le rappeler ici et maintenant : le premier Noël, celui de la venue effective de Jésus au monde, au temps du recensement de toute la terre, ordonné par l’empereur Auguste, ce premier Noël est bien loin, oublié sans doute de tous au moment où nous croisons la route de Jean le Baptiste et de Jésus. Il est loin le chant des anges, ils sont loin les bergers et les mages. Certains des témoins de cette nuit sont peut-être même déjà morts. A part Dieu et Marie et Joseph, qui se souvient encore que Dieu est entré dans le monde et qu’il a un nom et un visage, celui de Jésus ? Sans doute personne !  

            Nous pouvons donc comprendre que le peuple, venu auprès de Jean le Baptiste, était toujours en attente. La promesse de Dieu faite par les prophètes d’envoyer son Messie, son Christ, cette promesse était vive au cœur du peuple opprimé par l’envahisseur romain. Cet homme, Jean le Baptiste, homme à la parole libre, au tempérament de feu, ne serait-il pas le Christ ? On comprend aussi que le baptême de conversion qu’il propose, rencontre un franc succès. Une parole forte, un geste fort pour marquer notre appartenance renouvelée au peuple de l’Alliance : il n’en faut pas plus pour additionner le tout et dire : c’est lui, c’est le Christ ! Et pourtant, Jean renvoie inlassablement vers un autre : Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Il n’en profite pas, Jean, pour jouer à la vedette ; il n’en profite pas pour jouer au Messie. Il reste à sa juste place. Il baptise ceux qui viennent à lui et, quand ils l’interrogent, il les renvoie vers cet autre qu’il ne semble pas connaître plus que ceux qui le questionnent. 

C’est tellement vrai que, dans l’évangile de Luc, nous venons de l’entendre, nous n’assistons même pas au baptême de Jésus. La scène bien connue et souvent représentée par des œuvres d’art de Jésus devant Jean le Baptiste, recevant de lui l’eau du baptême, n’existe pas chez Luc. Nous savons juste que l’événement a eu lieu. Ce à quoi nous assistons, c’est à un de ces moments privilégiés que connaît Jésus : un moment de prière, un moment d’intimité avec celui qu’il nous présentera comme son Père. Luc écrit : Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit. C’est dans le cadre d’un moment de prière que Dieu, le Père, se révèle à son Fils, Jésus. La révélation est adressée à Jésus, seul : l’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » C’est dans l’intimité d’un cœur à cœur que Dieu se révèle à celui qu’il envoie en mission. C’est dans l’intimité d’un cœur à cœur que Dieu nous parle. Dans l’évangile de Luc, ce moment marque la fin de la vie cachée de Jésus. Désormais, il va affronter l’Adversaire, le Diable, et parcourir les routes de Judée, Samarie et de Galilée pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume. 

Il a beau s’appeler Jésus et venir de Nazareth ; cela ne suffit pas pour en faire le Fils de Dieu. Il faut cet appel conscient, reçu dans ce cœur à cœur pour confirmer Jésus dans sa mission. Nous ne savons pas ce que Marie lui a dit durant son enfance au sujet de sa naissance ; nous ne savons pas la conscience qu’il avait d’être Fils de Dieu. Mais nous savons que Dieu révèle ainsi Jésus à lui-même. Il le lui dit, clairement. Si Jésus pouvait en douter en grandissant, désormais il ne le peut plus. Il est le Fils dont Dieu est heureux : en toi, je trouve ma joie. En cela, bien que membre de ce peuple particulier que Dieu s’est choisi, Jésus est différent. Il n’est pas comme ces fils désobéissants, peuple à la nuque raide, qui ne court vers Dieu que quand tout va mal. Il est ce Fils, envoyé par Dieu, ce Fils qui entre en conversation avec Dieu, et qui reçoit de lui sa mission. 

Quand bien même le baptême de Jean n’est pas le baptême que nous avons reçu ; quand bien même, au jour de notre baptême, le ciel ne s’est pas ouvert, nous sommes pourtant, devant Dieu, en Jésus, ces mêmes fils et filles en qui Dieu trouve sa joie. Notre baptême, reçu au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, nous configure à Jésus, mort et ressuscité ; il nous identifie à lui ; il fait de nous des autres Christ. Nous sommes donc appelés, comme Jésus, à faire la joie de notre Dieu ; nous sommes appelés, comme Jésus, à travailler à l’œuvre de salut du Père. La fête du baptême de Jésus nous renvoie nécessairement à la conscience de notre propre baptême. Et si tel n’était pas le cas, peut-être ne serions-nous déjà plus concernés par Jésus. Peut-être que déjà, pour nous, Jésus ne serait qu’un étranger, un homme à la parole forte, mais juste un homme, mais pas le Messie de Dieu, pas son Christ. 

Il nous faut revenir sans cesse à la conscience de notre baptême, à ce que ce baptême signifie pour nous, signifie pour Dieu, signifie pour l’Eglise. A chacun de nous Dieu a dit : Tu es mon enfant bien-aimé, en toi je trouve ma joie. Comprenons bien que le seul fait que nous existions, procure de la joie à Dieu. En ces temps moroses et difficiles, voilà une certitude à laquelle nous raccrocher ; voilà une certitude qui donne de la puissance et de la grandeur à toute vie humaine. Souvenons-nous en et rendons gloire à Dieu qui nous aime ainsi. Amen.

samedi 1 janvier 2022

Saint Etienne - 26 décembre 2021

 Saint Etienne, un homme fier d'être au Christ.




(Giorgio VASARI, La lapidation de Saint Etienne, 1573, 
Pise (Italie), Eglise Santo Stefano dei Cavalieri)




            Parce que ce dimanche est celui de l’octave de la Nativité, l’Eglise catholique célèbre aujourd’hui la fête de la Sainte Famille. Après avoir célébré la naissance du Fils unique de Dieu, Verbe fait chair, nous sommes invités à célébrer ensemble Marie, Joseph et Jésus et de voir en cette famille le modèle de toute famille croyante, attentive aux appels de Dieu, ne comprenant pas toujours ce que Dieu attend d’elle, mais gardant précieusement dans son cœur tous les événements provoqués par l’irruption de Dieu dans ces vies particulières. Pour votre communauté, ce 26 décembre est aussi une fête de famille, la fête de la famille croyante établie ici, et placée sous le patronage de saint Etienne, premier martyr à cause de sa foi au Christ vivant. La première lecture et l’Evangile entendu sont ceux de votre saint Patron, la deuxième lecture venant elle de la fête de la Sainte Famille, nous permettant ainsi d’être unie à la joie de l’Eglise catholique tout entière. 

            Cette deuxième lecture, extraite de la première lettre de Jean nous fait méditer l’immense amour de Dieu pour nous qui fait de nous des fils à son image : Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. En-dehors de cet amour, la vie croyante n’a pas de sens. En-dehors de cet amour, il n’est pas de vie croyante possible. C’est à cause de cet amour qu’Etienne est allé jusqu’à offrir sa vie plutôt que de renoncer à cet amour. L’offrande de sa vie est un acte d’amour envers Dieu dont il reconnaît qu’il peut encore quelque chose pour lui, même au moment où il sait sa mort proche. L’offrande de sa vie est aussi un acte d’amour envers ceux-là même qui le mettent à mort, puisqu’il implore pour eux le pardon de Dieu : Seigneur, ne leur compte pas ce péché. La mort d’Etienne est une telle union au Christ que sa manière de mourir, les dernières paroles qu’il prononce sont celles prononcées par Jésus lui-même sur la croix. Il faut se savoir immensément aimé de Dieu pour ne craindre pas même la mort et faire de sa mort une offrande pour le monde. Le sang de ce premier martyr sera semence de chrétiens, comme l’est le sang de tout martyr. Nul n’offre sa vie à Dieu jusqu’à l’extrême sans fécondité en ce monde. Etienne n’a pas connu cet écrit de Jean et pourtant sa vie est l’illustration de ce que nous avons entendu dans cette lecture. Jean écrit : Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. N’est-ce pas là justement l’attitude d’Etienne rapportée par les Actes des Apôtres ? Etienne, rempli de la grâce et de la puissance de Dieu accomplissait parmi le peuple des prodiges et des signes éclatants. Ses adversaires se mettent à discuter avec Etienne, mais sans pouvoir résister à la sagesse et à l’Esprit qui le faisait parler. Son assurance lui vient de Dieu ; son assurance lui vient de ce Christ qu’il annonce et dont il proclame la Bonne Nouvelle ; celui qui a été mis à mort, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. 

            L’Evangile de Matthieu n’était pas davantage écrit, mais les paroles de Jésus circulaient parmi ses fidèles. Etienne avait entendu cet avertissement de Jésus à ses disciples : Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ; mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. N’est-ce pas ce que nous avons entendu du récit de la mort d’Etienne, tel que nous le rapporte les Actes des Apôtres ? Même sous une pluie de pierres, Etienne reste droit dans sa foi, persévérant dans sa prière, confiant en son Seigneur et Maître qu’il rejoint par-delà la mort physique. Même les pierres les plus grosses ne peuvent entamer ni sa foi, ni son espérance. En devenant le premier à verser son sang à cause de Jésus, Etienne devient le modèle du croyant affrontant le monde quelquefois hostile et violent ; il sait qu’il n’a rien fait de mal ; il sait qu’il n’est pas plus grand que son Maître. Sa mort nous dit très concrètement que certains sont appelés à une configuration totale et parfaite au Christ, jusque dans une mort injuste et violente. Je ne peux qu’admirer une telle persévérance, une telle constance dans la foi. 

            Nous ne sommes plus aujourd’hui, du moins dans notre pays, exposés à la mort à cause du Christ. Certains voudraient nous faire croire le contraire, imaginant déjà une France sans christianisme. Mais une telle France ne serait pas le fait d’un grand remplacement. Elle serait le fait d’un manque de persévérance, d’un manque de constance dans la foi. L’Eglise du Christ ne disparaîtra pas à cause d’adversaires venant de l’extérieur. Elle disparaît, dès maintenant, lorsque ceux qui sont chrétiens par leur baptême cessent de faire vivre l’Eglise ; elle disparaît lorsque les chrétiens cessent de dire leur foi ; elle disparaît lorsque les chrétiens se laissent gagner par l’esprit du monde plutôt que de vivre de l’Esprit du Christ. Là est le grand danger ; là est le remède au rétrécissement de nos communautés. A l’image d’Etienne, votre saint Patron, soyez toujours fiers d’être au Christ ; soyez toujours fiers de vivre comme le Christ, entièrement donnés à Dieu et à vos frères et sœurs en humanité. Amen.


(Homélie donnée dans deux paroisses qui ont St Etienne comme patron)