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dimanche 24 décembre 2023

Nuit de Noël - 24 décembre 2023

 C'est tous les ans pareils !





 

 

 

 

            C’est tous les ans pareil, s’exclamait une petite fille en CE 2 lorsque sa maîtresse leur a annoncé qu’ils allaient préparer Noël. Je sais déjà tout, poursuivait l’enfant, ça fait depuis la maternelle qu’on en parle. Au-delà de l’anecdote réelle, ne sommes-nous pas souvent dans le même esprit ? Que pouvons-nous apprendre encore de Noël que nous ne sachions déjà ? Chaque année, ce sont les mêmes lectures, les mêmes traditions… Qu’avons-nous encore à apprendre de Noël ? 

            Je n’ai pas la prétention, dans cette homélie, de vous faire des révélations inédites sur la fête qui nous rassemble. Cette année encore, Jésus est couché dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Cette année encore, il naît de Marie, au moment du recensement ordonné par l’empereur Auguste. Cette année encore, ce sont des bergers à qui la bonne nouvelle de cette naissance est annoncée. Cette année encore, des cohortes d’anges chantent la louange de Dieu : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. Et cette année encore, la paix semble plus difficile que jamais à atteindre. Comme je voudrais que ce chant devienne réalité pour toute la terre. 

            Ce que je voudrais, par contre, c’est nous faire réfléchir à la réalité de ce qui advient avec la naissance de Jésus. Si ce soir, ce n’est pas son anniversaire que nous célébrons, mais bien sa naissance parmi nous, aujourd’hui, qu’est-ce que cela nous fait ? En-dehors de la joie de la fête, bien légitime, avons-nous bien conscience de cet aujourd’hui du salut qui nous est proposé ? Nous sommes, ce soir, ces bergers, à qui la naissance de Jésus est annoncée. Nous sommes ceux qui recevons la bonne nouvelle du salut. Et ça vous fait quoi ? ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? 

Quand en Jésus, Dieu se fait enfant, faible parmi les faibles, comment ne pas en être impactés ? Quand Dieu, en Jésus, se fait enfant et vient dans notre vie, comment ne pas changer, ne pas en être transformés ? Mesurons-nous pleinement ce que cela signifie pour nous que Dieu se mette à notre hauteur, qu’il s’a
baisse, s’anéantisse, pour partager notre vie ? C’est assurément un grand mystère, et s’il est vrai que le Salut ne sera réalisé qu’à Pâques, dans le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, comment ne pas être bouleversé par cette naissance qui porte déjà en elle ce salut qui peut nous sembler lointain ? Si c’est bien le mystère de la Croix qui est au cœur de notre foi, le mystère de la naissance de Jésus n’en est pas moins important. Ce soir, Dieu s’engage envers nous, à nous faire vivre avec lui. Ce soir le Tout-Puissant se fait le Tout-Faible, pour que nous n’ayons pas peur de l’approcher et de l’accueillir. Nous savons que nous n’avons rien à craindre d’un nouveau-né, fût-il le Fils de Dieu. Un bébé reste un bébé. C’est petit, mignon, sans force, ça dépend de nous, les grands. Ce soir, en Jésus, fils nouveau-né de Marie, Dieu se met entre nos mains ; il prend le risque de se livrer, impuissant. Pensons-y quand nous nous approcherons de la crèche pour le contempler. Ce petit, c’est Dieu livré. Ce petit, c’est Dieu offert, attendant déjà de s’offrir pour notre Salut. 

En cette nuit très sainte, recueillons-nous et contemplons Dieu qui vient dans notre vie ; chacun peut dire : il vient dans ma vie. Que cette naissance nous rende heureux d’avoir été trouvés dignes du salut que Dieu offre par amour de l’humanité. Qu’elle nous rende conscients de la responsabilité qui est la nôtre : lui permettre de grandir, le faire connaître, l’aimer et le faire aimer. Ainsi, le monde sera sauvé. Et rien ne sera plus pareil. Amen.


lundi 25 décembre 2017

Nuit de Noël - 24 décembre 2017

Réjouissons-nous : un Sauveur nous est né !








Le hasard du calendrier fait que, cette année, la quatrième semaine de l’Avent est réduite à sa plus simple expression : des premières vêpres du quatrième dimanche aux premières vêpres de Noël, soit à peine vingt-quatre heures. Pour la plupart des personnes, c’était encore moins long, puisque beaucoup n’auront même pas chanté les vêpres. Ils étaient à la messe ce dimanche matin ; ils se sont déplacés ce même dimanche, dans la nuit, pour entendre l’annonce de la naissance du Sauveur. Très peu de temps, donc. En si peu de temps, nous aurons entendu l’Evangile de l’Annonciation et maintenant celui de la Nativité. En entendant le prédicateur de la basilique, ce matin, je me suis demandé si Marie n’allait pas regretter le Oui sans condition qu’elle a donné à l’ange. A-t-elle bien mesuré à quoi l’engageait ce Oui ? Je ne crois pas, et je ne crois pas que quiconque puisse un jour envisager ce à quoi l’entrainerait le Oui à l’accueil d’une nouvelle vie, et encore moins le Oui à l’accueil de Dieu au cœur de sa vie.
 
Cette nuit de Noël est aussi marquée pour moi par la détresse de ces familles qui cette semaine auront porté en terre leurs enfants, tués dans l’accident de leur car qui les ramenaient du collège à la maison. Elle est marquée par la violence à laquelle doivent faire face les chrétiens d’Orient qui ont encore vu des églises attaquées et pillées, des membres de leurs communautés blessés ou tués par des extrémistes qui ne leur laissent plus même le droit de crier vers Dieu leur détresse. Comment peut retentir la joie de la Bonne Nouvelle de la naissance du Sauveur quand votre vie est ainsi bousculée ? La fête qui nous rassemble en cette nuit pourra-t-elle redevenir pour ces personnes l’annonce d’une espérance, l’annonce d’une vie meilleure, l’annonce d’une vie qui a du prix pour Dieu ? 
 
Pourtant, je ne saurais me laisser aller à la désespérance, malgré tout. Car enfin, en cette nuit, le merveilleux fait irruption pour toujours et pour tous dans la vie des hommes. Cette naissance d’un enfant à l’autre bout du monde, dans une humble crèche, signe quelque chose de nouveau. Dieu entre définitivement, totalement et irrémédiablement dans la vie des hommes. Avec le prophète Isaïe, nous pouvons affirmer que le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Cette naissance n’est pas une naissance de plus. L’évangile entendu ce matin nous le redisait : celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. C’est celui-là dont nous célébrons la naissance ce soir, non pas comme un anniversaire, non pas comme un fait de l’Histoire, mais comme une réalité pour notre monde, en cette année 2017 finissante. Aujourd’hui nous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Nous pouvons partager la joie de Marie et Joseph qui accueillent leur premier-né dans des conditions plus que précaires ; nous pouvons partager la joie des bergers qui se sont laissé déranger par les anges et qui, les premiers, sont allés à la rencontre du Nouveau-Né. Nous pouvons partager la joie des anges et avec eux chanter la gloire de Dieu et la paix pour les hommes que Dieu aime. Cette naissance est le don de Dieu à tous les hommes pour qu’ils retrouvent le chemin du cœur de Dieu. Comme le disait saint Irénée, Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. 
 
Nous avons assez de recul pour savoir que cette naissance extraordinaire va entraîner une vie extraordinaire. Les noms donnés à l’Enfant disent tout : Emmanuel : Dieu avec nous ; Jésus : le Seigneur sauve ! C’est le temps de la miséricorde qui s’ouvre pour nous ! C’est le temps du salut qu’inaugure cette naissance ! C’est le temps de la vie qui ne finira plus jamais. Né sur le bois de la crèche, il mourra sur le bois de la croix, résumant ainsi une vie entière donnée au service des hommes, de leur vie, de leur joie. En accueillant Jésus à la crèche, n’oublions pas que c’est tout Jésus que nous accueillons. Il ne saurait rester pour nous le sage enfant de la crèche. Il vient pour accomplir le projet d’amour de Dieu pour les hommes. Il vient transformer la vie des hommes. Il vient orienter le cœur des hommes vers Dieu et vers le frère, particulièrement le plus pauvre. Nous ne pouvons pas nous réjouir de la naissance de Jésus si nous ne nous réjouissons pas aussi de tout ce qu’il va réaliser, de toute l’espérance qu’il porte et apporte. 
 
En adorant l’Enfant de la crèche, venu refaire toutes choses nouvelles pour vous, ne vous demandez pas s’il a le nez de Marie ou les oreilles de Joseph. Souvenez-vous qu’il a le visage du frère (ou de la sœur) qui vous est insupportable ; il a le visage du malade abandonné sur son lit d’hôpital ; il a le visage du prisonnier libéré à qui tout le monde tourne le dos ; il a le visage du réfugié qui a fui la guerre et que chacun renvoie chez son voisin ; il a le visage de tout homme, de toute femme, de tout enfant qui souffre et qui peine, qui cherche un peu de réconfort ; il a le visage de tout homme, de toute femme, de tout enfant qui cherche juste à vivre dignement. Un enfant nous est né, un fils nous a été donné. Réjouissons-nous du bien qu’il nous fait ; réjouissons-nous du bien que nous pourrons faire à sa suite. Laissons-nous tenter par lui à vivre de sa vie, maintenant et toujours. Amen.

(Domenico GHIRLANDAIO, La Nativité, 1483-1485, Chapelle Sassetti, Basilica Santa Trinita, Florence)