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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 8 août 2026

19ème dimanche ordinaire A - 9 août 2026

 De l'art et de la manière de parler de Dieu ! 




(Jésus marche sur les eaux, Tableau de James TISSOT, Brookling Museum)


 



            Il y a des textes bibliques qui sont un vrai coup de boost pour la foi parce qu’ils ont l’art et la manière de parler de Dieu. Toute la Bible nous parle de Dieu, me direz-vous ! Certes, mais tous les livres qui la composent ne le font pas de la même manière. Et c’est normal, parce que nous parlons de Dieu à partir de ce que nous connaissons, de ce que nous découvrons de lui, selon ce que nous vivons. La manière de penser Dieu, et donc de parler de lui, est différente selon que nous vivions en temps de paix ou en temps de guerre, selon que nous soyons heureux ou totalement déprimés. Tous les textes bibliques n’nt donc pas le même effet sur notre foi, nitre moral. La première lecture et l’évangile de ce dimanche sont, pour moi, des textes essentiels dans la compréhension de Dieu, capables de redonner le moral et de fortifier notre foi.

            L’extrait du Premier livre des Rois nous rapporte un moment de la vie d’Elie. Il est fatigué par ce peuple qui a rejeté Dieu ; il fuit devant Jézabel qui a promis sa mort. A celui qui est resté fidèle, Dieu demande de sortir de la grotte où il s’est réfugié pour se tenir en présence du Seigneur. Et ce moment en dit long sur le Dieu d’Elie, sur notre Dieu. A l’approche du Seigneur, dit le texte biblique, il y eut un ouragan fort et violent, puis un tremblement de terre, et un feu. Des manifestations puissantes, destructrices, mais dans lesquelles, nous dit l’auteur de ce livre, le Seigneur n’était pas. Le Dieu d’Eli, le Dieu d’Israël, notre Dieu, n’est pas un destructeur ; il ne manifeste pas sa puissance en fendant les montagnes et brisant les rochers. Eli reconnaît Dieu qui passe quand se lève le murmure d’une brise légère. Le murmure d’une brise légère. Quelque chose qui ne fait pas de bruit : pour entendre un murmure, il faut tendre l’oreille ; et quelque chose qui fait du bien. Les récents épisodes de canicule nous ont tous fait espérer le murmure d’une brise légère pour nous sortir de la fournaise. Dieu ne crie pas ; il murmure. Dieu ne détruit pas ; il fait du bien. Voilà ce que nous enseigne cette page de la Première Alliance. Et moi, cela me fait du bien de l’entendre ; cela donne à ma foi un nouvel élan. Dieu me veut du bien ; Dieu me parle doucement, tendrement. Et cela vaut pour tous. Dieu vous veut du bien ; Dieu vous parle doucement, tendrement.

            Cette affirmation est tellement vraie qu’elle se prolonge dans les textes de la Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus Christ. Lorsque nous le croisons, après un temps de prière, il vient vers ses disciples en marchant sur la mer, bien que la barque dans laquelle se tenaient ces derniers fut battue par les vagues, car le vent était contraire. Ne nous moquons pas des disciples qui prennent peur à cette vue ; nous aurions fait pareil et avec eux, nous nous serions mis à crier. Nous aussi, nous aurions cru voir un fantôme. Jamais personne n’avait marcher sur la mer ; jamais personne n’avait écrasé le mal de son talon. Il faut nous rappeler que la mer est le lieu où résident les forces du mal. La mer déchainée, aucun humain ne la contrôle, aucun humain ne la domine. Jésus, vrai homme et vrai Dieu, l’écrase de son pied. Il fallait qu’un disciple réagisse, et c’est Pierre qui naturellement s’y colle. Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Je ne suis certainement pas le seul dans cette barque à me dire qu’il a perdu une occasion de se taire, le Pierre. Mais Jésus lui dit : « Viens ! » et Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux. Et ça marche ! L’homme, quand il garde les yeux fixés sur Jésus peut écraser le mal de son talon, comme Jésus ! Mais quand il prend conscience de la force du vent contraire, il a peur et il coule. Pierre a cependant ce réflexe salvateur de crier vers Jésus : Seigneur, sauve-moi ! Ce qu’il fait en étendant la main.

            Comme le texte du Premier livre des Rois, Matthieu, en rapportant cet épisode, nous montre que Dieu, en Jésus, veut notre bien puisqu’il vient écraser le mal qui agite et bouleverse notre vie. Il nous redit aussi que Dieu n’est pas dans la tempête, mais qu’en Jésus, il la domine et en triomphe. Quand Jésus est dans la barque, le vent tombe. Il n’y a pas de place pour le mal là où est Jésus ; le mal est vaincu quand Jésus est accueilli dans une vie. Nous devons en être convaincus : par notre baptême, nous participons déjà à la victoire de Jésus sur le mal et la mort. La vie de Dieu, la vie éternelle, est déjà donnée. Nous pouvons faire nôtre la profession de foi des disciples : Jésus, vraiment tu es le Fils de Dieu ! Avec lui dans notre vie, nus pouvons combattre efficacement le mal, d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Même si c’est modeste. Il n’y a pas de petite ou de grande victoire sur le mal ; il n’y a que la victoire du Christ à laquelle nous participons, à notre manière, grâce à sa présence en notre vie. C’est l’œuvre du Christ qui se prolonge ainsi en nous. Sa victoire, obtenue sur la croix, il l’étend à nous, il nous en fait profiter, largement. Il nous faut le grain de folie de Pierre qui pense qu’il peut faire pareil, marcher sur la mer, si c’est Jésus qui le lui demande. Il nous faut croire qu’en Jésus, nous avons déjà notre victoire sur le mal et la mort. Ce n’est pas une utopie ; c’est notre réalité !

            Quand nous nous sentons petits, impuissants face aux événements du monde, souvenons-nous d’Elie sorti de sa grotte, souvenons de Jésus qui marche sur la mer. Et rappelons-nous que Dieu veut notre bien et qu’en Jésus, il nous donne la force de ne pas joindre notre voix et notre vie aux puissances du mal. Avec Jésus, construisons ce monde d’où le mal est exclu. Avec Jésus, apprenons à vouloir et à faire le bien. C’est possible car notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, nous en rend capables. De notre art et de notre manière de parler de Dieu, dépend notre art et notre manière de vivre de Dieu. Amen.

vendredi 3 avril 2026

Vendredi Saint - 3 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il accepte la mort de son Fils unique.







 

            Depuis le dimanche des Rameaux, nous accompagnons Jésus à Jérusalem. Nous avons vécu avec lui son dernier repas pendant lequel il nous a dit l’amour de Dieu pour nous à travers deux signes : celui du pain et du vin partagés et celui du lavement des pieds. Quand Dieu nous dit son amour, il s’offre et nous sert. Peut-être avons-nous même veillé une partie de la nuit avec lui. Nous voici, toujours avec lui, pour vivre l’impensable : l’arrestation, le procès et la mort de l’Innocent. Pourquoi ? Parce qu’il nous aime ! Oui, quand Dieu nous dit son amour, il accepte la mort de son Fils unique.

            Lorsque nous perdons un proche, nous prenons le temps de relire sa vie, nous nous remémorons les bons moments, nous oublions les moins bons. Quand la mort frappe à la porte, souvent tout est pardonné. En relisant la vie de Jésus, force est de constater qu’il n’y a rien à pardonner ; toute sa vie ne fut qu’amour, miséricorde, don, pardon. Rien ne laissait présager qu’il puisse un jour être arrêté, jugé et condamné à mort. La lecture de la Passion selon Jean démontre bien l’inconsistance des accusations. Lorsqu’un des serviteurs du grand-prêtre Hanne le gifle, Jésus interroge : Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? Sa question reste sans réponse et par dépit, on l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe. Et de chez Caïphe au Prétoire, devant Pilate, le seul qui puisse prononcer la peine de mort. Jusque-là, aucun motif de condamnation n’a été trouvé. Quand Pilate les interroge, la seule raison invoquée pour la comparution de Jésus est : S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. Mais aucune démonstration de culpabilité. Pilate lui-même en conviendra : Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Alors pourquoi est-il condamné quand même ? Pourquoi le scandale de la croix ?

            La réponse nous a été donné par le prophète Isaïe. Nous pouvons relire son livre à la lumière du mystère de Pâques et comprendre que ce qu’il annonce, c’est Jésus qui le vit, qui l’incarne. C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé… le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous… il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. En clair, c’est à cause nous, à cause de toi, à cause de moi que Jésus est mort en croix. Ce mystère de l’amour donné librement, gratuitement c’est à cause de nous ; c’est pour nous, pour notre salut. Parce que nous ne vivons pas toujours de l’Alliance que Dieu nous propose, parce que le péché, tapi dans notre vie, surgit et détruit, parce que notre amour est inconsistant, Dieu fait preuve de bonté, de grâce, de miséricorde et d’amour pour sauver notre vie et notre avenir. A nous qui avons si souvent rompu son Alliance, il montre la voie de la fidélité ; à nous qui nous laissons envahir par la haine, il montre le chemin de l’amour ; à nous qui succombons si souvent à la rancune, il montre le chemin du pardon. Dieu accepte le sacrifice de son Fils unique pour que toute sa création puisse être sauvée. Par le passé, au temps de Noé, Dieu avait refait sa création après avoir lavé la terre par les grandes eaux du déluge. Il s’était engagé à ne jamais recommencer. Pour sauver l’homme, il fallait à Dieu affronter la mort et la vaincre définitivement. C’est le sacrifice de Jésus sur la croix qui va réaliser cette grande œuvre de Dieu. Puisque l’humanité est incapable de se sauver, il a accepté que son Fils affronte la mort et le péché. Au pied de la croix, nous pouvons légitimement penser que c’est là un échec. Jésus, l’Innocent, est mort. Les hommes ont parlé, la foule a crié : Crucifie-le ! Crucifie-le ! Et Dieu s’est tu !

Le silence assourdissant de Dieu marque encore chaque année notre liturgie du Vendredi Saint. Il est le silence de la sidération, le silence de ceux et celles qui ne comprennent plus et à qui il manque les mots de la révolte. Il nous faut accepter ce silence de Dieu ; il nous faut partager ce silence si nous croyons avec Pilate qu’il fallait relâcher Jésus ; il nous faut accepter ce silence et attendre la parole que Dieu prononcera définitivement. Nous avons tué son Fils ; restera-t-il sans répondre ? Nous avons tué son Fils ; refusera-t-il la vengeance ? Ce silence est notre seul espoir. Peut-être que le choix des soldats de ne pas profaner davantage ce corps meurtri en lui brisant les jambes, nous vaudra un sursis. Peut-être que l’attitude de Joseph d’Arimathie et de Nicodème qui vont l’ensevelir dignement, selon la coutume juive, nous vaudra-t-il le début d’un pardon. Pour l’heure, nous n’en savons rien. Entrons dans ce silence de Dieu et comptons sur sa miséricorde. Qui sait ? Peut-être quelque chose de neuf adviendra-t-il de ce scandale. Amen.

samedi 21 février 2026

1er dimanche de carême A - 22 février 2026

 Connaître le bien et le mal ?




Jérôme BOSCH, le jardin d'Eden, 1503

 



            Voici donc revenu le temps du carême et avec lui, les grands textes bibliques qui nous invitent à sonder nos reins et nos cœurs pour en débusquer le mal et y tracer un chemin de conversion. Quarante jours nous sont offerts pour entendre à frais nouveaux la Parole de Dieu et la laisser agir en nous. La première étape nécessaire pour suivre ce chemin de conversion, c’est la lutte contre le mal qui réside en nous d’abord.

            Au temps de la Genèse, lorsque le monde allait encore selon le plan de Dieu, un seul interdit : ne pas toucher aux fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Tout le reste était possible ; tous les autres arbres à fruits disponibles. Nous pourrions penser que c’est là un petit sacrifice à faire, et que vraiment, un seul interdit devant la profusion de la création divine, c’était peu de chose et pas si compliqué à réaliser. Mais voilà, à y regarder de près le fruit de cet arbre justement devait être savoureux, il était agréable à regarder, il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. C’est toujours étonnant et consternant de constater que ce qui est permis semble fable et sans goût, alors que l’interdit semble désirable, agréable, savoureux. C’est comme si le mal avait un attrait particulier. Il suffit d’ailleurs de feuilleter un journal. Je m’effraie toujours devant la quantité de faits divers violents, en particulier ceux qui ont pour auteurs des mineurs. Avons-nous échoué collectivement à juguler la violence, à faire comprendre que le bien est préférable, toujours, et que la nature humaine n’a pas été créée pour pencher vers le mal ? N’avons-nous toujours pas compris le sens de cet interdit premier, qui posait comme un absolu de ne pas toucher à l’arbre du milieu du jardin, celui justement de la connaissance du bien et du mal ?

            Cet interdit, contrairement à la parole du serpent dans la Genèse, n’empêchait pas l’homme d’être comme Dieu, puisque Dieu nous a fait à son image et à sa ressemblance. Il nous empêchait simplement de prendre la place de Dieu en lui laissant le soin de définir, à lui seul et pour tous, ce qui est le bien et ce qui est le mal. Car quand chacun décide de ce qui est bien et de ce qui est mal, l’humanité va à la catastrophe, parce que ce qui est bien pour moi peut être jugé mauvais par un autre. Interdire de consommer les fruits de cet arbre de la connaissance du bien et du mal, c’était interdire à tous et à chacun de se faire le juge de ce qui était bien ou mal. C’était marquer le refus clair que le bien et le mal deviennent relatifs, laissés à l’appréciation de chacun, selon des intérêts particuliers, divergeant presque nécessairement des intérêts des autres. Si Dieu se réserve cette connaissance, c’est pour que tous les hommes regardent comme bien le Bien, et comme mal, le Mal. Une même norme pour tous, fixée par le même référent : Dieu, et seulement Dieu, ce Dieu qui avait tout créé par sagesse et avec amour.

            Si le malin échoue à séduire Jésus et à l’entraîner à sa suite, c’est parce que Jésus est vrai Dieu, tout en étant vrai homme. L’Esprit Saint agissant en lui, il peut déjouer les pièges du diable. Il a pour unique mesure le bien défini par Dieu, son Père, et non pas un bien relatif défini par son adversaire. Quand Dieu reste la référence ultime, aucune tentation ne porte de fruits, aucune déviation du bien n’est possible, quand bien même l’adversaire en présenterait une version tronquée. Celui qui marche avec Dieu, sait faire la différence entre le bien et le mal ; celui qui marche avec Dieu et laisse son Esprit le conduire, sait choisir le bien et non seulement rejeter le mal, mais le vaincre aussi. Définitivement. Le diable le quitte, parce qu’il n’a pas de prise sur lui.

            Nous ne sommes qu’humains, vous et moi, mais nous marchons vers notre accomplissement, vers le Royaume où Dieu nous attend et où nous serons à nouveau totalement à son image et sa ressemblance. Et si le péché domine encore sur nous à cause de la faute de nos premiers parents, nous savons aussi, nous qui reconnaissons en Jésus, le Messie de Dieu, qu’il est venu couvrir la multitude de nos fautes et nous offrir le salut. Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. Paul nous rappelle ainsi que la faute d’un seul a entraîné le péché de la multitude ; et les péchés de la multitude nous ont valu la grâce d’un seul, Jésus, le Sauveur.

Nos premiers parents n’ont pas su accepter l’interdit unique qui les gardait à l’image et à la ressemble de Dieu ; ne soyons pas ceux qui aujourd’hui n’acceptent pas le salut offert par le Fils unique de Dieu pour nous rendre cette image et cette ressemblance avec lui. Ecoutons sa Parole vivante, laissons l’Esprit reçu à notre baptême agir en nous ; et nous vaincrons, avec le Christ, celui qui veut nous maintenir loin de Dieu, loin du royaume, loin de la vie à laquelle Dieu nous appelle. Il n’est jamais trop tard pour choisir Dieu ; il n’est jamais trop tard pour choisir sa vie. Que ce carême soit le temps d’un nouveau départ, d’un nouveau Oui au Dieu de l’Alliance et de la Vie. Amen.

dimanche 1 février 2026

4ème dimanche ordinaire A - 1er février 2026

 Le monde que Dieu veut.




(image trouvée sur internet : Heureux)



 

            A lire les lectures de ce dimanche, il peut rester une étrange impression qui nous ferait croire que Dieu nous veut faibles. Dans le livre du prophète Sophonie, nous avons pu lire ainsi : Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit… Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul écrit : ce qu’il y a de faible… ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi… et dans l’évangile, les béatitudes ne sont pas en reste : Heureux les pauvres de cœur, heureux ceux qui pleurent… Le serpent de la Genèse aurait-il eu raison ? Dieu veut être le seul fort, il ne supporterait pas de concurrence en face de lui ?

            La question me semble mal posée. Plutôt que de partir de Dieu, partons des hommes, et regardons notre monde. Que voyons-nous ? Des hommes forts qui semblent disjoncter, n’hésitant pas à utiliser la force armée pour jouer au conquérant, manipulant la vérité pour écrire une histoire qui leur convienne, ne tenant pas compte de l’aspiration des peuples à la paix et à la vérité. Des puissants qui se partagent le monde en trois sans demander ce qu’en pensent les autres. En fait, ce ne sont que des réflexes de gamins de cours d’école qui cherchent à s’approprier ce qui leur fait envie chez les autres, et tant pis si ces autres doivent souffrir. Et comme toujours avec les harceleurs de cours d’école, ceux qui pourraient réagir ne le font pas ; il ne faudrait quand même pas les fâcher et leur déplaire. Ce monde-là, c’est le monde que voulait le serpent de la Genèse, plus connu sous son nom de diviseur. Il semble plus que jamais réussir. Mais ce n’est pas le monde que voulait Dieu quand il l’a créé ; ce n’est pas le monde que Dieu veut pour nous aujourd’hui.

            Le projet de Dieu, aujourd’hui comme à l’origine, c’est un monde fait d’harmonie, où tous cohabitent en paix. Dans ce monde, l’agneau n’a pas peur du loup, le veau ne craint pas le lionceau, Dieu et l’homme vivent en Alliance, la paix est le quotidien de tous. C’est ce monde-là qu’annoncent les béatitudes ; c’est ce monde-là que Dieu redessine en faisant le choix des petits et des pauvres. Parce que les petits et les pauvres attendent tout de Dieu et ne cherchent pas à s’imposer. Si les grands, les gens de pouvoir, savaient l’exercer pour le bien de tous, cela ne poserait pas de problème. Hélas, ils sont rares, ou en tous les cas, ils semblent rares, les puissants qui aujourd’hui pensent au bien commun davantage qu’à leurs propres intérêts. Le pape Léon l’a rappelé lors de ses vœux au corps diplomatique : la guerre est revenue à la mode et une ferveur guerrière se répand. La force brute et brutale n’a jamais conduit au bonheur.

             Le monde que Dieu dessine et propose à l’humanité est un monde où chacun se respecte, un monde où chacun veille sur les autres plutôt que de surveiller les autres. Le bonheur vient quand l’humanité sait être douce ; le bonheur vient quand l’humanité a faim et soif de justice ; le bonheur vient quand l’humanité est miséricordieuse ; le bonheur vient quand l’humanité favorise la paix… Le bonheur vient quand l’humanité reprend Dieu comme partenaire de vie. Parce que le mal qui ronge notre vie, le mal qui nous fait envier ce que les autres ont et que nous pourrions leur prendre, le mal qui travestit la vérité, ce mal n’a pas de pouvoir sur Dieu ; mieux encore, ce mal et tout le mal que nous pourrions imaginer faire, Dieu l’a vaincu, Dieu l’a anéanti par son Fils Jésus. Et il l’a fait, non pas avec une armée et des guerriers, mais avec l’obéissance jusqu’à la mort de son Fils unique, offert sur la croix pour le salut du monde. Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort. Trop souvent, quand l’homme construit son bonheur, il le fait pour lui contre celui des autres, comme s’il ne pouvait pas être heureux avec les autres, être heureux pour les autres, mais seulement être heureux contre les autres. Le bonheur que Dieu construit est un bonheur pour tous, car Dieu ne peut être heureux tant qu’un seul homme souffre. Dieu se réjouit de notre bonheur et souffre de notre malheur. Le bonheur que Dieu nous propose est celui d’une humanité réconciliée, apaisée, libérée. Pour cela, nous devons renoncer à notre désir de puissance, renoncer à notre désir de possession, renoncer à notre désir d’être plus et mieux que les autres. En fait, il s’agit de renoncer à notre désir d’être notre propre Dieu pour apprendre à vivre dans ce monde que Dieu a dessiné pour nous. Il s’agit de marcher humblement avec notre Dieu pour reconnaître en chacun un frère que Dieu nous donne, et non un adversaire ou un concurrent.

            Si la liturgie semble faire aujourd’hui l’éloge de la faiblesse et de la pauvreté, c’est parce que Dieu a pris le parti des petits et des pauvres, reconnaissant en eux l’humanité qui peut repartir d’un bon pied, l’humanité qui comprend la solidarité, l’humanité qui sait vivre la fraternité. Dieu est et doit rester le seul tout-puissant, parce que sa toute-puissance ne se mesure pas en régiments et en armes, mais en amour et en pardon. Sur ce terrain-là, il est imbattable ; c’est sur ce terrain-là qu’il construit son monde nouveau où il nous attend. C’est vers ce monde-là qu’il nous faut marcher, résolument. Amen.

samedi 8 novembre 2025

Dédicace de la Basilique du Latran - 9 novembre 2025

Vous êtes la maison que Dieu construit. 




(Chaire papale- Saint Jean de Latran)



 

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Cette affirmation de Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, dit bien la réalité de l’Eglise, peuple rassemblé par Dieu en une seule et même famille, une seule et même maison. En ce jour où nous célébrons la dédicace (l’anniversaire de la consécration) de la basilique du Latran, à Rome, il est bon de nous souvenir que nous sommes tous, par notre baptême, membre d’un même corps, membre d’un même édifice.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. La basilique du Latran est le premier signe visible de cette maison que Dieu construit, parce qu’elle est la cathédrale du Pape en tant qu’évêque de Rome. Au fronton de la basilique sont écrits ces mots : Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde. Autrement dit, tout part de là ; tout existe à cause de cette Mère et tête. Même nos petites paroisses de la campagne alsacienne n’existent que parce qu’existe saint Jean de Latran. Certes, ce n’est pas l’évêque de Rome qui a ouvert ou construit nos églises, mais en étant le premier parmi ses pairs (primus inter pares), en ayant la responsabilité de nommer les évêques, l’occupant des lieux permet à la foi catholique de se répandre, de se structurer, de vivre et de faire vivre. Depuis l’empereur Constantin, qui a fait don à l’Eglise du domaine pour y construire la basilique, le baptistère et le palais, jusqu’à nous, c’est de là, de ce lieu symbolique et structurant, que tout est parti, que tout part encore. Si elle est la mère de toutes les églises, cette basilique est la basilique de chaque croyant, le lieu d’où la foi se dit, se transmet et se répand dans le monde entier. C’est pour cela que l’anniversaire de cette cathédrale, et de celle-là exclusivement, est célébrée dans le monde entier, permettant à chaque catholique de célébrer son attachement à l’Eglise catholique et apostolique. La basilique est dédiée à deux Jean : saint Jean le Baptiste, celui qui a annoncé la venue du Messie (Voici l’Agneau de Dieu) et saint Jean l’Evangéliste, celui qui a révélé dans son Evangile que le Verbe s’est fait chair. De cette basilique ne cesse de résonner ces deux paroles de ces amis de Jésus pour que le monde reconnaisse dans le Verbe fait chair, l’Agneau immolé qui porte le salut au monde.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Attachons-nous maintenant à comprendre ce que ce verset signifie pour nous, concrètement. Si nous sommes une maison que Dieu construit, nous sommes chacun un élément essentiel à cette construction et nous ne pouvons donc pas simplement nous en retirer. Imaginez-vous un instant ce que serait votre maison si, pendant que vous êtes réunis ici, vos fenêtres décidaient qu’elles ne faisaient plus partie de votre maison et la quittaient ?  Il y ferait rapidement plus froid avec la météo que nous connaissons ces derniers jours. Il en est de même pour notre Eglise. Il y fait plus froid quand des membres décident qu’ils peuvent être croyants sans être de l’Eglise, sans être attachés à leur Mère et tête. Elle est aussi moins belle quand manquent les visages de celles et ceux qui se sont éloignés. Elle est peut-être plus uniforme, mais moins harmonieuse parce qu’il en manque des voix. A l’heure où beaucoup pensent que l’uniformité doit être de rigueur, la fête de la dédicace du Latran nous rappelle que l’harmonie est plus importante. Les voix différentes ne sont pas des voix discordantes, mais des voix qui éclairent autrement l’unique Parole révélée par les deux Jean tutélaires de la basilique. Chacun y a sa place parce que chacun est appelé par Dieu à être de cette maison qu’il construit. Aujourd’hui, son Esprit rassemble l’Eglise, rassemble les croyants pour qu’ils soient cette œuvre d’unité voulue par Dieu. Une Eglise sans croyant n’est qu’une coquille vide ; un croyant sans Eglise n’est qu’un homme sans terroir, sans enracinement. L’Eglise que Dieu rassemble n’est pas une collection de bâtiments de styles différents, mais une collection d’hommes et de femmes qui se reconnaissent frères et sœurs malgré leurs différences d’origine, d’opinion, d’approches liturgiques, d’expériences spirituelles. Ce qui nous unis, c’est l’appel unique de Dieu adressé à chacun dans sa singularité et dans son originalité. Si vous avez visité un jour saint Jean de Latran, vous avez pu aimer ou pas son style architectural et ses dorures ; mais vous avez nécessairement reconnus son harmonie et sa capacité à dire quelque chose du mystère de cette Eglise que Dieu appelle et construit. Là tout est à sa place, tout concourt à l’harmonie, la sérénité et la beauté qui nous parlent de Dieu et de son amour pour nous qu’il appelle en sa maison.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Ayons une conscience toujours plus grande de cet appel à être une partie de cette maison et que notre place y est unique et irremplaçable. Personne ne peut prendre la place qu’un autre laisse libre. Nous pourrions appliquer à l’Eglise ce proverbe qui dit : un être vous manque et la terre est dépeuplée. Oui, un croyant vous manque et l’Eglise est dépeuplée. Prions Dieu de renouveler en nous l’Esprit de notre baptême, l’Esprit qui continue de construire son Eglise, pour qu’elle soit belle et harmonieuse, accueillante pour tous, Mère aimante pour chacun, tête qui nous entraine toujours mieux à la suite du Christ qu’elle a mission d’annoncer et de servir. Amen.  

samedi 22 mars 2025

3ème dimanche de Carême C - 23 mars 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, un Dieu qui appelle et qui prend soin.




(Marc CHAGALL, Moïse et le buisson ardent, 
Source internet : Moïse Et Le Buisson Ardent 1966 Lithograph 22x17 by Marc Chagall - For Sale on Art Brokerage)





Je ne me lasserai jamais de ce beau texte du livre de l’Exode que nous avons entendu en première lecture. Il nous rend témoin d’une part de la préoccupation de Dieu pour son peuple, et d’autre part de l’appel que Dieu adresse à Moïse. Car la situation du peuple hébreu en Egypte a bien changé. Souvenez-vous : la famille de Jacob est arrivée en Egypte alors que l’un de ses fils, Joseph, était le bras droit de Pharaon. Par sa gestion droite et avisée, il avait permis à l’Egypte de traverser une période de longue famine ; des étrangers, dont la famille de Jacob, venaient même se ravitailler ici pour échapper à la mort. Mais, dit sobrement le livre de l’Exode (1,8) : Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph. Et c’est la fin d’une période heureuse en Egypte, le début des travaux forcés, les coups de fouet des garde-chiourmes… 

Nous ne savons pas trop combien de temps a duré cette épreuve ; ce que nous savons, c’est que Dieu ne reste pas sourd aux appels de ceux qui crient vers lui.  J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel. Et nous verrons tout au long du livre de l’Exode comment Dieu prend soin de ce peuple qu’il a décidé de délivrer et de mener sur une nouvelle terre. Nous pouvons voir encore aujourd’hui comment Dieu prend soin de nous.

        Ce que nous révèle encore le livre de l’Exode, c’est que Dieu a suscité Moïse. Il lui a parlé dans ce buisson ardent, l’a appelé et envoyé en mission : Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. Sans doute Dieu, tel un super héros, aurait-il pu se trouver une cape et venir lui-même affronter Pharaon. Mais cela aurait conduit Dieu à renoncer à la liberté de l’homme. Si Dieu se manifestait ainsi, l’homme n’aurait plus le choix de croire ; il ne serait plus libre. Dieu a donc choisi d’avoir besoin de l’homme pour réaliser son projet. Et quand l’homme est sollicité par Dieu, ne croyez pas que tout est simple. Je vous invite à relire les quatre premiers chapitres du livre de l’Exode. Vous verrez Moïse argumenter contre Dieu pour échapper à la mission que celui-ci veut lui confier : Je ne te connais pas ; s’ils me demandent ton nom, que répondrai-je ? Je ne sais pas parler, envoie quelqu’un d’autre, quelqu’un qui sera plus doué que moi… Bref, à chaque objection levée, une autre est exprimée, mettant à rude épreuve la patience de Dieu. Moïse finira toutefois par prendre le chemin de l’Egypte pour faire ce que Dieu attend de lui. 

        Ce qui s’est passé jadis est toujours d’actualité. Dieu veille sur nous ; Dieu entend nos cris, voit notre misère. Et toujours et encore, il suscite des hommes et des femmes pour aider l’humanité à traverser ses crises, à retrouver le sens de la justice, à retrouver le chemin vers Dieu, et donc vers les hommes pour qu’une véritable fraternité soit possible, et que justice et paix puissent s’embrasser à nouveau. Au cœur de notre foi, il doit y avoir cette certitude que Dieu veille, qu’il ne nous abandonne pas. Au cœur de notre foi, il doit y avoir cette certitude que Dieu appelle chacun de nous à quelque chose de beau et de grand pour le bien de tous. Nous n’aurons pas tous l’envergure et la mission d’un Moïse, mais tous nous avons quelque chose à faire pour que notre monde se porte mieux. La justice et la paix, ça commence chez nous, dans nos familles, sur nos lieux de travail, dans nos cours d’école… Et si tu n’as pas encore été confronté à ton buisson ardent, et découvert ce que Dieu attend de toi, ou que tu penses être trop jeune pour déjà faire quelque chose, ou trop vieux pour encore faire quelque chose, tu peux toujours prier pour ceux qui sont en première ligne. Dieu a besoin de chacun de nous pour travailler à son règne ; Dieu a besoin de chacun de nous pour bâtir la paix. 

        Je veux terminer mon propos en reprenant le beau nom de Dieu que celui-ci révèle à Moïse : Je suis qui je suis. Il nous dit que Dieu sera toujours celui dont nous aurons besoin à un moment donné de notre histoire. En effet, il peut aussi se traduire par Je suis qui je serai, nous assurant de la présence constante de Dieu à nos côtés, différent selon ce que nous traversons, mais toujours attentif, toujours à veiller sur nous. Il suffit de relire, dans l’Evangile de Jean, toutes les affirmations de Jésus commençant par : Je suis. Et vous comprendrez la richesse des variations de la présence de Dieu dans notre vie. Dans l’ordre cela donne :  Je suis le Pain de la Vie, Je suis la lumière du monde, Je suis la Porte, Je suis le bon berger, Je suis la résurrection, Je suis le chemin, la vérité et la vie, Je suis la vigne véritable, Je suis Roi. Autant d’occasion pour Jésus de préciser ce nom de Dieu. Autant d’images pour nous dire comment Dieu prend soin de nous. 

        Que notre Carême soit l’occasion de mieux connaître Dieu, de mieux connaître comment nous avons besoin de Dieu. Puissions-nous, à mieux connaître Dieu, nous laisser mieux envoyer par lui pour participer à son œuvre de salut pour tous les hommes. Dieu veut avoir besoin de toi pour dire et répandre son amour. Ecoute son appel, laisse-toi envoyer. Deviens ce figuier qui porte du fruit en abondance. Amen. 




samedi 15 février 2025

6ème dimanche ordinaire C - 16 février 2025

 Dieu seul est Dieu, quoi qu'en dise l'homme !




(Vitrail du Christ dit de Wissembourg)





Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel ! Il y va fort, Jérémie, et pourtant, il nous faut reconnaître qu’il a raison et bien comprendre ce qu’il affirme. Car voyez-vous, une lecture trop rapide pourrait nous faire croire que nous avons tort de nous faire confiance. Ce n’est pas cela que dénonce Jérémie, mais bien l’idolâtrie de l’homme par l’homme ou, pour le dire autrement, que l’homme se prenne pour Dieu, en lieu et place du vrai Dieu.

C’est une tentation ancienne, et nos ancêtres grecs dénonçaient déjà ce péché suprême qui mène l’homme à sa perte. Dans la philosophie grecque, il s’agit de l’hybris, cette capacité qu’a l’homme de se laisser aller à la démesure, à l’arrogance et à l’orgueil. Bref, se laissant conduire par leur hybris, les hommes ne tardent pas à se prendre pour des dieux. Je vous invite à relire le mythe de Prométhée pour bien comprendre. Chargé par Zeus de créer l’homme et les animaux afin que les dieux de l’Olympe aient de quoi s’amuser, voilà que Prométhée donne aux humains le feu et les arts, attributs divins par excellence. Prométhée en est puni comme on sait, voyant son foie être dévoré quotidiennement par l’aigle de Zeus, et les hommes font la connaissance de Pandora et de sa fameuse boite qu’elle ne tardera pas à ouvrir, lâchant sur terre tous les maux possibles : la maladie, la guerre, l’angoisse, les peurs. 

La malédiction prononcée par Jérémie dénonce elle-aussi l’hybris de l’homme et son désir de prendre la place de Dieu. Il faut bien toujours entendre sa malédiction dans sa totalité : Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Si l’homme biblique est bien créé à l’image et à la ressemble de Dieu, il n’en est pas Dieu pour autant. S’il est cocréateur avec Dieu, il n’en est pas pour autant créateur au même titre que Dieu. Nous pouvons donc comprendre que ce que Jérémie souhaite, c’est un homme qui reste à sa place de créature et qui ne se prenne pas pour Dieu. Dieu seul est Dieu, quoi qu’en dise l’homme. Dieu seul est Dieu, quoi que l’homme puisse faire. C’est à Dieu que revient la gloire ; c’est à Dieu que revient l’adoration ; c’est à Dieu que revient notre foi. Ce n’est pas pour rien que Jérémie fait suivre sa malédiction d’une bénédiction : Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Quand l’homme comprend sa place de créature et reconnaît la place de Dieu, il peut tout pour son bonheur et sa vie. Quand l’homme se prend pour Dieu, il fait tout pour son malheur et sa mort. L’homme n’est vraiment homme que face à Dieu. S’il met en vis-à-vis un autre homme, il est soit le dominant, soit le dominé, mais il n’est plus le partenaire de Dieu, celui que Dieu a fait à son image et à sa ressemblance. En voulant se libérer de Dieu qui l’a créé et qui l’aime, l’homme se soumet à l’homme qui le déteste et l’opprime. Seul Dieu, source de l’amour, aime vraiment. Seul Dieu, créateur de tout ce qui vit, veille sur l’homme. Seul Dieu, qui ne fait acception de personne, aime chacun à part égale. C’est en lui que l’homme doit placer son cœur. 

La malédiction et la bénédiction prononcées par Jérémie ne sont qu’une autre manière de reprendre la question fondamentale posée jadis par Moïse : Qui veux-tu servir : Dieu ou les idoles ? Choisis Dieu ou les idoles, la vie ou la mort, mais choisis ! De manière plus moderne, nous pourrions la formuler ainsi : veux-tu servir Dieu ou veux-tu te servir toi-même ? Fais-tu confiance à la toute-puissance de Dieu ou préfères-tu faire confiance à l’impuissance de l’homme à t’obtenir la vie et le bonheur ? Les béatitudes et les malédictions prononcées par Jésus dans l’évangile de Luc ne disent pas autre chose. Les bienheureux sont ceux qui vivent avec Dieu, malgré la pauvreté, la faim, les pleurs, la haine et le rejet. Les malheureux sont ceux qui ne comptent que sur eux, sur les biens qu’ils ont amassés ou sur les louanges reçues des hommes. Quoi qu’en disent certaines idéologies, notre terre et tout ce qui y vit ont plus à craindre des hommes que de Dieu. Ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique devrait être un avertissement pour nous tous. L’hybris d’un seul peut mener le monde à sa perte. Plus il agitera sa bible comme un éventail, plus elle produira du vent. Mais pour qu’elle devienne bonne nouvelle pour tous, il lui faudra ouvrir le livre, le lire et se laisser façonner par elle. Avec un peu de chance, il se convertira et abandonnera ses idées folles qui divisent le monde. 

Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur. Les deux voies sont devant nous. A chacun de choisir, pour sa vie et celle du monde. Amen. 


mercredi 25 décembre 2024

Messe de la nuit de Noël - 25 décembre 2024

 Ne craignez pas ! 



(Botticelli, Nativité, source Wikimedia Commons)




De toutes les paroles prononcées par les anges, nous ne retenons souvent que le chant du Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime. Et pour cause : la liturgie nous en a fait jeûner durant des quatre dimanches de l’Avent. En entendant ce chant des anges, nous savons que c’est Noël, que Dieu vient établir la paix en envoyant son Fils dans le monde. D’où, autrefois, la trêve de Noël entre des nations belligérantes. On en vient à rêver que, ce soir, entre les nations en guerre, la paix se fasse, ou à tout le moins que les armes se taisent pour honorer celui qui fait de nous tous des fils, Dieu le Père, et celui qui fait de nous tous des frères, Jésus, venu en notre monde.

Pourtant, il est une autre parole qui touche mon cœur ce soir. C’est la première parole des anges aux bergers : Ne craignez pas. Quand on se met à la place des bergers qui assistent en direct à ce tapage nocturne, il y a de quoi être inquiet. Les armées et les chœurs célestes n’ont pas l’habitude de sortir ainsi et d’aller à la rencontre des hommes, en grand nombre. Les Ecritures nous avaient plutôt habitués à plus de discrétion. Ainsi, c’est Raphaël seul qui est envoyé vers Tobie ; ou Gabriel, seul encore, vers Zacharie ou la Vierge Marie, pour annoncer à l’un la naissance de Jean le Baptiste et à l’autre, la naissance de Jésus. Une cohorte d’anges, c’est exceptionnel ! Et l’on comprend pourquoi : c’est la première fois que Dieu envoie son Fils dans le monde pour le sauver ; c’est le sens même du nom de Jésus. En ce soir, nous n’avons pas à craindre la sortie quelque peu bruyante des anges du Seigneur ! Ils se réjouissent comme nous devrions nous réjouir de cette naissance humble et cachée, de celui qui passera du bois de la crèche au bois de la croix, témoignant de l’unique et puissant amour de Dieu pour nous.

Ne craignez pas ! C’est aussi ce que nous dit Dieu ce soir. Ne craignez pas de m’accueillir dans votre vie à travers mon Fils. Ne me craignez pas : cette naissance vous dit tout l’amour que je vous porte. Ne craignez pas ; je viens faire toute chose nouvelle en Jésus mon Fils. Réjouissez-vous car ce soir se réalise la prophétie d’Isaïe : le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Dans la nuit de nos peurs, Dieu fait lever l’espérance. Dans la nuit de nos doutes, Dieu fait lever la foi. Dans la nuit de nos péchés, Dieu fait lever sa lumière, non pour nous juger, mais pour nous appeler à voir clair à nouveau et à le suivre sur le chemin de la Bonne Nouvelle du Salut. Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Dieu se fait enfant, impuissant, pour que nous apprenions à l’aimer plutôt qu’à le craindre ! Dieu se fait enfant, impuissant, pour que nous apprenions la force de la tendresse, plus forte que la force des armes. Dieu se fait enfant, impuissant, pour que nous apprenions à le reconnaître présent dans le faible, dans ce celui qu’il faut protéger, dans celui qu’il faut servir. Vraiment, qui pourrait avoir peur d’un nouveau-né ?

Ne craignez pas ! Puisse cette invitation à la confiance nous faire découvrir le visage véritable de Dieu et la grandeur infinie de son amour pour nous. Ne craignons pas ; allons à lui et avec les bergers, adorons-le ! En cet Enfant nouveau-né, Dieu nous sourit. En cet Enfant nouveau-né, Dieu fait alliance nouvelle avec nous, aujourd’hui et pour toujours. Amen.   


samedi 2 novembre 2024

31ème dimanche ordinaire B - 03 novembre 2024

 Ces paroles que je te donne aujourd'hui resteront dans ton coeur.


(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, Les presses d'Île de France)





Vendredi, la Toussaint ; hier, tous les fidèles défunts ; aujourd’hui, dimanche, le jour du Seigneur, jour habituel du rassemblement de la communauté des croyants en Jésus Christ. En trois jours, un petit marathon liturgique qui nous aura donné à entendre de nombreuses paroles venant de Dieu. Alors, si je vous demandais maintenant laquelle aura été la plus importante, peut-être me citerez-vous celle qui vous aura le plus marqués, ou celle qui reviendra spontanément à votre mémoire, ou peut-être vous gratterez-vous la tête d’un air dubitatif, ne sachant trop que répondre, un texte biblique ayant chassé le précédent, et ainsi de suite. Mettez-vous alors à la place de Jésus qui est invité à définir le plus grand de tous les commandements, et souvenez-vous qu’il y en a 613 en tout dans la Torah : 248 positifs qui disent ce qu’il faut faire, et 365 négatifs qui disent ce qu’il ne faut pas faire. Lequel choisir ? 


Jésus ne semble pas hésiter ; sa réponse jaillit, claire et précise. Voici le premier : Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. L’évangéliste qui nous rapporte la scène ne signale aucune hésitation ; c’est cela et rien d’autre. Et l’interlocuteur de Jésus valide sa réponse : Fort bien, Maître, tu as dit vrai. Il est donc vrai que, même si l’on n’est pas du même camp, il est possible de réfléchir ensemble, il est possible de parler ensemble, il est possible de reconnaître que l’autre a raison, et de le féliciter publiquement. Sur l’essentiel, les hommes peuvent s’entendre. Grâce à l’essentiel, ils peuvent progresser. Comment définir alors ce qui est essentiel ? 

La première lecture peut nous y aider, elle qui nous dit : Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Ces paroles, ce sont celles que Dieu adresse à son peuple. Et pour qu’elles restent dans nos cœurs, il nous faut être comme Jésus : entièrement tournés vers Dieu, entièrement de Dieu. Sans doute pour Jésus, Parole vivante du Père, est-ce plus facile de savoir ou de comprendre quelle parole l’emporte sur toutes les autres. Mais avant d’être une réponse réfléchie, c’est d’abord une réponse vécue. Jésus aime Dieu infiniment, intimement, puisqu’il l’appelle son Père ; et Jésus aime infiniment les hommes et les femmes qui croisent sa route, puisque pour eux, il ira librement jusqu’à la croix pour leur offrir le salut. Quand tu aimes infiniment à la manière de Jésus, qu’importe le nombre de commandements ; l’amour qui te fait vivre et que tu fais vivre à d’autres, l’emporte sur tout le reste. A la fin, il ne reste de toute façon que l’amour. Il n’y a rien de plus beau, il n’y a rien de plus grand, il n’y a rien de plus urgent. Aimer ! Saint Jean l’a bien compris lui qui a tout résumé dans ce verset : Dieu est amour. Il est dit que dans ses vieux jours, quand il prêchait, c’est la seule chose qu’il affirmait ! Dieu est amour. 

Plus je réfléchis à cette question posée, plus je me rends compte que n’importe quel autre commandement, c’est quelque chose que tu décides de faire ou de ne pas faire. Cependant, aimer, tu ne le décides pas vraiment. L’amour s’impose à toi ; c’est quelque chose que tu vis, ou pas d’ailleurs, mais jamais quelque chose que tu fais. C’est quelque chose qui vient de plus loin que ta seule volonté. L’amour te vient de Dieu ; c’est comme une infusion de l’Esprit de Dieu dans ta vie. Si tu fais le choix d’intégrer Dieu dans ta vie, l’amour est donné en plus, et il s’affinera au fur et à mesure que tu affineras ta connaissance de Dieu. Dieu ne peut que mener à aimer plus, à aimer mieux. Si t’approcher de Dieu te faisait éloigner des autres, tu peux avoir la certitude que ce n’est pas Dieu qui s’est approché de toi, et il vaut mieux fuir cette caricature de Dieu. Tu sais que les paroles [de Dieu] sont dans ton cœur quand tu constates que ton amour pour lui et pour les autres grandit. C’est le meilleur critère de discernement. La parole de Dieu est toujours une parole d’amour, même lorsqu’elle te reprend. Dieu corrige avec amour ceux qui l’aiment et ceux qu’il aime. 

Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Ce sera le conseil du jour ; ce sera le conseil pour chaque jour. Garder la parole, c’est garder Dieu ; garder Dieu, c’est garder l’amour. Garder l’amour, c’est vivre de Dieu et n’être pas loin du Royaume. Que cette eucharistie, mémorial de l’amour du Christ pour nous, nous donne de grandir toujours et encore dans cet amour offert. Que le Pain de vie reçu en communion dilate notre cœur et nous aide à reconnaître en chacun un frère ou une sœur en qui le Christ est présent, en qui le Christ vient à notre rencontre. Amen. 


samedi 31 août 2024

22ème dimanche ordinaire B - 01er septembre 2024

 Parfaitement terrible et absolument rassurant.



Jésus au milieu des pharisiens, Tableau de Jacob JORDAENS, vers 1660, Palais des Beaux-Arts de Lille)

 




           

            C’est à la fois parfaitement terrible et absolument rassurant ce que Jésus dit à la foule d’une part, et qu’il précise à ses disciples, à l’écart de la foule d’autre part. Il vient d’avoir un échange musclé avec les pharisiens, parce que ces derniers avaient remarqué que quelques-uns de ses disciples [prenaient] leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées. Horreur ! Malheur ! chantait un groupe dans ma jeunesse. Et saint Marc de nous expliquer que les pharisiens sont les champions du lavage tous azimuts. Pas un grain de poussière, pas une impureté ne leur échappe, chez les autres en particulier ! Jésus en profite pour rappeler ce qui est vraiment important : les commandements de Dieu plutôt que la tradition des hommes. 

            En quoi est-ce parfaitement terrible ? Remettons-nous en mémoire ce qu’il dit et comprenons. Jésus dit : Ecoutez-moi tous et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. Et de préciser à ses disciples seulement : C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. Pourquoi est-ce parfaitement terrible ? Parce que, dans la bible, le cœur est le lieu où Dieu réside ; le cœur est le lieu de mes grandes décisions prises avec Dieu, à la lumière de sa Parole. Si tout le mal décrit par Jésus est dans notre cœur, c’est que Dieu n’y est plus ! Si tout ce mal vient du dedans, du cœur de l’homme, c’est le signe que l’homme a chassé Dieu de sa vie. Il est clair, ou il doit être clair pour chacun, que Dieu et le mal ne peuvent pas tenir ensemble dans le cœur de l’homme. C’est ou l’un, ou l’autre ! Celui qui fait le mal a fait le choix de refuser Dieu dans son cœur. C’est pour cela que ce que Jésus nous dit est parfaitement terrible ! Il nous faut observer chacun son propre cœur à travers ses actions pour savoir s’il a chassé Dieu de sa vie, et ne garde Dieu que sur ses lèvres. Dieu peut-il dire de moi : [Tu] m’honores des lèvres, mais [ton] cœur est loin de moi ? 

            Si je réponds ‘oui’ à cette question, si je fais le constat que j’ai chassé Dieu de mon cœur, pourquoi ce que dit Jésus est-il malgré tout absolument rassurant ? Cela me semble évident ! Parce que je sais désormais comment lutter contre le mal. Tant que je reste persuadé que le mal que je fais vient du dehors (les autres, les circonstances, la météo… ou que sais-je encore ?) je peux croire que je ne peux pas lutter contre le mal. Ce n’est pas ma faute ; un autre ou une chose m’a poussé à faire ce que j’ai fait. Au mal que j’ai fait, j’ajoute encore le refus de changer. Puisque c’est extérieur à moi, je n’y peux rien ; il m’arrive, dans certaines conditions, en présence de certaines personnes, de faire ou d’imaginer le mal. Alors que si le mal vient de moi, de mon intérieur, alors je sais aussi lutter contre. Si j’ai fait le choix d’accueillir le mal dans ma vie, je peux aussi à nouveau faire le choix d’accueillir Dieu dans ma vie. Il saura en chasser le mal si je décide que c’est lui, Dieu, que je veux voir habiter mon cœur. Nous pouvons relire le Deutéronome dont nous avons entendu un extrait ; nous pouvons relire le prophète Jérémie, en particulier le chapitre 31, versets 33-34. Ecoutez bien :  Mais voici quelle sera l’Alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur. Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés. Puisque le mal vient de notre cœur, nous pouvons, avec Jérémie, demander à Dieu de se souvenir de cette alliance nouvelle. Pour nous chrétiens, elle est scellée par Jésus, qui s’offre totalement sur la croix, pour que Dieu puisse reprendre sa place dans notre cœur. Le sacrifice de Jésus nous vaut le pardon de nos péchés. Chaque eucharistie nous le rappelle. Prenez et buvez-en tous ; car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Communier au Corps et au Sang du Christ, c’est accueillir Jésus au cœur de notre vie pour qu’il en chasse le mal et nous permette d’y retrouver l’image de Dieu, la présence aimante et pardonnante de Dieu. 

            A écouter trop vite cette belle page d’évangile, on pouvait croire que Jésus nous faisait une leçon de morale. Non, ce qu’il donne à ses disciples, ce qu’il nous donne, c’est une leçon de théologie. Dans ton cœur, mets Dieu ! Dans ton cœur, laisse une place à Dieu, toujours. Lui seul saura en chasser le mal, lui seul saura te rendre pur. De tes propres forces, de ta propre volonté, tu ne le peux pas. Accueille Dieu, compte sur Dieu, et tu seras pur, parce que Dieu t’aura rendu pur. Mais pour que cela puisse se faire, tu dois reconnaître que le mal vient de toi, de ton dedans, et demander à Dieu de t’en libérer. C’est absolument rassurant, non, de savoir cela ! Tant que l’écoute de la Parole de Dieu restera notre boussole, Dieu restera notre guide, notre compagnon de route, au plus profond de nous. Demandons à Dieu la grâce qu’il en soit toujours ainsi pour nous. Amen.

samedi 8 juin 2024

10ème dimanche ordinaire B - 9 juin 2024

 Laissons Dieu s'approcher de nous ! 





 

 

            Je suis toujours bouleversé lorsque je lis ou entends le passage du livre de la Genèse que nous avons eu en première lecture. Nous sommes au commencement, Dieu a tout créé. Il existe une harmonie, une perfection dont nous ne pouvons que rêver. Et pourtant, elle va être rompue et le premier blessé, ce n’est pas l’homme, ni sa femme d’ailleurs ; le premier blessé, c’est Dieu. La femme s’est laissé tromper par le serpent, l’homme a partagé sa faute, ils se découvrent nus, prennent peur et se cachent de Dieu, obligeant celui-ci à les chercher. Comment ne pas être saisi par cette question de Dieu adressée à chacun de nous ce matin : Homme, où es-tu donc ? 

            Peut-être avez-vous entendu un jour Raymond DEVOS. Dans un de ses sketchs, il dit ceci : J’ai lu quelque part : « Dieu existe, je l’ai rencontré ! » Ça alors ! Ça m’étonne ! Que Dieu existe, la question ne se pose pas ! Mais que quelqu’un l’ait rencontré avant moi, voilà qui me surprend. Parce que j’ai eu le privilège de rencontrer Dieu juste à un moment où je doutais de lui. Dans un petit village de Lozère, abandonné des hommes. Il n’y avait plus personne. Et en passant devant la vieille église, poussé par je ne sais quel instinct, je suis entré… et là, j’ai été ébloui… par une lumière intense, insoutenable : C’était Dieu ! Dieu en personne, Dieu qui priait ! Je me suis dit : Qui prie-t-il ? Il ne se prie pas lui-même, pas lui, pas Dieu ! Non, il priait l’homme ! Il me priait moi ! Il doutait de moi comme j’avais douté de lui. Il disait : Oh homme, si tu existes, un signe de toi ! J’ai dit : Mon Dieu, Je suis là ! Il a dit : Miracle ! Une humaine apparition ! Je lui ai dit : Mais, mon Dieu, comment pouvez-vous douter de l’existence de l’homme puisque c’est vous qui l’avez créé ? Il m’a dit : Oui… mais il y a si longtemps que je n’en ai pas vu un dans mon église que je me demandais si ce n’était pas une vue de l’Esprit. Je lui ai dit : Vous voilà rassuré, mon Dieu ! Il m’a dit : Oui ! Je vais pouvoir leur dire là-haut : « L’homme existe, je l’ai rencontré ! » 

            Il y a là quelque chose de fondamental pour notre vie spirituelle, une manière autre de la comprendre. Il arrive que des gens disent ne pas croire en Dieu parce qu’ils n’arrivent pas à le voir. Les difficultés de leur vie, l’existence du mal, les injustices commises… tout cela leur fait dire que cela ne sert à rien de chercher Dieu. Si Dieu existait, tout ce mal n’existerait pas ! Peut-être cela vous est-il arrivé, un jour, de penser ainsi. Je ne dis pas que c’est mal ; je crois juste que c’est mal comprendre le mouvement de la vie spirituelle. Pour croire en Dieu, il ne s’agit pas tant de chercher Dieu, d’accumuler des preuves de son existence, mais plutôt de se laisser trouver par lui, de se laisser approcher par lui. Que Dieu existe, la question ne se pose pas, ni pour Raymond DEVOS, ni pour Adam et Eve. Ils savent qu’ils lui doivent l’existence. La question qui se pose est celle-ci : après avoir transgressé l’unique interdit, se laisseront-ils encore approcher de Dieu ? Se laisseront-ils encore trouver par lui ? Le seul fait qu’ils se cachent, par peur de Dieu, montre bien qu’ils n’ont pas compris qui est celui qui les a appelés à la vie. Le seul fait que Dieu les cherche, montre bien que la rencontre quotidienne avec Adam et Eve n’était pas pour Lui un moyen de les surveiller, de vérifier qu’ils ont bien tout fait comme il faut, mais un moment de grâce pour eux et pour Dieu. Dieu avait plaisir à les rencontrer chaque jour, et devant leur absence, il s’inquiète : Où es-tu donc ?  

            Nous retrouvons quelque chose de cela dans la page d’évangile entendue. Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font appeler. Une foule était assise autour de lui et on lui dit : « Voici que ta mère et tes frères sont là, dehors : ils te cherchent. » Cette manie bien humaine de chercher Dieu, de chercher Jésus. Ecoutez bien la réponse de Jésus : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Certains vont pinailler en disant que c’est bien la foule qui s’est rassemblée autour de Jésus. Oui, mais elle le laisse parler, elle l’écoute ! Ce seul fait me fait dire qu’elle a laissé Jésus s’approcher d’elle, la foule. Si je vais vers quelqu’un pour lui dire quelque chose, c’est moi qui le cherche, puisque j’ai quelque chose à lui dire. Si je vais vers quelqu’un pour l’écouter, c’est lui que je laisse approcher de moi ; je le laisse me donner ce qu’il a envie de me donner. Si je ne me laisse pas trouver par Dieu, il ne pourra pas me parler ; s’il ne peut me parler, je ne saurai pas quelle est sa volonté pour moi, et donc je ne pourrai pas l’accomplir. Seul celui qui vient vers Dieu avec l’intention de se laisser trouver par Dieu, peut connaître et accomplir sa volonté. 

            Laissons-nous donc approcher par Dieu, ne nous cachons pas de lui. Quand bien même notre vie serait noire comme la nuit, allons vers lui sans crainte. Il est celui qui nous a dit par Jésus : Tout sera pardonné aux enfants des hommes : leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés. Seul le blasphème contre l’Esprit Saint n’aura jamais de pardon. Celui qui se laisse approcher de Dieu et qui écoute Dieu ne peut pas commettre ce péché impardonnable, puisque Dieu ne peut se retourner contre lui-même. Approchons-nous Dieu avec la ferme intention de le laisser s’approcher de nous ; et nous serons vraiment fils et filles du Très-Haut, frères et sœurs de Jésus Christ. Amen.

samedi 21 octobre 2023

29ème dimanche ordinaire A - 22 octobre 2023

 A César ce qui revient à César ; à Dieu ce qui revient à Dieu : une devise missionnaire.



(Extrait de Goscinny & Uderzo, Obélix et Compagnie, Dargaud)



  

 

            Comme chaque année, l’avant-dernier dimanche du mois d’octobre nous fait célébrer la clôture de la Semaine Missionnaire Mondiale. Le thème choisi par le pape François cette année s’énonçait ainsi : Des cœurs brûlants, des pieds en marche.  Il nous invitait ainsi à méditer le récit des disciples d’Emmaüs pour comprendre la démarche missionnaire. En effet, selon la lettre du pape François présentant ce thème, il faut des cœurs brûlants pour les Ecritures expliquées par Jésus, des yeux ouverts afin de le reconnaître et, comme point culminant, des pieds en marche pour nous rappeler que l’on n’évangélise pas depuis son canapé ! L’Evangile de ce dimanche nous invite à sa manière à être missionnaire avec cette parole singulière de Jésus : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. 

            Certains ont voulu voir dans cette phrase l’affirmation avant l’heure des principes de laïcité : César d’un côté et Dieu de l’autre, et prière de ne pas mélanger, César ne s’occupant pas de Dieu et Dieu ne s’occupant pas de César ! C’est, me semble-t-il, se tromper de combat, parce que je ne vois pas bien pourquoi, dès lors que quelqu’un s’engage en politique, il ne pourrait pas le faire au nom de sa foi, et surtout pourquoi, de ce seul fait, Dieu ne s’occuperait plus de lui. Avant d’être un principe séparant les pouvoirs, ce verset est d’abord une occasion de rappeler que le croyant ne peut se soustraire aux autorités qui le gouvernent. Ou, pour reprendre le cas d’école présenté à Jésus (le paiement de l’impôt à un gouvernement que l’on déteste et estime illégitime), rappeler au croyant qu’il ne peut mettre en avant sa foi pour échapper à la solidarité nationale que permet le prélèvement d’un impôt, et rappeler à César et à ceux qu’il gouverne, qu’il ne peut se prendre pour Dieu !  L’impôt à César, la gloire et les honneurs à Dieu ! Nous pouvons y voir là l’étape nécessaire à toute œuvre missionnaire. Quel que soit l’endroit où iront les disciples du Christ, ils reconnaitront les autorités humaines sans les confondre avec l’autorité divine. Et les autorités humaines n’empêcheront pas les disciples du Christ d’annoncer le Royaume. 

            L’histoire de Cyrus, Roi des Perses, nous montre fort justement que celui qui gouverne peut avoir été choisi par Dieu comme son instrument pour rétablir la justice et permettre aux hommes de rendre à Dieu ce qui lui est dû. Cyrus est celui qui vaincra les Babyloniens qui avaient déporté le peuple juif, et en suite de sa victoire, il sera celui qui permettra le retour en Israël des déportés afin que la gloire de Dieu soit manifestée à son peuple qui jadis s’était détourné de lui. Il faut entendre Dieu parler à Cyrus : Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en-dehors de moi. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre. Cyrus est le messie, l’envoyé de Dieu, mais il n’est pas Dieu. Il ne peut s’attribuer ce qui revient à Dieu seul. 

            Il nous faut aussi entendre Paul, dans sa première lettre aux Thessaloniciens. L’œuvre missionnaire qu’il a accompli, son annonce de l’Evangile qui porte du fruit à Thessalonique, il ne se l’attribue pas ; il reconnaît que c’est l’œuvre de Dieu : notre annonce de l’Evangile n’a pas été, chez vous, simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, pleine de certitude. Paul ne se prend pas pour Dieu ; il reconnaît l’œuvre de l’Esprit Saint à travers lui, œuvre qui permet une annonce efficace de la Parole. Voici le vrai travail missionnaire rappelé : laisser l’Esprit Saint agir à travers nous. Ce n’est pas amoindrir notre importance ; si nous ne prêtons pas la voix à l’Esprit Saint, qui le fera ? Le missionnaire est utile, important, mais il n’est pas Dieu ; il est à son service. A César ce qui revient à César (dans le cas de Paul, le courage de se mettre en route, d’oser une parole nouvelle), à Dieu ce qui revient à Dieu (la reconnaissance de son Esprit à l’œuvre en nous et dans le monde). Ainsi la foi peut se répandre ; ainsi le Royaume des cieux peut-il être annoncé. 

            Comprenez-vous mieux en quoi la règle énoncée par Jésus (à César ce qui revient à César, à Dieu ce qui revient à Dieu) est missionnaire ? Cette règle peut se décliner ainsi : aux hommes ce qui revient aux hommes, à Dieu ce qui revient à Dieu. Ou encore ainsi pour qu’elle soit comprise comme une invitation à la mission : aux croyants ce qui revient aux croyants, à Dieu ce qui revient à Dieu. Ce qui revient aux croyants que nous sommes, c’est de témoigner de ce Dieu qui nous fait vivre et qui nous envoie l’annoncer par notre seul baptême. Si étant croyants, nous n’avons plus le cœur brûlant pour cette Parole à proclamer ; si étant croyants, nous n’avons plus des yeux ouverts sur le monde pour reconnaître Jésus à l’œuvre ; si étant croyants, nous n’avons plus des pieds en marche, comment le Christ parviendra-t-il aux extrémités du monde ? Comment le Christ sera-t-il annoncé ? Comment son Evangile sera-t-il vécu ? A César (c'est-à-dire à nous), ce qui lui revient : annoncer le Royaume et témoigner du Christ ; à Dieu ce qui lui revient : nous donner les mots et la force de convaincre. Quand César est à sa juste place et qu’il reconnaît la juste place de Dieu, alors le monde peut être transformé par la Parole d’amour et de pardon que Dieu ne cesse de répandre par ses disciples. Soyons de ceux-là : ayons un cœur brûlant et des pieds en marche, rendant à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Le Royaume n’en sera que mieux annoncé. Amen.