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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 21 février 2026

1er dimanche de carême A - 22 février 2026

 Connaître le bien et le mal ?




Jérôme BOSCH, le jardin d'Eden, 1503

 



            Voici donc revenu le temps du carême et avec lui, les grands textes bibliques qui nous invitent à sonder nos reins et nos cœurs pour en débusquer le mal et y tracer un chemin de conversion. Quarante jours nous sont offerts pour entendre à frais nouveaux la Parole de Dieu et la laisser agir en nous. La première étape nécessaire pour suivre ce chemin de conversion, c’est la lutte contre le mal qui réside en nous d’abord.

            Au temps de la Genèse, lorsque le monde allait encore selon le plan de Dieu, un seul interdit : ne pas toucher aux fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Tout le reste était possible ; tous les autres arbres à fruits disponibles. Nous pourrions penser que c’est là un petit sacrifice à faire, et que vraiment, un seul interdit devant la profusion de la création divine, c’était peu de chose et pas si compliqué à réaliser. Mais voilà, à y regarder de près le fruit de cet arbre justement devait être savoureux, il était agréable à regarder, il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. C’est toujours étonnant et consternant de constater que ce qui est permis semble fable et sans goût, alors que l’interdit semble désirable, agréable, savoureux. C’est comme si le mal avait un attrait particulier. Il suffit d’ailleurs de feuilleter un journal. Je m’effraie toujours devant la quantité de faits divers violents, en particulier ceux qui ont pour auteurs des mineurs. Avons-nous échoué collectivement à juguler la violence, à faire comprendre que le bien est préférable, toujours, et que la nature humaine n’a pas été créée pour pencher vers le mal ? N’avons-nous toujours pas compris le sens de cet interdit premier, qui posait comme un absolu de ne pas toucher à l’arbre du milieu du jardin, celui justement de la connaissance du bien et du mal ?

            Cet interdit, contrairement à la parole du serpent dans la Genèse, n’empêchait pas l’homme d’être comme Dieu, puisque Dieu nous a fait à son image et à sa ressemblance. Il nous empêchait simplement de prendre la place de Dieu en lui laissant le soin de définir, à lui seul et pour tous, ce qui est le bien et ce qui est le mal. Car quand chacun décide de ce qui est bien et de ce qui est mal, l’humanité va à la catastrophe, parce que ce qui est bien pour moi peut être jugé mauvais par un autre. Interdire de consommer les fruits de cet arbre de la connaissance du bien et du mal, c’était interdire à tous et à chacun de se faire le juge de ce qui était bien ou mal. C’était marquer le refus clair que le bien et le mal deviennent relatifs, laissés à l’appréciation de chacun, selon des intérêts particuliers, divergeant presque nécessairement des intérêts des autres. Si Dieu se réserve cette connaissance, c’est pour que tous les hommes regardent comme bien le Bien, et comme mal, le Mal. Une même norme pour tous, fixée par le même référent : Dieu, et seulement Dieu, ce Dieu qui avait tout créé par sagesse et avec amour.

            Si le malin échoue à séduire Jésus et à l’entraîner à sa suite, c’est parce que Jésus est vrai Dieu, tout en étant vrai homme. L’Esprit Saint agissant en lui, il peut déjouer les pièges du diable. Il a pour unique mesure le bien défini par Dieu, son Père, et non pas un bien relatif défini par son adversaire. Quand Dieu reste la référence ultime, aucune tentation ne porte de fruits, aucune déviation du bien n’est possible, quand bien même l’adversaire en présenterait une version tronquée. Celui qui marche avec Dieu, sait faire la différence entre le bien et le mal ; celui qui marche avec Dieu et laisse son Esprit le conduire, sait choisir le bien et non seulement rejeter le mal, mais le vaincre aussi. Définitivement. Le diable le quitte, parce qu’il n’a pas de prise sur lui.

            Nous ne sommes qu’humains, vous et moi, mais nous marchons vers notre accomplissement, vers le Royaume où Dieu nous attend et où nous serons à nouveau totalement à son image et sa ressemblance. Et si le péché domine encore sur nous à cause de la faute de nos premiers parents, nous savons aussi, nous qui reconnaissons en Jésus, le Messie de Dieu, qu’il est venu couvrir la multitude de nos fautes et nous offrir le salut. Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. Paul nous rappelle ainsi que la faute d’un seul a entraîné le péché de la multitude ; et les péchés de la multitude nous ont valu la grâce d’un seul, Jésus, le Sauveur.

Nos premiers parents n’ont pas su accepter l’interdit unique qui les gardait à l’image et à la ressemble de Dieu ; ne soyons pas ceux qui aujourd’hui n’acceptent pas le salut offert par le Fils unique de Dieu pour nous rendre cette image et cette ressemblance avec lui. Ecoutons sa Parole vivante, laissons l’Esprit reçu à notre baptême agir en nous ; et nous vaincrons, avec le Christ, celui qui veut nous maintenir loin de Dieu, loin du royaume, loin de la vie à laquelle Dieu nous appelle. Il n’est jamais trop tard pour choisir Dieu ; il n’est jamais trop tard pour choisir sa vie. Que ce carême soit le temps d’un nouveau départ, d’un nouveau Oui au Dieu de l’Alliance et de la Vie. Amen.

samedi 8 mars 2025

1er dimanche de Carême C - 9 mars 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, le combat contre le mal.



(Source : Jesus Tempted In The Desert Painting at PaintingValley.com | Explore collection of Jesus Tempted In The Desert Painting)





Quelle que soit l’année liturgique, au premier dimanche de carême, la liturgie nous donne d’entendre que Jésus fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Des deux, le diable et Jésus, ce n’est pas Jésus le plus fou, mais bien le diable, qui aurait dû savoir qu’il n’en sortirait pas vainqueur. Pas ici, pas maintenant ; son heure n’était pas encore venue. Ayant épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé. Il y aura un moment où il sera le plus fort, un moment où, à vue d’homme, le diable aura gagné ; ce sera au pied de la croix. Nous n’en sommes pas là aujourd’hui. 

Aujourd’hui, l’Ecriture nous dit d’abord que cet affrontement avec le diable, l’adversaire, nommez-le comme vous voulez, c’est le combat de Jésus, certes, mais c’est aussi notre combat à nous, qui voulons suivre le Christ. Et si un seul d’entre nous pense encore qu’il peut y échapper ou s’en dispenser, il se trompe dans les grandes largeurs. Chaque croyant qui veut suivre Jésus est nécessairement confronté à l’adversaire parce que rien ne lui insupporte plus, au diable, que quelqu’un qui décide de suivre Jésus. Comment seulement imaginer que celui qui s’en prend au Maître ne s’en prenne pas un jour à ses disciples, ensemble et individuellement ? Ensemble, nous ne le voyons que trop ces dernières années avec toutes les attaques dans les lieux de cultes, les dégradations, et hélas quelques morts. Individuellement, nous savons tous nos propres faiblesses, les situations qui peuvent nous faire céder, nous détourner du bien, nous détourner du Christ, même si ce n’est qu’un instant. S’il est vrai que Dieu nous connaît, et connaît chacune de nos faiblesses dont il veut nous guérir, l’adversaire aussi nous connaît et connaît nos faiblesses dont il veut jouir. Serait fou celui ou celle qui pense échapper à l’attention de l’adversaire ; serait fou celui ou celle qui pense être à l’abri des attaques de l’adversaire. Je ne dis pas cela pour nous effrayer, mais pour nous rendre conscient de ce combat nécessaire à mener. Celui qui ignore ou refuse de reconnaître cette réalité court le risque de ne pas savoir l’affronter. La certitude du psalmiste doit être nôtre : Dieu combat avec nous et pour nous. Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ; je le défends car il connaît mon nom. Il m’appelle, et moi, je lui réponds ; je suis avec lui dans son épreuve. Ce que Jésus réalise au désert lorsqu’il est confronté au mal, il le réalise encore pour nous. Il s’oppose à l’adversaire et remporte la bataille. Dieu intervient toujours pour ceux qui croient en lui et se tournent vers lui. Ce qu’il a fait jadis en Egypte pour nos pères, il le fait encore pour nous aujourd’hui.

Le second enseignement des lectures de ce jour, c’est que, dans cette lutte contre l’adversaire, nous avons une arme puissante. Nous avons Jésus, la Parole de Dieu. Cette Parole est tout près de [nous], elle est dans [notre] bouche et dans [notre] cœur. Comme le rappelle Paul aux chrétiens de Rome, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Autrement dit, alors le mal n’aura pas de prise sur toi. Cela ne signifie pas que nous n’y sommes pas confrontés, mais cela signifie que le mal ne pourra pas nous submerger ; il n’aura pas de prise définitive sur nous. Tant que nous reconnaitrons que Jésus, celui qui est mort en croix, est ressuscité, vainqueur de la mort ; tant que nous garderons sa Parole en nos cœurs ; tant que nous nous reconnaîtrons disciples de Jésus, il combattra avec nous et il nous donnera part à sa victoire. L’adversaire essaiera, toujours et encore ; et l’adversaire perdra, toujours et encore. Contre Jésus, il ne peut pas gagner. C’est ce que nous rappelle notre foi pascale. Celui qui était mort est vivant ; Dieu l’a ressuscité, il lui a rendu la vie, ouvrant à celles et ceux qui croient en lui les portes de la vie éternelle. Ce n’est pas une belle histoire pour enfants sages ; c’est ce que nous croyons et pouvons expérimenter chaque jour. Chaque fois que je sens le désir du mal grandir en moi et que je l’étouffe, chaque fois le Christ ressuscité a combattu avec moi pour que je puisse résister au mal et faire en sorte qu’il ne passe pas par moi. En ces temps troublés qui sont les nôtres, nous pouvons voir le mal à l’œuvre et quelquefois désespérer ; plus que jamais, il nous faut entendre Jésus qui nous appelle à une foi plus grande, plus affirmée, pour que nous puissions résister avec lui à toute forme de mal, à toute forme de tentation. Ce qu’il a fait jadis dans le désert, il nous donne de le faire à sa suite : nous aussi, nous pouvons faire s’éloigner le malin de notre vie. 

Ecoutons encore Paul quand il écrit aux chrétiens d’Ephèse (6, 11-17) : Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. Que notre carême nous permette de nous réarmer contre l’adversaire pour que sa défaite n’en soit que plus évidente au matin de Pâques. Amen. 


samedi 5 mars 2022

1er dimanche de Carême C - 06 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour affronter le mal.



(Gustave Doré, Jésus tenté par le diable)





            Après avoir préparé notre sac, au mercredi des Cendres, pour la route que nous voulons faire avec Jésus au long de ce Carême, après trois jours à commencer en douceur ce temps si particulier, voici une première étape, un premier dimanche pour comprendre mieux à quoi peut nous servir ce temps. Nous faisons route avec Jésus pour affronter le mal. Il s’agit bien d’oser affronter les structures de péché qui peuvent exister dans notre propre existence, mais aussi d’oser affronter la racine même du mal qui détruit notre monde. Le disciple du Christ ne peut pas se contenter de vivre à côté du mal ; le mal lui est insupportable, le mal, il doit le combattre, en lui et autour de lui. 

            Je reconnais volontiers qu’en ce début de Carême 2022, nous sommes servis et plutôt vernis si nous voulons affronter le mal. Après la pandémie qui a pu nous atteindre en profondeur ces deux dernières années, non pas parce que nous aurions été positifs voire malades, mais parce qu’elle a pu changer notre rapport aux autres (les autres, ce sont ceux dont il fallait se protéger, ceux qui pouvaient me rendre malade et dont j’étais invité à me méfier, ceux qui voulaient m’injecter des choses et ceux qui refusaient de se faire injecter…), voilà qu’une guerre éclate à l’Orient de l’Europe. Et déjà nous entendons, en France, des discours qui divisent, des réflexions sur les migrants « de qualité » que seraient les Ukrainiens par rapport aux autres migrants qui ne viennent pas d’Europe, discours qui en d’autres temps nous auraient été insupportables. Le mal est à nos portes, pas seulement dans la lointaine Ukraine, mais à la porte de nos réflexions, à la porte de notre bouche, à la porte de notre cœur. 

            A celui qui veut lutter contre le mal, est donné aujourd’hui un exemple et deux armes. L’exemple, c’est celui du Christ lui-même qui, sitôt baptisé, fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là. Quarante jours à affronter le mal en jeûnant. Nous ne savons pas grand-chose de ce temps, si ce n’est sa conclusion. Luc détaille en effet ce qui s’est passé quand ce temps fut écoulé. Jésus eut faim. Tu m’étonnes ! Il a beau être Fils de Dieu, ne rien manger durant un temps si long, ça donne faim. Le diable intervient alors trois fois ; et par trois fois, Jésus contre ses projets : il ne jouera pas au magicien qui ordonne à cette pierre de devenir du pain ; il n’est pas assoiffé de pouvoir au point de se prosterner devant le diable et pactiser avec lui ; il ne mettra pas à l’épreuve le Seigneur son Dieu. 

            La première arme pour affronter le mal, nous venons de l’entendre, c’est le jeûne. Si nous l’avons mise dans notre sac mercredi, c’est pour que cela serve. Et c’est bien ce à quoi nous invite le Pape François pour prendre notre part au retour à la paix en Ukraine et ailleurs dans le monde. La seconde arme, c’est la Parole de Dieu. Jésus s’oppose au diable en reprenant la Parole à laquelle il est fidèle : Il est écrit dira-t-il deux fois en introduction de sa réponse. Il est dit répliquera-t-il la dernière fois lorsque le diable essaiera de le faire tomber en utilisant à son tour la formule « il est écrit ». Il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder... Jésus lui fit cette réponse : Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. Luc semble ainsi nous mettre en garde. La Parole de Dieu ne peut pas, ne doit pas servir à mettre en tentation ; la Parole de Dieu n’est pas faite pour conduire l’homme au mal. La Parole de Dieu est l’arme du Juste, de celui qui reste fidèle à Dieu. Il sait reconnaître les utilisations frauduleuses de cette Parole, et les dénonce. Un chrétien ne peut pas bénir les armes qui servent à détruire ; un chrétien ne peut pas utiliser la Parole de Dieu pour justifier le mal commis ; un chrétien ne peut pas être solidaire du mal qui est fait. Il n’y a pas, et il ne peut pas y avoir de solidarité avec le mal ; ce serait être tout entier plongé dans le péché ; cela reviendrait à pactiser avec le diable. Ce n’est jamais bon ; cela n’apporte pas jamais rien de bon. Depuis le temps que l’homme essaie, il devrait le savoir, il devrait avoir appris la leçon. Si je suis effrayé d’entendre des hommes et des femmes politiques français qui arrivent presque à justifier les événements dramatiques qui se déroulent en Ukraine, je suis proprement scandalisé d’entendre le Patriarche de Moscou les justifier d’un point de vue religieux. A moins d’avoir l’esprit gravement corrompu et gangrené par le mal, un croyant ne peut sous aucun prétexte justifier des actes mauvais. Les rêves de grandeur, qu’ils soient rêves d’un seul ou de tout un peuple, sont des rêves mauvais car ils entraînent violence, destruction, pauvreté, rancœur et vengeance. Rien de bon pour l’humanité.

            A défaut de pouvoir agir réellement sur les événements du monde, nous pouvons déjà agir sur notre propre vie. Certains pensent que la guerre est un grand mal contre lequel on ne peut rien, mais qu’ils ne font, eux, que de petites choses qui relèvent du domaine du mal. Eh bien, je prétends qu’il n’y a pas de grand mal et de petit mal. Il n’y a que du mal, fait à l’échelle à laquelle je peux le faire. Certains peuvent grand ; d’autres ne peuvent que petit. Mais c’est toujours le mal qui est fait. Disciples du Christ, le mal ne doit même pas faire partie de l’horizon de nos possibles. Rappelons-nous des questions posées lors de la grande nuit de Pâques, lorsque nous renouvelons les promesses de notre baptême. Elles sont formulées ainsi : Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, renoncez-vous au péché ? Pour échapper au pouvoir du péché, renoncez-vous à ce qui conduit au mal ? Pour suivre Jésus le Christ, renoncez-vous à Satan, auteur et instigateur du péché ? Notre réponse, lors de la nuit pascale, doit être notre réponse quotidienne : J’y renonce. Amen.

vendredi 1 décembre 2017

01er dimanche de l'Avent B - 03 décembre 2017

Dieu et l’homme : et si on se laissait tenter pour une fois…

 

Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? La question posée par le prophète Isaïe, au moment même où il vient de redire sa foi en Dieu, « Notre-rédempteur-depuis-toujours », peut surprendre. Elle est la question de beaucoup d’hommes et de femmes. Si Dieu est bon, si Dieu veut le bonheur de l’homme, comment peut-il laisser l’homme s’en aller à sa perte ? Comment peut-il laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus le craindre ? La question posée par le prophète est fondamentalement celle de la manière dont l’homme se situe face à Dieu, son Créateur, et en même temps la question de la manière dont Dieu conçoit son rapport aux hommes. 
 
Commençons par le point de vue de l’homme sur Dieu. Il n’y a que deux manières d’envisager notre rapport à Dieu. Première manière : nous estimons que nous n’avons besoin de personne, que nous sommes notre propre origine et notre propre Dieu ; dans ce cas la question du prophète Isaïe n’est au mieux qu’une curiosité, au pire la trace d’une superstition inacceptable qui enferme l’homme dans une prison dont il doit se libérer au plus vite. L’homme ne sera vraiment libre et heureux qu’une fois débarrassé de toutes ces croyances qui le réduisent à n’être qu’un pantin entre les mains d’un être supérieur que personne n’a jamais vu. Deuxième manière : l’homme reconnaît qu’il n’est pas sa propre origine, qu’il est né du désir de Dieu et que Dieu veut entrer en alliance avec lui. Au minimum, l’homme reconnaît qu’il y a quelque chose, sans trop savoir qui ou quoi, mais ça ne l’empêche pas de vivre, ni de faire ce qu’il veut quand il veut. Pour lui, Dieu n’est ni un problème, ni vraiment une question. C’est un peu comme ce voisin avec qui il faut composer au quotidien. Nous savons qu’il est là, mais bon, tant qu’il ne nous dérange pas, tant qu’il ne nous demande rien, ça va. Et puis il y a l’homme pour qui Dieu est important. Il n’est pas qu’une vague connaissance ; il est quelqu’un avec qui l’homme est en relation ; il prend du temps pour Dieu, comme nous le faisons ce matin. Nous avons bravé le froid pour célébrer Dieu et les merveilles qu’il fait pour nous. Mais que disons-nous de lui ? Rejoignons-nous Isaïe dans son questionnement ? Il y aurait de quoi ! Notre monde n’est pas des plus apaisés ; des hommes en massacrent d’autres au nom de Dieu, sans aucune vergogne. Nous pourrions redire avec le prophète : Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? Nous croyons en Dieu, mais nous constatons que le monde ne tourne plus rond, que les hommes se sont éloignés de Dieu ; et nous pouvons croire, devant tant de violence, que Dieu lui-même s’est retiré du monde. Comment peut-il encore vouloir avoir quelque chose à faire avec des hommes qui le trahissent, qui pervertissent son nom ? 
 
Sans vouloir nous prendre pour Dieu, nous pouvons deviner, à travers les Ecritures, la manière dont Dieu alors envisage son rapport aux hommes. La Bible, que ce soit dans la Première ou dans la Nouvelle Alliance, nous apprend que Dieu a un projet pour l’homme, un projet de salut. Dieu ne s’envisage pas lui-même sans l’homme. Il l’a créé comme un vis-à-vis, comme un partenaire à qui il a confié son bien, sa création. Il laisse l’homme libre de ses choix, libre de ses orientations : à lui de choisir le Bien ou le Mal, la vie avec Dieu ou la vie sans Dieu. La Bible nous dit aussi la proximité de Dieu avec ceux qui, humblement, suivent ses chemins. Dieu veille sur son peuple, Dieu prend soin de lui. Ils sont nombreux, les passages où l’on voit que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Mais la Bible nous montre aussi que Dieu ne force pas l’homme ; il ne le force même pas à croire en lui. L’amour de Dieu pour nous va jusqu’à accepter que nous puissions croire que nous n’avons pas besoin de Dieu. Ce qui fera dire à saint Jean : Voyez de quel grand amour Dieu nous a aimés. Il y a là la réponse au questionnement d’Isaïe. Dieu laisse l’homme errer hors de ses chemins, parce que Dieu ne veut pas s’imposer à l’homme. La liberté de l’homme est plus importante pour Dieu que l’affirmation de sa propre existence. Cela ne signifie pas que Dieu se désintéresse de l’homme, ni qu’il tourne le dos à ceux qui s’éloignent de lui. Au contraire : comme le dit si bien Isaïe, Dieu vient rencontrer celui qui pratique avec joie la justice. Dieu revient vers l’homme qui l’appelle du fond de sa misère. 
 
Quand Jésus apprendra à ses disciples à s’adresser à Dieu, il leur enseignera la prière du Notre Père. Elle dit tout du rapport de l’homme avec Dieu. Elle nous permet, dans sa première partie, d’adresser à Dieu notre louange pour ce qu’il est, pour sa volonté de salut pour tous les hommes. Elle nous fait ensuite demander à Dieu nos besoins les plus fondamentaux : le pain quotidien, le pardon de nos péchés sans lequel notre relation à Dieu serait compromise, et sa protection contre le Mal. En ce premier dimanche de l’Avent, l’Eglise de France a choisi d’utiliser pour la première fois la nouvelle formule née de la traduction renouvelée en langue française des lectionnaires. Nous ne dirons plus désormais Et ne nous soumets pas à la tentation, mais Et ne nous laisse pas entrer en tentation. Un changement qui doit nous permettre de mieux comprendre que ce n’est pas Dieu qui tente l’homme, et que l’homme peut toujours invoquer Dieu d’être présent à sa vie dans le temps des épreuves et des difficultés. Ne nous laisse pas entrer en tentation tout seul ; autrement dit : Sois avec nous toi dont le Fils a affronté la tentation et en est sorti vainqueur. Sois avec nous pour que nous puissions vaincre aussi ; sois avec nous pour que le Mal n’ait plus de prise sur nous. 
 
A la question du prophète Isaïe (Pourquoi nous laisses-tu errer hors de tes chemins ?), l’Eglise nous fait répondre désormais : Ne nous laisse pas entrer en tentation. Même si nous marchons loin de toi par moment, reste encore avec nous, sois toujours avec nous. Nous pouvons le dire justement parce que, en Jésus, Dieu a répondu favorablement à la demande d’Isaïe : Si tu déchirais les cieux, si tu descendais… Nous sommes en route vers Noël, cette fête au cours de laquelle Dieu est descendu parmi nous sous la figure d’un Nouveau-Né. Préparons-nous à l’accueillir ; préparons-nous à être avec lui comme lui est avec nous : toujours présent, toujours bienveillant. Pour une fois, laissons-nous tenter par cet Enfant à naître, par la vie qu’il nous propose, par le bonheur qu’il nous offre. Amen.



samedi 4 mars 2017

01er dimanche de Carême A - 05 mars 2017

Leurs yeux s'ouvrirent et ils se rendirent compte qu'ils étaient nus !





Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus ! Il y a quelque chose de dramatique dans cette affirmation du Livre de la Genèse, parce que rien ne préparait nos premiers parents à une telle découverte. Ils ont posé un choix, contraire à la parole reçue de Dieu, et les voilà nus, dépossédés de cette parole qui les a fait vivre. Ils ont posé un choix, contraire à la parole reçue de Dieu et plus rien n’est comme avant. Il faudra maintenant vivre avec ça : par un seul homme, le péché est entré dans le monde ; à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul, la mort a établi son règne. S’ils avaient pu prévoir, s’ils avaient pu savoir, auraient-ils écouté une autre voix ? Auraient-ils prêté attention à la voix du serpent qui travestit la voix de Dieu ? Il est trop tard pour s’apitoyer, trop tard pour faire de la théologie fiction : l’événement a eu lieu. Il n’est plus temps de deviser sur le passé. On peut le regretter, mais il nous faut vivre avec ce choix primordial et ses conséquences. 
 
N’en est-il pas ainsi pour nous, chaque jour : confrontés à la vie quelquefois rude, toujours pressés, nous n’avons pas toujours le temps de réfléchir, pas toujours le temps de mesurer toutes les conséquences de nos décisions. Et il nous faut vivre avec ! Le temps du Carême où nous sommes voudrait nous permettre une prise de recul pour évaluer les choix que nous avons fait et éventuellement redresser la barre si cela est possible. Là où nos premiers parents se rendaient compte qu’ils étaient nus sans savoir comment poursuivre, il nous est possible de changer : en effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste. Nous mesurons pleinement, en méditant ce passage de l’épître aux Romains, combien l’œuvre du Christ est fondamentale pour nous, pour notre salut. Nous mesurons combien son comportement face à la tentation est riche d’enseignement. Après quarante jours de jeûne, affamé, épuisé, il est confronté au Mauvais, au serpent, à celui qui veut travestir encore une fois la Parole de Dieu, et qui ne se gène pas pour le faire. Mais malgré sa fatigue, Jésus tient tête, grâce à cette même parole : il est écrit, il est encore écrit, car il est écrit ! Il semble tellement facile à l’Adversaire de citer la Parole de Dieu pour induire en erreur, qu’il faut toute l’attention du Fils unique pour ne pas se tromper quant à la Parole authentique de son Père. C’est bien cette parole du Père qui tient le Diviseur à distance. Lorsque nous sommes sûrs de Dieu, confiants en sa Parole, rien ne saurait nous ébranler ! Le temps du Carême est un temps favorable pour revenir à l’authenticité de la Parole et pour redécouvrir sa puissance à l’œuvre dans nos vies. Avec elle, nous pouvons faire les bons choix. Avec elle, nous ne nous trompons pas ! 
 
Alors leurs yeux s’ouvrirent ! Nous pouvons profiter de ce carême pour vivre la même expérience : ouvrir les yeux sur notre vie. Non pas pour nous désespérer ; non pas pour nous condamner ; mais ouvrir les yeux pour nous sauver avec l’aide du Christ. C’est ce que propose l’Eglise lorsqu’elle invite à la célébration de la pénitence et de la réconciliation.  Aidés de la Parole de Dieu qui nous invite à une vie plus belle, nous pouvons regarder notre vie, en découvrir nos faiblesses et décider de changer. Là où l’Adversaire avait réussi à déstabiliser nos premiers parents, l’Eglise nous propose de réentendre la Parole de Dieu vraie pour nous aider à nous libérer du Mal qui ronge notre cœur. Prendre le temps du Carême pour relire à frais nouveaux la Parole de Dieu nous aidera à accueillir la parole de paix et de pardon que Dieu veut prononcer pour nous. Et nous aussi, nous verrons que nous sommes nus ! 
 
Nus parce que éloignés de Dieu, nus parce que rongés par le remord, nus parce que nous avons défiguré en nous l’image de Dieu. Mais nous rendant compte de cela, nous pourrons aussi espérer. Espérer en Christ, plus fort que le Tentateur ; espérer en Christ qui a livré sa vie par amour de nous ; espérer en Christ qui nous vaut d’être à nouveau des justes par sa seule obéissance à Dieu. La célébration du sacrement de la pénitence et de la réconciliation ne nous enferme pas dans notre mal : elle nous en libère. Nus comme nos premiers parents après avoir ouverts les yeux sur la réalité de notre existence, nous pouvons revêtir le Christ comme au jour de notre baptême. Il nous habille de son innocence ; il nous habille de sa proximité de Dieu ; il nous habille de son amour ; il nous habille de son pardon obtenu au prix de son sang. 
 
Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus ! Par l’œuvre de salut opérée par le Christ, ce qui était un drame pour nos premiers parents devient pour nous source d’espérance. Heureuse faute de l’homme qui valut au monde un tel Sauveur ! Ou comme il est écrit encore : là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ! Dieu nous aime tellement qu’il n’y a pas de péché assez grand pour nous couper de son amour. Plus nous nous éloignons de Dieu, plus il nous aime, plus il veut nous faire sentir son amour. Puissions-nous ouvrir les yeux et nous rendre compte que sans lui, nous sommes nus ; par le pardon offert sacramentellement par l’Eglise, il nous vêtira des vêtements du salut. Durant ce carême, faisons le choix de révéler à Dieu notre nudité, laissons-le nous envelopper de son amour. Amen.

samedi 13 février 2016

01er dimanche de Carême C - 14 février 2016

L'acte premier de la miséricorde : entrer en combat.






Vous souvenez-vous de la prière d’ouverture de la messe du mercredi des Cendres ? Pas nécessairement mot à mot, mais dans ses grandes lignes ? Elle nous parlait d’entrainement au combat spirituel. Elle laissait clairement entendre que le croyant ne pouvait pas se soustraire à ce combat fondamental. Et aujourd’hui, pour commencer notre première semaine de Carême, la liturgie nous montre Jésus livrant ce combat. Il doit donc y avoir quelque chose de vrai dans l’affirmation de la prière de l’Eglise : nous avons bien un combat spirituel à mener. En ce jubilé de la miséricorde, nous pouvons même dire que ce combat spirituel est l’acte premier, l’acte fondateur de toute miséricorde. 
Regardez notre monde ; les journaux nous étalent page après page le résultat d’une humanité qui semble avoir renoncé à ce combat. Que ce soit en politique, en économie, ou tout simplement dans notre vie ordinaire, c’est bien le Mal qui semble triompher. D’état d’urgence en lois particulières visant à déchoir de leur nationalité ceux que nous n’avons pas su intégrer ou gérer, sans même parler de la difficulté à faire une place en Europe à ces peuples que nous avons condamné à la guerre par souci de profits ou par lâcheté, ce qui triomphe, c’est la peur, le rejet de l’autre, la violence, la méfiance, la stigmatisation… Nos sociétés égoïstes semblent surprises par la violence de la réponse apportée par certains. Au terrorisme intellectuel de certains gouvernants qui nous bercent d’illusions intégrationnistes répond le terrorisme par les armes qui n’a fait que trop de victimes. De jeunes français, en manque de repère et d’espoir, prennent les armes et se retournent contre cette société qui semble les avoir abandonnés et qui, telle les statues représentant la justice, se voile la face devant ses propres errements et ses propres ratés. Plutôt que de vouloir comprendre pour lutter efficacement contre les causes de ces violences soudaines, nous faisons des lois qui vont renforcer ces sentiments de rejet. Quand la violence de lois mal ficelées répond à la violence des armes, c’est plutôt mal parti. 
Le Mal, nous en faisons tous l’expérience dans notre vie. Il y a le Mal que nous faisons et le Mal que l’on nous fait. C’est le même, n’en doutez pas. Nous ne sommes pas plus légitimes que d’autres à faire le Mal. Le Mal est un raté de notre vie, une réponse toujours mauvaise aux pires situations que nous pouvons affronter. Ce Mal, nous devons l’affronter et le vaincre, plutôt que de le répandre en y cédant à notre tour. L’Evangile de ce premier dimanche de Carême nous montre que ce combat est non seulement possible, mais qu’en plus nous pouvons le remporter, sans être des surhommes, sans déployer plus de Mal encore. Mais nous ne pourrons le vaincre qu’en le prenant à sa racine, qui est souvent en nous. 
Regardons bien Jésus. Celui qu’il affronte, c’est l’auteur du Mal, le diviseur, le démon, le diable : qu’importe le nom que vous lui donnez. Ce Mal qu’il affronte, ce sont nos grandes tentations : le pouvoir, la toute-puissance, l’idolâtrie, la mise à l’épreuve de Dieu lui-même. C’est finalement le désir secret qui nous habite tous à un moment ou à un autre de notre vie d’être plus que les autres, de dominer les autres. Jésus ne vainc pas le Mal parce qu’il est le Fils de Dieu ; dans le désert, il ne pose aucun acte de puissance divine. Il fait ce que chacun d’entre nous peut faire : répondre au Mal et le refuser grâce à la vérité que nous procure la Parole de Dieu. Saint Léon le Grand écrit dans un de ses sermons (sermon 39) : Nous voyons le Seigneur vaincre l’ennemi, non pas en usant de sa puissance, mais en s’appuyant sur les enseignements de la Loi. Il honore ainsi l’homme davantage et châtie plus durement son adversaire : ce n’est pas dans sa divinité, mais dans son humanité même, qu’il inflige une défaite à l’ennemi du genre humain. Il a affronté ce combat pour que nous combattions à notre tour ; il a vaincu pour que nous remportions la victoire (…). Pas de foi sans épreuves, pas de lutte sans un adversaire, et sans affrontement, pas de victoire ! Notre vie ici-bas se passe au milieu des embûches et des batailles. Pour ne pas être surpris, il faut veiller et pour vaincre, il faut combattre. 
Si nous voulons vivre ce jubilé de la miséricorde de manière profitable, il nous faudra nécessairement livrer ce combat. Parce que la miséricorde elle-même est un combat à livrer. Et ce combat, nous devons d’abord le livrer contre nous-mêmes, contre ce qui nous tire vers le côté obscur de l’homme, vers sa capacité, vers notre capacité, à faire le Mal. C’est peut-être d’abord à nous-mêmes que nous devons faire miséricorde en luttant contre notre ignorance (c’est là une des œuvres de miséricorde !), en luttant contre nos peurs, en luttant contre cette facilité et cette fascination que nous avons pour le Mal. Le bad boy a un côté plus attirant que le chevalier servant ; c’est regrettable, mais c’est ainsi ! L’interdit est plus séduisant que la loi ; c’est regrettable, mais c’est ainsi ! Même nos péchés semblent être « plus mignons » que la sainteté ; c’est regrettable, mais c’est ainsi ! Oui, le combat spirituel est bien l’acte premier de quiconque veut apprendre la miséricorde, parce que le plus grand Mal n’est jamais celui que l’on subit, mais celui que l’on fait. C’est donc bien en lui-même que tout homme doit lutter d’abord contre le Mal. Et il peut le faire, comme Jésus, avec sa part d’humanité qui le raccroche encore à Dieu et à sa Loi d’amour. Jésus ne fait que citer la Loi divine pour vaincre temporairement son adversaire. Un jour viendra où il le vaincra définitivement. Ce sera paradoxalement au moment même où le Mal sera convaincu d’avoir définitivement gagné, le Fils de Dieu ayant été cloué sur une croix. 
Se faire miséricorde à soi-même, c’est peut-être porter sur soi le regard même de Dieu, qui toujours nous redit son amour pour nous et la valeur que nous avons pour lui. Nous sommes, chacun, unique aux yeux de Dieu ! Regarder humblement sa vie, repérer les zones d’ombre qui la traverse, et oser appeler Dieu à l’aide, voilà pour moi le début de la miséricorde. Si je n’ai pas expérimenté la miséricorde de Dieu à mon égard, comment puis-je apprendre à faire miséricorde à ceux que Dieu place sur ma route ? Au début du Carême, demandons à Dieu cette grâce de savoir nous faire miséricorde. Sachant porter sur nous le regard même de Dieu, nous serons davantage capables de porter sur nos frères et sœurs en humanité ce même regard de Dieu. Nous découvrirons alors en l’autre non un ennemi à abattre, mais un frère à aimer, un frère à aider, un frère à qui manifester la miséricorde de Dieu. Amen.

(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)


vendredi 7 mars 2014

01er dimanche de Carême A - 09 mars 2014

Vivre son baptême pour résister au Mal.



Que faire lorsque survient la tentation ? Voilà une question d’actualité en ce premier dimanche de carême où la liturgie nous montre deux réponses différentes à une même expérience. Car n’est-ce pas, mise à part la réponse apportée, il n’y a pas l’ombre d’une différence entre le récit de la Genèse entendue en première lecture et l’Evangile que je viens de proclamer. Tous deux mettent en scène des hommes mis en situation de tentation. 
 
Dans la Genèse, l’auteur cherche une réponse à la question du mal dans le monde. Il nous a expliqué que Dieu était à l’origine de toute chose. La création, c’est son œuvre, et cette œuvre est qualifiée, par Dieu lui-même, de bonne. Alors comment se fait-il que le mal ait cours dans nos sociétés ? La réponse vient de ce que l’humain n’a pas voulu reconnaître et garder sa place de créature. Induit en erreur par le père du mensonge, il voit en Dieu un être autoritaire, jaloux de ses pouvoirs, ne voulant les partager avec personne. Le tentateur est rusé quand il travestit la Parole de Dieu. Il joue avec les sentiments de l’homme jusqu’à ce que celui-ci trouve désirable d’être comme Dieu. Que peut-il y avoir de mal à cela ? Mais voilà, l’homme n’était pas prêt : il s’est trompé sur Dieu ; il s’est trompé quant à la parole qu’il fallait écouter. Comme Dieu, il l’était déjà, lui qui a été créé à son image et à sa ressemblance ! Entre Dieu et le Tentateur, il a fait le mauvais choix. Non pas que Dieu se venge, mais l’homme a pris le parti de la facilité, le parti du mensonge. Et quand il s’en rend compte, il est trop tard. Le mal est fait ; le mal est entré dans le monde. « C’est par un seul homme, Adam, que le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort ». Désormais, rien ne sera plus comme avant. Il y a crise de confiance entre Dieu et l’humanité. Et toutes les alliances n’auront pour autre but que de restaurer cette confiance mutuelle. L’homme s’est éloigné lui-même de Dieu en écoutant une autre voix que celle qui lui avait été donnée au commencement. 
 
Dans l’Evangile, il n’est pas de recherche de réponse à la question du mal. Il est question de savoir si celui que Dieu vient de désigner comme son Fils, son bien-aimé, est bien ce Fils qui n’écoute que son Père. Quarante jours et quarante nuits de jeûne et le voilà assailli par le Tentateur, comme Adam au jardin de la Genèse. Et le Tentateur se montre encore plus astucieux. Il a, il est vrai, quelques siècles d’expérience. Il s’appuie sur la Parole de Dieu lui-même pour tenter le Fils unique, en flattant à nouveau les sentiments humains. Quelle voix Jésus entendra-t-il ? Celle de son Père ou celle, travestie, de l’Adversaire ? Le Tentateur l’apprit à ses dépend. Et nous pouvons redire avec Paul : « De même que tous sont devenus pécheurs parce qu’un seul homme a désobéi, de même tous deviendront justes, parce qu’un seul a obéi ». La seule attitude de Jésus a consisté à ne jamais répondre directement au Tentateur (ce qu’avait fait Eve), mais à toujours placer entre lui et Satan la Parole vraie de Dieu ! 
 
Aux futurs chrétiens qui s’adressaient à lui, Grégoire de Naziance, au 4ème siècle, disait que « Si le persécuteur et le tentateur de la lumière vient t’assaillir après ton baptême, - et certes il le fera, car il a bien assailli le Verbe, mon Dieu…- tu as de quoi le vaincre ! Ne redoute pas le combat. Oppose-lui l’eau du baptême ! » Dieu nous a tout donné pour mener le juste combat. Nous avons l’exemple de son Fils et le baptême ordonné par lui. Il y a, dans ce sacrement, tout ce dont nous avons besoin pour résister au Tentateur. N’avons-nous pas alors été configurés au Christ Sauveur lorsque l’eau a coulé sur notre tête ? N’avons-nous pas reçu l’Esprit Saint, force de Dieu pour affronter le monde ? La prière d’exorcisme du baptême résume bien la force de ce sacrement : « Père tout-puissant, tu as envoyé ton Fils unique dans le monde pour délivrer l’homme, esclave du péché, et lui rendre la liberté propre à tes fils ; tu sais que cet enfant, comme chacun de nous, sera tenté par les mensonges de ce monde et devra résister à Satan. Nous t’en prions humblement : par la passion de Fils et sa résurrection, arrache-le au pouvoir des ténèbres, donne-lui la force du Christ, et garde-le tout au long de sa vie. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. » Ce n’est pas s’opposer à Dieu que d’être tenté : cela fait partie de notre humaine condition. C’est péché que d’y succomber ; c’est péché que de se prendre pour Dieu ou d’écouter la voix de quelqu’un d’autre comme si c’était la voix de Dieu. Par le baptême, Dieu fait de nous ses fils et ses filles, au même titre que le Christ. Nous pouvons entendre sa voix, nous appuyer sur elle. Nous partageons la dignité de Dieu lui-même.
 
Pour finir, je citerai encore Grégoire de Naziance. En commentant la page d’Evangile de ce dimanche, il disait : « Si le Tentateur exige que tu l’adores, méprise-le comme le pauvre qu’il est. Dis-lui, encouragé par le sceau du baptême : ‘Moi aussi, je suis une image de Dieu, mais je n’ai pas, comme toi, été précipité de ma gloire céleste à cause de mon orgueil. J’ai revêtu le Christ. Par le baptême, le Christ m’appartient. C’est à toi de m’adorer.’ A ces paroles, crois-moi, il s’en ira, vaincu et humilié par ceux que le Christ a illuminés, comme il l’a été par le Christ, lumière primordiale. Tels sont les bienfaits qu’apporte le baptême à ceux qui reconnaissent sa force ; voilà le festin qu’il propose à ceux qui souffrent d’une faim méritoire. » Oui, vivons de notre baptême et jamais le Tentateur ne nous vaincra. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)

vendredi 15 février 2013

01er dimanche de Carême C - 17 février 2013

Croire avec Jésus, c'est choisir Dieu seul.


Depuis mercredi, nous voici donc engagé en carême, un temps pour revenir vers Dieu comme nous le rappelait le prophète Joël lors de la célébration des Cendres. Ce carême 2013 n’est pas n’importe quel carême, il n’est pas et ne sera pas comme le carême 2012. En effet, Benoît XVI nous a engagés dans une année de la foi, une année pour revenir au cœur de ce qui nous fait vivre, au cœur de ce que nous croyons. Cette proposition, si nous la prenons au sérieux, donne nécessairement une couleur particulière à toute notre année. Et le temps du carême devient alors un temps favorable pour essayer de comprendre mieux ce qu’est l’acte de croire, de comprendre mieux ce Dieu auquel nous croyons. En ce premier dimanche de carême, je vous propose d’aborder cette question de la foi en compagnie de celui qui l’objet de notre foi : Jésus. Qu’est-ce que croire à la manière de Jésus ?

L’Evangile de ce dimanche nous répond : croire comme Jésus, c’est choisir Dieu. Nous pouvons remarquer que les tentations auxquelles Jésus est soumis, sont nos tentations : la tentation d’être celui qui peut tout, même changer les pierres en pain ; la tentation du pouvoir et de la richesse, qui nous fait désirer posséder tout ; la tentation d’éprouver Dieu, pour vérifier s’il intervient bien en ma faveur, si je compte bien pour lui. Qui n’a jamais rêvé d’être un super héros, un super riche, un super-Dieu, en toute modestie. Si nous retenons volontiers que Jésus a été soumis à la tentation, retenons-nous aussi facilement qu’il en a triomphé ? Et surtout comment il en a triomphé ? Il n’a pas répondu au tentateur par un miracle, ni par un tour de passe-passe, ni par quelque action éclatante. Il a répondu par la Parole de Dieu lui-même. En entrant dans la vie, il a fait le choix de Dieu et maintient ce choix envers et contre tout. Il aurait pu être un grand magicien, un grand politique ou un nouveau Dieu ; il a choisi humblement de n’être qu’un Fils, mais quel Fils, le Fils de Dieu. Il met ses pas dans les pas de son Père avant même de commencer sa mission, et jamais ne s’en écartera. Il ne cite pas la Parole de Dieu pour faire de belles phrases, mais parce que cette parole donne sens à sa vie, donne aux hommes le sens de sa vie. Une vie offerte à Dieu pour le salut des hommes. Jésus ne veut rien d’autre qu’être le Fils de ce Dieu qui veut la vie de l’homme. Il n’a pas besoin de miracle, pas besoin de richesse, pas besoin de prendre la place de Dieu. Il a tout cela et plus encore ; il a Dieu, au cœur de sa vie, au cœur de son cœur. Lui et Dieu ne font qu’un.

Cette profonde union entre Jésus et Dieu, nous n’avons pas besoin d’attendre le discours de Jésus au soir de sa mort pour l’affirmer. Elle est évidente dès cette scène des tentations. Le tentateur commence deux de ses propositions malhonnêtes en cherchant à insinuer le doute en Jésus : Si tu es le Fils de Dieu… Autrement dit, prouve-moi que tu l’es en faisant ce que je te demande. A aucun moment, Jésus ne cherche à justifier qui il est. Il ne dit pas : tu as tort de mettre en doute le fait que je sois le Fils de Dieu. Il ne s’interroge pas davantage sur qui il est : pouce, laisse-moi réfléchir un instant : qui suis-je ? Il redit simplement ce qu’il a entendu de Dieu : il est écrit… Citant la Parole de Dieu, il nous montre la connaissance qu’il en a, et l’intimité qu’il entretient ainsi avec la source de cette parole. Ayant épuisé toutes les tentations, le diable s’éloigne et l’auditeur ne peut que comprendre que Jésus l’a vaincu comme Dieu seul peut le vaincre. Il n’y a qu’à attendre le moment fixé où sa victoire sera totale et où sa seigneurie sera révélée à tous. Pour l’heure, il ne reste que Jésus et sa certitude d’être du côté de Dieu, d’être dans la main de Dieu, son Père.

Croire avec Jésus, c’est aujourd’hui encore faire ce choix de Dieu, ce choix de vivre conformément à sa Parole. En toutes circonstances, nous pouvons la mettre au cœur de notre vie, au cœur de notre action. Dans les moments les plus difficiles comme dans les moments les plus joyeux, elle fonde notre vie et nous garde dans l’intimité de celui qui nous a tout donné. Croire avec Jésus, c’est ne pas douter de notre filiation divine : nous sommes fils et filles de Dieu par notre baptême, et rien ne pourra changer cela : pas besoin de miracle pour y croire. Croire avec Jésus, c’est être en mesure de repousser le Mal de notre vie et de choisir le bien, en toute chose ; puisque Jésus a vaincu le Mal, nous pouvons, à sa suite, faire de même, puisqu’il nous a déjà obtenu la victoire. Croire avec Jésus, c’est faire nôtre cette affirmation de Paul : Tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur seront sauvés. La mort et la résurrection de Jésus en attestent ; si Dieu a sauvé ainsi son Fils unique, comment ne pourrait-il pas faire de même pour cette multitude de fils et de filles, que Jésus lui a acquis par son sang ? Avec Jésus, osons le choix de Dieu ; osons nous redire enfant de Dieu, aujourd’hui et toujours. Amen.



 
(Icône d'Hélène IANKOFF, Les tentations de Jésus, église de Holtzheim - 67)

vendredi 24 février 2012

01er dimanche de Carême B - 26 février 2012

Jésus, vainqueur du Mal.




Quand mon serviteur m’appelle, dit le Seigneur, je lui réponds, je reste près de lui dans son épreuve. Je vais le libérer, le glorifier, de longs jours, je vais le rassasier. Ainsi s’exprime l’Eglise en ce premier dimanche de Carême lorsqu’elle s’adresse à Dieu pour ouvrir la célébration de l’Eucharistie. Cette antienne d’ouverture que nous n’entendons que trop peu, nous fait comprendre que nous ne risquons rien entre les mains de Dieu, parce qu’il veille sur nous.

Ce qui est vrai de nous, l’est aussi du Christ. Dieu, le Père, veille sur son Fils et à travers lui, sur nous. Il veille sur lui lorsqu’il est poussé au désert pour affronter la tentation. Ce qui me surprend, c’est la discrétion de Marc au sujet des tentations auxquelles le Christ se trouve soumis lors de son séjour au désert, après son baptême. Si l’on compare son récit à ceux de Matthieu et Luc, la différence est flagrante. Chez Marc, cela tient en cette simple phrase : dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Comme si l’essentiel n’était pas dans le détail des tentations, mais bien dans cette réalité commune à toute l’humanité : nous sommes tentés, quelquefois, de faire le mal. Le fait de ne pas préciser les tentations semble indiquer que Jésus est comme nous, comme cette humanité qu’il a endossée, assumée. Comme nous, il est tenté. Comme nous, Jésus est vrai homme.

Ce qui compte aussi, chez Marc, c’est que Jésus en sort, de ces tentations. Il en sort pour proclamer une Bonne Nouvelle : Le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. L’annonce du règne de Dieu découle, me semble-t-il, directement de sa victoire sur le Mal. Jésus s’est montré plus fort que le tentateur, parce qu’il est totalement du côté de Dieu. Il n’est pas seulement dans la main de Dieu ; il ne fait qu’un avec lui. Ce faisant, rien de mauvais ne saurait avoir de prise sur lui. Vainqueur du Mal au désert, il peut, légitimement, annoncer la venue du règne de Dieu, qu’il inaugure déjà en cette première victoire au désert et qu’il réalisera lors de la victoire finale, lorsque, mis en croix, il vaincra la mort même, ultime refuge du Mal. Jésus se révèlera alors, plus que jamais, vrai Dieu.

Tout cela est bel et bien, me direz-vous ; mais en quoi cela nous concerne-t-il ? La victoire du Christ sur le Mal marque un tournant dans l’histoire de l’humanité. Désormais, il est possible à l’humanité, pleinement assumée par le Christ, de vaincre ses démons, de vaincre le Mal en assumant la divinité que le Christ nous partage. Il n’y a plus de fatalité du Mal. Il y a, pour chacun de nous, la possibilité offerte, en Jésus, de résister et de vaincre. Si nous nous rangeons aux côtés du Christ Sauveur, nous avons part à sa victoire, parce que sa victoire n’est pas une victoire pour lui tout seul, mais une victoire offerte à notre humanité perdue. Le Christ livre le combat contre le Mal dans le but de nous délivrer du Malin, une fois pour toutes. Si nous croyons en lui, il nous ouvre à sa victoire et nous pourrons vaincre nous aussi.

La célébration du baptême marque bien cette participation à la mort et à la résurrection du Christ ; et le rite de l’exorcisme, après la proclamation de la Parole de Dieu, dit bien que nous avons part à sa victoire sur les forces de la Mort. Dieu éternel et tout-puissant, dit le prêtre, tu as envoyé ton Fils dans le monde pour nous libérer du pouvoir de Satan, l’esprit du mal, et pour que l’homme, arraché aux ténèbres, soit introduit dans ton Royaume de lumière ; nous te supplions pour celui qui va être baptisé : qu’il soit racheté du péché originel, qu’il resplendisse de ta présence, et que l’Esprit Saint habite en lui. Et voilà que s’opère, par le baptême, une identification du baptisé au Christ Sauveur. Désormais, nous ne faisons plus qu’un avec lui.

Paul le dit à sa manière dans la deuxième lecture entendue : être baptisé, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ qui est monté au ciel. Participer à la résurrection du Christ, c’est bien vaincre définitivement le Mal et la Mort, comme Lui, avec Lui et par Lui. La victoire du Christ sur le Tentateur nous concerne donc bien, puisqu’elle nous montre que celui qui est tourné vers Dieu est libéré par lui, rétabli dans une harmonie avec toute la création, des bêtes sauvages jusqu’aux anges. Le règne de Dieu commence bien lorsque cette harmonie entre tous les êtres créés par Dieu est retrouvée.

Au début de ce Carême, nous est redite la certitude que le Christ est bien vainqueur de tout ce qui pouvait nous séparer de Dieu. Il nous est redit aussi que nous avons notre part, déjà, à cette victoire. A nous de travailler désormais à l’avènement de son Règne, à l’annonce de cette Bonne Nouvelle, pour que tous les hommes se découvrent sauvés et libérés par le Christ, dès aujourd’hui et pour toujours. Amen.






(Dessin de Coolus, Blog du Lapin bleu)