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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 18 octobre 2025

29ème dimanche ordinaire C - 19 octobre 2025

Persévérer, oui mais quand ce n'est plus possible ?




(Tableau d'Arcabas)





            C’est assez rare pour être souligné ; il y a, aujourd’hui, une belle unanimité entre les trois lectures entendues. Toutes, d’une manière ou d’une autre, nous invite à la persévérance en matière de foi. Nous pouvons le vérifier immédiatement. Dans le Livre de l’Exode, cela est suggéré ainsi : Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Dans la deuxième lettre à Timothée, c’est l’interpellation de Paul qui ouvre le passage entendu : Bien-aimé, demeure ferme dans ce que tu as appris… et encore Interviens à temps et à contretemps. Et dans l’Evangile, c’est l’introduction qui précise : Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager. Ces paroles sont suffisamment claires pour qu’elles puissent se passer de commentaire. Demeure alors une question : Persévérer dans la foi ou la prière, d’accord, mais quand cela ne semble plus possible, on fait quoi ?

            Nous avons tous connu de ces moments compliqués où laisser la foi ou la prière de côté semblait plus simple. De nombreux contemporains l’ont fait. Peut-être l’avons-nous fait durant une période de notre vie et qu’à la faveur d’un événement particulier, heureux ou malheureux, nous sommes revenus à la foi et à la prière. Ou bien, sans laisser tomber complètement, nous avons juste oublié. Quel confesseur n’a jamais entendu : je ne prie pas assez ! Je ne crois plus assez ! C’est plutôt normal, quand on prend sa vie spirituelle au sérieux, de constater des moments de sècheresse, de vide voire d’abandon temporaire. Si nous connaissons quelqu’un qui vit cela en ce moment, est-ce vraiment le meilleur conseil à lui donner que de lui dire : Persévère ? Peut-être, mais ce n’est pas suffisant, je m’en rends bien compte. Alors que faire ?

            Le livre de l’Exode nous indique une voie à suivre ; elle se nomme Aaron et Hour dans l’histoire entendue. Elle se nomme amis et communauté croyante dans le concret de notre vie. Je m’explique. Israël est une fois de plus en guerre contre un peuple voisin, dérangé par cette longue colonne d’étrangers qui traverse son territoire. Pendant la bataille, Moïse, Aaron et Hour se tiennent au sommet d’une colline. Moïse avait prévenu Josué : Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main ». Et ceci fut fait. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient. Voyez-vous, même les grands, même les très grands comme Moïse, qui parlait avec Dieu face-à-face, sont pris de faiblesse, même si elle n’est que physique comme pour Moïse. Essayez donc de garder les mains levées toute une journée, et vous comprendrez. La fatigue de Moïse allait-elle condamner Israël à la défaite ? Aaron et Hour veillent : ils ont d’abord fait assoir Moïse, puis ils lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée.

            La solution, nous venons de l’entendre, c’est de ne pas affronter l’épreuve, la fatigue spirituelle, tout seul. Appuyons-nous sur les autres et permettons à d’autres de s’appuyer sur nous. C’est cela aussi faire communauté, faire Eglise. Nous sentir responsables de la foi des autres ; nous sentir responsables de la prière des autres. Non pas en leur rappelant qu’ils doivent prier ; mais en les portant dans notre prière quand nous remarquons qu’ils ne vont pas bien, que le doute les envahit, que les soucis prennent le dessus dans leur vie. Et n’hésitons pas, quand cela nous arrive, à demander l’aide de la communauté pour nous tenir la main, comme Aaron et Hour l’ont fait pour Moïse. Nul ne peut vaincre tout seul. Certes, Dieu est avec nous ; mais il n’empêche que Dieu se manifeste à nous, aujourd’hui encore, par ceux et celles qu’il met sur notre route. Celui qui a donné Aaron et Hour à Moïse, nous a donné des amis et une communauté croyante. Si notre amitié est vraie, si nos communautés sont bien vivantes, elles auront la force de porter et supporter les plus faibles ; elles auront le réflexe de tenir la main de ceux qui fatiguent. C’est pour cela que personne ne peut vivre sa foi et sa prière tout seul, dans son coin. C’est pour cela que la foi et la prière ne peuvent pas être reléguées à la seule vie personnelle ; elles ont toutes deux une dimension éminemment communautaire.

             Ne restons jamais seul ! Un chrétien seul est un chrétien en danger ! Que nos communautés soient ferventes, non pas par l’addition de la ferveur de chacun, mais par souci de celles et ceux qui la composent et qui ont besoin de cette ferveur collective pour ne pas perdre leur ferveur personnelle. Que notre manière de faire communauté donne envie d’y participer et de la faire vivre encore mieux. Prions sans relâche les uns pour les autres. Que chacun se sente le droit de s’assoir comme Moïse et de se laisser soutenir. Que chacun ait aussi assez d’attention pour soutenir celui qui en a besoin. Ainsi triompherons-nous ensemble dans les moments difficiles, avec la grâce de Dieu. Amen. 

samedi 20 mai 2023

7ème dimanche de Pâques A - 21 mai 2023

 Il n'y a pas de honte à être au Christ, mort et ressuscité.





 

 

 

 

            Coincé entre l’Ascension et la Pentecôte, ce dimanche pourrait nous paraître sans intérêt, un dimanche de transition entre deux fêtes du temps pascal. Et pourtant, ce « petit » dimanche nous dit de grandes choses, notamment dans la deuxième lecture entendue. Nous terminons en effet la lecture de la première lettre de Pierre. Si vous avez été attentifs, vous aurez reconnu un commentaire de cette béatitude de Jésus : Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! Voilà la béatitude ; et voilà ce que nous a dit Pierre : Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. Ce qui compte, ce n’est pas la souffrance ; ce qui compte, c’est d’être au Christ. C’est pour nous un motif de satisfaction et de joie.

 

            Nous l’avons vu les dimanches précédents, et nous pouvons le mesurer très concrètement dans notre existence : se dire chrétien, et catholique en particulier, n’est pas chose aisée de nos jours. En France, il est de bon ton de renvoyer aux catholiques les pages sombres de l’histoire de France, et plus récemment les scandales divers qui ont secoués notre Eglise. Pourtant, l’histoire de l’Eglise en France nous montre que nous n’avons pas à rougir d’être au Christ. Les croyants au Christ qui ont aidé à faire grandir l’humanité, à changer la société en mieux, sont plus nombreux que ceux qui ont terni l’image et la réputation de l’Eglise. Ce dernier extrait de la première lettre de Pierre nous invite à la cohérence de vie. Que personne d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur ou comme agitateur. Autrement dit, un chrétien ne peut pas pencher vers le Mal. Ce serait incohérent ! Faut-il rappeler ici que, dans la profession baptismale, nous rejetons le Mal, tout ce qui y conduit, ainsi que Satan qui est l’auteur du Mal ?

 

Mais, poursuit l’Apôtre, si c’est comme chrétien [qu’on fait souffrir quelqu’un], qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là. Il faut nous rappeler ici que cette lettre est adressée à des chrétiens persécutés, dispersés, moqués pour bien comprendre ce qui est écrit. Il est dit clairement qu’il n’y a pas de honte à être chrétien, et à vivre en tant que tel. Et si l’on se moque de nous à cause de notre foi, et si l’on nous persécute à cause de notre foi, sachons rendre gloire à Dieu pour Jésus. N’oublions jamais que Jésus a donné sa vie pour que nous puissions être libres. N’oublions jamais que Jésus a donné sa vie pour nous dire de quel amour nous sommes aimés. Avons-nous à rougir d’être aimés passionnément ? Non ! Avons-nous à rougir d’être aimés gratuitement ? Non ! Le Christ, par sa vie et sa prédication, nous donne-t-il des motifs de rougir ? Non ! Inscrivons-nous dans ses pas et vivons selon son commandement. Inscrivons-nous dans ses pas et aimons comme lui nous a aimés. Inscrivons-nous dans ses pas, et nous partagerons sa gloire. 

 

            Quand il nous semble difficile d’être fiers d’être catholiques, quand il nous semble difficile d’être en cohérence avec ce que nous croyons, peut-être nous faut-il reprendre le psaume 26 que nous avons chanté ensemble. Il nous fera redire notre confiance, notre foi en Jésus : Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerai-je ? Il nous fera redire aussi notre espérance : J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie. Quand notre foi est ainsi renforcée, quand notre espérance est claire, notre charité saura se faire inventive pour répondre aux défis de notre temps, et nous aurons toute latitude d’être fiers d’être au Christ parce que nous témoignerons de lui, de son amour pour tous, à travers toute notre vie.

 

            Dans un monde devenu indifférent à la foi, dans un monde quelquefois hostile aux croyants, sachons aussi retrouver le goût de faire communauté ensemble, à l’image des Apôtres et de Marie après l’Ascension, dans l’attente du don de l’Esprit Saint. Une communauté vivante, où chacun se respecte, est un lieu puissant pour rester fidèle à la foi reçue. Elle ne devrait jamais être un lieu où l’on se juge, ni un lieu où l’on se met les uns les autre dans des cases, mais un lieu où l’on s’encourage à grandir dans la foi, un lieu où l’on s’exerce ensemble à la charité, un lieu à partir duquel les autres pourront dire : Voyez comme ils s’aiment ! Si ce n'est pas plus facile aujourd’hui d’être catholique que cela ne l’a été hier, nous avons, aujourd’hui comme hier, la communauté des croyants rassemblés pour ne pas perdre la foi, pour ne pas perdre le cap. Nous avons la communauté des croyants pour nous entraîner à la charité. Nous avons la communauté des croyants pour nous redonner le goût et la fierté d’être au Christ, quoi qu’il arrive. Que personne n’ait honte d’être au Christ : il est notre salut, notre gloire éternelle. Amen.


samedi 14 mai 2022

5ème dimanche de Pâques C - 15 mai 2022

 Faire route avec les disciples pour construire nos communautés.






            La lecture du livre des Actes des Apôtres est intéressante parce qu’elle nous montre, par le détail, comment ce qui n’était qu’un tout petit groupe au sein de la religion juive, va peu à peu se développer jusqu’à devenir une entité à part, ce qui n’était pas du tout le dessein originel des Apôtres. Fonder une nouvelle religion n’était pas dans leur projet. Leur projet, c’était l’annonce de la bonne nouvelle de la Résurrection de Jésus. Et de l’annoncer comme l’accomplissement de la foi de leurs pères. 

Nous avons compris, dimanche dernier, que cette annonce devait se faire ; il y a une sorte d’impératif qui fait que les disciples de Jésus ne peuvent se taire. Puisque leurs frères dans la foi ne veulent pas les entendre, ils se tournent donc vers les païens. Le premier voyage missionnaire de Paul et Barnabé est l’exemple même de la manière dont les disciples de Jésus sont peu à peu poussés vers le monde païen. Nous avons entendu aujourd’hui la fin de ce premier voyage et nous constatons que partout où Paul et Barnabé ont passé, des communautés ont été fondées. Le voyage de retour vers Antioche de Syrie d’où ils sont partis, leur fait revisiter ces communautés et les installer dans la durée en désignant des Anciens pour les conduire. Quelque chose qui n’était pas prévu va naître. A côté de la synagogue, lieu de rassemblement des Juifs, naissent des Eglises (des communautés de croyants au Christ) qui rassembleront les disciples du Ressuscité. Paul et Barnabé vont accompagner ce mouvement et organiser ces Eglises. Il ne suffit pas d’annoncer Jésus Christ, mort et ressuscité ; il faut aussi donner aux convertis les moyens de rester fermes dans la foi. Il y a là déjà la conscience que nul ne peut être chrétien tout seul ; nul ne peut demeurer chrétien tout seul. L’Eglise devient un marqueur pour ces hommes et ces femmes qui se convertissent. La mise en place de ces Eglises ne se fait pas non plus par hasard ; la fonction d’Ancien n’a pas forcément quelque chose à voir avec l’âge de ceux qui sont choisis. On ne choisit pas non plus forcément le plus grand, le plus beau, le plus intelligent. Ce n’est pas un pouvoir qui leur est confié ; c’est un service qu’ils doivent accomplir. Tout ce que Paul et Barnabé mettent en place se fait dans le jeûne et la prière, une manière de dire que la barque, c’est Dieu qui la mène. Vous pourrez vérifier par vous-mêmes lorsque vous entreprendrez la lecture continue de ce livre : rien ne se fait hors de Dieu ; la prière est omniprésente. D’ailleurs la finale du passage entendu aujourd’hui ne laisse planer aucun doute à ce sujet. Luc écrit : Une fois arrivés, ayant réuni l’Eglise, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait pour eux et comment il (au singulier) avait ouvert aux nations la porte de la foi. L’œuvre des disciples, c’est de laisser Dieu agir ; l’œuvre de l’Eglise, c’est d’être ouverte aux appels de Dieu. 

Dans nos communautés aujourd’hui, nous ne pouvons pas agir différemment. Si nous voulons bien construire nos communautés à l’exemple de ces premières Eglises, nous n’avons pas d’autre choix que de laisser là nos belles idées pour nous ouvrir à ce que Dieu veut pour nous. Pour le dire autrement, tout groupe qui se construirait en-dehors de ce lien profond au Christ mort et ressuscité, annoncé par les Apôtres et leurs successeurs, ne serait pas vraiment Eglise. Un groupe de chrétiens qui prétendrait agir au nom de l’Eglise sans jamais prier ensemble pour se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint et de la volonté de Dieu, ne serait pas vraiment Eglise. Tout individu ou groupe qui prétendrait vivre sa foi en-dehors de toute communauté établie par les Apôtres et leurs successeurs, ne seraient pas vraiment d’Eglise. Faut-il rappeler que nos paroisses n’existent pas par notre volonté propre, mais parce qu’elles ont été voulues, autorisées par un évêque, successeur des Apôtres, qui en a établi le territoire et la mission ? En fondant les Eglises dans le bassin méditerranéen, Paul et Barnabé n’ont pas fait ce qu’ils voulaient, mais ce que l’Esprit de Dieu attendait d’eux. Nous avons confirmation de cela ailleurs dans les Actes quand Paul veut se rendre quelque part, mais que l’Esprit Saint s’y oppose. Et Paul obéira et ira où le pousse l’Esprit. C’est ainsi que se construit l’Eglise ; c’est ainsi que nous refondrons nos communautés : en étant, comme Paul et Barnabé, attentifs à ce que l’Esprit dit aux Eglises, pour reprendre le langage du livre de l’Apocalypse. 

Nos plus belles idées, nos plus grandes envies, si elles ne sont pas inspirées par l’Esprit Saint, ne resteront que de belles idées, de grandes envies. Leur fécondité vient de l’Esprit Saint qui nous les aura soufflées. Sans lui, rien ne porte de fruits. Pour construire des communautés solides et fécondes, mettons-nous en prière avant d’agir, à l’exemple des Apôtres. Et soyons conscients que Dieu travaille avec nous et que lui seul peut susciter la foi. Amen.  

vendredi 14 août 2020

Assomption - 15 août 2020

 Avec Marie, disons notre "Fiat" et notre "Magnificat".





En cette année si particulière, marquée par une crise sanitaire sans précédent qui n’en finit pas de durer, tous les grands pèlerinages sont suspendus par souci de l’autre, par crainte de la maladie. D’où cette opération « Lourdes en Alsace » que notre archevêque nous propose de vivre en ce quinze août, fête de l’Assomption de Notre Dame. A cette occasion, dans le souci d’une démarche réellement diocésaine, Mgr Christian Kratz, évêque auxiliaire, propose deux homélies au choix. Je vais vous en partager une, celle qui nous rappelle que Marie est la figure de tout croyant, appelé à dire à sa suite son « Fiat » et son « Magnificat ». Voici donc le texte de cette homélie. 

            « En cette fête de l’Assomption, notre regard et notre cœur se tournent vers Marie. Arrêtons-nous quelques instants auprès de celle qui a permis à Dieu d’habiter la terre des hommes. Elle est pour nous un repère, un modèle, un signe fort de ce que Dieu veut faire avec chacune et chacun d’entre nous. En effet, notre vocation chrétienne est fondamentalement mariale : il nous faut, comme elle, accueillir l’Esprit de Dieu pour qu’il féconde notre vie, pour que Dieu puisse prendre corps en nous, que nous puissions vivre de sa présence et le donner aux autres. 

            Pour être à la hauteur du projet de Dieu et prendre notre part à la mission de l’Eglise, trois conditions sont nécessaires, trois conditions que Marie a pleinement remplies. 

            Première condition : on ne peut donner que ce que l’on a ! Donc pour donner Dieu au monde, pour en témoigner, il faut en vivre passionnément. Marie était tout habitée de Dieu avant même l’Annonciation ; elle était une de ces pauvres de Dieu éternel et vrai que nous présente la Bible. Dès son plus jeune âge, elle a appris à connaître Dieu, à le fréquenter, à l’écouter, à lui parler. C’est à cela que nous aussi sommes appelés : considérer que Dieu est quelqu’un, un vivant qui se donne à nous pour que nous nous donnions à lui, un vivant qui veut nous faire vivre et nous communiquer son bonheur. Dieu n’est ni une théorie abstraite, ni un principe immuable, ni un code de morale, ni même une habitude. Dieu n’est pas obligatoire ! Dieu est vie ; Dieu est amour ; et le fréquenter, c’est aimer et c’est vivre ! Nombre de baptisés confirmés s’ennuient avec le Bon Dieu parce qu’ils n’ont pas compris que la foi est d’abord une histoire d’amour, une formidable histoire d’amour que Dieu ne cesse de tisser avec chacune et chacun d’entre nous, conjuguant sa grâce qui se donne et notre liberté qui accueille. Renouons avec un désir plus fort de fréquenter les Ecritures, de mieux connaître le Seigneur, de nous mettre un peu plus à son écoute et à son école. 

            Deuxième condition : Marie n’est pas une espèce de météorite qui serait tombée du ciel. C’est une fille d’Israël, membre d’un peuple qui a reçu la Révélation et qui est chargée d’être, au milieu des nations, le signe de la transcendance, de l’unicité et finalement de l’amour de Dieu. Marie, membre d’un peuple ! C’est de ce peuple qu’elle a tout reçu, et c’est à ce peuple qu’elle a tout donné. Oui, Marie est membre du peuple d’Israël et membre éminent du nouveau peuple de Dieu, du nouvel Israël qui a jailli, qui s’est constitué le jour de la Pentecôte ; c’est pour cela que nous vénérons Marie comme Mère de l’Eglise, Mère de ce peuple en marche vers l’accomplissement de son espérance. Cela veut dire qu’il n’y a pas de foi qui ne soit fondamentalement ecclésiale. La foi des chrétiens est ecclésiale ou elle est bancale. C’est parce qu’elle était membre d’un peuple que Marie a pu remplir sa mission et qu’elle a pu répondre « fiat » et « magnificat » à l’Annonciation. 

            Nous aussi, nous sommes membres d’une communauté, d’une Eglise, d’une paroisse. Je sais bien que parfois, c’est un peu lourd à porter, que l’Eglise n’est pas à la hauteur, qu’elle a des défauts… Evidemment qu’elle a des défauts, puisque ce sont les nôtres, les miens, les vôtres, les défauts de chacune et de chacun ; mais l’Eglise n’est pas sainte à cause des membres qui la constituent, mais parce que Dieu l’habite et veut rendre saints tous ceux qui acceptent de se reconnaître en elle et d’y apporter leur contribution, leurs compétences et leur amour. Vous savez, l’Eglise c’est comme une famille ; dans une famille, on s’aime et de temps en temps, on se dispute : les adolescents veulent plus de liberté, les parents freinent ; parfois il sont un peu dépassés. Dans l’Eglise, c’est un peu pareil ! Cette Eglise, même si parfois elle nous fait souffrir, nous devons l’aimer parce que c’est elle qui nous a engendrés à la foi et qui ne cesse de nous enfanter à la vie de Dieu. C’est elle qui nourrit notre foi, qui l’encourage, qui la stimule, qui la régule aussi, car sinon notre foi risquerait de partir dans tous les sens. Pour vivre notre foi, pour vivre notre vocation et notre mission, nous avons besoin de l’Eglise et l’Eglise a besoin de nous. Ensemble, formons une communauté dynamique, appelante pour que d’autres puissent y trouver un sens à leur vie, à leurs souffrances, aux difficultés qu’ils rencontrent, qu’ils puissent se sentir enracinés dans l’Evangile et portés par une communauté de frères. 

Relation à Dieu, membre d’un peuple et enfin, troisième condition pour remplir cette mission de Marie : être, devenir sans cesse des serviteurs. Vous le savez, le seul titre que Marie a revendiqué dans l’Evangile, c’est à l’Annonciation, lorsqu’elle dit à l’ange : Je suis la servante du Seigneur, que tout se fasse pour moi selon ta parole. Autrement dit : Je suis disponible, je suis prête, Seigneur, tu peux compter sur moi, je suis ta servante ! Chacun d’entre nous est appelé à être un serviteur, et l’Eglise est appelée à être servante d’humanité, servante des pauvres, servante pour révéler l’amour incroyable que Dieu porte à notre humanité, pour révéler à tous l’espérance qui nous est offerte et la vie que la Pâque de Jésus et l’Assomption de Marie ouvrent à chacun d’entre nous. Alors, au-delà des tentations du pouvoir qui nous habitent, au-delà des habitudes qui nous enferment, au-delà des peurs qui parfois nous paralysent, soyons des serviteurs et des servantes simples, humbles mais pleins de confiance, parce que nous savons que nous sommes formidablement aimés ; nous savons que Dieu a le projet d’habiter notre cœur. En accueillant ce Dieu pauvre de la crèche, de la croix et de l’eucharistie, ce Dieu pauvre qui, dans quelques instants, va encore se remettre entre nos mains, nous ne pouvons qu’être à notre tour simples, pauvres et disponibles pour que vive et grandisse l’amour dans les cœurs et dans le monde. Vous le savez bien : c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres qu’on nous reconnaîtra comme les disciples du Crucifié Ressuscité, disciples de Jésus. 

En concluant, je voudrais vous rappeler ces trois impératifs, ces trois conditions que je viens de développer : avec Marie, à la suite de Jésus, vivons une relation forte, habituelle, chaleureuse, vivante au Dieu de la vie et de l’amour ; cette relation, vivons-la au sein d’un peuple, d’une communauté de frères, d’une Eglise et, dans cette Eglise au milieu du monde, soyons les bons serviteurs, les bonnes servantes de la tendresse de Dieu. En cette fête de l’Assomption, redisons comme Marie au Seigneur : Fiat ! Oui, je suis d’accord, Seigneur, d’accord pour me laisser appeler et envoyer, d’accord pour me laisser éclairer, fortifier et transformer par l’amour ; fiat, mais aussi magnificat, car ma vocation, ma mission, et tout ce que tu me donnes, tout ce que tu me confies, c’est cela ma joie profonde. Magnificat, pour maintenant et pour l’éternité. Amen ! »


(Arcabas, Assomption, Congrégation des Augustins de l'Assomption, Paris, 2007)


jeudi 21 mai 2020

Ascension - 21 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer du particulier à l'universel.







          De toutes les nations, faites des disciples ! Au moment de quitter ses disciples, voilà l’ordre de mission que Jésus leur a donné selon l’évangéliste Matthieu. C’est intéressant que ce soit lui qui en parle plutôt qu’un autre, parce qu’il écrit son évangile pour des chrétiens originaires du judaïsme. En introduisant cet ordre du Christ de manière aussi claire, ne les invite-t-il pas à passer du particulier (le salut promis au seul Israël) à l’universel (le salut promis à tous les hommes) ? C’est un passage que le Ressuscité nous invite tous à vivre. Il se joue, selon moi, sur trois niveaux. 

            Le premier niveau est tout personnel. Voyez-vous, en matière de foi, c’est discrétion, discrétion, discrétion. La France nous a habitués à ce discours depuis la Révolution : la foi, c’est affaire personnelle, cela ne regarde pas les autres. Ce qui s’est traduit chez certains croyants par un repli sur soi, y compris dans la vie spirituelle. Je me fais ma petite religion personnelle, privée : c’est mon Jésus et moi, pour ne pas dire mon Jésus à moi. Les autres : rien à faire, même quand ils partagent la même foi que moi ! Ils n'ont qu’à faire pareil ! Ils n’ont qu’à se débrouiller. Je ne me sens pas concerné par ce qu’ils peuvent vivre à ce niveau-là de leur existence. Je ne me sens pas concerné par ce que peut vivre ma communauté croyante. Je fais appel à elle quand j’en ai besoin ; le reste du temps, qu’elle me laisse tranquille ! C’est déjà assez compliqué, dans un pays laïc, de vivre sa foi ; je ne vais pas encore m’occuper de celle des autres. D’ailleurs, moi, je n’ai pas besoin d’eux ! La période de confinement, ainsi que le déconfinement progressif que nous vivons en ce moment, nous aura au moins fait toucher du doigt la nécessité de cette ouverture aux autres : nombre de croyants, empêchés de se réunir, ont senti la limite du repli et la nécessité des autres pour vivre complètement toutes les dimensions de la foi chrétienne. Ils ont redécouvert, contraints et forcés, qu'ils ne peuvent pas simplement se faire leur Jésus à eux tout seul. Nous pouvons espérer que ce premier passage du particulier à l’universel est désormais bien intégré à la faveur d’une période de privation où la vie communautaire s’est trouvée gravement atteinte. Nous pourrons alors faire un pas de plus. 

            Car il y a un deuxième niveau concerné par ce passage du particulier à l’universel ; c’est la communauté croyante elle-même. Je peux avoir acquis la conscience de la communauté, de ma nécessaire présence à celle-ci pour faire grandir ma foi et la vérifier. Mais cela ne veut pas encore dire que j’ai bien conscience que j’ai ma part à tenir dans cette communauté. Beaucoup de chrétiens veulent bien pratiquer publiquement leur foi, rejoindre plus ou moins régulièrement une communauté ; cela ne veut pas dire pour autant qu’ils sont prêts à y prendre toute leur place. Il faut que la communauté tourne, et plutôt bien, mais de là à s’engager personnellement… non, ça c’est pour les autres ! Un excès d’humilité les pousse toujours à laisser la place aux prêtres, aux catéchistes, aux membres des conseils… Vient-on les solliciter pour participer plus activement sur un temps donné, ils auront toujours la même réponse : non, vraiment, pas le temps, pas les moyens… Nous devons comprendre encore mieux que la mission, ce n’est pas que pour les prêtres, les religieux, religieuses ou les laïcs qui acceptent de s’engager. La mission, elle est pour tous. Chaque croyant chrétien a une place à tenir dans sa communauté ; chaque croyant chrétien peut être appelé à donner un peu de son temps au service de tous. Les occasions sont nombreuses et ne nécessitent pas toujours un grand niveau de connaissance ou de compétences théologiques. Aider au nettoyage ou à l’entretien du lieu de culte est aussi important que de faire de la catéchèse. Passer du particulier à l’universel, c’est ne pas se contenter de consommer durant toute sa vie ce que d’autres ont préparé. Nous pouvons alors faire un pas supplémentaire pour passer encore à un autre niveau du particulier à l’universel. 

            Ce dernier pas, c’est bien celui visé par Jésus dans son discours à ses disciples : Allez ! De toutes les nations faites des disciples ! Si en plus, on ajoute la suite de la phrase : baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé, certains se diront, cela n’est vraiment pas pour moi ; c’est vraiment réservé à une élite. Ben non, cela concerne chaque chrétien aussi. Faire des disciples, ça commence par mon témoignage de vie. Si les chrétiens dans leur ensemble et dans leur singularité ne vivent pas de leur foi, à quoi servent-ils ? Comment les autres, qui ne connaissent pas le Dieu de Jésus Christ, pourraient-ils avoir envie de le connaître ? Cela ne demande rien d’autre que de vivre normalement et totalement sa foi. Il ne s’agit pas d’aller parler de Jésus à tout le monde ; il s’agit d’abord, dans notre vie de famille, dans nos rapports avec nos voisins, dans nos engagements sociaux et politiques, sur notre lieu de travail, de vivre ce que le Christ nous enseigne. Souvent devenus chrétiens par habitude familiale (élément particulier), nous devons devenir chrétiens pour le monde, pour les autres, en étant ce sel de la terre, cette lumière du monde (élément universel). Le monde ne se convertira pas parce que les prédicateurs auront bien prêché, mais parce que tous ceux qui se réclament du Christ vivront vraiment de lui, entre eux et avec les autres, qui ne croient pas en lui, qui croient autrement, ou qui ne croient en rien. La prédication est même souvent seconde dans le processus. C’est parce que j’ai vu quelqu’un vivre sa foi que j’ai envie de la connaître mieux pour la partager avec lui. 

            Passer du particulier à l’universel n’est donc pas un détail, c’est une nécessité pour tout croyant ; c’est une nécessité pour notre foi elle-même. La catholicité affirmée de notre Eglise nous y oblige. Prenons au sérieux l’ordre donné par le Christ en ce jour où il rejoint son Père. Ne vivons pas repliés ni sur nous-mêmes, ni sur nos communautés. C’est en nous ouvrant aux autres, c’est en vivant en toute chose et en toute occasion notre foi, que nous sentirons que le Christ est avec nous, tous les jours jusqu’à la fin du monde. Amen.





(Tableau d'Arcabas, trouvé sur internet) 

samedi 13 mai 2017

05ème dimanche de Pâques - 14 mai 2017

L'Eglise, Temple de l'Esprit Saint.




Il y a de nombreuses manières de parler de l’Eglise. Dire ce qu’elle est, dire son mystère, passe nécessairement par une multitude d’images variées, se  complétant l’une l’autre. Si l’Evangile de dimanche dernier nous invitait à découvrir Jésus, le bon Berger, il exprimait aussi une partie du mystère de l’Eglise, comprise comme bergerie du Christ. Ce matin, la liturgie nous propose la méditation d’un extrait de la lettre de Pierre qui nous rappelle qu’il existe un lien puissant entre Jésus et les croyants : le baptême. Le baptême nous identifie au Christ et nous introduit dans cette Eglise de Jésus Christ. Cette Eglise, affirme Pierre, est Temple de l’Esprit (demeure spirituelle dans la nouvelle traduction liturgique) que nous sommes invités à construire par notre vie. Je voudrais méditer avec vous cette affirmation de l’Eglise au sujet d’elle-même.
 
Voilà une belle expression pour exprimer quelque chose du mystère de l’Eglise : Temple de l’Esprit Saint. Elle signifie que l’Esprit Saint y habite, que nous avons la certitude d’être guidé par lui, accompagné à chaque instant. L’Eglise n’est pas Temple de l’Esprit Saint parce qu’elle serait meilleure que les autres institutions humaines, mais parce qu’elle vient de Dieu. Dieu a établi sa demeure au milieu de son peuple. Puisque l’Eglise est ce peuple de Dieu, elle est aussi le lieu où il demeure ! 
 
Dire que l’Eglise est Temple de l’Esprit Saint, c’est aussi affirmer une des missions essentielles de l’Eglise – et donc de chaque croyant –  : sanctifier le monde. Autrement dit, on y prie, dans cette Eglise. « Prier, c’est établir une relation d’amour, une relation personnelle entre Dieu et moi ». Cela a quelque chose à voir avec ma vie privée.  Mais cela a quelque chose à voir aussi avec la prière communautaire ! Si un chrétien seul est un chrétien en danger, on peut dire, par analogie, qu’il en va de même pour le priant. Un priant solitaire peut être en danger si sa prière ne rejoint jamais celle d’une communauté priante. Si la prière personnelle est vitale parce qu’elle met le croyant en relation personnelle avec Dieu, la prière communautaire l’est tout autant, parce qu’elle fait entrer le croyant dans la prière de l’Eglise, et le met ainsi en relation avec ses frères. Je ne prie plus alors avec mes seuls mots et selon mes humeurs, mais avec les mots et les gestes que me donne l’Eglise. La prière de l’Eglise, c’est bien sûr la célébration des sacrements, et en particulier l’Eucharistie, mais c’est aussi la liturgie des heures, c’est-à-dire la sanctification du temps qui passe. Quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, il y a ainsi toujours quelqu’un, quelque part dans le monde, en train d’adresser à Dieu la louange qui lui revient ! Et l’homme ne prie plus ainsi seulement pour lui selon les trois mots fondamentaux de la prière (pardon, s’il te plaît, merci), mais il prie avec les autres, pour la sanctification de l’Eglise et du monde, avec les mots que l’Esprit Saint confie à l’Eglise. C’est une des missions fondamentales de l’Eglise avec l’enseignement et la charité, et non pas l’affaire de spécialistes reclus dans nos monastères ! Par notre baptême, nous participons au sacerdoce commun de tous les fidèles, et nous avons donc notre part à prendre dans la louange des merveilles que Dieu réalise pour nous. 
 
Affirmer que l’Eglise est Temple de l’Esprit Saint, c’est aussi reconnaître la chance que nous  avons d’être soutenus par la prière des autres. Nous le savons bien : la vie spirituelle est une longue route. Tous n’ont pas la même avancée. Tous ne courent pas avec la même foulée. Il y a aussi des jours où l’on a envie de s’asseoir, de se reposer. C’est dans ses moments-là, quand rien ne va plus, que nous pouvons le mieux faire l’expérience de l’Eglise comme Temple de l’Esprit Saint, car si nous y prêtons attention, nous pouvons nous sentir portés par la prière des autres. Les mots de la prière qui m’échappent parce que je n’en peux plus sont comme entraînés par la prière de l’Eglise. Et si je ne trouve plus les mots de la prière, je sais que quelqu’un, un frère, une sœur en Christ, prie avec les mots de l’Eglise, pour celles et ceux qui ne savent plus prier ou qui ne savent pas prier. Je peux donc reprendre pied dans ma vie spirituelle en sachant qu’un jour, j’aurai à rendre à mon tour ce service de la prière pour quelqu’un qui sera resté au bord du chemin. La prière de l’Eglise, la prière pour l’Eglise est certainement un des signes les plus forts de la fraternité spirituelle que nous sommes appelés à vivre ! Si nous avons bien compris que la prière, personnelle ou/et communautaire, n’est pas une échappatoire, mais un puissant levier pour transformer les cœurs et le monde, alors nous éviterons la principale limite de cette image de l’Eglise, limite qui consisterait à fuir dans un spiritualisme forcené, déconnecté de la réalité.  L’Eglise est Temple de l’Esprit Saint et nous sommes les pierres vivantes qui forment cette Eglise. Nous sommes le sacerdoce royal chargé de célébrer les louanges de Dieu. Avant d’être un titre de gloire, c’est une grande responsabilité, puisque nous avons à témoigner devant les autres de ce que Dieu réalise pour nous, en nous, par nous. 
 
Par le baptême, chacun fait son entrée dans ce Temple vivant. Il est de notre responsabilité à tous d’éveiller chaque baptisé à ce grand mystère pour que chacun trouve un jour sa place au milieu de nous et chante à son tour les merveilles de Dieu pour les hommes. Aucun croyant ne saurait se soustraire à ce devoir. Aucun croyant ne saurait garder pour lui ce que Dieu réalise dans sa vie. Si nous sommes vraiment au Christ, cela doit se voir ; si nous sommes vraiment au Christ, cela doit se traduire dans une vie conforme à l’Esprit du Christ. Que la célébration de cette eucharistie soit l’occasion de renouveler notre attachement au Christ Sauveur ! AMEN.

dimanche 7 avril 2013

02ème dimanche de Pâques C - 07 avril 2013

Avec les Apôtres, s'ouvrir à la foi.


Il y a un monde entre les Apôtres que nous croisons au soir de Pâques et même encore huit jours après, et les Apôtres que nous croisons dans le livre des Actes, et pourtant, ce sont bien les mêmes. De la peur, ils sont passés à l’annonce ; de l’incrédulité, ils sont passés à la foi. Avec eux, nous pouvons faire un bout de chemin pour nous ouvrir à la foi. 
 
Une question vient alors à mon esprit : qui, des dix Apôtres qui ont vu Jésus au soir de Pâques et de Thomas qui était absent à ce moment-là, montre le plus de foi lorsqu’ils se retrouvent tous ensemble ? Trop longtemps, les prédicateurs ont présenté Thomas comme celui qui a du mal à croire, celui qui a besoin de signes. J’entends bien, et l’évangile que je viens de proclamer leur donne raison. Jésus ressuscité lui-même leur donne raison : cesse d’être incrédule, sois croyant ! Mais permettez-moi quand même d’objecter et de prendre la défense de Thomas. Car enfin, que demande-t-il, Thomas, lorsqu’il exprime ses réticences ? Rien d’autre que de faire la même expérience que les autres : voir Jésus ressuscité et recevoir son Esprit Saint ! C’est facile de charger le pauvre Thomas, absent le premier soir , alors que les autres ont vu celui qui était mort et qui maintenant est vivant pour les siècles. Vous me direz : il aurait pu faire confiance à ses amis ! Certes, mais sont-ils eux-mêmes tellement convaincu de ce qu’ils ont vu qu’ils en deviennent convaincants ? Je n’en suis pas certain du tout ; car enfin, lorsque nous les retrouvons, huit jours après, avec Thomas cette fois, ils sont à nouveau enfermés, les portes sont toujours verrouillées ! S’ils étaient vraiment convaincus, n’auraient-ils pas déjà dû abandonner leur crainte ? La rencontre avec le Ressuscité ne les a pas changés tant que cela ; leur foi est encore bien timide ; leur crainte semble encore bien réelle. A quoi leur a servi le don de l’Esprit Saint ? Et on va me dire que c’est Thomas qui doute ? Si j’admets qu’il doute, admettez que les autres aussi, encore, au moins un peu ! Les portes verrouillées en sont, pour moi, le signe évident. Thomas me semble même être celui qui progresse le plus, le plus vite. Il voit et il croit, et il exprime sa foi en des mots sans appel : Mon Seigneur  et mon Dieu ! Il est bien le seul à formuler ainsi ce qu’il porte en son cœur. 
 
Lorsque nous retrouvons ces mêmes Apôtres dans le Livre des Actes, nous les voyons à l’œuvre. Leur crainte n’est plus qu’un lointain souvenir ; leur enfermement, un passé lointain. Désormais, ils se mêlent à la foule, sortent au grand jour, posent des signes, opèrent des miracles. On ne les montre plus du doigt pour les condamner comme c’était le cas pour Pierre au moment de la passion de Jésus : certainement, toi aussi tu es de ses disciples ! Aujourd’hui, tout le peuple faisait leur éloge, et des hommes et des femmes, de plus en plus nombreux, adhéraient au Seigneur par la foi. Le rêve de tout curé ou de tout ADP. Que les personnes à qui il s’adresse et qui le voient vivre, deviennent des disciples authentiques du Christ !
 
La juxtaposition de ces deux textes nous montre alors deux éléments incontournables dans le domaine de la foi : d’abord que la foi naît de la rencontre avec le Ressuscité et ensuite que la communauté a un rôle à jouer dans l’éveil et la transmission de la foi. Que ce soit pour les dix rassemblés au soir de Pâques ou pour Thomas, c’est la rencontre avec le Ressuscité qui déclenche l’acte de croire. Si nos catéchèses ne tendent pas à permettre cette rencontre, la foi devient difficile, voire impossible. Il n’y a que peu d’Obélix de la foi, des gens qui sont tombés dedans quand ils étaient petits. Même l’enfant élevé en famille très catho, devra un jour ou l’autre, pour faire grandir réellement sa foi, faire cette expérience personnelle, presque intime, du Christ présent dans sa vie concrète. Et c’est là qu’intervient le deuxième terme : la communauté. Elle est et reste le lieu où la foi devient possible ou impossible. Une communauté qui ne vit rien, une communauté qui se déchire, une communauté qui ne vit pas concrètement de l’Esprit Saint, ne peut éveiller à la foi. Nous sommes donc tous responsables de la foi des autres. Par ma manière de vivre ma foi ou de ne pas la vivre, je peux faciliter ou rendre difficile, voire impossible, la rencontre avec le Ressuscité. Il faut nous rappeler alors la parole du Christ au soir de sa mort : c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde saura que vous êtes mes disciples. Et nous pouvons alors la traduire ainsi : c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que vous serez signes de ma présence au monde ; c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que vous pourrez toucher le cœur des hommes et les ouvrir à ma présence ; c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que vous éveillerez la foi en vous et autour de vous. La communauté, c’est la famille d’abord, premier lieu de la catéchèse et de l’éveil à la foi ; mais la communauté, ce sont aussi nos lieux de vie, nos écoles, nos paroisses. Partout, si nous sommes disciples du Christ, nous avons à vivre cet amour qui n’est jamais exclusif. Partout, nous pouvons manifester la tendresse d’un Dieu amour qui vient à la rencontre des hommes pour les sauver et les faire vivre. En méditant les Actes des Apôtres, nous comprenons bien que leur art de vivre suscite autant de disciples que leur discours. 
 
Aujourd’hui, le temps des témoins immédiat du Christ est révolu : Thomas et les autres sont nos ancêtres dans la foi ; mais leur exemple reste vivant et parlant. Nous pouvons nous appuyer sur leur vie et leur témoignage pour grandir dans la foi ; nous pouvons, comme eux, par notre art de vivre et notre annonce claire du Ressuscité, ouvrir à la foi ceux qui ne le connaissent pas encore. En toute humilité et dans la confiance que le Seigneur travaille avec nous, pour sa gloire et le salut du monde. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du Lapin Bleu)