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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 7 décembre 2024

2ème dimanche de l'Avent C - 8 décembre 2024

 Chiche, on essaie ?









Où sont les géomètres ? Où sont vos pelles et vos pioches ? N’avez-vous pas entendu Jean le Baptiste ? N’avez-vous pas lu les prophéties d’Isaïe ? Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis. Allez, allez, au travail. Noël, c’est dans 18 (17, dimanche) dodos. Qu’attendez-vous ? 

Je crains que cela ne soit pas aussi simple. S’il suffisait d’une pelle et d’une pioche et d’un bon géomètre pour nous dire si tout est bien droit et plat, cela se saurait. Le chemin à aplanir, le ravin à combler, la montagne ou la colline à abaisser ne se trouvent pas dans la nature. Ces travaux à faire, c’est en nous, en nos cœurs qu’il faut les entreprendre. Dans les déserts de nos cœurs, dans les méandres de nos pensées, dans tout ce qui fait notre vie, il faut préparer un chemin pour le Seigneur. Dans les voies tortueuses de notre cœur, il nous faut laisser une place à la miséricorde de Dieu pour nous. Dans nos haines et nos inimitiés, il nous faut ouvrir une voie à l’amour de Dieu. Et voilà que toutes ces prophéties ne semblent pas indiquées pour nous. Vous comprenez, c’est l’autre qui a commencé. C’est l’autre qui ne veut pas ; c’est l’autre qui est toujours le méchant de l’histoire. Pourquoi serait-ce encore à moi de commencer ? Je ne sais pas, dit Dieu, mais peut-être que si tu commences à faire un pas, l’autre en fera un aussi. Peut-être que si tu ne commences pas, jamais personne jamais ne commencera. Et alors, on fera quoi ? 

Ecoutez Paul dans sa lettre aux Philippiens : dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. Vivre en paix pour toi, c’est important ? Si oui, alors commence et ne t’arrête jamais d’être artisan de paix, même envers celui qui cherche la guerre avec toi. Vivre dans l’amour pour toi, c’est important ? Si oui, alors commence et ne t’arrête jamais d’aimer, même celui qui t’insupporte. Croyant en Dieu qui t’aime tel que tu es, avec tes qualités et tes défauts, tu te dois d’aimer comme tu es aimé. Tu te dois de vivre comme tu voudrais que les autres vivent. N’attends pas que les autres commencent. N’attends pas qu’il soit trop tard. Le Seigneur veut passer par toi pour atteindre les autres. Que ton cœur ne soit pas un obstacle à son amour. Que ta rancœur ne soit pas un obstacle à sa miséricorde. Nous pourrions encore le formuler ainsi : ce que tu veux que Dieu fasse pour toi, fais-le-toi pour les autres. Ne deviens pas leur montagne infranchissable. Ne deviens pas leur chemin escarpé. Le monde nouveau que Dieu vient inaugurer, c’est avec toi qu’il peut commencer. Parce que tu crois en Dieu, parce que tu reconnais Jésus comme ton Sauveur, tu dois être de ceux qui commencent à faire mieux, à faire autrement. Un croyant en Dieu ne peut pas rester devant une montagne de haine et dire : il n’y a rien à faire ; je n’y peux rien ! Un disciple de Jésus ne peut pas dire : ce chemin est trop difficile, j’abandonne. Un monde de paix, un monde d’amour ne sera possible que si tu commences, que si tu essaies. 

Aucun d’entre nous ne pourra jamais dire qu’il a trop aimé, trop fait le premier pas… Dieu seul, du haut de la croix, pourrait dire : je les ai trop aimés ! Mais non, il nous dira toujours : je vous ai aimés et je vous aime encore jusque-là pour que vous appreniez à aimer, vous aussi, jusque-là. Celui qui aime jusqu’au don de sa vie, n’aime pas trop ; il aime juste, il aime vraiment. Pour que se réalise la prophétie d’Isaïe, commence, comme Jean le Baptiste a commencé à son époque. Et le monde changera, les chemins deviendront droits, les montagnes et les collines s’abaisseront, les ravins se combleront. Chiche, on essaie ?


samedi 9 décembre 2023

2ème dimanche de l'Avent B - 10 décembre 2023

 Préparez le chemin du Seigneur !




(Il Perugino, Le prophète Isaïe)

 

 

 

 

            S’il est une certitude qui doit nous habiter en ce deuxième dimanche de l’Avent, c’est bien celle de la venue du Seigneur ! Tant le prophète Isaïe, que Jean le Baptiste à quelques siècles de distance, le proclament : Il vient !  Voici votre Dieu ! Voici le Seigneur Dieu ! Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ! Nous suffit-il donc d’attendre, de veiller comme nous y invitait l’Evangile de dimanche dernier ? Sans rien enlever à l’exigence de la veille, ce dimanche nous invite toutefois à faire un pas de plus, à la rencontre de Celui qui vient : il nous invite à préparer le chemin du Seigneur. 

            C’est sans doute le prophète Isaïe qui est le plus clair à ce sujet. Le crime de Jérusalem étant expié par le trop long temps de l’Exil, voici le temps de la consolation, du retour en grâce : Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. A ceux qui croyaient qu’ils devraient vivre soumis aux dieux étrangers, est rappelé qu’ils ont un Dieu, et que ce Dieu, malgré qu’ils l’aient rejeté, veille sur eux. Le temps du retour est venu. Mais ce retour ne va pas sans travail : Préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Autant dire que c’est un travail au bulldozer qui est demandé ! Si le travail est topographique, il est presqu’impossible à réaliser. Mais puisque Dieu invite son prophète à parler au cœur de Jérusalem, nous pouvons comprendre que ce travail est d’abord intérieur, d’ordre spirituel. Après des années à vivre sans Dieu, Jérusalem est invitée à faire place nette pour Lui. Aucun obstacle ne doit empêcher la venue du Seigneur. Les pièges du péché dans lesquels l’homme était tombé, il faut les combler. Les montagnes de péchés accumulées doivent être abaissées. Dieu doit pouvoir passer ; Dieu doit pouvoir aller à la rencontre de Jérusalem sans effort. Après tout, ce n’est pas Lui qui s’était détourné de sa vile ; c’est elle qui avait accumulé les fautes contre Dieu. Celui que les hommes avaient rejeté, deviendra à nouveau le berger de son peuple : Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur. Pouvait-on trouver plus belle image que celle-ci pour dire l’amour de Dieu pour son peuple ? Il le porte sur son cœur ! 

            Si le temps de l’Avent prend tout son sens pour nous aujourd’hui, c’est ce même travail qu’il nous faut faire. Nous devons préparer aujourd’hui le chemin du Seigneur. Si Noël qui approche n’est pas pour nous l’anniversaire de Jésus, c'est-à-dire le souvenir heureux d’un événement lointain, il nous faut nous préparer, et préparer nos cœurs, à accueillir Celui qui vient à notre rencontre, dans l’aujourd’hui de notre vie. Nos temps liturgiques successifs ne nous invitent pas à la nostalgie de jours heureux, mais à croire que c’est pour nous, aujourd’hui, que le mystère du Salut est déployé. Quand nous relisons le passé, avec Isaïe, avec Jean le Baptiste, avec l’évangéliste Marc pour cette nouvelle année liturgique, ce n’est pas seulement pour commémorer de lointains événements, mais bien pour nous faire comprendre que cela, non seulement peut nous arriver, mais que cela arrive véritablement pour nous. Dieu, qui est déjà venu à la rencontre des hommes, ne cesse de venir à notre rencontre. Il l’a fait au temps d’Isaïe, il l’a fait au temps de Jean le Baptiste, il le fait à notre temps. Ne croyons pas, parce que les temps sont difficiles, que Dieu nous a abandonné ! Ne croyons pas que nous ne pouvons rien pour hâter sa venue. Comme annoncé par les prophètes, nous pouvons combler les ravins des pièges du péché dans notre vie par l’écoute et la méditation de la Parole Dieu. Nous pouvons faire disparaître les montagnes de fautes, les murs de nos incompréhensions, de nos divisions, de nos anathèmes, et ouvrir ainsi de larges vallées de fraternité, des plaines de rencontres et de compréhensions mutuelles. Rencontrer Dieu suppose d’une part que Dieu veuille venir à nous : cela est une certitude que nous pouvons faire nôtre depuis le jour où nos premiers parents, s’étant cachés dans le jardin après la découverte de leur nudité, ont été cherché par Dieu : Homme, où es-tu ? Mais rencontrer Dieu suppose aussi que nous désirions le rencontrer, que nous désirions l’accueillir dans notre vie, aujourd’hui. Le veux-tu vraiment ? Alors abats les murs, comble les fossés, abaisse les montagnes qui te retiennent de le voir venir. 

Aujourd’hui peut devenir pour toi le commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu, inscrit dans ta vie, un évangile vivant qui te fait devenir disciple de Celui qui vient pour te sauver, un évangile qui te parle au cœur. Entendons ce que disait Pierre : Voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu. Vous qui attendez : c’est bien la veille à laquelle nous étions invités dimanche dernier ; vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu : c’est bien notre participation à la prophétie d’Isaïe de ce dimanche. Alors préparons le chemin du Seigneur, avec la certitude qu’il vient à notre rencontre pour nous sauver. Notre siècle a besoin de nous pour ouvrir la route ; notre siècle a besoin d’être rencontré par Dieu si nous ne voulons pas que l’humanité aille à sa perte. Amen.  

samedi 5 décembre 2020

2ème dimanche de l'Avent B - 06 décembre 2020

 Notre Dieu est le Dieu qui nous conduit.


(Source internet)




          Préparez le chemin du Seigneur ! C’est chaque année le mot d’ordre de ce temps de l’Avent. Nous l’avons entendu par la bouche d’Isaïe dans la première lecture ; Jean, dans l’évangile, a confirmé la prophétie et lui donnait même un caractère urgent avec son activité de baptiste ; enfin Pierre nous a rappelé, dans la seconde lecture, qu’en effet le Seigneur viendra. Quant à savoir quand, cela ne nous est pas connu. Il nous reste donc cet ordre à mettre en œuvre : Préparez le chemin du Seigneur. Mais alors se pose une question : pourquoi ? Question à entendre dans un double sens. D’abord, puisque personne ne peut me dire quand il viendra, puisque pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour, pourquoi semble-t-il plus urgent aujourd’hui qu’hier de préparer le chemin du Seigneur ? Et surtout pour quelle raison ai-je à préparer ce chemin ? 

            La question de l’urgence, introduite par le ministère de Jean le Baptiste, se comprenait à son époque. Nous qui savons toute l’histoire, nous n’oublions pas que Jésus vient juste derrière lui. Jésus est celui dont Jean a dit : Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi. A l’époque de la prédication de Jean, le temps n’était plus une affaire. Jésus est déjà né ; Jean le Baptiste annonce le début prochain de son ministère. Mais alors aujourd’hui, qu’en est-il ? Nous préparons-nous juste à cause du souvenir de cette première venue ? Autrement dit, l’Avent est-il le temps anniversaire du ministère de Jean le Baptiste ou a-t-il une réelle signification pour moi, pour chacun de nous ? Puisque la force de la liturgie est de rendre actuelle, contemporaine l’œuvre éternelle de Dieu en faveur des hommes, la préparation du chemin du Seigneur ne peut pas être de l’ordre de la commémoration. Nous ne vivons pas le temps de l’Avent dans le souvenir de Jean le Baptiste. Nous vivons ce temps de l’Avent avec Jean le Baptiste qui nous dit à nous aujourd’hui qu’il vient, Celui que nous attendons. Oui, puisque notre Dieu est le Dieu de la rencontre (c’est ce que nous rappelait la liturgie de dimanche dernier), il vient bien à notre rencontre aujourd’hui. Dieu ne cesse de venir à la rencontre des hommes. Il est le bon berger qui rassemble son troupeau. Il l’a fait au temps d’Isaïe ; il l’a fait au temps de Jean le Baptiste et de Jésus ; il le fait encore aujourd’hui. Cette urgence est perpétuelle parce que personne ne sait quand, mais nous savons qu’il va venir. 

            Alors reste la question de savoir pour quelle raison nous nous devons de préparer aujourd’hui le chemin du Seigneur ? Est-ce pour qu’il puisse venir ? Autrement dit, si nous ne préparons pas le chemin du Seigneur, il ne pourra pas venir ? Dieu, le tout-puissant, ne saurait tracer droit une route, combler un ravin, abaisser une montagne ou une colline ? Préparer le chemin du Seigneur ne serait rien d’autre que de déployer un tapis rouge pour qu’il puisse marcher dessus ? En spiritualisant un peu plus, puisque nous pouvons comprendre que les montagnes à abaisser, les ravins à combler, c’est en nous qu’il faut le faire (c’est de notre péché qu’il faut nous débarrasser), cela signifie-t-il que le Christ ne reviendra que lorsque les hommes seront parfaitement saints ? Freud nous expliquerait que le traumatisme de la croix était tel que désormais Jésus attendrait que nous soyons tous beaux et gentils et bien disposés à son égard pour revenir. Je ne veux effrayer personne, mais, dans ce cas, nous risquons d’attendre encore ! Et longtemps ! Nous comprenons bien que cela n’est pas la raison ; il ne faut pas envisager le retour du Christ de notre perspective, mais de celle du Christ lui-même. 

            Pourquoi le Christ est-il venu dans le monde ? Pourquoi le Christ vient-il toujours dans le monde ? Pourquoi le Christ reviendra-t-il dans le monde ? Pour sauver les hommes. C’est là sa grande mission ; c’est là son grand amour : notre salut ! Notre sainteté n’est pas le préalable à sa venue, mais la conséquence de sa venue. C’est parce que le Christ vient à nous, chaque jour, que nous pouvons devenir saints ; et non pas parce que nous sommes saints que le Christ vient à nous ! Pierre l’assure dans sa deuxième lettre : le retour du Christ est une certitude comme est une certitude sa première venue dans le monde, jadis au temps du roi Hérode. Puisque Jésus est déjà venu, comme en atteste les évangiles qui nous redisent sa vie et son ministère, nous voyons quels hommes nous [devons être] en vivant dans la sainteté et la piété. Non pas une sainteté que nous forgerions à la force de nos poignets, mais la sainteté que le Christ, mort et ressuscité a manifesté et offert à tous. Nous devons vivre du Christ, de son enseignement, de sa charité, de sa sainteté, pour hâter l’avènement du jour de Dieu. Je dois préparer le chemin du Seigneur non pas pour lui, pour qu’il ne s’écorche pas le pied, mais pour moi, pour que, quand il viendra, je ne trébuche pas sur le chemin qu’il m’invitera à prendre à sa suite. Parce que le retour du Christ sera bien ce jour où il rassemblera tous les hommes et les conduira vers son Père. Le Péché, la source du Mal, Jésus l’a vaincu une fois pour toutes sur la Croix, mais je dois me joindre à sa victoire en luttant avec le Christ contre les péchés qui peuvent envahir ma vie. Je rends droit le chemin, j’abaisse collines et montagnes, je comble les ravins, pour accueillir la grâce du Salut dans ma vie. Car le Christ ne forcera pas le passage dans ma vie. Le Salut, il me le propose, inconditionnellement ; mais il me revient de l’accepter, librement. 

            Notre Dieu est le Dieu qui nous conduit, qui nous propose un chemin ; mais nous seuls pouvons choisir de le suivre ou non. Nous seuls pouvons choisir d’accueillir sa gloire dans notre vie quand elle rayonnera sur le monde. Ecoutons l’appel d’Isaïe ; accueillons le baptême de conversion proposé par le Baptiste ; et l’Esprit Saint pourra agir en nous pour faire toute chose nouvelle. Quand le Christ paraîtra, nous pourrons aller à la rencontre de Celui qui ne cesse de venir pour nous conduire vers son Père. Amen.

samedi 8 décembre 2018

02ème dimanche de l'Avent C - 09 décembre 2018

Il sera notre chemin.







Avez-vous bien compris ce que nous dit le prophète Baruc ? Il annonce le salut de son peuple. Il parle du rassemblement, à Jérusalem, du peuple juif dispersé de par le monde. Ce retour, Dieu l’opèrera. Car il se souvient de son peuple et n’oublie pas la promesse faite aux Pères de veiller et de faire grandir ce peuple qu’il s’est choisi. L’histoire, avec la chute de Jérusalem et l’exil à Babylone, semblait lui avoir donné tort, mais Dieu n’a pas dit son dernier mot. Il ramènera à lui, en sa maison, ceux qui ont été dispersés dans la nuit de l’Exil. Dieu rassemblera parce que Dieu le veut : et ce que Dieu veut, Dieu le fait ! Les obstacles qui se présentent, il les renverse : c’est lui qui prépare la route du retour ; c’est lui qui abaisse les collines et les montagnes, c’est lui qui comble les ravins pour que son peuple avance, libre et en sécurité, vers la nouvelle Jérusalem, terre de paix et de justice, gloire du Dieu vivant. Dieu ouvre la voie ! 

Avez-vous bien compris ce qu’annonce Jean le Baptiste dans l’évangile de ce dimanche ? Lui aussi parle de chemin, lui aussi prophétise que les montagnes devront être abaissées, que les ravins devront être comblés. Mais il y a cette petite différence : c’est à l’homme de préparer, semble-t-il, la route au Seigneur ! Aurait-il mal compris son prédécesseur ? Un moine copiste aurait-il commis quelque erreur de transcription, au temps jadis ? D’où vient cette subite inversion des rôles ? Je n’ai pas de réponse à cette question. Je constate simplement que là où Baruc annonçait que Dieu préparerait le chemin de son peuple, Jean le Baptiste invite le peuple à préparer le chemin du Seigneur ! Est-ce si différent ? Lorsque le Baptiste nous invite ainsi à la conversion, en nous demandant de préparer la route au Seigneur, il rappelle que l’homme doit faire à Dieu une place dans sa vie. Quand une vie d’homme est remplie d’activités aussi inutiles qu’indispensables, lorsqu’il constate au milieu de son agitation que cela n’a que peu de sens, peut-être doit-il alors réentendre l’appel de Jean à faire une place à Dieu. Peut-être le moment est-il venu de remettre au cœur de sa vie celui qui donne sens. Mais pour que Dieu puisse prendre sa place, il faut que l’homme libère de la place, laisse des choses futiles pour que l’unique Essentiel puisse donner sens à sa vie. Préparer le chemin du Seigneur, ce n’est pas abattre les montagnes, ni combler les ravins, ni aplanir les routes déformées : ce travail-là, c’est celui de Dieu. Lui seul, selon Baruc et selon Jean le Baptiste qui reprend le prophète Isaïe, peut réaliser l’impossible. Vous aurez noté que Jean ne dit pas : aplanissez les chemins, mais bien les chemins seront aplanis !  sous entendu par Dieu. Mais l’homme a sa part de travail dans ce processus de conversion : il doit préparer la route au Seigneur, il doit creuser en lui le désir de Dieu, le désir de voir Dieu lui venir en aide, le désir de voir Dieu donner sens à sa vie. Préparer la route au Seigneur, pour que le Seigneur puisse achever l’œuvre de conversion. Une conversion qui ne s’appuierait pas sur Dieu serait vouée à l’échec : lui seul peut retourner totalement un cœur, mais il faut que le cœur ait en lui ce désir ; il faut que le cœur ait le désir d’être sauvé. 

Il n’y a donc pas à opposer Jean le Baptiste et Baruc. Avec eux, nous comprenons que Dieu est notre chemin et notre salut. Parce que, s’il est bien celui qui nous guide, il est bien aussi celui qui nous sauve. Et le Christ, que nous attendons et dont nous préparons la venue en ce temps de l’Avent, est bien celui qui pourra nous mener à cette joie du Royaume qui nous est promise. N’est-il pas, celui qui vient, la parole ultime de Dieu sur l’homme, sur le sens de sa vie et sur Dieu lui-même ? N’est-il pas, celui qui vient, le Chemin qui mène à Dieu, la Vérité sur Dieu, la Vie même de Dieu ? Laissons à Dieu toute sa place dans notre vie pour qu’il prépare lui-même nos cœurs à la rencontre avec celui qu’il nous envoie. Si Dieu le Père ne met pas en nous le désir de le rencontrer, si l’Esprit ne souffle pas en nous pour nous permettre d’entendre, de voir et de comprendre, comment le Christ pourra-t-il accomplir l’œuvre de salut pour laquelle justement il vient en notre monde ? Comment reconnaître en lui le chemin qui mène à Dieu, si Dieu lui-même n’a pas levé tous les obstacles qui empêchent cette rencontre ?

Préparez le chemin du Seigneur, annonçait le Baptiste ! Ce faisant, il a mis les hommes de son temps en route, très concrètement. Le salut, la foi, passeront toujours par les pieds. Si je refuse de me mettre en route, si je ne veux pas suivre le Christ, il n’y aura pas de part pour moi dans le Royaume de Dieu. L’histoire de l’Alliance est un long pèlerinage menant les hommes à la rencontre de leur Seigneur.  Que nous soit accordée la grâce de nous mettre joyeusement en route à la suite de celui qui vient, à la rencontre du Dieu vivant et vrai ! AMEN.