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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 16 décembre 2023

3ème dimanche de l'Avent B - 17 décembre 2023

 Jean le Baptiste, le prophète passeur.



 (Jean le Baptiste prêchant dans le désert, Gustave Doré)

 

 

 

            Qui es-tu ? Je peux comprendre, devant la personnalité et l’œuvre de Jean le Baptiste, que certains s’interrogent, sans doute avec crainte. L’insistance de ceux qu’ils envoient vers Jean pour obtenir une réponse à leurs questions, prouvent qu’ils n’ont pas la conscience tranquille. S’il est Elie qui est revenu, ou le Prophète attendu, comment se fait-il que les prêtres et les lévites ne l’aient pas reconnu ? S’il est Elie qui est revenu, ou le Prophète attendu, nul doute qu’il ne doit pas être très content. Ça pourrait chauffer pour leur matricule ! 

            Qui es-tu ? Que dis-tu sur toi-même ? Voilà Jean le Baptiste mis en demeure de « communiquer », non pas sur son œuvre, mais sur sa personne. Il redit à peu près ce que nous avions déjà découvert dimanche dernier : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur ! Entendez bien ce qu’il dit : Je suis la voix de celui qui crie. Il est le porte-parole d’un autre. Il n’est pas celui qui crie, il en est juste la voix. Jean le Baptiste se révèle un passeur. Ce n’est pas lui qui compte, mais celui dont il est la voix et qui vient derrière lui. Ce qu’il dit, il ne le dit pas de lui-même ; ce qu’il fait, baptiser, un autre, celui qui vient derrière lui, le fera aussi, différemment. Jean ne s’attribue rien ; Jean ne revendique rien. Il fait, pour un autre, au nom d’un autre. Il révèle un autre. Cet autre, c’est celui dont parle le prophète Isaïe dans la première lecture. Isaïe n’annonce pas Jean le Baptiste dans ce passage, mais il annonce bien un messie à venir. Et pour Jean, celui dont parle Isaïe et celui dont il est la voix ne font qu’un. 

Pour nous, chrétiens, c’est bien Jésus qui est envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Il suffit de relire les évangiles et la longue liste des signes posés par Jésus, et la non moins longue liste de tous ses discours, pour faire le parallèle entre le serviteur annoncé par Isaïe et Jésus. Jean le Baptiste, le passeur de Dieu, indique le chemin qui mène à Jésus. C’est pour cela qu’il est une figure incontournable de notre temps de l’Avent. Revenir vers Jean le Baptiste nous permettra de repartir sur le bon chemin, ce chemin que nous aurons aplani pour le Messie attendu. Ne soyons pas comme ceux qui s’interrogent sur Jean au lieu d’écouter ce qu’il dit ; ne soyons pas comme ceux qui l’interrogent et qui le regardent lui, alors qu’il renvoie vers un autre. La mission de Jean le Baptiste est importante ; mais plus important sera le Messie et son œuvre. Venons vers Jean, convertissons-nous à sa parole, et nous pourrons reconnaître avec lui, en Jésus, le Messie attendu. 

Le hasard du calendrier fait que, cette année, nous sommes déjà dans la toute dernière semaine de notre Avent. Il nous faut hâter notre préparation, il nous faut hâter notre compréhension du message prophétique pour ne pas rater la venue de Celui qui vient au nom du Seigneur. Relisons les prophètes, entendons bien Jean le Baptiste, et plutôt que de nous interroger sur lui, découvrons Celui dont il est la voix qui se fait entendre, et la voie qui conduit au plus grand, au Christ, dont nous sommes tous indignes de défaire la courroie de sa sandale. Ne soyons pas comme imbécile à regarder le doigt ou la personne de Jean le Baptiste alors que tout en lui nous oriente et nous montre le Christ. C’est lui que nous attendons, c’est lui que nous accueillerons. Amen.

 

samedi 2 décembre 2023

1er dimanche de l'Avent B - 03 décembre 2023

 Avec les prophètes, préparons la venue du Messie : 1. Laissons-nous faire par Dieu ! 





(Le prophète Isaïe, Vitrail de la cathédrale de Senlis)


 

 

            Quand les prophètes de l’Ancien Testament parlent du Messie, ils ne parlent pas, à leur époque, de Jésus. Ils annoncent un Messie qui allait libérer le peuple juif de ses ennemis, à court ou moyen terme. Ils annoncent un Messie pour leur temps. Chrétiens, en relisant ces textes anciens de la foi juive, nous y reconnaissons l’annonce de Jésus, celui que Dieu envoie dans le monde pour le salut de l’humanité. Il me semble donc intéressant et approprié de vous proposer de vivre ce temps de l’Avent en entrant dans l’intelligence de ces prophètes anciens, et comprendre en quoi ils peuvent être pour nous prophètes pour aujourd’hui, prophètes qui nous conduiront, au soir de la Nativité, à reconnaître en Jésus le Messie annoncé, le Messie pour notre temps. 

            Le passage du prophète Isaïe que nous avons entendu en première lecture est tiré de la dernière partie du livre. Celui qui parle est le prophète qui a accompagné le retour d’Exil et dont le souci principal est de reconstruire une communauté croyante digne de Dieu. Il constate avec amertume sans doute que le temps de l’Exil qui a pris fin comportait le risque d’éloigner définitivement de Dieu ce peuple qui a erré hors des chemins de son Dieu, ce peuple au cœur endurci qui ne craignait plus Dieu. Le prophète a conscience que sans Dieu, ce peuple n’est rien et il supplie Dieu de déchirer les cieux et d’aller à nouveau à la rencontre de son peuple : Ah si tu déchirais les cieux, si tu descendais… Reviens à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage… Quelle belle conscience du rapport vital entre Dieu et son peuple le prophète exprime ainsi ! Avec lui, nous sommes appelés à retrouver cette conscience que sans Dieu, nous ne sommes rien, ni collectivement, ni individuellement. C’est bien Dieu, aujourd’hui comme au temps du prophète Isaïe, qui constitue son peuple ; c’est bien Dieu, aujourd’hui comme au temps du prophète Isaïe, qui sauve son peuple. Nous préparer à accueillir le Messie, c’est nous préparer à changer pour Dieu, à changer par Dieu. 

            Que s’est-il passé au temps du prophète ? Ce que le peuple attendait, à savoir une manifestation de la puissance de Dieu en faveur de son peuple, s’est accompli : Voici que tu es descendu. Est-ce que cela a changé quelque chose ? Que nenni ! Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés… Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Dieu est venu, Dieu est intervenu, mais l’homme n’a rien changé ! Il y a quelque chose de désespérant dans ce constat, et une grosse interrogation :  que faudra-t-il que Dieu fasse pour que l’homme change, pour que l’homme plaise à nouveau à Dieu, en pratiquant avec joie la justice ? Le jugement du prophète sur son peuple est sans appel et d’une sévérité rare : tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Avec le prophète, nous devons prendre conscience de cette distance qui nous sépare de Dieu et faire grandir en nous le désir d’être à nouveau à Dieu : Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main. Nous préparer à accueillir le Messie, c’est nous laisser faire, nous laisser transformer par Dieu en un cœur que Dieu puisse aimer. 

            Pour notre première semaine d’Avent, voici donc fixé le cap : osons demander à Dieu de nous façonner ; apprenons à faire confiance à Dieu et à nous laisser faire par lui. Ce que Dieu veut pour nous ? Notre bonheur et notre salut. Ce que Dieu attend de nous ? De nous laisser faire à son image et à sa ressemblance. Cela ne relève pas de notre capacité ; cela ne relève pas de notre force. Comme le prophète Isaïe, nous devons être convaincu que Dieu seul pourra refaire un peuple digne de lui. Cela ne signifie pas que nous n’avons rien à faire ! Ce n’est pas parce que Dieu nous sauve, que rien n’est attendu de nous. Pour que Dieu puisse nous façonner, il nous faut entrer dans ce projet, accepter que Dieu puisse tout là où nous ne pouvons rien. Pour que le Messie puisse être connu et reconnu, nous devons laisser Dieu « nettoyer notre cœur », y déposer déjà l’image de son Messie pour que nous le reconnaissions lorsque nous le verrons. En fait, ce que nous avons à faire, c’est de prendre Dieu au sérieux, et croire que ce que nous lui demandons (la conversion des cœurs), il nous le donnera. Amen.

samedi 18 juin 2016

12ème dimanche ordinaire C - 19 juin 2016

Suivre le Christ : oui, mais quel Christ ?




L’Evangile de ce dimanche est bien connu et ne pose à priori pas de problème particulier. Pourtant, nous aurions tort de passer sur le texte trop rapidement et de ne l’écouter que d’une oreille. Ce qui est affirmé par Jésus est plus que fondamental pour quiconque veut suivre Jésus. 
 
Nous ne le savons que trop bien ; c’est la figure du Christ qui est la pierre d’achoppement pour beaucoup d’hommes. C’était vrai hier, c’est vrai encore aujourd’hui. Qui est-il vraiment ? Quand Jésus interroge ses disciples sur la perception que la foule a de lui, ceux-ci reprennent ce qu’ils entendent : Jésus serait Jean le Baptiste pour les uns, Elie pour d’autres, voire un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. Ces affirmations et certitudes de la foule proviennent de ce qu’ils ont vu et entendu. L’enseignement de Jésus, les gestes qu’il pose et les guérisons qu’il a effectuées, attestent assurément qu’il est un homme qui marche en présence de Dieu, qui agit au nom de Dieu. La qualité de prophète n’est pas usurpée. Mais est-elle suffisante pour qualifier Jésus ? N’est-il qu’un prophète parmi d’autres ? Que disent ce qui le côtoient quotidiennement ? Ses disciples ont-ils une perception autre de Jésus ? Car tout est bien là : ceux qui s’attachent à Jésus au point de tout laisser pour lui voient-ils en lui un simple prophète (fût-il le plus grand) ? Le fait qu’ils vivent avec Jésus au jour le jour change-t-il leur manière de percevoir Jésus ? D’où la question de Jésus : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Pour vous : Jésus attend bien une réponse personnelle, une réponse à la mesure de ce qu’il leur a permis de vivre à son contact. 
 
Si nous prenons le temps d’un arrêt sur image pour feuilleter l’évangile de Luc à rebours, nous croisons Jésus et ses disciples nourrissant une foule immense avec cinq pains et deux poissons ; nous voyons aussi Jésus qui a envoyé ses disciples en mission, faire exactement ce qu’il a fait jusqu’à présent : annoncer le Royaume et guérir les malades. Ayant donc vu et entendu Jésus, ayant participé même à sa mission, les disciples en disent-ils plus sur Jésus que la foule ? C’est Pierre qui répond au nom de tous, d’une formule dont on ne sait s’il en mesure bien toute la portée : pour lui, Jésus est le Christ, le Messie de Dieu. Nous n’avons pas le temps de nous réjouir de la sagacité de Pierre ; déjà Jésus, avec autorité, leur défendit vivement de le dire à personne. Pierre a donc visé juste, mais trop tôt. L’affirmation posée aussi crûment pourrait prêter à confusion. Jésus est bien le Messie, mais personne ne peut le dire pour l’instant. Ce n’est qu’à la fin de la mission de Jésus que cela sera révélé à tous. Pour que même les disciples ne se méprennent pas sur la qualité de Messie de Jésus, celui-ci précise aussitôt en quel sens il sera Messie. Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. Voilà qui rend le Messie bien moins sexy, n’est-ce pas ! Comment le reconnaître encore après un tel traitement ? Le Messie de Dieu peut-il seulement mourir ? 
 
Jésus va encore plus loin. Non seulement le Messie doit souffrir et mourir, mais en plus ceux qui veulent le suivre doivent renoncer à [eux-mêmes], et prendre leur croix chaque jour. Pas glamour du tout ! Pas une once de romantisme dans la démarche ! Suivre le Christ est exigeant au point d’y engager toute sa vie. Ce n’est pas un acte passager, ce n’est pas pour un temps ! Le Christ livre sa vie pour toi ; engage donc la tienne en retour, totalement. Tu dois être prêt à perdre ta vie à cause de [lui]. Le disciple ne sera pas au-dessus de son Maître ; le disciple ne sera pas plus épargné que le Maître. Et nous mesurons soudain le courage et la confiance qu’il faut pour suivre Jésus lorsque nous nous rappelons qu’au pied de la croix, il n’y avait que Jean et Marie, les autres disciples ayant disparu, se tenant au loin pour regarder ! Si quelqu’un voulait dégouter les disciples et les décourager, il ne s’y prendrait pas autrement. Mais ce rappel est nécessaire, vital même. Comment engager toute sa vie pour quelqu’un qui ne ferait que semblant ? Comment croire que Jésus pourrait nous sauver s’il n’allait pas au bout de l’expérience humaine, s’il n’affrontait pas la mort sur son propre terrain ? Le baptême dans lequel nous sommes plongés n’est pas un long fleuve tranquille ; c’est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus pour que nous puissions vivre ! C’est une plongée dans le feu de l’Esprit pour que soit brûlé en nous tout ce qui est contraire à l’esprit de Dieu. 
 
Au moment où la foule pourrait être tenté par un Messie romantique ou révolutionnaire, qui bouterait hors de Palestine l’occupant romain, Jésus vient réaffirmer que sa mission est plus profonde, que la libération qu’il propose est plus qu’un acte simplement politique, que sa vision du monde est plus complexe qu’un monde sans romains. Paul l’a bien compris lorsqu’il explique aux Galates qu’il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. Le Messie de Dieu est venu pour une humanité réconciliée, une humanité qui ne fait plus de différence, une humanité vraiment libre ! Si c’est bien là ce que tu attends du Messie de Dieu, alors viens, prends ta croix, prends ta part avec lui, et participe à ce Royaume à venir, aujourd’hui, demain et chaque jour de ta vie. Amen.

(Illustration extraite de l'Image de notre paroisse, n° 210, Juin 2004)

samedi 28 novembre 2015

01er dimanche de l'Avent C - 29 novembre 2015

Avec Jérémie, nous accueillons un Messie, Germe de Justice.


 



Une nouvelle année liturgique, un nouveau temps liturgique ; mais c’est toujours la même foi qui nous réunit et qui nous met en route à la rencontre du Dieu vivant et vrai. Pourtant, cet avent a quelque chose de particulier que les avents des deux dernières années n’avaient pas. L’avez-vous remarqué ? En ce temps de l’Avent du cycle C, ce n’est pas l’unique prophète Isaïe qui nous accompagne, mais quatre prophètes : un pour chaque dimanche ! Quatre prophètes de la première alliance vont nous apprendre à accueillir celui qui, dans la nouvelle alliance, sera bien plus qu’un prophète : le Christ Sauveur. En ce premier dimanche, c’est le prophète Jérémie qui nous livre une parole. 

Connaissez-vous Jérémie ? Il est encore très jeune lorsque le Seigneur l’appelle à quitter son village d’Anatot pour se rendre à Jérusalem. Il est appelé pour porter aux hommes la Parole de Dieu, comme tous les prophètes. Et pourtant, il a une place particulière, selon moi, dans le concert des prophètes du Premier Testament. Au début de son ministère, son pays est en paix, mais ses habitants ont oublié la loi de Dieu. Chacun ne pense qu’à lui ; le mal semble triompher dans certains milieux, et plus personne ne cherche vraiment Dieu. Mais bon, tout va bien ! Jérémie est envoyé dire aux hommes qu’il faut revenir à la loi de Dieu, qu’il serait bon de penser aux autres. Et si rien ne devait changer, alors ce sera la guerre, la destruction et la ruine de Jérusalem. Personne ne le croit ; tous rient de lui. Mais lui, fidèlement, porte la Parole de Dieu, à temps et à contre temps, au risque de sa liberté, voire de sa vie ! Beaucoup, en effet, voudraient se débarrasser de ce gêneur, de cet empêcheur de faire le mal, de ce dévot de Dieu d’un autre âge. Souvent gagné par le découragement, Jérémie poursuit cependant avec une fidélité exemplaire sa mission. L’Histoire lui donnera raison. L’armée de Nabuchodonosor assiège Jérusalem : c’est la guerre ! Et ceux qui riaient de Jérémie comprennent trop tard. Jérémie, lui, ne se réjouit pas d’avoir eu raison contre tous. Il reste fidèle à son Dieu et à sa Parole. Lorsque le pays était en paix, il prêchait la guerre ; maintenant que le pays est en guerre et qu’une partie de la population est déportée, lui achète un champ, annonçant par-là que Dieu fera grâce et miséricorde et que viendra le temps où cette terre reviendra au peuple de Dieu. De prophète de malheur, il devient prophète d’espérance, car Dieu ne saurait laisser son peuple aller vers sa perte.

Comme les autres prophètes, Jérémie comprend vite que Dieu va envoyer son Messie. Nous avons entendu, dans la première lecture, en quels termes il en parle : ce Messie est Germe de Justice, il exercera le droit et la justice. Cette insistance sur la justice ne doit pas nous tromper. Le Messie qui vient n’est pas un juge à notre mesure ; il ne vient pas venger Dieu de celles et ceux qui se sont détournés de lui. La justice qu’exercera le Messie annoncé par Jérémie est d’abord source de salut. Nous pouvons dire que, dans le langage de Jérémie, Germe de Justice équivaut à Germe de Salut. Le Messie qu’il annonce est un Messie Sauveur ;sa justice est celle qui place les humbles au premier plan. Dieu n’a que faire de vengeance. Ce que Dieu veut, c’est un peuple qui lui soit acquis, un peuple fidèle à son Alliance, un peuple qui respecte la loi de Dieu, la seule qui procure vie et bonheur. Il existe un très beau passage dans le livre de Jérémie, au chapitre 31, 31-34 : Voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël une alliance nouvelle. Non pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte – mon alliance qu’eux-mêmes ont rompue bien que je fusse leur Maître ! Mais voici l’Alliance que je conclurai avec eux après ces jours-là. Je mettrai ma loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Une loi qui ne sera plus extérieure à l’homme, mais inscrite au plus profond de son être. Lorsque l’on sait que l’homme de la Bible prend ses décisions avec son cœur, on comprend la puissance de cette nouvelle alliance : la loi de Dieu étant inscrite dans le cœur de chacun, chaque décision de l’homme sera marquée de cette empreinte divine. Et le salut promis devient réalité : Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. N’est-ce pas cela « être sauvé » ? N’est-ce pas là la source de l’unique et vrai bonheur ? 

Malgré les événements difficiles de sa vie, malgré des emprisonnements injustes et injustifiés, Jérémie est resté fidèle au Dieu qui sauve, au Dieu de l’Alliance. Il est celui envers qui Dieu a exercé sa justice au vu et au su de tous. Quand il nous dit que le Messie promis est Germe de Justice, source du salut, nous pouvons lui faire confiance et, avec lui, entrer dans cette fidélité nécessaire au seul et vrai Dieu. Avec lui, attendons ce Messie, Germe de Justice et source du salut. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 13 décembre 2014

03ème dimanche de l'Avent B - 14 décembre 2014

Avec Jean le Baptiste, témoignons de celui qui vient.




Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. C’est ainsi que l’évangéliste Jean introduit dans son livre le personnage de Jean le Baptiste, personnage clé du temps de l’Avent. Dernier des prophètes, il est celui qui permet le passage de l’Ancien Testament vers le Nouveau Testament, reprenant l’enseignement de ses prédécesseurs et invitant à préparer le chemin pour le Seigneur. Car, pour Jean le Baptiste, c’est une certitude : le moment est venu pour Israël d’accueillir le Messie de Dieu si souvent annoncé et tant attendu. 
 
Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière. Témoin : c’est le grand qualificatif du Baptiste chez Jean l’Evangéliste. Le Baptiste est témoin de celui qui vient. En principe, on est témoin de quelque chose ou de quelqu’un que l’on connaît, que l’on a vu. Jean le Baptiste n’a pas encore vu Jésus, sauf éventuellement enfant puisqu’ils sont cousins. La mission de Jean le Baptiste précède celle de Jésus. Comment peut-il alors être déjà témoin ? Quand les prêtres et les lévites l’interrogent, il témoigne d’abord de lui, de qui il est ou plutôt de qui il n’est pas : il n’est pas le Christ, il n’est pas le prophète Elie, il n’est pas le Prophète annoncé. Il n’est qu’une voix qui crie dans le désert. Plutôt que d’être un témoin du Christ, il est plutôt un témoin de Dieu, un témoin du temps de la réalisation des promesses de Dieu. Son témoignage est de l’ordre du signe, du signal même au sens d’alarme. Il est plus que temps de se préparer parce qu’il est au milieu des hommes celui qu’ils ne connaissent pas. Nous pouvons sentir l’urgence de la prédication du Baptiste, et l’importance de se préparer à accueillir celui qui est annoncé. De Jésus lui-même, nous n’apprenons que sa venue prochaine et sa grandeur puisque Jean reconnaît qu’il n’est pas digne de délier la courroie de sa sandale. Ceux qui viennent à Jean pour en savoir plus sur lui ou sur le Messie, en sont pour leurs frais, du moins pour l’instant. Qu’importe qui est Jean le Baptiste, qu’importe même qui est le Messie : pour l’heure, une seule urgence : redresser le chemin du Seigneur. 
 
Etre témoin, en 2014, à la manière de Jean le Baptiste, c’est reprendre cette même urgence. Il s’agit bien, pour nous, de nous convertir, de nous préparer à accueillir quelqu’un que nous connaissons : le Christ Jésus. Il est venu dans le monde des hommes pour le sauver et nous attendons son retour. Peut-être tarde-t-il pour nous laisser encore le temps de nous préparer, pour nous laisser le temps de lui préparer la route. La route sur laquelle il vient marcher, c’est la route de notre cœur, la route qui nous mènera vers Dieu. Jésus vient à notre rencontre pour orienter notre vie vers la vie de Dieu ; Jésus vient à notre rencontre pour orienter notre espérance vers le salut de Dieu. Nous avons à être témoin pour nous-mêmes, en nous mettant en alerte, en restant éveillés. Mais nous avons aussi à être témoins pour les autres, afin que, nous voyant vivre, ils sentent se creuser en leurs cœurs le désir d’aller à la rencontre de celui qui vient. Nous avons à être témoins pour les autres de cette Bonne Nouvelle d’un Dieu qui vient sauver l’homme, tout homme, tout l’homme. Rien, de ce qui fait notre vie, n’est étranger au salut que Dieu propose. Rien, de ce qui fait notre vie, ne saurait échapper au salut. En rencontrant le Baptiste sur notre chemin d’Avent, nous sommes mis dans la peau de ces foules qui l’entendaient crier dans le désert. Que ferons-nous ? Comment réagirons-nous ? 
 
Paul ne se situe-t-il pas à la suite de Jean le Baptiste quand il nous invite à ne pas éteindre l’Esprit, à ne pas mépriser les prophéties, mais à discerner la valeur de toute chose ? Ceux qui viennent vers Jean le Baptiste pour l’interroger afin de mieux le cerner, ne sont-ils pas déjà en train d’éteindre l’Esprit ? A force de vouloir tout comprendre, à force de vouloir tout maîtriser, ils ne sont maîtres de rien ; ils étouffent en eux les appels de Dieu, ils étouffent en eux la volonté de salut qui est celle de Dieu pour eux. Si notre désir est bien de redresser le chemin du Seigneur, il nous faut découvrir sa volonté pour nous. Elle sera source de notre joie, source de notre liberté, source de notre accomplissement, tant il est vrai que Dieu ne veut que le meilleur pour nous. 
 
En nous plaçant résolument à la suite du Christ qui vient, en témoignant de celui qui vient à notre rencontre à la manière de Jean, nous n’aliénons pas notre liberté, nous gagnons notre grandeur, notre dignité de fils et de fille de Dieu. Le psalmiste l’a bien compris, lui qui nous fait chanter un extrait du Magnificat en ce dimanche. Oui, mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse… Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour. Puissions-nous, en ce temps de l’Avent, nous souvenir aussi des merveilles que Dieu fait pour nous et en être témoins. Amen.
 
(Gustave DORE, Jean le Baptiste prêchant dans le désert)

jeudi 28 août 2014

22ème dimanche ordinaire A - 31 août 2014

Incontournable mystère de la croix !




Pierre avait dit à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. » C’était dimanche dernier que nous avions médité cette page d’évangile. Jésus interrogeait ses disciples sur sa personne et Pierre a eu cette révélation. Mais ça, c’était dimanche dernier. Aujourd’hui, le même Pierre se fait traiter de Satan par Jésus. D’un extrême à l’autre ! Peut-être pour que Pierre, tout juste promus chef des disciples, ne prenne pas la grosse tête ! Sans doute surtout parce qu’il n’a rien compris à la révélation divine dont il a profité. C’est une chose de reconnaître que Jésus est le Messie ; c’en est une autre d’accepter qu’il soit Messie à la manière de Dieu et non à la manière des hommes ! C’est vrai pour Pierre, c’est vrai pour nous aujourd’hui. 
 
Quand nous parlons de Dieu, ne rêvons-nous pas d’un Dieu tout-puissant qui interviendrait plus que de nécessaire pour réparer les erreurs des hommes ? Ne crions-nous pas à l’inexistence de Dieu, ou au moins à la difficulté de croire en lui dès lors que les choses ne vont pas dans le sens du bien ? Si Dieu existe, pourquoi permet-il la guerre ? Pourquoi permet-il que des enfants meurent ? Pourquoi n’intervient-il pas devant toutes les injustices commises ? C’est Pierre, qui n’a pas encore accepté le mystère de la croix, qui parle ainsi en nous, ce même Pierre que Jésus traite de Satan. Comme Pierre, nous avons à découvrir la manière dont Jésus est le Messie, la manière dont Dieu exerce sa divinité. 
 
Et il y a de quoi être surpris, je vous l’accorde. Non Dieu n’intervient pas à la manière d’un gardien de la galaxie ; il n’a rien d’un personnage de Marvel. Il est le Dieu qui offre aux hommes leur liberté, y compris la liberté de ne pas le suivre, y compris la liberté de ne pas croire en lui parce qu’il n’est pas comme les hommes se l’imaginent. Il est le Dieu qui nous a fait à son image et non le Dieu que nous faisons à notre image. Heureusement pour nous ! 
 
Nous pouvons donc comprendre que Pierre, et l’humanité à sa suite, ait quelques difficultés à accepter que Jésus soit Messie, non à la manière des hommes (héros vengeur), mais à la manière de Dieu, Agneau de Dieu livré pour notre péché. Nous pouvons comprendre qu’il faille aussi du temps et toute la patience de Jésus pour enseigner ses disciples à ce sujet. Pour la première fois, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et ressusciter le troisième jour. Ce n’est jamais agréable, ni acceptable, d’entendre quelqu’un que l’on aime, quelqu’un en qui on met son espérance, nous dire qu’il va souffrir pour réaliser son dessein d’amour pour nous. Et pourtant, en ce qui concerne Jésus, le mystère de la croix est incontournable. Aurait-il pu sauver les hommes sans passer par la croix, en commandant des légions d’anges pour qu’elles détruisent le Mal ? Sans doute. Mais l’homme aurait-il appris ainsi que l’amour vaut mieux que la violence ? L’homme aurait-il appris ainsi que le don de soi pour ceux que l’on aime est la plus haute forme de l’amour ? Quel monde aurions-nous si Dieu lui-même déchainait la violence pour supprimer les violents ? Comment apprendrions-nous à aimer inlassablement si Dieu exerçait une vengeance contre les hommes ? Comment apprendrions-nous la puissance du pardon ? 
 
Le mystère de la croix est incontournable pour Jésus et pour nous. Il faut que le Fils de l’Homme aille jusqu’à la croix, pour de vrai, pour sauver l’homme, non seulement de ses ennemis humains, mais plus encore de ces Ennemis fondamentaux que sont le Mal et la Mort. Si Jésus ne va pas jusque-là, s’il ne descend pas au séjour des morts pour affronter la Mort sur son propre terrain, il ne peut la vaincre vraiment. La vie marquée du sceau de l’éternité doit être affirmée y compris au royaume de la mort afin que tous les hommes soient sauvés, ceux qui ont connu le Christ, comme ceux qui ont vécu avant lui ou tous ceux qui vivront après lui sur cette terre. Ainsi seulement devient-il le Seigneur des vivants et des morts. 
 
Dès lors, les hommes n’ont plus le choix ; s’ils veulent être disciples de Jésus le Christ, ils doivent imiter leur Maître et Seigneur : ils doivent renoncer à eux-mêmes, prendre leur croix et le suivre. Mais ils prennent leur croix avec la certitude que Jésus l’a déjà portée pour eux, et l’a déjà vaincue pour eux. Elle n’est plus un obstacle sur leur chemin vers Dieu, elle devient le passage vers Dieu. De même que Jésus ne peut se soustraire à la croix, de même ne pouvons-nous nous y soustraire : elle fait partie de notre vie chrétienne et pas seulement sous la forme d’un bijou à porter au cou. Nous devons véritablement la porter jusqu’au bout pour que le Christ puisse rendre à chacun selon sa conduite, quand il viendra dans la gloire de son Père. 
 
Il n’est pas besoin de comprendre en totalité le mystère de la croix ; il nous faut juste l’accepter en sachant que le Christ nous a devancés pour mieux nous accompagner aujourd’hui. Sur son chemin de croix, il y a eu un certain Simon de Cyrène pour l’aider à porter à sa croix ; aujourd’hui, c’est Jésus qui se fait notre Simon de Cyrène pour que nos croix quotidiennes ne soient plus un fardeau insurmontable. Avec Jésus, prenons notre croix, et marchons vers Dieu, source de la vie, source de la joie. En lui est notre victoire. Amen.
 
(Photo prise en Irlande, Cathédrale St Patrick - Dublin)

samedi 23 novembre 2013

Christ, Roi de l'Univers - 24 novembre 2013

Deux larrons, Jésus et nous.
 
 
 
Trois hommes. Trois condamnés. Trois réactions face à la mort. Voilà ce que nous présente la liturgie en la fête du Christ, roi de l’univers. Car, pour étonnant que cela paraisse, cette page d’évangile rapportant la crucifixion nous parle bien de la royauté de Jésus. Et c’est justement face à la mort que nous pouvons le mieux approcher cette affirmation de notre foi.
Deux des condamnés sont des malfaiteurs. Leur style de vie, leurs actions passées les ont menés logiquement jusqu’au gibet. Ils ont joué, ils ont perdu, ils paient. Leur réaction face à ce qui arrive est pourtant fort différente. L’un d’eux, véhément, s’en prend au troisième condamné, qui n’est pourtant ni leur complice, ni celui par qui ils se sont fait prendre. Il le met au défi de les sauver, malgré les apparences. Il se place ainsi au même niveau que tous ceux qui regardent la scène et interpellent eux-aussi ce troisième condamné : Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi même !  Ils attendent un signe éclatant, qui prouverait leur folie et leur aveuglement. Ils attendent, en espérant certainement que cela ne se fasse pas. Si Jésus, parce que c’est lui le  troisième condamné, si Jésus donc avait véritablement été le Messie, ils l’auraient reconnu, à coup sûr, et ne l’auraient pas condamné. Celui-là ne peut être qu’un imposteur ! 
 
Le deuxième condamné, s’il a suivi son compère tout au long de sa vie, ne peut plus être d’accord avec lui. Il sait Jésus innocent. Il reconnaît que lui a mérité ce qui lui arrive. Il médite un peu tard sur le sens de sa vie et se tourne vers Jésus avec cette phrase surprenante : Jésus, souviens-toi de moi quand tu reviendras comme roi !  Entendez bien : quand tu reviendras, et non pas quand tu seras dans ton paradis. Il a découvert, sur le tard, que ce Jésus, qui est condamné avec eux, est bien le Roi des Juifs, celui que l’espérance d’Israël leur faisait attendre. Et devant ce Roi couronné d’épine et cloué en croix, il reconnaît le vide de sa vie, espérant le pardon que les hommes lui ont refusé. Il ne crane pas comme l’autre condamné ; il ne hurle pas avec la foule. Il regarde sa vie et se reconnaît misérable. Sans doute est-ce dans cette attitude qu’il faut trouver le qualificatif de « bon » que la tradition attribue à ce larron. Il devient bon au seuil de sa mort. Trop tard, me direz-vous ! Je ne crois pas. En relisant les Ecritures, ne trouvons-nous pas, dans les prophètes, cette affirmation : Quand le méchant se détourne de la méchanceté qu’il avait commise et qu’il accomplit droit et justice, il obtiendra la vie (Ez 18, 27) ? C’est bien ce qui advient à ce malfaiteur. Il a rencontré en Jésus, son Sauveur ; il le confesse comme tel. Jésus peut désormais l’assurer qu’aujourd’hui même, il sera avec lui. Ce faisant, Jésus révèle sa puissance et sa royauté. Il est celui qui combat le mal, il est celui qui fait vivre, il est celui qui relève et protège le pauvre. Il est roi pour celles et ceux qui laissent sa Parole d’amour et de pardon gouverner leur vie. Il est roi pour celles et ceux qui reconnaissent que Jésus est mort sur la croix, librement, pour définitivement vaincre la mort et le péché. Il est roi pour celles et ceux qui reconnaissent que Jésus peut encore quelque chose pour eux, malgré ce qu’ils ont pu dire, faire ou vivre dans le passé. Il est roi pour celles et ceux qui pensent qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, ou pour faire mieux. Il est roi pour celles et ceux qui se reconnaissent assez humbles pour n’être pas leur propre roi et laisser leur vie entre les mains de ce condamné. Il est roi parce qu’il aime jusqu’à ce moment crucial où tout semble perdu. Il est roi parce que, même là, sur la croix, il ne veut que le bonheur et la vie des hommes. 
 
En assurant le deuxième condamné de sa présence, dès ce jour, aux côtés de lui, Jésus nous fait entrevoir notre propre destin. Comme ce malfaiteur, nous sommes appelés à vivre avec Dieu. Comme pour ce malfaiteur, il n’est jamais trop tard pour nous mettre à l’école du Christ et changer de vie. Puissions-nous, dès aujourd’hui et tous les dimanches à venir, nous tourner avec foi vers le Crucifié, le Roi de notre vie, et reconnaître en lui celui qui vient nous sauver. Alors nous aussi, dès aujourd’hui, nous serons avec lui dans le Royaume. Amen.

dimanche 2 décembre 2012

1er dimanche de l'Avent C - 02 décembre 2012

Veillez !


A nouvelle année, nouveau parcours biblique ! Et ce parcours sera marqué cette année par l’évangile de Luc. Nous ne commençons pas sa lecture par le chapitre premier, mais par cet appel de Jésus à rester éveillé. Dès le début de cette nouvelle année liturgique, nous voici donc établit veilleur. Mais qu’est au juste cet état de veille dans lequel nous sommes censés demeurer ?

Jésus nous donne une première réponse dans l’évangile : veiller, c’est rester éveillé ! Nous pourrions dire, après quelques années de pratiques liturgiques, que nous savons tout sur tout, tout sur Dieu. Plus rien ne nous surprendrait ! Cette nouvelle année liturgique ne sera différente des autres : et de fait, elle va dérouler le même temps liturgique, dans le même ordre immuable : Avent, Noël, un bout de temps ordinaire avant que nous ne plongions dans le Carême, la Semaine Sainte pour en ressortir à Pâques. Nous vivrons alors un temps pascal sur sept semaines avant de revenir à l’ordinaire… Une succession de temps et de fêtes qui ne nous dérange pas plus que cela et qui rythme notre vie religieuse et civile. Rien de neuf sous le soleil comme dirait l’ecclésiaste. Et bien non, veiller, ce n’est pas subir ainsi le temps, comme si nous n’avions sur lui aucune prise. Veiller, selon Jésus lui-même, c’est justement regarder ce temps et le vivre en y repérant les signes que Dieu nous donnera, en guettant la venue de celui qui doit venir et être prêts à l’accueillir. Il ne faut donc pas subir le temps, mais nous y engager pleinement et sans cesse donner le meilleur de nous-mêmes.

Saint Paul nous livre alors une seconde piste pour veiller justement : grandir dans l’amour fraternel. Je ne veille pas pour moi tout seul, je veille aussi sur les autres. Il s’agit bien, pour Paul, de ne pas nous reposer sur nos lauriers : vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu ; et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès. Nous n’aurons jamais fini de devenir chrétiens, nous n’aurons jamais fini de l’être toujours plus. Nous n’aurons jamais fini de grandir en sainteté. C’est un état permanent, dans lequel Dieu seul peut nous maintenir. Nous comprenons alors mieux l’importance de la prière soulignée par Jésus dans l’Evangile : priez en tout temps. Tout est lié : l’amour de Dieu manifesté par nos cœurs à cœur avec lui dans la prière et l’amour des frères manifesté par une vie conforme à l’enseignement des Apôtres. Veiller, dans un esprit chrétien, c’est bien tenir le tout ensemble, sans jamais ralentir, sans jamais laisser notre foi s’affadir. Si Benoît XVI a proclamé cette année, une année de la foi, c’est peut-être parce qu’il nous faut reprendre à frais nouveau ce que nous croyons savoir, ce que nous vivons déjà et ce que nous pouvons encore améliorer. Et ce n’est pas un hasard non plus qu’elle ait commencé par un synode sur l’évangélisation qui nous a redit avec force l’urgence de vivre notre foi sérieusement pour qu’elle soit remarquable et désirable par d’autres, par ceux qui ne connaissent pas encore le Christ. Si nous vivons notre foi comme de tristes sirs, comment d’autres pourraient-ils avoir envie de venir à la foi et de la partager avec nous ?

Quand cela est posé, nous pouvons alors relire le prophète Jérémie : il nous dit pour qui nous veillons ; il nous indique le but ultime. C’est bien sûr la venue du Sauveur promis par Dieu. Ce n’est pas une promesse en l’air, nous dit le prophète : elle se réalisera. C’est pour ce jour que nous veillons, c’est ce Germe de Justice que nous attendons dans la foi. Et quand il viendra, notre monde sera transformé : droit et justice seront exercés, et nous goûterons enfin ce bonheur après lequel nous courons si souvent. La seule venue du Messie comblera toutes nos soifs, toutes nos attentes, toutes nos espérances. Dieu ne viendra pas nous punir, il viendra nous rendre heureux. Ce bonheur mérite que l’on s’y prépare par notre veille incessante.

De l’invitation de Jésus à veiller, à prier sans cesse, du rappel de Paul que Dieu seul peut nous maintenir dans la sainteté que nous sommes appelés à vivre, il ressort que notre temps de veille sera un temps avec Dieu ou ne sera pas. C’est donc vers lui que je vous invite à vous tourner toujours, dans la prière. Vous pourrez le faire en reprenant les mots du psaume 24 que nous avons chanté ensemble (Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme). Je veux le faire maintenant en votre nom avec mes propres mots :

Au moment où nous commençons une nouvelle année liturgique, Seigneur, tu nous invites à entrer en veille. Non pas à nous éteindre ou à nous reposer, mais à t’attendre activement en scrutant les signes des temps. Accorde-nous, Seigneur, de veiller à ton retour avec toute l’ardeur nécessaire. Que ce temps de l’Avent soit pour nous l’occasion de nous rapprocher de toi, le Vivant pour les siècles des siècles. Amen.


(Dessin : Détail d'un Retable de Noël, site Prions en Eglise)

jeudi 21 juin 2012

Nativité de Jean le Baptiste - 24 juin 2012

Que sera donc cet enfant ?

La question est sans doute légitime au sujet de ce petit Jean quand on connaît les circonstances de la naissance : parents très âgés, mère stérile, moyens médicaux peu voire pas évolués. A une époque où l’on manipule joyeusement les codes génétiques, à une époque où il est courant d’avoir recours à des moyens artificiels pour faire advenir le miracle de la vie, cette naissance de Jean peut sembler banale, sans histoire. Ce serait pourtant une grave erreur de n’y voir que le fruit d’une succession de hasard et d’éluder ainsi la question posée par le voisinage. Jean est un don de Dieu à une famille qui ne l’attendait plus : Jean est un don de Dieu à un peuple qui ne l’attendait pas encore !

La naissance extra-ordinaire de ce petit d’homme est clairement reçue par les gens de l’époque comme un don de Dieu. Comment une femme stérile, âgée de surcroît, a pu enfanter, ne peut relever que de la bienveillance de Dieu à son égard. Les manifestations annexes (le père qui devient muet lorsque l’ange lui annonce que sa femme enfantera un fils ; le père qui retrouve l’usage de la parole au moment où, donnant à l’enfant le nom révélé par Dieu, il entre enfin dans le projet de Dieu) viennent renforcer cette vérité : cet enfant ne sera pas comme les autres car cet enfant a été choisi et voulu par Dieu. La question : Que sera donc cet enfant ? prend alors tout son sens. En effet, devant tant de manifestations de la gloire de Dieu, on peut s’interroger sur le pourquoi de cette naissance. Qu’est-ce que Dieu a en tête lorsqu’il appelle à la vie son serviteur ? Qu’est-ce qu’il veut nous dire ou nous faire comprendre ? On pourrait tout aussi légitimement s’interroger au sujet des parents : qu’ont-ils fait pour mériter ainsi la bienveillance du Très-Haut ? Qu’ont-ils de plus que les autres couples, âgés, stériles, qui auraient tant voulu croire au miracle de la vie ? Sans doute n’ont-ils rien de plus que les autres : en tout cas, l’histoire ne le dit pas ! Ils ont juste pour eux cette foi qui les fait entrer dans le projet de Dieu ; ils ont juste pour eux d’avoir été choisis par Dieu pour participer, à leur manière, au projet de salut de Dieu. Il fallait un signe fort (une femme âgée, stérile qui donne la vie) pour faire réfléchir les hommes. Il fallait un signe fort pour faire comprendre que Dieu vit avec les hommes, prend soin d’eux et intervient au moment voulu lorsqu’il trouve des serviteurs aptes à répondre à son appel. En appelant Jean le Baptiste à la vie, Dieu se donne un serviteur capable d’entrer dans son projet. Il met, petit à petit, en place les pièces nécessaires à la réalisation de son projet de salut. Une naissance extra-ordinaire pour un destin extra-ordinaire ! Jean est donné par Dieu à ses parents ; Jean est donné par Dieu à son peuple.

Ceci est bien clair : lorsque Dieu suscite ainsi un serviteur fidèle, ce n’est pas seulement en récompense de bons et loyaux services. Lorsque Dieu suscite un serviteur, c’est avant tout pour faire aboutir son projet de salut ; c’est pour rappeler aux hommes son alliance de toujours. Ainsi Jean, nous le savons aujourd’hui, est une pièce maîtresse de cette œuvre de salut. Il est celui qui vient ouvrir la route au serviteur véritable, grand prêtre unique et vrai : Jésus le Christ ! Il est impensable aujourd’hui de parler de Jean sans parler de Jésus. L’un ne va pas sans l’autre. Jean est celui qui va révéler Jésus aux hommes : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ! Ou encore : Je ne suis pas le Messie ; mais le voici qui vient derrière moi et je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales ! Voilà bien la mission de Jean auprès de son peuple : être celui qui a la lourde charge d’ouvrir les yeux et les cœurs pour qu’ils puissent reconnaître et accueillir le Messie. Etre celui qui va permettre aux hommes d’entrer dans ce projet de salut et de connaître le Messie de Dieu de manière personnelle. Toute la fête de ce jour nous tourne ainsi vers le Christ, celui qui est présent en germe dans l’avènement de Jean. La longue prière de louange de Zacharie lorsqu’il retrouve l’usage de la parole, que la liturgie nous a malheureusement coupée, oriente ainsi notre regard et notre cœur vers l’avènement du Messie véritable. Ce père, comblé dans ces vieux jours, chante la mission de révélateur de son fils et annonce la venue du Christ, lumière de Dieu pour éclairer toutes les nations.

En célébrant la Noël d’été, il nous faut nous tourner déjà vers ce mystère plus grand encore du Dieu fait homme, du Dieu tellement amoureux de son peuple, qu’il ira jusqu’à devenir l’un de nous en Jésus pour mieux nous indiquer la route du salut. Aujourd’hui, réjouissons-nous de la naissance de Jean : elle marque un nouveau départ sur la route qui mène au salut. Que Jean le Baptiste, qui a montré à ses disciples le Messie véritable, soit aujourd’hui celui qui oriente notre regard et notre cœur vers le véritable sauveur, Jésus le Christ ! Ainsi nous pourrons nous préparer à l’accueillir, à l’aimer et à le suivre. AMEN.

vendredi 30 mars 2012

Dimanche des Rameaux - 01er avril 2012

Jésus, le Messie de Dieu.






Il n’y a aucun doute à avoir en ce dimanche des Rameaux. Alors que nous accompagnons la foule qui acclame Jésus, nous pouvons nous ranger à son avis : Jésus est bien le Messie de Dieu. Devant qui d’autre irions-nous poser nos manteaux ? Qui d’autres acclamerions-nous ainsi, palmes à la main, alors qu’il s’avance, monté sur un âne, pour entrer dans Jérusalem, la ville qui tue les prophètes ? Oui, vraiment, à voir la ferveur et la joie de la foule, à entendre la clameur qui monte et les paroles proclamées, nul doute : celui qui s’avance ne peut être que le Messie de Dieu : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le règne qui vient, celui de notre Père David. Hosanna au plus haut des cieux !

Il n’y a aucun doute à avoir, et pourtant, il s’agirait de ne pas se tromper de Messie. Il s’agirait de ne pas se tromper sur Jésus. N’est-ce pas pour cela que la liturgie de ce jour est si particulière, voire complexe. Oui, nous avons commencé par acclamer Jésus, avec toute la foule qui se pressait à Jérusalem. Mais nous avons poursuivi avec la Passion selon Marc, après avoir entendu un passage du chant du Serviteur dans le livre du prophète Isaïe et l’hymne aux Philippiens. Il est moins glorieux, le Messie, quand on lit le prophète Isaïe ; il est moins glorieux, le Messie, quand on lit l’abaissement de Jésus jusqu’à la mort ; il est moins glorieux, le Messie, quand on le voit mourir en croix, abandonné de tous, raillé par beaucoup.

Et pourtant, là, devant la croix, il n’y a pas de doute à avoir : c’est bien le Messie qui est là, crucifié, mort pour nous. Et il l’est plus que jamais, parce qu’il n’est pas allé à la croix pour lui, il n’y est pas allé par plaisir ; il y est allé pour nous, il y est allé par amour. Jésus, celui que tu as acclamé comme Messie, est allé mourir en croix parce qu’il t’aime comme jamais tu ne l’aimeras. Il est allé à la croix parce qu’il veut que tu vives comme jamais tu n’aurais pu vivre sans lui. Il est allé à la croix pour que tu aimes comme jamais tu n’aurais été capable d’aimer s’il ne t’avait montré le chemin de l’amour absolu, celui qui va jusqu’au bout, jusqu’à la croix, jusqu’à la mort.

Il ne s’est pas révolté, il ne s’est pas dérobé, il n’a pas protégé son visage des outrages et des crachats, parce qu’en se laissant faire, c’est toi qu’il protégeait, toi qui te serais sans doute révolté, sans doute dérobé ou défaussé sur quelqu’un d’autre. Il a tout pris sur lui afin que rien ne retombes sur toi, et surtout que toi tu ne tombes sur un plus faible pour lui faire payer le prix de ta trahison, le prix de ta lâcheté, le prix de ta faiblesse.

Etrange Messie, penses-tu ? Peut-être. Magnifique Messie, sans aucun doute possible. Il prend tout sur lui sans rien demander en échange si ce n’est un regard vers lui, élevé de terre. C’est en reconnaissant, là sur la croix, qui il est, que tu auras ta part au bonheur qu’il inaugure ainsi, au Royaume qu’il ouvre pour tous. Regarde-le et avec le centurion, confesse-le : il était plus qu’un homme ; il était celui que Dieu t’a envoyé.

Oui, lève les yeux vers la croix ; regarde celui que tu as transpercé et crois que Dieu est avec lui, pour toi, jusqu’au bout. Et tu verras, par-delà sa mort, jaillir la vie qui ne finit pas. L’histoire de l’homme Jésus s’arrête peut-être en cet instant ; mais celle du Messie de Dieu, celle du Fils de Dieu, ne saurait finir derrière une pierre soigneusement roulée à l’entrée d’un tombeau quelconque. Ce dimanche n’est qu’un avant goût de la puissance de l’amour de Dieu. Une semaine nous est donnée pour méditer tout cela, pour revivre tout cela. Une semaine à vivre au rythme de celui que tu as acclamé. L’accompagneras-tu jusqu’au bout pour mieux le confesser Fils de Dieu, ou te sauveras-tu, nu de tes certitudes ?




(Image de Jean-François KIEFFER, in Mille images d’évangile, p. 146)