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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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dimanche 16 août 2026

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2026

 Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles ! 






(Tableau de Pieter LASTMAN, Jésus, la Cananéenne et les petits chiens,1617, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas)



 

 

            Je savais que Dieu avait de l’humour, mais je ne me doutais pas que son humour pouvait être grinçant. Il l’était assurément lorsqu’il a accompagné l’équipe de liturgistes qui a fait le choix des textes bibliques de ce dimanche. En les écoutant les uns après les autres, j’en viens à me demander si Jésus connaissait, ou avait lu seulement, le prophète Isaïe. Parce qu’il nous faut bien le reconnaître : il y a un gouffre entre ce qu’annonce Isaïe et les réponses de Jésus à la Cananéenne qui vient demander la libération de sa fille. Et c’est là que l’humour de Dieu est grinçant, parce que cela rappelle le gouffre qui existait du temps du Pape François et qui se prolonge avec le Pape Léon et un certain vice-président outre atlantique sur la même question : celle de notre rapport aux étrangers et à l’attention et à l’amour qu’on leur doit.

            Le prophète Isaïe est témoin de la volonté de Dieu lui-même d’accueillir tous les étrangers qui l’honorent et qui deviennent ses serviteurs, et de son désir de les conduire à [sa] montagne sainte. C’est la prophétie qu’il nous rapporte, au nom de Dieu. Quand il proclame la parole de Dieu, il commence par ces mots : Ainsi parle le Seigneur ! Ce qu’il nous partage, c’est bien la volonté de Dieu, et non pas sa manière de la comprendre. Il n’y a pas de doute à avoir sur ce que Dieu veut pour tous les peuples, à savoir leur unité, leur communion, autour de lui. Si Israël est son peuple particulier, il n’en est pas pour autant son chouchou, mais bien celui qui doit conduire les autres peuples à la pleine connaissance du Dieu un et vrai. Dieu lui-même parle de sa maison comme d’une Maison de prière pour tous les peuples. Le doute n’est vraiment pas permis : le Dieu de la révélation biblique veut être le Dieu de tous les peuples. Pour qu’il y arrive, il faudra bien que tous les peuples s’entendent, sous peine de transformer le royaume de Dieu en enfer !

            L’Apôtre Paul, qui a fait de la conversion des peuples païens sa mission à la demande de Dieu lui-même, porte ce beau rêve et l’exprime aux chrétiens de Rome dans la lettre qu’il leur fait parvenir. S’il rappelle bien que les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance, et donc que la vocation d’Israël à être le peuple particulier de Dieu n’a pas été annulée, il n’en espère pas moins que ce même peuple, son peuple d’origine, retrouve la raison et reconnaisse en Jésus le Messie attendu ; il espère que ce peuple reviendra de son aveuglement et de son refus de croire… pour qu’il obtienne miséricorde comme les nations païennes, revenues de leur incroyance, ont obtenu miséricorde. Paul exprime son désir d’unité entre Israël et les nations païennes dans cette phrase admirable : Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde. Pour ne favoriser personne, pour que tous aient la possibilité de se savoir aimé et pardonné, il a mis tous les peuples sur un pied d’égalité, en ce sens que tous ont été, à un moment ou à un autre de leur histoire, les incroyants qui reviennent vers lui. C’est l’attitude du Père prodigue en amour et en pardon pour ses deux fils : le plus jeune qui était parti vivre une vie de patachon et qui ne pense plus être digne d’être fils ; et l’aîné, drapé dans ces certitudes et son bon droit qui estime qu’il n’a jamais été reconnu à sa juste valeur. Aux deux, le Père dit qu’ils sont ses fils ; aux deux, il propose le même banquet de la réconciliation.

            C’est pour cela que nous pouvons légitimement avoir du mal avec l’attitude des disciples de Jésus qui attendent de lui qu’il renvoie cette femme qui les poursuit de ses cris, et avec l’attitude de Jésus qui d’abord la bat froid en n’accusant même pas réception de sa demande. D’abord, il ne lui répondit pas un mot, pour ensuite lui répondre sèchement : je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Quand bien même cela est vrai, on y met les formes. Et surtout, on ne rajoute pas cette parole à la limite de l’insulte : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Cette dernière parole produit alors un vrai miracle, qui n’est pas d’abord la guérison attendue. Non, pour moi, le premier miracle, c’est la persévérance et l’audace de cette femme, qui insiste, qui ne se démonte pas, qui revient sans cesse à la charge au point qu’elle ose reprendre Jésus, que la foule tient pour un maître. Elle reprend Jésus du tac au tac : Oui, Seigneur, que nous pouvons entendre comme un : Tu as raison, mais… mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Elle reconnaît, elle, la Cananéenne, la mal-croyante, la place particulière de la maison d’Israël ; mais en même temps, elle reconnaît que si cette maison ne veut pas, si elle laisse des miettes de la grâce de Dieu tomber par terre, pourquoi les petits chiens (c'est-à-dire elle et tant d’autres) n’en profiteraient-ils pas ? Elle dit à Jésus que si la maison d’Israël ne veut pas reconnaître le Messie quand il passe au milieu d’elle, elle, la Cananéenne, n’est pas tenue de faire pareil ; elle récupère, presqu’avec gourmandise, ces miettes de grâce ; elle veut croire que Jésus est le Messie et donc qu’il peut quelque chose pour sa fille, d’où ses cris et sa charge incessante, malgré l’hostilité ambiante. Jésus ne peut rien faire d’autre que de lui accorder le miracle qu’elle espérait : Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu veux ! La prophétie faite par Isaïe s’accomplit en cet instant. 

            Ce miracle s’accomplit encore aujourd’hui. Alors que certains n’espèrent qu’une chose, la fin de l’Eglise, dont la baisse de la pratique et la crise des abus devaient être les signes évidents de sa décadence, voilà que d’autres ramassent les miettes de grâce que nous avons laissé tomber de notre table. Le nombre de catéchumènes explose d’année en année, interrogeant nos communautés vieillissantes ; la visite annoncée du Pape Léon fait déjà le plein sur quelques événements, et les voix gênées de ceux qui avaient prédit l’effondrement de l’Eglise, ne peuvent que distiller le poison de leur étonnement et de leur haine de l’Eglise, plutôt que de reconnaître que l’Eglise du Christ est loin d’avoir dit son dernier mot, et que la foi en Jésus Christ est bien vivante en terre de France. On a beau nous moquer, Dieu parle et agit dans le cœur des hommes et des femmes de notre temps. Si une forme de l’expression de l’attachement à la foi disparaît, l’Eglise poursuit de vivre du Christ et de l’Evangile, se purifiant toujours pour mieux correspondre à ce que Dieu attend d’elle. Ceux qui étaient loin s’approchent, sont séduits par Jésus et demandent à entrer dans cette Eglise. Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles, pour que la grâce de Dieu puisse faire son œuvre et révéler la richesse de la foi et la puissance de la miséricorde de Dieu à tous les peuples. Amen.

samedi 6 décembre 2025

2ème dimanche de l'Avent A - 7 décembre 2025

 A l'école d'Isaïe.





(Le prophète Isaïe, Collection du Musée du Louvre)


 

 

            Le grand prophète du temps de l’Avent, c’est sans nul doute le prophète Isaïe. Non pas que son livre annonce la naissance de Jésus ; ce n’est même pas son propos. Mais parce qu’il y a chez lui une espérance farouche et solide qui se manifeste page après page. Isaïe est un grand défenseur de la sainteté de Dieu et son message prophétique est d’abord un message de protestation, de contestation des chefs du peuple qui ne respectent ni Dieu, ni les pauvres et qui conduisent le pays à sa ruine. Mais le prophète garde confiance en Dieu et annonce des jours meilleurs.

            En ces jours-là, dit-il dans sa prophétie de ce dimanche, laissant entendre qu’un autre temps viendra. Isaïe replace toujours la foi dans le temps des hommes. Il est en fait un témoin de la foi de son époque ; et ce qu’il voit ne le réjouit pas. Aristocrate, membre de la cour du roi, il sait se faire entendre dans les hautes sphères, et donc faire entendre Dieu, quand bien même les puissants s’en sont éloignés. La situation politique et sociale est difficile, mais Isaïe garde espoir. Même si les peuples voisins sont turbulents et va-t’en-guerre, Isaïe voit plus loin. Il sait que la royauté n’échappera pas à David. Nous retrouvons cette certitude dans le passage entendu : un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Celui qui sauvera son peuple, celui qui rétablira la paix, est de descendance davidique, de descendance royale. Il ne peut pas en être autrement, le Dieu d’Israël s’étant fermement engagé envers David lui-même. Le Dieu d’Isaïe est un Dieu qui tient parole, et les hommes peuvent donc s’appuyer sur lui. Ce rejeton, ce sont les chrétiens qui l’identifient à Jésus ; mais pour Isaïe, il s’agit surtout d’annoncer un messie pour son temps, un messie qui va sauver son peuple, ici et maintenant. En des temps difficiles, il est bon d’avoir quelqu’un qui voit au-delà des choses, qui rappelle que les hommes peuvent toujours se tourner vers le Saint d’Israël et que c’est lui, et lui seul, qui offre le salut aux hommes.

             La prophétie de ce dimanche est une prophétie de paix : le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble. Les antagonismes naturels sont levés, les oppositions sont effacées, les ennemis d’hier sont des frères aujourd’hui. En regardant notre monde en 2025, nous constatons qu’il y a nombre d’endroits où, pour le salut de l’agneau, du chevreau et du veau, il est préférable qu’ils ne couchent ni ne fréquentent le loup, le léopard ou le lionceau. Si cela arrivait aujourd’hui, nous n’aurions pas fini de lire la prophétie, que les premiers auraient déjà été dévorés par les seconds. Mais cela ne veut pas dire que la prophétie est fausse. Je le rappelle : pour les chrétiens, cette prophétie annonce le Christ et son retour dans la gloire, ce moment où toute l’histoire des hommes sera récapitulée, menée à sa plénitude. Alors, alors seulement, le loup habitera paisiblement avec l’agneau, le léopard se couchera avec le chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, sans risque pour les premiers. Quand le Christ reviendra, la paix marchera devant lui. Le mal aura été définitivement vaincu. Le livre de l’Apocalypse de saint Jean nous dit que dans la Jérusalem nouvelle, il n’y aura plus de mer (M.E.R.), parce que le mal n’existera plus. N’existant plus, il n’est pas utile que subsiste le siège des forces du mal (la mer justement). Quel beau monde nous attend !

            En attendant ce monde, ne pouvons-nous que lorgner vers lui et désespérer de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui ? Non. Nous pouvons, vous et moi, décider de commencer par changer le monde. Nous pouvons, vous et moi, décider de faire reculer les forces du mal. Nous pouvons, vous et moi, décider que le mal ne passera pas, et ne passera plus désormais, par nous. Comme Isaïe, nous pouvons nous appuyer sur le Dieu saint qui sait pardonner, pour lutter contre le mal, en nous et autour de nous. Comme Isaïe, nous pouvons nous tourner vers le Saint avec la certitude qu’il est toujours possible de nous appuyer sur lui et d’espérer en lui. Même si nous pouvons avoir l’impression que Dieu a abandonné notre monde, sachons le voir à l’œuvre dans les petits gestes, les petits pas vers la paix et la réconciliation. N’attendons pas qu’un autre commence à changer le monde ; n’attendons pas qu’un autre fasse le premier pas de la réconciliation ; n’attendons pas qu’un autre initie un chemin de paix. A trop attendre un autre, nous risquons d’attendre longtemps. Dès aujourd’hui, soyons des artisans de paix et de réconciliation à notre petite échelle, dans notre petit monde. C’est là que Dieu nous attend ; c’est là que Dieu nous envoie être témoin et acteur du monde que le Christ viendra restaurer à la fin des temps. Dès aujourd’hui, avec lui, dans la force de son Esprit, nous pouvons agir et construire un monde plus juste et fraternel. Quelqu’un doit commencer ; pourquoi pas nous ? Amen.

 

           

samedi 9 décembre 2023

2ème dimanche de l'Avent B - 10 décembre 2023

 Préparez le chemin du Seigneur !




(Il Perugino, Le prophète Isaïe)

 

 

 

 

            S’il est une certitude qui doit nous habiter en ce deuxième dimanche de l’Avent, c’est bien celle de la venue du Seigneur ! Tant le prophète Isaïe, que Jean le Baptiste à quelques siècles de distance, le proclament : Il vient !  Voici votre Dieu ! Voici le Seigneur Dieu ! Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ! Nous suffit-il donc d’attendre, de veiller comme nous y invitait l’Evangile de dimanche dernier ? Sans rien enlever à l’exigence de la veille, ce dimanche nous invite toutefois à faire un pas de plus, à la rencontre de Celui qui vient : il nous invite à préparer le chemin du Seigneur. 

            C’est sans doute le prophète Isaïe qui est le plus clair à ce sujet. Le crime de Jérusalem étant expié par le trop long temps de l’Exil, voici le temps de la consolation, du retour en grâce : Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. A ceux qui croyaient qu’ils devraient vivre soumis aux dieux étrangers, est rappelé qu’ils ont un Dieu, et que ce Dieu, malgré qu’ils l’aient rejeté, veille sur eux. Le temps du retour est venu. Mais ce retour ne va pas sans travail : Préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! Que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Autant dire que c’est un travail au bulldozer qui est demandé ! Si le travail est topographique, il est presqu’impossible à réaliser. Mais puisque Dieu invite son prophète à parler au cœur de Jérusalem, nous pouvons comprendre que ce travail est d’abord intérieur, d’ordre spirituel. Après des années à vivre sans Dieu, Jérusalem est invitée à faire place nette pour Lui. Aucun obstacle ne doit empêcher la venue du Seigneur. Les pièges du péché dans lesquels l’homme était tombé, il faut les combler. Les montagnes de péchés accumulées doivent être abaissées. Dieu doit pouvoir passer ; Dieu doit pouvoir aller à la rencontre de Jérusalem sans effort. Après tout, ce n’est pas Lui qui s’était détourné de sa vile ; c’est elle qui avait accumulé les fautes contre Dieu. Celui que les hommes avaient rejeté, deviendra à nouveau le berger de son peuple : Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur. Pouvait-on trouver plus belle image que celle-ci pour dire l’amour de Dieu pour son peuple ? Il le porte sur son cœur ! 

            Si le temps de l’Avent prend tout son sens pour nous aujourd’hui, c’est ce même travail qu’il nous faut faire. Nous devons préparer aujourd’hui le chemin du Seigneur. Si Noël qui approche n’est pas pour nous l’anniversaire de Jésus, c'est-à-dire le souvenir heureux d’un événement lointain, il nous faut nous préparer, et préparer nos cœurs, à accueillir Celui qui vient à notre rencontre, dans l’aujourd’hui de notre vie. Nos temps liturgiques successifs ne nous invitent pas à la nostalgie de jours heureux, mais à croire que c’est pour nous, aujourd’hui, que le mystère du Salut est déployé. Quand nous relisons le passé, avec Isaïe, avec Jean le Baptiste, avec l’évangéliste Marc pour cette nouvelle année liturgique, ce n’est pas seulement pour commémorer de lointains événements, mais bien pour nous faire comprendre que cela, non seulement peut nous arriver, mais que cela arrive véritablement pour nous. Dieu, qui est déjà venu à la rencontre des hommes, ne cesse de venir à notre rencontre. Il l’a fait au temps d’Isaïe, il l’a fait au temps de Jean le Baptiste, il le fait à notre temps. Ne croyons pas, parce que les temps sont difficiles, que Dieu nous a abandonné ! Ne croyons pas que nous ne pouvons rien pour hâter sa venue. Comme annoncé par les prophètes, nous pouvons combler les ravins des pièges du péché dans notre vie par l’écoute et la méditation de la Parole Dieu. Nous pouvons faire disparaître les montagnes de fautes, les murs de nos incompréhensions, de nos divisions, de nos anathèmes, et ouvrir ainsi de larges vallées de fraternité, des plaines de rencontres et de compréhensions mutuelles. Rencontrer Dieu suppose d’une part que Dieu veuille venir à nous : cela est une certitude que nous pouvons faire nôtre depuis le jour où nos premiers parents, s’étant cachés dans le jardin après la découverte de leur nudité, ont été cherché par Dieu : Homme, où es-tu ? Mais rencontrer Dieu suppose aussi que nous désirions le rencontrer, que nous désirions l’accueillir dans notre vie, aujourd’hui. Le veux-tu vraiment ? Alors abats les murs, comble les fossés, abaisse les montagnes qui te retiennent de le voir venir. 

Aujourd’hui peut devenir pour toi le commencement de l’Evangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu, inscrit dans ta vie, un évangile vivant qui te fait devenir disciple de Celui qui vient pour te sauver, un évangile qui te parle au cœur. Entendons ce que disait Pierre : Voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu. Vous qui attendez : c’est bien la veille à laquelle nous étions invités dimanche dernier ; vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu : c’est bien notre participation à la prophétie d’Isaïe de ce dimanche. Alors préparons le chemin du Seigneur, avec la certitude qu’il vient à notre rencontre pour nous sauver. Notre siècle a besoin de nous pour ouvrir la route ; notre siècle a besoin d’être rencontré par Dieu si nous ne voulons pas que l’humanité aille à sa perte. Amen.  

vendredi 7 avril 2023

Vendredi Saint - 07 avril 2023

 Jésus, le Messie crucifié.




(Tableau de Sieger KÖDER)



 

 

            Mon serviteur réussira, dit le Seigneur. Cette prophétie d’Isaïe, reconnaissons que nous avons du mal, après le récit de la Passion, à y croire. Là, au pied de la croix, l’histoire Jésus semble belle et bien achevée, dramatiquement finie pour toujours. Et ne venons pas dire que, si nous avions assisté jadis à l’événement, que nous aurions misé une seule pièce sur la victoire de Jésus. La seule flagellation donnée par les romains (soit cinquante coups avec un fouet à deux lanières lestées de plomb ou d’os de mouton) a affaibli considérablement le corps de Jésus. Personne n’aurait misé sur sa réussite, et la condamnation à la croix aurait achevé les derniers espoirs. 

            Lorsque le prophète Isaïe prononce cet oracle, le peuple juif est en déportation à Babylone. Son histoire est finie, son alliance avec Dieu rompue ; ce peuple n’existe plus. Il connaît l’enfer de la désolation. Et c’est là que naît l’espérance d’un Messie qui va rétablir le peuple de Dieu dans ses droits. Mon serviteur réussira, dit le Seigneur. Voilà de quoi redonner espoir ; voilà de quoi réchauffer les cœurs. Le problème, c’est la suite de cet oracle : il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme… méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, … il a été broyé… il a été transpercé. Nous comprenons bien que la multitude avait été consternée en le voyant. Ils attendaient un super héros, un homme fort ; ils n’ont devant les yeux qu’un agneau conduit à l’abattoir. Et aujourd’hui, nous n’avons pas mieux. Jésus, que nous reconnaissons comme Messie, est un Messie crucifié. Nous attendions de lui monts et merveilles ; nous n’avons à contempler qu’un corps torturé, suspendu au bois de la croix, humilié comme jamais. 

            En ce Vendredi Saint, nous n’aurons que cela à adorer : un corps, mort, défiguré, abandonné. En ce Vendredi Saint, nous n’avons que nos yeux pour pleurer. En ce Vendredi Saint, notre foi en lui est mise au tombeau avec lui. Cette expérience de la désolation est nécessaire ; cette expérience de l’abandon de Dieu est cruciale ; cette expérience que tout est fini et perdu est fondamentale. Ne courrons pas trop vite vers le matin de Pâques ! Ne nous consolons pas trop vite en disant : ce n’est que passager ; dans trois jours, il ressuscitera. Ce serait comme joindre notre voix à ceux qui l’ont insulté sur la croix ; ce serait nier la nécessité de ce moment fondateur : Dieu, en Jésus, meurt sur la croix pour affronter, en notre nom, la mort éternelle. Le combat entre la mort éternelle et la vie éternelle n’a fait que commencer. Nous sommes au temps du silence et du deuil, ce temps si particulier, comme suspendu, dans l’attente de quelque chose dont on ignore tout. C’est le temps nécessaire pour que nous puissions nous interroger : avons-nous eu tort ou raison de croire en ce que Jésus a dit quand il était au milieu de nous ? Avons-nous eu tort ou raison de croire aux signes qu’il a posé et qui nous montrait la puissance de vie qui résidait en lui ? L’oracle d’Isaïe laisse entrevoir une porte de sortie quand il dit : S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière. 

            Comme au temps d’Isaïe, comme au temps de Jésus, il nous faut attendre dans la foi. Comme au temps d’Isaïe, comme au temps de Jésus, il nous faut apprendre à croire que tout est possible à Dieu, même l’impossible, même l’incroyable. Sans doute avons-nous vu des hommes défaits, démoralisés, reprendre force et courage. Sans doute avons-nous vu des malades retrouver la santé. Sans doute avons-nous vu des hommes lourdement blessés retrouver goût à la vie. Mais un mort revenir de chez les morts : qui l’a vu ? Un corps que la vie avait abandonné, avec certitude, retrouver la vie, qui l’a vu ? La mort n’est pas un mauvais moment à passer dont on se remet. La mort n’est pas un jeu : ni la nôtre, ni celle de Jésus. Elle est une part de notre réalité. 

            Aujourd’hui, face au corps mort de Jésus, nous ne pouvons que faire silence et nous interroger : comment avons-nous pu en venir là ? C’est la question qui revient sans cesse après chaque drame que connaît notre existence. En relisant les textes de la Première Alliance, nous pourrons trouver un chemin d’espérance, en attendant que Dieu lui-même nous redise avec force : Mon serviteur réussira ! Pour l’heure, mesurons ce que signifie la croix dans notre vie. Mesurons la grandeur de ce sacrifice. Mesurons le prix que tout humain a aux yeux de Jésus, aux yeux de Dieu. Et si nous croyons que Jésus est allé à la croix pour nous et pour tous, alors commençons comme lui à nous aimer et à aimer tous ceux qu’il met sur notre route. Ce sera notre manière de faire échouer la mort, parce que nous montrerons ainsi qu’elle n’aura pas réussi à nous entraîner dans le tombeau de la désespérance. Puisque Jésus est devenu le Messie Crucifié par amour pour nous, nous pouvons déjà vivre de lui en aimant comme lui. Toujours, et tout le monde. Amen.

samedi 5 décembre 2020

2ème dimanche de l'Avent B - 06 décembre 2020

 Notre Dieu est le Dieu qui nous conduit.


(Source internet)




          Préparez le chemin du Seigneur ! C’est chaque année le mot d’ordre de ce temps de l’Avent. Nous l’avons entendu par la bouche d’Isaïe dans la première lecture ; Jean, dans l’évangile, a confirmé la prophétie et lui donnait même un caractère urgent avec son activité de baptiste ; enfin Pierre nous a rappelé, dans la seconde lecture, qu’en effet le Seigneur viendra. Quant à savoir quand, cela ne nous est pas connu. Il nous reste donc cet ordre à mettre en œuvre : Préparez le chemin du Seigneur. Mais alors se pose une question : pourquoi ? Question à entendre dans un double sens. D’abord, puisque personne ne peut me dire quand il viendra, puisque pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour, pourquoi semble-t-il plus urgent aujourd’hui qu’hier de préparer le chemin du Seigneur ? Et surtout pour quelle raison ai-je à préparer ce chemin ? 

            La question de l’urgence, introduite par le ministère de Jean le Baptiste, se comprenait à son époque. Nous qui savons toute l’histoire, nous n’oublions pas que Jésus vient juste derrière lui. Jésus est celui dont Jean a dit : Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi. A l’époque de la prédication de Jean, le temps n’était plus une affaire. Jésus est déjà né ; Jean le Baptiste annonce le début prochain de son ministère. Mais alors aujourd’hui, qu’en est-il ? Nous préparons-nous juste à cause du souvenir de cette première venue ? Autrement dit, l’Avent est-il le temps anniversaire du ministère de Jean le Baptiste ou a-t-il une réelle signification pour moi, pour chacun de nous ? Puisque la force de la liturgie est de rendre actuelle, contemporaine l’œuvre éternelle de Dieu en faveur des hommes, la préparation du chemin du Seigneur ne peut pas être de l’ordre de la commémoration. Nous ne vivons pas le temps de l’Avent dans le souvenir de Jean le Baptiste. Nous vivons ce temps de l’Avent avec Jean le Baptiste qui nous dit à nous aujourd’hui qu’il vient, Celui que nous attendons. Oui, puisque notre Dieu est le Dieu de la rencontre (c’est ce que nous rappelait la liturgie de dimanche dernier), il vient bien à notre rencontre aujourd’hui. Dieu ne cesse de venir à la rencontre des hommes. Il est le bon berger qui rassemble son troupeau. Il l’a fait au temps d’Isaïe ; il l’a fait au temps de Jean le Baptiste et de Jésus ; il le fait encore aujourd’hui. Cette urgence est perpétuelle parce que personne ne sait quand, mais nous savons qu’il va venir. 

            Alors reste la question de savoir pour quelle raison nous nous devons de préparer aujourd’hui le chemin du Seigneur ? Est-ce pour qu’il puisse venir ? Autrement dit, si nous ne préparons pas le chemin du Seigneur, il ne pourra pas venir ? Dieu, le tout-puissant, ne saurait tracer droit une route, combler un ravin, abaisser une montagne ou une colline ? Préparer le chemin du Seigneur ne serait rien d’autre que de déployer un tapis rouge pour qu’il puisse marcher dessus ? En spiritualisant un peu plus, puisque nous pouvons comprendre que les montagnes à abaisser, les ravins à combler, c’est en nous qu’il faut le faire (c’est de notre péché qu’il faut nous débarrasser), cela signifie-t-il que le Christ ne reviendra que lorsque les hommes seront parfaitement saints ? Freud nous expliquerait que le traumatisme de la croix était tel que désormais Jésus attendrait que nous soyons tous beaux et gentils et bien disposés à son égard pour revenir. Je ne veux effrayer personne, mais, dans ce cas, nous risquons d’attendre encore ! Et longtemps ! Nous comprenons bien que cela n’est pas la raison ; il ne faut pas envisager le retour du Christ de notre perspective, mais de celle du Christ lui-même. 

            Pourquoi le Christ est-il venu dans le monde ? Pourquoi le Christ vient-il toujours dans le monde ? Pourquoi le Christ reviendra-t-il dans le monde ? Pour sauver les hommes. C’est là sa grande mission ; c’est là son grand amour : notre salut ! Notre sainteté n’est pas le préalable à sa venue, mais la conséquence de sa venue. C’est parce que le Christ vient à nous, chaque jour, que nous pouvons devenir saints ; et non pas parce que nous sommes saints que le Christ vient à nous ! Pierre l’assure dans sa deuxième lettre : le retour du Christ est une certitude comme est une certitude sa première venue dans le monde, jadis au temps du roi Hérode. Puisque Jésus est déjà venu, comme en atteste les évangiles qui nous redisent sa vie et son ministère, nous voyons quels hommes nous [devons être] en vivant dans la sainteté et la piété. Non pas une sainteté que nous forgerions à la force de nos poignets, mais la sainteté que le Christ, mort et ressuscité a manifesté et offert à tous. Nous devons vivre du Christ, de son enseignement, de sa charité, de sa sainteté, pour hâter l’avènement du jour de Dieu. Je dois préparer le chemin du Seigneur non pas pour lui, pour qu’il ne s’écorche pas le pied, mais pour moi, pour que, quand il viendra, je ne trébuche pas sur le chemin qu’il m’invitera à prendre à sa suite. Parce que le retour du Christ sera bien ce jour où il rassemblera tous les hommes et les conduira vers son Père. Le Péché, la source du Mal, Jésus l’a vaincu une fois pour toutes sur la Croix, mais je dois me joindre à sa victoire en luttant avec le Christ contre les péchés qui peuvent envahir ma vie. Je rends droit le chemin, j’abaisse collines et montagnes, je comble les ravins, pour accueillir la grâce du Salut dans ma vie. Car le Christ ne forcera pas le passage dans ma vie. Le Salut, il me le propose, inconditionnellement ; mais il me revient de l’accepter, librement. 

            Notre Dieu est le Dieu qui nous conduit, qui nous propose un chemin ; mais nous seuls pouvons choisir de le suivre ou non. Nous seuls pouvons choisir d’accueillir sa gloire dans notre vie quand elle rayonnera sur le monde. Ecoutons l’appel d’Isaïe ; accueillons le baptême de conversion proposé par le Baptiste ; et l’Esprit Saint pourra agir en nous pour faire toute chose nouvelle. Quand le Christ paraîtra, nous pourrons aller à la rencontre de Celui qui ne cesse de venir pour nous conduire vers son Père. Amen.

samedi 15 août 2020

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2020

 La Cananéenne, Isaïe, saint Paul : même message, même combat.




(Jésus et la Cananéenne, icône du Patriarcat orthodoxe de Roumanie, Source internet)


          Ne faisons pas comme les disciples ; n’accablons pas cette femme qui poursuit Jésus et ses amis de ses cris pour que quelque chose se passe pour elle et son enfant. Ne faisons pas davantage comme ceux qui disent que l’Ancien Testament est dépassé depuis la venue de Jésus : ce que le prophète Isaïe proclame, nous concerne encore aujourd’hui. Ne faisons pas enfin comme si nous étions désormais les meilleurs ; entendons bien ce que Paul nous partage dans sa lettre aux Romains. Entrons dans chaque parole prononcée ce matin et accueillons-les comme autant de bonnes nouvelles pour nous aujourd’hui. La Cananéenne, Isaïe et Paul, c’est même message, même combat. 

            N’accablons pas cette femme qui crie après Jésus. Elle veut une guérison pour sa fille. Les disciples sont agacés parce qu’elle leur casse les oreilles. Cela doit cesser, d’où leur demande adressée à Jésus : Renvoie-la car elle nous poursuit de ses cris. Vous comprenez, elle ne fait pas partie de leur groupe, elle n’est même pas juive ; c’est une étrangère ! Et Jésus semble aller dans ce sens quand il affirme : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Pire encore juste après :  Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Rude, l’intervention. Jésus nous avait habitués à mieux, à plus de compassion, à plus de miséricorde ! Raison de plus pour nous de ne pas accabler cette femme désespérée, d’autant plus qu’elle est des nôtres, elle est nous. Car, à moins que vos ancêtres lointains n’aient été juifs au temps de Jésus, elle est bien de notre camp, elle parle pour nous. Loin de l’accabler, il nous faut la remercier parce que son intervention nous ouvre une espérance, son intervention nous ouvre la porte du salut : Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Quelle foi admirable est ainsi exprimée. Non seulement elle ne s’offusque pas à cause de la parole de Jésus, mais elle la retourne à son avantage. Elle ne veut rien qui ne soit pas pour elle ; mais elle peut bien profiter de ce que les autres n’ont pas voulu. Si les brebis perdues d’Israël ont laissé Jésus s’en aller vers les régions de Tyr et de Sidon, vers ces régions étrangères, pourquoi les habitants de ces régions ne profiteraient-ils pas de celui qui arrive ainsi chez eux ? Pourquoi ne l’accueilleraient-ils pas ? Pourquoi ne pourraient-ils pas reconnaître Jésus pour ce qu’il est ? Jésus ne s’y trompe pas : il y a là une foi puissante qui est exprimée. Que tout se fasse pour cette femme comme elle veut. A l’heure même, sa fille fut guérie, nous dit sobrement saint Matthieu. 

            Je ne sais pas si cette femme avait lu le prophète Isaïe, mais nous l’avons entendu. Et c’est bien de nous qu’il parlait lorsqu’il prophétisait ainsi : les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer… je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie… Longtemps avant Jésus Christ, le prophète rappelait ainsi la vocation d’Israël d’être lumière pour les nations païennes, et la réalité de cette vocation : elle est effective, des peuples peuvent se convertir en regardant vivre le peuple choisi. Il nous faut bien entendre toute la prophétie de ce jour. Elle commence par ces mots : Observez le droit, pratiquez la justice. Voilà dit clairement ce que doit vivre le peuple choisi pour être fidèle à sa vocation ; mais voilà aussi annoncé ce que doivent vivre les étrangers qui se sont attachés au Seigneur. Le droit et la justice sont signe de cet attachement au Dieu de l’Alliance ; ils sont le chemin qui conduit à la montagne sainte. Que nous entendions ce texte dans les conditions mêmes dans lesquelles il a été prononcé (à savoir nous ne faisions pas partie à l’époque du peuple élu sauf à vivre dans cette région) ou que nous l’entendions avec un regard chrétien sur un texte qui ne l’est pas (à savoir que l’Eglise peut être comprise comme une incarnation de ce peuple que Dieu s’est choisi par la nouvelle Alliance signée dans le sang de Jésus), quelle que soit notre lecture donc, nous n’échapperons pas au devoir de justice, nous n’échapperons pas à l’obligation d’observer le droit. Les dix commandements et toute la Loi ne sont pas abolis, mais accomplis en Jésus. Nous devons être d’autant plus rigoureux dans l’observation de la Loi, dans la pratique de la justice. Je vous renvoie au discours de Jésus sur la montagne en Matthieu chapitre 5 : Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres… et bien moi, je vous dis… 

            Il n’y a donc pas de quoi prendre la grosse tête au prétexte que nous sommes chrétiens. Le fait de suivre Jésus ne nous rend pas meilleurs que le peuple de la première Alliance qui ne l’a pas reconnu, et Dieu ne s’est pas détourné d’eux. Paul le dit très fort dans la lettre aux Romains. Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. En clair, Dieu ne regrette pas cette première Alliance ; elle n’est pas annulée par l’Alliance faite en Jésus Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes. Ces deux Alliances ont en commun d’être chacune le signe que Dieu fait miséricorde à son peuple. Chacune mène au salut pourvu qu’elle soit vécue honnêtement. Nos frères aînés dans la foi qui vivent dans le respect de la Loi donnée à Moïse parviendront au salut à cause de leur foi ; le chrétien qui vit l’Evangile de Jésus Christ parviendra au salut par sa foi ; les hommes de bonne volonté, qui ne connaissent ni Moïse, ni Jésus, mais qui vivent selon le droit et la justice, parviendront à la montagne sainte. Car aux uns comme aux autres, Dieu fait miséricorde ; Dieu fait miséricorde à l’homme juste ; Dieu fait miséricorde à celui qui observe le droit. Dieu fait miséricorde à ceux qui aiment, parce qu’au fondement de la Loi de Moïse, au fondement de l’Evangile de Jésus Christ, au fondement du droit et de la justice, il y a l’Amour. Celui qui vit la Loi de Moïse, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation de cette première Alliance  ; celui qui vit de l’Evangile de Jésus Christ, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation faite en Jésus Christ ; celui qui pratique le droit et la justice aime son prochain et est aimé de Dieu, même s’il ne connaît pas Dieu ; Dieu se révèlera à lui dans son Royaume. 

            Ayant ainsi mieux pénétrés la Bonne Nouvelle de ce dimanche, nous pouvons réentendre, mieux comprendre et faire nôtre vraiment la prière de ce dimanche entendue au début de la célébration : Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir : répands en nos cœurs la ferveur de ta charité, afin que t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions de toi l’héritage promis qui surpasse tout désir, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

 


samedi 1 août 2020

18ème dimanche ordinaire A - 02 août 2020

D'une apparente contradiction à un accomplissement lumineux.






            Je ne sais pas si vous y avez été sensibles comme moi, mais il y a comme une contradiction entre la première lecture et l’évangile de ce dimanche. Une contradiction due à la différence d’attitude entre Dieu et Jésus. Quelque chose semble opposer les deux textes ; quelque chose semble opposer Dieu qui parle dans la première lecture, et Jésus qui parle dans l’évangile. Je m’explique. 

            L’extrait du prophète Isaïe que nous avons entendu provient du chapitre 55, entièrement adressé au peuple de fidèles appelé à repeupler Jérusalem, dont le chapitre 54 annonçait la restauration. Nous avons entendu les trois premiers versets de ce chapitre. Ils sont marqués par l’invitation renouvelée plusieurs fois à profiter des largesses de Dieu : Venez, voici de l’eau… venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait, sans argent, sans rien payer. Je passe sur la contradiction qui ferait frémir plus d’un commerçant : venez acheter… sans rien payer ! Ce n’est plus vraiment un achat, n’est-ce pas ! N’allez pas, demain matin, vous précipiter chez votre épicier pour acheter sans payer, sous prétexte que Dieu l’a dit par son prophète Isaïe. Ce que Dieu a à vendre et qui n’a pas de prix, ce n’est pas quelque chose qui se trouve chez votre épicier. Ce dont parle Dieu, c’est du vin de son amour, du lait de sa Parole. C’est à cela que Dieu invite les fidèles qui vont repeupler la ville de Dieu, Jérusalem. La suite du texte le prouve : Ecoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses… Prêtez l’oreille, venez à moi ! Ecoutez, et vous vivrez. Ecouter, prêter l’oreille, Ecouter : ces verbes ne laissent aucun doute sur ce que Dieu nous vend : il nous vend sa Parole comme source d’une alliance éternelle, une alliance pour la vie, une alliance pour le bonheur. Cette alliance est pour le peuple de ses fidèles. Nous ne trouverons rien d’autre dans le commerce avec Dieu qu’un amour et une Parole ; mais quelle Parole ! Nous pouvons relire toute la Bible, nous constaterons la puissance de cet amour, les bienfaits et l’efficacité de cette Parole. Cet amour et cette Parole n’ont pas de prix ; c’est pourquoi il n’est nul besoin d’argent pour les acquérir. Dieu donne sa Parole au peuple fidèle qu’il rassemble ; Dieu offre son amour au peuple fidèle qu’il appelle. Nous pouvons dire que, dans ce passage d’Isaïe, Dieu régale son peuple !  

           Et c’est là que peut apparaître une contradiction avec l’évangile de ce dimanche. Devant le constat fait par les Apôtres (la foule est trop nombreuse, il faut la renvoyer dans les villages alentours pour que ceux qui la composent puissent avoir à manger), devant ce constat donc, Jésus refuse et invite ses Apôtres à donner eux-mêmes à manger à la foule. Là, devant l’urgence, Dieu ne régale plus ! Imaginez la tête des Douze : ils n’ont que cinq pains et deux poissons. Autant dire que cela ne suffira peut-être même pas pour eux et Jésus. Alors que du temps du prophète, Dieu disait : Venez, voilà que Jésus dit : débrouillez-vous ! C’est du moins ce que nous pouvons comprendre à travers ce : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants ! Vous doublez au moins le nombre de bouches à nourrir. Je laisse les bonnes cuisinières et les bons cuisiniers de l’assemblée me dire comment ils font avec cinq pains et deux poissons. A moins que nous n’ayons mal compris Jésus et mal compris le texte. 

            Il y a une différence de situation entre l’époque d’Isaïe et l’époque de Jésus. A l’époque d’Isaïe, il fallait repeupler Jérusalem avec le peuple resté fidèle malgré l’exil à Babylone. En invitant son peuple à rentrer dans la ville de David, Dieu invite son peuple à une fidélité renouvelée à l’Alliance éternelle qui avait été oubliée quelques années avant. Quand Jésus paraît, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre, une nouvelle alliance qui commence, une alliance qui s’adresse à tous les hommes et dont les Apôtres (ceux qui sont fidèles) ont à témoigner. C’est bien à eux qu’il reviendra d’aimer et d’inviter les peuples à la table du Seigneur. C’est bien à nous, fidèles baptisés, qu’il revient d’inviter la foule qui a faim et soif ; c’est bien à nous, baptisés, de partager avec eux le vin de l’amour de Jésus et le lait de sa Parole. Nous les avons reçus gratuitement, comme jadis le peuple dont parle Isaïe. L’amour du Christ et l’enseignement divin ne nous ont pas été donnés pour que nous les conservions, mais pour que nous les partagions, dans l’esprit de Jésus. Ces paroles bibliques peuvent nous sembler n’être que peu de choses (cinq pains et deux poissons), mais c’est tout ce que nous avons, avec en plus la grâce de la présence de Jésus et de son lien si particulier à celui que nous appelons Dieu et qu’il appelle son Père. Jésus est la Parole de Dieu à l’œuvre ; en Jésus, est tout l’amour de Dieu pour les hommes à qui il a donné vie. Le peu que nous avons, multiplié par la puissance de vie et d’amour de Jésus, suffira toujours à nourrir les foules affamées de vérité, d’amour, de justice, de liberté. Ce pain-là ne fera jamais défaut tant que nous accueillerons dans notre vie les grâces que Dieu nous accorde. 

           A nous il dit, comme au temps du prophète Isaïe : Venez acheter et consommer, sans argent et sans rien payer. Ayant bénéficiés des largesses de Dieu, nous sommes invités alors par Jésus, à donner nous-mêmes à manger à ceux qui viennent vers lui sans trop savoir qui il est. Il sera toujours avec nous pour que nos pauvres paroles reflètent la richesse de sa Parole vivante et éternelle, pour que notre pauvre amour reflète l’immense amour de Dieu. Il sera toujours avec nous pour multiplier à l’infini ce que nous voudrons bien partager de son enseignement et de son amour. Il n’y a pas de contradiction entre Isaïe et l’évangile ; il y a continuité, accomplissement à travers nous, dans la puissance du Ressuscité. Ayons confiance en nous ; ayons confiance en la présence éternelle et véritable de Jésus à nos côtés ; et les foules qui viennent vers Jésus pourront encore longtemps être rassasiées. Il ne faut pas plus qu’un peu d’amour et une parole fraternelle pour que les hommes soient rassasiés, du moment que nous présentions cet amour et cette parole à Jésus et que Jésus les offre à son Père. Tout devient possible : osons cet amour, osons cette parole. Amen.

 

 (Tableau de Yvette METZ, collection Les enfants d'Abraham)


dimanche 22 décembre 2019

4ème dimanche de Carême A - 22 décembre 2019

Marie n'est pas là, et pourtant !







            Elle n’est pas là physiquement, mais la première lecture et l’Evangile ne parlent que d’elle dans cette liturgie du quatrième dimanche de l’Avent. Pas étonnant donc qu’une des propositions de décor pour notre communauté ait été de ne mettre aujourd’hui que Marie seule dans la crèche. Elle n’est pas là, mais elle est incontournable, même dans cette rencontre entre Joseph, son époux promis et l’ange du Seigneur qui lui apparaît. Elle n’est pas là, elle ne parle pas, mais jamais son Oui à Dieu n’aura retenti aussi fort dans la tête de Joseph. Elle n’est pas là, et pourtant sa vie reste un modèle pour tout croyant. 

            En écoutant le prophète Isaïe, qui annonce la naissance d’un fils dans la maison du roi Acaz, comment ne pas, avec l’Eglise tout entière, reconnaître la figure de Marie ? Ce n’est pas d’elle que parle Isaïe, mais la Tradition chrétienne a vu une préfiguration de Marie dans cette vierge enceinte dont parle le prophète, et une annonce de la naissance du Christ. De fait, tout chrétien qui accepte que l’Ancien Testament nous parle des promesses de Dieu à son peuple, ne pourra s’empêcher de faire ce rapprochement et reconnaître ce qui est révélé à Joseph dans l’évangile de Matthieu. Ce qui est annoncé (Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel) correspond à ce qui est annoncé à Joseph, un peu déboussolé de constater que sa promise est déjà enceinte alors qu’ils n’ont pas encore habité ensemble. Si aujourd’hui, cela ne semble pas plus dramatique que cela, puisqu’une femme peut même faire un bébé toute seule, à l’époque de Joseph, c’était le drame absolu. La Loi exigeait de lui qu’il dénonça sa femme publiquement, et celle-ci n’aurait pas manqué d’être lapidée. Mais comme Dieu fait toujours bien les choses, Joseph, qui était un homme juste, décida de faire autrement. Ce qui laisse à Dieu un temps pour révéler son projet au grand oublié de l’histoire : celui qui serait le père terrestre de Jésus. 

            Ce projet de Dieu, c’est celui que Marie avait accepté à l’Annonciation : être la mère du Sauveur que Dieu enverrait à son peuple. Ce qui est extraordinaire, ce n’est pas l’annonce d’un enfant à une fille d’Israël ; le Premier Testament regorge d’histoires d’enfants offert par Dieu à des femmes stériles ou âgées. Il y a eu, entre autres, Isaac l’enfant de la promesse, Samson, Samuel, Jean le Baptiste... Ce qui change avec celui-là, c’est qu’il vient de Dieu lui-même : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Et là nous touchons à l’essentiel pour nous aujourd’hui. Comme Marie avait accepté le projet de Dieu à l’Annonciation, Joseph doit faire sien le projet de Dieu. Et, à la suite de Joseph, nous devons faire nôtre le projet de Dieu. Il tient en deux noms : Jésus – Emmanuel. Nous découvrons qu’à travers cet enfant, Le-Seigneur-sauve son peuple et qu’il est Dieu-avec-nous. D’aucun autre enfant donné par Dieu, une telle chose est dite, même s’ils ont eu des destins extraordinaires. 

            Le-Seigneur-sauve, Dieu-avec-nous : voilà que tout nous est dit sur celui dont nous préparons la venue. Voilà que nous est annoncé notre avenir. Quand nous irons à la crèche, y verrons-nous ce Dieu-avec-nous ? Reconnaîtrons-nous le Seigneur qui nous sauve ou ne verrons-nous qu’un enfant comme tous les autres enfants ? Accepterons-nous, dans notre propre vie, le projet de Dieu pour tous les hommes, donc pour nous aussi ? Avons-nous seulement le sentiment de devoir être sauvé par Dieu ? Devant cette annonce, Joseph, réveillé, n’hésite pas : il prit chez lui son épouse et avec elle, il accepte le projet de salut de Dieu. Ce qui aurait pu être une source de conflit devient source d’avenir, pour Joseph, pour Marie, pour vous, pour moi, pour tous les hommes. Et l’histoire de Joseph devient votre histoire, mon histoire, l’histoire de tous les hommes. C’est à nous qu’il est dit : ne crains pas de prendre chez toi Marie et l’enfant qui grandit en elle. Ne crains pas d’entrer dans le projet de salut de Dieu. Accueille celle qui s’est montré capable de Dieu et deviens, toi-aussi, capable de Dieu, capable de t’ouvrir à l’avenir. Accueille celle qui m’a accueilli ; accueille-moi dans ta vie. 

            Marie n’est pas là, mais tout nous parle d’elle, à commencer par cette crèche qui se construit depuis le premier dimanche de l’Avent. Sans Marie, ce ne serait qu’une cabane en bois, pas différente des cabanes de notre enfance. Mais grâce à elle, cette cabane devient le lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes. Grâce à elle, le monde devient le lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes. Grâce à elle, tout homme devient le lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes. La décision est nôtre aujourd’hui : accueillerons-nous Marie et son enfant ? Accueillerons-nous Dieu dans notre vie ?



(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Les Presses d'Ile de France).


dimanche 17 décembre 2017

03ème dimanche de l'Avent B - 17 décembre 2017

Notre Dieu est fidèle : il nous appelle.





Si l’histoire de l’humanité n’était pas si dramatique, elle pourrait presque prêter à sourire ! Puisque l’homme recherche sans cesse d’autres formes de vie dans notre vaste univers, imaginez un instant ce que verrait de loin quelqu’un qui nous observerait : voici des hommes qui essaient de changer le monde à la force de leurs seuls poignets et de promesses vite oubliées sitôt formulées. Il verrait l’homme tel qu’il est : partagé entre ce qu’il y a de meilleur en lui et la face sombre de ses humeurs. Pour peu que notre observateur ait un peu d’humour, il nous composerait un hymne intitulé : D’r Hans im Schnokeloch, tant il est vrai que l’homme veut toujours ce qu’il n’a pas, dédaignant ce qu’il a et qu’il ne veut pas. 
 
Au cœur de cette histoire humaine, Dieu paraît ! A lire les textes bibliques, les incursions de Dieu dans l’histoire des hommes sont permanentes ; seul l’homme ne s’en rend pas compte. Depuis Abraham jusqu’à Jésus Christ, en passant par Moïse, les rois et les prophètes, Dieu n’a cessé de manifester son intérêt pour l’espèce humaine. En Jésus, il se fait même l’un de nous pour mieux délivrer l’homme de cette face sombre que l’on nomme le péché, c’est-à-dire rupture d’amour profonde entre les hommes, entre les hommes et Dieu. 
 
D’alliance en rupture d’alliance, Dieu n’a cessé ainsi de manifester son amour, sa patience infinie à l’égard de l’homme. Sa fidélité n’a de pareille que notre infidélité ! Comme si Dieu se plaisait à manifester plus de fidélité chaque fois que l’homme se montre infidèle ; comme si Dieu se plaisait à aimer davantage encore chaque fois que l’homme se détourne de lui, se détourne des autres. A notre grand péché fait face l’immense amour de Dieu ! 
 
Et Dieu sans cesse appelle. Il appelle à vivre, il appelle à aimer, il appelle à grandir dans son amour. A l’époque d’Isaïe, alors que le peuple est enfin rentré d’exil, les pauvres sont à nouveau exclus, marginalisés. Le peuple aurait-il déjà oublié l’expérience douloureuse où il n’était qu’un pauvre en terre étrangère ? Dieu envoie son prophète appeler les hommes à plus de justice : lui-même viendra rétablir cette justice ; lui-même viendra délivrer les prisonniers ; lui-même viendra proclamer une année de bienfait, une année jubilaire où les dettes seront remises, ou le pauvre pourra redresser la tête et retrouver sa dignité. Le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations. 
 
Marie, dans sa prière du Magnificat que la liturgie de ce jour nous a fait entendre, avait bien saisi cette grande fidélité de Dieu à son dessein d’amour. Son chant est une proclamation des merveilles de Dieu à l’égard de son peuple : Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour. Jamais la fidélité de Dieu à son Alliance n’avait été ainsi chantée. Et chaque fois que nous reprenons ce cantique, nous disons notre foi en cette fidélité, notre foi en l’agir de Dieu au cœur de la vie humaine. 
 
Jean le Baptiste renvoie lui-aussi à cette fidélité de Dieu les hommes qui courent vers lui. Il aurait pu jouer la vedette, profiter du courant de sympathie que suscitait sa prédication. Il a préféré renvoyer vers un autre, vers le Tout-Autre, celui qui est déjà là, au milieu de nous, mais que nous ne connaissons pas : moi, je vous baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. C’est lui qui réalisera la fidélité de Dieu. C’est lui qui nous appellera à emprunter à sa suite, résolument, le chemin qui mène au Père, en passant par les frères.  C’est pour lui qu’il nous faut aplanir les routes de nos vies. 
 
Dieu est fidèle, il nous appelle : il réalisera tout ce que le Christ a annoncé. Saint Paul s’en porte garant. C’est pour cela que nous devons être heureux, être dans la joie. Parce que nous portons, dans la foi, la certitude d’être sauvés ; parce que nous avons, au plus profond de nous, la certitude d’être accompagné de l’Esprit Saint, pour réussir nos routes humaines à la rencontre de Dieu et de nos frères. Dieu est fidèle, il nous appelle : à nous d’apprendre à l’accueillir ; à nous d’apprendre comment lui répondre, dans la joie et la foi, en fidélité à cette Alliance qui nous unit à lui. Amen.

 

 

 

samedi 14 janvier 2017

02ème dimanche ordinaire A - 15 Janvier 2017

Je fais de toi la lumière des nations.




Quel est le point commun entre le peuple d’Israël, le prophète Isaïe, Jean le Baptiste, Jésus Christ et nous ? Une même parole donnée par Dieu, un même destin : être la lumière des nations pour que le salut [de Dieu] parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. 
 
Etre la lumière des nations, c’est d’abord le rôle historique du peuple que Dieu a choisi et patiemment construit depuis Abraham. Israël n’est pas le peuple choisi par Dieu parce que celui-ci n’aurait pas d’intérêt pour les autres. Au contraire : c’est parce que Dieu se soucie de tous les peuples, c’est parce que tous les peuples ont de la valeur aux yeux de Dieu, que celui-ci se donne un peuple particulier pour vivre avec lui une alliance telle qu’elle donnerait envie aux autres peuples de vivre la même chose, et qu’ainsi les peuples divers s’uniraient dans la confession du même Dieu, dans le respect de la même Alliance, dans l’observance de l’unique parole de Dieu. Etre choisi par Dieu n’est pas du favoritisme, c’est une responsabilité : celle de faire connaître celui qui nous a appelé et mener les autres à lui. 
 
Etre la lumière des nations devient donc, en un temps précis, la mission du prophète Isaïe. Alors que le peuple de Dieu semble ne plus exister, décimé qu’il est par l’exil, voici que le prophète est chargé par Dieu de relever les tribus de Jacob, de ramener les rescapés d’Israël. Le temps de la miséricorde est venu, Dieu choisit à nouveau son peuple particulier et veut étendre son salut jusqu’aux extrémités de la terre. Le cœur de Dieu s’est dilaté ; le cœur de Dieu se révèle dans toute sa grandeur. Son salut est pour tous ceux qui le reconnaissent et viennent vers lui. Nous pouvons comprendre aisément, me semble-t-il, l’espoir qui renaît quand la nuit du péché touche à sa fin et que le salut du peuple, de tous les peuples, est annoncé ainsi. Dieu vient faire toutes choses nouvelles. 
 
Etre la lumière des nations est bien un aspect de la mission de Jean le Baptiste lorsqu’il se tient sur les bords du Jourdain et propose un baptême de conversion. Il est venu pour montrer aux hommes l’Agneau de Dieu, le Fils de Dieu. Certes, sa mission se situe bien à l’intérieur du peuple que Dieu s’est choisi. Il est venu baptiser dans l’eau pour que le Christ soit manifesté à Israël d’abord. Mais puisque la mission d’Israël est d’être déjà lumière des nations, si le Christ est révélé à ce peuple particulier, il le sera aussi aux autres, par extension de la mission. 
 
Etre la lumière des nations, c’est bien ce qu’a été Jésus durant toute sa vie et au-delà. En s’adressant à tous (y compris la Samaritaine), en guérissant des malades (y compris le serviteur d’un centurion romain), en donnant sa vie sur la croix, c’est bien à tous les hommes qu’il s’adresse, c’est bien tous les hommes qu’il embrasse de son amour. Jésus est celui qui a accompli parfaitement la prophétie confiée à Isaïe. Il a voulu unir tous les hommes en lui pour les réconcilier entre eux et avec Dieu. Il a fait de tous des frères leur rappelant qu’ils n’avaient tous qu’un même Père, le sien, le Dieu trois fois saint. Sa parole et ses actes éclairent d’un jour nouveau les rapports entre les hommes, les rapports entre les hommes et Dieu. Nous comprenons pourquoi, après la mort et la résurrection de Jésus, ses Apôtres n’ont pu se taire et garder pour eux cette Bonne Nouvelle. Nous comprenons pourquoi ils ont parcouru le monde entier pour faire connaître cette Bonne Nouvelle du salut. Comment, ayant découvert et expérimenté l’amour de Dieu pour les hommes dans leur propre vie, comment donc auraient-ils pu ne pas le faire découvrir à leur tour ? 
 
Etre la lumière des nations, c’est notre mission maintenant, à la suite des Apôtres, au titre de notre baptême. Expérimentant l’amour miséricordieux de Dieu pour nous, pauvres pécheurs, comment pourrions-nous le garder alors que notre monde est plongé à nouveau dans les ténèbres de la division, de la haine, de la destruction et de l’oppression ? Notre baptême nous oblige à des actes « politiques », en faveur de la cité, en faveur du bien des hommes, de tous les hommes. Nous ne pouvons pas nous recroqueviller sur nous-mêmes ; nous devons avoir pour tous les hommes, et particulièrement les plus petits, les plus faibles, le même amour, la même attention, le même empressement à servir que Jésus Christ. Lui qui n’a pas fait de différence entre les hommes doit nous inspirer une posture nouvelle, au nom de notre attachement à lui, une posture qui permette au plus grand nombre de vivre en paix, avec le minimum nécessaire. Nous ne pouvons pas nous contenter de regarder le monde et nous lamenter sur lui. Chrétiens, nous devons diffuser l’amour du Christ pour tous les hommes par une charité inventive et constructive. Au minimum, nous pouvons offrir un regard tendre et un cœur ouvert à ceux qui sont dans la détresse pour qu’ils découvrent qu’ils ont encore de la valeur, qu’ils sont encore de cette communauté humaine qui avance à tâtons quelquefois à la rencontre de son Dieu et Sauveur. 
 
L’homme peut manquer d’argent, mais il ne peut, il ne doit jamais manquer d’amour. Le salut commence par ceci : un geste, un regard d’amour et de tendresse. Parce que c’est le regard primordial que Dieu lui-même porte sur nous. C’est le regard par lequel nous manifesterons le mieux sa présence à tous les hommes. C’est le regard par lequel nous serons sauvés ! C’est le regard par lequel nous serons vraiment lumière des nations. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

dimanche 11 décembre 2016

03ème dimanche de l'Avent A - 11 décembre 2016

Il y a comme un parfum de joie...





Il y a comme un parfum de joie qui flotte sur la liturgie de ce troisième dimanche de l’Avent. Il suffit de relire la prophétie d’Isaïe donnée en première lecture pour s’en convaincre. Il y a comme un parfum de joie qui nous rassemble ce matin en cette chapelle autour de Victor qui recevra dans un instant le sacrement du baptême. Ce parfum de joie est la trace du passage de Dieu au cœur de notre vie. 
 
Relisons le prophète Isaïe. La joie est présente dès le premier verset entendu : le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! Ce n’est pas à une petite joie qu’invite le prophète ; ce n’est pas à une joie passagère qu’il nous convie. C’est une vraie joie qu’il nous propose, une de ces joies qui ne vous quitte plus jamais. La cause de cette joie ? Le Seigneur qui vient pour faire œuvre de salut. Voici votre Dieu : il vient lui-même et va vous sauver. C’est tout l’avenir d’un peuple qui s’ouvre à nouveau. C’est toute l’espérance d’un peuple qui va être comblée. C’est tout ce qu’attendaient les hommes qui s’étaient imaginés que Dieu les avait abandonnés. Ils étaient réduits à néant, à n’être qu’un désert aride ; les voici promis à une nouvelle vie, à la beauté d’une rose qui refleurit. La promesse de salut faite par Dieu va se réaliser et elle se traduit non seulement par du mieux, mais d’abord par du neuf. Quand Dieu intervient en faveur des hommes, c’est pour leur rendre ce qu’ils avaient perdu et le magnifier encore. 
 
            C’est exactement ce qui va se passer pour Victor dans un moment. Par le sacrement du baptême, Dieu va l’adopter, en faire son fils et lui ouvrir une vie de sauvé ! L’encouragement donné par le prophète Isaïe (Soyez forts, ne craignez pas) s’adresse particulièrement à Victor ce matin. Sois fort, Victor et ne crains pas ; aujourd’hui Dieu notre Père entre dans ta vie ; rien ne pourra jamais te séparer de lui. Il vient te sauver, te libérer de cette capacité qu’ont les hommes à faire le mal. Avec lui, tu pourras vaincre ; avec lui, tu pourras vivre libre. L’eau du baptême va couler en toi comme une source vivifiante et l’huile du salut te donnera la force de l’Esprit Saint, seule capable de vaincre le Mal et la Mort même. Ta jeune vie prend un nouveau départ, une nouvelle dimension. Te voilà mis à la hauteur de Dieu lui-même. Ta joie est en lui ; ta vie vient de lui ; ton avenir est avec lui. Aujourd’hui accueille-le ; durant toute ta vie, découvre-le ! Sois un témoin de son amour pour tous les hommes et porte-leur la bonne odeur du Christ, seul Sauveur, seul avenir pour une humanité qui se divise et se déchire. Ce parfum de joie qui inonde notre liturgie, respire-le à pleins poumons ; qu’il devienne le signe par lequel les autres sauront que tu es à Dieu et que tu vis selon l’Evangile de son Fils. 
 
            Quant à nous qui sommes croyants de plus longue date, que ce baptême fasse resurgir en nous la source dans laquelle nous avons été plongés ; qu’elle nous redonne joie, confiance et espérance. Celui qui nous a appelés à la vie va venir ; Dieu l’a promis, il est fidèle à sa parole. Ne sentez-vous pas déjà la bonne odeur du Christ qui vient faire toute chose nouvelle ?