Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Volonté de Dieu. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Volonté de Dieu. Afficher tous les articles

dimanche 1 février 2026

4ème dimanche ordinaire A - 1er février 2026

 Le monde que Dieu veut.




(image trouvée sur internet : Heureux)



 

            A lire les lectures de ce dimanche, il peut rester une étrange impression qui nous ferait croire que Dieu nous veut faibles. Dans le livre du prophète Sophonie, nous avons pu lire ainsi : Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit… Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul écrit : ce qu’il y a de faible… ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi… et dans l’évangile, les béatitudes ne sont pas en reste : Heureux les pauvres de cœur, heureux ceux qui pleurent… Le serpent de la Genèse aurait-il eu raison ? Dieu veut être le seul fort, il ne supporterait pas de concurrence en face de lui ?

            La question me semble mal posée. Plutôt que de partir de Dieu, partons des hommes, et regardons notre monde. Que voyons-nous ? Des hommes forts qui semblent disjoncter, n’hésitant pas à utiliser la force armée pour jouer au conquérant, manipulant la vérité pour écrire une histoire qui leur convienne, ne tenant pas compte de l’aspiration des peuples à la paix et à la vérité. Des puissants qui se partagent le monde en trois sans demander ce qu’en pensent les autres. En fait, ce ne sont que des réflexes de gamins de cours d’école qui cherchent à s’approprier ce qui leur fait envie chez les autres, et tant pis si ces autres doivent souffrir. Et comme toujours avec les harceleurs de cours d’école, ceux qui pourraient réagir ne le font pas ; il ne faudrait quand même pas les fâcher et leur déplaire. Ce monde-là, c’est le monde que voulait le serpent de la Genèse, plus connu sous son nom de diviseur. Il semble plus que jamais réussir. Mais ce n’est pas le monde que voulait Dieu quand il l’a créé ; ce n’est pas le monde que Dieu veut pour nous aujourd’hui.

            Le projet de Dieu, aujourd’hui comme à l’origine, c’est un monde fait d’harmonie, où tous cohabitent en paix. Dans ce monde, l’agneau n’a pas peur du loup, le veau ne craint pas le lionceau, Dieu et l’homme vivent en Alliance, la paix est le quotidien de tous. C’est ce monde-là qu’annoncent les béatitudes ; c’est ce monde-là que Dieu redessine en faisant le choix des petits et des pauvres. Parce que les petits et les pauvres attendent tout de Dieu et ne cherchent pas à s’imposer. Si les grands, les gens de pouvoir, savaient l’exercer pour le bien de tous, cela ne poserait pas de problème. Hélas, ils sont rares, ou en tous les cas, ils semblent rares, les puissants qui aujourd’hui pensent au bien commun davantage qu’à leurs propres intérêts. Le pape Léon l’a rappelé lors de ses vœux au corps diplomatique : la guerre est revenue à la mode et une ferveur guerrière se répand. La force brute et brutale n’a jamais conduit au bonheur.

             Le monde que Dieu dessine et propose à l’humanité est un monde où chacun se respecte, un monde où chacun veille sur les autres plutôt que de surveiller les autres. Le bonheur vient quand l’humanité sait être douce ; le bonheur vient quand l’humanité a faim et soif de justice ; le bonheur vient quand l’humanité est miséricordieuse ; le bonheur vient quand l’humanité favorise la paix… Le bonheur vient quand l’humanité reprend Dieu comme partenaire de vie. Parce que le mal qui ronge notre vie, le mal qui nous fait envier ce que les autres ont et que nous pourrions leur prendre, le mal qui travestit la vérité, ce mal n’a pas de pouvoir sur Dieu ; mieux encore, ce mal et tout le mal que nous pourrions imaginer faire, Dieu l’a vaincu, Dieu l’a anéanti par son Fils Jésus. Et il l’a fait, non pas avec une armée et des guerriers, mais avec l’obéissance jusqu’à la mort de son Fils unique, offert sur la croix pour le salut du monde. Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort. Trop souvent, quand l’homme construit son bonheur, il le fait pour lui contre celui des autres, comme s’il ne pouvait pas être heureux avec les autres, être heureux pour les autres, mais seulement être heureux contre les autres. Le bonheur que Dieu construit est un bonheur pour tous, car Dieu ne peut être heureux tant qu’un seul homme souffre. Dieu se réjouit de notre bonheur et souffre de notre malheur. Le bonheur que Dieu nous propose est celui d’une humanité réconciliée, apaisée, libérée. Pour cela, nous devons renoncer à notre désir de puissance, renoncer à notre désir de possession, renoncer à notre désir d’être plus et mieux que les autres. En fait, il s’agit de renoncer à notre désir d’être notre propre Dieu pour apprendre à vivre dans ce monde que Dieu a dessiné pour nous. Il s’agit de marcher humblement avec notre Dieu pour reconnaître en chacun un frère que Dieu nous donne, et non un adversaire ou un concurrent.

            Si la liturgie semble faire aujourd’hui l’éloge de la faiblesse et de la pauvreté, c’est parce que Dieu a pris le parti des petits et des pauvres, reconnaissant en eux l’humanité qui peut repartir d’un bon pied, l’humanité qui comprend la solidarité, l’humanité qui sait vivre la fraternité. Dieu est et doit rester le seul tout-puissant, parce que sa toute-puissance ne se mesure pas en régiments et en armes, mais en amour et en pardon. Sur ce terrain-là, il est imbattable ; c’est sur ce terrain-là qu’il construit son monde nouveau où il nous attend. C’est vers ce monde-là qu’il nous faut marcher, résolument. Amen.

samedi 30 décembre 2023

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2023

Une famille qui vit dans la puissance de l'Esprit Saint.





 

            Lorsque nous célébrons la Sainte Famille, nous pensons spontanément à Jésus, Marie et Joseph, et c’est normal puisque ce sont les personnages essentiels de nos crèches. Le récit de la Nativité, tel qu’il nous a été rapporté par Luc lors de la messe de minuit, nous dit bien que Joseph venait se faire recenser à Bethléem avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte, et que pendant qu’ils étaient là, elle mit au monde son fils premier-né. Joseph, Marie et Jésus : c’est bien la Sainte Famille. Pourtant, l’évangile de cette fête, toujours tiré de l’œuvre de Luc, nous parle aujourd’hui d’un autre personnage important dans cette famille, et qui semble l’accompagner dans ces premiers temps de la vie de Jésus. Ce n’est pas le vieillard Siméon, ce n’est pas la prophétesse Anne, c’est l’Esprit Saint. 

            Marie et Joseph font ce qui est prescrit par la loi de Moïse : ils amenèrent Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Ce que Luc nous montre, c’est d’abord une famille qui obéit à Dieu, comme il y en a tant d’autres à la même époque. Mais contrairement aux autres familles, quand celle-ci vient, il se passe des choses uniques. Sous l’action de l’Esprit Saint, Siméon vint au Temple au même moment. Et il a la joie de recevoir l’enfant dans ses bras. Il tient dans ses mains, tout ce pour quoi il a vécu. Il est conscient, et sa prière en atteste que se réalise la promesse qui lui avait été faite : Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Tout a sa joie, il déclare : Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples. La révélation de ce que sera cet enfant, qui avait été faite jusque-là uniquement à Marie et Joseph, est rendue publique par Siméon, sous l’action de l’Esprit Saint. Quand une famille obéit à Dieu, elle n’a pas besoin de s’expliquer ; l’Esprit Saint révèle ce qui doit être connu par les chemins qu’il juge utile. La prophétesse Anne joue le même rôle, dans les mêmes conditions. Sa mission de prophétesse témoigne qu’elle aussi vit dans l’obéissance à l’Esprit de Dieu. 

            Jésus lui-même, de retour à Nazareth avec ses parents, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse (l’autre nom de l’Esprit Saint ans l’A.T.) et la grâce de Dieu était sur lui. Quand les parents obéissent à l’Esprit saint, leur enfant ne peut que faire de même. Je sais bien que certains diront que ce n’est pas pareil pour Jésus : il est Fils de Dieu de toute éternité, il a toujours fait ce que le Père attendait de lui. Peut-être, sans doute même. Mais grandir, entouré de parents qui respectent Dieu, lui permet assurément de découvrir qui il est véritablement : vrai Dieu et vrai homme. Quand l’homme suit la voix de Dieu, Dieu peut suivre la voix des hommes. Et le salut peut être réalisé. Dans cette Alliance nouvelle, Dieu et l’homme sont des partenaires solides l’un pour l’autre, sinon ce n’est pas une Alliance qui est proposée. Célébrer la Sainte Famille, c’est célébrer cette Alliance nouvelle que Dieu veut établir avec chacun de nous, comme il l’a déjà établi avec cette famille particulière en lui confiant son Fils unique. Ce que vivent Marie, Joseph et Jésus, par la grâce de l’Esprit Saint, nous sommes pareillement appelés à le vivre, nous qui avons tous reçu l’Esprit Saint au jour de notre baptême. 

            Que nous lisions les récits de l’enfance dans l’évangile de Luc ou dans l’évangile de Matthieu, l’Esprit Saint est toujours présent, veillant à ce que tout se déroule selon le projet initial de Dieu. Ne sous-estimons pas la force de l’Esprit Saint dans nos propres familles, saintes elles-aussi parce qu’appelées à vivre selon le projet de Dieu, saintes elles-aussi parce que accompagnées par l’Esprit de Dieu. Que cette fête nous permette de redécouvrir la vocation de toute famille chrétienne : vivre, à l’image de Marie, Joseph et Jésus, le projet que Dieu porte pour elle. Ainsi nos familles participeront à la construction d’un monde meilleur où Dieu sera tout pour tous. Amen.


samedi 23 décembre 2023

4ème dimanche de l'Avent B - 24 décembre 2023

 Est-ce toi qui me bâtiras une maison ?



 

 

 

            Au terme de notre Avent, à quelques heures de célébrer dans la joie la naissance du Sauveur, il nous est bon d’entendre l’échange entre le roi David et le prophète Nathan. Il nous dit quelque chose d’essentiel de notre rapport au Dieu qui vient. Tout est résumé admirablement dans cette question : Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? C’est Dieu qui parle ainsi à David par son prophète. 

            Tout part du constat que David fait sur sa situation comparée à celle de l’arche de l’Alliance : J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! Sa réaction est simple : puisque Dieu a tout fait pour moi (Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient), je vais faire à Dieu une maison digne de lui. Je ne doute pas un instant de la sincérité de David ; mais je ne peux m’empêcher d’être partagé entre prétention et naïveté. Prétention, parce que David ferait à Dieu quelque chose que Dieu ne saurait se faire lui-même, et il le ferait mieux que lui ? Personne n’a songé un instant que cela pouvait plaire à Dieu d’habiter sous une tente, comme jadis, lors de la longue traversée du désert ? Naïveté, parce qu’il se croit à la hauteur de la tâche ! Remarquez : le prophète Nathan se laisse prendre lui-aussi au jeu : Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. C’est dans la nuit suivante que Dieu parle à son prophète pour qu’il interroge David : Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? 

            Derrière cette question, se cache une tentation très humaine qui se présente à tous à un moment ou à un autre de notre vie spirituelle : l’envie de faire quelque chose pour Dieu. Devant tout ce que Dieu a fait et continue de faire pour nous, nous pensons qu’il est temps que c’est à nous de faire quelque chose pour lui. C’est la porte ouverte aux très bonnes résolutions qui, sitôt prises sont aussitôt abandonnées, parce que, comprenez-vous, la vie n’est pas simple, il y a tant de choses à faire, … Je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir la reconnaissance de ce que Dieu fait pour nous ; je ne dis pas qu’il ne faut pas se bouger pour lui en menant une vie selon sa volonté. Quand nous vivons simplement notre foi, nous ne faisons rien pour Dieu ; nous montrons juste que nous ne sommes pas des enfants ingrats qui ont tout reçu et ne savent pas dire merci. Vivre notre foi, nous le faisons pour nous. Nous ne le faisons pas pour Dieu, nous le faisons à cause de Dieu, parce que sa grâce nous a touchés. Non, les choses que nous voulons faire pour Dieu, c’est cet extra, ce truc en plus dont on pense qu’il fera plaisir à Dieu, sans vraiment savoir, une espèce de radicalité qui nous prend après un événement, une retraite, une épreuve dont on sort grandi.  C’est de l’ordre de la tentation, parce qu’elle ne rentre pas vraiment dans ce que Dieu attend de nous. Nous voulons juste faire plus, pour lui montrer qu’on est bien, nous ; et surtout meilleur que les autres ! 

            L’histoire de David, et bien plus tard, l’histoire de Marie, nous montre au contraire que la seule chose à faire pour Dieu, pour ceux qui tiennent absolument à faire quelque chose pour lui, c’est de répondre à sa volonté, ni plus, ni moins. Le vieux principe liturgique qui affirme que chacun fait seulement, mais totalement, ce qui lui revient, s’applique aussi en matière de vie spirituelle. Faire seulement, mais totalement, la volonté de Dieu ! C’est déjà pas mal, croyez-moi ! Cela m’oblige, non pas à imaginer ce qui ferait plaisir à Dieu, mais à écouter Dieu qui me dit ce qu’il attend de moi. Je ne pars pas de moi ; je pars de Dieu. Lui seul sait ce dont je suis capable ; lui seul me propose le vrai chemin pour parvenir à lui ; lui seul peut conduire ma vie au bonheur véritable. Entendons bien Marie quand l’ange lui a tout expliqué. Elle ne dit pas : j’ai compris, je sais ce que vais faire, comment je vais le faire, quand je vais le faire… Elle dit simplement : Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. Et pas un jour ne passera sans qu’elle n’habite cette volonté. Jusqu’au bout, jusqu’à la croix de son Fils, c’est la volonté de Dieu qui guidera sa vie. 

            Renoncer à vouloir faire quelque chose pour Dieu pour mieux entrer dans sa volonté : voici à quoi nous sommes appelés. Nous ne bâtirons rien pour Dieu ; mais lui bâtira notre vie et notre avenir. Ecoutons-le, suivons-le, mais avant tout, accueillons-le. Amen.

samedi 13 février 2021

6ème dimanche ordinaire B - 14 février 2021

 Je le veux, sois purifié.



(Jésus guérit un lépreux, Mosaïque XII-XIIIème siècle, Cathédrale de Monreale, Sicile)




            A trois jours de l’entrée en Carême, il est heureux que la liturgie nous fasse entendre ce récit de la guérison d’un lépreux. Maladie terrible entre toutes à une époque où n’existait aucun traitement, elle était excluante, la communauté devant se protéger de toute contagion. Nous comprenons donc les recommandations faites par le Seigneur à Moïse au sujet de ceux qui sont touchés par cette maladie : ils vivront à l’écart, ils seront impurs. Plus surprenante cependant la réaction de Jésus. Regardons de plus près. 

            Alors qu’il aurait fallu tenir le lépreux à distance, Jésus se laisse approcher. Lépreux ou pas, voilà quelqu’un qui a besoin de lui, quelqu’un qui a une demande à formuler. Remarquer l’humilité de cet homme : il sait que Jésus peut quelque chose pour lui ; il sait que, grâce à Jésus, il peut être réintégré dans la communauté. Mais il n’exige rien. Il ne vient pas dire : je veux être guéri. Non, il se fait humble, et tombant à ses genoux, dit à Jésus : : Si tu le veux, tu peux me purifier. Non pas je veux, mais si tu le veux. Face à Jésus, son désir de guérison est moins important pour lui que le désir de Jésus. S’il a bien compris qui est Jésus, il sait que Jésus peut réaliser cette merveille pour lui ; il n’a, je crois, aucun doute à ce sujet. Mais il est conscient aussi, me semble-t-il, que Jésus ne fait rien par hasard. Je ne sais comment, mais il me semble que ce lépreux a compris que la mission de Jésus s’inscrit dans quelque chose de plus grand, dans ce que nous appelons le projet de salut de Dieu. Si tu le veux, c’est comme pour dire si j’entre dans ce grand projet, je sais que tu me guériras. Et peut-être qu’il a même accepté qu’il puisse ne pas entrer dans ce projet. Si tu le veux : c’est toi qui décides, je suis prêt à me laisser faire, je m’abandonne à toi.

            Comment Jésus aurait-il pu ne pas être saisi de compassion ? Bien sûr qu’il va faire quelque chose. Il étendit la main, le toucha et lui dit : Je le veux, sois purifié. Remarquez la tendresse de Jésus qui n’hésite pas à toucher celui qui se prosterne devant lui. Il ne se contente pas d’une parole, il ose un geste tendre, alors qu’il n’a aucun gel hydroalcoolique. Quelle leçon pour notre époque qui ne parle plus que de gestes barrières, qui abolit toute tendresse, qui anéantit toute humanité ! Jésus vient nous redire que l’autre, quelle que soit sa maladie, est toujours un humain et que tout doit être fait pour le garder dans la communauté humaine. Le projet de Dieu pour l’homme, c’est un homme debout, un homme vivant, un homme en relation. Le Je le veux de Jésus n’est en rien une parole d’enfant gâté qui exige tout et n’importe quoi ; il est la manifestation claire et sans ambiguïté de la volonté de Dieu pour chaque homme. Et puisque, à l’époque de Jésus, une maladie grave est souvent identifiée comme le résultat d’un péché, Jésus vient bien dire que Dieu veut l’homme libre même du péché, c'est-à-dire libre de la source même du Mal. D’où l’injonction de Jésus : Va te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : ce sera pour eux un témoignage. Témoignage de quoi ? Témoignage de l’intervention de Dieu en faveur d’un de ces petits qui sont ses préférés ; témoignage que Dieu vient à la rencontre de l’homme quand celui-ci exprime son désir de Dieu ; témoignage que le Règne de Dieu est à l’œuvre, qu’un temps nouveau est ouvert ; témoignage que le Mal peut être vaincu.  

            Dans trois jours, nous ouvrirons le temps du Carême. C’est justement un temps de purification, un temps de retour vers Dieu, un temps pour accueillir dans notre vie le désir de Dieu de nous sauver. Nous pourrons être ce lépreux qui se prosterne devant Jésus et lui exprimer notre attente : Si tu le veux… Et nous l’entendrons nous répondre : Je le veux !  C’est une certitude, ce doit être notre certitude. Dieu ne reste pas sourd à nos appels ; il veut notre salut. N’ayons pas peur de l’approcher, n’ayons pas honte d’exprimer humblement notre demande. Jésus veut toujours nous sauver ; il est venu pour nous sauver. Amen.

vendredi 14 août 2020

Assomption - 15 août 2020

 Avec Marie, disons notre "Fiat" et notre "Magnificat".





En cette année si particulière, marquée par une crise sanitaire sans précédent qui n’en finit pas de durer, tous les grands pèlerinages sont suspendus par souci de l’autre, par crainte de la maladie. D’où cette opération « Lourdes en Alsace » que notre archevêque nous propose de vivre en ce quinze août, fête de l’Assomption de Notre Dame. A cette occasion, dans le souci d’une démarche réellement diocésaine, Mgr Christian Kratz, évêque auxiliaire, propose deux homélies au choix. Je vais vous en partager une, celle qui nous rappelle que Marie est la figure de tout croyant, appelé à dire à sa suite son « Fiat » et son « Magnificat ». Voici donc le texte de cette homélie. 

            « En cette fête de l’Assomption, notre regard et notre cœur se tournent vers Marie. Arrêtons-nous quelques instants auprès de celle qui a permis à Dieu d’habiter la terre des hommes. Elle est pour nous un repère, un modèle, un signe fort de ce que Dieu veut faire avec chacune et chacun d’entre nous. En effet, notre vocation chrétienne est fondamentalement mariale : il nous faut, comme elle, accueillir l’Esprit de Dieu pour qu’il féconde notre vie, pour que Dieu puisse prendre corps en nous, que nous puissions vivre de sa présence et le donner aux autres. 

            Pour être à la hauteur du projet de Dieu et prendre notre part à la mission de l’Eglise, trois conditions sont nécessaires, trois conditions que Marie a pleinement remplies. 

            Première condition : on ne peut donner que ce que l’on a ! Donc pour donner Dieu au monde, pour en témoigner, il faut en vivre passionnément. Marie était tout habitée de Dieu avant même l’Annonciation ; elle était une de ces pauvres de Dieu éternel et vrai que nous présente la Bible. Dès son plus jeune âge, elle a appris à connaître Dieu, à le fréquenter, à l’écouter, à lui parler. C’est à cela que nous aussi sommes appelés : considérer que Dieu est quelqu’un, un vivant qui se donne à nous pour que nous nous donnions à lui, un vivant qui veut nous faire vivre et nous communiquer son bonheur. Dieu n’est ni une théorie abstraite, ni un principe immuable, ni un code de morale, ni même une habitude. Dieu n’est pas obligatoire ! Dieu est vie ; Dieu est amour ; et le fréquenter, c’est aimer et c’est vivre ! Nombre de baptisés confirmés s’ennuient avec le Bon Dieu parce qu’ils n’ont pas compris que la foi est d’abord une histoire d’amour, une formidable histoire d’amour que Dieu ne cesse de tisser avec chacune et chacun d’entre nous, conjuguant sa grâce qui se donne et notre liberté qui accueille. Renouons avec un désir plus fort de fréquenter les Ecritures, de mieux connaître le Seigneur, de nous mettre un peu plus à son écoute et à son école. 

            Deuxième condition : Marie n’est pas une espèce de météorite qui serait tombée du ciel. C’est une fille d’Israël, membre d’un peuple qui a reçu la Révélation et qui est chargée d’être, au milieu des nations, le signe de la transcendance, de l’unicité et finalement de l’amour de Dieu. Marie, membre d’un peuple ! C’est de ce peuple qu’elle a tout reçu, et c’est à ce peuple qu’elle a tout donné. Oui, Marie est membre du peuple d’Israël et membre éminent du nouveau peuple de Dieu, du nouvel Israël qui a jailli, qui s’est constitué le jour de la Pentecôte ; c’est pour cela que nous vénérons Marie comme Mère de l’Eglise, Mère de ce peuple en marche vers l’accomplissement de son espérance. Cela veut dire qu’il n’y a pas de foi qui ne soit fondamentalement ecclésiale. La foi des chrétiens est ecclésiale ou elle est bancale. C’est parce qu’elle était membre d’un peuple que Marie a pu remplir sa mission et qu’elle a pu répondre « fiat » et « magnificat » à l’Annonciation. 

            Nous aussi, nous sommes membres d’une communauté, d’une Eglise, d’une paroisse. Je sais bien que parfois, c’est un peu lourd à porter, que l’Eglise n’est pas à la hauteur, qu’elle a des défauts… Evidemment qu’elle a des défauts, puisque ce sont les nôtres, les miens, les vôtres, les défauts de chacune et de chacun ; mais l’Eglise n’est pas sainte à cause des membres qui la constituent, mais parce que Dieu l’habite et veut rendre saints tous ceux qui acceptent de se reconnaître en elle et d’y apporter leur contribution, leurs compétences et leur amour. Vous savez, l’Eglise c’est comme une famille ; dans une famille, on s’aime et de temps en temps, on se dispute : les adolescents veulent plus de liberté, les parents freinent ; parfois il sont un peu dépassés. Dans l’Eglise, c’est un peu pareil ! Cette Eglise, même si parfois elle nous fait souffrir, nous devons l’aimer parce que c’est elle qui nous a engendrés à la foi et qui ne cesse de nous enfanter à la vie de Dieu. C’est elle qui nourrit notre foi, qui l’encourage, qui la stimule, qui la régule aussi, car sinon notre foi risquerait de partir dans tous les sens. Pour vivre notre foi, pour vivre notre vocation et notre mission, nous avons besoin de l’Eglise et l’Eglise a besoin de nous. Ensemble, formons une communauté dynamique, appelante pour que d’autres puissent y trouver un sens à leur vie, à leurs souffrances, aux difficultés qu’ils rencontrent, qu’ils puissent se sentir enracinés dans l’Evangile et portés par une communauté de frères. 

Relation à Dieu, membre d’un peuple et enfin, troisième condition pour remplir cette mission de Marie : être, devenir sans cesse des serviteurs. Vous le savez, le seul titre que Marie a revendiqué dans l’Evangile, c’est à l’Annonciation, lorsqu’elle dit à l’ange : Je suis la servante du Seigneur, que tout se fasse pour moi selon ta parole. Autrement dit : Je suis disponible, je suis prête, Seigneur, tu peux compter sur moi, je suis ta servante ! Chacun d’entre nous est appelé à être un serviteur, et l’Eglise est appelée à être servante d’humanité, servante des pauvres, servante pour révéler l’amour incroyable que Dieu porte à notre humanité, pour révéler à tous l’espérance qui nous est offerte et la vie que la Pâque de Jésus et l’Assomption de Marie ouvrent à chacun d’entre nous. Alors, au-delà des tentations du pouvoir qui nous habitent, au-delà des habitudes qui nous enferment, au-delà des peurs qui parfois nous paralysent, soyons des serviteurs et des servantes simples, humbles mais pleins de confiance, parce que nous savons que nous sommes formidablement aimés ; nous savons que Dieu a le projet d’habiter notre cœur. En accueillant ce Dieu pauvre de la crèche, de la croix et de l’eucharistie, ce Dieu pauvre qui, dans quelques instants, va encore se remettre entre nos mains, nous ne pouvons qu’être à notre tour simples, pauvres et disponibles pour que vive et grandisse l’amour dans les cœurs et dans le monde. Vous le savez bien : c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres qu’on nous reconnaîtra comme les disciples du Crucifié Ressuscité, disciples de Jésus. 

En concluant, je voudrais vous rappeler ces trois impératifs, ces trois conditions que je viens de développer : avec Marie, à la suite de Jésus, vivons une relation forte, habituelle, chaleureuse, vivante au Dieu de la vie et de l’amour ; cette relation, vivons-la au sein d’un peuple, d’une communauté de frères, d’une Eglise et, dans cette Eglise au milieu du monde, soyons les bons serviteurs, les bonnes servantes de la tendresse de Dieu. En cette fête de l’Assomption, redisons comme Marie au Seigneur : Fiat ! Oui, je suis d’accord, Seigneur, d’accord pour me laisser appeler et envoyer, d’accord pour me laisser éclairer, fortifier et transformer par l’amour ; fiat, mais aussi magnificat, car ma vocation, ma mission, et tout ce que tu me donnes, tout ce que tu me confies, c’est cela ma joie profonde. Magnificat, pour maintenant et pour l’éternité. Amen ! »


(Arcabas, Assomption, Congrégation des Augustins de l'Assomption, Paris, 2007)


samedi 10 août 2019

19ème dimanche ordinaire C - 11 août 2019

Inquiétant ou stimulant ?





Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n’en recevra qu’un petit nombre. Voilà un passage de l’Evangile qui devrait nous inquiéter et nous stimuler en même temps. Car ne nous y trompons pas, nous appartenons tous à la première catégorie citée par Jésus, ceux qui connaissent la volonté du Maître. 


Ce passage devrait donc nous inquiéter, à moins que nous n’aimions prendre des coups, mais cela est une autre histoire. Quand viendra le jour du retour du Christ, retentira pour nous ce cri jadis lancé par Jean-Paul II lors de son premier voyage en France : France, qu’as-tu fais de ton baptême ? Vous remplacez « France » par votre propre prénom, et vous comprendrez pourquoi l’évangile de ce dimanche devrait nous inquiéter. Nous sommes ces serviteurs à qui tout a été donné pour qu’ils comprennent bien la volonté de leur Maître, la volonté de Dieu : par le baptême, nous sommes ses enfants, membres du peuple que Dieu se donne ; par la confirmation, nous avons accueilli l’Esprit Saint qui nous fait tout comprendre ; dans l’eucharistie, nous recevons le Christ lui-même, Dieu fait homme pour notre salut ; dans notre bible, nous avons la Parole même de Dieu qui nous est donnée, non pas comme un beau livre, mais comme une boussole pour nous conduire sur notre route quotidienne, comme une lumière pour nous éclairer dans la nuit de nos tentations et de notre péché. Dieu nous a tout donné en Jésus ; Dieu nous a appelés à marcher à sa suite, et nous avons accepté. Ayant tout reçu, nous avons la connaissance de la volonté de Dieu, ou a minima la possibilité de la connaître pour peu que notre baptême signifie quelque chose pour nous. Non, nous ne pourrons pas dire, au retour du Christ, que nous ne savions pas. Nous ne pourrons pas dire que nous nous sommes assoupis, fatigués d’attendre son retour, sans cesse retardé. Jésus nous le rappelle dans son enseignement de ce dimanche : nous sommes censés rester en tenue de service, ceinture autour des reins et lampes allumées. C’est-à-dire prêts à le recevoir ! En relisant l’enseignement de Jésus au soir de sa mort, nous pouvons comprendre que ce vêtement du service, c’est l’amour de Dieu et du prochain, dont nous ne pouvons nous défaire. Nous ne pouvons pas nous fatiguer d’aimer ; nous ne pouvons pas nous fatiguer de servir Dieu et nos frères. Et cela vaut pour chaque baptisé. 


Si ce passage nous inquiète, il peut alors aussi nous stimuler. Il n’est jamais trop tard pour reprendre le vêtement de l’amour et du service. Il n’est jamais trop tard pour redécouvrir la volonté de Dieu pour moi. Car connaissant les termes généraux de la volonté de Dieu, je dois encore comprendre comment elle s’applique dans ma propre vie. Je ne peux pas simplement copier mon voisin ; je ne suis pas lui. Et Dieu attend de moi autre chose que ce qu’il attend de mon voisin. C’est là qu’intervient la lumière de l’Esprit Saint dans notre prière personnelle. Là, Dieu révèle à mon cœur quel est son projet d’amour pour moi et comment il me revient de l’accomplir. Nous pouvons quelquefois penser que le projet de Dieu pour le voisin est plus facile à accomplir que le mien ; mais souvenons-nous alors que Dieu ne nous demande rien d’impossible et qu’il nous aide à accomplir ce qu’il attend de nous. Ne nous a-t-il pas donné la force de l’Esprit Saint ? Ne nous sert-il pas lui-même, chaque dimanche, le Pain de l’Eucharistie, le Pain qui nous rend fort pour affronter la semaine à venir ? Si la parole de Jésus de ce dimanche nous semble dure, accueillons-la comme un appel à reprendre une vie chrétienne cohérente, ouverte à Dieu et aux autres. Accueillons-la comme un rappel de Dieu qui veut notre salut, et qui nous avertit de ce qui pourrait nous arriver si nous nous endormions sur les lauriers de la foi de notre enfance. Dans sa bonté, dans sa miséricorde, il nous indique le pire pour que, nous ressaisissant au besoin, nous ne méritions que le meilleur au jour de son retour. Il nous veut serviteur fidèle ; il nous veut serviteur éveillé ; il nous veut habillés du vêtement du service de l’amour pour le transformer en vêtement de sa gloire. 


Jésus n’est pas venu condamner les hommes ; il est venu les sauver. Il est venu nous sauver. Aujourd’hui, il nous appelle à ne pas nous endormir ; il nous appelle à la fidélité à sa parole, à la fidélité à son nom. Nous n’avons pas à rougir d’être chrétiens, même en ces temps difficiles de la vie de l’Eglise. La faute de quelques-uns ne peut pas, et ne doit pas remettre en cause la fidélité des autres. Portons fièrement notre vêtement du service ; il ne se salit pas en servant Dieu ; il ne se salit pas en servant les autres. Mais il se salit en ne l’utilisant pas, parce qu’alors il se couvre de la poussière de la paresse, de la poussière du péché. Restons en tenue de service, même pendant les vacances, et nous serons heureux d’être trouvés à agir ainsi quand le Seigneur reviendra. Amen.



(Dessin extrait de la revue L'image de notre paroisse, n° 212, Août 2004) 

dimanche 14 octobre 2018

28ème dimanche ordinaire B - 14 octobre 2018

Quelle est ta richesse ?







Quelle est notre plus grande richesse ? C’est bien la question que nous renvoient les lectures de ce dimanche. La réponse appartient à chacun. Mais la liturgie nous donne aujourd’hui à contempler la réponse qui devrait être celle du croyant. Nous trouvons cette réponse à la fois dans les lectures entendues et dans les prières prononcées. 

C’est la prière d’ouverture, dans l’ordre liturgique, qui nous fournit un premier indice, lorsqu’elle nous fait prier ainsi :  Que ta grâce nous devance et nous accompagne toujours. Notre première richesse est dans la certitude de n’être jamais seul. La grâce de Dieu nous accompagne toujours. Cette prière doit devenir pour chacun de nous plus que des mots prononcés ; elle doit devenir certitude, surtout dans les moments difficiles que nous traversons. Nous sommes riches de Dieu ! Et ce n’est pas rien, cela ! Combien d’hommes et de femmes désespèrent devant les difficultés de leur existence parce qu’ils n’ont rien, ni personne à qui se raccrocher. Mesurons-nous bien la chance qui est nôtre d’avoir un Dieu qui nous ouvre une espérance, bien au-delà de la mort ? Mesurons-nous la puissance de cette présence dans notre vie ? L’oraison de ce dimanche, non seulement nous fait reconnaître cette richesse, mais nous la fait demander toujours. Heureux sommes-nous d’être précédés dans notre quotidien par la grâce de Dieu, par la puissance de son amour, par la force de son Esprit Saint ! Dieu lui-même se donne à nous et ne nous manquera jamais. 

Nous pouvons alors entendre le livre de la Sagesse nous transmettre le témoignage d’un sage qui confirme notre prière. J’ai supplié, et l’esprit de sagesse est venu en moi… tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable. La sagesse dont on nous parle ici n’est pas une philosophie de vie, mais un don de Dieu pour lequel l’homme a prié et supplié. Ce don, c’est l’accord parfait entre la volonté de l’homme et la volonté de Dieu. Ce don, c’est la capacité à regarder le monde et les hommes avec le regard même de Dieu. Ce faisant, il n’y a plus l’ombre d’un obstacle entre Dieu et l’homme ; ce que Dieu veut, l’homme le veut. Ce que Dieu veut, l’homme le vit. C’est déjà le paradis sur terre. N’est-il pas riche l’homme qui partage les vues de Dieu ? N’est-il pas riche l’homme qui est libéré des tentations du Mauvais parce que complètement acquis à Dieu ? Notre deuxième richesse : la sagesse que Dieu nous offre, si nous la lui demandons. 

C’est là que nous mesurons alors l’écart qui existe entre nous et l’auteur de ces belles pages. Nous serions plutôt comme le jeune homme de l’évangile qui vient à la rencontre de Jésus. J’ai une tendresse particulière pour lui, peut-être parce que je lui ressemble tant. N’est-ce pas, il ne vient pas vers Jésus pour le piéger ; sa demande est honnête ; sa vie est honnête. Il n’est ni meurtrier, ni adultère, ni voleur ; il ne fait ni faux témoignage, ni tort à personne ; il honore son père et sa mère. Tout ce que Jésus lui indique, il le vit déjà ! Et pourtant, il est venu à Jésus pour chercher plus. Croyant, pratiquant, il ressent pourtant un manque. Il veut être sûr d’avoir la vie éternelle en héritage. Et nous le sentons convaincu que tout ce qu’il vit déjà de bien, et que Jésus lui rappelle, ne lui suffit pas, ne lui suffit plus. Nous sentons bien qu’il a compris que la richesse ultime, c’est le Royaume et qu’il veut tout faire pour y accéder. Mais voilà, il n’est pas prêt pour cela. La route supérieure que Jésus lui indique, il n’est pas prêt à la suivre, car, nous dit l’évangéliste, il avait de grands biens. Il n’a pas compris que Jésus lui demandait de perdre pour gagner ; il n’a vu que ce qu’il perdrait ; et il en fut attristé. 

C’est là que nous mesurons alors la puissance du passage de la lettre aux Hébreux au sujet de la parole de Dieu. Nous comprenons mieux ce que dit l’auteur lorsqu’il affirme que cette parole coupe et tranche. Elle est la mesure de nos actes et nous aurons à lui rendre des comptes. Autrement dit, ce n’est pas une parole vaine. Elle doit compter pour nous ; elle doit nous permettre d’accueillir la sagesse que Dieu donne ; elle doit orienter nos désirs vers le désir de Dieu, notre bien suprême. Cette parole n’est autre que le Christ lui-même, Parole de Dieu faite chair comme le rappelle si bien le prologue de l’Evangile de Jean. Nous pourrions, durant cette semaine, relire et méditer cette belle page qui ouvre le quatrième évangile. Un petit devoir avant les vacances de la Toussaint. Il complète bien la méditation des textes de ce dimanche : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu… C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui… Le Verbe était la vraie Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Le drame du jeune homme riche ; le drame de l’humanité ; quelquefois notre propre drame. Nous voulons convoquer Dieu dans notre vie, mais nous ne nous laissons pas convoquer par lui, nous ne nous laissons pas approcher par lui. Nous voulons bien de Dieu un peu, quand cela nous arrange, mais pas tout le temps, mais pas pour tout. Nous laissons échapper la richesse véritable au profit de pâles copies qui nous semblent plus séduisantes, plus essentielles… à vue humaine. Notre plus grande richesse pourtant, c’est cette parole, cette présence de Jésus à notre vie. En lui, Dieu nous donne tout. 

Après la liturgie de la Parole, la liturgie eucharistique nous fera approcher ce grand don de Dieu aux hommes. Dieu se livrera à nous dans le Pain et le Vin partagés, comme il vient de se donner à nous dans sa Parole proclamée. Nous tiendrons au creux de nos mains plus que tout l’or du monde ; nous tiendrons au creux de nos mains celui que le monde ne pas contenir : le Christ vivant, présent dans le pain rompu. Il n’y a pas de richesse plus grande que Dieu pourrait nous donner ; il n’y a pas richesse plus grande qui pourrait combler notre vie comme la comble ce morceau de pain, riche de la présence du Christ. Ce morceau de pain nous rendra riches de Dieu comme le redira la prière après la communion : rends-nous participants de la nature divine puisque tu nous as fait communier au corps et au sang du Christ. L’homme et Dieu réconciliés en Jésus, unis en Jésus, mort et ressuscité. Là se trouve la richesse qui sauvera le monde ; là se trouve la richesse qui comblera tous les hommes et transformera notre monde en monde meilleur. 

Un passage de l’Evangile l’affirme : là où est ton trésor, là aussi est ton cœur. Prions et supplions le Père de toute miséricorde afin que notre trésor soit la sagesse et la parole de Dieu et que notre cœur demeure pour toujours auprès du cœur de Dieu. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)
 

 

dimanche 30 septembre 2018

26ème dimanche ordinaire B - 30 septembre 2018

Ah, si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux !

(Désolé pour l'homélie de la semaine dernière, mais j'étais à Rome pour le congrès international des catéchistes).






Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux ! Ainsi retentit la prière de Moïse lorsqu’il apprend que deux anciens, restés au camp alors que les autres étaient allés à la rencontre de YHWH, avaient reçu eux-aussi l’esprit du Seigneur et prophétisaient en son nom. Il avait bien perçu qu’il n’est pas de limite au pouvoir de Dieu et que celui-ci choisissait qui il voulait pour parler en son nom. Il y a, dans cette prière de Moïse, l’espérance que tous les hommes un jour, connaîtront Dieu, et vivront selon sa Parole. Il faudra attendre encore quelques siècles pour qu’un autre prophète proclame au nom de Dieu que ce jour approche. Nous retrouvons en effet chez Jérémie une prophétie qui aurait comblée l’espérance de Moïse. Des jours viennent, oracle du Seigneur, où je conclurai avec la communauté d’Israël et la communauté de Juda, une nouvelle alliance. Elle sera différente de l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères quand je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte. Eux, ils ont rompu mon alliance ; mais moi, je reste le maître chez eux – oracle du Seigneur. Voici donc l’alliance que je conclurai avec la communauté d’Israël : je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être ; je deviendrai Dieu pour eux, et eux, ils deviendront un peuple pour moi. Ils ne s’instruiront plus entre compagnons, entre frères, répétant : « Apprenez à connaître le Seigneur », car ils me connaîtront tous, petits et grands – oracle du Seigneur. Le rêve de Moïse annoncé comme devenant réalité : le peuple connaîtra intimement son Dieu. Il n’y aura plus de hiatus entre la volonté de Dieu et l’art de vivre de son peuple. Ils ne feront plus qu’un ! 

Pour nous, chrétiens, cet espace entre la volonté de Dieu et le comportement des hommes a été comblé par la venue du Fils unique, Jésus Christ. Il est cette alliance nouvelle entre Dieu et l’humanité qui nous fait tous entrer en intimité avec Dieu même. Par Jésus, par son enseignement, par ses actes, nous pouvons découvrir Dieu, comprendre sa parole et trouver la force d’en vivre. Par les sacrements qu’il a offerts à son Eglise, nous recevons de Dieu lui-même ce qui nous est nécessaire pour nourrir notre foi, la faire grandir et la traduire en réalité de vie. Quiconque a découvert Jésus, quiconque a entendu sa Parole et l’a accueillie en son cœur, ne peut que se tourner vers Dieu par le service des frères. Si nous croyons que la Parole de Dieu a quelque efficacité, si nous croyons qu’elle peut changer une vie, alors nécessairement notre vie sera tournée vers Dieu et le prochain ; alors nécessairement, par notre art de vivre, nous rendrons le monde meilleur. 

Cette certitude ne doit toutefois pas nous faire croire que nous sommes les seuls à pouvoir changer le monde, ni que, hors de l’Eglise, il n’y a rien de bon. La prière de Moïse, reprise en quelque sorte par Jésus lui-même, lorsque ses disciples veulent empêcher d’autres – qui ne sont pas de leur groupe de faire du bien au nom de Jésus – vient attester que l’action de Dieu dans le cœur des hommes ne se limite pas au seul groupe de pratiquants ou de proches de Moïse ou de Jésus. Dieu intervient dans le monde de multiples manières, et il y a lieu de se réjouir de ce que d’autres hommes et femmes, ne participants pas à nos assemblées, peuvent témoigner et agir selon ce que Dieu attend de nous. Si, par notre baptême, nous sommes particulièrement concernés par la Parole de Dieu, particulièrement invités à un art de vivre conforme à notre foi, nous n’avons pas pour autant de contrat d’exclusivité. Nous ne sommes pas maîtres de Dieu, nous sommes ses disciples. 

Cela dit, le fait que Dieu intervienne dans le monde par d’autres que nous, qui ne sont peut-être pas de chez nous, ne doit pas non plus nous encourager à rester chez nous et à ne plus faire vivre nos communautés. Si nous avons été appelés par Dieu à entrer dans son Eglise par le baptême, ce n’est pas pour rester au coin du feu alors qu’il y a tant à faire pour témoigner de Dieu et pour rendre vivante l’Eglise de Jésus Christ. Ce n’est pas parce que des non chrétiens vivent selon les principes chrétiens sans participer à la vie de l’Eglise, que les chrétiens peuvent vivre l’Evangile sans vivre en Eglise. Le témoignage de notre vie fraternelle est un signe puissant pour les nations, et nous nous devons de répondre joyeusement à l’appel de Dieu lorsque sonnent les cloches du rassemblement dominical, ou lorsqu’un appel à nous engager davantage dans la vie de la communauté nous est adressé.

Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son Esprit sur eux ! Ce cri de Moïse, je le fais mien ce matin. L’œuvre que Dieu attend de nous par son Eglise est loin d’être achevée et nous aurons bien besoin de la part d’Esprit Saint qui est en chacun pour discerner ce qui est nécessaire pour progresser et témoigner toujours plus de ce Dieu proche de tout homme. Puisse notre eucharistie de ce jour nous ouvrir à cette présence de Dieu et nous rendre participants de son œuvre d’amour. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)
 

 


dimanche 9 septembre 2018

23ème dimanche ordinaire B - 09 septembre 2018

A l'école de la Bienheureuse Mère Alphonse-Marie







          L’Eglise d’Alsace connaît aujourd’hui un jour de grande joie. Cet après-midi, en la cathédrale de Strasbourg, Elisabeth Eppinger, en religion Mère Alphonse-Marie, sera déclarée bienheureuse. Elle est la fondatrice de l’ordre des Sœurs du Très Saint Sauveur, congrégation locale dont le rayonnement est aujourd’hui mondial. Toute sa vie et son œuvre réalisent parfaitement la parole de l’Apôtre Jacques que nous avons entendu ce matin : n’ayez aucune partialité envers les personnes, et rendent contemporaine l’attitude de Jésus envers le sourd de l’évangile. 

          Pour ceux qui ne la connaissent pas, rappelons qu’Elisabeth Eppinger est née au 19ème siècle, dans une famille simple. Elle est de santé fragile et a une authentique vie spirituelle dès son plus jeune âge. Sa fondation sera tournée vers les plus pauvres, les malades, les enfants abandonnés, les vieillards. Aujourd’hui encore, le médical, l’éducation et le social font partie du charisme de la communauté, en Inde par exemple. La spiritualité de la congrégation peut se résumer ainsi : une vie simple tournée vers les autres. Aucun effort, aucune peine, aucun sacrifice ne doit être de trop quand l’amour du prochain l’exige (Mère Alphonse-Marie). A la source de la pensée de Mère Alphonse-Marie, le Christ, et la méditation de sa Passion. 

          N’avoir aucune partialité envers les personnes. Cet appel de l’Apôtre Jacques, l’Eglise se doit de le vivre toujours et encore. Marqué personnellement par la figure de Mère Alphonse-Marie, à travers une grande tante et une tante engagées dans cette congrégation, j’ai essayé (et j’essaie toujours) de vivre cet appel. Il est dans l’ADN de l’Eglise, même si nous l’oublions parfois. Je peux témoigner qu’en vingt-sept ans de sacerdoce, ils furent nombreux ceux qui essayèrent de m’en détourner. C’est telle chorale liturgique qui ne chante qu’aux enterrements des membres de leurs familles ; c’est telle personne qui trouve incongrue qu’un baptême soit célébré pendant l’eucharistie si la famille est éloignée de l’Eglise, ce type de proposition devant être réservé aux meilleurs d’entre nous (celles et ceux que l’on peut montrer) ; c’est telle personne qui voulait me décourager de fréquenter une famille au prétexte que le père pourrait finir en prison… La liste est longue des chrétiens qui pensent aujourd’hui que l’Eglise doit se recentrer sur les meilleurs et laisser les autres de côté. 

          Or que nous montre la liturgie de ce jour ? Elle nous donne à voir un Dieu qui intervient en faveur de son peuple et qui donnera le salut à son peuple. Elle nous donne à méditer l’invitation à ne pas faire de différence entre les gens parce que tous ont besoin de la grâce de Dieu. Dieu ne détourne son regard d’aucune vie. Elle nous donne à contempler Jésus qui rend, au-delà de la parole et de l’ouïe, sa dignité à un homme frappé d’infirmité. Voilà la place de l’Eglise ; voilà ce que vivent aujourd’hui encore les sœurs du Très Saint Sauveur. Voilà ce que rappellera l’Eglise à travers la béatification de Mère Alphonse-Marie. Elle disait : J’aime les pécheurs comme les enfants de Dieu, comme mes frères. Je donnerai de bon cœur mon sang et ma vie pour leur salut. Elle ne fait que reprendre ce qu’elle a compris de la méditation de la Passion de son divin Maître. 

C’est en retournant nous aussi à la source du Sauveur (De fontibus Salvatoris, devise de la Congrégation) que nous puiserons l’eau d’une charité qui ne s’épuisera jamais. C’est en nous abreuvant à cette source que nous pourrons nous faire proche de tous et rendre à chacun sa dignité. C’est en revenant toujours à cette source que nous comprendrons mieux quelle est la volonté de Dieu pour nous ; nous pourrons puiser là, à la source du Sauveur, la force d’accomplir ce que Dieu nous demande, dans la joie et l’action de grâce. Amen.

 (Portrait de Mère Alphonse-Marie)

 

 

dimanche 10 juin 2018

10ème dimanche ordinaire B - 10 juin 2018

La volonté de Dieu et l'Eucharistie comme moyens de résistance.







Seigneur, source de tout bien, réponds sans te lasser à notre appel : inspire-nous ce qui est juste, aide-nous à l’accomplir. L’oraison de ce dimanche, dans sa simplicité, nous met dans une attitude spirituelle fondamentale : l’humilité devant Dieu, nous faisant reconnaître qu’Il est la source de tout bien et que sans lui nous ne saurions être vraiment justes. En priant ainsi, nous reconnaissons que nous avons besoin de Dieu. 

Dans la première lecture entendue, ce besoin a été mis à mal. Nous sommes encore au commencement, vous savez, ce moment où Dieu avait tout créé, et qu’il avait placé l’homme au sommet de sa création. Il lui avait tout donné, sauf l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. C’était le seul interdit. Mais voilà, ce qui est interdit est bien souvent désirable. Plutôt que d’écouter Dieu, l’homme s’est écouté lui-même ; pas la peine d’accabler d’Eve pour cela. L’un et l’autre portent la même faute ; l’un et l’autre ont pareillement transgressé l’ordre de Dieu. L’un et l’autre se sont retirés, cachés devant Dieu, n’assumant pas les conséquences de leur transgression ; l’un et l’autre ont cherché quelqu’un sur qui se défausser. Que va faire Dieu ? Il punit celui qui a engendré tout ce Mal en déformant le visage de Dieu, en déformant la Parole de Dieu. Cette punition est éternelle parce qu’il n’y a pas de pardon possible pour cela. Comme chaque créature, le serpent connaissait Dieu, mais il a menti à son sujet entrainant l’homme et la femme sur un chemin de défiance et de rébellion. Le Mal est entré dans le monde ; le Mal est entré dans le cœur de l’homme. Pourtant, Dieu annonce au serpent : Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. Le Mal, dans ce qu’il a de plus fondamental, ne fait pas partie des familiers de l’homme : il y a une hostilité entre les deux, hostilité voulue par Dieu. Mieux encore, l’humanité, confrontée au Mal, pourra l’écraser, lui meurtrir la tête, dit le texte biblique. Le péché de l’homme et de la femme, bien que sanctionné à son tour, sera pardonné ; celui du serpent sera définitif. 

Nous avons une explication de cela dans l’évangile, quand Jésus parle du péché contre l’Esprit Saint [qui] n’aura jamais de pardon. Ce n’est pas une contradiction dans le discours de Jésus, mais la conséquence logique de ce péché qui vient à dire de Dieu des choses qui ne sont pas vraies. Le péché contre l’Esprit, nous en avons une belle illustration dans notre page d’Evangile : il tient dans ce verset : Il est possédé par Béelzéboul ; c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. Jésus a montré qu’il venait de Dieu en faisant marcher un paralysé, en expulsant des démons, et pourtant, ces adversaires l’insultent en attribuant au Mal lui-même les pouvoirs qu’il tient de Dieu. Ils font à leur tour ce que faisait le serpent au jardin d’Eden : ils travestissent l’œuvre de Dieu, ils transforment le Bien en Mal ; ils faussent l’échelle des valeurs ; ils accusent Jésus d’être possédé par un esprit impur. Ils provoquent les hommes à se méfier de Dieu et de son envoyé, Jésus. Tout est pardonnable, sauf cela. 

Quel rempart avons-nous alors contre ce péché impardonnable ? Comment éviter d’être ainsi condamné ? Jésus dans l’Evangile proclamé en ce dimanche, et la liturgie dans sa prière de ce dimanche, nous éclairent. La réponse de Jésus, nous l’avons entendu : elle est celle adressée à la foule qui lui signale que sa famille est là, qui le cherche : Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. En restant fidèle à Dieu, malgré les difficultés rencontrées, il n’y a pas de risque de se tromper sur Dieu. Celui qui fait la volonté de Dieu sait discerner le Bien du Mal ; celui qui fait la volonté de Dieu, sait reconnaître Dieu à l’œuvre : il ne risquera pas de confondre Dieu avec l’Adversaire. Celui qui fait la volonté de Dieu est un familier de Jésus. La réponse de la liturgie, nous l’entendrons après la communion : c’est l’eucharistie elle-même, notre communion au Corps et au Sang du Christ qui agit en nous, nous libère de nos penchants mauvais et oriente notre vie vers le bien. Autrement dit, le meilleur remède, c’est Jésus lui-même, et le fait pour nous de reconnaître qu’en lui, Dieu nous donne tout, Dieu nous donne de vaincre définitivement le Mal. En Jésus, nouvel Adam, Dieu écrase définitivement le Mal et le détruit. Comment pourrions-nous aujourd’hui dire que cela n’a pas eu lieu ? Comment pourrions-nous dire, devant tant d’amour manifesté, que Jésus est possédé ? Comment pourrions-nous ne pas reconnaître, dans le pain et le vin partagés, la vie offerte du Christ pour notre salut ? 

La liturgie de ce dimanche nous remet face à ce qui est essentiel : l’œuvre d’amour de Dieu pour nous. Œuvre à laquelle nous pouvons nous raccrocher quand le Mal est à notre porte. Œuvre de laquelle nous recevons la vie, la force et le courage de suivre Jésus. De lui, nous apprenons la volonté de Dieu ; avec lui, nous pouvons l’accomplir. L’eucharistie que nous célébrons nous fait chanter à Dieu notre reconnaissance pour tout ce qu’il fait pour nous. Armés de sa volonté et forts du Pain de l’eucharistie, entrons en résistance : que notre désir de Dieu soit contagieux. Qu’à travers nous, les hommes puissent découvrir le visage véritable de Dieu et la grandeur de son œuvre d’amour pour tous les hommes. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer)
 

 

 

 

samedi 10 février 2018

06ème dimanche ordinaire B - 11 février 2018

Si tu le veux, tu peux...







Comment ne pas être touché par cette rencontre entre Jésus et ce lépreux, bien décidé à obtenir sa guérison de celui dont il sait la puissance. Depuis que Jésus a chassé un esprit impur dans la synagogue de Capharnaüm, sa renommée ne cesse de grandir et de se répandre dans toute la Galilée (Evangile du 4ème dimanche). Sa capacité à guérir s’est largement vérifiée hors de la synagogue, lorsqu’il a passé toute une nuit à guérir beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies et à expulser beaucoup de démon (Evangile du 5ème dimanche). Sûrement notre lépreux en aura entendu parler ; sûrement cela l’aura décidé à se mettre en route pour aller vers Jésus.  

Voici donc nos deux protagonistes face-à-face. Le lépreux n’hésite pas : tombant à ses genoux, il dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Si tu le veux… Ecoutez bien cet homme : il n’exige rien, il ne demande pas ce qu’il a fait au bon Dieu pour mériter cette maladie qui l’exclut de la vie des hommes. Il dit à Jésus : Si tu le veux… autrement dit : s’il te plaît ; et ‘tu peux’ et non pas ‘tu dois’. Quelle belle attitude spirituelle : si c’est dans ton projet de salut de me purifier, tu peux me purifier. Je l’entends non pas comme une demande, mais comme une permission : si tu veux me purifier, je me laisserai purifier par toi. Je ne m’opposerai pas à ton projet de salut. Si tu veux manifester la puissance de Dieu à travers moi, je te laisserai faire. Pour moi, avant de demander sa guérison, il demande à Jésus de se servir de lui pour manifester encore la grandeur de l’œuvre de Dieu, pour manifester encore que Dieu travaille par Jésus, que Dieu va à la rencontre des hommes en Jésus. Il me semble même que Jésus ne s’y trompe pas. Aussitôt la purification effectuée, il renvoie l’homme vers les prêtres pour qu’il fasse les offrandes prescrites par la Loi. Il renvoie l’homme vers Dieu, avec l’interdiction de fanfaronner en cours de route. Dieu seul a guéri ; Dieu seul mérite reconnaissance. 

Lorsque nous affrontons l’épreuve, nous devrions nous souvenir de ce lépreux. Et comme lui, oser demander à Dieu d’accomplir son projet d’amour pour les hommes, de manifester sa grandeur à tous les hommes : Si tu le veux… Comment Dieu pourrait-il rester sourd à notre demande ? Comment pourrait-il décider de ne plus manifester sa gloire ? Comment Dieu pourrait-il ne plus être attaché à son projet de salut pour tous les hommes ? Et nous devrions, comme le lépreux, permettre à Dieu d’agir à travers nous : Si tu le veux, tu peux me guérir, tu peux te servir de moi. Sans aucun doute possible, la limite de la puissance de Dieu réside en nous. Nous attendons que Dieu agisse, mais surtout qu’il le fasse tout seul ; surtout qu’il ne compte pas sur nous ; surtout qu’il nous laisse tranquille. Ce lépreux dont nous pensons qu’il dérange Jésus, se laisse déranger par lui pour que Jésus puisse faire ce qu’il est venu faire : manifester la gloire de Dieu à tous les hommes… qui le veulent bien. 

Ne soyons pas surpris si Dieu ne répond pas aux demandes que nous lui adressons avec cette prière silencieuse gravée en nous : surtout laisse-moi tranquille ! Nous demandons des vocations, mais sans l’envisager pour nous ou pour un fils. Nous demandons à être guéris pour nous-mêmes, mais sans que cela soit une occasion de manifester la gloire de Dieu. Nous demandons à Dieu d’agir à notre place, mais non à travers nous. Là est notre drame. Nous voulons bien Dieu, mais pas trop dans notre vie. Nous voulons bien que Dieu change les choses, mais pas trop notre vie. Nous préférons garder quelques pustules de nos lèpres modernes plutôt que de nous reconnaître redevables envers Dieu. Nous préférons tenir Dieu à une saine distance de notre vie et nous croire libres, plutôt que de reconnaître que notre liberté se trouve dans notre adéquation à la volonté de Dieu. Si nous ne laissons pas Dieu agir selon ce qui lui plaît, ne nous étonnons pas que rien ne change. Si nous ne laissons pas Dieu agir selon son projet de salut pour tous les hommes, ne nous étonnons pas que la paix, la joie et la fraternité soient sans cesse menacées.

Le lépreux avait compris que sa guérison ne viendrait pas du fait qu’il se précipite vers Jésus, mais qu’elle viendrait du désir de salut de Jésus pour tout homme et de sa capacité à laisser Jésus agir en sa faveur, quoi qu’il ait pu demander en retour. A la suite du lépreux, apprenons à autoriser Jésus à agir en nous et à travers nous pour que la gloire de Dieu soit manifestée et que le monde soit sauvé. Amen.

(Dessin de M. LEITERER)

 

 

 

 

samedi 30 décembre 2017

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2017

Imiter la Sainte Famille ?





           
Etes-vous influencés par les fêtes que nous célébrons en Eglise ? Venez-vous à l’église avec une idée précise de ce que le prédicateur va vous dire ? Par exemple, en ce dimanche après Noël où l’Eglise célèbre la Sainte Famille, l’un de vous s’est-il dit ce matin : chouette, encore une homélie sur la famille ! Pourvu que mon mari (ma femme, mon gamin, ma belle-mère…) écoute bien ! Et moi, comme prédicateur, ai-je vraiment le choix alors quant au contenu de mon homélie ? En préparant ce dimanche, ce n’est pas tant la famille qui occupait mon esprit, mais cette question que je vous renvoie : Peut-on imiter la Sainte Famille ? 
 
            Curieuse question, j’en conviens. Mais il me semble qu’il nous faut bien l’affronter un jour. Une première réponse serait de dire qu’on ne peut pas l’imiter. La Sainte Famille est une famille hors catégorie : une maman préservée du péché dès sa naissance, un fils engendré par Dieu, un époux qui prend tout avec beaucoup de recul et ne pose aucune question. Vraiment, cette famille ne joue pas dans la même ligue que nos familles. Ils ont beau être humains, ils sont quand même ‘space’, non, un peu à part. Comment voulez-vous imiter une telle famille ? C’est un OFNI : un objet familial non identifié. 
 
            D’autres diront : les temps ont changé, la notion de famille elle-même a beaucoup évolué. L’Eglise ne peut plus présenter la Sainte Famille (papa, maman et un enfant) comme le modèle de la famille. D’autres réalités familiales ont vu le jour : familles recomposées, familles monoparentales, familles homoparentales. Les familles à l’image de la Sainte Famille seraient des exceptions, voire des curiosités. Vous comprenez, des comme ça, on n’en fait plus beaucoup ! Célébrer la Sainte Famille et la donner pour modèle, reviendrait alors à stigmatiser les autres réalités familiales qui existent aujourd’hui. Ce n’est pas, me semble-t-il, le but de cette fête. Sous prétexte que l’Eglise défend un modèle précis de famille, je ne peux pas, comme pasteur, ignorer la vie des gens que je rencontre, ni condamner de manière péremptoire ce qu’elles vivent. Prêtre, je dois accompagner au mieux toutes ces familles nouvelles lorsqu’elle s’adresse à moi, et voir avec elles comment elles vivent l’Evangile et suivent le Christ dans l’histoire qui est la leur. Et je vous invite tous à faire de même. Trop de familles sont déchirées parce qu’un des leurs ne suit pas la même voie que les autres ; trop de familles sont déchirées par une séparation et les conséquences qu’elles entraînent ; trop de familles sont déchirées parce qu’un enfant a eu le courage d’assumer sa différence. 
 
            Ecoutez à nouveau ce que disait la prière d’ouverture de cette fête : Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous la grâce de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être réunis par les liens de ton amour, avant de nous retrouver pour l’éternité dans la joie de ta maison. Intéressant, n’est-ce pas ! Et surtout très ouvert comme discours. La Sainte Famille est donnée en exemple non pas tant pour sa composition (papa, maman, enfant) mais pour ce qu’elle a vécu : les vertus familiales et l’union dans l’amour de Dieu. C’est tout, mais c’est beaucoup. Les vertus familiales ne sont pas précisées plus que cela. Il faut donc les découvrir en méditant la vie de cette famille. Et cela commence plutôt mal : Marie est enceinte avant son mariage avec Joseph et d’un autre que lui ; le jeune couple se retrouve sur les routes à cause d’une décision politique imbécile ; il connaît l’exclusion au moment où l’enfant vient au monde, puis vient l’exil pour soustraire l’enfant à la colère du roi Hérode. Il est indirectement la cause du massacre des saints innocents. A douze ans, le petit devenu grand fera une fugue de trois jours. Quand il est adulte, au lieu d’exercer un travail honnête comme son père, voilà que le fils parcourt le pays, s’oppose aux religieux de son époque jusqu’à être menacé de mort. Et toute cette histoire finit mal, le fils terminant sa vie sur une croix, comme un vulgaire malfaiteur, avec sa mère comme témoin. Vous voulez vraiment imiter tout cela ? 
 
            Puisque la Sainte Famille est l’exemple de toutes les familles, nous pouvons retenir que les difficultés font autant partie de la vie de famille que les joies. Et ce qui fait de cette famille-là une sainte famille, ce n’est pas seulement l’origine divine du Fils, mais le lien qui unit cette famille à Dieu. Elle est sainte parce que Dieu vit avec cette famille, dans cette famille. Elle est sainte parce que sa vie est entre les mains de Dieu et qu’elle laisse Dieu la conduire. Depuis le oui de Marie et de Joseph à l’ange jusqu’à la mort du Fils en croix, tout s’est vécu sous la conduite de Dieu. Et la mère et le père et l’enfant ont été un oui permanent à l’œuvre de Dieu en eux. Les premières vertus de cette famille sont donc l’obéissance à la volonté de Dieu pour chacun de ses membres et leur fidélité à cette volonté. Quelle que soit la famille dans laquelle vous vivez, vous êtes invités à découvrir quelle est la volonté de Dieu pour vous et à y rester fidèles. Sans cette fidélité primordiale, il n’y a pas de fidélité humaine possible. Sans cette fidélité primordiale, il n’y a pas de sainteté possible. 
 
            L’Evangile de cette fête ne montre pas autre chose que la fidélité de cette famille à la volonté de Dieu. Bien que leur Enfant leur ait été donné par Dieu, ils vont le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Et s’ils ne comprennent sans doute pas grand-chose aux élucubrations du vieux Siméon et de la prophétesse Anne, ils accueillent tout cela, sans se pousser du col, sans faire non plus de scandale. Ils s’étonnaient tout juste de ce qui était dit de leur fils. Puis, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. Ils ont mené leur vie simplement, comme toutes les autres familles du monde. Rien ne les distingue des autres familles. Il faut entrer dans l’intimité de cette famille pour y découvrir la présence de Dieu à chaque instant de la vie. Et pendant longtemps, Jésus n’est qu’un enfant comme les autres, apprenant, jouant, vivant, tout simplement. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui, dit sobrement l’évangéliste Luc. 
 
            Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour éduquer votre enfant, votre belle-mère ou qui sais-je encore, c’est raté. Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour trouver en elle le modèle d’une vie paisible et sans soucis, c’est encore raté. Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour condamner la famille de votre voisin parce qu’elle ne correspond pas au modèle catholique, c’est toujours raté : tout n’est qu’amour dans cette famille. Par contre, si vous cherchez en elle comment vivre mieux ce que Dieu attend de vous, regardez et méditez son exemple : vous trouverez auprès d’elle la force de vivre mieux l’Evangile. En cela, elle sera toujours notre modèle, parfaitement sainte parce que parfaitement accordée à la volonté de Dieu. Amen.

 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)