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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 20 mai 2023

7ème dimanche de Pâques A - 21 mai 2023

 Il n'y a pas de honte à être au Christ, mort et ressuscité.





 

 

 

 

            Coincé entre l’Ascension et la Pentecôte, ce dimanche pourrait nous paraître sans intérêt, un dimanche de transition entre deux fêtes du temps pascal. Et pourtant, ce « petit » dimanche nous dit de grandes choses, notamment dans la deuxième lecture entendue. Nous terminons en effet la lecture de la première lettre de Pierre. Si vous avez été attentifs, vous aurez reconnu un commentaire de cette béatitude de Jésus : Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! Voilà la béatitude ; et voilà ce que nous a dit Pierre : Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. Ce qui compte, ce n’est pas la souffrance ; ce qui compte, c’est d’être au Christ. C’est pour nous un motif de satisfaction et de joie.

 

            Nous l’avons vu les dimanches précédents, et nous pouvons le mesurer très concrètement dans notre existence : se dire chrétien, et catholique en particulier, n’est pas chose aisée de nos jours. En France, il est de bon ton de renvoyer aux catholiques les pages sombres de l’histoire de France, et plus récemment les scandales divers qui ont secoués notre Eglise. Pourtant, l’histoire de l’Eglise en France nous montre que nous n’avons pas à rougir d’être au Christ. Les croyants au Christ qui ont aidé à faire grandir l’humanité, à changer la société en mieux, sont plus nombreux que ceux qui ont terni l’image et la réputation de l’Eglise. Ce dernier extrait de la première lettre de Pierre nous invite à la cohérence de vie. Que personne d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur ou comme agitateur. Autrement dit, un chrétien ne peut pas pencher vers le Mal. Ce serait incohérent ! Faut-il rappeler ici que, dans la profession baptismale, nous rejetons le Mal, tout ce qui y conduit, ainsi que Satan qui est l’auteur du Mal ?

 

Mais, poursuit l’Apôtre, si c’est comme chrétien [qu’on fait souffrir quelqu’un], qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là. Il faut nous rappeler ici que cette lettre est adressée à des chrétiens persécutés, dispersés, moqués pour bien comprendre ce qui est écrit. Il est dit clairement qu’il n’y a pas de honte à être chrétien, et à vivre en tant que tel. Et si l’on se moque de nous à cause de notre foi, et si l’on nous persécute à cause de notre foi, sachons rendre gloire à Dieu pour Jésus. N’oublions jamais que Jésus a donné sa vie pour que nous puissions être libres. N’oublions jamais que Jésus a donné sa vie pour nous dire de quel amour nous sommes aimés. Avons-nous à rougir d’être aimés passionnément ? Non ! Avons-nous à rougir d’être aimés gratuitement ? Non ! Le Christ, par sa vie et sa prédication, nous donne-t-il des motifs de rougir ? Non ! Inscrivons-nous dans ses pas et vivons selon son commandement. Inscrivons-nous dans ses pas et aimons comme lui nous a aimés. Inscrivons-nous dans ses pas, et nous partagerons sa gloire. 

 

            Quand il nous semble difficile d’être fiers d’être catholiques, quand il nous semble difficile d’être en cohérence avec ce que nous croyons, peut-être nous faut-il reprendre le psaume 26 que nous avons chanté ensemble. Il nous fera redire notre confiance, notre foi en Jésus : Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerai-je ? Il nous fera redire aussi notre espérance : J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie. Quand notre foi est ainsi renforcée, quand notre espérance est claire, notre charité saura se faire inventive pour répondre aux défis de notre temps, et nous aurons toute latitude d’être fiers d’être au Christ parce que nous témoignerons de lui, de son amour pour tous, à travers toute notre vie.

 

            Dans un monde devenu indifférent à la foi, dans un monde quelquefois hostile aux croyants, sachons aussi retrouver le goût de faire communauté ensemble, à l’image des Apôtres et de Marie après l’Ascension, dans l’attente du don de l’Esprit Saint. Une communauté vivante, où chacun se respecte, est un lieu puissant pour rester fidèle à la foi reçue. Elle ne devrait jamais être un lieu où l’on se juge, ni un lieu où l’on se met les uns les autre dans des cases, mais un lieu où l’on s’encourage à grandir dans la foi, un lieu où l’on s’exerce ensemble à la charité, un lieu à partir duquel les autres pourront dire : Voyez comme ils s’aiment ! Si ce n'est pas plus facile aujourd’hui d’être catholique que cela ne l’a été hier, nous avons, aujourd’hui comme hier, la communauté des croyants rassemblés pour ne pas perdre la foi, pour ne pas perdre le cap. Nous avons la communauté des croyants pour nous entraîner à la charité. Nous avons la communauté des croyants pour nous redonner le goût et la fierté d’être au Christ, quoi qu’il arrive. Que personne n’ait honte d’être au Christ : il est notre salut, notre gloire éternelle. Amen.


samedi 29 avril 2023

4ème dimanche de Pâques A - 30 avril 2023

 Jésus, le bon Berger qui veille sur nous.






 

 

            Une fois n’est pas coutume : j’ai un problème avec la Parole de Dieu de ce dimanche, au moins avec une lecture, celle extraite de la première lettre de Pierre. Avez-vous bien entendu ce qu’elle nous a dit ? Et surtout, comment l’avez-vous compris ? Je vous relis le début : Si vous supportez la souffrance pour avoir fait du bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. A lire trop vite, à sortir surtout cette phrase de tout le texte pour la mettre en exergue, nous pourrions très vite croire que cela plaît à Dieu que nous souffrions, surtout si on lit le verset suivant : C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ a souffert. Qui parmi vous a compris ainsi ? Vous comprenez mon problème avec ce passage, d’autant plus que les deux dimanches précédents, cette même lettre nous rappelait d’abord que nous étions héritiers de Dieu, par le Christ qui a livré sa vie pour nous, et que nous avions du prix aux yeux de Dieu, le prix élevé de la vie de Jésus, livré sur la croix. Si le début de la lettre dit vrai, peut-elle soudainement nous dire que pour plaire à Dieu nous devons souffrir, parce que Jésus a souffert pour nous, par nous ? Si nous sommes héritiers de Dieu et de son Royaume, comment Dieu peut-il exiger de nous que nous souffrions ? Cela n’aurait aucun sens ! 

            Vous comprenez bien, j’espère, qu’il n’est ni possible d’énoncer les choses ainsi, ni possible de les croire. Après la Passion de Jésus, après le prix élevé de notre rachat, Dieu ne peut pas exiger que nous souffrions ce que le Christ a souffert. La souffrance du Christ a suffi à nous obtenir le salut ; il n’est pas nécessaire de souffrir à notre tour, de rajouter encore aux souffrances du Christ, ou alors la Passion n’a pas de valeur.  Ce que Pierre nous dit, me semble-t-il, c’est que nous pouvons supporter de souffrir pour avoir fait du bien par une grâce venant de Dieu. Ou pour le dire autrement, Dieu nous donne la grâce (les moyens) de supporter la souffrance qui se présente dans notre vie, en nous faisant contempler et méditer la Passion de Jésus. Et cela change tout. Même dans les moments difficiles de notre existence, même dans les moments que nous estimons injustes, nous devons garder notre regard tourné vers le Christ, notre berger, le gardien de nos âmes. En fait, tout ce passage est une invitation à la confiance en Dieu qui jamais ne nous abandonne, même si nous pouvons avoir l’impression du contraire. Quand tout va mal, ne te demande pas ce que tu as fait au bon Dieu pour mériter cela, mais… souviens-toi que Dieu a livré son Fils pour ton salut. Quand tout n’est qu’injustice autour de toi, regarde Jésus. C’est pour toi qu’il a souffert. Et dans sa Passion, il devient le modèle de tout croyant qui doit affronter l’injustice dans sa vie. Lui qui n’a pas commis de péché, dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Bien loin de justifier la souffrance, ce texte nous invite à la combattre avec les mêmes armes que le Christ : ne pas rendre le mal pour le mal, ne pas rajouter de souffrance là où il y en a déjà, tenir bon dans la souffrance parce que Dieu est un juge juste. Et au final, c’est son jugement seul qui compte. 

            Je peux maintenant reprendre le verset qui m’a fait difficulté et celui qui le suit, et faire un pas de plus. Ecoutez à nouveau : Si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ a souffert. Une lecture trop rapide pourrait à nouveau faire comprendre que nous avons été appelés à souffrir. Puisque nous savons maintenant que nous devons affronter la souffrance avec le Christ qui a souffert pour nous, nous devons alors nous souvenir de ce que la Parole de Dieu nous dit au moment de Noël : elle nous dit que Dieu a envoyé Jésus dans le monde pour sauver le monde ; il ne l’a pas envoyé pour souffrir dans le monde. De même, nous ne sommes pas appelés à souffrir, mais à faire le bien. Et si lorsque nous faisons le bien, certains nous font souffrir, alors souvenons-nous de Jésus qui, pour sauver le monde, a dû offrir sa vie et souffrir la Croix. Ce n’est pas parce que des gens nous font souffrir que nous pouvons renoncer à faire le bien. Faire le bien est notre vocation, comme héritiers de Dieu ! Là encore, Jésus est notre modèle, notre berger, c'est-à-dire celui qui nous montre le chemin à suivre. C’est le chemin du bien, en toutes choses, malgré les obstacles, malgré les souffrances que cela peut engendrer. Nous ne souffrons pas pour faire du bien ; nous faisons le bien, et quelquefois cela peut entraîner dans notre vie une part de souffrance, que nous vivrons alors à l’exemple du Christ. Mais nous ne renoncerons pas au bien à faire, nous ne renoncerons pas à imiter le Christ dans ce qui a été l’essentiel de sa vie terrestre : il est passé en faisant le bien, en guérissant, en sauvant, en annonçant le Royaume de Dieu. Héritiers de Dieu avec le Christ, c’est cela notre vocation première ! Il ne saurait en être autrement ! 

            En ce dimanche du Bon Pasteur, dimanche des vocations, demandons à Dieu la grâce d’accomplir cette vocation première : faire le bien. Les vocations particulières auxquelles nous sommes appelés ne sont qu’une mise en œuvre circonstanciée de cette vocation au bien. Que ce soit la vie matrimoniale, la vie sacerdotale, la vie religieuse, ou tout autre chemin que Dieu nous appelle à vivre, ils ne seront jamais que des chemins particuliers pour nous permettre de faire le plus grand bien possible. Que cela soit toujours l’horizon de notre vie. Amen.

samedi 18 juin 2016

12ème dimanche ordinaire C - 19 juin 2016

Suivre le Christ : oui, mais quel Christ ?




L’Evangile de ce dimanche est bien connu et ne pose à priori pas de problème particulier. Pourtant, nous aurions tort de passer sur le texte trop rapidement et de ne l’écouter que d’une oreille. Ce qui est affirmé par Jésus est plus que fondamental pour quiconque veut suivre Jésus. 
 
Nous ne le savons que trop bien ; c’est la figure du Christ qui est la pierre d’achoppement pour beaucoup d’hommes. C’était vrai hier, c’est vrai encore aujourd’hui. Qui est-il vraiment ? Quand Jésus interroge ses disciples sur la perception que la foule a de lui, ceux-ci reprennent ce qu’ils entendent : Jésus serait Jean le Baptiste pour les uns, Elie pour d’autres, voire un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. Ces affirmations et certitudes de la foule proviennent de ce qu’ils ont vu et entendu. L’enseignement de Jésus, les gestes qu’il pose et les guérisons qu’il a effectuées, attestent assurément qu’il est un homme qui marche en présence de Dieu, qui agit au nom de Dieu. La qualité de prophète n’est pas usurpée. Mais est-elle suffisante pour qualifier Jésus ? N’est-il qu’un prophète parmi d’autres ? Que disent ce qui le côtoient quotidiennement ? Ses disciples ont-ils une perception autre de Jésus ? Car tout est bien là : ceux qui s’attachent à Jésus au point de tout laisser pour lui voient-ils en lui un simple prophète (fût-il le plus grand) ? Le fait qu’ils vivent avec Jésus au jour le jour change-t-il leur manière de percevoir Jésus ? D’où la question de Jésus : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Pour vous : Jésus attend bien une réponse personnelle, une réponse à la mesure de ce qu’il leur a permis de vivre à son contact. 
 
Si nous prenons le temps d’un arrêt sur image pour feuilleter l’évangile de Luc à rebours, nous croisons Jésus et ses disciples nourrissant une foule immense avec cinq pains et deux poissons ; nous voyons aussi Jésus qui a envoyé ses disciples en mission, faire exactement ce qu’il a fait jusqu’à présent : annoncer le Royaume et guérir les malades. Ayant donc vu et entendu Jésus, ayant participé même à sa mission, les disciples en disent-ils plus sur Jésus que la foule ? C’est Pierre qui répond au nom de tous, d’une formule dont on ne sait s’il en mesure bien toute la portée : pour lui, Jésus est le Christ, le Messie de Dieu. Nous n’avons pas le temps de nous réjouir de la sagacité de Pierre ; déjà Jésus, avec autorité, leur défendit vivement de le dire à personne. Pierre a donc visé juste, mais trop tôt. L’affirmation posée aussi crûment pourrait prêter à confusion. Jésus est bien le Messie, mais personne ne peut le dire pour l’instant. Ce n’est qu’à la fin de la mission de Jésus que cela sera révélé à tous. Pour que même les disciples ne se méprennent pas sur la qualité de Messie de Jésus, celui-ci précise aussitôt en quel sens il sera Messie. Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. Voilà qui rend le Messie bien moins sexy, n’est-ce pas ! Comment le reconnaître encore après un tel traitement ? Le Messie de Dieu peut-il seulement mourir ? 
 
Jésus va encore plus loin. Non seulement le Messie doit souffrir et mourir, mais en plus ceux qui veulent le suivre doivent renoncer à [eux-mêmes], et prendre leur croix chaque jour. Pas glamour du tout ! Pas une once de romantisme dans la démarche ! Suivre le Christ est exigeant au point d’y engager toute sa vie. Ce n’est pas un acte passager, ce n’est pas pour un temps ! Le Christ livre sa vie pour toi ; engage donc la tienne en retour, totalement. Tu dois être prêt à perdre ta vie à cause de [lui]. Le disciple ne sera pas au-dessus de son Maître ; le disciple ne sera pas plus épargné que le Maître. Et nous mesurons soudain le courage et la confiance qu’il faut pour suivre Jésus lorsque nous nous rappelons qu’au pied de la croix, il n’y avait que Jean et Marie, les autres disciples ayant disparu, se tenant au loin pour regarder ! Si quelqu’un voulait dégouter les disciples et les décourager, il ne s’y prendrait pas autrement. Mais ce rappel est nécessaire, vital même. Comment engager toute sa vie pour quelqu’un qui ne ferait que semblant ? Comment croire que Jésus pourrait nous sauver s’il n’allait pas au bout de l’expérience humaine, s’il n’affrontait pas la mort sur son propre terrain ? Le baptême dans lequel nous sommes plongés n’est pas un long fleuve tranquille ; c’est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus pour que nous puissions vivre ! C’est une plongée dans le feu de l’Esprit pour que soit brûlé en nous tout ce qui est contraire à l’esprit de Dieu. 
 
Au moment où la foule pourrait être tenté par un Messie romantique ou révolutionnaire, qui bouterait hors de Palestine l’occupant romain, Jésus vient réaffirmer que sa mission est plus profonde, que la libération qu’il propose est plus qu’un acte simplement politique, que sa vision du monde est plus complexe qu’un monde sans romains. Paul l’a bien compris lorsqu’il explique aux Galates qu’il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. Le Messie de Dieu est venu pour une humanité réconciliée, une humanité qui ne fait plus de différence, une humanité vraiment libre ! Si c’est bien là ce que tu attends du Messie de Dieu, alors viens, prends ta croix, prends ta part avec lui, et participe à ce Royaume à venir, aujourd’hui, demain et chaque jour de ta vie. Amen.

(Illustration extraite de l'Image de notre paroisse, n° 210, Juin 2004)

samedi 4 juin 2016

10ème dimanche ordinaire C - 05 juin 2016

Seul compte l'Evangile pour faire découvrir Dieu !





Que me veux-tu, homme de Dieu ? Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! C’est un double drame que vit le prophète Elie lorsqu’il est apostrophé ainsi par la veuve de Sarepta. Drame de la perte d’un enfant qui, même s’il n’est pas le sien, le fait compatir à la douleur de la mère et drame de la perte du sens de Dieu, manifesté dans cette invective. Pourtant, le prophète avait déjà montré à cette femme et à son fils le visage tendre et miséricordieux de Dieu, qui prend soin de son peuple, soin des petits qui attendent tout de lui. C’est bien cette veuve et son fils, chez qui le prophète s’était arrêté pour manger en plein temps de famine, qui avaient vu leur sac de farine et leur jarre d’huile ne point s’épuiser. Dieu récompensait ainsi l’acte miséricordieux de cette femme qui avait accepté de partager avec le prophète le peu qui lui restait pour vivre. Est-il possible qu’un tel Dieu, qui prend soin de récompenser un acte bon puisse aussi punir pour une faute supposée et même pas exprimée ? Est-il possible seulement que le Dieu dont le prophète est le porte-parole puisse ainsi faire mourir l’innocent en compensation de quelque acte ? 
 
Devant la souffrance et la détresse du monde, beaucoup de nos contemporains ont condamné et rejeté Dieu, coupable de non-intervention face à l’insupportable. Il n’est pas question pour moi de les condamner, mais de chercher à comprendre ce qui, dans nos enseignements et nos attitudes, a pu laisser croire à quelqu’un que Dieu agissait envers nous comme un comptable, un juge et un bourreau. Qu’avons-nous oublié dans notre prédication, dans nos catéchèses pour que des hommes et des femmes du XXIème siècle pensent encore que Dieu peut se venger, que Dieu peut se réjouir de la mort de l’innocent ou du malheur des peuples ?  Qu’aurions-nous dû dire ou faire pour que Dieu soit enfin reconnu comme le Dieu de la vie, le Dieu pour la vie ? 
 
Il semblerait que le prophète partage l’interrogation de cette femme. Prenant la dépouille de l’enfant, il la porta dans sa chambre en haut de la maison et l’étendit sur son lit. Puis il invoqua le Seigneur : Seigneur, mon Dieu, cette veuve chez qui je loge, lui veux-tu du mal jusqu’à faire mourir son fils ? Mais il ne se laisse pas perdre en conjecture : par trois fois, il s’étendit sur l’enfant en invoquant le Seigneur : Seigneur, mon Dieu, je t’en supplie, rends la vie à cet enfant ! Je sens à la fois le désespoir du prophète devant cette mort soudaine et la foi la plus profonde en Dieu qui peut tout, en Dieu souffle de vie. L’enfant reprend souffle, revient à la vie. Et écoutez bien ce que dit la mère : Maintenant, je sais que tu es un homme de Dieu, et que, dans ta bouche, la parole de Dieu est véridique. Pourtant, le prophète n’a rien dit à ce moment-là à la femme, si ce n’est l’évidence : Regarde, ton fils est vivant ! Il ne lui a pas fait de grand traité de théologie sur Dieu, sur son amour, sur le sens de la souffrance ou que sais-je encore ! Il a pris part à sa souffrance et a fait confiance à son Dieu.
 
Cet épisode, doublé dans la liturgie de ce dimanche par l’évangile dans lequel Jésus à son tour rend un fils unique à une veuve, veut renforcer en nous la certitude que Dieu est autre que ce que nous croyons. Il ne se réjouit pas de nos souffrances, il n’en est pas la source. Le Dieu dont le prophète Elie porte la parole, le Dieu de Jésus Christ des siècles plus tard, le Dieu que nous célébrons aujourd’hui en cette eucharistie, est le Dieu de la vie. La messe qui nous rassemble en est le signe le plus flagrant. Dieu lui-même nous a accueillis et nous a libérés de nos fautes : c’est bien le sens du rite pénitentiel à chacun de nos rassemblements ; puis il nous livre sa parole pour que nous puissions vivre et tenir dans ce monde qui est le nôtre, ni pire, ni plus simple qu’autrefois ; tout à l’heure, il nous partagera le pain de l’eucharistie, sacrement de son Fils livré sur la croix par amour pour nous. En Jésus, Dieu nous a tout donné, y compris sa propre vie pour que plus jamais nous ne soyons embarrassés par la mort. La vie éternelle n’est pas une promesse : elle est réalité dans le sacrement du baptême qui nous identifie au Christ, nous incorpore à lui au point que Paul a pu écrire : si nous mourons avec lui [le Christ], avec lui nous vivrons ! Notre vie, que nous tenons de Dieu, n’est pas faite seulement pour vivre sur cette terre ; notre vie est faite pour aujourd’hui, pour ici-bas, et pour demain, quand Dieu nous réunira dans la joie de son Royaume. 
 
Dans les nombreux courriels reçus cette semaine, s’en trouvait un qui collectionnait des paroles d’enfants. En voici l’une d’elle dans son contexte : La grand-mère vient de mourir et tout le monde est triste. Claire va voir son grand-père avec un grand sourire et lui dit : " T'as de la chance toi ! T'es si vieux que tu vas mourir bientôt et tu seras le premier à la revoir " (Claire 5 ans). Du haut de ces cinq ans, Claire n’a-t-elle pas compris ce que nous avons tant de mal à concevoir, à savoir que la vie ne finit jamais, et que la mort, si elle fait souffrir ceux qui restent, est d’abord un passage, une ouverture sur la vie ? Olivier Clément a écrit : L’homme est de la terre mais il est aussi du ciel. Il pèse son poids de terre mais aussi son poids d’infini. L’homme s’ouvre sur la vie profonde. L’homme est secrètement ouvert sur l’invisible. Des générations l’ont su, l’ont expérimenté… Nous avons laissé dépérir nos facultés de contemplation au profit de facultés de travail et de calcul, de maîtrise rationnelle du monde physique… ‘Aimer quelqu’un, a écrit Gabriel Marcel, c’est lui dire : tu ne mourras pas.’ En Jésus Christ, voilà ce que nous pouvons dire aux hommes : la mort est vaincue, le Christ est ressuscité, mon frère, tu es vivant – à jamais ! 
 
Voilà réaffirmé le souffle de la foi chrétienne, la force de vie que Dieu offre à celles et à ceux qui accueillent son Fils dans leur existence. Voilà ce qu’avait pressenti le prophète Elie ; voici ce qu’a accompli Jésus, pour toujours. Nous ne pourrons jamais le taire. C’est la seule chose à dire pour donner de Dieu le juste visage. Ce n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas non plus d’un homme que nous l’avons reçu ou appris. C’est l’Evangile révélé par Jésus Christ. Rien d’autre ne compte ; rien d’autre n’a d’importance. Amen.

(Gustave DORE, Elie ressuscite le fils de la veuve de Sarepta)