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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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vendredi 14 août 2026

Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2026

 Le Magnificat, chant d'une victoire annoncée ! 







 

            Quand l’Eglise proclame le dogme de l’Assomption, elle n’a pas besoin de faire œuvre de grande explication auprès des hommes : ce qu’elle proclame, le peuple le croit depuis des siècles. C’est même la foi du peuple chrétien qui en quelque sorte « oblige » l’Eglise à proclamer l’Assomption de la Vierge Marie, reconnaissant ainsi que Dieu s’exprime avec force par ces petits qui depuis toujours ont compris que Marie, la Mère de Jésus, n’avait pas pu connaître la dégradation du tombeau, mais qu’elle avait été appelée corps et âme dans la gloire de Dieu. La foi chrétienne ayant, pour les croyants, un sens, il ne pouvait pas en être autrement. Ce qui se joue, dans ce dogme, c’est l’espérance de tout un peuple et la certitude que le Puissant fit [en Marie d’abord, mais pour nous tous aussi encore] des merveilles.

Les textes qui nous parlent de Marie étant rares, la liturgie de cette solennité nous fait entendre l’évangile de la Visitation, c'est-à-dire un épisode du commencement de ce qui deviendra l’histoire de Jésus. Ce n’est pas le tout-premier (celui de l’annonciation), mais le deuxième, qui le suit immédiatement et qui nous vaut cette belle prière de Marie que l’Eglise reprend tous les jours dans l’office du soir, le Magnificat. Si nous l’interprétons d’abord comme un cantique programmatique de ce que sera la vie de l’Enfant qui grandit dans le sein de Marie, le fait de le proclamer aujourd’hui, nous le fait entendre comme le chant de l’accomplissement de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais. Les trois premiers versets de ce cantique annoncent ce que Dieu réalise et que nous célébrons aujourd’hui. Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Qui peut douter que Marie n’est pas la première aujourd’hui à chanter Dieu, alors qu’elle retrouve son Fils Jésus dans sa gloire ? Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse : c’est le contenu même de la foi du peuple de Dieu qui a toujours reconnu l’humilité de Marie et qui, dès le début de l’Eglise, a vu la place éminente qui était la sienne dans l’histoire du Salut. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! La dernière merveille que Dieu réalise pour la Vierge, c’est justement de préserver de la corruption du tombeau, [celle] qui a porté dans sa chair [son] propre Fils et mis au monde d’une manière incomparable l’auteur de la vie (Préface de l’Assomption). 

Avec cette dernière merveille, c’est tout le projet de Dieu pour l’humanité qui est redit et célébré. Parce que ce qui est désormais réalité pour Marie, est appelé à devenir notre réalité. Nous sommes appelés à la gloire du ciel. C’est le projet de Dieu depuis la Création : avoir auprès de lui un collaborateur, un partenaire d’Alliance fiable. Marie l’a été toute sa vie durant. Elle, fille d’Eve comme nous, nous démontre qu’il est possible de vivre de cette Alliance. Nous ne servons pas un Dieu sans mémoire ; nous ne servons pas un Dieu ingrat. Nous servons un Dieu qui nous veut avec lui chaque jour et pour l’éternité. En appelant Marie dans sa gloire, il nous est rappelé que c’est là notre destinée, que c’est là notre espérance. Oui, la miséricorde [de Dieu] s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, sur nous donc. Marie n’est pas une exception ; elle est le modèle du croyant qui choisit de suivre le Christ. Nous pouvons relire ainsi la préface de la messe Sainte Marie, modèle de l’Eglise qui nous fait chanter : Dans ton immense bonté, tu as donné à l’Eglise un modèle de culte parfait dans la Vierge Marie. Elle est, en effet, la Vierge qui écoute : elle accueille avec joie ta parole et la médite dans le silence de son cœur. Vierge en prière, elle exalte ta miséricorde dans son cantique de louange, elle intercède en faveur des époux à Cana, elle se joint à la prière unanime des Apôtres. Et la préface de la messe Sainte Marie, mère de l’Eglise nous fait chanter notre espérance et le rôle de Marie dans celle-ci : Elevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Eglise de son amour maternel dans sa marche vers la patrie jusqu’au jour de la venue glorieuse du Seigneur. A travers sa vie fidèle, Marie oriente toute vie vers ce que Dieu a promis à son peuple : le retour glorieux de Jésus et notre participation à sa gloire. Et ceci est fondamental parce que Marie n’a jamais fait que nous donner Jésus et de nous le montrer toujours. Elle nous montre le chemin vers lui, mais s’efface devant lui. Par son Assomption, Marie ne devient pas plus que nous ; elle devient ce que nous sommes tous appelés à devenir : des vivants dans la gloire du Dieu qu’ils ont servi. 

L’Eglise a raison de se réjouir aujourd’hui et de célébrer celle qui nous précède dans la gloire, parce qu’elle nous a précédée dans la foi. Elle a raison de chanter le cantique de Marie, chant d’une victoire annoncée. Puisse l’exemple de la Vierge faire grandir notre foi et notre espérance, et nous parviendrons, comme elle, à la gloire du Royaume où Dieu nous attend. Amen. 


samedi 20 décembre 2025

4ème dimanche de l'Avent A - 21 décembre 2025

 Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit.





(Philippe de Champaigne, Le songe de Joseph, National Gallery, Londres)



 

            En ce dernier dimanche de l’Avent de l’année A, nous rencontrons, non pas Marie, mais Joseph, celui que beaucoup semblent avoir oublié alors qu’il est important qu’il prenne sa part dans le projet que Dieu porte pour l’humanité. Comme l’écrit Matthieu, et conformément à la Loi de Moïse, il aurait dû dénoncer publiquement Marie. Mais il était un homme juste. Cette petite mention va tout changer.

            Ce qualificatif d’homme juste, ne relève pas d’abord de l’ordre moral dans la Bible. C’est un qualificatif théologique qui dit que Dieu lui-même reconnaît la justice d’un homme. C’est un mérite qu’on ne s’attribue pas ; il est un don qui signe un art de vivre conforme à la Loi et à la volonté de Dieu. De Marie, l’ange dit qu’elle est Comblée de grâce ; de Joseph, qu’il est un homme juste. C’est dire la qualité religieuse de ces deux, choisis par Dieu, pour donner corps et existence au Fils que Dieu envoie dans le monde pour le sauver. Le sens de la justice de Joseph, qui ne sait rien de l’histoire à ce stade, le pousse à renoncer à dénoncer publiquement celle qui lui était promise. Il décide la renvoyer en secret. Si Marie en aime un autre au point d’attendre déjà son enfant, pourquoi la retenir et pourquoi demander vengeance ? Joseph, le juste, ne fera pas de mal à celle qui lui était promise.

            Quand je lis l’histoire de Joseph, je ne peux m’empêcher de m’interroger : comment Dieu a-t-il pu oublier de prévenir cet homme du projet qu’il formait pour l’humanité en Marie ? Il faut quand même un peu de temps entre la conception et les premiers signes de grossesse ! L’ange avait-il oublié ? Avait-il mieux à faire ? C’est vrai que la préparation de la naissance du Fils de Dieu a dû être quelque chose. Cela n’arrive pas tous les quatre matins. Mais de là à oublier de prévenir Joseph, quand même ; ce n’est pas très sérieux ! J’imagine le branle-bas de combat que cela a provoqué ! Alerte ! Joseph veut renvoyer Marie ! Comment est-ce possible ? Qui était chargé de le prévenir ? Personne ! Gabriel, tu t’en charges, fissa ! Ce qui nous vaut d’entendre aujourd’hui cette merveilleuse annonce à Joseph, quand il dort, et de vérifier sa justice quand il se réveille. Il ne se dit pas que tout cela est un mauvais rêve ; il reconnaît que Dieu, par son ange, lui a parlé, lui a demandé de prendre Marie, comme cela était prévu, et d’être sur terre le père de Jésus. Pas uniquement pour éviter les questions désagréables ; pas juste pour donner une famille à Jésus ; non, il lui est demandé de devenir la véritable figure paternelle de Jésus enfant, lui assurant un toit, une stabilité, le préparant à un métier, bref, en faire un vrai petit d’homme qui apprendra à trouver sa place dans ce monde. En acceptant à son tour le projet de Dieu, il sauve Marie, l’enfant et l’humanité. Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

            Que reste-t-il alors apprendre pour nous ? En ces derniers jours de l’Avent, nous apprendrons à faire à notre tour, ce qui est juste aux yeux de Dieu ; nous apprendrons à entrer dans la volonté de Dieu, même et surtout quand elle entre en conflit avec nos projets humains. La volonté de Dieu pour nous et pour tous les hommes, est toujours source de salut (Tu lui donneras le nom de Jésus, c'est-à-dire le Seigneur sauve), source de vie (l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint), source de paix (Joseph, ne crains pas). Joseph nous apprend à passer du doute à la foi, de la stupeur à la confiance absolue en Dieu, qui est toujours Dieu-avec-nous, Dieu-pour-nous. Amen.

jeudi 14 août 2025

Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie - 15 août 2025

 Il se souvient de son amour.





(Tableau de Francesco GRANACCI, Assomption de la Vierge Marie, 
réalisé entre 1517 et 1519, pour la chapelle des Médicis, 
église San Piero Maggiore, Florence)


 

            Chaque année, la fête de l’Assomption nous donne d’entendre le cantique de la Vierge qui chante l’œuvre de Dieu pour son peuple. Ce chant est repris par l’Eglise chaque jour dans l’office des vêpres. Il y a un verset qui m’intéresse particulièrement aujourd’hui alors que nous célébrons l’entrée de Marie dans la gloire de Dieu, parce qu’il nous souligne un aspect de l’œuvre de Dieu aussi bien qu’un aspect du caractère de Marie. Ce verset, c’est le suivant : il se souvient de son amour.

             Il suffit de lire l’intégralité du Magnificat pour découvrir l’œuvre de Dieu pour l’humanité et son amour privilégié pour les humbles, ceux qui le craignent et tout son peuple Israël. A qui voudrait approfondir cette découverte, il faudrait alors tourner les pages de la Bible pour découvrir les alliances successives de Dieu et comment toujours il se souvient de son amour. Même quand il décide de laver la terre à grandes eaux au moment du déluge, il se souvient encore de son amour et sauve Noé et les siens, ainsi que des représentants de toutes les espèces animales. Parvenu aux dernières pages de notre Bible, un chrétien ne pourrait que conclure qu’il n’y a pas de limite à l’amour de Dieu pour nous et que toujours, vraiment, il se souvient de son amour. Même quand les hommes ont osé l’impensable, à savoir la mise en croix de l’Innocent, Dieu encore fait preuve d’amour, non seulement en ressuscitant son Fils Jésus, mais aussi en permettant que ce sacrifice serve au salut de tous, à la fois ceux qui étaient témoins de cette tragédie et ceux qui viendraient à la vie dans les siècles à venir. Et nous voici, au premier quart du vingt-et-unième siècle, à bénéficier toujours et encore de ce salut, par le sacrifice unique du Christ, dont nous faisons mémoire en cette eucharistie. La fête de l’Assomption de Marie n’est pas que le signe de l’amour de Dieu pour son humble servante, mais pour nous tous. Ce qui advient de Marie nous concerne effectivement puisque c’est une annonce claire de ce qui nous attend : une vie d’éternité dans le Royaume de Dieu, non pas parce que nous l’aurions mérité, mais parce que Dieu se souvient de son amour et nous offre de vivre auprès de lui, avec son Fils, avec Marie, et la foule nombreuse de ceux que nous appelons les saints.

             En cette fête de l’Assomption, nous pouvons décliner ce il se souvient de son amour au féminin. Parce que Marie, à l’image de Dieu, s’est toujours souvenu de l’amour que Dieu lui a manifesté quand il l’a choisie pour être la Mère de son Fils. Voyez dans l’évangile de Luc cette mention faite plusieurs fois : Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Elle ne perd rien de ce que l’amour de Dieu fait pour elle ; et elle s’en souviendra quand la jeune communauté croyante va grandir après Pâques. Elle transmettra ce qu’elle sait de son Fils, ce qu’elle a vécu avec lui pour que cela parvienne encore à nos oreilles aujourd’hui. Au terme de la vie terrestre de Marie, Dieu se souvient de son amour, se souvient de son humble servante, et l’appelle dans sa gloire sans qu’elle ait eu à connaître la dégradation du tombeau. Celle qui était sans péché et qui, par son oui, a rendu l’humanité capable d’accueillir Dieu, ne pouvait pas juste suivre le chemin ordinaire de notre humanité parvenue à son terme. Puisqu’elle a vécu toute sa vie dans le souvenir de l’amour de Dieu pour l’humanité, et qu’elle a permis à celle-ci de rencontrer face à face le Fils de Dieu, elle accèdera à la gloire de son Fils, sans passer par la tombe. Quand Dieu se souvient de son amour, de grandes choses sont possibles pour nous.

             Ce qui m’amène à vous proposer de faire un pas de plus. Nous avons vu qu’avec Marie, nous pouvions mettre cette phrase au féminin. Il nous faut maintenant envisager de la mettre aussi à la première personne : je me souviens de son amour. En tous les cas, nous devrions nous exercer à la vivre ainsi. Parce que si Dieu se souvient de son amour pour nous, il serait juste et bon que nous gardions mémoire de ce que l’amour de Dieu fait pour nous ; pas seulement en reprenant le Magnificat avec toute l’Eglise, mais en étant capables de l’illustrer par des moments de notre vie. Cela nous oblige à ne pas être des enfants ingrats qui profitent de l’amour de Dieu mais jamais n’en font mémoire. L’Eglise le fait à merveille dans sa prière, notamment à travers les préfaces qui ouvrent chacune de nos liturgies eucharistiques.  La préface, c’est cette prière que le prêtre dit au nom de l’assemblée et qui commence ainsi : Vraiment, il est juste et bon, pour ta gloire et notre salut, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, Seigneur, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant. Si l’on prend les 74 préfaces proposées dans l’année, qu’on y ajoute celles des messes rituelles (ordinations, mariages, enterrements, les préfaces du missel des messes de la Vierge Marie) et quelques particulières, nous dépassons la centaine d’occasions de nous souvenir de l’amour de Dieu pour nous, puisque chaque préface nous fait chanter une merveille que Dieu fait pour nous par amour. Si la préface est réservée au prêtre pendant la messe, rien ne nous empêche de prendre l’habitude de prier avec ces beaux textes au long de l’année pour redire à Dieu que, s’il se souvient de son amour, nous aussi nous voulons nous en souvenir et le remercier de nous aimer autant.

             En prenant exemple sur Marie, qui chante les merveilles de l’amour de Dieu pour nous, apprenons à nous souvenir que Dieu nous aime. Apprenons à le remercier pour cet amour. Apprenons à noter les merveilles que Dieu fait concrètement pour nous. Cela ne fera peut-être jamais une préface officielle de la prière de l’Eglise ; mais ces souvenirs de ce que l’amour de Dieu fait pour nous aujourd’hui, constitueront notre part à la louange que nous devons à Dieu qui nous aime ainsi. En cette fête de l’Assomption, que monte au ciel avec Marie, notre merci pour tout ce que Dieu fait, lui qui nous appelle à partager sa gloire, simplement parce qu’il nous aime et non parce que nous l’aurions mérité. Amen.

vendredi 17 janvier 2025

2ème dimanche du temps ordinaire C - 19 janvier 2025

 Il y eut un mariage à Cana en Galilée.




(Giotto, Les noces de Cana, Source : Suivre notre actualité - Frères Franciscains du Canada)




Après le temps des fêtes, voici le temps ordinaire qui nous fait chercher Dieu dans ce qu’il y a de plus simple, de plus ordinaire : notre vie quotidienne. Quelle que soit cette vie, Dieu y est présent. Cette année, l’Eglise nous fait commencer ce temps ordinaire avec la proclamation d’un texte tiré de l’évangile de Jean : les noces de Cana. Un moment de fête, certes, mais qui fait partie de l’ordinaire d’une société qui a encore des repères stables. 

En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. Notez la sobriété de Jean quand il annonce l’événement. Ce n’est rien d’extraordinaire. Juste un événement de la vie célébré dans un village de Galilée. Il ne sera pas le seul mariage célébré cette année-là. C’est sans doute un événement pour le jeune couple et leurs familles, mais pas pour les invités. Il y a bien des chances qu’ils soient invités à d’autres mariages. Pour un village comme Cana, à cette époque, c’est une occasion pour tous de se rassembler. Cela fait partie de la vie simple et ordinaire de célébrer avec d’autres une étape de leur vie. C’est dans ce cadre ordinaire que Jean place deux personnes peut-être moins ordinaires pour ses lecteurs. 

        En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Remarquez l’ordre : d’abord Marie, puis Jésus avec ses disciples. J’en déduis que Marie est veuve. Elle est invitée et elle vient avec ce fils qui, selon la loi, veille sur sa mère. Cela nous indique aussi que Jésus n’est pas encore connu pour son métier de prédicateur ; Cana sera un commencement pour lui, un tournant dans sa vie, un tournant dans la vie des hommes. Grâce à ce mariage (ou à cause de ce mariage), Jésus va se faire connaître ; désormais on va parler de lui. Pourquoi ? A cause d’un incident malheureux, une chose qui n’arrive que rarement sans doute.

        En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin. Si nous sommes au début du mariage, c’est un drame ! Si c’est à la fin de la noce, cela signifie surtout que les invités auront bien bu. Quoi qu’il en soi, l’affaire semble sérieuse. Cela risque de gâcher la fête et la réputation des familles qui auront été chiches dans leurs prévisions et leur commande. Le cœur de Marie, cœur d’une mère qui aura sans doute renoncé à marier son propre fils, la pousse à intervenir : La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » La première réaction de tout observateur de la scène serait de dire : de quoi se mêle-t-elle ? Et qu’est-ce que son fils peut bien y faire ? A moins qu’il ne soit négociant en vin et que sa boutique ne soit pas trop éloignée, on ne voit pas trop l’intérêt de la remarque. Ce n’est pas elle qui a organisé le mariage ; elle est une invitée comme les autres. Personne ne s’attend à ce qu’elle porte à l’attention de tous ce qui est embarrassant pour ses hôtes. Certes, c’est une noce ; il y a de la musique, des danses. Mais elle pourrait quand même être entendu par d’autres, et la mauvaise nouvelle pourrait faire taire musiciens et chanteurs pour faire parler les mauvaises langues et se répandre les rumeurs sur les familles invitantes. Ce n’est pas là l’objectif de Marie ! Nous connaissons sa discrétion ! Mais là où les hôtes n’attendent plus rien qu’une fin précipitée de la joie des noces, Marie attend quelque chose de son fils. D’où son intervention. 

        Ce qui surprend souvent, pour ne pas dire toujours, c’est la réponse de Jésus à sa mère : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Je n’ai pas beaucoup d’explication sur cette apparente sècheresse de la réponse. Mais il y a cette indication à retenir pour l’avenir : il y aura bien un jour une heure de Jésus. Il y aura un temps où il interviendra et où les choses changeront définitivement pour tous. Mais ce n’est pas ici et maintenant, à Cana en Galilée. Cette réponse ne démonte pas Marie. C’est une mère, elle connaît son fils.  Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Elle nous ouvre à l’espérance en nous invitant à l’obéissance. Et le signe que l’on connaît désormais sous le nom de signe de Cana peut avoir lieu. L’eau puisée est changée en vin ; la fête est sauvée ; la joie des hommes peut continuer. Ce premier signe de Jésus nous dit une chose fondamentale sur Dieu : il veut notre joie ! Il veut notre bonheur ! Et nous trouvons ce bonheur dans l’obéissance à sa parole. La parole de Marie (Tout ce qu’il vous dira, faites-le !), n’est pas une parole dite au hasard ; ce n’est pas une parole en l’air. C’est d’abord une parole qu’elle a vécue depuis toujours ; c’est la parole qu’elle a vécue quand l’ange lui a annoncé qu’elle serait la mère du Sauveur. C’est la parole qu’a vécue Joseph quand il a pris chez lui Marie, son épouse, toujours sur la parole de l’ange. Tous deux ont trouvé leur joie profonde dans cette obéissance à la parole de Dieu qui leur avait été adressée. En nous donnant cette parole, elle nous donne la voie à suivre pour trouver notre bonheur. 

        A quelqu’un qui m’interrogeait récemment sur l’utilité de la religion, ma réponse fut celle-ci : la religion permet à l’humanité de s’accomplir ; puisque Dieu lui-même a pris le chemin de notre humanité, c’est par notre humanité que nous parviendrons à Dieu. Et notre humanité n’est pas faite pour le malheur ; elle est faite pour la joie. Cet évangile qui nous relate les noces de Cana, commencement des signes que Jésus accomplit, nous le rappelle avec brio. Jésus n’est pas un embêtement de plus dans notre vie ; il est celui qui nous aide à sortir de nos embêtements et à retrouver la joie profonde qui devrait être notre quotidien, notre ordinaire. Dieu nous envoie vers les hommes, non pas pour les juger et les condamner, mais pour leur faire retrouver la joie profonde, la joie initiale que l’homme connaissait avant que le péché n’envahisse son cœur. 

        En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Rassurez-vous, je ne vais pas reprendre l’histoire ; je viens de la parcourir avec vous. Mais si, au terme de mon homélie, je reprends le début de l’histoire, c’est pour nous rappeler à tous qu’il peut être le début de notre histoire avec Jésus. Il nous revient d’inviter Marie, Jésus et ses disciples dans notre vie, comme une présence discrète, mais agissante. En faisant tout ce qu’il nous dira, notre vie parviendra à son accomplissement : la joie véritable ; elle chantera la gloire de Jésus, et celles et ceux que nous côtoyons pourront croire en lui. Que se poursuivent donc les noces de Cana à travers nous ! Amen. 


mercredi 14 août 2024

Assomption - 15 août 2024

 Quand le peuple ouvre la voie.






 

            Le saviez-vous ? La fête de l’Assomption est célébrée depuis quatorze siècles lorsque, enfin – pourrait-on dire – le Pape Pie XII décide, le 01er novembre 1950, de proclamer le dogme de l’Assomption qui affirme ce que le peuple croyait et célébrait depuis longtemps, à savoir que Marie, ayant été préservée du péché originel et n'ayant commis aucun péché personnel, a été élevée à la gloire du ciel, après la fin de sa vie terrestre, en corps et en âme. Si c’est bien l’Eglise qui définit le dogme, c’est la foi de tout un peuple, répandu par tout l’univers, qui est ainsi entendue et validée. Selon les données du Saint Siège, entre 1854 et 1945, huit millions de fidèles écriront à Rome en ce sens. 1 332 évêques et 83 000 prêtres, religieux et religieuses viendront s’y ajouter. Probablement la plus grande démarche synodale organisée non pas par la tête, mais par le corps de l’Eglise. Qu’est-ce qui a bien pu déclencher une telle foi ? Pour ma part, deux éléments contribuent à cette démarche. 

            Le premier élément, c’est la vie de Marie, et son humilité. Celle qui aurait pu gonfler des chevilles lorsque l’ange lui annonce qu’elle portera le Fils du Très-Haut, entre humblement dans la volonté de Dieu : Voici la servante du Seigneur ; que tout se fasse pour moi selon ta parole ! Et elle restera humble toute sa vie durant. L’Evangile de la Visitation que nous venons d’entendre, nous montre la même Marie ayant reçu le message de l’ange, partir avec empressement chez sa cousine Elisabeth pour se mettre à son service. Celle-ci, en effet, dans sa vieillesse, attendait son premier enfant, lui-aussi fruit de la promesse du Seigneur. Marie ne pérore pas, elle ne se vante pas davantage. Elle chante la grandeur de Dieu et sa bonté envers son humble servante. Elle ne tire pas avantage de sa situation, mais proclame que Dieu agira ainsi pour tous les petits, les humbles, les affamés, ceux qui le craignent, sans oublier Israël, son serviteur. Vous pourrez relire, en rentrant chez vous, tous les évangiles qui nous parlent de Marie (c’est assez vite fait, il n’y en a pas tant que cela), jamais vous ne la verrez ou entendrez s’élever, revendiquer, se mettre en avant. Toujours, comme à Cana par exemple, elle renvoie vers Dieu ou vers son Fils. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a bien raison de nous rappeler que nous allons à Jésus, par Marie. Pas seulement parce que c’est elle qui nous donne Jésus, mais parce que toute sa vie nous montre Jésus. Même sa mort, qui la fait entrer corps et âme en paradis, nous montre Jésus et nous dit que le chemin qu’il a été le premier à emprunter, lui premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis, est le chemin commun pour nous tous. Marie, en son Assomption, nous montre que Jésus a bien vaincu la mort, et que celle-ci n’est plus un obstacle, mais le passage vers la rencontre avec Dieu. 

            Et ceci m’amène au deuxième élément qui justifie, selon moi, cette démarche faite par le peuple de Dieu pour aboutir à la proclamation du dogme de l’Assomption. Nous avons besoin d’être rassurés sur notre avenir. Et la foi en l’Assomption fait juste cela. Bien sûr, nous savons et nous croyons que Jésus est ressuscité d’entre les morts. Paul nous l’a magnifiquement rappelé dans l’extrait de la première lettre aux Corinthiens entendu. Mais c’est Jésus, quoi ! C’est le Fils de Dieu ! Avec Marie, nous avons quelqu’un de chez nous, totalement. Si elle, grâce à son humilité et sa vie totalement menée sous la conduite de l’Esprit Saint, parvient corps et âme en paradis, nous avons l’espérance, malgré notre péché, d’y parvenir nous aussi. Notre corps mortel sera livré à la tombe, mais notre âme pourra s’élever vers Dieu. Nous ne sommes pas que corps mortel ; nous sommes aussi spirituels, animés de l’Esprit Saint que nous avons accueilli au jour de notre baptême, et cette part de nous sera sauvée. Marie nous est donnée comme exemple de vie à mener dans le Christ sous la conduite de l’Esprit Saint ; elle nous est aussi donnée en exemple de ce qui est promis, à la fin de notre vie. Avec Jésus ressuscité, nous pouvions espérer ressusciter nous aussi et participer à sa gloire. Grâce à Marie, nous savons que cela est possible puisque la foi du peuple, avant la foi de l’Eglise, nous disait cela possible quand nous méditions le mystère de l’Assomption avant même qu’il ne fut un dogme. Quand Jésus nous dit qu’il donne sa vie pour nous, pour notre vie, nous pouvons le croire ; il dit vrai et sa mort en croix et sa résurrection d’entre les morts nous ouvrent le chemin vers la vie. Marie, en son Assomption, semble nous dire : comme moi, vivez selon la parole du Christ, et comme moi, vous parviendrez au Royaume où Dieu nous attend. Ne crains pas de croire ; ne crains pas d’être humble ; ne crains pas la mort. La vie éternelle est offerte à ceux qui croient ; la vie éternelle est offerte aux humbles ; la vie éternelle est offerte à ceux qui passent la mort avec le Christ. Il est notre salut, notre gloire éternelle. 

            Aujourd’hui, réjouissons-nous que le peuple de Dieu ait montré la voie à l’Eglise. Réjouissons-nous pour Marie qui entre dans la gloire de Dieu. Réjouissons-nous pour nous qui sommes appelés à cette même gloire. Et comme Marie, vivons de la Parole du Christ. Comme Marie, vivons de l’Esprit du Christ. Ainsi, comme Marie, nous parviendrons là où le Christ nous attend. Amen.

dimanche 14 août 2022

Assomption - 15 août 2022

 Une fête qui nous parle de Dieu et de nous.



Fra Angelico, Couronnement de la Vierge Marie
vers 1434-1435, Galerie des Offices, Florence, Italie


            De qui nous parle cette fête de l’Assomption ? De Marie, me répondrez-vous, car tout le monde sait encore à peu près que l’Assomption est une fête mariale. Je reposerai alors ma question avec plus d’insistance : de qui nous parle encore cette fête de l’Assomption ? La réponse est double, comme toujours avec les fêtes mariales : elle nous parle de Dieu, elle nous parle de nous. Si elle ne le faisait pas, elle n’aurait rien à nous dire, rien à nous apprendre, cette fête du milieu d’été. 

            La fête de l’Assomption nous parle donc d’abord de Dieu. De Dieu qui a toujours eu l’initiative dans la vie de Marie. Toute la théologie mariale en convient. Marie n’a pas été choisie parce qu’elle était particulièrement sainte, mais parce que, dès sa conception, Dieu l’a préservée du péché. Marie n’a pas été choisie parce qu’elle a dit oui ; elle a dit oui parce que Dieu l’avait approchée pour lui proposer de participer à son projet de salut en accueillant Jésus dans son sein. En ce jour où nous célébrons l’entrée de Marie dans la gloire du ciel, n’oublions pas Dieu qui a l’initiative de cette originalité, par souci de continuité de son œuvre en faveur de celle qu’il a choisie depuis le commencement pour être la Mère de son Fils. Il n’eut pas été logique que Marie, à sa mort, soit dégradée par la mise au tombeau. La dégradation du tombeau est la conséquence de notre péché. Marie ayant été préservée du péché depuis sa conception, il eut été parfaitement incongru qu’elle soit subitement soumise à la loi de tous les pécheurs. Elle est donc élevée corps et âme auprès de Dieu, vivant sa Pâque dans la continuité de la Pâque de son Fils, elle qui a toujours vécu des grâces venant de son Fils. A moins de faire de Dieu un inconséquent, il ne pouvait pas en être autrement. Vous ne préservez pas tout au long d’une vie votre chef d’œuvre pour le détruire soudainement, en un instant, sans qu’il n’y ait aucune faute de sa part. L’Assomption nous prouve, si besoin était, la réalité de l’œuvre de Dieu en faveur de l’humanité, une œuvre bonne, une œuvre qui mène à la vie. Elle nous montre la cohérence de Dieu dans ses actions envers Marie. Elle nous redit enfin l’amour de Dieu en faveur de l’humanité tout entière que Marie représente. 

            C’est pour cela que la fête de l’Assomption nous parle aussi de nous. Certes, nous ne sommes pas créés sans péché à l’image de Marie. Mais nous sommes, par notre baptême, invités à rejeter le péché hors de notre vie, pour vivre une communion parfaite avec le Christ qui nous sauve. L’élévation dans la gloire de Marie nous annonce notre propre destinée : nous sommes faits pour vivre avec Dieu pour toujours ; nous sommes faits pour partager avec lui la gloire du Royaume. Ça n’ira peut-être pas aussi vite que pour Marie, mais c’est le but ultime de notre vie. Dieu nous veut avec lui pour toute éternité. Nous le savions depuis Pâques et la résurrection du Christ d’entre les morts. Avec l’exemple de Marie entrée dans la gloire de Dieu, nous savons désormais que ce n’est pas une promesse vaine, que ce n’est pas irréalisable par Dieu pour nous. Ce qui est immédiatement possible pour Marie sera notre avenir un jour. Nous serons appelés à vivre pour Dieu, en Dieu, avec Dieu ; que cela ne fasse pas l’ombre d’un doute dans notre esprit. Et à cet appel nous concernant, si notre esprit n’est pas totalement obscurci par le péché, nous répondrons Oui, comme Marie a toujours répondu Oui aux appels de Dieu. En suivant en toute chose la voie de son Fils, elle nous montre la voie à suivre pour parvenir où elle est désormais : cette voie, c’est suivre ce même Fils, en toute chose, tout au long de notre vie. Ainsi notre vie, petit à petit, deviendra un Oui, notre Oui à Dieu. Et Dieu pourra réaliser en nous les merveilles qu’il a réalisées pour sa servante qu’il accueille aujourd’hui dans sa gloire. 

            Alors chantez Marie aujourd’hui si cela vous plaît. Mais chantez surtout la grandeur et l’amour de Dieu pour les hommes, lui qui a offert son Fils pour nous faire entrer dans sa vie. Le Christ est ressuscité d’entre les morts pour que nous puissions ressusciter à notre tour, forts de sa victoire sur le Mal, le Péché et la Mort. Marie, dans son Assomption, nous montre la réalité de cette œuvre. Elle a chanté cette réalité dans son Magnificat : Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. Que cette promesse devienne définitivement notre espérance et l’unique but de notre vie. Amen.


dimanche 16 janvier 2022

2ème dimanche ordinaire C - 16 janvier 2022

 Le signe de Cana, signe des noces éternelles.


(Arcabas, Les noces de Cana, source internet)




        Quel curieux mariage que celui-ci ! Tout se passe comme si les époux n’étaient pas à la fête. On ne sait rien d’eux, ils ne nous ont pas été présentés, et à la fin de l’histoire, ce ne sont même pas eux les héros de l’histoire ! Tout tourne autour d’un invité qui semble là par hasard et de sa mère. Ils accaparent à eux deux toute l’histoire, comme si ce mariage était le leur ! Choquant ? 

            Pas vraiment quand on relit le prophète Isaïe qui avait déjà utilisé l’image des noces pour parler de l’Alliance entre Dieu et son peuple :  Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra « l’Epousée ». Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur (littéralement celui qui t’a fait) t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. N’est-ce pas justement ce que vit Marie depuis le jour de l’Annonciation où elle a dit Oui au projet de Dieu pour elle et pour l’humanité ? 

Pas vraiment choquant non plus quand on sait qui est cet invité (Jésus) et qui est sa mère (Marie donc), celui que Dieu a envoyé dans le monde et celle par qui cette entrée dans le monde a été possible. Une fois de plus, Marie semble enfanter ce Fils de Dieu venu sur terre sauver tous les hommes. C’est grâce à Marie qu’il semble là, à la noce : La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Curieusement, nulle trace de Joseph : comme à l’Annonciation, il est le grand absent. 

Pas vraiment choquant non plus quand on se souvient que cet épisode n’est rapporté que par Jean, l’évangéliste qui nous invite à une hauteur de vue différente. Derrière ce mariage, qui semble n’être qu’une mise en scène, il y a l’entrée dans le monde de Jésus, la révélation de sa gloire : Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. Par cette simple conclusion, Jean nous redit ce qui est essentiel : non pas que ces époux à Cana s’aiment, mais que Jésus soit révélé, que ses disciples croient en lui, que nous croyions en lui. C’est cela qui compte : la foi en Jésus de ceux qui ont vu ce premier signe. Il nous faudra garder en mémoire ce premier signe pour ne pas nous tromper ni nous décourager lorsque nous serons au pied de la croix, quand l’Heure de Jésus sera finalement venue et qu’il livrera son dernier signe terrestre : le vin de son sang répandu largement pour le salut du monde. Ne nous trompant pas sur ce dernier signe, nous pourrons interpréter de manière juste le premier signe des temps nouveaux : le signe du tombeau ouvert au matin de Pâques, signe de la joie de Dieu qui a sauvé les hommes, signe de la vie qui ne finit jamais, signe que les noces éternelles de l’Agneau de Dieu ont commencé. S’il est vrai qu’il ne faut pas rater son entrer dans le monde, reconnaissons qu’avec ce signe de l’eau changée en vin, signe annonciateur des noces éternelles entre Dieu et son peuple, Jésus réussit pleinement à capter l’attention : ses disciples crurent en lui. 

            Ce signe de Cana nous invite à voir plus loin et à comprendre que nous sommes l’Epouse du Christ, celle qu’il a choisie, celle qu’il aime depuis toujours et pour toujours. Nous le comprenons à la manière dont Jésus répond à sa mère quand elle lui indique qu’ils n’ont plus de vin : Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. Elle est bien l’Epouse du Christ, celle qui sera invitée, à l’heure de Jésus, au pied de la croix, à accueillir de nouveaux fils, à savoir tous les disciples de Jésus. Parmi les dernières paroles de Jésus en croix, n’entendons-nous pas ceci : Femme, voici ton fils ? Si chacun de nous est fait fils de Marie, nous sommes collectivement, en Eglise, l’Epouse bien-aimée pour laquelle Jésus a livré sa vie. Pour nous, jamais ne manquera le vin de l’amour de Dieu. Pour nous, jamais ne manquera la joie que procure la célébration de ces noces éternelles. En entrant dans le monde, en livrant sa vie, en manifestant sa gloire, Jésus fait le choix de nous aimer, immensément ; il fait le choix de veiller sur nous, toujours. 

            Ses disciples crurent en lui. C’est la parole qui conclut cette révélation de Jésus. C’est ce à quoi sont invités celles et ceux qui entendent cette histoire, qui méditent ce premier signe que Jésus accomplit. Au long de cette année, goûtons ensemble le bon vin de la Bonne Nouvelle : et nous croirons au Fils de Dieu, nous vivrons de la joie qu’il vient porter au monde. Amen.  


samedi 18 décembre 2021

4ème dimanche de l'Avent C - 19 décembre 2021

 Avec Marie et Elisabeth, accueillir Celui qui vient.





            En ce dernier dimanche de l’Avent, nous croisons la route de Marie et de sa cousine Elisabeth, deux autres figures de ce temps de préparation à Noël. Marie, cela va de soi puisqu’elle a été appelée à être la Mère du Fils de Dieu ; que nous la rencontrions durant l’Avent n’a donc rien d’extraordinaire. Elisabeth, sa cousine, enceinte dans sa vieillesse de Jean le Baptiste, c’est déjà moins commun. Ni elle, ni le fils dont elle est enceinte, ne jouent un rôle prépondérant dans ce temps de gestation. La mission de Jean le Baptiste, personne n’y pense encore. Et pourtant… 

            Cette scène de la Visitation est comme un passage de témoin entre la vieille Elisabeth, la figure de la Première Alliance et Marie, la figure par qui la Nouvelle Alliance peut émerger. Cette rencontre pourrait s’appeler : quand l’Ancien Testament rencontre, par avance, le Nouveau Testament. Ces deux femmes, l’une jeune, l’autre vieille, toutes deux enceintes « miraculeusement », se rencontrent au moment précis où l’Histoire des hommes va basculer vers quelque chose de neuf. Luc ne s’y trompe pas quand il rapporte l’événement. Au-delà de la joie d’Elisabeth de rencontrer sa cousine, il y a une autre rencontre qui se joue déjà, celle entre les deux cousins : Jésus et Jean le Baptiste : Lorsque tes paroles de salutations sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Si les tableaux occidentaux représentent cette scène par deux femmes se saluant, les icônes de nos frères orthodoxes vont quelquefois jusqu’à représenter les deux cousins dans le sein de leur mère respective, Jean s’inclinant profondément devant le Christ. Au-delà de la visite de courtoisie, c’est une visite hautement théologique qui se déroule sous nos yeux. Le discours d’Elisabeth ne laisse aucun doute à ce sujet : D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?... Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. Rappelons ici que Marie et Elisabeth ne se sont échangées ni appel téléphonique, ni sms pour se partager la bonne nouvelle. Et pourtant Elisabeth est capable de reconnaître et de reconstituer ce qui s’est joué à l’Annonciation : un ange envoyé par Dieu annonçant à Marie sa maternité prochaine et l’acceptation par celle-ci de ce projet divin. Elle a compris « instinctivement » ce que Joseph n’avait pas su comprendre quand il avait formulé le projet de répudier sa promise en secret.

            Cette visitation achève de rappeler aux hommes que le Maître de l’Histoire, c’est Dieu. Elle rappelle aux hommes que Dieu fait comprendre son dessein de salut à qui il veut bien le révéler. Elle nous dit aussi que chacun, quel que soit son âge, peut vivre une fidélité à Dieu telle, qu’il peut sans crainte entrer dans le projet que Dieu porte pour lui. Ni Marie, ni Elisabeth n’ont sans doute saisi d’emblée la portée de ce qu’elles étaient invitées à vivre, mais toutes deux ont accepté, toutes deux ont cru. Si l’on rapproche alors leur attitude de celle des époux, Joseph, le charpentier pour Marie et Zacharie, le prêtre, pour Elisabeth, on pourrait même en déduire que les femmes ont un avantage certain. Non pas qu’elles soient plus crédules, mais certainement plus attentives à la dimension spirituelle de notre existence. Elles semblent comprendre plus vite quand Dieu fait irruption dans leur vie. Cette Visitation nous rappelle enfin que Dieu accomplit ses promesses. Il tient parole. Il ne fait pas de promesse pour nous endormir ou nous rassurer ; quand Dieu promet, il s’engage ; quand Dieu promet, il réalise. Son projet de sauver tous les hommes, le moment est venu de le réaliser, et c’est ce Fils qui grandit dans le sein de Marie qui en sera l’acteur principal. Le temps de l’accomplissement a commencé. Marie l’incarne, Elisabeth le reconnaît et le proclame. 

            Au-delà du souvenir d’une visite ancienne pour nous, ce passage d’Evangile nous interroge forcément sur notre rapport à la promesse que Dieu nous fait de nous sauver. Sommes-nous dans la confiance comme Marie et Elisabeth ou remplis de doute comme Joseph et Zacharie ? Acceptons-nous, comme ces deux femmes, d’être des acteurs de la réalisation de ce salut, ou attendons-nous que les événements se passent, sans trop nous mouiller, juste assez pour être sauvés ? De Marie et Elisabeth, nous pouvons apprendre à accueillir dans la confiance Celui qui vient. Si l’on peut considérer qu’il vient bouleverser notre vie, nous pouvons aussi considérer qu’il vient la rendre plus belle : la joie de Marie et d’Elisabeth peuvent nous en convaincre. Avec elles, entrons dans le projet de Dieu ; avec elles, réjouissons-nous de celui qui vient. Il vient faire toute chose nouvelle ; il vient inaugurer un monde nouveau. Heureux sommes-nous de croire, nous aussi, à l’accomplissement des paroles qui furent dites aux hommes de la part du Seigneur. Amen.

samedi 14 août 2021

Assomption - 15 août 2021

 Marie, l'huissier qui nous introduit auprès du Christ.



(Michel Sittow, Assomption, vers 1500, National Gallery of Art, Washington)



            L’assassinat du Père Olivier MAIRE a mis en lumière une congrégation peu connue en Alsace : les Montfortains. Elle regroupe des hommes et des femmes qui s’engagent à la suite du Christ, au service de l’Eglise, selon l’enseignement de St Louis-Marie Grignon de Montfort. Nous lui devons cette expression bien connue : A Jésus, par Marie. La fête de l’Assomption, fête de l’entrée de Marie dans la gloire du ciel, est l’occasion toute trouvée pour méditer cette marque de la spiritualité des Montfortains. 

            Un reproche souvent fait aux personnes qui ont une trop grande dévotion à Marie est celui de croire qu’elle a plus d’importance que Jésus dans l’œuvre du salut. Or, il faut le redire avec force : seul Jésus sauve, par sa mort et sa résurrection. Mais Marie a joué un rôle éminent dans cette œuvre de salut : elle est celle qui a permis à Dieu de descendre sur terre en prenant vie humaine. Si donc Marie a permis à « l’ascenseur divin » de fonctionner dans un sens (la descente), elle doit aussi lui permettre de fonctionner dans l’autre sens, celui de la montée. En clair, si elle a pu permettre, par son Oui, à Dieu de descendre sur terre, ce même Oui de Marie doit permettre aux hommes de monter vers Dieu. Elle connaît le chemin qui y mène : celui de l’abandon total à la volonté de Dieu, qui se penche vers son humble servante. Le Magnificat décline alors les chemins à suivre et les chemins à éviter pour parvenir à Dieu. Ceux qui craignent Dieu, mais aussi les humbles et les affamés (comprenons les pauvres) sont les favoris de Dieu ; les superbes, les puissants qui écrasent, les riches qui s’enferment dans leurs richesses sont éloignés de Dieu. Spiritualité mariale et amour des pauvres vont de paires. Personne ne peut aimer la Vierge Marie et ignorer le service des pauvres. Nous avons entendu dans l’Evangile de cette fête, que Marie elle-même s’est mise au service de sa vieille cousine Elisabeth, alors enceinte de Jean le Baptiste par faveur de Dieu. 

            A Jésus, par Marie peut donc s’entendre dans ce premier sens qui consiste à se rendre disponible comme Marie à la volonté de Dieu. On peut aller à Jésus, par l’exemple de Marie. Sa vie tout entière peut devenir notre chemin vers Dieu. Celui qui, comme elle, dit Oui à Dieu en tout ; celui qui, comme elle, se met au service de ceux qui ont en besoin ; celui qui, comme elle, est fidèle à la prière ; celui qui, comme elle, chante la bonté de Dieu, celui-là parvient au Royaume où Dieu attend ses enfants. Il n’y a pas d’autre risque à prendre Marie pour modèle que le risque de finir au paradis, avec elle et tous les saints, réunis autour du Christ qui nous sauve. La fête de l’Assomption doit achever de nous convaincre que c’est bien là notre destinée, puisque ce mystère que nous célébrons aujourd’hui, n’est rien d’autre que la contemplation de ce qui nous arrivera un jour si, comme Marie, nous disons résolument et fermement Oui à Dieu et que nous le servons dans nos frères et sœurs en humanité. 

            A Jésus, par Marie peut aussi s’entendre dans un second sens. Puisque Marie est désormais dans la gloire du Royaume, nous pouvons lui confier notre prière, sûrs que son Fils ne saurait rien refuser à cette Mère qu’il a élevé en son corps et son âme à la gloire du ciel. Celui qui penserait que le Christ est quelqu’un de trop grand pour lui, peut toujours s’adresser à sa Mère, véritable fille d’Eve, pour porter au Christ les demandes qu’il n’ose lui formuler directement. Marie ne nous égare pas loin du Christ, elle nous ramène sans cesse à lui. Ce qu’elle a si bien fait sur terre, c'est-à-dire nous orienter vers Jésus (Faites tout ce qu’il vous dira, dit-elle aux serviteurs à Cana, et non pas faites ce que je vous dis), elle continue de le faire au ciel : c’est vers la gloire du Christ que nous renvoie la gloire de Marie. C’est au Christ qu’elle transmet toutes les demandes qui lui sont adressées, sûr qu’elle est que son Fils se plaira à plaire à cette Mère qui plaît même à Dieu au point de préserver de la dégradation du tombeau le corps qui avait porté son propre Fils et mis au monde l’auteur de la vie. Au ciel, Marie n’est pas devenue une déesse ; elle est et reste l’humble servante du Seigneur, l’humble servante de toutes les Elisabeth qui ont besoin d’elle. 

            Que l’on considère Marie dans sa vie terrestre ou que l’on considère Marie depuis son entrée dans la gloire, elle ne cesse jamais d’être comme l’huissier qui nous introduit auprès de son Fils, celle qui nous accueille sans nous retenir, mais qui toujours nous renvoie vers celui qu’elle a mis au monde. Sans Marie, Jésus ne serait pas venu sur terre. Sans Jésus, Fils de Dieu fait homme, on ne parlerait pas de Marie, sa Mère. C’est lui qui lui donne sa juste place ; c’est elle qui nous rappelle sans cesse son importance à Lui, le seul Sauveur, celui qu’il faut écouter, celui qu’il faut chanter, celui qu’il faut servir. Avec Marie, allons à Jésus, avec confiance et espérance. Ce qu’il accomplit pour sa Mère aujourd’hui, il est venu l’accomplir pour nous tous lorsqu’il s’est offert sur la croix. A lui notre reconnaissance et notre action de grâce pour les siècles des siècles. Amen.

samedi 26 décembre 2020

Sainte Famille - 27 décembre 2020

 Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qui était dit de lui.


(Présentation de Jésus au Temple, Source internet)


Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Vraiment ? Comment cela est-il possible ? Enfin, ils savent tous les deux les conditions de la naissance de l’enfant. Ils ont bénéficié tous deux d’une intervention de l’ange Gabriel avant sa naissance, et ils s’étonnent encore de ce que l’on dit lui ! Ben oui, d’après l’évangile de Luc que nous venons d’entendre. Marie et Joseph arrivent encore à être étonnés par cet enfant, par ce que disent de lui ceux qui croisent sa route. Et cela, alors même qu’il n’est encore qu’un bébé. Imaginez ce que cela sera quand il sera grand ! Si le fait qu’ils s’étonnent encore peut sembler curieux, ce n’en est pas moins essentiel et nécessaire qu’ils s’étonnent, et ce pour deux raisons. 

La première raison, c’est que l’ange Gabriel, à l’annonce de la naissance de l’enfant, ne leur a pas tout dit. A Marie, il a annoncé qu’elle allait avoir un fils, qu’elle lui donnera le nom de Jésus, qu’il sera grand, appelé Fils du Très-Haut, qu’il recevra le trône de David son père, qu’il règnera pour toujours sur la maison de Jacob et que son règne n’aura pas de fin. Mais rien sur l’avenir immédiat de l’enfant, rien sur les choix qu’il posera, rien sur sa mort. De même à Joseph, il n’a été dit que les choses suivantes : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint, Joseph lui donnera le nom de Jésus (c'est-à-dire le Seigneur sauve, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Rien n’est dit sur la manière dont Jésus réalisera ce projet, rien n’est dit sur le sacrifice nécessaire pour l’accomplissement de ce projet. En fait, l’enfant leur est confié sans mode d’emploi, comme à n’importe quel parent. Quand Dieu se fait enfant, il le fait comme tous les autres et ses parents terrestres n’en savent pas beaucoup plus que les autres. Ils sont juste débarrassés de la question du sexe de l’enfant (ce sera un fils) et de la question du choix du prénom (il s’appellera Jésus). Pour tout le reste, ils apprendront sur le tas, au jour le jour, comme n’importe quelle famille. Nous voyons bien là que Dieu ne joue pas à l’enfant, il ne fait pas l’enfant, il se fait enfant, se confiant à la garde des parents qu’il a choisis. Cela nous montre aussi quelle confiance Dieu fait à l’homme quand il lui confie la réalisation de son projet de salut. Il fait de Marie et de Joseph de vrais parents, avec leurs questions, leurs doutes aussi. Ils auront à accompagner cet enfant comme n’importe quelle famille. Quand Dieu devient humain, il se confie à des humains qui le feront grandir dans son humanité. Il vivra cette humanité parfaitement au point qu’il pourra inviter les hommes à le suivre et à vivre de même pleinement leur humanité. Dieu fait comme nous, mais parfaitement, pour que nous puissions faire comme lui. Nous retrouvons le fameux « Mach’s wie Gott, werde Mensch ! ». 

La deuxième raison de l’étonnement des parents, c’est qu’ils ne se considèrent pas comme les propriétaires de l’enfant. Ils en ont reçu la garde, ils savent qu’il aura une mission à accomplir. Le reste ne dépend pas d’eux. Puisque l’ange n’a pas tout dit, ils ne savent pas tout. D’autres ont reçus des bouts de vérité au sujet de leur enfant. Ils acceptent ce fait et accueillent ces bouts de vérité qui sont autant de signe qu’ils n’ont pas rêvé leur mission. Puisque que Dieu a révélé à d’autres des choses au sujet de cet enfant, tout ce qui a été dit à Marie et à Joseph avant la naissance va donc se réaliser, bien au-delà de la seule naissance de Jésus. Et c’est bien ainsi. Marie et Joseph devront apprendre à accompagner leur enfant, comme tout parent est censé le faire. Quand l’enfant est accepté pour ce qu’il est, un être en devenir, un être qui devra faire ses propres choix, alors l’enfant peut grandir et se fortifier. Quand les adultes ne cherchent pas à s’imposer à l’enfant, ni à imposer à l’enfant leur propre vue, alors la grâce de Dieu peut être sur lui. Alors surtout il peut être ouvert à cette grâce et se laisser guider par elle. Même après la parole mystérieuse du vieux Syméon sur l’avenir de l’enfant, Marie n’emballe pas Jésus dans du papier de soie pour le protéger. Nous ne savons pas grand-chose d’autre sur l’éducation reçu par Jésus, mais nous pouvons déduire de sa vie qu’il aura appris auprès de ses parents comment vivre quand on est membre du peuple que Dieu s’est choisi. Joseph lui aura sans doute appris à être juste devant Dieu et devant les hommes, comme il l’était lui-même ; Marie lui aura appris à accueillir les grâces que Dieu accorde comme elle-même avait accueilli la grâce d’être choisi pour être la mère de Jésus. Marie et Joseph auront donné à Jésus le meilleur d’eux pour qu’il puisse donner un jour le meilleur de lui. 

En célébrant cette fête de la Sainte Famille, nous reconnaissons nous aussi que nous ne savons pas tout de Jésus et que nous devons nous-aussi nous laisser surprendre toujours et encore sur ce que les hommes disent à son sujet. Nous devons accueillir Jésus dans notre vie, reconnaître en lui le salut que Dieu prépare et nous laisser éclairer de sa lumière. Avec Syméon et Anne, puissions-nous bénir Dieu à cause de Jésus ; avec Marie et Joseph, puissions-nous rentrer chez nous avec Jésus, confiant en l’avenir ; avec Jésus, laissons la grâce de Dieu reposer sur nous et nous pourrons à notre tour accomplir ce que Dieu attend de nous. Amen.   

samedi 19 décembre 2020

4ème dimanche de l'Avent B - 20 décembre 2020

 Notre Dieu est Dieu-avec-nous.



(Tableau d'Arcabas, l'Annonciation, Source internet)


               S’il est une conviction qui ne doit jamais nous quitter, pas seulement en temps de crise comme c’est le cas actuellement, mais en tout temps, c’est cette conviction rappelée par l’ange Gabriel à Marie dans sa salutation : Le Seigneur est avec toi. Le Dieu qui se révèle dans la Bible, de sa première à sa dernière page, est Dieu-avec-nous. C’est pour cela que l’histoire que nous vivons est une histoire sainte, car marquée par la présence de Dieu à nos côtés, toujours. 

            Cette conviction est l’expérience fondatrice de notre foi. Elle est à la fondation même de l’humanité. Dieu crée l’homme pour être avec lui. Nous le voyons dès la Genèse, lorsque le Seigneur fait le tour de son jardin et n’y trouve plus l’homme, celui-ci s’étant caché de lui après avoir découvert qu’il était nu. La question de Dieu, adressée à chacun de nous, résonne encore à nos oreilles : Homme, où es-tu ? Comprenons dans cette question toute la surprise de Dieu, son étonnement, (sa déception ?) devant l’absence de l’homme qu’il est venu visiter. Le Dieu-avec-nous se retrouve seul, dans ce jardin planté pour l’homme. Depuis ce jour, il n’est pas un homme, une femme, un enfant de la Bible, qui n’ait pas fait cette expérience de Dieu-avec-nous. 

            David, le grand roi, l’a fait dans sa vie depuis que Dieu est allé le prendre pour en faire un roi pour Israël, le peuple que Dieu s’est choisi. Il a connu cette présence de Dieu alors même que Saül était encore roi et cherchait à lui nuire. Il est devenu ce grand roi grâce à la présence de Dieu dans sa vie. C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé… le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Même quand David ne sera plus de ce monde, Dieu sera toujours Dieu-avec-lui et continuera d’agir pour lui : Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. Cette présence de Dieu au cœur de la vie de l’homme n’est pas la présence d’un instant, c’est une présence pour toute éternité. 

            En ce sens, la finale de la salutation adressée par l’ange à Marie n’a donc rien d’exceptionnelle. Elle pourrait nous être adressée à tous puisque Dieu est avec nous depuis le jour où il nous appelé à la vie. Ce qui est particulier à Marie, c’est le nom que l’ange lui adresse : Comblée-de-grâce. Non seulement Marie peut avoir la certitude, comme tout un chacun, que Dieu est avec elle, mais en plus elle est la Comblée-de-grâce. En elle, la présence de Dieu-avec-nous atteint des sommets parce que le cœur de Marie est tout entier en Dieu. En fait, l’annonce de l’ange est possible, non parce qu’il a été envoyé par Dieu pour la faire, mais parce que là, devant lui, se tient l’humanité-avec-Dieu. Dans cette scène de l’Annonciation, Dieu-avec-nous se lie avec l’humanité-avec-Dieu. La naissance de l’Enfant-Dieu peut être annoncée parce que chacune des parties concernées (Dieu et l’humanité) sont l’un avec l’autre. Le « Oui » de Marie vaut pour elle bien sûr, mais il vaut aussi pour toute l’humanité qui, reconnaissant que Dieu est Dieu-avec-nous, choisit à son tour d’être humanité-avec-Dieu.

            Notre Dieu est Dieu-avec-nous. La liturgie nous le rappelle quatre fois au cours de l’Eucharistie qui nous rassemble, avec cette salutation adressée par le prêtre à l’assemblée : le Seigneur soit avec vous. Elle n’est rien d’autre que cette affirmation de la présence du Seigneur à l’assemblée des fidèles. Elle redit aussi que nous ne nous rassemblons pas en vain, mais bien pour être en présence du Ressuscité qui nous livre sa Parole et son Pain, et pour vivre de Lui et avec Lui jusqu’à notre prochain rassemblement. C’est un prêtre qui vous adresse cette salutation, sous forme de souhait, pour vous rappeler que c’est le Christ qui vous rassemble, vous enseigne, vous nourrit et vous renvoie chez vous. Et votre réponse, sous forme de souhait également (Et avec votre esprit) renvoie au prêtre cette même certitude dont il doit vivre aussi et qui le met en attitude de service : que le Seigneur soit avec le souffle qu’il t’a donné et qui fait de toi un prêtre pour l’accomplissement de ton service. A chacun est rappelé l’unique essentiel : le Christ, que l’assemblée est venue entendre et recevoir, et que le prêtre doit veiller à servir au mieux dans le peuple qui lui est confié. 

            Le Seigneur est avec toi. Comme Marie, accueillons cette salutation. Comme Marie, soyons attentifs à ce que Dieu attend de nous. Comme Marie, sachons répondre et dire notre désir d’être humanité-avec-Dieu. Alors tout peut advenir selon la parole du Seigneur. Amen.

dimanche 22 décembre 2019

4ème dimanche de Carême A - 22 décembre 2019

Marie n'est pas là, et pourtant !







            Elle n’est pas là physiquement, mais la première lecture et l’Evangile ne parlent que d’elle dans cette liturgie du quatrième dimanche de l’Avent. Pas étonnant donc qu’une des propositions de décor pour notre communauté ait été de ne mettre aujourd’hui que Marie seule dans la crèche. Elle n’est pas là, mais elle est incontournable, même dans cette rencontre entre Joseph, son époux promis et l’ange du Seigneur qui lui apparaît. Elle n’est pas là, elle ne parle pas, mais jamais son Oui à Dieu n’aura retenti aussi fort dans la tête de Joseph. Elle n’est pas là, et pourtant sa vie reste un modèle pour tout croyant. 

            En écoutant le prophète Isaïe, qui annonce la naissance d’un fils dans la maison du roi Acaz, comment ne pas, avec l’Eglise tout entière, reconnaître la figure de Marie ? Ce n’est pas d’elle que parle Isaïe, mais la Tradition chrétienne a vu une préfiguration de Marie dans cette vierge enceinte dont parle le prophète, et une annonce de la naissance du Christ. De fait, tout chrétien qui accepte que l’Ancien Testament nous parle des promesses de Dieu à son peuple, ne pourra s’empêcher de faire ce rapprochement et reconnaître ce qui est révélé à Joseph dans l’évangile de Matthieu. Ce qui est annoncé (Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel) correspond à ce qui est annoncé à Joseph, un peu déboussolé de constater que sa promise est déjà enceinte alors qu’ils n’ont pas encore habité ensemble. Si aujourd’hui, cela ne semble pas plus dramatique que cela, puisqu’une femme peut même faire un bébé toute seule, à l’époque de Joseph, c’était le drame absolu. La Loi exigeait de lui qu’il dénonça sa femme publiquement, et celle-ci n’aurait pas manqué d’être lapidée. Mais comme Dieu fait toujours bien les choses, Joseph, qui était un homme juste, décida de faire autrement. Ce qui laisse à Dieu un temps pour révéler son projet au grand oublié de l’histoire : celui qui serait le père terrestre de Jésus. 

            Ce projet de Dieu, c’est celui que Marie avait accepté à l’Annonciation : être la mère du Sauveur que Dieu enverrait à son peuple. Ce qui est extraordinaire, ce n’est pas l’annonce d’un enfant à une fille d’Israël ; le Premier Testament regorge d’histoires d’enfants offert par Dieu à des femmes stériles ou âgées. Il y a eu, entre autres, Isaac l’enfant de la promesse, Samson, Samuel, Jean le Baptiste... Ce qui change avec celui-là, c’est qu’il vient de Dieu lui-même : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. Et là nous touchons à l’essentiel pour nous aujourd’hui. Comme Marie avait accepté le projet de Dieu à l’Annonciation, Joseph doit faire sien le projet de Dieu. Et, à la suite de Joseph, nous devons faire nôtre le projet de Dieu. Il tient en deux noms : Jésus – Emmanuel. Nous découvrons qu’à travers cet enfant, Le-Seigneur-sauve son peuple et qu’il est Dieu-avec-nous. D’aucun autre enfant donné par Dieu, une telle chose est dite, même s’ils ont eu des destins extraordinaires. 

            Le-Seigneur-sauve, Dieu-avec-nous : voilà que tout nous est dit sur celui dont nous préparons la venue. Voilà que nous est annoncé notre avenir. Quand nous irons à la crèche, y verrons-nous ce Dieu-avec-nous ? Reconnaîtrons-nous le Seigneur qui nous sauve ou ne verrons-nous qu’un enfant comme tous les autres enfants ? Accepterons-nous, dans notre propre vie, le projet de Dieu pour tous les hommes, donc pour nous aussi ? Avons-nous seulement le sentiment de devoir être sauvé par Dieu ? Devant cette annonce, Joseph, réveillé, n’hésite pas : il prit chez lui son épouse et avec elle, il accepte le projet de salut de Dieu. Ce qui aurait pu être une source de conflit devient source d’avenir, pour Joseph, pour Marie, pour vous, pour moi, pour tous les hommes. Et l’histoire de Joseph devient votre histoire, mon histoire, l’histoire de tous les hommes. C’est à nous qu’il est dit : ne crains pas de prendre chez toi Marie et l’enfant qui grandit en elle. Ne crains pas d’entrer dans le projet de salut de Dieu. Accueille celle qui s’est montré capable de Dieu et deviens, toi-aussi, capable de Dieu, capable de t’ouvrir à l’avenir. Accueille celle qui m’a accueilli ; accueille-moi dans ta vie. 

            Marie n’est pas là, mais tout nous parle d’elle, à commencer par cette crèche qui se construit depuis le premier dimanche de l’Avent. Sans Marie, ce ne serait qu’une cabane en bois, pas différente des cabanes de notre enfance. Mais grâce à elle, cette cabane devient le lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes. Grâce à elle, le monde devient le lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes. Grâce à elle, tout homme devient le lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes. La décision est nôtre aujourd’hui : accueillerons-nous Marie et son enfant ? Accueillerons-nous Dieu dans notre vie ?



(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, éd. Les Presses d'Ile de France).