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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 25 février 2017

08ème dimanche ordinaire A - 26 février 2017

Moi, je ne t'oublierai pas, dit le Seigneur !





            Dimanche dernier, la liturgie nous invitait à nous élever à la hauteur de Dieu lui-même. L’horizon qui nous était indiqué, n’était rien moins que la sainteté de Dieu lui-même : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Mais voilà, vous et moi, nous savons bien que cela est plus vite dit que fait. Et si nous n’y arrivions pas ? 
 
La première lecture de ce dimanche semble se faire l’écho d’un tel échec. Il semble n’y avoir plus rien entre Jérusalem et son Seigneur. Ecoutez-la se plaindre : Jérusalem disait : Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée. Le temps de la splendeur est passé ; Jérusalem n’est plus rien. C’est la catastrophe, la ruine complète. Ce qui est surprenant, c’est l’attitude très humaine de Jérusalem. Elle ne semble pas se remettre en cause. Elle accuse Dieu de l’avoir abandonnée. ; il serait la cause de tous ses malheurs. N’est-ce pas là notre attitude devant les difficultés de la vie ? Trouver un responsable, autre que nous, qui nous empêcherait de trop nous regarder, de trop chercher en nous ce qui a pu causer les difficultés. Cela se traduit parfois par un : Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? Dieu, la cause de tous nos malheurs ! Si tel est le cas, il faudrait s’en débarrasser. Mais écoutez bien Jérusalem. Dans sa plainte, n’y a-t-il pas aussi le regret des jours passés et le désir de retrouver quelque chose de sa splendeur éteinte ? Sa plainte ne serait pas alors accusation, mais bien lamentation, au sens du lamento, ce chant de tristesse et de déploration. Jérusalem s’est bien regardée, elle sait ce qui l’a conduit à cet éloignement de Dieu. Et elle veut croire, dans sa lamentation, que ce n’est peut-être pas trop tard ! En prononçant ce que l’on peut entendre comme une prière, elle espère une réponse, une réaction. Dieu peut-il rester sourd ? 
 
La réponse ne tarde pas : Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? La question peut surprendre et celles et ceux qui sont parents savent bien que cela est impossible. Quand on a donné la vie, on est engagé à vie. Et quand bien même le rejeton devait décevoir, les parents n’en seraient pas moins parents. Pour Dieu, c’est pareil et même plus fort encore : Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur. Quelle belle espérance s’ouvre pour tous les hommes ! Ils ont la certitude de n’être jamais laissé à eux-mêmes ; ils ont la certitude de n’être jamais seuls. Tous les hommes peuvent bien les oublier y compris leurs parents, Dieu n’oubliera aucun de ceux qu’il a appelés à la vie. Il est le rocher sur qui nous pouvons nous appuyer ; il est le refuge qui nous protège ; il est notre salut. Tout est dit par le psalmiste qui répond ainsi à la promesse de Dieu d’être toujours avec nous : Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon salut vient de lui. 
 
Avons-nous cette même certitude ancrée profondément en nous ? Savons-nous, dans la détresse, crier vers Dieu avec confiance, sûrs non seulement qu’il peut quelque chose pour nous, mais sûrs aussi qu’il va intervenir en notre faveur ? Nous sommes à trois jours de l’entrée en Carême, un temps béni pour réapprendre à crier vers Dieu en confiance. Ce dimanche nous donne déjà le ‘la’, un avant-goût de la confiance retrouvée, un avant-goût de la tendresse de Dieu à notre égard. Si la rudesse du Carême à venir venait à nous décourager, souvenons-nous de ce dimanche qui nous rappelle que nous recevons tout de Dieu. Il est le seul que nous devons chercher ; il est le seul dont nous devons avoir le souci parce que lui, le premier, a le souci permanent de nous : Je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur ! Il nous veut à sa hauteur, il nous met à sa hauteur, pour sa gloire et notre salut. Amen.

samedi 18 février 2017

07ème dimanche ordinaire A - 19 février 2017

Un Dieu à hauteur de l'homme ou un homme à la hauteur de Dieu ?






L’homme moderne n’aime rien moins que d’être contraint, surtout en France. N’est-ce pas, la Révolution nous a apporté notre liberté chérie, et dès lors, tout ce qui semble être une entrave à cette liberté devient insupportable. Le slogan : il est interdit d’interdire ! est poussé dans ces derniers retranchements, transformant l’adulte en éternel adolescent insatisfait à perpétuité. Dès lors qu’il veut quelque chose, même si c’est considéré a-moral ou a-normal par les normes de la société, il faut faire évoluer ces dernières pour que son désir ne soit pas frustré. Comment peut-il alors recevoir la Parole de ce dimanche comme une Bonne Nouvelle, elle qui vient justement mettre un frein à sa liberté de se venger, à sa liberté de haïr, à sa liberté de vivre comme il veut loin de toute référence, et surtout de toute référence religieuse ! Toute expérience de Dieu semble vouée à l’échec, si ce n’est à la moquerie : tu crois encore en Dieu, toi ? Evolue un peu, sois libre ! 
 
Les tentatives de circonscrire Dieu et son « pouvoir » sur les hommes ont été nombreuses, de tous temps. Prenons les dieux romains : ils ne sont pas parfaits, ils ont commerce avec les hommes (enfin, surtout avec leurs femmes !), et semblent plus justifier les travers des hommes que d’inviter les hommes à s’élever. Je dirais que ce sont des dieux à hauteur d’hommes. Ils vivent dans un monde parallèle, et leurs incursions dans le monde des hommes sont rarement porteuses d’avenir ou de bonheur. Ils sont en fait presque l’excuse suprême à tous les travers humains. Comment les hommes pourraient-ils être fidèles si les dieux se font des infidélités ? Comment les hommes pourraient-ils apprendre la tempérance alors que leurs dieux sont intempérants ? Comment les hommes pourraient-ils apprendre de leurs dieux l’amour véritable alors que ceux-ci ne cessent de s’affronter, de se jalouser ? Ce seraient presque des dieux pour l’homme moderne : ces dieux romains sont souverainement libres ; vivons donc comme eux ; ils ne sont pas trop dérangeants ! Ils sont à la portée des hommes et n’entravent pas leur sacro-sainte liberté. 
 
J’en entends déjà dire que, dans le christianisme aussi, Dieu s’est mis à hauteur d’homme en Jésus. C’est vrai ; encore faut-il préciser pourquoi il s’est mis à hauteur d’homme. Il ne s’est pas mis à hauteur d’homme pour se complaire dans leur travers, ni pour se jouer d’eux. En Jésus, Dieu se met à hauteur des hommes pour que les hommes puissent se mettre à la hauteur de Dieu. Ce n’est pas une petite incursion, histoire de voir ce que ça fait d’être comme un homme. C’est un engagement absolu, par amour des hommes, pour rendre à ces derniers la ressemblance avec Dieu qu’ils ont perdu du temps de Noé. Quand le Dieu d’Israël se met à hauteur d’homme en Jésus, c’est pour sauver les hommes ; quand le Dieu d’Israël se met à hauteur d’homme en Jésus, c’est pour les libérer du péché, du Mal et de la Mort. Quand le Dieu d’Israël se met à hauteur d’homme en Jésus, c’est pour leur offrir une vie à la hauteur de la sienne. Nous comprenons alors sa proposition faites aux hommes d’être saints, car lui, le Seigneur Dieu, est saint. Il s’agit, depuis Moïse et jusqu’à Jésus Christ, de faire entrer l’homme dans le monde de Dieu, dans les pensées de Dieu, et non l’inverse. Certes, la liberté comprise comme « je fais ce que je veux quand je veux, comme je veux, avec qui je veux » en prend un coup. En invitant les hommes à la sainteté, il les invite à se soucier d’abord des autres avant de se soucier d’eux-mêmes. Et voilà qu’en Jésus, l’homme est invité à se mettre à la hauteur de Dieu comme jamais auparavant. Vous avez appris qu’il a été dit : … eh bien ! moi, je vous dis d’aller encore plus loin dans l’amour et de refuser toute forme de violence : il vaut mieux se prendre une deuxième gifle que de répliquer méchamment ! Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Aimez donc vos ennemis ! 
 
Ce qui semble être un durcissement de la Loi est en fait une libération vis-à-vis de la Loi : tu peux aller plus loin dans l’amour que ce que la Loi prescrit. La violence régulée qu’elle avait mise en place (œil pour œil, dent pour dent), tu peux la remplacer par plus d’amour, plus d’attention à l’autre, parce que c’est ce que Dieu fait vis-à-vis de toi : il pardonne toutes tes offenses, te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. Il est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Si tu veux marcher humblement avec ton Dieu, tu dois vivre, penser et agir comme lui. Il ne veut pas ta mort, mais ta vie ; il ne veut pas ton malheur, mais ton bonheur. Et Jésus t’offre ce bonheur et cette vie en se livrant sur la croix. Là, au pied de la croix, tu peux voir que Dieu est sérieux avec toi quand il t’invite à vivre ainsi. Combien de dieux romains ont donné leur vie pour les hommes ? Combien de dieux à hauteur d’hommes entraînent les hommes vers le haut, vers un absolu, vers un accomplissement qui ne se fait pas au détriment des autres mais avec les autres et pour les autres ? A part Jésus, je n’en vois aucun ! Lui seul, vrai Dieu, s’est fait vraiment homme pour que tous les hommes qui croient en lui puissent parvenir à la hauteur de Dieu, à la hauteur de l’amour de Dieu pour tous. Il a fait de nous un sanctuaire de Dieu, un sanctuaire à sa hauteur : parfaitement saint, parfaitement capable de l’accueillir. 
 
Quand Jésus réinterprète la Loi en y injectant une bonne dose d’amour, il invite l’homme à choisir son Dieu : soit il choisit le Dieu qui aime, en aimant à son tour, soit il choisit un dieu à sa hauteur pour qu’il puisse continuer à ne penser qu’à lui, à ne vivre que pour lui seul, quitte à écraser les autres. Le choix est tien maintenant : un Dieu à la hauteur de l’homme ou un homme à la hauteur de Dieu. Choisis bien pour vivre mieux. Amen.


(Dessin de Mr Leiterer)

mercredi 31 octobre 2012

Toussaint - 01er novembre 2012

Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ?


Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? La question posée ainsi dans le Livre de l’Apocalypse mérite bien d’être reprise aujourd’hui, en cette fête de tous les saints ? Qui sont-ils, ceux que nous célébrons ?

Ils ne sont pas ceux et celles de nos familles humaines qui sont morts ; ceux-là seront célébrés demain. Ne confondons donc pas les deux célébrations, même si, dans de nombreuses paroisses, la Toussaint nous permet de faire une visite au cimetière où reposent nos proches. N’allons pas trop vite en besogne : laissons à chacun leur célébration et leur jour. Laissons surtout à Dieu le soin et le temps de se prononcer. Alors qui sont ceux que nous célébrons aujourd’hui ?

Ils sont ceux et celles de notre famille spirituelle qui sont morts et qui dont nous disons avec certitude qu’ils nous ont précédés dans la gloire du Royaume. Ils sont ceux et celles qui nous rappellent l’espérance qui est la nôtre : nous sommes faits pour vivre avec Dieu. Comme le dit l’auteur de l’Apocalypse lui-même, ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. La grande épreuve, c’est le baptême dans la mort et la résurrection de Jésus ; c’est aussi leur propre passage par la mort, à la suite du Christ. Ils sont ceux et celles qui, dans leur vie comme dans leur mort, ont été au Christ, ont fait le choix de vivre selon sa Parole. Et, nous dit le voyant de l’Apocalypse, ils sont nombreux. Je vis une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils sont de tous les temps, de tous les âges, de tous les lieux où l’Evangile a retenti. Ce n’est pas un petit peuple de privilégiés. Le Christ n’a-t-il pas livré sa vie pour tous les hommes ? N’a-t-il pas voulu entraîner l’univers entier à sa suite ? Cette foule immense témoigne de l’œuvre de la Parole de Dieu dans une vie humaine ; elle témoigne que chacun de nous peut être de cette foule.

Ceux et celles que nous célébrons en ce jour ont reconnu en Jésus, celui qui vient donner la vie aux hommes. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui est assis sur le Trône, et par l’Agneau ! » Ils ont passé la grande épreuve, et ils n’ont pas honte de reconnaître que leur vie leur vient d’un autre, le Tout-Autre. Ils ont passé la grande épreuve, et ils n’ont pas honte de proclamer haut et fort leur foi. Si le peuple des croyants les reconnaît aujourd’hui comme saints, c’est bien parce qu’ils ont toujours et partout témoigné de ce Dieu, quoi qu’il en coûte. Certains ont subi la mort à cause de leur fidélité au Christ. D’autres ont simplement vécu les exigences de la foi dans l’ordinaire d’une vie, qu’elle soit religieuse ou familiale. Nul ne peut dénombrer cette foule parce que nul ne peut dire combien, jusqu’à ce jour, ont vécu ainsi, dans la fidélité à leur foi.

Les béatitudes que nous proclamons à chaque Toussaint, sont pour beaucoup un texte de référence. Notre monde est moins égoïste qu’il n’y paraît ; notre monde est moins individualiste qu’on ne le dit. Ils sont nombreux, ceux qui pensent que l’autre est plus important, que son bonheur conditionne le mien. Ils sont nombreux, ceux qui vivent l’esprit des Béatitudes, plaçant le frère au cœur de leur préoccupation. Ils sont nombreux, et nous en sommes, peut-être ! Nous en sommes assurément, si nous prenons notre foi au sérieux. Comment, à la suite de cette foule immense, ne pourrions-nous pas poursuivre l’œuvre du Christ, et témoigner dans notre propre quotidien, de la place de Dieu et de la place du frère ?

Alors qui sont-ils, ceux et celles que nous célébrons ? Ils sont des hommes et des femmes ordinaires, qui ont vécu leur vie de manière à laisser transparaître la vie de Dieu. Ils sont de ceux qui nous invitent à imiter le Christ et à voir l’homme et le monde à la mesure de Dieu. S’ils sont nombreux à être fêtés aujourd’hui, c’est parce que les manières de vivre notre foi sont nombreuses et variées à travers le temps et l’Histoire, mais elles ont en commun de passer par l’unique chemin : l’Agneau de Dieu qui livre sa vie par amour. Le chemin nous est donné ; des exemples pour le parcourir nous sont montrés par les saints. Trouvons donc notre manière de le vivre, dans le monde et le temps qui sont les nôtres. Ainsi le Christ Sauveur pourra nous faire passer de la table où il nous reçoit en pèlerin aujourd’hui, au banquet préparé dans sa maison. Amen.

(Image de la revue Images pour notre paroisse, n° 239)

lundi 31 octobre 2011

Toussaint - 01er novembre 2011

« Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés » (1 Jean 3, 1)




Et si tout n’était qu’une histoire d’amour ? Si saint Jean était dans le vrai lorsqu’il nous invite à revenir à l’amour primordial que Dieu nous porte ? Cela changerait-il quelque chose pour nous ? Celui qui nous appris que le nom de Dieu était Amour, peut-il nous enseigner la sainteté ?

Il suffit de relire la deuxième lecture de ce jour pour comprendre que Jean a touché du doigt la seule chose importante : l’amour que Dieu nous porte. C’est cet amour qui nous vaut d’abord d’être enfant de Dieu. Même si nos parents choisissent de nous présenter au baptême, même si un adulte choisit de recevoir ce sacrement d’initiation et d’intégration à une communauté, il n’en reste pas moins vrai que c’est toujours en réponse à un appel de Dieu ; c’est toujours en réponse à l’amour dont Dieu nous a comblés. Si nous sommes enfants de Dieu par notre baptême, c’est parce que Dieu nous appelle à notre véritable condition. Il se révèle à nous comme Père, comme source de toute vie ; et nous pouvons alors le reconnaître comme tel. C’est lui qui, le premier, nous fait sentir sa paternité. C’est lui qui, le premier, entre en relation d’alliance avec nous. Dieu se propose à nous et non pas nous à Dieu. Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes ! J’ai envie de dire que c’est presque aussi simple que cela ! Et pourtant ce n’est que le début. Dieu voit plus grand pour nous !

Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ! Il y aurait donc des stocks d’amour de Dieu, quelque part en réserve ! Il ne suffit pas à Dieu de faire de nous ses enfants ! Il veut plus pour nous. En relisant l’Ancien Testament, nous trouvons déjà une trace de ce que Dieu veut au final pour nous : il nous veut saint ! Soyez saint parce que je suis saint ! Voilà la grande idée de Dieu ! Voilà notre destin : être comme Dieu ! A celles et ceux qui croient la chose impossible, l’Eglise oppose aujourd’hui la fête de la Toussaint, la fête de celles et ceux (et ils sont nombreux) qui nous proposent, par leur vie, un chemin vers ce bonheur que Dieu nous réserve. Car ils sont nombreux, les chemins de réalisation de ce projet de Dieu. Ils sont nombreux et variés, mais ils ont tous en commun d’avoir été suivis par des femmes, des hommes des enfants mêmes qui ont choisi d’essayer, qui ont choisi de se donner tout entier à Dieu et à leurs frères, simplement par amour. Qu’ils aient été religieux, père et mère de familles, pape, évêques, étudiants ou jeune enfant, ils ont tous rencontré l’amour de Dieu, ils se sont tous ouverts totalement à cet amour et ont choisi d’en vivre, dans ce qui faisait le quotidien de leur vie. Beaucoup n’ont rien fait d’extraordinaire, ni miracles, ni autre extravagance, mais tous ont essayé de vivre de l’amour de Dieu et d’en faire vivre autour d’eux. Si vous les aviez croisé et dit qu’ils étaient des saints, sans doute vous auraient-ils ri au nez ! Ils faisaient simplement ce qu’ils jugeaient bon de faire.

Mais revenons à l’épître de Jean : Lorsque le Fils de l’homme paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est ! Nous devenons comme Jésus, comme Dieu, parce qu’il se révèlera à nous tel qu’il est. Et si dès maintenant, nous le suivons dans la simplicité de notre vie, nous lui serons semblables. Ce que le baptême réalise dans la foi sera révélé au grand jour. Nous saurons véritablement que, malgré les épreuves traversées, malgré la bassesse quelquefois de notre vie, nous sommes aimés de Dieu. Son amour, il nous l’offre et ne le reprend pas. Ce ne sont pas nos actes qui font de nous des saints, mais notre capacité à nous ouvrir et à accueillir l’amour de Dieu en nous, en chaque chose que nous faisons. Il n’y a pas aujourd’hui notre vie sur terre et un jour notre vie avec Dieu ; il y a dès maintenant à vivre avec Dieu pour être accueilli un jour auprès de lui. Il y a, dès maintenant, à laisser Dieu être le Maître de notre vie, en toute chose. La sainteté commence peut-être par la faculté de reconnaître que j’ai besoin de Dieu dans ma vie.

Dieu nous aime au point de nous vouloir semblable à lui. Et il s’est fait l’un de nous pour nous enseigner cela. En Jésus, c’est bien Dieu qui devient comme nous pour que nous retrouvions en nous son image, sa ressemblance. Que nos amis les saints nous aident à voir clair en nous et que nous trouvions en l’un d’eux au moins, le chemin qui nous conduira vers Dieu, le chemin qui nous fera aimer Dieu comme il nous aime. Amen.


(Photo : Détail d'une icône (l'assemblée des saints autour de la Trinité) - Monastère de Toplou, Crête)

samedi 30 octobre 2010

Toussaint - 01er novembre 2010

Pouvons-nous nous passer des saints ?



La question, certes provocante, a hanté ma préparation de cette fête. Car, au premier abord, les saints restent des personnages inaccessibles, lointains, qui nous renvoient trop souvent à nos limites et nos faiblesses. Que voulez-vous : nous ne sommes pas saints, nous ! Alors souvent, nous sommes comme ces enfants à qui l’on montre ce qu’ils pourraient être et qui se découragent, soit par paresse, soit parce que le but proposé leur semble impossible à atteindre. C’est certes une belle perspective d’avenir, mais ce n’est pas pour nous. Les saints sont-ils là alors pour nous renvoyer l’image de notre imperfection ? Bien sûr que non.

Pouvons-nous nous passer des saints ?
La question mérite une réponse plus précise. Il nous faut la décliner en trois temps, car les saints sont des personnages d’hier, qui nous ouvrent à demain en nous invitant à vivre l’aujourd’hui de Dieu.

Les saints, des personnages d’hier. C’est une évidence. Pour figurer sur le calendrier liturgique, il faut quand même être mort. Les saints sont donc ceux qui nous précèdent dans le Royaume. Ils nous sont donnés en exemple, non pour nous rabaisser, mais pour nous rappeler qu’il est toujours possible de décider de marcher à la suite de Dieu, quelque soit l’époque, quelque soit notre situation de vie. Le pape Jean-Paul II, par ses multiples canonisations, nous rappellent que les saints ne sont pas élevés dans les monastères uniquement : il a proclamé saint des pères et des mères de familles, des enfants, des hommes et des femmes qui ont essayé de suivre le Christ dans le quotidien de leur vie et qui ont témoigné d’une manière particulière de la foi qui les faisait vivre. Les saints sont des personnages d’hier qui nous tirent vers le haut, sans nous faire évader de notre présent. Ils sont les fondations de notre foi quotidienne : nous pouvons nous appuyer sur eux, suivre à notre tour le chemin qu’ils ont emprunté. Nous pouvons surtout apprendre d’eux comment rendre aujourd’hui encore notre foi vivante et active. Le passé n’est pas une époque dorée où croire était plus facile : les saints martyrs nous le rappellent. Proposés à notre vénération, les saints nous plongent dans notre aujourd’hui en nous invitant sans cesse, là où nous vivons, tenant compte de notre époque et de ses contingences, à suivre l’appel de Dieu adressé à tous à vivre de sa Parole, à lui faire confiance et à construire un monde plus juste et plus humain. Les saints nous invitent aujourd’hui encore à vivre de l’esprit des béatitudes en aimant comme le Christ a aimé.

Les saints, des personnages qui nous tournent vers demain. Tout le sens de la Toussaint réside dans cette ouverture temporaire au monde de demain que nous espérons. Célébrer en une seule fois tous les saints nous fait participer par anticipation, à la vie du Royaume. La première lecture levait le voile sur cette liturgie céleste à laquelle seront conviés ceux qui auront le suivi le Christ sauveur. S’il est bon de s’appuyer sur nos aînés dans la foi pour progresser et approfondir notre propre manière d’être chrétien aujourd’hui, nous ne devons pas oublier à quel avenir nous sommes destinés. Nous sommes faits pour vivre, aujourd’hui certes, mais aussi demain, avec Dieu et en Dieu. Nous sommes de ces gens vêtus de blancs dont parle l’Apocalypse : mais il nous faut encore traverser la grande épreuve et laver notre vêtement dans le sang de l’Agneau. Ne perdons pas de vue cet avenir glorieux ; Dieu est fidèle à sa promesse, il ne rejette pas l’alliance qu’il a conclu avec nous. Nous faisons fausse route chaque fois que nous limitons notre vie à notre aujourd’hui : l’homme est plus grand que ce qu’il fait et ce qu’il vit. L’homme vaut plus que ce qu’il possède. La Toussaint, en nous rappelant notre avenir, nous le redit avec force.

Les saints, des personnages qui nous renvoient à notre aujourd’hui. Parce que c’est aujourd’hui qu’il nous faut tendre vers la sainteté. Etre Saint n’est pas une récompense pour l’avenir, c’est un art de vivre aujourd’hui notre foi. C’est croire que Dieu est présent au cœur de notre vie ; c’est essayer, toujours et encore, de vivre des béatitudes ; c’est mettre l’amour de Dieu et des autres au cœur de notre vie. C’est être artisan de paix et de réconciliation dans un monde de plus en plus divisé. C’est agir pour que tous aient une vie meilleure avec les moyens qui sont les nôtres. Il ne s’agit pas de faire de grandes choses : il s’agit de faire bien ce que nous avons à faire et de toujours recommencer et nous relever lorsque le péché nous domine. Les saints n’étaient pas exempts de faiblesses : ils se sont montrés plus forts, à cause de leur foi en Christ, vainqueur de toutes nos faiblesses, passées, présentes et à venir. Si nous pouvons nous appuyer sur les saints d’hier, nous avons à être ceux qui entraîneront aujourd’hui et demain les croyants vers le Dieu vivant et vrai. Il y a certainement des saints au milieu de nous, càd des personnes qui nous renvoient à l’amour de Dieu pour nous.

Alors, pouvons-nous nous passer des saints ?
Non, bien sûr. Nous ne pouvons ni nous passer d’eux, ni nous passer de le devenir. C’est à nous d’écrire aujourd’hui les pages de l’histoire de l’Eglise, les pages de l’histoire d’amour de Dieu avec l’humanité. Ils sont l’héritage que nous devons assumer et faire fructifier. Pour que demain encore se lève cette foule qui marchera à la suite du Christ. Par notre baptême, nous appartenons au Peuple saint ; par notre vie, nous le deviendrons, avec la grâce de Dieu, le seul Saint véritable. Que notre eucharistie, en ce jour de fête, ravive en nous le désir de sainteté, le désir d’être toujours au côté de Dieu. Amen.



(Photo de Quentin Urlacher, prise à Salta, Argentine)