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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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mercredi 28 mai 2025

Ascension de notre Seigneur - 29 mai 2025

 Pâques, l'expérience d'un avenir possible. 




(L'Ascension, Andréa della Robbia, Terre cuite, vers 1495)



 

            Quarante jours ! Quarante jours que nous vivons de la joie pascale et que nous comprenons mieux la force de cet événement radicalement nouveau ! Et nous voici au jour de l’Ascension qui nous fait célébrer le retour du Christ, victorieux de la mort, auprès de son Père. Un événement qui marque à la fois une continuité et une rupture.

             Du point de vue de la vie de Jésus, l’Ascension est la continuité normale du mystère de Pâques. En fait, on peut dire que c’est un seul et même mystère. Après sa mort et sa résurrection, la demeure de Jésus ne peut plus être terrestre ; sa divinité ayant été pleinement révélée dans sa victoire sur la mort, sa place est désormais à la droite de Dieu, cette droite à laquelle il avait renoncé en venant dans le monde. S’étant abaissé en devenant homme, il est élevé au-dessus de tout, retrouvant la place qui était la sienne depuis toujours. Le Fils de l’homme, pour reprendre un des titres que les évangélistes attribuent à Jésus, est le Fils de Dieu. Et c’est bien l’événement de Pâques qui nous révèle cela.

             La rupture opérée par l’Ascension nous concerne, nous. Avec le retour du Christ auprès de son Père, nous ne le verrons plus avec nos yeux de chair. Le Christ est soustrait à [nos] yeux, pour reprendre l’expression du livre des Actes des Apôtres. Il ne nous reste de Jésus que sa Parole, le témoignage des Apôtres, l’eucharistie célébrée en mémoire de lui, et bientôt la venue du Défenseur, de l’Esprit Saint, que Jésus a promis d’envoyer quand il serait de retour chez son Père. Nous devons donc apprendre à vivre cette absence physique de Jésus en aiguisant le regard de notre foi qui nous le rend présent dans sa Parole et dans le Pain et le Vin partagés. Jésus est là, au milieu de nous dès lors que deux ou trois sont réunis en son nom. Jésus est là, dans sa Parole proclamée, expliquée et vécue par la communauté croyante. Jésus est là, dans le pain consacré et rompu, signe de sa présence éternelle et réelle à nos côtés. Avec son départ d’au milieu de nous, il nous faut désormais reconnaître sa présence dans sa Parole, dans les sacrements et dans le frère qu’il met sur notre route. Nous ne sommes pas orphelins ; nous devons juste apprendre à regarder autrement, à regarder mieux, pour découvrir Jésus et son visage dans celles et ceux qui croisent notre route. Nous sommes tous, les uns pour les autres, des Christo-phores, des porteurs du Christ au cœur de ce monde.

            Cette continuité et cette rupture que nous fait vivre l’Ascension, nous la vivons au cœur même de notre existence lorsque nous faisons le choix de devenir disciples du Christ et que nous recevons le baptême. Continuité parce que notre vie ne change pas ; c’est la vie que nous avons reçue de nos parents qui s’ouvre à quelque chose de neuf, à la présence de Dieu dans cette unique et même vie. Nous ne recevons pas une nouvelle vie, mais notre vie devient vie nouvelle, plus grande, plus accomplie parce que désormais, par le baptême, Dieu y est présent, Dieu y est reconnu. Par le baptême, Dieu est chez lui en étant présent en nous. Nous continuons notre vie, mais avec Dieu et son Christ, présents en nous par l’Esprit. Mais notre baptême est aussi une rupture parce que, ayant choisis Dieu, nous avons renoncé au Mal, nous avons rompu avec l’esprit du monde. Nous vivons dans le monde sans être du monde, selon l’enseignement de Jésus dans l’évangile de Jean. Nous vivons dans le monde, tel qu’il est, à notre époque que nous n’avons pas choisie. Mais nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à Dieu ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à la Vie ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci s’oppose à le Vérité ; nous ne partageons pas l’esprit du monde quand celui-ci réduit l’homme à une simple donnée économique, voire à une variable d’ajustement. L’homme, tout homme, a la grandeur même de Dieu puisque le Christ s’est livré, non pas seulement pour ses disciples, mais pour toute l’humanité qui désormais peut partager la grandeur de Dieu. En ce sens, Pâques est l’expérience d’un avenir possible. Au plus sombre de notre vie est révélée la grandeur de l’humanité créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le Christ, en se livrant pour notre salut, nous ouvre à cet avenir désormais possible pour chacun d’une vie auprès du Père, là où le Christ entre aujourd’hui justement.

             Il est particulièrement heureux que Marcel soit baptisé au cours de cette eucharistie en jour solennel. Il nous permet d’être témoins de cette continuité et de cette rupture qu’instaure l’Ascension de Jésus. Au cœur de notre rassemblement, il sera reconnu pour ce qu’il est depuis sa naissance : fils de Dieu. Et nous redirons ensemble, avec ses parents, parrain et marraine, que nous voulons vivre loin du mal et que nous voulons être pour lui et avec lui témoins qu’une vie libérée du mal est possible. Cette rupture est fondatrice de ce nouveau monde que le Christ inaugure dans sa mort et sa résurrection et que nous avons à rendre présent ici-bas déjà. Notre vie auprès du Père, c’est ici-bas que nous la commençons. Un monde libéré du mal et tourné vers Dieu, c’est ici-bas que nous le construisons. Entre rupture et continuité, notre avenir est possible, l’Ascension qui nous rassemble nous le confirme. Amen.

samedi 4 janvier 2025

Epiphanie du Seigneur - 5 janvier 2025


 Soyons de ces étoiles qui se lèvent.




(Les mages suivant une étoile, image trouvée sur internet)




Le mystère de Noël, qui célèbre la révélation de Jésus à son peuple, représenté par les bergers, peuple qui attendait un Messie Sauveur, se poursuit aujourd’hui avec cette solennité de l’Epiphanie du Seigneur. Un moment tout à fait important pour nous, parce que ce mystère d’un Dieu fait homme se double d’un autre mystère que Paul nous explique dans sa lettre aux Ephésiens.

Frères, écrit-il, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère… Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. La naissance de Jésus, qui a eu lieu à un moment précis de l’histoire des hommes, de l’histoire d’un peuple, géographiquement et historiquement bien situé, cette naissance donc ne concerne pas que le peuple à qui il s’est révélé en premier. Il concerne tous les hommes, à travers le monde entier, et à travers le temps et l’Histoire. Jésus n’est pas venu pour sauver seulement ceux qui habitaient la Judée, la Galilée et la Samarie, quand l’empereur Auguste gouvernait à Rome et que Quirinius était gouverneur de Syrie. Non, cet événement de la naissance de Jésus allait concerner toute la terre et tous les temps. Nous sommes concernés par cette naissance au point que nous pouvons dire, plus de deux milles ans plus tard que Jésus est né pour nous sauver aujourd’hui. C’est cette réalité que nous célébrons en cette fête de l’Epiphanie. Jésus n’est pas juste un personnage remarquable du passé ; il a ou peut avoir un impact dans notre vie. Il vient pour nous, aujourd’hui ; il vient nous redire à nous aussi, comme jadis à ses compatriotes, que Dieu nous aime infiniment, que nous pouvons changer notre vie en mieux, que nous sommes sauvés par le sacrifice unique du Christ. Il vient nous dire à nous, aujourd’hui, que rien n’est jamais fini de l’espérance des hommes et que la grâce de sa naissance et de son incarnation s’étend jusqu’à nous, comme elle s’étendra demain aux hommes et aux femmes qui nous suivront. Quand Dieu entre dans le monde, ce n’est pas pour le petit monde d’une époque précise ; quand Dieu entre dans le monde, c’est pour aider ce monde à parvenir à son accomplissement. Et il accompagnera cet accomplissement tant qu’il le faudra. Dieu ne nous laisse plus seul en ce bas monde ; il est venu à notre rencontre en Jésus ; il continue de nous accompagner de son Esprit, jusqu’à la fin des temps, c'est-à-dire jusqu’à ce que nous le voyions tous dans la gloire de son Royaume. 

Dans l’Evangile, cette révélation de la naissance du Sauveur à tous les hommes se fait par la venue et l’adoration de ces mages venus d’Orient. Ils ont vu son étoile à l’orient et sont venus se prosterner devant lui. Les hommes de sciences embrassent la foi et adorent Celui qui leur a été mystérieusement révélé. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, mais qui se vivent. Ils entrent dans un mystère qui leur est étranger, avec joie et confiance. Ils font une longue route pour se prosterner devant lui. C’est le long chemin de la foi que nous sommes invités à faire. Ils n’ont vu qu’un signe lointain, une étoile se lever dans le ciel ; mais ils ont compris, derrière ce signe, que quelque chose de neuf venait de se produire. Leur longue route traduit leur espérance et leur foi. Comme eux, nous n’avons que des signes de la venue du Seigneur. C’est le témoignage de la foi de celles et ceux qui nous ont précédés, l’annonce de la Bonne Nouvelle faite par l’Eglise à travers les siècles, le témoignage de la charité de tant de saints qui ont donné leur vie à cause de Jésus. Tous ces signes nous mettent-ils en route comme eux ? Les mages ont vu une étoile, et cela a suffi. Que nous faut-il aujourd’hui ? Nos contemporains, qui ne croient pas encore ont ces mêmes signes et ils peuvent voir des communautés croyantes ; cela suffit-il à les convertir, à leur donner envie de se prosterner devant Jésus ? Nous pouvons tous être l’étoile de quelqu’un, par nos paroles, par notre témoignage de vie, par notre joie d’être au Christ. Soyons de ceux qui se lèvent pour que d’autres puissent croire et se mettre en route à la rencontre de Celui qui vient dans le monde des hommes pour leur apporter le Salut et la Paix. L’Epiphanie est leur fête, la fête de celles et ceux qui ne croient pas encore, mais qui peuvent se sentir inviter à marcher à la rencontre de Jésus. Ils peuvent aussi en lui, adorer leur Dieu, acclamer leur Roi et reconnaître leur Rédempteur (Préface de la Messe de la Vierge Marie à l’Epiphanie). Il y a encore tant d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur vie, qui cherchent quelqu’un qui peut leur redonner de l’espérance et de la joie. Jésus est celui-là, mais en sommes-nous convaincus au point d’en témoigner toujours ? 

Si la fête de Noël est passée, l’esprit de cette fête ne peut s’éteindre, car Dieu ne cesse de venir à la rencontre des hommes. Que cette fête de l’Epiphanie nous donne de reconnaître Jésus comme Dieu et Rédempteur à frais nouveau ; qu’elle nous donne d’être des signes, des étoiles qui se lèvent, pour que le monde puisse croire, se convertir et devenir meilleur. Amen. 


samedi 7 septembre 2024

23ème dimanche ordinaire B - 08 septembre 2024

 Il y a des signes qui ne trompent pas ! 





Le pape François et le grand imam de la mosquée Istiqlal, Nasaruddin Umar, 
après une réunion interreligieuse avec des chefs religieux à la mosquée Istiqlal à Jakarta, 
le jeudi 5 septembre 2024. 




 

            Il y a des signes qui ne trompent pas ! Les plus geek parmi vous pourront faire l’exercice en rentrant. Tapez l’expression dans votre moteur de recherche et vous tomberez sur des enquêtes du style : Comment savoir si on vous aime : 15 signes révélateurs ; Est-on amoureux de vous ? 11 signes qui ne trompent pas. Je vais arrêter là, les test psy des magazines ne manquent pas. Ils concernent tous nos relations amicales ou amoureuses et peuvent se résumer ainsi : suis vraiment aimé ou trompé ? 

            Il y a des signes qui ne trompent pas ! Nous pouvons reprendre la même expression et l’appliquer à notre connaissance de Jésus et à la perception que nous avons de lui. Nous avons entendu le prophète Isaïe annoncer en son temps que lorsque Dieu reviendra, se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. Aussi, quand des gens amènent [à Jésus] un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, il devrait être clair pour tous, en fonction de ce qu’il fera pour lui, si Jésus est un charlatan ou s’il est de Dieu. Vous aurez noté la précaution de Jésus qui emmena [le malade] à l’écart, loin de la foule. Non pas qu’il craigne d’échouer, mais peut-être pour éviter que, tirant les bonnes conclusions de ce qu’elle voit, la foule ne se précipite trop vite sur lui pour en faire son champion. C’est une vieille habitude de la foule, que de se donner un roi au moindre exploit ! Devant l’extraordinaire double guérison (le guéri entend et parle correctement), la foule répand la nouvelle d’autant plus vite que Jésus cherche à la faire taire. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. » La foule s’émerveille, mais ne semble pas, à ce moment de l’Evangile de Marc, faire le rapprochement entre la prophétie d’Isaïe et les guérisons opérées par Jésus. Pourtant, il y a des signes qui ne trompent pas ; la foule aurait dû rendre gloire à Dieu, reconnaître en Jésus Dieu qui visite son peuple. Est-ce la foule qui ne sait pas reconnaître les signes de la venue de Dieu ? Est-ce l’ordre de silence de Jésus qui ne leur permet pas de faire ce rapprochement ? Marc ne le précise pas. 

            Il y a des signes qui ne trompent pas ! Aujourd’hui encore, Dieu visite son peuple ; savons-nous en reconnaître les signes mieux que du temps de Jésus ? Si la même double guérison avait lieu, parlerions-nous de signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple ou de progrès de la médecine ? Le pape François est actuellement en Asie pour son plus long voyage apostolique. Il a signé cette semaine, à Djakarta, un texte important avec l’imam de la plus grande mosquée d’Asie. Les deux religieux affirment que le dialogue interreligieux doit être reconnu comme un instrument efficace pour résoudre les conflits locaux, régionaux et internationaux, en particulier ceux provoqués par l’abus de la religion. Et dans son discours devant des représentants chrétiens et sunnites indonésiens, François insiste : « On pense parfois que la rencontre entre les religions consiste à rechercher à tout prix un point commun entre des doctrines et des professions religieuses différentes. En réalité, il peut arriver qu’une telle approche finisse par nous diviser. Car les doctrines et les dogmes de chaque expérience religieuse sont différents. Ce qui nous rapproche vraiment, c’est de créer une liaison entre nos différences et de veiller à cultiver des liens d’amitié, d’attention, de réciprocité. » Simple diplomatie vaticane ? Et si c’était là un signe que Dieu continue de visiter son peuple, l’invitant au respect, au partage, à créer des liens nouveaux entre religions différentes, non pas pour dire que tout se vaut, mais juste pour vivre quelque chose de l’esprit de nos religions ? Je crois profondément que tout ce que font les croyants, quelle que soit leur origine religieuse, en faveur de la paix, du rapprochement des peuples, de la fraternité, est le signe que Dieu visite son peuple. Ce n’est pas juste un hasard ; ce n’est pas juste un beau texte ; ce n’est pas juste un geste politique. Tout ce qui permet à des hommes et des femmes de cultures et de religion différentes de mieux se connaître, s’apprécier et se respecter vient de Dieu. Tout ce qui permet à des hommes et des femmes de cultures et de religions différentes de mieux vivre en paix, dans la paix et la fraternité, est un signe que Dieu vient et veille sur eux tous. 

            Il y a des signes qui ne trompent pas ! Nous ne guérirons peut-être personne aujourd’hui ; nous ne signerons sans doute ni grande déclaration, ni grand discours. Mais nous pouvons, à notre échelle, poser des signes qui ne trompent pas et qui disent à tous que nous appartenons au peuple que Dieu se donne, au peuple que Dieu visite, toujours et encore. Nous pouvons le faire en famille, entre voisins, entre paroissiens déjà pour favoriser un meilleur vivre ensemble. N’attendons pas qu’il soit trop tard. N’attendons pas que les autres commencent. Chrétiens, disciples de Jésus, Fils du Dieu vivant, venu sauver le monde, nous nous devons de commencer, nous nous devons de porter au monde le Dieu-fait-homme, Evangile de paix et de salut pour tous. Si nous renonçons, le monde sera perdu ; si nous commençons et recommençons toujours encore à être artisan de paix et de fraternité, dans nos familles, nos communautés, nos lieux de vie, nous réussirons, car le Christ travaillera pour nous, avec nous. Il y a des signes qui ne trompent pas. Amen.

dimanche 17 avril 2022

Saint Jour de Pâques - 17 avril 2022

 Faire route avec les disciples pour croire à l'impossible.




            Les mauvaises langues affirment que la nouvelle de la résurrection de Jésus a d’abord été confiée aux femmes, parce qu’ainsi Dieu aurait la certitude que la nouvelle se répandrait très vite. Les mauvaises langues ont tort de le croire ; il suffit de constater l’entêtement des disciples mâles à systématiquement vérifier les dires des femmes pour s’en convaincre.

            Que ce soit dans l’évangile entendu cette nuit, dans lequel Luc nous disait que les Apôtres jugeaient délirants ces propos, ou dans l’évangile de ce matin où deux disciples, et pas des moindres, vont vérifier ce qui leur a été annoncé (On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé), force est de constater que les hommes ont du mal à croire ce que disent les femmes. Je préviens d’emblée : je n’ai aucune explication à ce phénomène ; je constate, c’est tout. Je reconnais que, la résurrection de Jésus étant une première mondiale, la probabilité pour quiconque en parlerait d’être cru immédiatement et sans délai, est plutôt mince. D’ailleurs Marie Madeleine ne parle pas vraiment de la résurrection ; elle dit juste ce qu’elle a vu ou cru voir : un tombeau vide, et elle rajoute à cela son désarroi de ne pas pouvoir se recueillir devant le corps de Jésus. Personne n’a jamais fait ce qu’a fait Jésus ; personne n’a jamais vaincu la mort avant lui. Marie Madeleine ne peut pas vraiment comprendre, et les disciples peuvent ne pas être simplement crédules. Puisque les choses sont ce qu’elles sont, faisons donc route avec ces deux disciples et essayons de croire à l’impossible.

         Je ne m’attarderai pas sur le fait que le plus jeune court plus vite que le plus vieux. Ce qui m’intéresse, c’est la réaction de chacun devant le même tableau. Le plus jeune, arrivé le premier, n’entre pas, mais en se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat. C’est une constatation ; pour l’instant, il n’en tire aucune conclusion. Arrive le second, Pierre, qui lui entre dans le tombeau. Il ne reste pas sur le seuil du mystère ; il y entre et aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Ce qui est surprenant, c’est que cet ordre, dans le désordre que constitue l’absence de cadavre, ne le gêne pas. Il ne sait pas quoi en faire, mais cela ne le perturbe pas plus que cela. Vous croyez vraiment que des voleurs de cadavres auraient pris le temps de tout bien ranger ? Il n’y a aucun indice d’un quelconque acte violent ou malveillant. C’est comme si la chambre n’avait jamais servi ! C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi lui voit et croit ce que Pierre voit aussi, mais qu’il ne croit pas ?

Je serai tenté de dire que Pierre est allé trop vite, comme à son habitude. A regarder Pierre de près dans les évangiles, il est toujours celui qui agit trop vite (souvenez-vous de l’oreille de ce pauvre Malcus) ou qui parle trop vite, sans réfléchir (souvenez-vous de l’indignation de Pierre quand Jésus annonce sa mort pour la première fois, ou sa réaction quand Jésus a lavé les pieds de ses disciples). Pierre est entré tout de suite dans le mystère du tombeau vide et il n’a vu que ce que tout un chacun aurait vu en pareille circonstance. L’autre disciple, s’était d’abord penché, sans entrer. Et il a vu ce que Pierre a vu. Mais quand il est enfin entré dans le mystère du tombeau vide, il n’était plus pris par ce qui était donné à voir ; il a pu entrer dans la profondeur de ce mystère ; il a pu comprendre, relier entre eux les signes vus (les linges bien rangés) et les paroles jadis entendues (les annonces de sa mort par Jésus lui-même, trois fois de son vivant) et le contenu des Ecritures (il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts). Pierre est rapide à entrer dans le mystère, mais ce faisant, sa vitesse le handicape ; il ne peut pas dépasser les constatations faites. L’autre disciple, bien que courant plus vite, nous donne une leçon sur les bienfaits de la lenteur : d’abord il se penche, puis il voit les linges, et enfin il entre dans le mystère et il croit.

La foi en la résurrection est un travail de maturation. Il ne faut pas aller trop vite. Pierre entre dans le mystère tout de go, il voit des signes (les linges pliés) qui deviennent sa préoccupation principale, ce qui le rend incapable de les comprendre. L’autre voit les signes (les mêmes linges) en se penchant, puis dans un second temps, il entre dans le mystère. Il peut croire, parce qu’il n’est plus préoccupé par ce qu’il voit de ses yeux de chair. Il peut voir maintenant avec les yeux de l’intelligence, avec les yeux de la foi. L’impossible devient possible. Le corps n’est plus là, non parce qu’il aurait été déplacé voire volé ; le corps n’est plus là parce que celui qui était mort est vivant, aussi incroyable que cela paraisse. Ce qui était annoncé dans les Ecritures est vérité. Ce que Jésus avait annoncé de son vivant est réalité. La mort a été vaincue. Jésus est bien vivant. Et ce qui compte, ce n’est pas comment cela s’est fait ; ce qui compte, c’est que cela est. Point. Avec Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, entrons dans le mystère et croyons désormais que le Christ est ressuscité, alléluia ! Qu’il est vraiment ressuscité, alléluia ! Le reste n’est que littérature. Amen.

samedi 27 avril 2019

02ème dimanche de Pâques C - 28 avril 2019

Laissons-nous guider par les Actes et l'Apocalypse.







            Tout au long de notre temps pascal, nous entendrons le livre des Actes des Apôtres et le livre de l’Apocalypse. Deux livres qui vont donner une couleur particulière à ce temps ; deux livres pour nous encourager dans notre foi et nous permettre de vivre mieux de la foi au Christ, mort et ressuscité pour nous.



            Le livre des Actes des Apôtres, nous l’entendons chaque année au cours du temps pascal. Il remplace, en première lecture, les livres de l’Ancien Testament que nous lisons tous les autres dimanches de l’année. Pourquoi ce changement ? Parce que Jésus est ressuscité ! En quoi cela change-t-il quelque chose ? L’Eglise répond que, le Christ étant ressuscité, pour ceux qui croient en lui, toutes les promesses de la Première Alliance sont désormais accomplies. Nous ne les lisons pas durant le temps pascal parce qu’il n’y a pas besoin à ce moment-là de nous les rappeler. Nous lisons les Actes des Apôtres, le livre qui nous montre comment les premiers croyants au Christ ont vécu de cette formidable annonce de la résurrection, ce qu’elle a changé dans leur vie. Nous voyons aussi, à travers le témoignage de Luc, l’auteur des Actes, comment cette foi s’est propagée, et donc comment le Christ est fidèle à sa promesse d’être toujours présent à ses Apôtres, à son Eglise. Et nous constatons d’emblée que ces Apôtres, si peureux au moment de la Passion de Jésus, si peureux au moment de la Pâque, sont maintenant forts et décidés à répandre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, lui qui a donné sa vie pour tous les hommes. Et nous constatons aussi que, ce qui fut la mission de Jésus, se poursuit à travers ses Apôtres. Beaucoup de signes et de prodiges s’accomplissaient dans le peuple, par la main des Apôtres. A travers eux, le Ressuscité poursuit sa mission de salut ; à travers eux, les malades sont encore guéris ; à travers eux, la Bonne Nouvelle se diffuse, touche le cœur des hommes et provoque des conversions : De plus en plus, des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur. Nous pouvons avoir l’impression que tout est facile, que tout est simple. Et de fait, quand les Apôtres agissent au nom de Jésus, et mieux quand ils laissent Jésus Ressuscité agir à travers eux, tout va bien, tout se déroule selon le plan de Dieu. En ces temps de crise qui sont les nôtres, il nous faut revenir à cet esprit des premiers croyants, à ce dynamisme des Apôtres, à ce désir de faire connaître le Seigneur et son œuvre de salut. Il nous faut laisser à nouveau le Christ agir à travers nous.


            Le livre de l’Apocalypse peut alors nous sembler plus difficile d’accès. Déjà son nom, qui est trop souvent synonyme de catastrophes en tous genres, peut nous rebuter. Et pourtant, ce livre veut nous dévoiler (c’est le sens étymologique du mot Apocalypse), veut nous dévoiler donc le projet de Dieu pour son Eglise afin qu’elle se convertisse toujours plus et mieux à sa Parole. Vous l’aurez compris : c’est un livre écrit pour un temps de crise. Pourtant nous ne sommes qu’à la fin du premier siècle. C’est que les chrétiens, à ce moment-là, sont d’une part les proies de persécutions arbitraires et de vexations et d’autre part les responsables de brouilles à l’intérieur même de la jeune Eglise. Une certaine habitude de croire s’est déjà installée, l’enthousiasme des débuts a disparu, de mauvaises habitudes sont déjà prises. C’est dans ce contexte que Jean reçoit des révélations de la part de Jésus, Le Premier et le Dernier, le Vivant. Il doit écrire une lettre à sept Eglises, sept communautés locales, pour les avertir et les inviter à changer, à se convertir. Tout le livre va rappeler que la vie chrétienne est une participation au combat entre le Bien (Dieu) et le Mal (Satan), et que ce combat connaîtra une fin au moment de la deuxième venue du Seigneur. Faut-il rappeler ici que Jésus avait annoncé ce retour à ses disciples avant sa mort ? Ce n’était pas uniquement une parole de consolation, c’était l’annonce d’une réalité. En ces temps de crise qui sont les nôtres, ne nous faut-il pas entendre à nouveau cet appel à la conversion et redécouvrir l’espérance de ce retour du Christ, dans la gloire ? Le Ressuscité n’abandonne pas son Eglise ; quelles que soient les épreuves rencontrées par elle, il est présent, au milieu d’elle, la guide et la conduit, la purifie, pour que toujours elle soit davantage fidèle à sa mission, fidèle au Christ qui l’a envoyée porter aux pauvres la Bonne Nouvelle.


            Mesurons la chance qui est la nôtre en cette année 2019 de pouvoir lire conjointement ces deux livres de la Nouvelle Alliance. Avec les Apôtres du Christ, réjouissons-nous de ce que la Parole se répande, intéresse ceux qui l’entendent au point de devenir eux-mêmes chrétiens ; avec Jean, réjouissons-nous du fait que le Christ ne nous abandonne pas, et qu’aujourd’hui encore il nous invite à nous purifier par sa Parole et par notre participation à son projet de salut pour tous les hommes. Que ce que nous avons proclamé solennellement durant la grande nuit de Pâques devienne notre réalité : nous renonçons au Mal, à ce qui conduit au Mal, à Satan qui est l’auteur du péché, pour vivre de la liberté de tous les enfants de Dieu, dès aujourd’hui et jusqu’au retour du Christ dans sa gloire. Amen.



(Frères de Limbourg, Saint Jean à Patmos, Très riches Heures du duc de Berry, Musée Condé, Chantilly)





dimanche 20 janvier 2019

02ème dimanche ordinaire C - 20 janvier 2019

A la suite de Jésus, poser des signes.






Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. Voilà dit de manière claire comment, après l’appel des disciples, commence la mission de Jésus auprès des hommes dans l’Evangile de Jean. Une petite phrase pour nous faire entrer dans la grande histoire de ce Dieu qui se révèle aux hommes. Nous sortons du temps de Noël, du temps de l’enfance, pour rencontrer enfin Jésus adulte. 

Cette première rencontre se fait lors d’un mariage. Marie, sa mère, était invitée. Il l’a accompagnée, avec ses amis. Rien d’extraordinaire. On ne sait rien sur les époux, on ne sait rien de l’ambiance ;  on sait juste que la fête risque de tourner court car ils n’ont plus de vin. Pour l’heure donc, Jésus participe à ce qui fait la vie des hommes : il vit sa vie humaine, dans toutes ses dimensions. Pour celles et ceux qui en doutaient, Jésus est bien l’un des nôtres. Totalement. Tout semble donc aller bien jusqu’à ce que sa mère s’adresse à lui : ils n’ont plus de vin. Comme si cela était sa faute ! Comme s’il pouvait y remédier ! Les commentateurs ont longuement glosé sur cette intervention de sa mère et sur la réponse de Jésus. J’aime assez l’interprétation que j’en ai lu en préparant cette homélie : à savoir que Marie, par ces mots, fait comprendre à son fils que le temps est venu qu’il vive sa vie, qu’il réalise ce pourquoi il est venu. Il est venu dans le monde pour sauver les hommes ; il est venu dans le monde pour les rendre heureux. Quoi de plus symbolique pour marquer le début de cette vie que de sauver non seulement une fête, mais la fête par excellence : celle de l’amour qui unit un homme et une femme. Si l’Eglise a fait du mariage un sacrement, c’est peut-être parce que l’amour qui unit un homme et une femme peut devenir le signe de l’amour que Dieu veut partager avec chacun de nous du moment qu’il est admis à cette noce. En invitant Jésus, les époux et leurs familles n’ont certainement pas pensé inviter Dieu lui-même. Mais Dieu se manifeste toujours là où on ne l’attend pas.

Pour marquer son entrée dans le monde, Jésus va donc donner un signe. Ou, plus exactement, il va donner un ordre qui deviendra un signe. Personne ne sait comment l’eau a été changé en vin. Est-ce l’intervention bienveillante de Marie ? Est-ce le fait d’un geste secret de Jésus ? Est-ce la confiance accordée à la parole de Jésus par les serviteurs qui est à l’origine du signe ? Qu’importe finalement ! Ce qui compte, c’est que la fête est sauvée. Ce qui compte, c’est que quelqu’un a vu, que quelqu’un a dit, que quelqu’un a fait. C’est peut-être tout cela qui fait le signe. Marie aurait-elle pu à elle seule poser ce signe ? Si Jésus n’avait pas été averti, aurait-il pu le faire ? Les serviteurs, sans l’intervention de Marie et la parole de Jésus, auraient-ils obtenu le même résultat ? Chacun, à la place qui est la sienne, a contribué à la réalisation du signe de Cana. Ce signe est alors plein d’enseignement pour l’Eglise, la communauté des croyants. Sans le Christ, elle ne peut rien ; sans les hommes, Dieu ne peut rien ; sans les charismes propres à chacun, nous ne pouvons rien. Saint Paul l’a bien compris lorsqu’il explique qu’à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien de tous. Ce n’est qu’en unissant nos capacités et nos dons que nous pouvons faire avancer l’Eglise. Les signes que le Christ a posés, et qui ont entraîné la foi de ses disciples, sont encore possible aujourd’hui si nous unissons nos forces : les hommes et les femmes qui ne connaissent pas le Christ peuvent encore être entraînés à sa suite si les croyants font vivre leurs charismes, leurs dons respectifs, sans chercher à en tirer leur propre gloire. Ensemble, nous pouvons poser des signes qui entraîneront la foi de ceux qui les verront, à l’exemple de ce premier signe de Jésus, jadis, à Cana. 

Par le signe de Cana, Jésus provoque la foi de ses disciples. A la suite de Jésus, nous pouvons et devons poser des signes pour stimuler notre foi et faire advenir la foi des non croyants. Par exemple des signes d’unité entre croyants au Christ de différentes confessions en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens ; ou encore des gestes de communion entre catholiques de différents villages ; sans oublier les gestes de charité envers tout homme que Dieu met sur notre route. Tous ces gestes témoigneront de notre volonté de construire un monde meilleur, plus juste et plus humain. En faisant ainsi, nous deviendrons l’Epouse parfaite de Jésus Christ, celle qui fait la joie de son Dieu. AMEN.
 
(Duccio di Buoninsegna, Les noces de Cana, 1308-1311, Museo dell'Opera del Duomo, Sienne)

samedi 21 janvier 2017

03ème dimanche ordinaire A - 22 janvier 2017

La mission de Jésus.





Avec ce dimanche, nous découvrons Jésus qui inaugure sa mission au milieu des hommes. Il est grand maintenant ; il est sorti vainqueur des tentations du diable ; Jean le Baptiste a été arrêté ; c’est le moment pour Jésus d’entrer vraiment en scène. La version longue de l’évangile de ce dimanche nous montre d’emblée tous les aspects de la mission de Jésus. En quoi consiste-t-elle ? Pourquoi est-il venu ? 
 
Matthieu répond ainsi : Jésus commença à proclamer : ‘Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche.’ Jésus se situe donc dans la continuité de Jean le Baptiste. Il invite les hommes à la conversion pour qu’ils aient leur part à ce royaume des cieux qui vient. L’ancienne traduction liturgique distinguait le message de Jean le Baptiste et celui de Jésus. Au premier, elle faisait dire : Le royaume des cieux est tout proche ; au second, le royaume des cieux est là ! Nous comprenions ainsi qu’avec Jésus, nous faisions un pas de plus. Ce royaume attendu était déjà là, déjà accompli en Jésus. La nouvelle traduction, reprenant dans la bouche de Jésus le message de Jean, semble mettre davantage l’accent sur l’urgence de la conversion. Jésus est bien celui qui accomplit le royaume, mais sans conversion, les hommes ne peuvent s’en rendre compte ; sans conversion, les hommes ne peuvent y accéder ; sans conversion, ils pourraient même se méprendre sur la personne de Jésus. Faire reprendre par Jésus le message de Jean le Baptiste permet aussi de souligner que ce travail de conversion n’est pas achevé ; à chaque génération, les hommes auront à se convertir pour découvrir ce royaume des cieux tout proche d’eux. 
 
Mais l’appel à la conversion n’épuise pas la mission de Jésus. Matthieu poursuit son évangile avec l’appel des quatre premiers disciples : Simon et son frère André d’abord, puis Jacques et son frère Jean. A chaque fois, l’évangéliste note la promptitude de ces hommes à répondre à l’appel qui leur est adressé. Jésus appelle ; ils répondent. Pas de grande tergiversation. Pas de grande interrogation : te suivre, mais pour aller où ? pour combien de temps ? Rien de tout cela. Un appel et une mise à la suite de Jésus pour devenir pêcheurs d’hommes. Cet appel des disciples comme deuxième acte de la mission de Jésus renforce ce que nous disions de l’urgence et de la permanence de l’appel à la conversion. Les disciples, un jour, vont d’abord partager puis prolonger la mission de leur maître. L’Eglise poursuit ce travail, aujourd’hui encore, avec toujours le même message : Convertissez-vous ! A travers elle, c’est bien toujours le Christ qui s’adresse aux hommes, le Christ qui presse les hommes de s’ouvrir à son règne, de faire vivre son message. 
 
Le dernier aspect de la mission de Jésus souligné par Matthieu dans son évangile, ce sont les signes que Jésus pose. Jésus ne se contente pas de parler ; il agit aussi en faveur des hommes. Le dernier verset du passage entendu nous dit : Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Evangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple. On ne peut donc pas réduire Jésus à un beau parleur. Ce royaume qu’il annonce, il le réalise par les signes qu’il pose en faveur des hommes, en particulier ceux qui sont mis de côté parce que frappés de maladie, non conforme à l’idée qu’on se fait de quelqu’un de bien. Si untel est mal foutu, c’est forcément qu’il aura péché, lui ou ses parents ; Jésus aura à lutter contre de tels propos. En guérissant les malades, Jésus annonce qu’il est celui qui lutte – efficacement – contre le Mal qui ronge l’homme, le Mal qui divise les hommes. Il vient remettre de l’unité dans le genre humain, puisqu’en libérant des infirmités, il réintègre ces hommes et ses femmes dans la communauté humaine ; il vient combattre le Mal aux côtés des hommes pour qu’ils retrouvent leur liberté, celle que Dieu leur avait donné aux premiers jours de la création. En guérissant les malades, Jésus vient très concrètement ouvrir ce royaume des cieux à ceux qu’il relève. Sa prédication est comme vérifiée dans ces guérisons. 
 
Au terme de cette page d’évangile, nous pouvons comprendre que la mission de Jésus consiste en un triple appel : un appel à la conversion, un appel à le suivre, un appel à une vie libérée du Mal. Voilà pourquoi Jésus est venu dans le monde. Sachant tout cela, aurons-nous le même empressement que Simon, André, Jacques et Jean à suivre Jésus ? Aurons-nous le même désir que Matthieu d’être témoin de l’œuvre de Jésus auprès de nos contemporains afin que ce royaume des cieux s’ouvre aussi pour eux ? Aujourd’hui encore, les peuples qui marchent dans les ténèbres peuvent voir une grande lumière se lever. Aujourd’hui encore, notre monde peut changer, en mieux, à cause de Jésus. Amen.


(Gustave Doré, Jésus enseignant la foule, in La Bible, 230 illustrations de Gustave Doré avec des extraits du Nouveau et de l'Ancien Testament, SACELP, Paris, 1983)

dimanche 5 avril 2015

Saint Jour de Pâques - 05 avril 2015

De simples signes pour dire l'impossible !




On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. J’imagine sans peine ce que Marie-Madeleine a pu vivre en se rendant au tombeau de très bonne heure et en le découvrant, non seulement ouvert, mais encore vide. Dans son cri lancé aux disciples, s’entend tout son désarroi. A l’impensable (la mort infâmante de celui qui faisait le bien là où il passait et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable), à l’impensable donc s’ajoute l’abject : on aurait enlevé le corps de Jésus. Que ce soit chez saint Marc dont nous avons entendu l’Evangile au cours de cette nuit, ou que ce soit chez saint Jean, ce matin, la même difficulté ressort : il semble impossible de croire à l’impossible ! Jésus est mort, il a été mis au tombeau. Si ce matin il n’y est plus, c’est qu’on a volé son corps. Que voulez-vous : un mort + un tombeau vide = on l’a enlevé. 1 + 1 = 2. Il ne peut en être autrement. C’est d’une précision quasi scientifique ! Il n’y a pas d’autre explication possible pour Marie-Madeleine. 
 
Observons alors Pierre et Jean qui vont de ce pas, et en courant, vérifier les dires de Marie-Madeleine. Sont-ils déjà en train de se remémorer certaines paroles de Jésus, lorsqu’il leur a annoncé sa mort et sa résurrection ? Ou vont-ils juste vérifier que le chagrin de Marie-Madeleine ne l’a pas induite en erreur ? Serait-il possible qu’elle se soit trompée de tombe, par exemple ? Ils arrivent sur place, et trouvent les choses comme annoncées : un tombeau ouvert, vide, et des linges bien posés, le suaire bien roulé à sa place.  Les deux voient la même chose, mais d’un seul il est dit : il vit et il crut. Pour l’un, c’est sans doute un mystère encore ; pour l’autre, une évidence : personne n’a enlevé le corps de leur Seigneur, il est ressuscité ! L’impossible s’est produit ! Dieu, qui a été particulièrement silencieux durant le procès de Jésus, parle avec éclat dans de simples linges, simples signes pour dire l’extraordinaire : la mort est vaincue par la vie. Comme le chante la séquence de Pâques, la mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. Cela ne s’explique pas ; cela se découvre, cela se voit dans des signes, cela se croit. Tout est possible à Dieu, même faire mourir la mort alors même qu’elle pensait avoir triomphée par le bois de la croix. L’arbre de mort devient arbre de vie ; et la tombe devient le berceau de cette nouvelle vie. Désormais, Jésus n’est plus à chercher chez les morts ; il est à chercher du côté de la vie ; il est à trouver là où les hommes font triompher la vie. C’est par lui, le Ressuscité, et à sa suite, que les hommes peuvent faire triompher la vie. 
 
Nous n’aurons rien d’autre que les mêmes signes (un tombeau ouvert, des linges rangés) et le témoignage des disciples pour fonder notre foi en celui qui a vaincu la mort. Pas plus aujourd’hui qu’hier, nous ne pouvons attendre de manifestation extraordinaire. Jésus nous a tout donné de son vivant. Sa Parole, à laquelle s’ajoute pour nous la parole des Apôtres qui ont rencontré Jésus ressuscité, doit suffire à fonder notre foi. Celui qui a passé en faisant le bien continue de passer au milieu de nous en faisant le bien. En devenant à notre tour ses disciples, nous devenons ses instruments, et l’Eglise, le sacrement de sa présence au monde de notre temps. Il ne peut être présent aujourd’hui que s’il est vraiment ressuscité. L’Eglise ne nous invite pas à suivre un mort, mais celui qui a vaincu la mort, celui qui est toujours vivant, et qui vit à travers nous, et qui rejoint les hommes de notre temps à travers nous, à travers notre témoignage, à travers le bien que nous pouvons leur faire. 
 
Face au mystère de la résurrection et aux signes laissés, plusieurs attitudes sont possibles : il y a ceux qui, à l’exemple de Marie-Madeleine, cherchent une explication plausible. Certains, à l’image de Jean, voient et croient, presque instantanément. D’autres, à l’image de Pierre, ont besoin de plus de temps. Mais tous sont invités à la même foi, au même témoignage d’amour. Si le Christ est ressuscité, nous devons rechercher les réalités d’en-haut. Nous ne pouvons pas nous contenter d’une petite vie médiocre, tournée seulement vers les réalités de la terre. Nous devons regarder plus haut, agir plus grand, pour le bien de tous. Puisque le Christ n’a pas été retenu dans l’endroit confiné de son tombeau, nous ne pouvons pas rester confinés dans le tombeau d’une vie uniquement terrestre. A notre tour, sortons de nos étroitesses, ouvrons-nous à la vie en grand, à la suite de Jésus, Christ et Seigneur. Il est ressuscité pour que nous puissions vivre ; il est ressuscité pour nous ouvrir le chemin de la vie avec Dieu, en Dieu pour toujours. C’est à cette hauteur que nous veut Dieu ; c’est à cette hauteur que nous devons vivre. 
 
Le mystère de la résurrection ne concerne pas uniquement Jésus. Il impacte profondément notre vie et notre manière d’aborder le monde. Malgré les difficultés que nous pouvons rencontrer, nous devons croire que la vie aura désormais toujours le dernier mot, nous devons vivre avec cette certitude que rien ne peut nous atteindre si nous gardons les yeux fixés sur Jésus Christ. Céder à la peur face à l’avenir, céder au pessimisme ambiant, c’est enfermer à nouveau le Christ dans son tombeau, c’est refuser d’accueillir la puissance de vie qu’il a délivré. Et cela ne se peut, car Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Alléluia.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, éd. Les Presses d'Ile de France)

jeudi 2 avril 2015

La Passion de notre Seigneur - Vendredi Saint 03 avril 2015

Une Alliance à peine inaugurée et déjà terminée ?




Est-ce que cela valait la peine d’inaugurer une nouvelle Alliance si c’est pour qu’elle finisse aussi vite et de manière aussi tragique ? Une croix dressée, un homme crucifié : est-ce donc tout ce qui nous est donné à voir, après les signes de l’Eucharistie et du lavement des pieds ? 
 
Devant la croix dressée, se révèle notre foi. Devant la croix dressée, tout prend sens ou tout s’écroule, selon que nous soyons capables d’interpréter les signes à la lumière des innombrables alliances que Dieu a conclues avec nous par le passé. Ce n’est pas pour rien que nous relisons le prophète Isaïe et l’annonce d’un serviteur de Dieu, serviteur souffrant, serviteur rejeté par tous, mais serviteur portant sur lui les nombreux péchés, les nombreuses souffrances de l’humanité. Déjà la théorie du bouc émissaire reprise par les autorités du Temple à la veille du procès de Jésus : il vaut mieux qu’un seul meurt pour tout le peuple, surtout si celui-là qui meurt, ce n’est pas nous. Insondable mystère d’un Dieu qui s’offre, qui offre sa vie pour racheter la nôtre. Non seulement les hommes rejettent le serviteur de Dieu, non seulement ils le condamnent, mais ils obtiennent en plus, par lui, la possibilité d’une vie marquée du sceau de l’éternité, s’ils savent lire et reconnaître le signe de la croix dressée. 
 
Comprendrons-nous jamais vraiment ce mystère de notre rédemption qui s’accomplit par la plus grande forfaiture que l’homme puisse commettre, la mort d’un innocent ? Comprendrons-nous jamais l’immense amour de Dieu pour nous qui va jusqu’à l’abaissement total, jusqu’à l’anéantissement pour que nous puissions vivre ? Il faut une vue profonde, un regard perçant, pour voir encore là, devant la croix, notre vie qui naît, notre vie qui reprend force, notre vie qui se voit offrir un nouvel avenir, une nouvelle liberté. 
 
Devant la croix, l’homme n’a, paradoxalement, plus à craindre la mort. Devant la croix, l’homme peut espérer une vie nouvelle, plus forte que la mort. Devant la croix, l’homme peut reconnaître que l’avenir s’ouvre à lui, non sans Dieu, mais avec Dieu justement, avec celui qu’il vient d’y faire mourir. Alors même que tout semble perdu, tout entre en germination. Ce corps déposé au tombeau est comme le grain semé ; il fallait qu’il meure pour que nous puissions découvrir la puissance de vie contenue en lui. 
 
Devant la croix, dressée entre terre et ciel, comme un trait d’union entre le monde des hommes et le monde de Dieu, il nous faut faire silence et accompagner tous ceux qui avaient mis leur espoir en celui qu’ils ont transpercé. Devant la croix, dressée entre terre et ciel, comme un cri lancé vers Dieu, il faut que le croyant espère en Dieu qui toujours entend le cri de notre prière. Si l’Alliance nouvelle annoncée dans le repas de l’Eucharistie est bien une Alliance éternelle, l’histoire ne peut s’achever là ; quelque chose doit arriver encore ; Dieu doit se manifester à nouveau. Jusqu’à présent, il est resté silencieux, trop silencieux. Que dira-t-il de l’homme ? Que dira-t-il de sa volonté de se débarrasser de ce fils unique devenu trop gênant ? Que dira Dieu ? Que fera Dieu ? 
 
Peut-être que tout est allé trop vite pour qu’il puisse agir ? Peut-être laisse-t-il aux hommes, à chacun de nous, le temps de réfléchir à ce que nous avons fait ? Car c’est bien nous qui l'avons conduit jusque-là ; c’est bien nous qui le re-crucifions chaque fois que nous sommes incapables de nous entendre, chaque fois que nous laissons le péché dominer notre vie, chaque fois que nous écrasons le petit et le faible, chaque fois que nous décidons que notre vie, c’est bien mieux sans Dieu. 
 
Hier au soir, nous ont été donnés deux signes : le pain et le vin  à partager en mémoire du Christ et le lavement des pieds comme un appel à servir sans cesse. Aujourd’hui, c’est une croix dressée et un tombeau dans lequel repose le corps du Seigneur qui sont mis devant nos yeux. Les rangerons-nous au rayon de nos désillusions ou les ferons-nous vivre ? Profitons du silence de ce vendredi pour y réfléchir, et peut-être qu’un miracle sera possible ! Qui sait si Dieu ne se manifestera pas encore ? Qui sait s’il n’a pas entendu ce cri lancé vers lui par la croix dressée ? Qui sait ? Peut-être que cette Alliance inaugurée la nuit passée et qui semble réduite à néant aujourd’hui, peut-être qu’elle est vraiment faite pour durer. Quelque chose aurait pu nous échapper. Si nous croyons que Dieu s’est engagé par ces signes, pourquoi ne pas faire nôtre la prière du psalmiste : soyons forts, prenons  courage, nous tous qui espérons le Seigneur. Celui qui n’a rien dit durant le procès a peut-être encore son mot à dire. Amen.

(Station du Chemin de Croix de l'église de Krautergersheim - Alsace)

dimanche 20 janvier 2013

02ème dimanche ordinaire C - 20 janvier 2013

Le signe de Cana.
 
 
Le signe de Cana, est-ce vraiment un signe de Jésus ? Pourquoi ce signe ? Et comment ce signe nous concerne-t-il aujourd’hui ? Trois questions que je voudrais reprendre avec vous ce matin. 
 
A qui donc attribué le signe de Cana ? La présence de Jésus explique-t-elle à elle-seule la transformation de l’eau en vin ? A y regarder de près, la réponse n’est pas évidente. Jésus ne pose pas de geste mystérieux,  il n’y a pas de hocus-pocus ou quelque autre formule magique, même pas un « je le veux ! » comme dans tant d’autres signes posés par lui. En fait, le signe de Cana devient possible parce qu’à l’origine, il y a une femme qui voit (Marie lui dit : « ils n’ont plus de vin »), deux ordres de Jésus (remplissez ces cuves ; puisez et portez au maître du repas) et des serviteurs qui obéissent. Si Marie n’avait pas vu que la fête allait s’achever par manque de vin, Jésus aurait-il eu l’idée du signe ?  Si les serviteurs n’avaient pas obéi et puisé l’eau, les jarres se seraient-elles rempli toutes seules ? Si Jésus n’avait pas été présents, l’eau puisée par les serviteurs auraient-elles été transformées ? Auraient-ils seulement eu l’idée d’aller puiser de l’eau ? Bien sûr, nous n’en savons rien, mais le questionnement nous permet de comprendre la particularité de ce signe sur tous les autres signes. Il est non seulement le premier signe de Jésus, mais il est aussi celui qui requiert plus que la simple présence de Jésus : il requiert le concours des hommes et de Marie. Chacun à sa place, chacun selon son charisme propre, a permis que le vin de la fête coule à flot. La présence et l’attention discrète de Marie ont été utiles à la réalisation du signe ; la présence et l’obéissance des serviteurs ont permis au signe d’être posé ; la présence et la parole assurée de Jésus ont parachevé l’œuvre de tous. 
 
Nous voici donc amené à la deuxième question : pourquoi ce signe ? Pour que la fête continue. Là où Jésus est présent, il y a de la joie. Là où Jésus est présent, il y a le salut pour tous. Le premier signe de Jésus est un signe annonciateur, programmatique : il nous dit pourquoi celui-là est venu dans le monde. Il est venu porter la joie aux hommes ; il est venu introduire les hommes dans une alliance nouvelle ; il est venu réaliser les épousailles entre Dieu et l’humanité, comme l’avait promis Isaïe. Il est lui, l’époux qui vient faire la joie de sa fiancée. Dès le début de sa mission, il annonce ainsi ce que sera sa vie, ce que sera notre vie si elle est vécue dans l’obéissance au Christ. Et la profusion de vin annonce déjà son sang qui coulera pour le salut de toute l’humanité. Libérée du péché et de la mort par le sang versé du Fils unique de Dieu, l’humanité sera pleinement sauvée et vivra de ce bonheur que Dieu seul peut offrir. Un bonheur durable et profond, qui n’est pas fait de ces sourires de façade que les hommes aiment tant recevoir. 
 
Comment aujourd’hui recevons-nous cette promesse de bonheur ? Comment pouvons-nous aujourd’hui savoir que le temps de la joie est bien venu ? En participant vraiment à l’eucharistie. Là se joue à perpétuité les noces de Dieu et de l’humanité. Quand le prêtre traverse son peuple, c’est le Christ qui s’avance en lui. Quand nous chantons Dieu, c’est bien la joie des noces qui est chantée. Quand nous tournons nos cœurs vers le crucifié en demandant son pardon, c’est bien cette alliance nuptiale que nous voulons réitérer. Lorsque nous écoutons les textes sacrés, c’est bien la parole de Dieu qui retentit et nous entrons en dialogue d’amour avec lui. Quand nous approchons de l’autel, c’est bien à la table des noces que nous prenons place ; et là coule le vin de la fête ; et là est donné le pain du salut. Et quand nous quittons l’église, c’est bien encore avec notre époux, le Christ, que nous repartons dans la vie annoncer les merveilles que Dieu fait pour nous. L’eucharistie est bien le lieu où s’accomplit pour nous, chaque dimanche, le signe de Cana, le signe de notre salut, le signe du bonheur éternel qui nous est donné. 
 
Mais comme jadis à Cana, il ne suffit pas que le Christ s’offre sur l’autel de l’Eucharistie. Il faut encore qu’il y ait des hommes et des femmes pour accueillir ce signe, pour permettre à ce  signe d’être efficace pleinement. A quoi cela sert-il que le Christ s’offre, s’il n’y a personne pour vivre de ce don ? Avons-nous le désir de cette joie que Dieu seul peut nous donner ? Avons-nous le désir de goûter ce vin de la fête sans cesse versé ? Avons-nous le désir d’épouser Dieu ?

(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

jeudi 21 juin 2012

Nativité de Jean le Baptiste - 24 juin 2012

Que sera donc cet enfant ?

La question est sans doute légitime au sujet de ce petit Jean quand on connaît les circonstances de la naissance : parents très âgés, mère stérile, moyens médicaux peu voire pas évolués. A une époque où l’on manipule joyeusement les codes génétiques, à une époque où il est courant d’avoir recours à des moyens artificiels pour faire advenir le miracle de la vie, cette naissance de Jean peut sembler banale, sans histoire. Ce serait pourtant une grave erreur de n’y voir que le fruit d’une succession de hasard et d’éluder ainsi la question posée par le voisinage. Jean est un don de Dieu à une famille qui ne l’attendait plus : Jean est un don de Dieu à un peuple qui ne l’attendait pas encore !

La naissance extra-ordinaire de ce petit d’homme est clairement reçue par les gens de l’époque comme un don de Dieu. Comment une femme stérile, âgée de surcroît, a pu enfanter, ne peut relever que de la bienveillance de Dieu à son égard. Les manifestations annexes (le père qui devient muet lorsque l’ange lui annonce que sa femme enfantera un fils ; le père qui retrouve l’usage de la parole au moment où, donnant à l’enfant le nom révélé par Dieu, il entre enfin dans le projet de Dieu) viennent renforcer cette vérité : cet enfant ne sera pas comme les autres car cet enfant a été choisi et voulu par Dieu. La question : Que sera donc cet enfant ? prend alors tout son sens. En effet, devant tant de manifestations de la gloire de Dieu, on peut s’interroger sur le pourquoi de cette naissance. Qu’est-ce que Dieu a en tête lorsqu’il appelle à la vie son serviteur ? Qu’est-ce qu’il veut nous dire ou nous faire comprendre ? On pourrait tout aussi légitimement s’interroger au sujet des parents : qu’ont-ils fait pour mériter ainsi la bienveillance du Très-Haut ? Qu’ont-ils de plus que les autres couples, âgés, stériles, qui auraient tant voulu croire au miracle de la vie ? Sans doute n’ont-ils rien de plus que les autres : en tout cas, l’histoire ne le dit pas ! Ils ont juste pour eux cette foi qui les fait entrer dans le projet de Dieu ; ils ont juste pour eux d’avoir été choisis par Dieu pour participer, à leur manière, au projet de salut de Dieu. Il fallait un signe fort (une femme âgée, stérile qui donne la vie) pour faire réfléchir les hommes. Il fallait un signe fort pour faire comprendre que Dieu vit avec les hommes, prend soin d’eux et intervient au moment voulu lorsqu’il trouve des serviteurs aptes à répondre à son appel. En appelant Jean le Baptiste à la vie, Dieu se donne un serviteur capable d’entrer dans son projet. Il met, petit à petit, en place les pièces nécessaires à la réalisation de son projet de salut. Une naissance extra-ordinaire pour un destin extra-ordinaire ! Jean est donné par Dieu à ses parents ; Jean est donné par Dieu à son peuple.

Ceci est bien clair : lorsque Dieu suscite ainsi un serviteur fidèle, ce n’est pas seulement en récompense de bons et loyaux services. Lorsque Dieu suscite un serviteur, c’est avant tout pour faire aboutir son projet de salut ; c’est pour rappeler aux hommes son alliance de toujours. Ainsi Jean, nous le savons aujourd’hui, est une pièce maîtresse de cette œuvre de salut. Il est celui qui vient ouvrir la route au serviteur véritable, grand prêtre unique et vrai : Jésus le Christ ! Il est impensable aujourd’hui de parler de Jean sans parler de Jésus. L’un ne va pas sans l’autre. Jean est celui qui va révéler Jésus aux hommes : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ! Ou encore : Je ne suis pas le Messie ; mais le voici qui vient derrière moi et je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales ! Voilà bien la mission de Jean auprès de son peuple : être celui qui a la lourde charge d’ouvrir les yeux et les cœurs pour qu’ils puissent reconnaître et accueillir le Messie. Etre celui qui va permettre aux hommes d’entrer dans ce projet de salut et de connaître le Messie de Dieu de manière personnelle. Toute la fête de ce jour nous tourne ainsi vers le Christ, celui qui est présent en germe dans l’avènement de Jean. La longue prière de louange de Zacharie lorsqu’il retrouve l’usage de la parole, que la liturgie nous a malheureusement coupée, oriente ainsi notre regard et notre cœur vers l’avènement du Messie véritable. Ce père, comblé dans ces vieux jours, chante la mission de révélateur de son fils et annonce la venue du Christ, lumière de Dieu pour éclairer toutes les nations.

En célébrant la Noël d’été, il nous faut nous tourner déjà vers ce mystère plus grand encore du Dieu fait homme, du Dieu tellement amoureux de son peuple, qu’il ira jusqu’à devenir l’un de nous en Jésus pour mieux nous indiquer la route du salut. Aujourd’hui, réjouissons-nous de la naissance de Jean : elle marque un nouveau départ sur la route qui mène au salut. Que Jean le Baptiste, qui a montré à ses disciples le Messie véritable, soit aujourd’hui celui qui oriente notre regard et notre cœur vers le véritable sauveur, Jésus le Christ ! Ainsi nous pourrons nous préparer à l’accueillir, à l’aimer et à le suivre. AMEN.

samedi 11 décembre 2010

3ème dimanche de l'Avent A - 12 décembre 2010

Notre foi est patience : nous célébrons un Dieu qui se révèle dans des signes à découvrir.








Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? Cette question de Jean-Baptiste adressée à Jésus lui-même manifeste l’immense attente de tout un peuple, ce peuple qui se pressait autrefois auprès de Jean-Baptiste. Maintenant qu’il a été arrêté, il ne peut plus annoncer la conversion nécessaire, il ne peut plus entraîner les hommes vers Dieu. Alors, quand il entend parler de ce que faisait Jésus, il s’interroge. Un autre poursuivrait-il son œuvre ? Dieu aurait-il enfin envoyé celui que le peuple attendait, celui que Dieu lui-même avait promis : le Messie, le Sauveur ? Il envoie donc des disciples vers Jésus, histoire d’en avoir le cœur net.

Jésus aurait pu répondre par oui ou par non à la question de Jean-Baptiste. La question était simple ; elle méritait une réponse simple. Trop simple sans doute. La réponse tient donc en ces termes : Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! Il faut alors un minimum de culture biblique pour comprendre cette réponse. En fait, Jésus reprend à son compte ce que les prophètes avaient annoncés. Lorsqu’il viendra le Messie, des signes s’accompliront. La première lecture de ce dimanche s’en fait l’écho : Voici votre Dieu : c'est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. Alors s'ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. Les signes posés par Jésus sont conformes à ceux annoncés par les prophètes. Une seule conclusion s’impose : Jésus est bien celui que Jean-Baptiste annonçait et attendait. Il est bien celui que Dieu envoie, celui que Dieu a promis. Ce peuple qui avait patienté, ce peuple qui avait espéré, voit son attente comblée. Les promesses de Dieu vont se réaliser. Enfin !

A nous qui nous préparons à accueillir le Messie de Dieu, il est rappelé ainsi que notre foi est patience. Il faut du temps pour découvrir Dieu, pour comprendre le projet d’amour qu’il porte pour chacun de nous. A ceux qui cherchent, à ceux qui attendent, Dieu donne des signes. Il nous revient d’apprendre à les lire pour ne pas passer à côté de Dieu lorsqu’il se manifestera dans notre vie. Notre vie de foi est riche de ces signes de Dieu. Les sacrements que nous célébrons ne sont-ils pas autant de manifestations de la grâce de Dieu à l’œuvre au cœur même de notre existence ? Si l’Eglise insiste tant sur une pratique régulière, ce n’est pas d’abord pour remplir nos lieux de culte, mais bien pour que nous apprenions ensemble à lire les signes de la présence de Dieu ; c’est bien pour que nous profitions ensemble de la grâce attachée à ces signes que Dieu donne. Nul ne peut progresser seul dans sa foi ! Nul ne peut vraiment découvrir Dieu en restant seul ! Il y faut un peu de patience ; il y faut un peu des autres.

A ceux qui s’interrogent encore sur les signes que Dieu nous donne aujourd’hui, nous pouvons présenter les différents sacrements qui rythment notre vie spirituelle. Ils sont signes de Dieu à l’œuvre dans le monde et dans le cœur des hommes. Ainsi, notre rassemblement dominical devient le lieu où Dieu lui-même se donne à nous dans le pain de l’Eucharistie, se fait comprendre de nous par le don de sa Parole lue, méditée et expliquée devant tous. Il serait fou de croire que je peux m’en abstenir sans conséquence grave pour moi et pour la communauté. Ainsi encore le sacrement du baptême par lequel Dieu lui-même nous appelle ses fils et ses filles, et nous donne de partager sa propre vie. Ou encore le sacrement de la pénitence et de la réconciliation, où Dieu redresse en nous ce qui était tordu et par lequel Dieu lui-même nous guérit de notre capacité à faire le Mal. Par la confession, il nous purifie de la lèpre du péché. Et nous pourrions poursuivre ainsi avec chacun des autres sacrements. Chacun nous rappelle à sa manière que Dieu prend soin de nous, qu’il veille sur nous, et nous donne ce dont nous avons besoin pour progresser dans la foi, pour grandir en humanité et partager ainsi sa vie.

Cette découverte de l’œuvre de Dieu dans le monde et dans notre vie à travers les sacrements ne se fait pas en un jour. Il y faut le temps de la conversion personnelle, le temps de l’ouverture vraie de notre vie à Dieu lui-même. Ne soyons pas trop pressés dans notre vie de foi : mais avançons avec patience et courage à la rencontre de celui qui vient refaire toutes choses nouvelles. Amen.