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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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dimanche 24 mai 2026

Pentecôte - 24 mai 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il nous donne son Esprit.



 

 




            Nous voici donc au terme du temps pascal avec la solennité de la Pentecôte qui nous fait célébrer non pas l’Esprit Saint, mais le don de l’Esprit à la jeune communauté qui croit en Jésus mort et ressuscité. Tout au long du temps pascal, nous avons vu ce que Dieu fait pour nous pour nous dire son amour. Au terme de ce parcours, Dieu nous dit son amour en nous donnant son Esprit. Et ce n’est pas juste un détail de l’Histoire ; c’est un moment fondateur.

             Quand Dieu donne son Esprit, il nous dit d’abord qu’il est avec nous toujours, l’Esprit Saint étant sa manière d’être présent à notre monde depuis que son Fils est retourné auprès de son Père. Ce don est la suite logique de toute l’histoire de Jésus, venu dans le monde redire aux hommes la proximité de Dieu et son attention à notre monde. C’est une ancienne habitude de Dieu de regarder notre monde et de se rendre présent à la vie de ceux qui croient en lui. L’Alliance avec Moïse n’avait-elle pas commencé par cette parole de Dieu : J’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu ses cris sous les coups des gardes. Avec Jésus, Dieu lui-même est entré dans le monde, s’est fait proche comme jamais en prenant notre humanité. Le Christ ressuscité étant entré dans sa gloire, l’Esprit Saint nous est donné pour que cette présence soit ininterrompue. Dieu ne peut pas abandonner l’humanité qu’il a sauvé par la mort de son Fils. Il s’est lié à nous pour toujours et le don de l’Esprit est comme le sceau de cette union. Avec la force de l’Esprit, nous sommes rendus capables d’assumer la présence de Dieu, de la laisser nous transformer, de nous attacher à Jésus et de vivre son Evangile. L’Esprit reçu nous rend capable de discerner la volonté de Dieu, de le reconnaître comme notre Père et de reconnaître Jésus comme notre Seigneur. Personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint.

            Le don de l’Esprit est aussi le signe que Dieu veut l’Eglise comme le lieu où le salut en Jésus est annoncé. Le fait que les peuples nombreux, rassemblés à Jérusalem pour la fête juive de la Pentecôte, entendent chacun dans son propre dialecte les Apôtres qui parlaient, témoigne bien que le salut n’est pas réservé aux Apôtres et à ceux qui se convertissent à Jérusalem, mais qu’il est bien pour tous. Le don de l’Esprit fait exploser les frontières naturelles de l’Eglise (le peuple juif dont Jésus est issu) pour englober tous les peuples de la terre. En ce sens, nous pourrions dire que la mission d’un Paul de Tarse vers les nations païennes est déjà présente en germe dans cette Bonne Nouvelle entendue et comprise par chacun dans sa langue propre. Tous nous entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. En Dieu, par le ministère de Jésus et par le don de l’Esprit Saint, il n’y a plus d’étrangers, il n’y a que des frères et des sœurs rachetés par le Christ, invités à vivre avec tous la Bonne Nouvelle. Accueillir l’Esprit revient à accueillir l’humanité dans sa totalité et refuser de ne parler et ne vivre qu’avec ceux et celles qui ont les mêmes origines que nous. Le don de l’Esprit Saint, sans rien enlever à ce qui fait de nous êtres uniques, nous rend pourtant semblables en ce sens qu’il nous fait frères et sœurs en Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous. Et c’est l’honneur de l’Eglise d’être le lieu qui rassemble les enfants de Dieu dispersés.

             La merveilleuse séquence de la Pentecôte nous a fait chanter l’œuvre de l’Esprit dans notre vie. Il est celui qui nous dispense les dons de Dieu, la lumière de nos cœurs, notre consolateur, notre repos, notre réconfort. Il est celui qui lave en nous ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guérit ce qui est blessé. Nous retrouvons ici l’affirmation de Jésus dans l’Evangile : A qui vous remettrez les péchés, ils seront remis. Il n’est pas de vie chrétienne qui ne soit une vie dans la force de l’Esprit Saint. Ce serait nous illusionner gravement que de croire que nous pouvons, par nos seules forces et notre seule volonté, marcher à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu, sans l’aide de l’Esprit Saint. Il est à notre vie croyante ce que l’oxygène est à notre vie humaine : indispensable, parce qu’il est le souffle de Dieu qui nous anime et nous fait vivre. Il est celui qui nous fait respirer Dieu à chaque instant. Il est le don ultime de qui vont jaillir toutes les grâces et toute la connaissance de Dieu. Il nous pousse à faire le bien et à rejeter le mal. Nous devons tout à ce don.

            En ce jour de la Pentecôte, demandons à Dieu de renouveler en nous ce don de l’Esprit, pour que notre baptême en reçoive une nouvelle jeunesse ; qu’il creuse en nous la soif de Dieu et le désir de vivre avec lui aujourd’hui et toujours. Amen.


samedi 8 novembre 2025

Dédicace de la Basilique du Latran - 9 novembre 2025

Vous êtes la maison que Dieu construit. 




(Chaire papale- Saint Jean de Latran)



 

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Cette affirmation de Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, dit bien la réalité de l’Eglise, peuple rassemblé par Dieu en une seule et même famille, une seule et même maison. En ce jour où nous célébrons la dédicace (l’anniversaire de la consécration) de la basilique du Latran, à Rome, il est bon de nous souvenir que nous sommes tous, par notre baptême, membre d’un même corps, membre d’un même édifice.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. La basilique du Latran est le premier signe visible de cette maison que Dieu construit, parce qu’elle est la cathédrale du Pape en tant qu’évêque de Rome. Au fronton de la basilique sont écrits ces mots : Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde. Autrement dit, tout part de là ; tout existe à cause de cette Mère et tête. Même nos petites paroisses de la campagne alsacienne n’existent que parce qu’existe saint Jean de Latran. Certes, ce n’est pas l’évêque de Rome qui a ouvert ou construit nos églises, mais en étant le premier parmi ses pairs (primus inter pares), en ayant la responsabilité de nommer les évêques, l’occupant des lieux permet à la foi catholique de se répandre, de se structurer, de vivre et de faire vivre. Depuis l’empereur Constantin, qui a fait don à l’Eglise du domaine pour y construire la basilique, le baptistère et le palais, jusqu’à nous, c’est de là, de ce lieu symbolique et structurant, que tout est parti, que tout part encore. Si elle est la mère de toutes les églises, cette basilique est la basilique de chaque croyant, le lieu d’où la foi se dit, se transmet et se répand dans le monde entier. C’est pour cela que l’anniversaire de cette cathédrale, et de celle-là exclusivement, est célébrée dans le monde entier, permettant à chaque catholique de célébrer son attachement à l’Eglise catholique et apostolique. La basilique est dédiée à deux Jean : saint Jean le Baptiste, celui qui a annoncé la venue du Messie (Voici l’Agneau de Dieu) et saint Jean l’Evangéliste, celui qui a révélé dans son Evangile que le Verbe s’est fait chair. De cette basilique ne cesse de résonner ces deux paroles de ces amis de Jésus pour que le monde reconnaisse dans le Verbe fait chair, l’Agneau immolé qui porte le salut au monde.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Attachons-nous maintenant à comprendre ce que ce verset signifie pour nous, concrètement. Si nous sommes une maison que Dieu construit, nous sommes chacun un élément essentiel à cette construction et nous ne pouvons donc pas simplement nous en retirer. Imaginez-vous un instant ce que serait votre maison si, pendant que vous êtes réunis ici, vos fenêtres décidaient qu’elles ne faisaient plus partie de votre maison et la quittaient ?  Il y ferait rapidement plus froid avec la météo que nous connaissons ces derniers jours. Il en est de même pour notre Eglise. Il y fait plus froid quand des membres décident qu’ils peuvent être croyants sans être de l’Eglise, sans être attachés à leur Mère et tête. Elle est aussi moins belle quand manquent les visages de celles et ceux qui se sont éloignés. Elle est peut-être plus uniforme, mais moins harmonieuse parce qu’il en manque des voix. A l’heure où beaucoup pensent que l’uniformité doit être de rigueur, la fête de la dédicace du Latran nous rappelle que l’harmonie est plus importante. Les voix différentes ne sont pas des voix discordantes, mais des voix qui éclairent autrement l’unique Parole révélée par les deux Jean tutélaires de la basilique. Chacun y a sa place parce que chacun est appelé par Dieu à être de cette maison qu’il construit. Aujourd’hui, son Esprit rassemble l’Eglise, rassemble les croyants pour qu’ils soient cette œuvre d’unité voulue par Dieu. Une Eglise sans croyant n’est qu’une coquille vide ; un croyant sans Eglise n’est qu’un homme sans terroir, sans enracinement. L’Eglise que Dieu rassemble n’est pas une collection de bâtiments de styles différents, mais une collection d’hommes et de femmes qui se reconnaissent frères et sœurs malgré leurs différences d’origine, d’opinion, d’approches liturgiques, d’expériences spirituelles. Ce qui nous unis, c’est l’appel unique de Dieu adressé à chacun dans sa singularité et dans son originalité. Si vous avez visité un jour saint Jean de Latran, vous avez pu aimer ou pas son style architectural et ses dorures ; mais vous avez nécessairement reconnus son harmonie et sa capacité à dire quelque chose du mystère de cette Eglise que Dieu appelle et construit. Là tout est à sa place, tout concourt à l’harmonie, la sérénité et la beauté qui nous parlent de Dieu et de son amour pour nous qu’il appelle en sa maison.

            Vous êtes une maison que Dieu construit. Ayons une conscience toujours plus grande de cet appel à être une partie de cette maison et que notre place y est unique et irremplaçable. Personne ne peut prendre la place qu’un autre laisse libre. Nous pourrions appliquer à l’Eglise ce proverbe qui dit : un être vous manque et la terre est dépeuplée. Oui, un croyant vous manque et l’Eglise est dépeuplée. Prions Dieu de renouveler en nous l’Esprit de notre baptême, l’Esprit qui continue de construire son Eglise, pour qu’elle soit belle et harmonieuse, accueillante pour tous, Mère aimante pour chacun, tête qui nous entraine toujours mieux à la suite du Christ qu’elle a mission d’annoncer et de servir. Amen.  

samedi 28 juin 2025

Solennité de Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres

 Célébrer Pierre et Paul pour célébrer la mission de l'Eglise.







 

C’est une grande joie de célébrer dans une même fête Pierre et Paul, tous deux Apôtres du Seigneur, et reconnus depuis les origines comme les colonnes de l’Eglise. Les célébrer ensemble, revient à célébrer l’Eglise dans ce qu’elle a de plus fondamentale : sa mission d’évangélisation, ou pour le dire clairement l’obligation qui lui est faite d’annoncer le Christ, mort et ressuscité pour le salut du monde. En les désignant comme les colonnes de l’Eglise, nous disons que toute la mission que le Christ a confié à ses Apôtres, s’appuie sur eux. Toute l’Eglise s’appuie sur ces deux-là pour ne jamais trahir sa mission.

 Cette mission est représentée dans la pierre à Rome sur la célèbre place qui porte le nom du chef des Apôtres. Il y a là deux statues, l’une de Pierre et l’une de Paul. Pierre pointe son doigt vers le sol, Paul, le sien vers l’horizon. Les romains facétieux traduisent cela ainsi : Pierre dit « Ici on fait la Loi » et Paul dit « C’est là-bas qu’on l’applique ». Plus sérieusement, ils nous rappellent que la mission de l’Eglise est ad intra et ad extra, pour l’intérieur et pour le vaste monde. Et nous ne pouvons pas choisir l’un ou l’autre. Nous ne pouvons pas jouer Pierre contre Paul. Il faut, comme le fait la solennité qui nous rassemble, les tenir ensemble, quand bien même il ne faisait pas toujours bon de les avoir sous le même toit.

 Pierre, c’est un authentique disciple de Jésus, au sens où il l’a suivi pendant tout son ministère. Il fait partie des premiers appelés et il est celui à qui Jésus a confié l’Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. La mission principale de Pierre, après Pâques, va être de conduire ce peuple qui va s’agrandissant à la suite du Ressuscité. Souvenez-vous d’un des évangiles du temps pascal, lorsque Jésus prend Pierre à part pour l’interroger par trois fois : Pierre, m’aimes-tu ? et de lui confier ensuite sa mission : Sois le berger de mes agneaux, sois le berger de mes brebis. La mission de Pierre est d’abord dirigée vers l’intérieur, vers l’Eglise. Il doit la guider et la conduire à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu. Il doit faire son unité. Et ce ne sera jamais simple. Il suffit qu’un Saul de Tarse, persécuteur de chrétiens, se convertisse, pour que la jeune communauté croyante s’agite. Pierre saura écouter, discerner et aider la jeune communauté à comprendre que Saul de Tarse, qui ne sera bientôt connu que sous le nom de Paul, a bien reçu une mission du Seigneur Ressuscité. Selon le témoignage de Paul lui-même, ils se sont partagé la mission : à Pierre, les croyants d’origine juive, à Paul, le vaste monde païen à qui le Christ veut aussi se révéler.

Paul est aussi Apôtre, bien qu’il n’ait ni accompagné, ni même rencontré Jésus de son vivant. Le premier contact de Paul avec le Christ, c’était sur la route de Damas où il se rendait pour ramener dans la voie droite les juifs qui se sont égarés en croyants au Christ. Sur la route donc, Saul de Tarse est saisi par Jésus ressuscité et converti. Le zèle qu’il employait pour éradiquer cette voie nouvelle, il le mettra désormais au service de voie nouvelle. Il sera le premier à mettre des mots sur la foi chrétienne et à l’expliquer à ceux qui étaient loin même du judaïsme. Il est le premier théologien du christianisme. Ses voyages missionnaires l’auront conduit dans tout l’empire romain, soit la totalité du monde connu à son époque. Apôtre il l’est devenu non pas accompagnement de Jésus, mais par révélation du Christ lui-même.

Entre Pierre et Paul, il n’est pas possible à l’Eglise de choisir. Elle tient et de Pierre et de Paul. Sa mission est pour elle-même, pour fortifier la foi de ses fidèles, pour les inviter à se convertir vraiment au Christ qui a donné sa vie pour ses amis. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres hommes ; nous avons à faire le choix du Christ chaque jour, dans chacune de nos activités, dans chaque moment de nos journées. C’est l’œuvre de Pierre qui se poursuit en elle aujourd’hui. Mais sa mission est aussi de veiller à répandre la Bonne Nouvelle du Christ, toujours et encore, parce que le salut obtenu par le Christ sur la croix, est salut pour tous les hommes, pas uniquement ceux qui l’ont connu avant, pas uniquement ceux qui croient en lui maintenant. Tout homme venant dans ce monde est destiné au salut, destiné à entendre la Parole de Dieu. Contrairement à ce qu’affirmait récemment un homme politique français, les chrétiens ne mettent pas de l’huile sur le feu quand ils font la promotion du Christ. Ils font ce pour quoi ils ont été appelés par Dieu au moment de leur baptême : révéler le Christ par des mots certes, mais aussi et surtout par un art de vivre marqué du sceau de l’Evangile. Cet art de vivre se traduit par notre charité à l’égard de tous ; cet art de vivre se traduit aussi par le désir du salut du monde. Et pour que le monde soit sauvé, il faut lui faire connaître le Christ, sans violence, sans contrainte, mais par l’exemple d’une vie entièrement tournée vers le Christ. C’est notre devoir de baptisés ; c’est notre droit de citoyen d’un pays qui ne reconnaît aucune religion mais permet à toutes de s’exprimer et de se vivre. Nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant parler du Christ ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant le proposer ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en vivant de lui, dans toutes les dimensions de notre vie, qu’elle soit privée ou publique. En proposant le Christ, nous faisons le pari de la liberté parce que chacun doit avoir la possibilité de se déterminer, seul et en conscience, pour ou contre le Christ. En proposant le Christ, nous faisons le pari de l’égalité parce que nul n’est trop ceci ou pas assez cela pour entendre l’Evangile du Christ ; sa parole de vie et d’amour est pour tous, de la même manière. En proposant le Christ, nous faisons enfin le pari de la fraternité véritable, fondée sur l’amour et le don de soi du Christ sur la croix pour que tous les humains soient reconnus comme frères et sœurs en humanité et se reconnaissent frères et sœurs en Christ.

Puisqu’en ce jour, nous honorons ces deux Apôtres et géants de la foi, revendiquons-nous de l’héritage de l’un et de l’autre. Que Pierre et Paul soient les colonnes de notre propre vie spirituelle, nous invitant à une conversion toujours plus pleine, et nous poussant à témoigner, sans complexe, de celui qui nous fait vivre et qui a encore des réserves de vie et d’amour pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, mais qui peuvent le côtoyer à travers nous. Qu’à la prière de Pierre et de Paul, nous devenions des disciples missionnaires pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

samedi 19 octobre 2024

29ème dimanche ordinaire B - 20 octobre 2024

 Se faire serviteur.



(Jésus lavant les pieds de ses disciples, image du serviteur)


 


            Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. Ceux qui aiment vérifier comment les autres évangélistes présentent une scène de la vie de Jésus auront découvert que seul Matthieu partage avec Marc une demande pour que Jacques et Jean puissent siéger l’un à droite et l’autre à gauche [de Jésus] dans la gloire. Une petite différence les oppose : alors que Marc attribue cette demande directement aux deux apôtres, Matthieu fait intervenir leur mère qui essaie de placer ses fils. Luc ne connait pas cet épisode. Il ne partage avec Marc et Matthieu que l’enseignement de Jésus sur le pouvoir et le service, quand les disciples se sont bien pris la tête. Luc situe ainsi cet enseignement durant le dernier repas de Jésus ; les disciples en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ? (Lc 22,24). C’est donc bien l’enseignement de Jésus qui importe, plus que le contexte dans lequel cet enseignement est donné. 

            Ce qui est commun aux trois évangiles synoptiques, c’est que les disciples se disputent entre eux sur cette question. Que la mère de deux d’entre eux ose poser la question à Jésus, rend la demande touchante d’amour maternelle, même si cet amour est mal placé. Imaginez le pugilat possible si les autres mères l’avaient entendu ! Crêpage de chignon assuré, toutes les mères voulant que leur fils réussisse mieux que les autres ! J’aurais plutôt vu les apôtres en rire ; mais non, ils en veulent à Jacques et Jean, comme s’ils avaient poussé leur mère vers Jésus. En Marc, la colère des dix autres est plus légitime, puisque ce sont deux d’entre eux qui veulent prendre les premières places. Mais pourquoi cette colère ? Parce qu’ils ont osé demander ou parce qu’ils n’ont pas pensé à le faire avant eux ? Jésus semble aller dans ce sens quand il donne à tous sa leçon sur le service qui doit être la marque de fabrique de ses disciples. Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Pas de place pour les ambitieux qui ne cherchent qu’à commander aux autres dans le groupe des Douze, et partant de là, dans l’Eglise. Ceux qui occupent une quelconque fonction ne sont pas à regarder comme des chefs de parti ou d’état. Et ils ne doivent pas se comprendre ainsi. Le chemin synodal que le pape François préconise souligne ceci à sa manière. Et cette représentation ne concerne pas que les clercs. Toute personne qui occupe une fonction dans l’Eglise, même bénévole, doit la considérer avant tout comme un service. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous. Il n’y a pas d’autre interprétation possible ; il n’y a pas de quoi pinailler. Dès que tu es en position de premier, de leader dans un groupe, tu dois te considérer comme le serviteur du groupe. Le service n’est pas une possibilité ; le service est la règle ! Personne ne commande ; tous servent ! 

            Ce n’est pas parce que le pouvoir serait mauvais ; ce n’est pas non plus parce que certains confondraient trop vite autorité et pouvoir, se plaisant à jouer aux petits chefs exécrables et exécrés. Non, la raison est d'abord d'ordre théologique. Nous devons nous faire serviteurs des autres parce que c’est ce que Jésus a fait. Comme le rapporte Matthieu, Marc et Luc, nous serons serviteurs car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Il l'illustrera par le geste du lavement des piedsLe disciple n’est pas au-dessus de son maître ; si le maître se fait lui-même serviteur alors même qu’il vient de Dieu et qu’il est Dieu, combien plus le disciple qui n’est pas Dieu doit-il imiter son maître et se faire serviteur à son tour. Ce n’est pas par humilité, ce n’est pas par goût de la simplicité ; c’est parce que Jésus lui-même vit ainsi son ministère d’autorité. Dès lors que tu travailles dans l’Eglise, de manière bénévole ou salariée, tu dois te considérer comme étant au service des autres. Et ceux qui bénéficient de ce service doivent les aider à vivre ce service positivement, non en les critiquant quand ils doivent faire preuve d’un peu d’autorité, mais en reconnaissant ce service et en entrant dans une attitude d’action de grâce pour celles et ceux qui se mettent à leur service ! La critique est facile, toujours ; la reconnaissance a plus de mal à venir au jour, mais elle est précieuse pour que tous puissent bien vivre ensemble, sans jalousie, sans crainte et sans désir de puissance. Le seul qui soit puissant dans l’Eglise, c’est Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. A lui seule la puissance et la gloire ! Tous les autres, quel que soit leur poste et leur titre, ne sont que des serviteurs. Même le pape se reconnaît comme le serviteur des serviteurs de Dieu. Dans l’Eglise, nous sommes tous appelés à nous reconnaître serviteurs de Dieu et serviteurs de nos frères et sœurs en humanité. C’est une affirmation dont nous devons faire notre réalité. 

            Ne jalousons pas Jacques et Jean qui ont osé demander à être l’un à la droite et l’autre à la gauche [de Jésus] dans sa gloire. Plutôt que de rejoindre les autres dans leur colère, osons les remercier d’avoir posé une question qui brûlait les lèvres de chacun. Leur audace nous a valu un enseignement clair. Puisqu’ils ont su changer de posture et se faire serviteurs à la suite de Jésus, le premier serviteur, mettons-nous à l’école du divin Maître. Devenons à notre tour serviteurs de Dieu, serviteurs les uns des autres. Amen.

mercredi 14 août 2024

Assomption - 15 août 2024

 Quand le peuple ouvre la voie.






 

            Le saviez-vous ? La fête de l’Assomption est célébrée depuis quatorze siècles lorsque, enfin – pourrait-on dire – le Pape Pie XII décide, le 01er novembre 1950, de proclamer le dogme de l’Assomption qui affirme ce que le peuple croyait et célébrait depuis longtemps, à savoir que Marie, ayant été préservée du péché originel et n'ayant commis aucun péché personnel, a été élevée à la gloire du ciel, après la fin de sa vie terrestre, en corps et en âme. Si c’est bien l’Eglise qui définit le dogme, c’est la foi de tout un peuple, répandu par tout l’univers, qui est ainsi entendue et validée. Selon les données du Saint Siège, entre 1854 et 1945, huit millions de fidèles écriront à Rome en ce sens. 1 332 évêques et 83 000 prêtres, religieux et religieuses viendront s’y ajouter. Probablement la plus grande démarche synodale organisée non pas par la tête, mais par le corps de l’Eglise. Qu’est-ce qui a bien pu déclencher une telle foi ? Pour ma part, deux éléments contribuent à cette démarche. 

            Le premier élément, c’est la vie de Marie, et son humilité. Celle qui aurait pu gonfler des chevilles lorsque l’ange lui annonce qu’elle portera le Fils du Très-Haut, entre humblement dans la volonté de Dieu : Voici la servante du Seigneur ; que tout se fasse pour moi selon ta parole ! Et elle restera humble toute sa vie durant. L’Evangile de la Visitation que nous venons d’entendre, nous montre la même Marie ayant reçu le message de l’ange, partir avec empressement chez sa cousine Elisabeth pour se mettre à son service. Celle-ci, en effet, dans sa vieillesse, attendait son premier enfant, lui-aussi fruit de la promesse du Seigneur. Marie ne pérore pas, elle ne se vante pas davantage. Elle chante la grandeur de Dieu et sa bonté envers son humble servante. Elle ne tire pas avantage de sa situation, mais proclame que Dieu agira ainsi pour tous les petits, les humbles, les affamés, ceux qui le craignent, sans oublier Israël, son serviteur. Vous pourrez relire, en rentrant chez vous, tous les évangiles qui nous parlent de Marie (c’est assez vite fait, il n’y en a pas tant que cela), jamais vous ne la verrez ou entendrez s’élever, revendiquer, se mettre en avant. Toujours, comme à Cana par exemple, elle renvoie vers Dieu ou vers son Fils. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a bien raison de nous rappeler que nous allons à Jésus, par Marie. Pas seulement parce que c’est elle qui nous donne Jésus, mais parce que toute sa vie nous montre Jésus. Même sa mort, qui la fait entrer corps et âme en paradis, nous montre Jésus et nous dit que le chemin qu’il a été le premier à emprunter, lui premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis, est le chemin commun pour nous tous. Marie, en son Assomption, nous montre que Jésus a bien vaincu la mort, et que celle-ci n’est plus un obstacle, mais le passage vers la rencontre avec Dieu. 

            Et ceci m’amène au deuxième élément qui justifie, selon moi, cette démarche faite par le peuple de Dieu pour aboutir à la proclamation du dogme de l’Assomption. Nous avons besoin d’être rassurés sur notre avenir. Et la foi en l’Assomption fait juste cela. Bien sûr, nous savons et nous croyons que Jésus est ressuscité d’entre les morts. Paul nous l’a magnifiquement rappelé dans l’extrait de la première lettre aux Corinthiens entendu. Mais c’est Jésus, quoi ! C’est le Fils de Dieu ! Avec Marie, nous avons quelqu’un de chez nous, totalement. Si elle, grâce à son humilité et sa vie totalement menée sous la conduite de l’Esprit Saint, parvient corps et âme en paradis, nous avons l’espérance, malgré notre péché, d’y parvenir nous aussi. Notre corps mortel sera livré à la tombe, mais notre âme pourra s’élever vers Dieu. Nous ne sommes pas que corps mortel ; nous sommes aussi spirituels, animés de l’Esprit Saint que nous avons accueilli au jour de notre baptême, et cette part de nous sera sauvée. Marie nous est donnée comme exemple de vie à mener dans le Christ sous la conduite de l’Esprit Saint ; elle nous est aussi donnée en exemple de ce qui est promis, à la fin de notre vie. Avec Jésus ressuscité, nous pouvions espérer ressusciter nous aussi et participer à sa gloire. Grâce à Marie, nous savons que cela est possible puisque la foi du peuple, avant la foi de l’Eglise, nous disait cela possible quand nous méditions le mystère de l’Assomption avant même qu’il ne fut un dogme. Quand Jésus nous dit qu’il donne sa vie pour nous, pour notre vie, nous pouvons le croire ; il dit vrai et sa mort en croix et sa résurrection d’entre les morts nous ouvrent le chemin vers la vie. Marie, en son Assomption, semble nous dire : comme moi, vivez selon la parole du Christ, et comme moi, vous parviendrez au Royaume où Dieu nous attend. Ne crains pas de croire ; ne crains pas d’être humble ; ne crains pas la mort. La vie éternelle est offerte à ceux qui croient ; la vie éternelle est offerte aux humbles ; la vie éternelle est offerte à ceux qui passent la mort avec le Christ. Il est notre salut, notre gloire éternelle. 

            Aujourd’hui, réjouissons-nous que le peuple de Dieu ait montré la voie à l’Eglise. Réjouissons-nous pour Marie qui entre dans la gloire de Dieu. Réjouissons-nous pour nous qui sommes appelés à cette même gloire. Et comme Marie, vivons de la Parole du Christ. Comme Marie, vivons de l’Esprit du Christ. Ainsi, comme Marie, nous parviendrons là où le Christ nous attend. Amen.

samedi 11 mai 2024

7ème dimanche de Pâques - 12 mai 2024

Jésus est ressuscité ; il nous donne tout ce qui est en lui.



 

 

 

            Nous sommes dans ce moment particulier du temps pascal, entre l’Ascension – le retour de Jésus vers son Père – et la Pentecôte -le don de l’Esprit Saint. Certains pourraient croire que c’est là un petit dimanche coincé entre deux solennités ; un petit moment d’attente. Les textes retenus par l’Eglise pour ce dimanche nous prouve qu’il n’en est rien ; ils nous montrent au contraire que Jésus, celui qui est ressuscité, nous donne tout ce qui est en lui. 

            L’évangile entendu fait partie du discours de Jésus, au soir du jeudi saint. Jésus livre ses dernières paroles à ses disciples et prient pour eux. Sa prière est d’abord une prière pour l’unité de ses disciples : Père Saint, garde mes disciples unis dans ton nom pour qu’ils soient uns, comme nous-mêmes. C’est une prière importante à quelques heures du procès et de la mort de Jésus. Il ne faudrait pas, qu’en plus de la mort de leur Maître, les disciples se déchirent entre eux. Et reconnaissons qu’il y aurait de quoi : entre celui qui trahit, celui qui renie et tous ceux qui s’enfuient, si quelqu’un voulait chercher un responsable à la mort de Jésus, les candidats ne manqueraient pas, et les occasions de se taper dessus pas davantage. La prière de Jésus pour l’unité des siens est donc justifiée et plus que pertinente. Mais l’unité ne doit pas juste être une unité de façade ; elle est le signe que ce que vivent les disciples est bien ce que Dieu vit en lui-même : qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Ils ne sont pas seulement appelés à survivre comme groupe à leur Maître ; ils sont appelés, à travers leur vie, à témoigner de la vie qui est en Dieu. 

            La prière de Jésus va encore plus loin. Une lecture attentive nous fait comprendre que par cette prière, Jésus veut tout donner de lui à ses disciples : l’unité qui est celle que Jésus vit avec son Père, mais aussi sa joie (je parle ainsi pour qu’ils aient en eux ma joie et qu’ils en soient comblés), la parole qu’il tient de son Père (je leur ai donné ta parole) et même sa sainteté (Sanctifie-les dans la vérité… Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité). Il nous offre tout cela en s’offrant sur le bois de la croix. Dans le sacrifice du Christ sur la croix, se trouve notre unité, notre joie, notre sainteté, bref toute notre vie de disciples de Jésus Christ. Tu veux être un disciple de Jésus Christ ? Contemple la croix et reconnais que Jésus t’a tout donné en se livrant à la mort pour toi. De la croix naissent les disciples ; de la croix naît l’Eglise. 

            Nous comprenons alors mieux le souci de Pierre, dans les Actes des Apôtres, de reconstituer le collègue apostolique tel que Jésus l’avait constitué : douze membres, douze apôtres qui ont accompagné Jésus depuis le début jusqu’à son ascension. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de sa résurrection. Puisque par la croix, Jésus nous a tout donné, il faut que son Evangile, sa mort et sa résurrection, soit annoncé à tous les hommes par ceux que Jésus lui-même a choisi. Puisqu’il manque un Apôtre, il faut le remplacer et c’est Jésus lui-même qui est invoqué pour qu’il désigne à nouveau celui qui rejoindra le collège des Apôtres. L’Eglise n’a cessé de faire ainsi depuis, en appelant les évêques à la charge apostolique. 

            Vous le savez bien : l’Evangile du Christ, ce n’est pas seulement un enseignement à retransmettre. L’Evangile du Christ, c’est une parole à vivre. C’est saint Jean qui nous le rappelle dans la deuxième lecture. Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Puisque nous avons accueilli l’Evangile du Christ grâce à l’amour que Dieu nous porte, nous devons transmettre cet Evangile avec le même amour. Parler de Jésus, annoncer Jésus, c’est parler d’amour, c’est annoncer l’amour. Vous pouvez tourner les choses comme vous voulez, vous arriverez toujours au même résultat : Dieu est amour. Tout est dit en ces trois mots de notre foi ; tout est vécu de notre foi quand nous vivons de cet amour. L’amour est la marque des disciples authentiques du Christ, et de la présence de Dieu en nos vies : si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous. Si vous lisez en entier le chapitre quatre de cette première lettre de Jean, vous lirez ceci à la fin : Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. Nous n’avons pas le choix d’aimer ou non à partir du moment où nous nous disons disciples ou amis du Seigneur. Aimer chacun de ceux que Dieu met sur notre route s’impose à nous comme une évidence. Je le disais déjà la semaine dernière : aimer, ce n’est pas du sentimentalisme, mais reconnaître que chaque être humain porte en lui la dignité de fils et de fille de Dieu. A partir de là, je ne peux pas faire de distinction entre les personnes, parce que Dieu lui-même est impartial, et ne fait pas de distinction entre les personnes. Je ne peux qu’aimer tous ceux et toutes celles que Dieu reconnaît comme son enfant. L’autre n’est pas mon frère ou ma sœur parce que je le reconnais comme tel après un processus plus ou moins long et compliqué ; non, l’autre est mon frère ou ma sœur parce que Dieu le reconnaît, comme il me reconnaît, comme son enfant. L’amour de Dieu pour nous ne peut devenir en nous qu’amour pour tous, à la manière de Dieu. Parler de Dieu, c’est parler d’amour. Croire en Dieu, c’est croire en l’amour, car Dieu est amour. 


             Il n’y a qu’une chose à répandre pour faire connaître le Christ : c’est l’amour. Il n’y a qu’une chose à vivre pour vivre du Christ : c’est l’amour. Paul le redira à sa manière quand il explique aux chrétiens de Corinthe que l’amour ne passera jamais ! Et il a bien raison. L’amour sera toujours à la mode ; l’amour sera toujours d’actualité. Et ce n’est pas parce que notre monde connaît, en de trop nombreux endroits, les ténèbres de la guerre, que l’amour doit être oublié. Bien au contraire, plus le monde se déchire, plus les chrétiens sont invités à être témoins de ce que l’amour réalise quand il est vécu à la manière de Dieu. Ne renonçons pas à aimer, sous peine de renoncer à témoigner et à croire en Dieu. Dieu est amour : c’est la seule parole à dire ; c’est la seule parole à vivre toujours. Amen. 

Ascension du Seigneur - 09 mai 2024

Jésus est ressuscité ; il retourne vers son Père.





            Jésus est ressuscité ; il retourne vers son Père. Est-ce à dire qu’il en a assez de notre monde ? Est-ce à dire qu’il nous abandonne ? Nous aimions bien, avec les Apôtres, cette idée que Jésus serait désormais pour toujours au milieu de nous, bien vivant, bien visible. Nous aimions bien, après l’horreur de la croix et la vision de Jésus crucifié, le revoir comme avant, partageant notre repas, et répandant sa parole. Ne pouvait-il pas rester encore ? Ne pouvait-il pas rester toujours ? 

            En retournant vers son Père, Jésus nous fait une promesse : vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous. Une manière de nous dire qu’il ne nous laisse ni seuls, ni démunis. Il nous faut donc attendre cette force et nous rendre capables de l’accueillir ! Nous pouvons comprendre aussi que le Saint Esprit n’est pas un lot de consolation, un doudou pour remplacer Jésus. C’est sa force qu’il nous donne en nous donnant l’Esprit. En accueillant cette force, nous serons forts comme Jésus. Forts comme lui contre le mal, forts comme lui contre le péché, forts comme lui contre la mort. En accueillant cette force, nous serons forts comme lui pour aimer, forts comme lui pour servir, forts comme lui pour parler de Dieu de manière juste. En accueillant cette force, sa force, nous vivrons de lui, nous vivrons comme lui. Voilà une promesse qui a du sens et de la classe ! Je pars, dit Jésus, mais avec l’Esprit Saint qui viendra en vous, vous me trouverez dans votre vie, vous me trouverez en toute personne qui croisera votre route. Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps ! 

            Cette force que nous attendons et que Jésus nous promet, est une force qui nous mettra en route, qui nous fera parler et témoigner de Jésus, mort et ressuscité pour la vie de tous les hommes. A la suite des Apôtres, nous devons annoncer l’Evangile du Christ ! Ce n’est pas l’apanage des seuls ministres de l’Eglise. Nous sommes tous constitués, par notre baptême, prêtres, prophètes et rois. Nous sommes tous chargés de célébrer les merveilles que Dieu fait pour nous ; nous sommes tous chargés d’annoncer le Christ ; nous sommes tous invités à gouverner notre vie selon l’Evangile. Demandons cette force dans notre prière ; demandons l’Esprit Saint et surtout, l’ayant demandé, laissons-le agir en nous et à travers nous. 

            Paul, dans sa lettre aux Ephésiens, nous donne une belle illustration de la vie dans l’Esprit Saint. C’est l’Esprit qui cultive en nous l’humilité, la douceur et la patience. C’est l’Esprit qui nous permet de nous supporter les uns les autres avec amour. Supporter au sens sportif : nous encourager dans l’amour ; mais aussi supporter au sens d’accepter l’autre tel qu’il est, même quand il me gonfle passablement et que j’ai envie de le coller mur. L’Esprit est celui qui me permet d’accepter les défauts des autres… et les miens ! C’est l’Esprit qui fait l’unité ; c’est l’Esprit qui tisse entre les hommes le lien de la paix. C’est l’Esprit qui construit l’Eglise en lui donnant les ministères dont elle a besoin. N’oublions pas l’Esprit ; ne méprisons pas l’Esprit. Nous ne pouvons pas vivre en disciples de Jésus sans l’Esprit Saint. 

            Jésus s’en va ; et c’est bien ainsi. En lui, Dieu était venu visiter la terre qu’il avait jadis confiée aux hommes. En lui, Dieu a offert aux hommes son salut. Il nous confie à nouveau cette terre. Nous sommes plus forts qu’avant et nous serons encore plus forts, une fois le don de l’Esprit accueilli. Le Christ nous a donné sa Parole ; elle doit demeurer vivante en nous ! Il nous promet son Esprit ; il devra pouvoir agir en nous. Durant sa vie terrestre, Jésus nous a tracé le chemin d’une vie bonne et juste. A nous de faire vivre cet héritage. A nous de poursuivre son œuvre pour une terre plus belle et plus fraternelle. Amen. 

samedi 26 août 2023

21ème dimanche ordinaire A - 27 juillet 2023

 De curiosité en curiosité, une approche de la Bonne Nouvelle.






            C’est un évangile curieux à plus d’un titre qui nous est proposé en ce dimanche. Curieux, le fait que Jésus s’interroge sur ce que les gens disent, donc pensent, de lui ; jusqu’à présent, il s’est peu soucié de ce détail. Curieuse la réponse faite par Pierre. Curieux le fait que ce soit lui qui soit choisi pour être le « primus inter pares » (le premier parmi ses pairs). Curieuse encore la mission que lui confie Jésus. Toutes ses curiosités sont aujourd’hui, pour nous, Bonne Nouvelle. 

            Jésus interroge donc ses disciples : Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? La formulation est curieuse puisqu’il parle de lui : il aurait pu demander simplement ce que les gens disent de lui ; après tout, il sera beaucoup plus direct quand il posera la question directement à ses disciples : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? A la première question de Jésus, les disciples répondent en fonction de ce qu’ils entendent ; et ce qu’ils entendent, ce sont les rapprochements faits par les gens entre cette figure du Fils de l’homme que le Premier Testament connaît déjà et quelques-uns de ses grands personnages. Un peu comme on fait à la naissance d’un nouvel enfant : on cherche à qui il ressemble, de qui il a les yeux, la bouche, le nez… Le Fils de l’homme, au dire des gens, peut être Jean le Baptiste dont il prolonge le ministère ; il peut être Elie, le prophète qui n’est pas mort et dont on attendait le retour ; il peut être Jérémie, le prophète qui a toujours dû annoncer aux gens le contraire de ce qu’ils voulaient entendre. Il peut être aussi n’importe lequel des autres prophètes, tant sa parole est à la fois unique et bien marquée du sceau de Dieu. Nous comprenons bien que les gens ont du Fils de l’homme une représentation qui le situe clairement du côté de Dieu et de ses grands envoyés. Aujourd’hui, beaucoup de gens voient en Jésus un grand personnage, un grand sage, qui invite les hommes à une vie autre, plus élevée que celle que propose le monde. 

            Je ne sais pas si c’est parce que ces représentations des gens ne conviennent pas à Jésus qu’il poursuit son investigation auprès de ses disciples : Pour vous, qui suis-je ? Mais la question est intéressante : vous qui me suivez de près, voyez-vous la même chose que les gens ? Dites-vous pareil ? La réponse de Pierre jaillit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! Je donnerais cher pour voir la tête des autres disciples ; et peut-être aussi la sienne lorsqu’il réalise ce qu’il vient de dire ! Jésus ne s’y trompe pas, lui qui reprend tout de suite : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Autrement dit, pour passer du Jésus de l’histoire que Pierre et les autres côtoient au Christ de la foi, il n’y a pas la réflexion humaine, mais une révélation de Dieu lui-même. Nul ne passe de Jésus, grand sage de l’histoire des hommes à Jésus le Christ, sans que Dieu le Père ne permette ce rapprochement. La foi n’est pas une déduction humaine ; elle est une expérience spirituelle, le résultat de la rencontre entre l’homme et Dieu. Et c’est toute la beauté de la foi : il n’y a pas besoin d’être un génie intellectuel pour reconnaître le Christ ; il suffit d’être ouvert à la grâce de Dieu qui veut se révéler à tout homme. Pas besoin d’avoir fait de grandes écoles pour rencontrer Dieu ; la simplicité d’un cœur d’enfant y suffit. 

            Nous pouvons alors interroger la fin de l’évangile de ce dimanche. Si ce n’est pas son intelligence qui lui a soufflé de dire cela, pourquoi est-ce Pierre que Jésus choisit ? Car enfin, Pierre est quand même un peu du genre « grande gueule », rapide à parler, lent à réfléchir, et vite rattraper par la peur ; il suffit de se souvenir de l’attitude de Pierre quand Jésus les rejoint dans la barque en marchant sur l’eau : nous l’avons entendu dire que si Jésus le fait, il peut le faire aussi avant de manquer de se noyer quand la peur des eaux tumultueuses l’a repris et de crier vers Jésus : sauve-moi !  Et bien, c’est peut-être justement pour cela que Jésus l’a choisi : parce que quoi qu’il fasse, et surtout après ses moments de faiblesses, il sait revenir vers Jésus. Avec Pierre, nous avons la certitude qu’il ne construira pas son Eglise, mais bien l’Eglise du Christ. C’est d’ailleurs ce que dit Jésus très clairement : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Tu es Pierre, c'est-à-dire tu es qui tu es, comme tu es, comme je t’ai appelé ; et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, sur toi sur qui les autres peuvent s’appuyer, je vais m’appuyer aussi pour faire mon Eglise. Il est choisi parce qu’il connaît ses faiblesses et que Jésus reste celui dont il sait qu’il est son Sauveur vers qui il revient toujours. Et c’est bien parce qu’il sait crier vers Jésus quand tout va mal pour lui, qu’il reçoit le pouvoir de lier et délier, c'est-à-dire de lier en nous ce qui nous éloigne de Dieu pour nous en débarrasser, nous en délier, puisque c’est ce pour quoi Jésus a donné sa vie. Le premier des Apôtres est associé à la mission de salut de Jésus : aider les hommes à identifier le mal qui les ronge pour les en défaire et leur indiquer la voie du Salut. C’est une Bonne Nouvelle pour nous tous, parce que nous est dit clairement que l’Eglise n’est pas là pour nous condamner, mais pour nous aider à identifier le mal, et à suivre le Christ qui nous libère de tout mal. L’Eglise nous aide à identifier le mal non pour nous enfermer dedans mais pour nous en délier, nous en libérer par la puissance du Christ vivant. 

            De curiosité en curiosité, nous sommes arrivés à cette Bonne Nouvelle du Salut à dire et à redire aux gens de notre temps. Nous laisserons la dernière curiosité – le silence imposé à ses disciples sur son identité réelle – pour dimanche prochain ; nous pourrons la comprendre mieux en entendant la suite de l’évangile de Matthieu. A chaque dimanche sa Bonne Nouvelle ; c’est plus facile à assimiler ainsi, petit à petit, pour permettre à notre intelligence de comprendre ce que notre cœur a saisi : Dieu nous aime et nous sauve en Jésus. Amen.


samedi 14 mai 2022

5ème dimanche de Pâques C - 15 mai 2022

 Faire route avec les disciples pour construire nos communautés.






            La lecture du livre des Actes des Apôtres est intéressante parce qu’elle nous montre, par le détail, comment ce qui n’était qu’un tout petit groupe au sein de la religion juive, va peu à peu se développer jusqu’à devenir une entité à part, ce qui n’était pas du tout le dessein originel des Apôtres. Fonder une nouvelle religion n’était pas dans leur projet. Leur projet, c’était l’annonce de la bonne nouvelle de la Résurrection de Jésus. Et de l’annoncer comme l’accomplissement de la foi de leurs pères. 

Nous avons compris, dimanche dernier, que cette annonce devait se faire ; il y a une sorte d’impératif qui fait que les disciples de Jésus ne peuvent se taire. Puisque leurs frères dans la foi ne veulent pas les entendre, ils se tournent donc vers les païens. Le premier voyage missionnaire de Paul et Barnabé est l’exemple même de la manière dont les disciples de Jésus sont peu à peu poussés vers le monde païen. Nous avons entendu aujourd’hui la fin de ce premier voyage et nous constatons que partout où Paul et Barnabé ont passé, des communautés ont été fondées. Le voyage de retour vers Antioche de Syrie d’où ils sont partis, leur fait revisiter ces communautés et les installer dans la durée en désignant des Anciens pour les conduire. Quelque chose qui n’était pas prévu va naître. A côté de la synagogue, lieu de rassemblement des Juifs, naissent des Eglises (des communautés de croyants au Christ) qui rassembleront les disciples du Ressuscité. Paul et Barnabé vont accompagner ce mouvement et organiser ces Eglises. Il ne suffit pas d’annoncer Jésus Christ, mort et ressuscité ; il faut aussi donner aux convertis les moyens de rester fermes dans la foi. Il y a là déjà la conscience que nul ne peut être chrétien tout seul ; nul ne peut demeurer chrétien tout seul. L’Eglise devient un marqueur pour ces hommes et ces femmes qui se convertissent. La mise en place de ces Eglises ne se fait pas non plus par hasard ; la fonction d’Ancien n’a pas forcément quelque chose à voir avec l’âge de ceux qui sont choisis. On ne choisit pas non plus forcément le plus grand, le plus beau, le plus intelligent. Ce n’est pas un pouvoir qui leur est confié ; c’est un service qu’ils doivent accomplir. Tout ce que Paul et Barnabé mettent en place se fait dans le jeûne et la prière, une manière de dire que la barque, c’est Dieu qui la mène. Vous pourrez vérifier par vous-mêmes lorsque vous entreprendrez la lecture continue de ce livre : rien ne se fait hors de Dieu ; la prière est omniprésente. D’ailleurs la finale du passage entendu aujourd’hui ne laisse planer aucun doute à ce sujet. Luc écrit : Une fois arrivés, ayant réuni l’Eglise, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait pour eux et comment il (au singulier) avait ouvert aux nations la porte de la foi. L’œuvre des disciples, c’est de laisser Dieu agir ; l’œuvre de l’Eglise, c’est d’être ouverte aux appels de Dieu. 

Dans nos communautés aujourd’hui, nous ne pouvons pas agir différemment. Si nous voulons bien construire nos communautés à l’exemple de ces premières Eglises, nous n’avons pas d’autre choix que de laisser là nos belles idées pour nous ouvrir à ce que Dieu veut pour nous. Pour le dire autrement, tout groupe qui se construirait en-dehors de ce lien profond au Christ mort et ressuscité, annoncé par les Apôtres et leurs successeurs, ne serait pas vraiment Eglise. Un groupe de chrétiens qui prétendrait agir au nom de l’Eglise sans jamais prier ensemble pour se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint et de la volonté de Dieu, ne serait pas vraiment Eglise. Tout individu ou groupe qui prétendrait vivre sa foi en-dehors de toute communauté établie par les Apôtres et leurs successeurs, ne seraient pas vraiment d’Eglise. Faut-il rappeler que nos paroisses n’existent pas par notre volonté propre, mais parce qu’elles ont été voulues, autorisées par un évêque, successeur des Apôtres, qui en a établi le territoire et la mission ? En fondant les Eglises dans le bassin méditerranéen, Paul et Barnabé n’ont pas fait ce qu’ils voulaient, mais ce que l’Esprit de Dieu attendait d’eux. Nous avons confirmation de cela ailleurs dans les Actes quand Paul veut se rendre quelque part, mais que l’Esprit Saint s’y oppose. Et Paul obéira et ira où le pousse l’Esprit. C’est ainsi que se construit l’Eglise ; c’est ainsi que nous refondrons nos communautés : en étant, comme Paul et Barnabé, attentifs à ce que l’Esprit dit aux Eglises, pour reprendre le langage du livre de l’Apocalypse. 

Nos plus belles idées, nos plus grandes envies, si elles ne sont pas inspirées par l’Esprit Saint, ne resteront que de belles idées, de grandes envies. Leur fécondité vient de l’Esprit Saint qui nous les aura soufflées. Sans lui, rien ne porte de fruits. Pour construire des communautés solides et fécondes, mettons-nous en prière avant d’agir, à l’exemple des Apôtres. Et soyons conscients que Dieu travaille avec nous et que lui seul peut susciter la foi. Amen.  

samedi 19 mars 2022

3ème dimanche de Carême C - 20 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour porter du fruit, le fruit d'une vie nouvelle.



(La parabole du figuier, Gravure de Jan LUYKEN, BOWYER BIBLE, source Wikipedia)


            Depuis le début du carême, nous avons vu Jésus affronter le Mal et vaincre le tentateur par sa fidélité à la Parole de Dieu. Dimanche dernier, nous pouvions contempler sa gloire, la gloire qui est sienne depuis toute éternité et qui resplendira par le mystère de la croix dressée et du tombeau ouvert ; cette contemplation par avance de la gloire nous donne déjà la force d’affronter les événements à venir de la Passion. Aujourd’hui, pour poursuivre notre marche à la suite de Jésus, il nous faut nous regarder, oser un regard sur notre propre vie : que produit-elle ? Car comment imaginer faire route avec Jésus sans envisager éventuellement de changer de vie, pour porter du fruit, le fruit d’une vie nouvelle ? 

            L’évangile de ce dimanche ne présente pas de difficulté particulière de compréhension. Il nous rappelle que les catastrophes ou les accidents de la vie ne sont pas la conséquence de notre péché. Le mal arrive dans notre vie, mais il est étranger à Dieu, parce que Dieu ne peut le concevoir. Vous pouvez relire les prophètes qui nous ont déjà été proposés au long de ces deux semaines de Carême. Nous avons ainsi entendu Ezéchiel nous dire que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. C’est là le seul projet de Dieu, parce qu’il nous a faits pour la vie. L’avertissement de Jésus ce dimanche, répété deux fois, nous rappelle cette évidence : si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Non pas que Dieu nous fasse périr (encore une fois, il ne veut que notre vie) ; mais, en refusant de nous convertir, en refusant de choisir Dieu et la vie qu’il nous offre, nous nous précipitons vers la mort. Aujourd’hui comme hier, Dieu voit la misère de son peuple, connait ses souffrances. Hier il envoyait Moïse vers son peuple pour le libérer d’Egypte, pour lui rendre une vie digne de lui. Puis il a envoyé son propre Fils, Jésus, pour libérer les hommes de la mort et du péché et les rendre à nouveau capables de Dieu, capables de la vie éternelle, cette vie nouvelle libérée de toute souffrance, libérée de tout mal. Il est ce vigneron qui bêche notre humanité, l’enrichit de la Parole de Dieu pour qu’elle porte le fruit que Dieu est en droit d’attendre. 

            Hélas, nous l’avons vu ces derniers temps, le mal fait encore des siennes. Il le fait dans notre monde ; nos journaux en sont remplis quotidiennement. Mais il est aussi arrivé qu’il soit fait dans l’Eglise, par des hommes et des femmes au service de cette Eglise. En ce troisième dimanche de Carême, fidèle à son engagement, l’Eglise catholique porte dans sa prière les victimes de tous les abus qui ont eu lieu en son sein. Ce drame nous rappelle l’urgence qu’il y a pour tous de marcher à nouveau avec Jésus. Hors de lui, pas de salut ; hors de lui, pas de délivrance du mal. Cela vaut pour tous, y compris pour les ministres de l’Eglise. L’ordination, pas plus que le baptême, ne protège du mal qu’on peut nous faire, ni du mal qu’on peut faire. L’ordination, comme le baptême, nous donne une responsabilité particulière dans cette lutte de chaque instant contre le mal qui rôde, d’abord dans notre propre vie. Seule la marche humble et persévérante avec le Christ nous offre une voie de salut. Seule la marche humble et persévérante avec le Christ nous permet d’identifier le mal, de le dénoncer, de le rejeter. Ce mal des abus commis, qu’ils soient abus sexuels, abus de pouvoir ou abus de confiance, se devait d’être dénoncé et d’être traité à la hauteur des souffrances qu’il a provoqué.  Que cela ait porté atteinte au crédit de l’Eglise, c’est une évidence. Mais j’ai la conviction que Dieu continue de bécher le sol dans lequel cette Eglise est plantée pour qu’elle porte à nouveau du fruit, un fruit de vie nouvelle, le fruit qu’elle n’aurait jamais dû cesser de porter. De cette épreuve, elle sortira grandie si elle se recentre sur son unique mission : annoncer la Bonne Nouvelle du Christ qui nous libère de tout mal par son offrande sur la croix. 

            Le mal est étranger à Dieu qui ne l’a pas créé, ni ne peut le concevoir. A travers toutes les alliances qu’il a proposées aux hommes, il n’a cessé de le combattre. Appelés à vivre de la vie même de Dieu, le mal doit nous devenir étranger. Il nous faut le combattre toujours, si nous voulons être d’authentiques disciples de Jésus. Il y a tant de beaux et de bons fruits à porter ; pourquoi ne pas y consacrer notre énergie ? Le temps passé à imaginer et concocter le mal est toujours du temps perdu, et définitivement perdu puisqu’il nous ferme le temps de l’éternité bienheureuse. Le temps passé à imaginer et à faire le bien est toujours du temps gagné, pour aujourd’hui d’abord parce qu’il nous rend heureux immédiatement, et pour l’éternité ensuite puisqu’il nous ouvre au bonheur sans fin. En choisissant de faire route avec Jésus au long de ce carême, en choisissant de faire route avec lui tout au long de notre vie, nous ferons reculer le mal. En choisissant de faire route avec Jésus, nous porterons du fruit, un fruit de vie nouvelle, aujourd’hui et toujours. Amen.

samedi 1 janvier 2022

Saint Etienne - 26 décembre 2021

 Saint Etienne, un homme fier d'être au Christ.




(Giorgio VASARI, La lapidation de Saint Etienne, 1573, 
Pise (Italie), Eglise Santo Stefano dei Cavalieri)




            Parce que ce dimanche est celui de l’octave de la Nativité, l’Eglise catholique célèbre aujourd’hui la fête de la Sainte Famille. Après avoir célébré la naissance du Fils unique de Dieu, Verbe fait chair, nous sommes invités à célébrer ensemble Marie, Joseph et Jésus et de voir en cette famille le modèle de toute famille croyante, attentive aux appels de Dieu, ne comprenant pas toujours ce que Dieu attend d’elle, mais gardant précieusement dans son cœur tous les événements provoqués par l’irruption de Dieu dans ces vies particulières. Pour votre communauté, ce 26 décembre est aussi une fête de famille, la fête de la famille croyante établie ici, et placée sous le patronage de saint Etienne, premier martyr à cause de sa foi au Christ vivant. La première lecture et l’Evangile entendu sont ceux de votre saint Patron, la deuxième lecture venant elle de la fête de la Sainte Famille, nous permettant ainsi d’être unie à la joie de l’Eglise catholique tout entière. 

            Cette deuxième lecture, extraite de la première lettre de Jean nous fait méditer l’immense amour de Dieu pour nous qui fait de nous des fils à son image : Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. En-dehors de cet amour, la vie croyante n’a pas de sens. En-dehors de cet amour, il n’est pas de vie croyante possible. C’est à cause de cet amour qu’Etienne est allé jusqu’à offrir sa vie plutôt que de renoncer à cet amour. L’offrande de sa vie est un acte d’amour envers Dieu dont il reconnaît qu’il peut encore quelque chose pour lui, même au moment où il sait sa mort proche. L’offrande de sa vie est aussi un acte d’amour envers ceux-là même qui le mettent à mort, puisqu’il implore pour eux le pardon de Dieu : Seigneur, ne leur compte pas ce péché. La mort d’Etienne est une telle union au Christ que sa manière de mourir, les dernières paroles qu’il prononce sont celles prononcées par Jésus lui-même sur la croix. Il faut se savoir immensément aimé de Dieu pour ne craindre pas même la mort et faire de sa mort une offrande pour le monde. Le sang de ce premier martyr sera semence de chrétiens, comme l’est le sang de tout martyr. Nul n’offre sa vie à Dieu jusqu’à l’extrême sans fécondité en ce monde. Etienne n’a pas connu cet écrit de Jean et pourtant sa vie est l’illustration de ce que nous avons entendu dans cette lecture. Jean écrit : Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. N’est-ce pas là justement l’attitude d’Etienne rapportée par les Actes des Apôtres ? Etienne, rempli de la grâce et de la puissance de Dieu accomplissait parmi le peuple des prodiges et des signes éclatants. Ses adversaires se mettent à discuter avec Etienne, mais sans pouvoir résister à la sagesse et à l’Esprit qui le faisait parler. Son assurance lui vient de Dieu ; son assurance lui vient de ce Christ qu’il annonce et dont il proclame la Bonne Nouvelle ; celui qui a été mis à mort, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. 

            L’Evangile de Matthieu n’était pas davantage écrit, mais les paroles de Jésus circulaient parmi ses fidèles. Etienne avait entendu cet avertissement de Jésus à ses disciples : Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ; mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. N’est-ce pas ce que nous avons entendu du récit de la mort d’Etienne, tel que nous le rapporte les Actes des Apôtres ? Même sous une pluie de pierres, Etienne reste droit dans sa foi, persévérant dans sa prière, confiant en son Seigneur et Maître qu’il rejoint par-delà la mort physique. Même les pierres les plus grosses ne peuvent entamer ni sa foi, ni son espérance. En devenant le premier à verser son sang à cause de Jésus, Etienne devient le modèle du croyant affrontant le monde quelquefois hostile et violent ; il sait qu’il n’a rien fait de mal ; il sait qu’il n’est pas plus grand que son Maître. Sa mort nous dit très concrètement que certains sont appelés à une configuration totale et parfaite au Christ, jusque dans une mort injuste et violente. Je ne peux qu’admirer une telle persévérance, une telle constance dans la foi. 

            Nous ne sommes plus aujourd’hui, du moins dans notre pays, exposés à la mort à cause du Christ. Certains voudraient nous faire croire le contraire, imaginant déjà une France sans christianisme. Mais une telle France ne serait pas le fait d’un grand remplacement. Elle serait le fait d’un manque de persévérance, d’un manque de constance dans la foi. L’Eglise du Christ ne disparaîtra pas à cause d’adversaires venant de l’extérieur. Elle disparaît, dès maintenant, lorsque ceux qui sont chrétiens par leur baptême cessent de faire vivre l’Eglise ; elle disparaît lorsque les chrétiens cessent de dire leur foi ; elle disparaît lorsque les chrétiens se laissent gagner par l’esprit du monde plutôt que de vivre de l’Esprit du Christ. Là est le grand danger ; là est le remède au rétrécissement de nos communautés. A l’image d’Etienne, votre saint Patron, soyez toujours fiers d’être au Christ ; soyez toujours fiers de vivre comme le Christ, entièrement donnés à Dieu et à vos frères et sœurs en humanité. Amen.


(Homélie donnée dans deux paroisses qui ont St Etienne comme patron)

samedi 4 décembre 2021

2ème dimanche de l'Avent C - 05 décembre 2021

 En ces temps troublés, recevons de Baruc une espérance renouvelée.





Lire les prophètes, pour un chrétien, est un exercice toujours difficile. Nous avons tellement l’habitude de les considérer comme des voyants annonçant le futur, plus exactement la venue de Jésus, que nous en oublions qu’ils ont été appelés par Dieu à une époque donnée pour dire sa Parole à un peuple donné. Les prophètes, au moment de leur ministère, n’annoncent pas Jésus. Même Jean le Baptiste ; il annonce la venue de quelqu’un qui viendra après lui, mais il n’identifiera ce quelqu’un avec Jésus que lorsque Jésus viendra à lui pour se faire baptiser. Ce n’est pas mal de faire une relecture chrétienne des prophètes, mais pour bien comprendre leur message, il vaut mieux d’abord nous plonger dans l’époque à laquelle ils ont vécu.

Ainsi en est-il du prophète Baruc. Secrétaire du prophète Jérémie, il écrit un livre à destination des Juifs de la Diaspora. Jérusalem, la cité de Dieu, a été détruite. Le peuple juif est dispersé. Il y a ceux qui ont fui en Egypte par exemple, et surtout l’immense majorité qui a été déportée à Babylone. C’est la catastrophe absolue, Israël n’ayant plus rien de tout ce que Dieu avait donné : plus de terre, plus de Loi, plus de roi. Ce n’est pas le grand remplacement qu’Israël a vécu mais le grand anéantissement. Quand il ne reste rien, comment espérer encore ? quand il ne reste rien, pourquoi croire encore ? Les prophètes qui vont accompagner le peuple en exil, comme ceux qui accompagnent les réfugiés dans d’autres nations, vont relire l’histoire d’Israël, rappeler la promesse de Dieu, annoncer l’espérance d’un retour. Baruc le fait dans ce magnifique passage entendu, dans lequel il s’adresse à la ville détruite de Jérusalem comme à une personne vivante : Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Eternel. Revêtue de Dieu, la ville retrouvera sa splendeur première. Ce qui est remarquable dans ce passage, c’est que Jérusalem n’est pour rien dans ce retour de ses enfants. Si elle fut la cause de sa chute, s’étant tournée vers d’autres dieux, son relèvement sera l’œuvre de Dieu seul. C’est la miséricorde de Dieu et sa justice qui valent à la ville sa restauration. Alors que l’on avait pu croire que Dieu s’était détourné de son peuple et qu’il l’avait abandonné, voilà qu’est réaffirmé le projet de salut, le projet de bonheur que Dieu porte pour son peuple depuis les origines. C’est Dieu qui est à la manœuvre : Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. C’est bien ce qui sera réalisé avec l’avènement du roi Cyrus, le Perse, qui libèrera les peuples opprimés par Babylone. 

En relisant ainsi le prophète dans son contexte, comment ne pas y voir un signe pour notre Eglise, qui vit comme en exil d’elle-même depuis la publication du rapport de la CIASE et les nombreux soubresauts que ce rapport a entraîné. Des chrétiens ont quitté l’Eglise ; parmi ceux qui sont restés, il y a un malaise certain et normal. Pour une part, c’est le grand anéantissement de l’Eglise telle qu’elle s’était imaginée. Comme le peuple d’Israël au temps de l’Exil, elle doit retrouver sa fidélité au Dieu unique et vrai. Comme le peuple d’Israël au temps de l’Exil, elle doit remettre la Parole de Dieu et le souci des petits au cœur de sa vie. Comme Israël avant l’Exil, elle n’a pas su lire les signes avant-coureurs de la catastrophe. La relecture des prophètes nous permet alors de comprendre que ce qui était vrai jadis, reste vrai aujourd’hui encore. Si le péché du peuple de la Première Alliance, péché qui a entraîné la chute de Jérusalem, a été pardonné par Dieu, le péché de l’Eglise le sera aussi. Le temps appartient désormais à Dieu ; il décidera quand sera venu le temps de la Rédemption, quand sera venu le temps d’abaisser à nouveau les hautes montagnes et les collines éternelles que notre péché a élevé. Si nous ne savons pas quand cela arrivera, nous pouvons toutefois conserver cette espérance : Dieu n’abandonne jamais son peuple, et si la période actuelle peut nous sembler lourde et cruelle, n’oublions pas celles et ceux pour qui l’Eglise a été lourde et cruelle. La miséricorde de Dieu et sa justice doivent désormais passer. Nous devons retrouver, non pas la splendeur de l’Eglise, mais la splendeur de la Gloire de Dieu. Quand nous aurons remis Dieu et sa Parole au cœur de la vie de l’Eglise, quand le souci de Dieu passera avant le souci de l’Eglise, alors il pourra aplanir la terre pour que nous y cheminions en sécurité dans la gloire de Dieu.

En ces temps troublés, recevons de Baruc une espérance renouvelée pour notre temps. En écho, recevons de Jean le Baptiste l’appel à nous mettre au travail, à préparer le chemin du Seigneur. Car Dieu l’a promis : tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ; et tout être vivant verra le salut de Dieu.  C’est une promesse éternelle de Dieu ; c’est une promesse plus que jamais d’actualité pour nous. Amen.