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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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jeudi 17 avril 2025

Jeudi Saint - 17 avril 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, il y a l'Eucharistie, sacrement de l'amour offert.



(Photo personnelle)



Le triduum pascal s’ouvre avec cette célébration qui nous rassemble au soir de ce jeudi pour commémorer l’institution de l’Eucharistie, sacrement de l’amour offert par Jésus à ses disciples pour la première fois. Nous sommes-nous trop habitués à ce sacrement pour en mesurer toute la grandeur et toutes les implications dans notre vie quotidienne ?

Il peut paraître surprenant que, pour nous parler de l’institution de l’Eucharistie, l’Eglise n’ait pas fait le choix de prendre le début du texte de la Passion. Elle a préférée nous faire entendre le témoignage le plus ancien que nous ayons dans les Ecritures, celui de Paul, qui rapporte aux chrétiens de Corinthe son expérience. Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ce seul fait me fait comprendre que pour donner le goût de l’Eucharistie à quelqu’un, il faut que les chrétiens en témoignent, qu’ils puissent dire à quelqu’un qui veut le devenir, que l’Eucharistie n'est pas juste un rite de l’Eglise, mais bien quelque chose que le Christ nous a laissé et demandé de refaire en mémoire de lui. Cette expérience est tout, sauf machinale. Elle est une expérience vivante, qui fait vivre parce qu’elle nous entraîne dans une proximité, une intimité jamais égalée avec le Christ. C’est tout Jésus qui est offert, donné, livré pour notre vie. Ce n’est pas un souvenir, mais un viatique, une nourriture pour notre route quotidienne à la rencontre du Christ et des frères et sœurs en humanité qu’il met sur notre route. Celui qui participe pleinement à l’Eucharistie est comme saisi dans une communion qui va au-delà de ce qui est imaginable. Là, dans le geste du pain et du vin partagés, je reçois le Christ et avec lui, je reçois l’humanité entière comme autant de frères et sœurs. Ma communion au Corps et au Sang du Christ m’oblige à une communion avec celles et ceux qui font le même geste que moi. Celui qui reçoit le Christ ne peut rester indifférent au sort de celles et ceux qui croisent sa route. La vie du Christ que j’accueille, me renvoie vers la vie de mes frères et sœurs en humanité auprès desquels je dois témoigner de celui qui me fait vivre en offrant sa vie. Le Christ me rend participant à son repas, certes, mais aussi à son sacrifice pour le salut du monde. A cause de cela, je ne peux pas garder le Christ pour moi.

Et c’est là que nous pouvons comprendre pourquoi l’Evangile de ce soir est celui du lavement des pieds, parce que justement il nous renvoie les uns vers les autres. Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. C’est une variation du : Faites cela en mémoire de moi. Il n’y a pas que la communion sacramentelle au Corps et au Sang du Christ qui est chemin de notre Salut, notre autoroute vers le ciel comme se plaisait à l’appeler Carlo ACUTIS. Il y a aussi le service concret du frère et de la sœur que je ne choisis pas, mais que Dieu met sur ma route, qui est chemin de mon salut. Rappelez-vous ce que dit Jésus dans la parabole du jugement dernier : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Venez, les bénis de mon Père… De même que nous ne pouvons pas renoncer à l’Eucharistie, signe de l’amour livré pour les hommes, nous ne pouvons pas renoncer au lavement des pieds, signe de l’amour continué et partagé concrètement dans notre vie. Il fait aussi grandir l’Eglise parce qu’il la rappelle à son essentiel : elle est fondée pour servir le Christ et servir les hommes. Nous n’avons pas à choisir entre célébrer l’Eucharistie et servir nos frères et sœurs en humanité. C’est une seule et même réalité. Communier à l’Eucharistie sans nous tourner vers nos frères et sœurs en humanité, reviendrait à confisquer le don de Dieu pour notre petite personne. Servir les frères sans nous nourrir de l’Eucharistie reviendrait à nous priver de la source même de notre action et transformerait l’Eglise en organisation humanitaire sans référence à l’amour livré sur la croix. Dans les deux cas, c’est le salut du monde qui est compromis car l’amour du Christ ne serait plus offert à tous. 

Au cœur de cette nuit, retrouvons le goût de ce sacrement fait par l’Eglise et qui fait l’Eglise. Il est l’aliment du salut offert pour que nous soyons forts dans le Christ, lui qui a su admirablement servir son Père et servir l’humanité qu’il a embrassée dans sa propre vie. Soyons des témoins de ce sacrement de l’amour offert pour tous. Accueillons le salut qu’il nous offre et osons le proposer au monde qui cherche un sens à l’existence. Faisons cela en mémoire de Jésus qui donne sa vie pour tous. Amen. 


jeudi 6 avril 2023

Jeudi Saint - 06 avril 2023

 Jésus, le Serviteur.




(Tableau de Sieger KÖDER, Le lavement des pieds)



 

            Il ne fait aucun doute que la figure qui parle le mieux de Jésus en ce soir du Jeudi Saint est la figure du Serviteur. L’évangile du lavement des pieds en est l’illustration parfaite. Jésus, « le Maître et le Seigneur » a pris le vêtement du service et a posé un geste familier à son époque, mais réservé à un esclave : s’abaisser devant quelqu’un pour lui laver les pieds. 

            Ce geste, il l’a posé pour être un exemple pour ses disciples. Quand Jésus leur sera enlevé, ils auront à découvrir, qu’à leur tour, ils doivent se faire serviteurs de leurs frères et sœurs en humanité. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Nous ne pouvons donc pas échapper à cette attitude fondamentale qui nous met les uns et les autres au service. Cette attitude est d’abord une attitude profondément ministérielle. Aucun ministère ne saurait se comprendre comme un pouvoir dans l’Eglise, et quand cela fut fait, ce fut toujours une erreur qui a coûté cher à l’Eglise. Aucun évêque, aucun prêtre, aucun diacre, aucun laïc au service de l’Eglise n’est autre chose qu’un serviteur du Christ et de ses frères. Il est important que nous nous en souvenions. Et quand je dis « nous », je ne pense pas seulement aux personnes précédemment citées, mais aussi au peuple de Dieu, qui doit avoir pour eux une juste considération. Il est de bon ton de dénoncer le cléricalisme ces derniers temps ; mais il ne naît pas seulement du fait d’un mauvais positionnement des clercs et des laïcs engagés dans un service d’Eglise. Il naît aussi et surtout par le regard que les autres portent sur eux. Combien d’hommes et de femmes, croyants ou non, sont capables de porter aux ministres de l’Eglise la même considération qu’ils portent à quelqu’un qui n’exercent pas un service d’Eglise ? Demandez aux prêtres combien de personnes de leur entourage ont changé leur manière d’être avec eux sitôt qu’ils étaient ordonnés. 

            Cette attitude de service qui est au fondement de tout ministère n’est pas réservé au rapport qu’ils entretiennent avec les fidèles. C’est une attitude à avoir avec tous, croyants ou non. Servant l’Eglise, nous servons l’humanité dans sa totalité, humanité dont nous devons avoir le souci, et particulièrement le souci de son salut. Si le lavement des pieds est sans contexte le geste le plus fort qui nous rappelle ce devoir de servir, l’Eucharistie que le Christ institue en ce soir, est tout autant un appel au service. Toute eucharistie nous met en tenue de service, que nous soyons ministres de l’Eglise ou participants à l’eucharistie. Tous, nous célébrons les mystères du salut ; tous, nous sommes bénéficiaires de sa Parole, tous nous accueillons son Corps livré, tous nous sommes pareillement renvoyés vers ce qui fait notre vie. Et si les prêtres ont reçu le « pouvoir » de rendre le Christ présent par l’imposition de leurs mains et les paroles sacramentelles qui accompagnent ce geste sur le pain et le vin, c’est encore pour servir Dieu et leurs frères et sœurs. 

            Célébrer l’eucharistie, c’est célébrer le Christ qui nous sert, le premier. La table où nous sommes invités ce soir, est sa table. Le pain et le vin servis sont les signes de sa présence éternelle au milieu de nous. Je suis au milieu de vous comme celui qui sert, nous dit-il en chaque eucharistie. Notre propre service n’est qu’agitation s’il n’est pas appuyé sur le service du Christ en faveur de l’humanité. Notre devoir de service vient de ce service premier du Christ. Comment, en effet, nous dire disciples du Christ sans vivre authentiquement cette parole qu’il nous laisse ce soir : Faites ceci en mémoire de moi ? Si nous comprenons l’eucharistie comme le sacrement du service, alors célébrer l’eucharistie, c’est se mettre en tenue et en attitude de service. Il n’y a pas d’autre possibilité pour nous. Le Faites ceci en mémoire de moi et le afin que vous fassiez comme j’ai fait pour vous, signifient la même chose : l’impérieuse nécessité pour tout disciple du Christ d’être un serviteur à l’image de Jésus LE Serviteur. Le beau geste du lavement des pieds que les prêtres sont invités à refaire au cours de cette liturgie est malheureusement souvent omis parce qu’il ne se trouve personne pour accepter de se laisser faire ainsi. Or, l’attitude de serviteur commence par cette acceptation que je ne maîtrise pas toujours tout. Se laisser laver les pieds demande également un authentique sens du service, pour que la communauté dans son ensemble comprenne dans ce geste posé par le prêtre et reçu par quelques fidèles, que nous sommes un peuple de serviteurs. L’attitude de Pierre - Tu ne me laveras pas les pieds, non, jamais ! - est bien souvent la nôtre quand on nous propose de participer à ce rite pourtant parlant et marquant. Pour Pierre comme pour nous, c’est une occasion manquée d’entrer dans l’esprit de service du Christ. 

            Jésus, le Serviteur, commence ce soir son ultime chemin de service sur notre terre. Il a tout donné puisqu’il s’est donné. Et il s’est donné par amour : Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Et nous nous souvenons alors que nous avons appris dans notre enfance que l’eucharistie était le sacrement de l’amour. Amour et service, une même réalité, tant il est vrai que celui qui n’aime pas, ne sert pas, et que celui qui ne sert pas, n’aime pas vraiment. Entrons dans ce mystère d’un Dieu qui sert l’homme par amour et à notre tour, prenons la tenue de service, aimons la tenue de service, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

jeudi 1 avril 2021

Jeudi Saint - 01er avril 2021

Pour rendre notre vie plus belle, Dieu se fait serviteur.




(Le Lavement des pieds, Miniature de O. Khizanetsi - Matenadaran, Erevan - 1330,
reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)




             Nous y voilà donc rendus, à ces fêtes pascales que nous avons préparé durant quarante jours. Nous y voilà donc rendus, à ce temps où Dieu lui-même vient rendre notre vie plus belle. Et reconnaissons que cela commence plutôt bien, puisque, ce soir, Dieu nous invite à son repas.

            C’est une vieille habitude de Dieu que d’inviter les hommes à manger ! Qu’y a-t-il de plus réjouissant que de se retrouver autour d’une même table pour un temps de partage, de fraternité ? Nous le sentons bien depuis plus d’un an maintenant, alors que les lieux de restauration, lieux de rencontres et de partage, nous sont interdits. Nous le sentons bien depuis plus d’un an maintenant, alors que, même en famille, les rassemblements festifs sont limités. Les repas de fête font partie intégrante de la vie des hommes, de leur bonne santé psychologique, et pour les croyants, de leur bonne santé spirituelle. Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour leur redonner la liberté ! Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour célébrer le bonheur retrouvé ! Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour rendre leur vie plus belle ! 

            C’était vrai au temps de Moïse avec ce repas pris à la hâte, la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main, prêts à partir sur un ordre de Dieu. Tout, dans l’ordonnancement de ce repas, indique son caractère particulier et festif. Car même s’il est pris en toute hâte, il reste le signe du passage de Dieu dans la vie des hommes. Ce n’est pas un repas égoïste, mais un repas partagé ! Ce n’est pas un repas fait juste pour nous rassasier, mais un repas plein de signes et de symboles, à revivre annuellement, pour ne jamais oublier que Dieu sert le bonheur et la vie de son peuple. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Egypte, cette nuit-là… contre tous les dieux de l’Egypte j’exercerai mes jugements : je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Egypte.  A ceux qui trouveraient que ce repas est quand même un peu sanguinaire (Je frapperai tout premier-né au pays d’Egypte, depuis les hommes jusqu’au bétail), nous rappellerons que Dieu avait envoyé son serviteur Moïse pour négocier la libération pacifique de son peuple, mais que le cœur endurci de Pharaon n’avait pas fait réussir ce projet. Quand Dieu se met au service du bonheur et de la vie de son peuple, rien ne peut se mettre en travers de sa route, surtout pas le mal. 

            C’est à un repas toujours que Jésus invite ses disciples, la veille de sa mort, pour sceller une nouvelle Alliance. Un repas au cours duquel il se livre lui-même, il se fait lui-même nourriture pour son peuple. Ceci est mon corps, qui est pour vous… Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Faites cela en mémoire de moi. Un repas que les disciples du Christ ont célébré fidèlement chaque dimanche depuis ce soir-là ; un repas qui nous fait participer aux noces de l’Agneau ; un repas qui est un avant-goût du bonheur que nous connaîtrons lorsque nous vivrons totalement en Dieu ; un repas qui nous donne la vie ; un repas au goût de liberté ; un repas qui célèbre le cœur de notre foi : chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. 

            Ce repas que Jésus offre à ses disciples est aussi le repas du service. Nous l’avons entendu dans l’Evangile de Jean. Et même si ce soir, nous ne pouvons pas, à cause des normes sanitaires, vivre ce moment intense du lavement des pieds, le signe du service reste une exigence de ce repas. En Jésus, Dieu sert son peuple ; en Jésus, Dieu fait de son peuple un peuple de serviteurs. Notre rôle est de servir Dieu et les hommes. De servir le bonheur et la vie des hommes. Dieu sert la vie de son peuple en s’abaissant jusqu’à prendre la place du dernier des serviteurs. Même Dieu ne peut servir la vie de son peuple et se plaçant au-dessus de celui-ci. Pour notre vie, pour notre bonheur, Dieu s’anéantit. Et Jésus l’affirme : c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Nous ne pouvons pas, si nous voulons avoir part à la vie du Christ, nous affranchir de cet impératif du service, de cet impératif de l’anéantissement de nos sentiments de puissance et de domination. Nous ne pouvons servir la vie et le bonheur des hommes que dans l’humilité et dans l’abaissement. A ceux qui servent ainsi Dieu et leurs frères est promis le partage de la gloire de Dieu. 

            Quand Dieu nous invite à son repas, c’est toujours pour nous permettre de nous rapprocher de lui. Ce repas n’est pas une récompense ; il est le moyen sûr de rencontrer Dieu. Dans ce repas, Dieu se livre dans la Parole et le Pain, tous deux partagés largement pour le salut du monde. Soyons fidèles à ce rendez-vous ; soyons fidèles à suivre l’exemple du Christ ; servons Dieu et nos frères, pour leur vie et leur bonheur, comme Dieu lui-même nous sert, pour notre vie et notre bonheur. Amen.  

mercredi 8 avril 2020

Jeudi Saint - 09 avril 2020

Dieu nous apprend son amour.






En ce soir du Jeudi Saint, où nous célébrons le dernier repas de Jésus et l’institution de l’Eucharistie comme signe de la présence de Jésus, mort et ressuscité, au milieu de son peuple, convenait-il de célébrer l’Eucharistie alors que le monde est presque entièrement confiné et le rassemblement, signe de la communauté chrétienne, interdit ? Est-ce normal pour les prêtres du monde entier de célébrer l’Eucharistie seul, sans peuple ? Certains y ont vu, sur les réseaux sociaux, la négation publique de la réforme voulue par le Pape François et un renforcement du cléricalisme, les prêtres étant (presque) les seuls à communier réellement, les laïcs devant se contenter d’une communion de désir. 

Bien qu’ayant personnellement beaucoup de difficultés à célébrer seul, je me plie pourtant à cette discipline de porter devant Dieu, dans le mémorial du sacrifice de son Fils, mes frères et sœurs en humanité, mes frères et sœurs dans la foi pour ceux qui sont croyants. Je suis peut-être seul dans l’église, mais avec moi, il y a tous ceux que le Christ m’a confié par l’Eglise ; avec moi, il y a tous ceux qui me sont chers ; avec moi, il y a tous ceux qui souffrent sur un lit d’hôpital et tous ceux qui les soignent. Et lorsque je communie, je n’avale pas l’hostie comme un gamin qui aurait chapardé un gros et bon gâteau pour le manger à l’abri du regard des autres, fier d’être le seul à goûter à ce plaisir. Je communie au Christ pour y trouver la force d’être prêtre encore, au service d’une communauté qui ne peut plus manifester son existence autrement que par l’union de prière. Je ne saurais confiner le Christ dans le tabernacle ; je ne saurais m’abstenir de le rendre toujours et encore présent pour que ceux et celles qui croient en Lui, sachant l’Eucharistie célébrée, ne se sentent pas abandonnés par l’Amour même. 

Oui, ce soir, puisque tous les prêtres du diocèse célèbrent l’Eucharistie à la même heure et que nos paroissiens en ont été informés, je communierai avec la certitude d’avoir rendu l’amour de Dieu présent dans le cœur de tous ceux et celles qui s’unissent à nous dans la prière. Ce soir, plus que jamais, m’apparaît l’impérieuse nécessité de célébrer ce don laissé par le Christ et par lequel Dieu nous apprend son amour. Ce soir, plus que jamais, il me faut refaire ces gestes en mémoire de Lui ; ce soir, plus que jamais, il me faut apprendre de Dieu son amour qui va jusqu’au don de Jésus sur la croix pour que nous puissions être sauvés. Je ne le fais pas par cléricalisme, ni avec la satisfaction de pouvoir faire quelque chose que la plupart ne peuvent faire ; je le fais avec cette douleur de l’absence du peuple de Dieu, mais aussi avec le sentiment réel de poser ainsi une pierre dans la lutte contre tout ce que cette crise sanitaire peut engendrer, à commencer par la solitude. Jamais la communion des saints n’est autant devenue une réalité pour moi. Souvenons-nous que « les saints », c’était l’appellation que Paul lui-même utilisait pour parler de ses frères dans la foi (voir début de la lettre aux Romains par exemple). 

Ce soir donc je célèbre l’eucharistie physiquement seul dans l’église paroissiale parce que je ne peux pas garder pour moi l’amour que Dieu a manifesté au monde ; ce soir, parce que prêtre, le Christ se sert de moi pour redire à tous ses disciples de quel amour il les aime, comme il l’a fait jadis au Cénacle ; il n’y avait que ses plus proches, non pas parce qu’ils étaient meilleurs que les autres (souvenons-nous que Pierre reniera, Judas trahira, et presque tous les autres s’enfuiront), mais parce qu’il les a choisis, appelés à sa suite et qu’il leur confie ce soir son grand secret : il offre sa vie par amour pour tous les hommes ; et ceux qui sont là, il les charge de le redire, il les charge de le rendre présent chaque fois qu’ils referont ces gestes et rediront ces paroles sur le pain et le vin. Et pour qu’ils n’oublient jamais que c’est par amour qu’ils doivent eux-aussi le refaire, il leur donne un autre geste, celui du lavement des pieds, pour qu’ils comprennent bien que ce n’est pas un pouvoir qu’il leur confie, mais un service, une mission. Ils exerceront, et nous les prêtres aujourd’hui, le sacerdoce comme un service de leurs frères et de Dieu. Comment pourrions-nous nous abstenir de ce service au soir-même où l’Eglise se souvient de cette première fois ? 

Ce soir, par le geste du lavement des pieds et par l’institution de l’Eucharistie, Dieu nous apprend son amour, un amour toujours à vivre, un amour toujours à partager. N’est-ce pas la première chose qu’il nous faut vivre en ces temps de crise où l’homme découvre sa faiblesse, où l’homme souffre, où l’homme se sent seul et abandonné ? Il n’y a que l’amour qui nous aide à ne pas désespérer. L’Eucharistie en est le plus beau et le plus grand signe. Je l’offre ce soir pour vous tous à qui je m’unis, pour vous tous qui vous unissez à moi. Faisons cela en mémoire de Lui. Amen.



(Tableau d'Arcabas, La fraction du pain, trouvé sur internet)


mercredi 17 avril 2019

Jeudi Saint - 18 avril 2019

Cessons d'être des chrétiens médiocres !





            Ce jeudi saint sera sans doute le plus triste de mes vingt-sept ans de sacerdoce. Triste parce que marqué par la crise que traverse l’Eglise, crise liée aux comportements déviants de certains prêtres. Même s’ils sont peu nombreux au regard du nombre de prêtres à travers le monde, ils sont toujours de trop et entachent sérieusement et durablement la réputation de tous les prêtres. Triste aussi parce que, pour une fois, je ne ferai pas de lavement de pieds. Il paraît que ce n’est pas possible ici, les adultes étant peu enclins à se laisser faire ; quant à le faire avec des enfants, la crise, mentionnée plus haut, aura eu vite fait d’éveiller méfiance et soupçon chez certains. J’ai donc renoncé à poser le geste, mais pas à en parler.


            Je crains que ce geste, beau et fort, n’ait jamais vraiment été compris. Déjà Jésus avait dû vaincre les réticences de Pierre, réagissant violemment lorsque Jésus se présente devant lui, à genoux, tablier à la ceinture, bassin et linge à la main. Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! S’il avait bien compris le geste, il n’a pas compris pourquoi Jésus le posait à ce moment-là de son existence. Nous sommes à quelques heures de son arrestation, de son jugement et de sa mort. Et c’est bien là qu’il prend tout son sens. L’évangéliste Jean, lorsqu’il nous parle du dernier repas de Jésus, ne le fait pas comme les autres. Il n’y a pas chez lui d’institution de l’Eucharistie ; il n’y a pas chez lui les gestes et les paroles au sujet du pain et du vin, devenant son Corps et son Sang livrés pour que nous ayons la vie. Il y a, chez Jean, ce geste du lavement des pieds, l’institution de ce que l’on a appelé le sacrement du frère qui est toujours à servir à la manière dont le Christ a servi les hommes. La messe, c’est bien et c’est nécessaire : c’est pour cela que nous relisons et le livre de l’Exode qui nous rappelle le sens de la Pâque juive, et l’extrait de la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, qui est le texte le plus ancien qui nous parle des gestes et paroles de Jésus, au soir de sa mort, sur le pain et le vin, donnant à la Pâque juive un sens plus fort encore. C’est toujours la fête de la libération, mais elle se fait désormais par Jésus, l’Agneau immolé une fois pour toutes afin que tous les hommes puissent vivre. C’est ce sacrifice que nous commémorons à chaque eucharistie, en proclamant notre foi en Jésus, mort et ressuscité, dont nous attendons le retour dans la gloire.


            Hélas, une médiocrité de la pensée a rapidement entraîné une double médiocrité des actes. D’abord, oubliant le texte de Jean, nous avons fait des prêtres des êtres à part, plus sacrés que consacrés, parce qu’ils avaient ce « pouvoir » de rendre Jésus présent dans le pain et le vin de l’eucharistie, oubliant que c’est Jésus lui-même qui se rend présent. Cette première médiocrité des actes en a entraîné une autre, de la part de certains de ceux qui avaient ainsi été portés aux nues. Ils ont abusé l’Eglise en abusant les plus faibles ! Ils ont abusé d’un pouvoir qui n’était pas le leur, mais dont ils devaient être les serviteurs. Et cette double médiocrité des actes entraîne à nouveau, aujourd’hui, une médiocrité de la pensée qui fait que les hommes se méfient désormais des prêtres, au point de voir le mal dans le plus noble geste qu’ils puissent poser : celui de s’abaisser devant les petits pour les servir à travers le lavement des pieds. Nous, prêtres, témoignons ainsi que notre place est bien là, à genoux, à servir le petit et le faible, et non pas à mettre le faible et le petit à genoux devant nous pour nous servir. Se méfiant des prêtres, les hommes ne réfléchissent plus ; ne réfléchissant plus, ils n’aiment plus ; n’aimant plus, ils font gagner Satan, qui ne se réjouit jamais autant que quand l’amour recule, voire disparaît. Quelle belle occasion nous avons manqué ce soir de comprendre et ce beau geste, et la place du sacerdoce dans l’Eglise de Jésus Christ. Quelle tristesse d’en être arrivé là !


            Comment nous en sortir ? En apprenant, prêtres et fidèles laïcs, l’obéissance au Christ, qui nous a dit, en ces deux gestes présentés dans les lectures de ce Jeudi Saint, de faire cela en mémoire de lui, comme lui a fait pour nous. Nous nous en sortirons en approfondissant toujours plus l’enseignement de Jésus pour comprendre mieux à quoi il nous invite. Nous nous en sortirons en quittant cette méfiance qui pourrit la vie à tout le monde, qui empêche d’avancer, qui empêche d’aimer. Cessons d’être des disciples médiocres ! Devenons ce que le Christ attend de nous : des frères qui s’aiment, des frères qui se respectent, des frères qui se mettent ensemble au service des plus faibles et des plus petits. Amen.


(Tableau de Duccio di Buoninsegna, Le lavement des pieds, 1310, Musée de l'Opera del Duomo, Sienne)

jeudi 2 avril 2015

Sainte Cène - Jeudi Saint 02 avril 2015

Deux gestes, signes de l'Alliance nouvelle.





C’est jour de fête aujourd’hui et pourtant, il y a dans l’air un je-ne-sais-quoi de grave, quelque chose qui fait de cette fête une fête pas comme les autres et de ce soir, un soir à part. Ce soir, Jésus nous réunit en mémorial de ce dernier repas qu’il a pris avec ses disciples. Ce qu’il a fait jadis pour ses amis, il le fait encore pour nous ce soir, et ce faisant, nous invite à entrer dans cette Alliance nouvelle que Dieu a préparé pour nous et que Jésus va signer pour notre vie. 
 
Deux gestes marqueront à tous jamais ceux qui acceptent d’entrer en Alliance nouvelle avec Dieu. Ce sont les deux gestes que Jésus pose ce soir. A tout jamais, ils seront signes, pour les croyants, de ce à quoi ils sont appelés. Deux paroles de Jésus viennent définitivement lier les croyants à ces deux gestes et en faire des incontournables de la foi. Jésus en effet dit à ses disciples : Faites cela en mémoire de moi, en conclusion du premier geste, et il précise, à la fin du deuxième geste : C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Il est donc impossible, à qui se réclame du Christ, d’ignorer ces gestes et de ne pas les pratiquer. 
 
Le premier geste nous est rapporté par la bouche de Paul. Il est le premier qui a mis par écrit ce qu’il a reçu du Seigneur, et il l’a fidèlement transmis. Nous l’avons entendu dans la seconde lecture. C’est le geste que nous faisons chaque fois que nous sommes rassemblés pour la messe. Selon Matthieu, Marc et Luc, c’est le geste qu’il a laissé au cours de son repas. Ce geste s’inscrit dans une relecture du geste de Dieu lui-même quand il a libéré son peuple d’Egypte. Le rapprochement avec le livre de l’Exode entendu en première lecture le signifie bien. C’est un repas, durant lequel Jésus se livre tout entier, par son Corps et son Sang, pour que nous ayons la vie. Le rapprochement fait par la liturgie de ce Jeudi Saint avec le repas de la Pâque juive, nous dit bien que c’est un repas de libération, un repas au cours duquel nous sommes sauvés. Par son Corps et son Sang, c’est toute sa vie qu’il nous livre, qu’il nous offre, parce qu’il nous aime. Nous pouvons déjà puiser dans ce repas et le sens de son sacrifice à venir et la force de suivre Jésus, demain, lorsqu’il marchera librement vers sa mort. Tout est déjà donné ici ; et c’est donné pour toujours, une fois pour toutes ! Nous ne pouvons pas revenir sur ce don ; nous ne devons pas le sous-estimer ; nous devons pour toujours en faire mémoire afin que les hommes, à travers le temps et l’Histoire, puissent eux-aussi, s’ils le jugent utiles, accueillir ce don au cœur même de leur vie. Mesurons-nous toujours pleinement la puissance de ce don ? Mesurons-nous toujours pleinement ce qu’il change pour nous ? 
 
Dans l’Evangile de Jean, le dernier geste de Jésus est le lavement des pieds de ses disciples, suivi de l’invitation à faire de même. Ce geste est un geste d’esclave. C’est à l’esclave qu’il revient de laver les pieds des invités du maître de maison. C’est à l’esclave qu’il revient de s’abaisser pour ce service bien utile lorsque les déplacements se font sous la chaleur et dans la poussière, souvent à pied. Un geste qui procure bien-être à celui qui en bénéficie. Nous pouvons comprendre la réticence de Pierre ; pour lui, Jésus, c’est le Maître, c’est le Seigneur ! Comment peut-il s’abaisser ainsi ? Et pourtant, ce geste dit la même chose que celui du repas partagé. Il nous dit l’amour du Christ qui se livre, qui s’abaisse pour notre vie. C’est encore un geste de salut qu’il pose pour nous. En nous invitant à faire de même, c’est-à-dire à nous mettre au service les uns des autres, Jésus rappelle qu’il ne saurait être question de pouvoir au milieu de ses disciples, mais de service. Et le plus grand est celui qui sert le plus. Voilà qui nous renvoie à notre manière d’exercer notre charge en Eglise, quelle qu’elle soit ! Est-ce bien toujours l’esprit de service, l’esprit du Christ, qui anime toutes mes actions ? 
 
Ces deux gestes, le partage de l’eucharistie et le service des frères deviennent donc la marque de fabrique de l’authentique croyant au Christ. Il n’y a pas de choix à faire entre les deux ; ils sont à tenir ensemble, chacun renvoyant à l’autre. Le pain de l’Eucharistie m’oblige au service des frères et le service des frères trouve dans le pain de l’Eucharistie sa profondeur, son sens. La fraction du pain et le service du frère : deux signes de la présence de Jésus au milieu de son peuple ; deux signes de notre amitié avec le Christ ; deux signes qui disent notre foi mieux que des mots. Accueille le Christ en toi par le sacrement de l’Eucharistie ; rayonne de ce Christ reçu dans le service du frère. Voilà l’Alliance nouvelle scellée par Jésus. Voilà notre chemin de vie et de liberté. La route est ouverte par le Maître lui-même ; nous savons désormais comment le suivre : en faisant ceci (partage du pain eucharistique et service du frère) en mémoire de lui. Il est grand, mais il réside en ces simples choses, le mystère de la foi. Rappelons-le par toute notre vie. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

lundi 14 avril 2014

Jeudi Saint - 17 avril 2014

Un jour pour apprendre l'amour du service.



Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Voilà une question de Jésus que nous ne pouvons pas évacuer sans chercher à y répondre. En effet, elle est intimement liée au geste singulier et provoquant qu’il vient de poser : Jésus se défait de son vêtement, s’agenouille devant chacun de ses disciples et leur lave les pieds. Abaissement surprenant de la part d’un maître reconnu prenant ainsi la place de l’esclave. 
 
Il faut bien imaginer la scène : voilà Jésus réuni avec ses amis pour un repas. Tout semble se passer bien et voilà qu’au cours du repas, Jésus se lève et pose ce geste surprenant, sans explication préalable. Il n’y a que Jésus pour plomber ainsi l’ambiance d’un bon repas entre amis ! Vous pouvez faire l’essai lors du prochain repas que vous donnerez à vos amis : sans rien dire, levez-vous, enlevez vos vêtements, passez juste un linge autour des reins pour ne pas être totalement nu, et allez de l’un à l’autre avec une cruche, une bassine et une serviette, sans un mot ! Vos amis vous prendront pour un doux-dingue ! Si vous le faites à la cantine scolaire, nul doute que le psychologue de l’établissement soit appelé en renfort ! 
 
Plus surprenant encore est le fait que seul Pierre réagisse ! Est-il donc le seul à avoir deux sous de jugeote ? Les autres ne se rendent-ils pas compte de ce que fait Jésus ? La réaction de Pierre, pour normale qu’elle soit, marque bien la particularité du geste de Jésus. Je crains même que Pierre n’ait été le seul à dire tout haut ce que tous pensaient tout bas. Sa grande gueule lui donne l’avantage d’une certaine sincérité dans ses réactions. Ce que fait Jésus est impensable, voire inadmissible ! C’est un complet renversement de valeurs qu’il opère ! Jésus en est bien conscient, il le dit lui-même, après coup, quand il explique enfin son comportement étrange : c’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous.
 
Alors qu’a-t-il fait en réalité, avec ce geste étrange que la liturgie du Jeudi Saint nous fait refaire à notre tour ? Il a pris la place du serviteur, la place du plus petit, celle que personne jamais ne veut. Et il a affirmé que la grandeur de l’homme se trouve justement à cette place, à la dernière place, au service des autres. Et quiconque veut commander aux autres doit se mettre à leur service ! C’est un grand mystère que Jésus nous enseigne ainsi : il nous dit que l’amour du service vaut mieux que l’amour du pouvoir. Et il invite ses disciples, donc nous aujourd’hui, à garder au cœur et dans nos actes, cet amour du service. Non pas le service que les autres nous rendent, mais bien le service que nous avons à rendre aux autres. La communauté des disciples de Jésus est une communauté au service des hommes, au service du monde.
 
Dans l’Evangile de Jean, ce  geste du lavement des pieds prend la place de l’institution de l’Eucharistie qui est le geste de Jésus rapporté par les autres évangélistes, le soir avant sa mort. A Jean, le lavement des pieds ; à Matthieu, Marc et Luc, le geste du pain rompu et de la coupe de vin partagée. Deux gestes différents mais qui ont un même sens : notre vie ne vaut que si elle est donnée, partagée à tous, partagée pour le bonheur et la vie de tous ! Nous n’échapperons donc pas à cette nécessité du service. Et lorsque nous nous approchons de la table eucharistique pour y prendre le pain et le vin devenus corps et sang du Christ, c’est à cet amour du service que nous communion aussi, parce que toute la vie du Christ ne se comprend que comme un immense service de l’humanité qu’il est venu sauver. 
 
Nous ne pouvons comprendre ni le geste du lavement des pieds, ni le don de l’eucharistie, ni la vie de Jésus, si nous n’acceptons pas d’entrer dans une vie de service, si nous n’acceptons pas d’aimer le service. Avec Jésus, l’homme ne peut plus se servir de l’homme ; avec Jésus, l’homme doit servir l’homme, toujours. Là est sa grandeur, là se manifeste sa dignité, là se joue sa filiation divine. Nous ne serons vraiment comme Dieu que lorsque nous accepterons de servir les autres. 
 
Comprenez-vous ce que Jésus a fait le soir du Jeudi Saint ? En se faisant notre Serviteur, il nous a tout donné parce qu’il s’est donné lui-même. Puisque notre baptême fait de nous les frères et les sœurs de Jésus Christ, nous ne pouvons que le suivre sur ce chemin du service ; c’est ainsi que nous parviendrons au bonheur promis dans son Royaume ! De ce jour saint, apprenons l’amour du service, l’amour du don total à ceux que Jésus met sur notre route. Amen.

(Tableau de Sieger KÖDER, publié dans Die Bilder der Bibel von Sieger KÖDER, éd. Schwabenverlag)

mercredi 4 avril 2012

Jeudi Saint - 05 avril 2012

Jésus, le Serviteur.









Elles sont loin les acclamations de la foule lorsque Jésus entrait à Jérusalem, tel le Messie. Elle est bien loin, la capacité à reconnaître en Jésus, le Messie de Dieu, alors que nous le voyons quitter son vêtement, se ceindre d’un linge et laver les pieds de ses disciples, tel un esclave. Et pourtant, c’est bien le Messie que nous acclamions ce dimanche qui nous invite ce soir à sa table et qui se présente à nous avec son baquet, sa cruche et sa serviette pour nous laver les pieds. Ce soir, Jésus se fait serviteur.

Ne condamnons pas trop vite Pierre qui, une fois de plus, n’a rien compris et qui fait la grosse voix pour dissuader Jésus de lui laver les pieds. Nous en ferions sans doute autant. Deux éléments pour preuve : le premier, la difficulté que nous avons dans de nombreuses paroisses pour mettre ce signe en œuvre dans notre liturgie ; le second, les réflexions, durant cette campagne présidentielle, au sujet d’un président qui a revendiqué le droit d’être comme les autres hommes, comme avant qu’il ne soit président – il oublie qui il est, il ne sait pas habiter la fonction. Nous nous faisons une idée précise de qui doit faire quoi, et qi quelqu’un sort de son rôle, nous le lui rappelons avec force, parfois jusqu’à l’excès. Pierre est comme nous : il a une idée de ce que doit être et de ce que doit faire le Messie, son Maître. A peu près tout, sauf ça, sauf laver les pieds de ses disciples. Parce qu’en faisant ainsi, il n’assume plus son rôle de Maître, il prend la place de l’esclave ! Inadmissible, tout simplement !

Ce geste surprenant est l’occasion, pour Jésus, de donner encore un enseignement à ses disciples : Vous m’appelez « Maître » et « Seigneur », et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous lavez les pieds les uns les autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Et voilà le service élevé au rang de ‘sacrement’, de signe de la présence de Jésus en nous. Les actes de charité ne sont plus facultatifs ; ils font partie de l’être chrétien ! Si Jésus l’a fait pour nous, comment ne pas le faire pour les autres ! Si Jésus s’est fait serviteur pour ses disciples, et à travers eux, pour nous tous, comment ne pas apprendre de lui à nous mettre au service les uns des autres ? Ce soir, le Christ prend la dernière place, celle que personne ne lui prendra : ce faisant, il ouvre un chemin nouveau. Pour être quelqu’un dans le monde de Dieu, il ne faut pas briller par sa gloriole, ni par ses beaux vêtements, ni par sa richesse matérielle. Pour être quelqu’un dans le monde Dieu, il faut briller par son esprit de service, il faut briller par son vêtement de travail au service des autres, il faut briller par la richesse de celles et de ceux qui ont eu besoin de nous. Ce que vous avez fait à l’un de ses petits qui sont frères, c’est à moi que vous l’avez fait.

Le service de Jésus ne se limite pas au lavement des pieds. Il pose encore un autre geste en ce soir : il s’offre sous le pain et le vin, qui deviennent le sacrement de sa présence perpétuelle au milieu de son peuple. En se faisant notre nourriture pour la vie éternelle, il nous sert encore plus grandement que par le lavement des pieds. En nous lavant les pieds, il se faisait esclave, volontairement ; mais l’homme peut apprendre à s’en passer ; ne l’a-t-il pas déjà appris et ne s’en accommode-t-il pas finalement, avec bonheur ? Mais, dans le même temps, il a appris à se passer de Dieu. Et depuis, il oublie de se mettre au service des autres. Pas trop grave, diront certains ! Progrès extraordinaire, diront d’autres. En se faisant nourriture, par contre, Jésus se fait notre indispensable ! Qui pourrait se passer de manger ? Personne, à moins de vouloir mourir ! Ce soir, Jésus non seulement se fait serviteur et nous dresse la table, mais en plus il se fait nourriture, il s’offre lui-même à nous pour que sa vie puisse grandir en nous. L’Eucharistie est ainsi certainement le sacrement de la charité de Dieu envers nous. Un repas, deux signes, une même réalité : Dieu se donne à son peuple pour qu’il puisse vivre. Dieu fait tout pour nous faciliter la vie éternelle : il nous sert et s’offre à nous en nourriture. N’avons-nous pas la belle vie finalement ? Tout nous est donné, gratuitement. Un vrai service digne d’un paradis : Dieu nous sert, Dieu nous nourrit, Dieu nous fait vivre.

Alors, que demander de plus ? Pour reprendre une citation de l’Ecriture : Nous sommes des dieux ! Soit, mais souviens-toi : Dieu sert, Dieu nourrit, Dieu fait vivre ! Qu’attends-tu pour exercer à ton tour ta charité envers les autres, toi qui es désormais, en Jésus, comme Dieu ? Il s’est fait serviteur, tu seras serviteur, toi le frère ou la sœur de Jésus ! Ce sera ton titre de gloire ! Pour toute éternité. Amen.








(Image de Jean-François KIEFFER, in Couleurs d'Evangile, éd. Siloé)

mercredi 20 avril 2011

Jeudi Saint - 21 avril 2011

Avec Jésus, prendre la vraie place





Chers enfants, encore quelques semaines et vous vivrez, pour la première fois, cette rencontre unique avec Jésus, qui se donne aux hommes dans le pain de l’Eucharistie. Vous êtes en chemin depuis un moment maintenant, et vous avez eu l’occasion de vous retrouver pour célébrer les secrets que partagent les chrétiens lorsqu’ils célèbrent l’Eucharistie. La messe de ce jeudi saint permet de les célébrer tous ensemble et d’en mieux comprendre encore le sens.

Quand nous sommes entrés dans l’église, il n’y avait que peu de lumière. La croix attirait vers elle notre regard. C’est le premier secret des chrétiens. Ils se rassemblent autour de la croix parce que là, ils en sont sûrs, il y a le signe que Jésus nous a aimés, plus que tout. Il a donné sa vie pour nous. Et nous savons désormais que rien ne pourra nous séparer de lui. Ce signe est aussi sûr pour nous que pouvait l’être, pour le peuple libéré d’Egypte, le signe de l’Agneau pascal, dont le sang répandu a assuré la vie du peuple que Dieu s’était choisi. Pour nous, Jésus est l’Agneau de Dieu, livré pour notre péché, qui nous assure la vie et le pardon de Dieu. C’est pour cela que nous commençons par dire : Seigneur, prends pitié. Même en ce soir, alors que c’est jour de fête. En disant ces mots, nous disons que nous avons besoin de Jésus, de son amour, au cœur de notre vie. Quand demain, vous vous rassemblerez pour le chemin de croix, souvenez-vous de cela, souvenez-vous que Jésus offre sa vie et meurt pour chacun de nous. Que tu t’appelles Pierre, Paul, Jacques, Nathalie, Sylvie, Karine, Michaël ou que sais-je encore, Jésus t’aime et t’offre sa vie, t’offre son amour, t’offre son pardon pour que tu vives de la vie même de Dieu. Tu peux en être sûr !

Ce qui est intéressant avec Jésus, c’est qu’il s’occupe de tous. Il nous veut heureux. Et Dieu, son Père, fait tout pour nous, pour que notre vie avec lui réussisse. Beaucoup pensent aujourd’hui que c’est difficile d’être chrétien et que surtout, ils ne voient pas trop à quoi cela sert. La première raison d’être un ami de Jésus et d’écouter son Père, c’est parce que Dieu nous veut heureux. Ecouter la Parole de Dieu, la vivre fidèlement jour après jour, permet de trouver le vrai bonheur. Pas pour plus tard, quand Dieu nous aura rappelé à lui, mais pour maintenant. Vous avez découvert, dans la prière de l’Eglise, les multiples raisons pour lesquelles nous pouvons remercier Dieu et qui font que nous louons Dieu et nous le bénissons. La première et principale raison que nous avons de louer Dieu, c’est parce qu’il nous a donné Jésus. Enlevez Jésus, et il ne reste rien de notre foi. Enlevez Jésus, et il ne reste rien de notre espérance. Enlevez Jésus, et il ne reste plus de base solide pour notre charité. Jésus est celui auquel nous croyons (nous sommes sûrs de lui) ; il est celui qui nous donne une espérance (Paul nous a dit dans la deuxième lecture : chaque fois que vous mangez ce pain et que vous vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, dans l’espérance de sa venue). Jésus est aussi celui qui fonde notre charité, notre amour pour les autres. C’est parce que nous sommes aimés infiniment par Jésus que nous devenons capables d’aimer infiniment, comme lui. Et lorsque nous aimons, nous en faisons tous l’expérience, notre vie réussit, nous sommes heureux ! Et pour cela, nous louons Dieu. C’est le deuxième secret que partagent les chrétiens.

Dans l’Evangile de ce soir, nous voyons Jésus poser un geste curieux : il lave les pieds de ses disciples. Dans de nombreuses églises, ce soir, les prêtres, les évêques et même le pape, à Rome, font de même. Peut-être un jour arrivons-nous à le faire ici aussi. C’est un geste qui ne se fait qu’une fois dans l’année, mais il est important. Il nous permet de comprendre le troisième secret que partagent les chrétiens : nous ne venons pas à la messe juste pour nous, mais nous venons aussi pour confier à Dieu notre souci des autres. Quand Jésus lave les pieds de ses disciples, il nous donne un exemple : ce qu’il a fait, nous devons le faire pour les autres. Et c’est Pierre, qui refuse dans un premier temps que Jésus lui lave les pieds, qui permet à Jésus d’expliquer son geste : si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ! C’est comme si Jésus demandait à Pierre de le laisser s’occuper de lui. Si je ne te lave pas les pieds, tu ne seras pas vraiment avec moi ; je fais ce geste pour toi. Et plus tard Jésus précise : vous devez, vous aussi, vous lavez les pieds les uns des autres. Ce geste (laver les pieds) est un geste que ne faisaient que les esclaves, les serviteurs pour leur Maître. Quand Jésus nous invite à poser ce geste pour les autres, il nous invite à les servir, à avoir souci d’eux ; et lorsque nous pensons que nous ne pouvons plus rien pour les autres, nous pouvons encore les confier à Dieu dans la prière. C’est aussi un service à rendre aux autres ; c’est aussi une manière d’avoir souci d’eux. Frère Christophe vous l’a appris dans vos rencontres de catéchèse ; il l’a appris lui-même de Jésus, peut-être dans cet humble geste du lavement des pieds. Osez parler à Dieu des personnes qui vont sont chères ; osez les confier à Dieu.

Enfin, le Jeudi Saint est un soir important parce que, pour la première fois, Jésus a posé un geste que nous faisons chaque dimanche en communauté nombreuses, voire chaque jour en plus petit comité : il a rompu le pain pour ses disciples en disant : Ceci est mon corps livré pour vous. De même, il leur a partagé la coupe de vin en disant : Cette coupe est la nouvelle Alliance établie par mon sang. Faites cela en mémoire de moi. C’est ce geste qui nous rassemble encore et toujours ; c’est pour que ce geste ne soit pas perdu que des hommes s’engagent à devenir prêtres, serviteurs de Dieu et serviteurs du peuple de Dieu. Dans ce geste, Jésus se donne totalement à nous et il nous fait une promesse : ce qu’il fait, il le fait pour nous et pour la multitude. Pour les hommes et les femmes de son époque, mais aussi pour nous qui vivons 2000 ans après lui et qui nous souvenons de ce cadeau de Dieu. Puisque nous sommes sûrs de lui, puisque nous savons qu’il veut notre bonheur, puisque nous pouvons passer par lui pour confier à Dieu celles et ceux que nous aimons, nous pouvons le croire, nous pouvons l’accueillir dans ce pain dont il nous dit que c’est sa vie et nous pouvons entrer en communion avec lui, pour toujours. C’est le dernier secret que partagent les chrétiens.

Ce geste du pain rompu, Jésus le fait le soir avant sa mort : il nous rend ainsi plus forts pour affronter l’heure du procès, de la passion et de la mort de Jésus. Quand nous serons devant la croix à contempler Jésus qui a offert sa vie, nous nous souviendrons que c’est par amour, pour notre bonheur, que Jésus est allé jusque là. Nous nous souviendrons aussi de la promesse qu’il nous a faite : il sera avec nous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. La communion que vous préparez encore, la communion que nous autres, plus âgés, recevrons tout à l’heure, nous permettra de l’accompagner, de veiller avec lui et de passer la mort avec lui. La communion que nous recevrons nous permettra de prendre, à la suite de Jésus, la vraie place : celle du serviteur qui reconnaît en Dieu son Sauveur, celle du serviteur qui porte le souci des autres, celle du serviteur qui suit Jésus et vit de lui. Maintenant et toujours. Amen.




(Dessin de Sieger Köder, in Kinderbibel mit Bildern von Sieger Köder, éd. Verlag Katholisches Bibelwerk)

samedi 24 avril 2010

Jeudi Saint - 01er avril 2010

Homélie donnée en l'eglise de Drusenheim. Le texte qui suit est la retranscription d'un échange avec les enfants présents lors de la Messe en mémoire de la Cène de notre Seigneur.






Quels sont les signes que l'Eglise nous donne en ce soir ?



  1. Un repas : le repas de Jésus



  2. Un repas : le repas pascal



  3. Un signe : le lavement des pieds.

Le repas de Jésus, c'est le repas de l'amour donné, le signe de sa présence pour toujours au milieu de nous. Lorsque le prêtre bénit et partage le pain, c'estbien Jésus qui est présent au milieu de nous, nous offrant sa vie par amour.


Ce repas de Jésus n'est pas un repas auquel on s'attarde. C'est un repas comme celui de la Pâque, pris la ceinture aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. S'il est bon d'être auprès de Jésus, il n'est pas bon de rester là. Il nous faudra repartir dans le monde porter ce que nous avons vécu ici, dire aux hommes l'amour de Dieu dont nous sommes témoins.


Ce repas de Jésus comporte pour cela le signe du lavement des pieds. Il nous rappelle que si Jésus, notre Maître et Seigneur, s'est abaissé ainsi devant ses disciples, nous devons faire de même. Dans l'Eglise de Jésus, il n'y a pas de place pour des petits chefs. Il n'y a place que pour des serviteurs. Serviteurs de l'amour, serviteurs de l'attention à tous et à chacun. L'amour n'est pas une option : être chrétien, c'est aimer ; être chrétien, c'est un art de vivre !


Alors est-ce grave de ne pas venir à ce repas de l'amour ? Posons la question autrement : est-ce grave de ne pas aimer ? Combien de temps tiendra notre Eglise si chacun se décide de ne pas aimer, de ne pas venir ? Combien de temps peut tenir une église de pierres si, chaque fois que quelqu'un ne vient pas, on enlève la pierre qui le représente ? Pour les premiers, ce ne sera pas trop grave ; on y verra plus clair ; puis il y aura quelques courants d'air. Mais viendra le moment où, enlevant la pierre de trop, tout s'écroulera ! Alors, est-ce grave ?


Si Jésus nous a aimés jusqu'à la croix, jusqu'à donner sa vie pour nous, ne devons-nous pas donner un peu de notre temps pour lui et pour nos frères ? La Passion, que nous lirons demain, nous rappellera que Jésus s'est retrouvé bien seul, abandonné de tous. Au pied de la croix, il n'y avait que Marie et Jean. Soyons comme eux, là avec Jésus maintenant, pour mieux témoigner de lui demain. Amen.


(En illustration, Copie d'une icône byzantine classique représentant la Sainte Cène, collection de l'auteur du blog)