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samedi 16 mars 2024

5ème dimanche de Carême B - 17 mars 2024

 De Jérémie à Jésus : une Alliance nouvelle et éternelle.





 

 

 

            Il n’est pas possible de relire les grandes alliances du Premier Testament sans entendre le prophète Jérémie annoncer la nouvelle alliance que Dieu établira avec son peuple. Ce texte magnifique, qui est pour moi le plus beau, nous emmène aux portes du Nouveau Testament et de l’Alliance nouvelle et éternelle scellée dans le sang du Christ. 

            Voici venir des jours où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle. Nous l’oublions trop souvent, mais il n’y avait là rien d’évident quand ces mots ont été prononcés pour la première fois. Le peuple allait vers sa ruine et sa disparition pour les soixante-dix ans à venir. Jérusalem sera rasée, le peuple déporté. Il en faut, de l’espérance, pour proclamer une nouvelle alliance au moment même où le peuple sera anéanti. Tout comme il faut du courage pour dire à ce peuple que ce qui va arriver est entièrement de sa faute : mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître – oracle du Seigneur. Mais plutôt que de tourner à nouveau le peuple vers son passé, Jérémie le tourne vers un avenir lointain que beaucoup de ses contemporains ne verront pas : Voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés. Nous sentons déjà, dans cette simple annonce, que rien ne sera plus comme avant, et que cette alliance sera nouvelle, non seulement parce qu’elle marquera un nouveau commencement, mais parce qu’elle portera en elle une nouveauté radicale. Et cette nouveauté, la voici énoncée : Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. La Loi de Dieu ne sera plus extérieure à l’homme, inscrite sur des tables de pierre ; la Loi de Dieu sera notre intime, inscrite au fond du cœur de chacun. D’où cette idée que l’homme ne prendra plus ses grandes décisions avec sa seule raison, mais avec son cœur, c'est-à-dire avec Dieu qui réside au fond de son cœur. Et parce que Dieu établit désormais là sa demeure dans le cœur de tout homme, tous connaîtront le Seigneur, des plus petits jusqu’aux plus grands. Pour trouver Dieu, nul besoin de scruter le ciel : il suffit de rentrer en soi. Pour comprendre la volonté de Dieu, nul besoin de lire les entrailles d’animaux ; il suffit de regarder au fond de notre cœur. Dieu est là, qui attend d’être découvert ; Dieu est là, qui attend d’être écouté ; Dieu est là, qui attend d’être suivi. Cette alliance, nouvelle dans sa configuration, sera une alliance éternelle, parce que cette inscription de la Loi de Dieu dans le cœur de chacun, ne sera pas que pour une ou deux générations ; elle sera pour toujours. Tout humain qui vient au monde a cette Loi de Dieu inscrite en lui, aussi longtemps que le monde sera monde, aussi longtemps que Dieu sera Dieu. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Quand tu trouves Dieu en toi, au fond de ton cœur, il n’y a pas à douter de cette affirmation. 

            Des siècles plus tard, c’est en Jésus, mort et ressuscité, que cette Alliance nouvelle prendra toute la mesure de son éternité. Lui, le Fils de Dieu a pris sur lui non seulement notre humanité avec ce qu’elle a de plus beau et de plus noble, mais aussi notre humanité pécheresse, avec ce qu’elle a de plus sombre, de plus vil, pour que ce côté sombre soit anéanti alors même qu’il semblait triompher. L’auteur de la lettre aux Hébreux nous l’a fait entendre : le Christ offrit des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il a appris par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Parce qu’il a accepté d’être le grain de blé tombé en terre et qui meurt, il porte beaucoup de fruits, il porte le salut de tous ceux qui croient en lui. Jésus, le Fils unique du Père, marche vers sa mort avec la conscience de s’offrir en sacrifice pour tous, à travers le temps et l’Histoire. L’Alliance nouvelle est éternelle, parce que ce sacrifice est nouveau et posé une fois pour toutes. De même que le péché d’un seul a entraîné la chute de tous, de même le sacrifice d’un seul a entraîné le salut de tous : et moi, dit Jésus, quand j’aurai été élevé de terre [sur la croix], j’attirerai à moi tous les hommes. D’où l’urgence pour l’Eglise d’annoncer le Christ, Jésus crucifié et mort pour tous, et Jésus ressuscité pour la vie éternelle de tous. Face à ce projet de salut pour tous les hommes, Jésus, le Fils unique du Père, ne peut se dérober. Il en va de la fidélité de Dieu à cette Alliance nouvelle annoncée jadis par Jérémie. Maintenant, mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? « Père, sauve-moi de cette heure » ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! En Jésus, se joue le combat entre l’homme et Dieu, le combat de notre salut. Il fait le choix de Dieu, le choix de la vie, même pour ses bourreaux ; il a fait le choix de notre vie. En Jésus, Dieu est présent ; en Jésus, tous deux, l’homme et Dieu, ne font qu’un. C’est ce à quoi nous sommes appelés, nous-aussi, à ne faire qu’un avec le Christ, à ne faire qu’un avec Dieu. Comme le disait Jean le Baptiste à ses disciples : il faut qu’il grandisse et que je diminue. L’homme ne se perd pas en laissant Dieu grandir en lui ; au contraire, il trouvera là, dans cet envahissement de sa vie par Dieu, sa vie véritable, son salut, et sa gloire éternelle. 

            A huit jours de la Semaine Sainte, accueillons cette Alliance nouvelle et éternelle. Donnons à Dieu la place qui lui revient dans notre cœur, qu’il reconnaisse en nous sa demeure et qu’il y reste toujours. A la suite du Christ, devenons ses fils et ses filles, grains de blé jetés en terre d’humanité pour porter beaucoup de fruits. Amen.

vendredi 24 décembre 2021

Noël - Messe de la veille au soir - 24 décembre 2021

 En cette nuit, Dieu épouse l'humanité.



(Arcabas, Le songe de Joseph, trouvé sur internet)



        Tout au long de l’Avent, nous avons entendu les prophètes parler aux gens de leur époque, leur annonçant une grande joie après l’épreuve de l’Exil qui avait lourdement affecté le peuple, le faisant s’interroger sur la place de Dieu dans sa vie. Devant ce qui reste une catastrophe absolue pour l’homme croyant, les prophètes annoncent la venue d’un Messie qui rendra au peuple sa liberté.  Les croyants au Christ des premières générations, juifs d’origine faut-il le rappeler encore, ont vite fait de lire dans ces annonces d’un Sauveur envoyé par Dieu, l’annonce même de la venue de Jésus en notre monde. C’est la lecture qu’en fait Paul dans l’extrait des Actes des Apôtres que nous avons entendu : De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus, dont Jean le Baptiste a préparé l’avènement. Ce soir, c’est cette lecture que toute l’Eglise fait en célébrant la naissance de son Sauveur, Dieu fait homme en Jésus Christ. 

            Nous pouvons alors relire le prophète Isaïe à l’aune de cette même interprétation chrétienne. Le prophète annonce à son peuple que le temps de la désolation, le temps de l’Exil est terminé : On ne te dira plus : ‘Délaissée !’ A ton pays, nul ne dira plus : ‘Désolation !’ Toi, tu seras appelée ‘Ma Préférence’, cette terre se nommera ‘L’Epousée’. Le prophète reprend ici une thématique connue depuis le prophète Osée, celle des épousailles entre Dieu et l’humanité. Puisque l’homme s’était détourné de Dieu par ses trop nombreux péchés, nous apprend le prophète Osée, Dieu fera le choix de séduire à nouveau l’humanité et de la reprendre pour Epouse, quand bien même elle s’est montrée infidèle en se donnant à d’autres dieux. Si l’Eglise, en cette première messe de la fête de Noël nous fait entendre ce passage d’Isaïe, nous pouvons considérer qu’un des sens de cette fête est bien celui des noces de Dieu avec son peuple. En ce faisant homme en Jésus, Dieu vient à la rencontre de l’humanité pour une Alliance nouvelle, l’Ancienne Alliance ayant été rompue par le péché des hommes. Ce soir, Dieu épouse l’humanité : Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. Il faut remarquer ici que la joie de ce jour n’est pas d’abord la joie de l’humanité, mais bien celle de Dieu. Quand Dieu envoie son Fils dans le monde, il en est le premier heureux, parce que, par ce Fils, se réalisera son projet d’amour et de salut pour tous les hommes. Cette joie de Dieu est appelée à devenir notre joie. Comment, en effet, ne pas se réjouir devant la naissance de Celui que Dieu envoie pour nous sauver ? 

            Nous pouvons puiser notre joie dans cette longue succession de noms d’hommes et de femmes qui ont essayé, chacun à leur mesure, de vivre cette Alliance avec Dieu. La longue généalogie de Jésus, que l’on appelle Christ, nous rappelle chaque année que nous ne venons pas de nulle part et que nous n’allons pas nulle part. Nous-mêmes enfants de Dieu par le Fils unique Jésus Christ, nous venons de Dieu et nous allons vers Dieu. Nous sommes cette nouvelle génération qui a commencé avec la naissance de Jésus. Nous sommes celles et ceux qui ont à prolonger et à faire vivre ce monde nouveau inauguré par la naissance de Jésus. A l’image de Joseph, nous ne devons pas craindre de prendre chez nous Marie, la Mère de notre Sauveur, et l’enfant qui est engendré en elle et qui vient de l’Esprit Saint. L’Enfant de la crèche que nous accueillons en cette nuit ne doit pas nous rester extérieur ; cette nuit ne doit pas être juste une nuit de fête sitôt oubliée quand viendra le jour suivant. Cette nuit doit nous introduire réellement dans ce grand projet de salut de Dieu, projet qu’il a conçu pour nous. Nous sommes concernés par la naissance de cet Enfant-Dieu. Notre vie doit se laisser affecter par cette naissance, même si nous n’y comprenons pas grand-chose. Ce soir, Dieu fait le choix de se rendre présent à notre vie. Ce soir, Dieu entre à nouveau dans notre vie comme il l’a fait au jour de notre baptême. Ce soir, en nous offrant son Fils, Dieu nous fait comprendre qu’il attend de nous que nous soyons ses fils à l’image de cet Enfant nouveau-né. Quand nous contemplons une crèche, n’y voyons pas que l’illustration d’un événement merveilleux, mais aussi le signe que Dieu se donne à nous et qu’il attend que nous nous donnions à lui. 

            En contemplant le visage de l’Enfant Jésus, contemplons le visage de Dieu qui vient à nous. Contemplons aussi dans ce visage, le visage des frères qu’il met sur notre route. Puisque Dieu s’est fait humain en Jésus, chaque humain porte en lui le visage de Dieu. En servant nos frères, en particulier les plus petits, les plus faibles, c’est Dieu lui-même que nous servons. Que cette nuit, qui nous permet d’accueillir et d’épouser Dieu, nous permette aussi d’accueillir et d’épouser toute l’humanité en qui Dieu se révèle, en qui Dieu vit. Entrons dans une fidélité renouvelée à l’Alliance que Dieu nous propose en vivant une charité réelle avec tous. Amen.

jeudi 1 avril 2021

Jeudi Saint - 01er avril 2021

Pour rendre notre vie plus belle, Dieu se fait serviteur.




(Le Lavement des pieds, Miniature de O. Khizanetsi - Matenadaran, Erevan - 1330,
reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)




             Nous y voilà donc rendus, à ces fêtes pascales que nous avons préparé durant quarante jours. Nous y voilà donc rendus, à ce temps où Dieu lui-même vient rendre notre vie plus belle. Et reconnaissons que cela commence plutôt bien, puisque, ce soir, Dieu nous invite à son repas.

            C’est une vieille habitude de Dieu que d’inviter les hommes à manger ! Qu’y a-t-il de plus réjouissant que de se retrouver autour d’une même table pour un temps de partage, de fraternité ? Nous le sentons bien depuis plus d’un an maintenant, alors que les lieux de restauration, lieux de rencontres et de partage, nous sont interdits. Nous le sentons bien depuis plus d’un an maintenant, alors que, même en famille, les rassemblements festifs sont limités. Les repas de fête font partie intégrante de la vie des hommes, de leur bonne santé psychologique, et pour les croyants, de leur bonne santé spirituelle. Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour leur redonner la liberté ! Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour célébrer le bonheur retrouvé ! Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour rendre leur vie plus belle ! 

            C’était vrai au temps de Moïse avec ce repas pris à la hâte, la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main, prêts à partir sur un ordre de Dieu. Tout, dans l’ordonnancement de ce repas, indique son caractère particulier et festif. Car même s’il est pris en toute hâte, il reste le signe du passage de Dieu dans la vie des hommes. Ce n’est pas un repas égoïste, mais un repas partagé ! Ce n’est pas un repas fait juste pour nous rassasier, mais un repas plein de signes et de symboles, à revivre annuellement, pour ne jamais oublier que Dieu sert le bonheur et la vie de son peuple. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Egypte, cette nuit-là… contre tous les dieux de l’Egypte j’exercerai mes jugements : je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Egypte.  A ceux qui trouveraient que ce repas est quand même un peu sanguinaire (Je frapperai tout premier-né au pays d’Egypte, depuis les hommes jusqu’au bétail), nous rappellerons que Dieu avait envoyé son serviteur Moïse pour négocier la libération pacifique de son peuple, mais que le cœur endurci de Pharaon n’avait pas fait réussir ce projet. Quand Dieu se met au service du bonheur et de la vie de son peuple, rien ne peut se mettre en travers de sa route, surtout pas le mal. 

            C’est à un repas toujours que Jésus invite ses disciples, la veille de sa mort, pour sceller une nouvelle Alliance. Un repas au cours duquel il se livre lui-même, il se fait lui-même nourriture pour son peuple. Ceci est mon corps, qui est pour vous… Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Faites cela en mémoire de moi. Un repas que les disciples du Christ ont célébré fidèlement chaque dimanche depuis ce soir-là ; un repas qui nous fait participer aux noces de l’Agneau ; un repas qui est un avant-goût du bonheur que nous connaîtrons lorsque nous vivrons totalement en Dieu ; un repas qui nous donne la vie ; un repas au goût de liberté ; un repas qui célèbre le cœur de notre foi : chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. 

            Ce repas que Jésus offre à ses disciples est aussi le repas du service. Nous l’avons entendu dans l’Evangile de Jean. Et même si ce soir, nous ne pouvons pas, à cause des normes sanitaires, vivre ce moment intense du lavement des pieds, le signe du service reste une exigence de ce repas. En Jésus, Dieu sert son peuple ; en Jésus, Dieu fait de son peuple un peuple de serviteurs. Notre rôle est de servir Dieu et les hommes. De servir le bonheur et la vie des hommes. Dieu sert la vie de son peuple en s’abaissant jusqu’à prendre la place du dernier des serviteurs. Même Dieu ne peut servir la vie de son peuple et se plaçant au-dessus de celui-ci. Pour notre vie, pour notre bonheur, Dieu s’anéantit. Et Jésus l’affirme : c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Nous ne pouvons pas, si nous voulons avoir part à la vie du Christ, nous affranchir de cet impératif du service, de cet impératif de l’anéantissement de nos sentiments de puissance et de domination. Nous ne pouvons servir la vie et le bonheur des hommes que dans l’humilité et dans l’abaissement. A ceux qui servent ainsi Dieu et leurs frères est promis le partage de la gloire de Dieu. 

            Quand Dieu nous invite à son repas, c’est toujours pour nous permettre de nous rapprocher de lui. Ce repas n’est pas une récompense ; il est le moyen sûr de rencontrer Dieu. Dans ce repas, Dieu se livre dans la Parole et le Pain, tous deux partagés largement pour le salut du monde. Soyons fidèles à ce rendez-vous ; soyons fidèles à suivre l’exemple du Christ ; servons Dieu et nos frères, pour leur vie et leur bonheur, comme Dieu lui-même nous sert, pour notre vie et notre bonheur. Amen.  

samedi 20 mars 2021

5ème dimanche de Carême B - 21 mars 2021

 Comment accéder à cette vie plus belle ?




               Nous sommes presque au bout du chemin de Pâques. Dimanche prochain, nous entrerons dans la Grande Semaine, la Semaine Sainte qui nous conduira aux fêtes pascales. Cette vie plus belle que Dieu nous promet deviendra notre réalité. Pour achever notre préparation, la liturgie de la Parole nous révèle comment y accéder. Trois pistes nous sont données. 

            Commençons par Jérémie. Dans ce qui est sans doute mon texte préféré de la Première Alliance, le prophète annonce une nouvelle alliance, plus solide que toutes les alliances anciennes. Jérémie fait partie de ces prophètes qui ont averti du danger de rester éloigné de la Loi de Dieu. Il a pressenti le drame de l’exil ; il a cherché à l’éviter, en vain. C’est quand tout est perdu qu’il a cette extraordinaire parole d’espérance : Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. Cette terrible épreuve de l’exil ne sera pas le dernier mot de l’histoire du peuple choisi par Dieu. si l’offense doit être réparée, les conditions de cette réparation ne seront pas l’extermination totale du peuple. Quelque chose de neuf est déjà annoncé. L’espérance n’est pas morte, et ne mourra pas en terre étrangère. Une vie plus belle est déjà annoncée. Et sa réalisation future doit donner courage à ceux qui connaissent l’exil. Cette espérance, c’est une alliance nouvelle donc. Plus forte que l’alliance avec Moïse parce que plus intérieure. L’alliance avec Moïse était inscrite sur des tables de pierre ; la nouvelle alliance sera inscrite au fond des cœurs. Elle aura un caractère intime, personnelle. Chacun aura directement accès à cette Loi de Dieu puisqu’il la portera en lui. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Il n’y aura plus à consulter une table de pierre pour connaître la Loi de Dieu ; chacun la portera en lui. Il n’y aura plus besoin d’apprendre à connaître Dieu ; il fera partie de la vie de chaque membre du peuple élu : Tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. C’est le Nouveau Testament inscrit dans le Premier Testament. Comment un chrétien ne peut-il pas lire ici ce que le Christ réalisera dans sa propre vie, à savoir Dieu et l’homme parfaitement uni, parfaitement intime ? Comment un chrétien ne peut-il pas entendre en ces mots ce à quoi il est appelé depuis son baptême, à savoir devenir un autre Christ, un autre homme parfaitement accordé à Dieu ? Comment accéder à cette vie plus belle ? Deviens un autre Christ, accueille en toi Dieu lui-même qui veut établir sa demeure en ton cœur. 

            Jésus, dans son enseignement rapporté par l’évangéliste Jean, nous indique une autre piste pour parvenir à cette vie plus belle : accepter de mourir. Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. Si ces mots s’adresse d’abord à Jésus et à son œuvre à venir (le don de sa vie sur la croix), comment ne pas les comprendre aussi pour nous ? Si nous n’acceptons pas de livrer notre vie pour nos frères, nous resterons seul. Si nous nous replions sur nous-mêmes, nous resterons seul. Si nous ne suivons pas la voie du Christ, nous ne parviendrons pas à cette vie plus belle. Comme Jésus accepte de livrer sa vie pour notre vie, nous devons nous-aussi accepter de livrer notre vie pour nos frères et sœurs en humanité. Il n’est pas besoin de dresser ici la liste de toutes ces morts personnelles auxquelles il nous faut consentir. Chacun trouvera aisément ce qu’il doit laisser de sa vie pour devenir serviteur de ses frères. Chacun sait ce qu’il devrait changer dans sa vie pour que la vie des autres soit plus belle, et partant de là, la sienne aussi. Renoncer à quelque chose pour le bien de tous, ce n’est pas perdre quelque chose, mais c’est gagner ensemble. Qui aime sa vie la perdra ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. 

La dernière piste nous est donnée par l’auteur de la Lettre aux Hébreux. Dans sa grande méditation de l’œuvre du Christ, il nous montre bien que la deuxième piste que nous venons de découvrir est le chemin suivi par Jésus : Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Mais vous aurez noté au passage ce détail qui nous révèle la troisième piste : conduit à sa perfection, et non conduit à la perfection. Une lettre qui change tout pour nous. Nous ne devons pas atteindre une perfection générale, la même pour tous, mais notre propre perfection, celle dont Dieu nous rend capable. Ceci nous empêche d’une part de prendre la place du Christ, bien que devenu autre Christ par le baptême ; et d’autre part de courir après une perfection qui serait la même pour tous, certains ayant plus de chance au départ que d’autres. Chacun doit atteindre sa propre perfection, là où Dieu l’attend ! N’est-ce pas une perspective libératrice ? Je dois vivre ma vie, et non celle de mon voisin, ou pire, celle de Jésus ! Mais dans la vie qui est la mienne, je dois accueillir au mieux la vie et l’enseignement de Jésus pour qu’Il puisse transformer ma vie et la mener à sa perfection. 

Accueillir Dieu au plus intime de nous, nous détacher de notre vie et atteindre notre propre perfection : voici trois pistes pour vivre cette vie plus belle. A moins qu’elles ne forment trois étapes d’un unique cheminement. C’est parce que nous accueillons Dieu au plus intime de notre vie que nous pouvons nous détacher d’elle et atteindre ainsi notre propre perfection. Tout ne serait que grâce ; tout n’est que don offert par Dieu à celui qui lui ouvre sa vie. La vie plus belle, c’est la vie sous le regard de Dieu, en permanence. Amen.