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mercredi 24 décembre 2025

Fête de la Nativité de Notre Seigneur - 25 décembre 2025

 Des raisons de célébrer Noël, s'il en fallait ! 




(image trouvé sur Pinterest)



 

            Voici donc la nuit tant attendue, préparée depuis le 30 novembre en Eglise, depuis octobre dans certains commerces. Peut-être, comme moi, avez-vous compté les dodos qui vous séparaient de cette nuit et vous êtes-vous réjouis de ce beau temps de Noël en préparant les bredele qui ont vocation à être largement partagés. Mais peut-être faites-vous partie de ces gens qui, regardant notre pays et notre monde, se demandent : à quoi bon ? A quoi bon fêter Noël quand le commerce prend le dessus sur le sens réel de la fête ? A quoi bon fêter Noël quand le monde ne connaît pas la paix ? Les quatre liturgies qui rythment cette fête, selon les heures à laquelle est elle célébrée, nous donne quelques bonnes raisons (s’il en fallait) de fêter, encore et toujours, la naissance de notre Sauveur.

Les premières lectures sont toutes tirées du prophète Isaïe ; elles nous invitent toutes à l’espérance. Et c’est sans doute la première raison de nous entêter à fêter Noël. Parce que nous avons besoin d’espérer en un monde meilleur, besoin d’espérer que l’homme peut changer et devenir meilleur, que nous pouvons changer et devenir plus humain. L’espérance vient agrandir l’espace de notre regard ; elle nous ouvre à un avenir meilleur auquel nous pouvons croire. Ce que le prophète Isaïe proclame dans les lectures proposées, c’est que nous ne sommes pas seuls ; nous ne sommes pas abandonnés à notre triste sort. Dieu veille, et en plus, il a décidé d’agir. Il vient lui-même redonner un avenir à l’humanité. Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu (Messe de la veille au soir). Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi (Messe de la nuit). Eux seront appelés « Peuple-saint », « Rachetés-par-le-Seigneur), et toi, on t’appellera « La-Désirée », « La-Ville-qui-n’est-plus-délaissée » (Messe de l’aurore). Eclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem (Messe du jour). Dieu ne vient pas juste pour une visite, il vient restaurer son peuple, il vient redonner la lumière, il vient établir la paix. Dans un monde plongé encore largement dans la guerre, dans un monde qui se divise et se fracture, voilà une espérance plus que jamais nécessaire. 

            Les évangiles, racontés par Matthieu, Luc et Jean, nous parlent tous de la naissance de Jésus, Matthieu et Luc de manière très réalistes, contant avec milles détails les circonstances qui entourent cette naissance, et Jean nous invitant dans la messe du jour à prendre de la hauteur, à quitter le merveilleux pour entrer pleinement dans le mystère de cette Nativité. Tous nous disent que les promesses des prophètes sont réalisées désormais dans l’Enfant nouveau-né, trouvé dans une étable par les pauvres et les laissés-pour-compte de notre société. Un monde nouveau, une vie dans la lumière et la paix, ce n’est pas une utopie, c’est ce que Dieu vient réaliser par cet Enfant, humble et fragile. Nous avons là un enseignement précieux : alors que nous pensons souvent que nous sommes trop petits à l’échelle du monde et des gouvernants pour vraiment peser sur les grandes décisions, la naissance humble et cachée du Fils de Dieu nous rappelle que nous avons notre partition à jouer dans le concert des nations. Nous n’irons jamais plaider à l’ONU ou dans les grandes instances de ce monde, c’est sûr. Mais qu’un petit enfant porte l’espérance d’un monde en paix nous rappelle que la paix, ça commence humblement, dans nos familles, nos quartiers, nos associations, nos lieux de travail. Il y a un refrain d’un Agneau de Dieu qui nous le fait chanter, mais peut-être n’y portons-nous plus attention : la paix, elle aura ton visage, … la paix sera toi, sera moi, sera nous, et la paix sera chacun de nous. Ces mots ne peuvent pas, ne doivent pas rester juste de la poésie. Ils sont la réalité des artisans de paix ; et nous avons tous vocation à l’être, parce que personne n’aime vivre dans la guerre et les conflits. Pour construire la paix, lentement, patiemment, il faut commencer, dans nos lieux de vie, à refuser toutes formes de violence, physique ou verbale. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à aimer les invectives et à donner des coups, la paix globale ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un individu à ne pas accepter de reconnaître chaque humain croisé comme un frère ou une sœur en humanité, la paix ne sera pas possible. Tant qu’il restera ne serait-ce qu’un humain à dire que certains ne devraient pas vivre ici, qu’ils n’ont pas leur place ici, la paix ne sera pas possible. Une paix construite avec patience et détermination, avec l’aide de l’Enfant de la crèche, voilà une autre raison de fêter Noël. 

Les deuxièmes lectures, extraites des Actes de Apôtres ou des lettres du Nouveau Testament, sont déjà une relecture de l’œuvre qu’accomplira cet Enfant quand il sera devenu grand. Jésus n’est pas seulement le Messie annoncé, il est le Christ qui accomplit dans sa chair le salut offert au monde : De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c’est Jésus (Ac, Messe de la veille au soir). Ce n’est plus une vague espérance, c’est la nouvelle réalité de notre monde. Cet enfant de la crèche, devenu grand, sera l’homme cloué en croix, accomplissant dans le don de sa vie, le salut de l’humanité : Il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier (Tt, Messe de la nuit). Là où l’humanité ne vivait que désobéissance, il a offert à Dieu son obéissance. Là où l’humanité plongeait dans le péché, il a offert la miséricorde de Dieu, qu’il appelait son Père : il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde (Tt, Messe de l’Aurore). Là où nous mettions le doute, il a offert la foi. Il est la Parole ultime du Père : A bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses (He, Messe du jour). Quand nous relisons toute l’œuvre accomplie par Jésus, nous avons une troisième raison de célébrer toujours et encore le jour de sa naissance, non comme un banal anniversaire, mais comme le jour où nous faisons mémoire de ce qu’il a réalisé pour nous et de ce qu’il réalise encore à travers nous, aujourd’hui. 

Trois bonnes raisons de célébrer Noël, même dans un monde imparfait comme le nôtre. Cette naissance de Jésus, le Sauveur, si elle a eu lieu une fois pour toutes au temps du roi Hérode, a lieu aujourd’hui, pour nous qui croyons en lui. Et il nous est demandé, aujourd’hui comme hier, si nous voulons lui ouvrir la porte ou si nous préférons dire qu’il n’y a de place pour lui dans la salle commune de notre vie. Aujourd’hui comme hier, il ne force personne ; il vient, humble et caché. Aujourd’hui comme hier, il vient nous sauver et faire de nous des fils et donc des frères. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu (Evangile du jour). Quand vous serez rentrés chez vous et que vous aurez un moment devant votre crèche, relisez ces textes des diverses messes de Noël et prenez le temps de réfléchir à cette question simple : pourquoi j’ai voulu fêter Noël cette année ? Vous serez ramenés à l’essentiel : un Dieu qui frappe à votre porte et qui demande à entrer dans votre vie pour votre plus grande joie et pour votre salut. Amen.

samedi 6 décembre 2025

2ème dimanche de l'Avent A - 7 décembre 2025

 A l'école d'Isaïe.





(Le prophète Isaïe, Collection du Musée du Louvre)


 

 

            Le grand prophète du temps de l’Avent, c’est sans nul doute le prophète Isaïe. Non pas que son livre annonce la naissance de Jésus ; ce n’est même pas son propos. Mais parce qu’il y a chez lui une espérance farouche et solide qui se manifeste page après page. Isaïe est un grand défenseur de la sainteté de Dieu et son message prophétique est d’abord un message de protestation, de contestation des chefs du peuple qui ne respectent ni Dieu, ni les pauvres et qui conduisent le pays à sa ruine. Mais le prophète garde confiance en Dieu et annonce des jours meilleurs.

            En ces jours-là, dit-il dans sa prophétie de ce dimanche, laissant entendre qu’un autre temps viendra. Isaïe replace toujours la foi dans le temps des hommes. Il est en fait un témoin de la foi de son époque ; et ce qu’il voit ne le réjouit pas. Aristocrate, membre de la cour du roi, il sait se faire entendre dans les hautes sphères, et donc faire entendre Dieu, quand bien même les puissants s’en sont éloignés. La situation politique et sociale est difficile, mais Isaïe garde espoir. Même si les peuples voisins sont turbulents et va-t’en-guerre, Isaïe voit plus loin. Il sait que la royauté n’échappera pas à David. Nous retrouvons cette certitude dans le passage entendu : un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Celui qui sauvera son peuple, celui qui rétablira la paix, est de descendance davidique, de descendance royale. Il ne peut pas en être autrement, le Dieu d’Israël s’étant fermement engagé envers David lui-même. Le Dieu d’Isaïe est un Dieu qui tient parole, et les hommes peuvent donc s’appuyer sur lui. Ce rejeton, ce sont les chrétiens qui l’identifient à Jésus ; mais pour Isaïe, il s’agit surtout d’annoncer un messie pour son temps, un messie qui va sauver son peuple, ici et maintenant. En des temps difficiles, il est bon d’avoir quelqu’un qui voit au-delà des choses, qui rappelle que les hommes peuvent toujours se tourner vers le Saint d’Israël et que c’est lui, et lui seul, qui offre le salut aux hommes.

             La prophétie de ce dimanche est une prophétie de paix : le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble. Les antagonismes naturels sont levés, les oppositions sont effacées, les ennemis d’hier sont des frères aujourd’hui. En regardant notre monde en 2025, nous constatons qu’il y a nombre d’endroits où, pour le salut de l’agneau, du chevreau et du veau, il est préférable qu’ils ne couchent ni ne fréquentent le loup, le léopard ou le lionceau. Si cela arrivait aujourd’hui, nous n’aurions pas fini de lire la prophétie, que les premiers auraient déjà été dévorés par les seconds. Mais cela ne veut pas dire que la prophétie est fausse. Je le rappelle : pour les chrétiens, cette prophétie annonce le Christ et son retour dans la gloire, ce moment où toute l’histoire des hommes sera récapitulée, menée à sa plénitude. Alors, alors seulement, le loup habitera paisiblement avec l’agneau, le léopard se couchera avec le chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, sans risque pour les premiers. Quand le Christ reviendra, la paix marchera devant lui. Le mal aura été définitivement vaincu. Le livre de l’Apocalypse de saint Jean nous dit que dans la Jérusalem nouvelle, il n’y aura plus de mer (M.E.R.), parce que le mal n’existera plus. N’existant plus, il n’est pas utile que subsiste le siège des forces du mal (la mer justement). Quel beau monde nous attend !

            En attendant ce monde, ne pouvons-nous que lorgner vers lui et désespérer de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui ? Non. Nous pouvons, vous et moi, décider de commencer par changer le monde. Nous pouvons, vous et moi, décider de faire reculer les forces du mal. Nous pouvons, vous et moi, décider que le mal ne passera pas, et ne passera plus désormais, par nous. Comme Isaïe, nous pouvons nous appuyer sur le Dieu saint qui sait pardonner, pour lutter contre le mal, en nous et autour de nous. Comme Isaïe, nous pouvons nous tourner vers le Saint avec la certitude qu’il est toujours possible de nous appuyer sur lui et d’espérer en lui. Même si nous pouvons avoir l’impression que Dieu a abandonné notre monde, sachons le voir à l’œuvre dans les petits gestes, les petits pas vers la paix et la réconciliation. N’attendons pas qu’un autre commence à changer le monde ; n’attendons pas qu’un autre fasse le premier pas de la réconciliation ; n’attendons pas qu’un autre initie un chemin de paix. A trop attendre un autre, nous risquons d’attendre longtemps. Dès aujourd’hui, soyons des artisans de paix et de réconciliation à notre petite échelle, dans notre petit monde. C’est là que Dieu nous attend ; c’est là que Dieu nous envoie être témoin et acteur du monde que le Christ viendra restaurer à la fin des temps. Dès aujourd’hui, avec lui, dans la force de son Esprit, nous pouvons agir et construire un monde plus juste et fraternel. Quelqu’un doit commencer ; pourquoi pas nous ? Amen.

 

           

dimanche 28 mai 2023

Pentecôte - 28 mai 2023

 Du Ressuscité, accueillir l'Esprit et nous laisser envoyer.



(Source de l'icône : e-monsite.com) 

 



            Le temps pascal s’achève avec cette fête de la Pentecôte et pour nous faire comprendre l’unité de ce temps, la page d’Evangile nous rapporte le récit d’une apparition de Jésus, le soir venu, en ce premier jour de la semaine, c'est-à-dire au soir de Pâques. Le don de l’Esprit Saint est intimement lié à l’événement de la mort et la résurrection de Jésus, Jésus lui-même ayant assuré à ses disciples que l’Esprit ne pourrait venir que lorsque Lui serait parti. L’événement pascal va au-delà de la mort - résurrection de Jésus ; il va jusqu’à ce jour où la promesse de l’Esprit est réalisée. 

            De cette page d’évangile, la première chose à retenir, c’est le souhait de paix formulé par Jésus. S’il est allé jusqu’à offrir sa vie sur la croix, c’est pour que nous trouvions le chemin de la paix. D’abord de la paix intérieure qui nous envahie lorsque nous renonçons au péché et à tout ce qui conduit vers des attitudes de mort, mais aussi de la paix avec ceux qui croisent notre route ; je ne peux être en paix avec moi si mon cœur fait la guerre ne serait-ce qu’à un seul frère ! La paix n’est pas un effort à faire, mais un don du Ressuscité à accueillir. Si nous accordons un temps soit peu d’importance à son sacrifice sur la croix, accueillir ce don de la paix, c’est dire au Christ le prix que nous accordons à ce sacrifice, et l’estime en laquelle nous le tenons pour s’être offert ainsi sur la croix. Accueillir le don de la paix qu’il nous offre sera notre réponse aimante à Jésus qui a donné sa vie pour nous. Pour le dire autrement, tu ne peux pas te dire disciple de Jésus sans accueillir ce don. Un chrétien qui refuserait d’être porteur de paix, un chrétien amoureux de la guerre, n’est pas un authentique disciple du Christ. Ce n’est pas possible ; cela ne devrait même pas exister. Aimer le Christ, c’est aimer la paix qu’il nous donne. Et vous aurez remarqué que ce souhait de paix de la part du Christ est un souhait renouvelé. Jésus leur dit de nouveau : La paix soit avec vous. Puisque, de mémoire, c’est la seule fois que Jésus se répète ainsi, c’est bien que cela doit être d’une particulière importance. 

            Deuxième constat : c’est seulement quand le souhait de paix est reformulé, que Jésus souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Nul ne peut accueillir l’Esprit Saint dans l’agitation ; nul ne peut accueillir l’Esprit Saint quand il se dispute avec les autres. Nul ne peut accueillir l’Esprit quand il n’est pas en paix et n’agit pas en paix. L’Esprit de Jésus est un Esprit de paix : il suppose la paix, il engendre la paix, il garantit la paix. Peut-être faut-il voir là la raison pour laquelle, lorsque le pardon est célébré sacramentellement, le prêtre impose les mains au confessant en même temps qu’il prononce les paroles d’absolution. Et qu’est-ce, l’absolution sacramentelle sinon le début de la paix retrouvée, à l’intérieur de nos cœurs, avec nos frères et sœurs en humanité que notre péché avait blessés et éloignés de nous et avec Dieu ? Il nous faut un degré de paix intérieure pour accueillir l’Esprit de réconciliation qui nous établira définitivement dans la paix du Ressuscité qui nous offre le pardon. N’oublions jamais et autant que cela est possible, de demander la grâce de la paix ; c’est une prière toujours exaucée ! Vivre dans l’Esprit du Ressuscité, c’est vivre du pardon qu’il accorde et faire en sorte que ce pardon se répande. 

Dernier constat : la paix et l’Esprit Saint offerts ne peuvent être gardés. Ce sont des dons à partager, des dons qui nous mettent en route. Entendez bien Jésus : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. La paix reçue dans la force de l’Esprit nous fait missionnaire ! Si les dons que Dieu nous fait sont bien pour nous, ils n’en sont pas pour autant à garder jalousement, mais à partager joyeusement. La paix n’augmente que lorsqu’elle se partage. L’Esprit Saint n’agit efficacement que lorsqu’il m’ouvre aux autres. Les dons de Dieu ne nous enferment pas sur nous-mêmes, mais nous poussent à la rencontre, à la communion avec Dieu, certes, mais aussi avec les autres pour lesquels il a pareillement offert sa vie. Un chrétien baptisé et confirmé dans la force de l’Esprit Saint ne saurait s’isoler. Et quand bien même il se ferait ermite, ce serait toujours dans une grande communion avec l’humanité. Nul ne se retire du monde par haine du monde, mais bien pour le porter davantage encore dans sa prière et dans son cœur. 

            Au terme de ce chemin pascal, nous comprenons alors que toute l’œuvre du Christ est une œuvre de pardon et de paix avec et pour toute l’humanité. Le grand projet de Dieu pour les hommes n’est rien d’autre que cela. Il est projet d’amour qui veut faire de toute l’humanité une grande famille qui s’aime, vive en paix, dans un esprit de réconciliation permanent. Nous avons eu la grâce de cinquante jours pour nous ouvrir à cette compréhension. Que cette Pentecôte soit pour nous l’occasion d’un renouveau de notre esprit missionnaire pour que le monde dans lequel nous vivons accueille cette paix. Que l’Esprit Saint répandu aujourd’hui fasse de nous des artisans de paix et des missionnaires de la réconciliation entre tous les hommes. Amen.

samedi 2 juillet 2022

14ème dimanche ordinaire C - 03 juillet 2022

 Réjouissez-vous avec Jérusalem ! 



(Arcabas, Le messager de la joie)



            Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Ce cri du prophète Isaïe, il nous faut le faire nôtre, plus que jamais. Il nous redit la confiance que nous pouvons avoir en Dieu dans les moments difficiles de notre histoire. Il nous redit que rien n’est jamais fini de notre espérance. 

            Quand il est prononcé pour la première fois, Jérusalem ne va pas bien du tout. En fait, il ne reste rien de la belle ville de David, à part quelques ruines. Il y a longtemps, en punition des nombreux péchés du peuple, la ville fut rasée par Nabuchodonosor, ses habitants emmenés en exil. Le peuple que Dieu s’était choisi n’existait plus ; le Dieu d’Israël lui-même semblait vaincu par les dieux étrangers. La défaite était totale ; la désolation était absolue ; l’espoir était vain. Il faudra le temps de l’effacement, le temps de la conversion pour que ce cri : Réjouissez-vous avec Jérusalem ! puisse non seulement être poussé, mais encore être entendu. Car le prophète ne prêche pas dans le désert ; il prêche à des hommes et à des femmes qui attendaient à nouveau un signe de Dieu, lui qui jadis avait entendu le cri de son peuple opprimé en Egypte. Ce cri d’Isaïe vient redonner courage et annoncer que Jérusalem sera reconstruite, que la période de l’exil est terminée, que l’humiliation du peuple est effacée et que ses nombreux péchés sont pardonnés. 

            Comprenez-vous alors pourquoi je vous ai dit qu’il fallait que nous fassions nôtre ce cri ? Nous avons toutes les raisons de désespérer. Depuis la publication du rapport Sauvé, l’Eglise de France est comme sonnée et les affaires semblent succéder aux affaires. Après le retrait des archevêques de Lyon puis de Paris, la visite apostolique du diocèse de Toulon qui a conduit à la suspension des ordinations dans ce lieu, les fermetures définitives de quelques communautés nouvelles, voici la visite apostolique de notre diocèse. Elle commence à peine, mais nombreux sont ceux qui, ne sachant rien, n’hésitent pourtant pas à spéculer et à répandre le venin de la discorde et de la suspicion. Ajoutez à cela le fait qu’il n’y a eu qu’un seul prêtre ordonné cette année et aucun diacre en vue du sacerdoce, et vous pouvez en conclure, comme le font certains, que tout va mal dans notre belle Eglise d’Alsace. Il est urgent que nous retrouvions l’espérance ; il est urgent de nous réjouir de ce qui se fait de bien, dans notre communauté comme ailleurs dans le diocèse ; il est urgent de se réjouir d’être croyant ; il est urgent de retrouver notre confiance en Dieu qui peut tout et qui n’abandonne jamais son peuple. Un croyant qui désespère est un croyant perdu. 

            Pour retrouver l’espérance, il nous faut revenir à l’enseignement de Jésus et à la mission qu’il a confiée à ses disciples. L’Evangile de ce dimanche est on ne peut plus clair : Dites-leur le règne de Dieu s’est approché de vous. Nous n’avons rien d’autre à dire, rien d’autre à faire, pas même et surtout pas à chercher à les convertir : cela est l’œuvre de Dieu lui-même. Lui seul peut toucher les cœurs, lui seul peut convertir. Mais nous pouvons et devons témoigner de ce règne de Dieu devenu proche des hommes. Nous le ferons par notre espérance ; nous le ferons par notre art de vivre en fraternité ; nous le ferons par notre confiance sans faille en Dieu, notre Père, en Jésus, notre Sauveur et en l’Esprit qui nous fait vivre en frères. Il n’y a même pas à insister auprès de ceux qui refuseraient de nous entendre, juste à leur redire : Sachez-le, le règne de Dieu s’est approché. Et n’oublions pas la première parole à dire avant même l’annonce du règne de Dieu : Paix à cette maison ! L’œuvre de Dieu que nous avons à propager, c’est fondamentalement la paix entre tous, la paix pour tous. Ce n’est pas la peine de vouloir parler de Dieu si notre but est d’engendrer des conflits. Notre devoir premier, c’est la paix et l’annonce du règne de Dieu qui est toujours un règne de paix. Dieu ne peut pas régner dans les cœurs agités, dans les cœurs qui se font la guerre. Souvenons-nous du message des anges quand Dieu est entré dans le monde en son Fils Jésus. Il résonnait ainsi : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! Il n’y a là rien de difficile à comprendre, me semble-t-il ! Invoquer Dieu pour faire la guerre et pour détruire l’homme est une hérésie doublée d’un blasphème, et ce dans toutes les religions. 

            Au moment où nous entrons en vacances et profitons d’un temps de repos bien mérité, demandons à Dieu cette paix du cœur et cet art de vivre en frères qui nous fera annoncer son règne par notre vie simple et ordinaire. Puissent les hommes et les femmes que nous rencontrerons, découvrir à travers nous ce règne de Dieu devenu proche des hommes. Qu’ils soient croyants ou non, qu’ils soient engagés à construire avec nous un monde plus juste et plus fraternel, un monde plein d’espérance en demain qui vient. Amen.


samedi 26 février 2022

8ème dimanche ordinaire C - 27 février 2022

 Plus que jamais, il nous faut des cœurs bons en abondance.





            Est-ce de l’humour ? Est-ce du cynisme ? Je ne sais pas, je ne crois pas. Ce dont je suis sûr, en revanche, c’est que la prière d’ouverture de la liturgie de ce huitième dimanche du temps ordinaire ne manque pas de piquant. Je vous la relis, au cas où vous l’auriez oubliée. Nous t’en prions, Seigneur, accorde-nous de vivre dans un monde où les événements se déroulent selon ton dessein de paix, et où ton Eglise connaisse la joie de te servir dans la sérénité. Dans le contexte mondial actuel, avec le bruit des chars et des bombes en Ukraine, dans le contexte ecclésial français toujours alourdi par le rapport Sauvé, je reconnais qu’il faut oser une telle prière. Jamais le dessein de paix n’a été autant battu en brèche en Europe depuis la fin des conflits qui ont ravagé notre vieux continent ; jamais la sérénité n’a autant fait défaut à l’Eglise. Peut-être est-elle vraiment de circonstance alors, cette prière, mais que notre cœur n’y est pas vraiment ! 

            A quoi cela sert-il de prier pour la paix quand des hommes se battent pour assouvir je ne sais quel besoin de celui qui a lancé la guerre, alors qu’il jurait encore il y a quelques jours, grand Dieu, que ce n’était pas là son intention ? Des paroles de miel contredites par des actes menaçants la paix mondiale. Que nous dit l’évangile de ce dimanche ? Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit. Chaque arbre se reconnaît à son fruit. Je ne porte pas de jugement, mais il ne me semble pas que la guerre soit un bon fruit. Oh je sais bien que, même en France, certains pensent qu’il faudrait à nouveau une bonne guerre pour régler quelques problèmes. Peut-on honnêtement être dépourvu d’intelligence à ce point pour penser qu’une guerre peut être bonne ? Peut-on à ce point manquer de discernement pour croire qu’en opposant des peuples, on règle leurs problèmes ? Depuis quand la destruction, et la pauvreté qu’elle entraîne toujours dans son sillage, sont-elles considérées comme des choses bonnes et désirables pour que cela aille mieux ? L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. Il n’y a pas besoin d’être philosophe ou théologien pour comprendre ce que nous dit Jésus. Si tu formules des paroles qui conduisent au mal, tu es un homme mauvais, le mal a envahi ton cœur. Pour être totalement clair, un cœur bon ne peut pas concevoir le mal ; un cœur bon ne peut pas laisser sa bouche dire du mal. 

            Au moment où nous commençons à réfléchir à celui ou celle qui nous gouvernera demain, voilà un bon critère de choix : est-ce une personne bonne ou une personne mauvaise ? Et la position que celles et ceux qui se présentent pour nous gouverner prennent par rapport à ce conflit en Ukraine, nous indique de quel côté penche leur cœur. Seul un cœur bon dénoncera le mal fait et les mensonges servis sans scrupule depuis quelques jours. Il nous faudra à tous un cœur bon pour ne pas mettre une personne mauvaise à la tête de notre pays. Il nous faudra un cœur bon pour résister aux appels à la haine qui se multiplient dans la plus grande indifférence. Il nous faudra un cœur bon pour reconnaître que chaque être humain a de la valeur, qu’il vienne de chez nous ou pas. Il nous faudra un cœur bon pour construire dès aujourd’hui un monde meilleur pour demain, où chacun a sa place, où chacun peut être libre, où chacun peut avoir une chance de réussir sa vie pour le bien de tous. Le temps du Carême qui s’ouvre cette semaine nous permettra de purifier notre cœur, de le rendre bon s’il ne l’était plus, meilleur encore s’il l’est déjà pour que nous puissions préparer un avenir bon pour nous et pour tous ceux qui viennent vivre chez nous. 

Plus que jamais, il nous faut un cœur bon pour oser une prière pour la paix, pour oser demander à Dieu de remettre de la paix dans le cœur des hommes. Il nous faut des cœurs bons en abondance pour lutter contre les cœurs mauvais qui poussent au Mal. Il nous faut des cœurs bons, assoiffés de justice, de paix et de vérité, pour garantir justice et paix à tous les peuples. Nous recevrons dans un instant le Corps du Christ, Corps livré pour le salut du monde. Accueillons-le au plus profond de notre cœur ; qu’il s’y établisse, et avec lui qu’il y établisse le désir de paix, le désir de justice, le désir de vérité, le désir de la fraternité entre tous les peuples. Demandons cela pour nous, demandons cela pour tous les hommes. Lorsque tous les cœurs déborderont de Dieu, et de Dieu seul, le Mal aura définitivement perdu, la paix aura définitivement gagné. Prions pour cela sans jamais nous lasser : notre monde en a besoin, notre avenir en dépend. Amen.

samedi 30 novembre 2019

1er dimanche de l'Avent A - 1er décembre 2019

Utopie ou réalité, la vision d'Isaïe ?






            Utopie ou réalité, la vision du prophète Isaïe entendue en première lecture ? Utopie ou réalité, le désir de paix qui habite de nombreux hommes, femmes et enfants à travers le monde en ce premier jour du mois de décembre ? Il faut relire cette belle page du prophète pour comprendre, qu’avec Dieu, nos utopies peuvent devenir réalité. 

            Ce qu’Isaïe annonce, c’est une vision qu’il a eue. Mais attention, lorsque l’on dit que les prophètes (parce qu’Isaïe n’est pas le seul) ont des visions, nous ne sommes pas chez Madame Irma. Isaïe, pas plus que les autres prophètes d’ailleurs, n’est un devin ; il est un visionnaire. Dieu lui fait entrevoir le monde tel que Lui le voit. En cela, notre lecture du jour est surprenante parce qu’elle montre qu’un jour, le désir de Dieu et le désir des hommes ne feront plus qu’un. Dieu élèvera Jérusalem au plus haut, faisant d’elle la lumière pour les nations. Les nations, pour leur part, iront volontairement et joyeusement à la rencontre du Seigneur sur sa montagne. Le désir de Dieu, qui est de sauver tous les hommes, trouvera un écho favorable dans le désir des hommes d’être sauvés. C’est un monde nouveau qu’il est donné de contempler à Isaïe. Un monde où la paix sera réalité parce que les hommes n’apprendront plus la guerre. Ils transformeront toutes leurs armes de destruction en outils utiles aux hommes : de leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Ils n’apprendront plus la guerre. Est-il plus belle manière, et plus forte manière de dire que la guerre n’est pas une nécessité inévitable ? La guerre ne serait donc pas quelque chose qui nous tombe dessus, mais quelque chose que nous avons cherché, que nous avons appris. Pour vivre en paix, il suffirait donc de désapprendre la guerre, de désapprendre les conflits toujours inutiles, basés sur des motifs futiles. Au lieu d’apprendre la guerre, nous pourrions apprendre la paix, la paix que Dieu nous offre, la paix qui rassemble les nations, la paix qui construit un monde plus juste et plus fraternel. Ce qu’Isaïe annonce parce qu’il l’entrevoit de Dieu lui-même, les hommes peuvent le réaliser s’ils [marchent] à la lumière du Seigneur. 

            Nous comprenons alors pourquoi l’Eglise nous fait relire les prophètes, et Isaïe en particulier, durant le temps de l’Avent. Ce qu’ils ont annoncé aux hommes de leurs temps, reste vrai pour nous aujourd’hui. Ce qu’ils ont annoncé aux hommes de leur temps, nous croyons que Dieu l’a réalisé – et le réalise toujours – par le don de son Fils Jésus, venu dans notre monde. Puisque l’Avent que nous inaugurons aujourd’hui, nous prépare aux fêtes de Noël, comprenons que cette fête, ce n’est pas seulement accueillir l’Enfant Dieu, mais accueillir le monde tel que Dieu le voit, tel que Dieu le veut. Si les hommes ne veulent pas du monde tel que Dieu le voit, il pourra bien s’incarner mille fois, s’abaisser à notre taille dix mille fois, nous n’arriverons jamais à sa taille à lui. Si nous ne désapprenons pas la guerre, si nous n’apprenons pas la paix, jamais Dieu, quand bien même il deviendra l’un de nous, ne pourra sauver le monde. Si nous tenons à nos conflits, si nous tenons à nos mesquineries, si nous tenons à nos armes, la terre ne pourra pas être labourée par les socs de la Parole de Dieu. Si nous tenons à nos langues mauvaises, à nos insinuations perfides, à nos jugements péremptoires, jamais la lumière du Seigneur ne pourra nous éclairer et nous attirer. Puisque nous marchons vers Noël, nous devons entrer dans ce mouvement qui transforme tout ce qui détruit en source de construction. Le monde nouveau, le monde de paix ne se fera pas malgré nous ; mais il viendra plus vite grâce à nous. Chacun est important dans cette réalisation. Chaque petit effort individuel vers plus de paix rejoindra le désir de Dieu de sauver les hommes. Chaque petit effort individuel vers la paix aidera Dieu dans la réalisation de son projet d’amour pour tous. Il n’y a pas un peuple qui ne soit pas concerné ; il n’y a pas un homme qui ne soit pas concerné. 

            L’utopie d’Isaïe, l’utopie de tant d’hommes et de femmes qui désirent ardemment vivre en paix, deviendra réalité, si nous commençons, ici et maintenant à la construire. Peut-être faut-il commencer par rêver davantage cette paix possible entre tous les peuples du monde. Peut-être faut-il rêver davantage ce monde nouveau pour désirer le réaliser et s’y mettre concrètement. Comme le dit si souvent le pape François, en cette matière aussi, la politique des petits pas est efficace. Un pas l’un après l’autre, un nouveau petit pas chaque jour, et notre utopie sera notre réalité, parce que nous l’aurons construite, pas à pas. Marchons à la lumière du Seigneur, contemplons le monde qu’il voit et désire, pour le désirer à notre tour et déjà le construire. Amen.





(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année A, Les Presses d'Ile de France) 

samedi 5 janvier 2019

Epiphanie - 06 janvier 2019

Avons-nous le droit de célébrer l'Epiphanie ?









L’actualité de cette fin de semaine est marquée, pour moi, par cette lettre anonyme hideuse adressée à un député de la Nation, à qui le ou les destinataires promettent la mort parce qu’il n’est pas blanc et qu’il serait venu profiter des avantages du pays (la France) ! Le reste de la lettre est encore plus abject et ne mérite pas qu’on le relaie. Je découvre cela au moment où je m’apprête à rédiger l’homélie de la fête de l’Epiphanie ; et je m’interroge : avons-nous le droit de célébrer encore cette fête quand des français, blancs apparemment, élevés sans doute au lait du christianisme, en arrivent à écrire pareilles horreurs ! Avons-nous le droit de célébrer l’Epiphanie, quand des responsables politiques, soucieux pour une fois d’installer une crèche dans les espaces publics, en retirent toutefois Melchior au motif qu’il est noir ?

La fête de l’Epiphanie, rappelons-le, nous fait célébrer la révélation du Fils unique aux nations, grâce à l’étoile qui les guidait (oraison de la solennité). Dieu lui-même convoque ainsi tous les peuples de la terre, quelles que soient leurs croyances ou leurs origines, à reconnaître en l’Enfant de la crèche le Fils qu’il a envoyé pour sauver tous les hommes qu’il a créés ! Ce faisant, c’est bien lui, Dieu, qui appelle tous les hommes à une fraternité universelle ; c’est bien lui, Dieu, qui nous oblige à reconnaître en tout homme un frère à accueillir, un frère à aider, un frère à aimer. Ceux que Dieu convoque ainsi dans la maison commune de notre humanité, puis-je moi les renvoyer au prétexte qu’ils n’ont pas la bonne couleur ? Ceux que Dieu aime d’un amour unique, puis-je moi les haïr au prétexte qu’ils me prendraient quelque chose qui me reviendrait de droit ? Ceux que Dieu a créés dans son unique amour, puis-je moi les anéantir au prétexte que je ne m’en reconnais pas le frère ? Comment puis-je seulement servir un tel Dieu qui semble faire tout son possible pour me contrarier ? Vous comprendrez bien, sœurs et frères en Christ, que c’est à celui qui refuse le projet d’amour de Dieu pour tous les hommes de changer et de se convertir, et non à Dieu de changer de projet. Vous comprendrez bien que c’est celui qui refuse ce projet d’amour qui doit s’ouvrir aux autres, et non aux autres de se retirer de sa présence. La terre que Dieu nous donne ne nous appartient pas ; elle est le bien commun de l’humanité. La France ne nous appartient pas ; elle est le bien commun de tous ceux et celles qui veulent vivre dans la liberté, la fraternité et l’égalité, d’où qu’ils viennent au départ, quelles que soient leurs opinions, leur foi ou leur non foi. Le refus de l’autre jusqu’à le menacer de mort n’est pas une opinion. Et notre pays devrait s’en souvenir, particulièrement après les camps de la mort que nos grands parents ont connu. 

Aujourd’hui, des étrangers viennent à la rencontre du Fils de Dieu, à l’invitation de Dieu lui-même. Aujourd’hui, nous sommes invités par Dieu lui-même à nous reconnaître tous frères, en ce Christ qu’il nous offre. Les lectures de cette fête nous montrent bien que ce n’est pas une nouvelle idée de Dieu : c’est un projet ancien, c’est l’unique projet de Dieu depuis les commencements. C’est l’unique projet de Dieu depuis qu’il s’est choisi un peuple particulier pour être lumière pour toutes les nations : les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore, prophétisait Isaïe. Et Paul, approfondissant l’enseignement reçu du Christ par les Apôtres, affirme aux Ephésiens : ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. Puisque l’Evangile est Bonne Nouvelle, nous ne saurions accepter des propos qui en réduisent la portée, ni des actes contraires à son enseignement. Regardons ce que ces étrangers nous apportent au lieu de ne voir que ce qu’ils seraient susceptibles de nous prendre. Regardons et apprécions l’or, l’encens et la myrrhe de ces rencontres avec celui qui nous est différent mais non indifférent, de celui qui nous est autre mais non hostile. Rejetons de notre vie les germes d’Hérode qui ira jusqu’à massacrer les nouveau-nés d’Israël, parce qu’incapable de s’ouvrir à la nouvelle d’un Dieu fait homme, d’un nouveau Roi pour l’univers. Cultivons le message des anges reçu à Noël et amplifié par cette Epiphanie : ils chantaient la gloire de Dieu et la paix pour tous les hommes que Dieu aime ! 

Pouvons-nous encore célébrer l’Epiphanie aujourd’hui, interrogeais-je en début d’homélie ? Nous le pouvons et nous le devons, pour toujours nous souvenir de l’unique projet de Dieu et le rendre toujours plus actuel, toujours plus réel. Ce que Dieu a accompli en Jésus Christ, poursuivons-le et vivons-le intensément. Ainsi nous participerons à construire ce monde où tous les hommes vivent en frères, par la grâce de Dieu et la volonté de son peuple. Amen.


(Jérôme BOSCH, L'adoration des Mages, vers 1510)

mardi 25 décembre 2018

Noël : Messe de Minuit - 24 décembre 2018

Ne craignez pas !






            Une enseignante de nos écoles catholiques, qui voulait parler de Noël à ses élèves de CM2, s’était entendu répondre par un enfant : Mais Madame, votre histoire on la connaît depuis l’école maternelle. Que devrions-nous dire, nous qui sommes plus proches des cheveux blancs que des bancs d’école, et qui venons chaque année, au cœur de la nuit, célébrer le Dieu qui vient ? Que nous connaissons l’histoire, nous aussi ? Pourtant, est-elle bien la même d’année en année ? Je n’en suis pas sûr, tant ce que nous vivons, modifie ce que nous percevons. Alors, plutôt que de vous parler de Marie, Joseph et Jésus, je voudrais reprendre avec vous le message de cette fête, tel qu’il nous est donné par les anges. 

            Ce message commence ainsi : Ne craignez pas ! Ce messager de Dieu, qui ne se dérange pas pour rien en général, ne vient pas nous faire peur. Dieu ne vient pas faire peur aux hommes. Comme cela est rassurant à une époque où certains utilisent Dieu pour semer la terreur et la mort. Comme cela est rassurant après des années de discours moralisant de la part de l’Eglise et de ses représentants. Les hommes avaient toujours une bonne raison de se méfier de Dieu : ils n’étaient jamais assez ceci ou alors trop cela pour convenir à Dieu et à ses représentants. Ont-ils entendu ce message de l’ange qui se veut rassurant ? Ne craignez pas, Dieu ne vient pas vous faire misère. Ne craignez pas, Dieu ne vient pas vous demander des comptes. Ne craignez pas, Dieu ne vient pas pour vous faire mourir. 

Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple. De mieux en mieux. Non seulement, il n’y a pas à craindre Dieu, mais en plus voici qu’il livre une bonne nouvelle. Dieu a choisi le camp des hommes, Dieu a choisi de se faire homme : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. A-t-on jamais entendu pareille chose ? Ce Dieu que certains craignaient, ce que Dieu que d’autres utilisaient à leur sombre profit, voici qu’il prend forme humaine et rejoint notre monde. Comme le dira saint Irénée : Dieu s’est fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu. Tout notre Avent nous tendait vers la réalisation de cette promesse ; tout notre Avent aboutit ici, à la crèche, avec cette certitude que nous n’avons pas à craindre Dieu. La rencontre entre l’homme et Dieu, que certains avaient confisqué pour plus tard, quand l’homme ne sera plus qu’un corps mort, voici qu’elle a lieu, au cœur de notre nuit, au cœur de cette nuit. Et c’est une bonne nouvelle ! 

C’est une bonne nouvelle parce qu’elle ouvre pour les humains que nous sommes des perspectives nouvelles. C’est une bonne nouvelle parce que cet enfant nouveau-né vient nous dire que la paix est possible ; cet enfant nouveau-né vient nous dire que la joie est possible, même au cœur de la nuit la plus profonde ; cet enfant nouveau-né vient nous dire qu’un avenir est possible pour les hommes. Il porte en lui la réalisation de toutes les promesses que Dieu a formulées au long de l’alliance. Il porte avec lui la possibilité d’un salut pour les hommes, la possibilité d’une vie qui ne finira jamais. Quand des hommes sont capables de s’extasier devant une nouvelle vie qui commence, alors ils sont capables du meilleur, alors ils sont capables de se reprendre et de construire un monde nouveau dans lequel leurs enfants seront heureux, libres et en paix. 

Cette bonne nouvelle, dans l’évangile, parvient aux bergers, aux parias de la société d’alors. Les bien-pensants, les bien-vivants n’ont rien perçu de ce grand mystère, n’ont rien perçu de cette grande nouvelle. Trop occupés, ils n’ont pas su accueillir celui qui frappait à leur porte : pas de place pour lui dans la salle commune, pas de place pour lui dans la vie de ces hommes. Ce drame n’a pas eu lieu qu’à l’époque, quand Jésus est né de Marie ; ce drame est encore le drame de tant d’hommes et de femmes, qui ne savent pas, ou qui ne veulent pas, accueillir Dieu dans leur vie. Nous en avons des échos chaque année, à l’approche de Noël, quand se pose la question de la présence de crèches dans l’espace public : pas de place pour ça ! Nous en avons des échos quand des hommes se servent de Dieu pour détruire l’homme : pas de place pour un Dieu qui aime les pauvres et les opprimés dans ce monde où ne compte que le profit de quelques-uns. A-t-il une place dans ta vie ? 

Regardez-le bien, ce petit Dieu fait homme : il a déjà les bras ouverts pour nous accueillir tous dans son amour. Il se donne à nous et veut nous attirer à lui. Allons à lui, sans crainte, et demandons-lui de nous rendre capables de lui puisqu’il s’est rendu capable de nous. Puisqu’il a su s’abaisser, il saura nous élever. Amen.

 (Enluminure de Frère Jacques)

 

 

dimanche 13 mai 2018

07ème dimanche de Pâques B - 13 mai 2018

Dieu est amour !






Nous terminons aujourd’hui la méditation de la première lettre de Jean. Pendant cinq dimanches, nous avons découvert avec l’apôtre ce qu’était l’amour. Mesurons le chemin parcouru :

·       2ème dimanche de Pâques : Tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements.

·       3ème dimanche de Pâques : En celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment sa perfection.

·       4ème dimanche de Pâques : Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes.

·       5ème dimanche de Pâques : N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité.

·       6ème dimanche de Pâques : Aimons-nous les uns les autres puisque l’amour vient de Dieu.  Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. 

Au terme de notre parcours, voici l’affirmation centrale de la pensée de Jean : Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. 

            Dieu est amour. En trois mots, Jean a tout dit, tout ce qui compte, la seule chose qui importe. Parce que Dieu est amour, un monde nouveau est possible. Parce que Dieu est amour, les hommes peuvent espérer vivre en paix. Parce que Dieu est amour, les hommes peuvent espérer vivre libres. Parce que Dieu est amour, les hommes peuvent apprendre à aimer vraiment. Au risque de passer pour un radoteur, je redis ici, à la suite de l’apôtre Jean, que tout ce qui n’est pas amour ne vient pas de Dieu. Toute parole qui n’est pas dite au nom de l’amour ne vient pas de Dieu. Tout acte qui n’est pas un acte d’amour ne peut être revendiqué au nom de Dieu. Toute religion qui n’entraîne pas ses croyants à l’amour n’est pas au service de Dieu. Quiconque agit dans le but de détruire, de faire du mal, de faire du tort à autrui n’agit pas au nom de Dieu. Quiconque affirmerait le contraire serait un menteur et un falsificateur, voire un blasphémateur. Comment puis-je me réclamer d’un Dieu dont le nom est Amour si je ne me laisse pas entraîner par cet amour ? Comment affirmer devant les hommes que le Dieu que je sers est amour si mon cœur penche du côté obscur de l’homme, si je cède au pire de ce qu’il y a en l’homme ?  Jean ne s’y trompe pas, et ne nous trompe pas, puisqu’il complète son affirmation par cette phrase : Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Puisque l’amour est la marque de Dieu, l’amour est aussi la marque du croyant. Pas de foi en Dieu sans amour : non seulement sans amour pour Dieu, mais aussi sans amour des hommes, de tous les hommes ! L’amour de Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; l’amour de Dieu ne choisit pas quels hommes Dieu doit aimer ; l’amour de Dieu ne condamne pas les hommes sur leur manière de croire ; l’amour de Dieu ne condamne pas les hommes sur leurs opinions, pas même sur leurs opinions au sujet de Dieu. L’amour pour les hommes est tel qu’il espère toujours que même le pire d’entre les hommes se laisse aimer enfin et change de vie. L’amour de Dieu pour les hommes est contagieux au point que les hommes deviennent capables d’aimer comme lui les aime. 

            Dieu est amour. Si aujourd’hui le Mal a encore cours, si aujourd’hui notre monde n’est pas en paix, si aujourd’hui les hommes ne sont pas encore vraiment libres, ce n’est pas à cause de Dieu. C’est à cause des hommes qui ont rejeté Dieu, préférant une liberté tout humaine, toute factice, justifiant tous leurs excès et toutes leurs déviances. Rejeter Dieu, c’est rejeter l’amour véritable. Rejeter Dieu, c’est refuser la capacité d’aimer vraiment. Rejeter Dieu, c’est entraîner les hommes et le monde dans une insécurité permanente, parce que toujours suspendu soit au bon vouloir, soit à la folie de quelques-uns. La formule Dieu est amour n’est pas une médecine douce à verser sur les plaies d’un monde en folie ; c’est une réalité dont nous devons être convaincus pour pouvoir enfin en vivre. Chaque croyant doit commencer par évacuer le Mal de sa propre vie, refuser tout ce qui pourrait l’y conduire, en vivant humblement à la suite de Dieu qu’il sert. La paix et la liberté deviendront réalité pour tous quand chaque individu aura accepté que son voisin qu’il n’aime pas, qui est différent de lui, qui croit différemment que lui, a le droit à la paix, à la liberté, à la vie. Saint Jean est plus que clair à ce sujet : Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. C’est bien une obligation ; nous ne saurions nous en dédouaner, sous aucun prétexte. 

Nous ne pourrons mener aucun des grands combats sociétaux qui s’annoncent si nous le faisons dans la haine. Nous ne changerons pas le cœur des hommes par la violence, ni par la violence des mots, ni par la violence des actes. Seul l’amour sauvera le monde ! Seul l’amour transformera le monde en profondeur ! Encore faut-il que nous acceptions d’accueillir cet amour dans notre vie. Laissons-nous donc aimer par Dieu et nous deviendrons capable d’aimer tous les hommes que Dieu met sur notre route puisqu’il nous a donné part à son Esprit. Appartenant à Dieu par notre baptême, vivant de son Esprit, aimons, aimons, aimons. Il n’y a rien de plus grand ; il n’y a rien de plus utile ; il n’y a rien de plus urgent. Amen.
 
(dessin de M. Leiterer)


samedi 9 décembre 2017

02ème dimanche de l'Avent B - 10 décembre 2017

La paix comme prix de la consolation.







Avez-vous mesuré le progrès spirituel que nous font faire les lectures de ce dimanche ? La semaine dernière, nous interrogions Dieu avec le prophète : Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Et voilà que le même prophète annonce la consolation de son peuple : Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Oui, Dieu fait la paix avec les hommes. 
 
A relire le prophète Isaïe, nous comprenons que quelque chose de neuf commence, une nouvelle ère, une nouvelle relation à Dieu. Le temps de la punition est passé ; nous voici au temps de la préparation de la venue du Seigneur. L’annonce de la voix qui crie dans le désert, relayée des siècles plus tard par Jean le Baptiste, dans des termes identiques, invite à préparer le chemin, à tracer droit dans les terres arides, à abattre des montagnes, à combler les ravins. Il ne s’agit pas là de simples aménagements paysagers, mais bien d’une attitude spirituelle profonde. C’est en nous qu’il y a, semble-t-il, des ravins à combler ; c’est autour de nous qu’il y a des montagnes à abaisser. Ravins de la haine qui éloignent des autres, montagnes d’orgueil qui empêchent de rencontrer l’autre ; c’est en nous qu’il y a des chemins à rendre droits pour que Dieu lui-même puisse trouver le chemin de notre cœur et que nous trouvions plus facilement la route qui mène à Dieu. Oui, tout ce travail de terrassement, c’est en nous qu’il doit être effectué. Bien des occupations nous éloignent de Dieu ; bien des distractions nous empêchent de le trouver, de lui parler, de le prier. Ce temps de l’Avent se veut un temps de retour vers lui. 
 
L’Apôtre Pierre, en encourageant les croyants à la même patience que Dieu, nous exhorte, dans l’attente du jour de Dieu, à tout faire pour que le Christ nous trouve sans tache ni défaut, dans la paix. Il répond aux objections de celles et ceux qui n’auraient pas compris pourquoi abattre des montagnes et combler des ravins en nous et autour de nous : parce que Dieu le veut, parce que seul le fait de vivre en paix nous permettra d’accueillir vraiment le prince de la paix. Seule la paix établie en nous et autour de nous nous permettra de vivre ce jour de Dieu avec la sérénité nécessaire. Seule la paix permettra l’avènement d’un monde de justice. Comment accueillir la paix lorsque, en nous, se dressent tant de barrières ? Comment accueillir le Prince de la Paix lorsque nous nous révélons incapables d’accueillir notre voisin ? 
 
Si, avant la communion, nous sommes invités à un geste de paix, c’est pour dire notre désir d’accueillir déjà cette paix de Dieu. Pouvons-nous nous dire proche de Dieu et en paix avec lui alors que nous sommes brouillés avec telle ou telle personne de notre entourage, proche ou lointain ? Si l’amour de Dieu porte à l’amour du prochain, alors la paix que nous recevons de Dieu porte à établir la paix avec les autres et à vivre en paix entre nous. Et à faire le nécessaire pour que la paix progresse partout dans le monde. Nous ne pouvons pas nous désintéresser des situations conflictuelles dans le monde au prétexte que nous n’y sommes pour rien et que nous n’y pouvons rien changer ! Nous pouvons toujours prier Dieu d’envoyer son Esprit de paix sur tous les hommes ; nous pouvons toujours manifester notre soutien et notre proximité avec celles et ceux qui connaissent la guerre. Cette nécessaire solidarité dans la prière et la charité n’est pas vaine : elle témoigne de notre humanité et de notre exigence que tous, un jour, puissent vivre en paix. Il n’y a rien de pire que l’indifférence et l’oubli. 
 
Que ce temps d’avent soit temps de vigilance et temps pour reconstruire la paix. Il n’y a pas de grande guerre ou de petite guerre : il n’y a que la guerre. Il n’y a pas de grande paix ou de petite paix : il n’y a que la paix. Si elle résulte de la bonne volonté des hommes, elle est aussi le fondement du projet d’amour de Dieu pour chacun de nous ; elle est aussi don de Dieu à notre terre. Dans notre prière, n’oublions pas de la demander et préparons-nous à l’accueillir. Amen.

 

dimanche 1 janvier 2017

Sainte Marie, Mère de Dieu - 01er janvier 2017

Marie, compagne pour l'année nouvelle.




Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Y a-t-il, spirituellement, meilleure compagne pour commencer une année nouvelle que la Vierge Marie ? Elle qui a dit « oui » à Dieu sans compter et sans rechigner nous est donnée comme exemple au premier jour de l’an neuf. Chaque nouvel an, l’Eglise fête Marie dans sa maternité divine et nous donne à entendre cet évangile de la visite des bergers à la crèche. 
 
La fête de Noël vient de nous rappeler avec faste que Marie était la Mère de Jésus. Mais de ce Jésus, nous disons qu’il est homme et Dieu. Ainsi Marie devient la Mère de Dieu, enfantant elle-même celui qui l’a appelée à la vie et qu’elle offre maintenant au monde. Commencer l’année avec elle, c’est commencer un chemin spirituel qui nous conduira à entrer dans la volonté de Dieu pour nous, sans compter, sans rechigner. Marie ne comprend sans doute pas tout ce qui arrive depuis qu’elle a mis au monde son fils premier-né, ni tout ce que les bergers ont bien pu lui raconter. Mais elle fait choix de ne rien ignorer de ce qui se passe, de ne rien oublier. L’évangéliste Luc dit sobrement qu’elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Rappelons ici, une fois de plus, que le cœur, pour l’homme de la Bible, c’est le lieu des grandes décisions. Je réfléchis avec mon cœur, lieu de mon intimité avec Dieu lui-même. Ainsi, toutes mes décisions sont marquées du sceau de Dieu. 
 
Ce que fait Marie, nous sommes invités à le faire pareillement. Nous sommes invités à accueillir le Christ dans notre vie ; nous sommes invités à nous réjouir avec Marie de cette naissance. Nous sommes pareillement invités par elle à garder au cœur le souvenir des merveilles de Dieu. Je conçois qu’il puisse y avoir quelques difficultés, dans un monde bouleversé, soumis à la violence aveugle, de reconnaître les merveilles de Dieu pour les hommes. D’autant plus que certains hommes se servent du nom de Dieu pour commettre le Mal. Malgré tout, apprenons de Marie à voir le bien que Dieu nous fait. Apprenons d’elle à ne désespérer ni de Dieu, ni des hommes. Souvenons-nous qu’elle a dû fuir en Egypte avec son nouveau-né parce qu’Hérode avait choisi de ne pas accueillir cette bonne nouvelle avec le même enthousiasme que les bergers qui se sont pressés à la crèche. Et pourtant, elle a fidèlement accompli ce que Dieu attendait d’elle. Si une future mère, jetée sur les routes par l’orgueil d’un prince qui veut connaître l’étendue de son pouvoir est capable de reconnaître les merveilles de Dieu, si une jeune femme sur le point d’accoucher, et pourtant rejetée de partout et obligée d’accoucher dans une étable est capable encore de voir l’œuvre de Dieu, comment pourrions-nous ne pas apprendre d’elle à voir Dieu à l’œuvre, même dans les jours sombres de notre histoire ? Peut-être est-ce justement un signe de Dieu que ce premier jour de l’année nouvelle, jour où l’Eglise célèbre la maternité de Marie, soit aussi la journée mondiale de la paix ! Quel plus beau signe de paix que celui d’une jeune femme qui devient Mère ? Quel plus beau geste d’espérance que celui qui consiste à donner la vie ? La paix ne commence-t-elle pas par-là, par la capacité de l’homme à refaire la vie, à semer l’espérance d’un monde meilleur dont les enfants sont le signe ? 
 
Peut-être pouvons-nous trouver un autre signe de Dieu dans cette tradition d’échanger des vœux en ce premier de l’an. Reconnaissons-le : les vœux que nous formulons à ceux qui nous sont proches, sont toujours des vœux positifs : santé, prospérité, paix, bonheur… Ne sont-ils pas l’expression verbale de notre désir secret d’un monde plus juste, plus humain ? Nous pouvons nous contenter de les formuler, laissant à Dieu ou à je ne sais qu’elle force, le pouvoir de les réaliser. Mais nous pouvons aussi formuler ces vœux et travailler à leur réalisation en étant, dans notre propre vie, porteur de paix, de bonheur, veillant sur les autres, attentifs au bien commun, refusant les compromissions pour ne nuire à personne. Dans ce choix de vie fondamental, Dieu est présent, son esprit est à l’œuvre ; et nos vœux deviennent alors des bénédictions à l’exemple de celle que nous avons entendue en première lecture. 
 
Avec Marie, Mère de Dieu, Mère de tous les hommes, entrons dans cette année nouvelle avec joie et espérance. Entrainons-nous à savoir lire les signes de la présence de Dieu. Entrons-y aussi avec la ferme résolution de tout faire au mieux pour le bien commun. Ainsi nous participerons à la construction de ce monde voulu par Dieu, monde de paix pour tous les hommes. Amen.

(Dessin de Monsieur Leiterer)
 

lundi 26 décembre 2016

Nuit de Noël - 24 décembre 2016

Quand Dieu se fait migrant...




En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre… Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Ainsi est planté le contexte de la fête qui nous réunit en cette nuit : la vanité d’un homme voulant connaître le nombre de ses sujets. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem… Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Quand on sait l’état des routes, les dangers des voyages, et l’absence de transport confortable, c’est une folie que de jeter sur la route une femme enceinte. Marie et Joseph se plient à la volonté d’un homme comme ils se sont pliés, quelques mois plus tôt à la volonté de Dieu. Ils font ce que l’on attend d’eux. Et Dieu se fait ainsi migrant ! 
 
Or pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. On aurait pu s’attendre à quelque chose de plus glorieux pour la naissance du Fils de Dieu. Nous n’aurons rien de plus que la vanité d’un homme, la difficulté à trouver un peu de place, et une mangeoire. Quel palais pour le Fils du Très-Haut ! Celui qui doit sauver le monde, Jésus, naît pauvre parmi les pauvres. Et les premiers visiteurs ne sont que des bergers, le bas du bas de l’humanité, rameutés par un ange du Seigneur. Et pourtant, quelle fête ! 
 
A relire l’évangile de Luc, il ne semble pas que le contexte soit un obstacle à la joie de la naissance. Même le ciel est en fête : Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime. Dieu lui-même se réjouit de cette naissance et c’est bien assez. Les hommes auront tout le temps de se réjouir quand cet enfant, devenu grand, accomplira le salut promis. En Jésus, Dieu se fait migrant, quittant le trône de sa gloire pour partager notre humanité la plus simple. Il ne quitte pas la gloire du ciel pour la gloire d’un palais, mais pour la vie la plus ordinaire qui soit, avec son lot de joies et de peines. Une humanité pleinement assumée. C’est peut-être cela qui fera dire à saint Irénée que la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. Voilà fixé l’horizon de la mission de cet enfant : prendre sur lui tout ce qui fait une vie d’homme, pas seulement les bons côtés, pas seulement la vie d’une minorité (celle qui vit dans les palais), mais la vie de tous les hommes (y compris ceux qui sont jetés sur les routes, ceux qui sont déconsidérés, ceux qui sont pauvres) pour les mener au salut. 
 
Quand Dieu se fait migrant, marchant sur nos routes humaines, c’est donc pour que Dieu et les hommes puissent se rencontrer. Il n’est pas comme les dieux de l’Olympe qui se contentent de regarder les hommes pour s’en amuser ; non, il est Dieu de l’Alliance, Dieu qui veut faire de l’homme un partenaire, un égal. Dieu ne va pas sans l’homme, pas plus que l’homme ne peut aller sans Dieu. Pour reprendre la citation intégrale de saint Irénée : la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ; la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu. L’homme ne vit pleinement que lorsqu’il voit Dieu, lorsqu’il prend en compte ce partenaire d’Alliance. En Jésus, Dieu et l’homme sont à jamais liés. La joie que connaît le ciel en cette nuit, la joie de Marie et de Joseph d’accueillir leur enfant, la joie des bergers devant la vision de cet enfant, doit devenir la joie de tous les hommes. Cette joie doit être notre joie aujourd’hui, parce que nous ne vivons pas dans le souvenir d’un événement passé, mais parce que aujourd’hui, en cette fête de Noël, Dieu vient à notre rencontre, Dieu vient assumer notre humanité, totalement, pour nous permettre de vivre parfaitement quand nous le contemplons, quand nous le servons. Et nous pouvons le contempler, et nous pouvons le servir à travers chaque homme, chaque femme, chaque enfant qui croisent notre route. Quand Dieu se fait migrant, les hommes deviennent responsables les uns des autres. En effet, en chaque humain que je rencontre, je suis invité à voir et à servir Dieu lui-même. Jésus nous le rappelle lorsqu’il nous dit : ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! 
 
En cette nuit, Dieu se fait migrant pour nous offrir la vie, pour nous offrir la paix. C’est bien ce que proclame le chant des anges. Cette paix devient possible parce que Dieu et l’homme se rencontrent et se reconnaissent. La paix n’est jamais le fruit d’un chacun chez soi ; elle est le fruit d’une rencontre et d’une reconnaissance mutuelle. En cette nuit où le Tout-Autre vient nous rencontrer, apprenons de lui à construire cette paix proclamée par les anges. Puisque Dieu se fait migrant pour nous offrir sa vie et sa paix, acceptons de sortir de nous-mêmes, allons à la rencontre des autres et le miracle de Noël (vie et paix pour tous) deviendra réalité. Amen.
 
(Tableau de Domenico Ghirlandaio, La Nativité, 1483-1485, Chapelle SASSETTI, Basilique Santa Trinita, Florence)