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samedi 8 août 2026

19ème dimanche ordinaire A - 9 août 2026

 De l'art et de la manière de parler de Dieu ! 




(Jésus marche sur les eaux, Tableau de James TISSOT, Brookling Museum)


 



            Il y a des textes bibliques qui sont un vrai coup de boost pour la foi parce qu’ils ont l’art et la manière de parler de Dieu. Toute la Bible nous parle de Dieu, me direz-vous ! Certes, mais tous les livres qui la composent ne le font pas de la même manière. Et c’est normal, parce que nous parlons de Dieu à partir de ce que nous connaissons, de ce que nous découvrons de lui, selon ce que nous vivons. La manière de penser Dieu, et donc de parler de lui, est différente selon que nous vivions en temps de paix ou en temps de guerre, selon que nous soyons heureux ou totalement déprimés. Tous les textes bibliques n’nt donc pas le même effet sur notre foi, nitre moral. La première lecture et l’évangile de ce dimanche sont, pour moi, des textes essentiels dans la compréhension de Dieu, capables de redonner le moral et de fortifier notre foi.

            L’extrait du Premier livre des Rois nous rapporte un moment de la vie d’Elie. Il est fatigué par ce peuple qui a rejeté Dieu ; il fuit devant Jézabel qui a promis sa mort. A celui qui est resté fidèle, Dieu demande de sortir de la grotte où il s’est réfugié pour se tenir en présence du Seigneur. Et ce moment en dit long sur le Dieu d’Elie, sur notre Dieu. A l’approche du Seigneur, dit le texte biblique, il y eut un ouragan fort et violent, puis un tremblement de terre, et un feu. Des manifestations puissantes, destructrices, mais dans lesquelles, nous dit l’auteur de ce livre, le Seigneur n’était pas. Le Dieu d’Eli, le Dieu d’Israël, notre Dieu, n’est pas un destructeur ; il ne manifeste pas sa puissance en fendant les montagnes et brisant les rochers. Eli reconnaît Dieu qui passe quand se lève le murmure d’une brise légère. Le murmure d’une brise légère. Quelque chose qui ne fait pas de bruit : pour entendre un murmure, il faut tendre l’oreille ; et quelque chose qui fait du bien. Les récents épisodes de canicule nous ont tous fait espérer le murmure d’une brise légère pour nous sortir de la fournaise. Dieu ne crie pas ; il murmure. Dieu ne détruit pas ; il fait du bien. Voilà ce que nous enseigne cette page de la Première Alliance. Et moi, cela me fait du bien de l’entendre ; cela donne à ma foi un nouvel élan. Dieu me veut du bien ; Dieu me parle doucement, tendrement. Et cela vaut pour tous. Dieu vous veut du bien ; Dieu vous parle doucement, tendrement.

            Cette affirmation est tellement vraie qu’elle se prolonge dans les textes de la Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus Christ. Lorsque nous le croisons, après un temps de prière, il vient vers ses disciples en marchant sur la mer, bien que la barque dans laquelle se tenaient ces derniers fut battue par les vagues, car le vent était contraire. Ne nous moquons pas des disciples qui prennent peur à cette vue ; nous aurions fait pareil et avec eux, nous nous serions mis à crier. Nous aussi, nous aurions cru voir un fantôme. Jamais personne n’avait marcher sur la mer ; jamais personne n’avait écrasé le mal de son talon. Il faut nous rappeler que la mer est le lieu où résident les forces du mal. La mer déchainée, aucun humain ne la contrôle, aucun humain ne la domine. Jésus, vrai homme et vrai Dieu, l’écrase de son pied. Il fallait qu’un disciple réagisse, et c’est Pierre qui naturellement s’y colle. Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Je ne suis certainement pas le seul dans cette barque à me dire qu’il a perdu une occasion de se taire, le Pierre. Mais Jésus lui dit : « Viens ! » et Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux. Et ça marche ! L’homme, quand il garde les yeux fixés sur Jésus peut écraser le mal de son talon, comme Jésus ! Mais quand il prend conscience de la force du vent contraire, il a peur et il coule. Pierre a cependant ce réflexe salvateur de crier vers Jésus : Seigneur, sauve-moi ! Ce qu’il fait en étendant la main.

            Comme le texte du Premier livre des Rois, Matthieu, en rapportant cet épisode, nous montre que Dieu, en Jésus, veut notre bien puisqu’il vient écraser le mal qui agite et bouleverse notre vie. Il nous redit aussi que Dieu n’est pas dans la tempête, mais qu’en Jésus, il la domine et en triomphe. Quand Jésus est dans la barque, le vent tombe. Il n’y a pas de place pour le mal là où est Jésus ; le mal est vaincu quand Jésus est accueilli dans une vie. Nous devons en être convaincus : par notre baptême, nous participons déjà à la victoire de Jésus sur le mal et la mort. La vie de Dieu, la vie éternelle, est déjà donnée. Nous pouvons faire nôtre la profession de foi des disciples : Jésus, vraiment tu es le Fils de Dieu ! Avec lui dans notre vie, nus pouvons combattre efficacement le mal, d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Même si c’est modeste. Il n’y a pas de petite ou de grande victoire sur le mal ; il n’y a que la victoire du Christ à laquelle nous participons, à notre manière, grâce à sa présence en notre vie. C’est l’œuvre du Christ qui se prolonge ainsi en nous. Sa victoire, obtenue sur la croix, il l’étend à nous, il nous en fait profiter, largement. Il nous faut le grain de folie de Pierre qui pense qu’il peut faire pareil, marcher sur la mer, si c’est Jésus qui le lui demande. Il nous faut croire qu’en Jésus, nous avons déjà notre victoire sur le mal et la mort. Ce n’est pas une utopie ; c’est notre réalité !

            Quand nous nous sentons petits, impuissants face aux événements du monde, souvenons-nous d’Elie sorti de sa grotte, souvenons de Jésus qui marche sur la mer. Et rappelons-nous que Dieu veut notre bien et qu’en Jésus, il nous donne la force de ne pas joindre notre voix et notre vie aux puissances du mal. Avec Jésus, construisons ce monde d’où le mal est exclu. Avec Jésus, apprenons à vouloir et à faire le bien. C’est possible car notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, nous en rend capables. De notre art et de notre manière de parler de Dieu, dépend notre art et notre manière de vivre de Dieu. Amen.

samedi 8 août 2020

19ème dimanche ordinaire A - 09 août 2020

 Quand Jésus marche sur l'eau...




            

          Il est bon quelquefois de se souvenir pour qui un auteur écrit ; cela permet d’entrer encore mieux dans son œuvre et de la comprendre davantage. Matthieu, quand il rédige son évangile, s’adresse à des chrétiens venant du monde juif, d’où son attention aux pratiques de la religion juive. Il veut montrer, à travers son œuvre, que Jésus est le nouveau Moïse, en mieux, en ce sens qu’il va plus loin, qu’il accomplit parfaitement la Loi. Nous en avions un bel exemple au chapitre cinq de l’évangile, celui qui commence par les Béatitudes et se poursuit par un long discours rythmé par ce refrain : On vous a dit… et bien, moi je vous dis… L’évangile de dimanche dernier n’échappait pas à cette comparaison, puisqu’il nous montrait Jésus nourrissant la foule à partir de cinq pains et deux poissons, établissant un parallèle avec le passage de la manne dans l’Ancien Testament, où l’on voit le peuple conduit par Moïse être nourri quotidiennement par ce don mystérieux. L’évangile d’aujourd’hui va lui-aussi dans ce même sens. 

            Il faut nous souvenir ici du geste libérateur posé par Moïse : il est celui qui a libéré son peuple de l’esclavage qu’il connaissait en Egypte, et par-delà ce geste, dans une compréhension spirituelle, celui qui a libéré son peuple du Mal symbolisé par ce pays oppresseur. Souvenons-nous un instant comment cela s’est fait. Il y a eu les dix plaies d’Egypte pour amener le Pharaon à comprendre son intérêt à laisser partir ce peuple. Il y a surtout eu le passage de la Mer Rouge, Moïse ayant écarté les eaux pour que le peuple puisse passer à pied sec, avant que les eaux ne se referment pour engloutir l’armée d’Egypte. C’est un geste fondateur, libérateur, qui affirme la puissance de ce Dieu au nom duquel Moïse agit. Il y a, dans cet acte dont nous faisons mémoire chaque année au cours de la nuit pascale, l’affirmation que le Dieu qui libère est le Dieu qui donne la vie, le Dieu qui s’oppose au Mal, le Dieu plus fort que le Mal. L’Egypte incarnait ce Mal par sa domination sévère sur le peuple issu de Joseph, autrefois admiré pour avoir sauvé l’Egypte et son peuple de la famine. 

            Dans l’évangile de Matthieu, nous assistons à un nouveau signe sur l’eau, posé par Jésus. Jésus n’écarte pas l’eau de la mer sur laquelle la barque des Apôtres est secouée, mais il marche sur l’eau et calme la tempête. Jésus fait mieux que Moïse, une fois de plus. Il est temps de rappeler maintenant que, dans la Bible, la mer représente le lieu où résident les forces du Mal pour bien comprendre les gestes de Moïse et de Jésus. En écartant les eaux pour que le peuple passe à pieds secs, Moïse écartait momentanément le Mal, le danger, et le peuple s’est retrouvé sur l’autre rive en sécurité, pendant que l’armée de Pharaon s’y noyait, entraînée par le mal qu’elle voulait faire au peuple que Dieu a libéré. Dans l’évangile, Jésus marche sur l’eau ; il écrase le Mal de son talon ; il s’en montre le plus fort, annonçant déjà sa victoire finale sur le Mal et la Mort quand il sera dressé sur la croix. Et quand il est enfin dans la barque, le vent cesse, la mer se calme. Le lieu où résident les forces du Mal n’est plus un obstacle à la mission des Apôtres dès lors que Jésus est avec eux. Autrement dit, le Mal ne peut rien contre les disciples qui vivent avec Jésus. Ils bénéficient de la victoire du Christ sur le Mal, ils sont forts, avec Jésus ; ils sont vainqueurs avec Jésus. 

            Nous en avons une preuve lumineuse avec Pierre. Voyant que c’était Jésus, il prit la parole : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : Seigneur, sauve-moi ! Que se passe-t-il ? Tant que Pierre garde Jésus en ligne de mire pour avancer vers lui, il marche sur l’eau, il domine le Mal, il domine ses peurs. Mais dès qu’il est plus attentif au vent, dès que Jésus n’est plus le premier dans sa pensée, il prend peur et il coule. La force nécessaire pour lutter contre le Mal, pour marcher sur la Mer, nous l’avons tous en Jésus, s’il est bien au cœur de notre vie. Tant qu’il est au centre de notre vie, le Mal ne peut rien contre nous, puisqu’il a définitivement vaincu le Mal sur la croix. Dès lors que d’autres choses deviennent centrales, dès lors que nos peurs reprennent le dessus, nous prenons le risque d’être engloutis par le Mal, nous coulons, comme Pierre, comme une pierre. Il nous faut alors crier vers Jésus pour qu’il nous en tire à bras fort. Nous retrouvons cela sur toutes les icônes de la fête de Pâques ; elles nous montrent Jésus, franchissant les eaux de la Mort pour tirer Adam du séjour des morts, et après lui toute l’humanité. Il ne donne pas sa main à Adam, mais il le tire vers lui, le saisissant au poignant, dans un geste souverain, presque autoritaire, parce que oui, Jésus a autorité sur le Mal et la Mort ; Jésus est plus fort qu’eux, il sauve son peuple, le peuple de Dieu, non pas en écartant le Mal temporairement comme l’avait fait jadis Moïse, mais en écrasant le Mal, en le piétinant, définitivement. 

            Telle est l’œuvre de Jésus, l’œuvre qu’il réalise pour nous, l’œuvre à laquelle il nous associe puisque, identifiés à lui par le baptême (passage par l’eau, faut-il le rappeler), nous avons à combattre le Mal d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Il n’y a pas de chrétien qui puisse se dispenser de ce combat primordial ; il n’y a pas de chrétien qui puisse dire : ce combat n’est pas le mien. Laissons-nous rejoindre par Jésus, gardons les yeux fixés sur Lui, et nous tiendrons notre part dans ce combat contre le Mal et la Mort. C’est notre fierté de disciples du Christ. C’est la mission de tous ceux qui veulent vivre de l’Esprit du Ressuscité. Amen.

 

            

    

(Tableau de Philipp Otto Runge, Saint Pierre marchant sur les eaux, 1806, Kunsthalle, Hambourg)

 

samedi 21 mars 2020

4ème dimanche de Carême A - 22 mars 2020

Dieu nous apprend le regard.







C’est curieux comme les événements que nous vivons influencent notre manière de comprendre les Ecritures, et comment les Ecritures peuvent influencer notre manière de vivre les événements qui se présentent à nous. De quoi parlent nos lectures en ce quatrième dimanche de Carême ? De ténèbres et de lumière, de regard porté sur les hommes ou sur les événements. N’est-ce pas ce que nous vivons, ce que vivent les hommes dans le monde entier en ce moment-même ? 

Le monde s’est transformé en vaste prison, tout le monde étant reclus chez lui à cause d’une chose invisible, microscopique dont personne n’a voulu voir le danger au départ. Tant que c’était loin, en Chine, cela ne nous concernait pas. Les premiers avions ont pu atterrir et leurs passagers débarquer sans précaution particulière. Tous, nous n’avons voulu voir là qu’une grippe un peu plus virulente, encouragé en cela par des discours qu’on peut qualifier aujourd’hui de mensongers. L’homme et sa toute-puissance ne saurait être remis en cause par cette « chose ». Ceux à qui il appartient d’observer, de veiller, ont mal regardé, mal jugé et nous voici tous prisonniers, à cause de leur courte vue. J’ai bien conscience, en écrivant ces mots, que je porte là un regard particulier, très humain, sur les événements qui nous bouleversent tous. Que voulez-vous : marqué par les mensonges successifs de ceux qui nous ont gouvernés lors d’autres crises (je pense ici aux premiers attentats et cette assurance donnée par le chef d’Etat d’alors que rien ne changerait à notre manière de vivre alors que tout a changé – venez à Strasbourg en décembre et vous verrez), je ne peux qu’être en colère aujourd’hui. Comment n’avons-nous pas pu voir la catastrophe qui s’annonçait ? Comment tant d’experts rédigeant de prodigieux rapports chaque année ont-ils pu nous aveugler et faire prendre le risque de diminuer nos stocks de masques, sous prétexte que la bienheureuse mondialisation saurait nous fournir en temps utile ? Nous voyons tous aujourd’hui ce qu’il en est ! Comment encore ceux qui gouvernent les différents pays d’un même continent peuvent-ils continuer à prendre des décisions individuelles et nationales plutôt que de s’accorder sur une politique commune ? Est-ce trop demander de regarder ensemble un problème pour y apporter une solution profitable à tous ? Si gouverner c’est prévoir, alors tous ceux qui gouvernent dans le monde aujourd’hui ont failli. Oui, tel est mon regard à hauteur d’homme sur les événements que nous vivons. 

Mais je peux regarder les mêmes événements avec la hauteur qui eut été nécessaire à d’autres. Je peux apprendre de Dieu à regarder ces événements autrement. Non comme les disciples face à l’aveugle-né dont ils croisent la route : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Ne spiritualisons pas trop vite. Ce serait sans nul doute une impasse. La réponse de Jésus est claire : Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Vous regardez mal les choses, vous regardez mal cet homme, dit Jésus. Cet homme aveugle peut être une occasion de voir Dieu à l’œuvre. Parce que Dieu ne peut se contenter de voir le Mal surgir sans rien faire. Il en est de même pour nous aujourd’hui. Nous pouvons regarder toutes les contraintes qui s’imposent à nous, cette restriction de notre liberté pour une durée indéterminée, et nous en plaindre. Mais cela ne revient qu’à rajouter du mal au mal. Nous pouvons aussi apprendre de Dieu un regard nouveau et ouvrir les yeux sur notre monde, sur ces dysfonctionnements et décider de vivre autrement, collectivement, de sorte que chacun soit pris en compte. Nous pouvons, comme beaucoup le font heureusement déjà, réapprendre la solidarité avec les plus faibles que nous ne voyions plus avant. Nous pouvons réinventer notre monde, nos relations, pour qu’elles soient davantage conformes à cette fraternité que Dieu nous demande de vivre. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon, avertit Paul dans sa lettre aux Ephésiens. Mais dit-il aussi, conduisez-vous comme des enfants de lumière. 

Puisque nous croyons en Dieu, puisque nous sommes enfants de Dieu par le baptême, prenons notre part dans cette lutte contre les ténèbres qui envahissent notre monde. Acceptons cette claustration nécessaire pour résister au mal invisible qui se répand, entrainant la mort pour quelques-uns de nos frères et sœurs en humanité. Et redoublons d’effort dans la prière ; redoublons d’effort dans la solidarité. Redoublons d’effort en humanité pour que jaillisse cette lumière qui nous vient déjà du Ressuscité. Amen.

(Arcabas, Détail d'un vitrail de l'église ND des Neiges, Alpes d'Huez, Jésus guérit l'aveugle de Bethsaïde)




jeudi 29 mars 2018

Jeudi Saint - 29 mars 2018

La force d'une vie livrée.






            La célébration qui nous réunit en ce soir est indéniablement marquée par les événements qui se sont déroulés ces derniers jours à Trèbes. Comment ne pas voir dans l’acte du lieutenant-colonel Beltrame, qui a donné sa vie pour sauver celle d’une femme qui lui était inconnue, comme une image du geste du Christ que nous commémorons en chacune de nos eucharisties ? Comment, à l’évocation de ce courage, ne pas entendre  au creux de notre mémoire cet extrait de chants religieux qui convient si bien au Jeudi Saint qui nous rassemble : ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ?

Si nous avions oublié la force de l’acte posé par Jésus en ces heures qui précèdent sa mort, si le temps écoulé depuis nous avait fait oublier que nous étions concernés par ce don, et qu’à notre tour, nous pouvions nous trouver en situation de faire de même, voilà que cette vie échangée dans un magasin de Trèbes nous le rappelle cruellement. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties n’est pas romantique ; ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, ce n’est pas ordinaire, ni banal. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, c’est ce don absolu de la vie d’un homme innocent livré aux mains des coupables que nous sommes. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, c’est l’amour plus fort que la peur, l’amour plus fort que la mort. Ce que nous célébrons en chacune de nos eucharisties, c’est le don de Dieu qui se livre totalement, parce qu’il nous aime, alors même que nous n’avions rien fait pour le mériter.

Qui n’a pas été saisi par un sentiment de reconnaissance envers lui et envers ces hommes et ces femmes qui ont fait de notre sécurité leur métier en apprenant le geste courageux de cet officier vendredi ? Qui n’a pas été saisi d’émotion en apprenant sa mort ? Ce sont ces mêmes sentiments qui devraient nous animer ce soir alors que nous faisons mémoire de ce dernier repas de Jésus avec ses disciples ! Reconnaissance pour sa vie livrée une fois pour toutes afin que les hommes, ceux de son époque, et tous ceux qui suivraient jusqu’à la fin des temps, ne connaissent plus la peur d’être livré au Mal et à la Mort ! Emotion profonde devant cette mort qui nous vaut la vie ! La messe qui nous rassemble n’est pas le repas des amis de Jésus ; elle est le repas où Dieu convoque tous ceux et celles pour qui Jésus a donné sa vie afin qu’à leur tour, ils apprennent, dans les petites choses du quotidien le plus souvent, mais aussi dans le don réel de leur vie quelquefois, à ne pas se satisfaire du Mal, à oser s’élever contre les injustices, à oser prendre la défense du petit maltraité, persécuté, exploité. Le don de Jésus, dans son Corps et dans son Sang, nous oblige !

Ce n’est pas un hasard si les deux gestes rapportés par les évangélistes sont le lavement des pieds et le signe de l’eucharistie : Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang, livrés pour vous. Tout est contenu là : le don absolu de Dieu qui livre sa vie pour notre vie et le renvoi vers le frère toujours à servir, toujours à protéger. Comment pourrions-nous avoir part avec le Christ en ignorant sa présence dans chacun être humain qu’il place sur notre route ? Comment pourrions-nous avoir part avec le Christ en sacrifiant encore aux forces de mort qui détruisent notre humanité et donc notre sainteté ? Comment quelqu’un pourrait-il avoir part au Royaume en détruisant la vie par haine de celui qui est différent, par haine de celui qui croit autrement, par haine tout simplement ? Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut commencer par tuer le Mal qui nous ronge de l’intérieur. Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut commencer par oser s’élever contre tout homme qui a perdu le sens du bien. Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut oser s’élever contre quiconque ne sait plus respecter autrui. Pour tuer le Mal, il ne faut pas tuer l’autre, il faut oser s’élever contre celui qui propage des discours de haine. Pour tuer le Mal, il faut ne plus s’habituer à sa présence ; il faut ne plus dire qu’on n’y peut rien ! Jésus, le premier, en offrant sa vie, nous a dit qu’il était possible d’affronter et de vaincre le Mal ; Jésus, en nous invitant au service des hommes, nous a montré la route à suivre. Un homme courageux nous a montré la semaine passée que cette route était la seule à suivre. Nous ne construirons pas un monde meilleur en détournant les yeux. Nous ne construirons pas un monde meilleur en nous taisant. Nous ne construirons pas un monde meilleur en refusant le combat contre toute forme de Mal. Il n’y a pas de petit Mal et de grand Mal : il n’y a que le Mal, toujours à combattre.

Chrétiens, nous recevons le Corps et le Sang livrés du Christ comme une nourriture qui nous rend forts et capable d’affronter toute forme de Mal. En accueillant Jésus dans le Pain et le Vin eucharistique, c’est la vie du Christ que nous accueillons ; c’est la vie du Christ que nous laissons agir en nous pour qu’elle rende actuelle pour nous la libération du Mal. A la suite du Christ, entrons dans ce combat avec courage et détermination. Que plus jamais le Mal ne passe par nous. Amen.  

(Armia El Katcha, Le lavement des pieds, icône copte, publié par France catholique n° 3578)
 

 

 

 

samedi 9 septembre 2017

23ème dimanche ordinaire A - 10 septembre 2017

Tu es le gardien de ton frère !






Il est une question posée dans la Bible, dès l’origine, qui la traverse, qui donne sens à notre vie, à nos relations, et qui reçoit des textes que nous venons d’entendre un nouvel éclairage. C’est la question posée par Caïn, au chapitre quatre de la Genèse, après le meurtre d’Abel son frère : Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? C’est une question fondamentale pour moi dans une vie spirituelle. Elle reste incontournable et il nous faudra y répondre. 
 
            Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? Oui, répond Dieu au prophète Ezéchiel lorsqu’il l’institue guetteur pour la maison d’Israël. Il en fait le gardien de tous ses frères, avec une mission claire : avertir, toujours et encore, afin que le peuple se détourne du Mal et se convertisse à Dieu. S’il se dérobait à sa mission, s’il refusait d’avertir le méchant, il serait responsable de sa perte et Dieu lui demanderait compte de son sang. Ni le prophète jadis, ni nous aujourd’hui, ne pouvons vivre notre vie spirituelle ans le désintérêt des autres. Nous devons avoir le souci de nos frères, nous devons encourager, avertir, inviter à la conversion. Ce n’est pas une mission réservée au prophète, aujourd’hui à ceux qui annoncent la Parole. C’est une mission pour chacun. Comment un croyant peut-il regarder son semblable aller à sa perte sans intervenir, sans avertir, sans inviter à changer ? Ce n’est pas du voyeurisme, ni de l’ingérence dans une vie privée ; c’est se sentir responsable de la vie éternelle d’autrui ; c’est croire surtout que personne n’est perdu définitivement, que chacun a la possibilité de devenir meilleur. Mais comment le pourrait-il si personne ne lui indique qu’il est sur une fausse route ? Dans un monde en perte de repères, il est nécessaire que le croyant rappelle l’horizon, ouvre à la vérité, invite aux changements nécessaires pour que chacun connaisse une vie meilleure. Il ne s’agit pas d’imposer Dieu, mais de combattre le Mal, d’oser le nommer et d’inviter à le rejeter. 
 
            Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? Oui, répond Paul aux chrétiens de Rome lorsqu’il rappelle que le chrétien a une dette envers chacun, celle de l’amour mutuel. Il donne ainsi le cadre de l’avertissement à adresser à celui qui commet le Mal. Il ne s’agit pas de le juger en le prenant de haut ; il ne s’agit de se montrer supérieur à lui ; il ne s’agit pas davantage de jouer les pères la morale. Il s’agit d’aimer suffisamment l’autre, même celui qui commet le Mal, pour désirer sa vie, pour désirer son salut. Paul résume le tout en citant le commandement du Christ qui résume tout : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si l’horizon de tous les hommes est le salut, la mission du croyant est d’entraîner ses frères vers ce but. Il ne peut faire la route tout seul, il ne peut se sauver tout seul en laissant les autres au bord du chemin. 
 
            Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? Oui, oui, trois fois oui répond Jésus lorsqu’il donne les indications pour une vraie correction fraternelle. Ton frère t’a fait du Mal (commis un péché contre toi), va le lui dire seul à seul ; s’il faut insister, retourne vers lui accompagné d’une ou deux personnes ; et s’il faut insister plus encore, dis-le à l’assemblée de l’Eglise. Non seulement tu dois te préoccuper de ton frère, mais tu dois en plus insister, ne pas te décourager et l’inviter, toujours et encore, à la conversion. Ce n’est qu’au bout de tout ce processus que tu seras dégagé de toute responsabilité envers ton frère ! L’avertissement que Dieu recommandait au prophète Ezéchiel devient tout un processus en vue de la conversion, en vue du changement radical de vie. Parce que quelquefois il faut plus qu’un avertissement pour que l’homme reconnaisse le Mal dans lequel il est pris, nous ne pourrons jamais nous arrêter de dénoncer le Mal pour que l’homme s’en libère et vive. 
 
            Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? Cette question essentielle a reçu une réponse de l’ensemble de la Parole de Dieu : Prophète, Evangile, Lettre apostolique. Elle est la même tout au long des alliances. Tu es responsable de ton frère, tu es le gardien de ton frère. Ton salut passe par le sien. Avec lui, écoute encore le psalmiste te chanter : Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! Le salut du bon comme du méchant dépend de cette écoute. Ecoutons donc la Parole, et vivons-là, en toute chose. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 1 octobre 2016

27ème dimanche ordinaire C - 02 octobre 2016

Fidélité dans la foi.





Qui ne s’est jamais senti comme le prophète Habacuc, à crier vers Dieu avec ce sentiment étrange de n’être pas entendu ? Qui n’a jamais désespéré devant le Mal et la violence qui semblent s’aggraver chaque jour ? Où est Dieu ? Que fait-il ? Pourquoi permet-il ? Il suffit d’ouvrir un journal pour constater les multiples occasions que nous avons ainsi de crier vers Dieu… y compris au sein de l’Eglise ! Combien de temps aurons-nous à supporter ce triomphe insupportable du Mal ? 
 
Pour trouver une issue, il nous faut déjà entendre la réponse de Dieu lui-même à son prophète. Face au Mal qui règne, il faut rester fidèle au Dieu de l’Alliance : le juste vivra par sa fidélité, affirme le prophète. Dieu n’oublie donc pas son peuple ; Dieu n’oublie pas le droit et la justice. Il interviendra, certainement et sans retard, assure encore le prohpète. Celui qui est révolté par le Mal doit entrer en résistance et espérer contre toute espérance. Le Mal ne peut avoir le dernier mot que si les hommes lui laissent le dernier mot. Avec son Alliance, Dieu a donné aux hommes la capacité à lutter contre le Mal. Les commandements du Seigneur sont autant de voies pour résister au Mal, pour l'empêcher de gouverner le monde. Mais peut-être faut-il d’abord à l’homme écarter le Mal de sa propre vie. Il n’y a pas de grand Mal et de petit Mal ; il n’y a que le Mal, quelle que soit son intensité. Ce qui fait que nos petites mesquineries, nos petites querelles, nos petits mensonges sont tous aussi néfastes que les attentats, la guerre, les violences institutionnelles. La fidélité du croyant à Dieu va lui permettre de lutter contre le Mal, d’abord dans sa propre vie. Tout commence là, chez nous, dans notre propre existence, dans nos propres relations, dans nos propres manières d’être. Il ne sert à rien d’être impatient face au Mal qui ronge le monde si je ne suis pas prêt à chasser le Mal de ma propre vie. Il ne sert à rien d’attendre que Dieu intervienne si je ne veux rien changer dans ma propre manière de faire. Tout commence par moi, ou pas ! 
 
Cette analyse est renforcée par le psalmiste. La clé de la fidélité, c’est l’écoute du Seigneur : Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! Ce psaume 94 qui a servi de réponse à la première lecture nous invite à la joie, à l’action de grâce car Dieu est notre Rocher, notre salut. Il n’y a pas à en douter ! Il est celui qui nous a faits… nous sommes le peuple qu’il conduit. La part de Dieu dans l’Alliance est donc pleinement respectée. Il veille sur nous. Jamais le Mal ne pourra avoir de prise sur nous. Nous ne pourrons peut-être pas toujours éviter le Mal que l’on nous fait, mais nous pouvons toujours éviter que le Mal se fasse par nous ! A condition d’être attentifs à sa parole : Aujourd’hui écouterez-vous sa Parole ? Ne fermez pas votre cœur comme au désert ! L’homme sait, par son expérience, par l’histoire du peuple auquel il appartient, ce qu’il peut vivre selon qu’il soit attentif à Dieu et fidèle à sa parole ou pas. Ce qui arrive au temps d’Habacuc n’est pas nouveau ; ce n’est pas la première fois que le Mal semble triompher. Ceux qui suivent Dieu savent comment, par le passé, leur peuple s’en est sorti. Pourquoi aujourd’hui cela serait-il différent ? L’homme ne peut pas à la fois se détourner de Dieu et attendre de lui qu’il règle tous ses problèmes ! La seule réponse à la permanence du Mal, c’est la permanence de la foi. 
 
D’ailleurs, dans l’Evangile, Jésus ne rappelle-t-il pas à ses disciples que la foi vient de Dieu et qu’à témoigner de lui, on ne fait que notre « travail de disciple ». Dieu donne la foi à qui la demande ; il la donne entièrement, pas par petit bout. De même qu'il n'y a pas de grand Mal et de petit Mal, il n'y a pas de grande foi ou de petite foi, il n'y a que la foi. Il n’est donc pas besoin de la faire grandir. Il faut juste oser la demander, oser l'accueillir, oser ce saut dans la foi qui change une vie, ce saut dans la foi qui permet de croire que l’impossible est possible : si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi, nous assure Jésus. Cette foi que nous avons reçue, cette foi qui nous a été transmise, peut-être l’avons-nous oubliée, perdue dans les sables mouvants de notre histoire, de nos faiblesses, de nos manquements. Mais nous pouvons toujours la demander, nous pouvons l’accueillir à nouveau et renouveler sa puissance dans le sacrement du pardon et de la réconciliation. Nous pouvons toujours refaire le choix de Dieu, refaire le choix de la foi accueillie, vécue et partagée. 
 
Alors, certainement, le Mal sera battu en brèche. Alors, certainement, Dieu répondra à notre appel. Il ne fera rien sans nous ; il ne fera rien contre nous. A nous de savoir ce que nous voulons. A nous de lutter contre le Mal, et Dieu nous aidera, Dieu nous favorisera, Dieu nous sauvera. Arrêtons donc de rêver un monde d’où le Mal serait absent et commençons à le construire, ici et maintenant, dans la force de l’Esprit Saint. Amen.

samedi 21 février 2015

01er dimanche de Carême B - 22 février 2015

Dieu fait alliance avec l'homme pour qu'il vive !





Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous. Après le déluge, c’est en ces termes que Dieu s’adresse à Noé et, à travers lui, à toute l’humanité. Pour bien comprendre cette déclaration de paix entre Dieu et l’humanité, il faut relire le début de l’aventure qui devait unir à jamais Dieu, le créateur et l’homme, sa créature. Le livre de la Genèse, dont ce passage est extrait, ne veut pas dire l’historicité des événements ; il vient en donner une interprétation religieuse, pour ne pas dire mystique. Et qu’apprenons-nous ? Que Dieu a créé le monde et tout ce qui y vit ; qu’il a placé l’homme au sommet de sa création ; que bien vite l’homme s’est laissé submerger par le mal ; que ce mal a fini par engloutir toute la terre. C’est bien ainsi qu’il nous faut comprendre le déluge. Non pas tant comme une punition divine, que comme le constat que l’homme s’est laissé submerger par le mal, à l’image de cette terre dévastée par les flots. Et lorsque le mal submerge l’homme, tout est détruit, dévasté de l’intérieur. Nous en avons eu assez de preuve depuis le début de l’année et jusqu’à ces jours derniers. Il n’y a pas besoin d’un déluge pour détruire l’humanité. La bêtise de l’homme y suffit amplement. 
 
Au milieu de ce mal qui prolifère, il en est un pourtant qui n’est pas comme les autres. Un qui semble avoir gardé le sens du bien et de la justice : Noé. Grâce à lui, l’humanité ne va pas à sa perte ; grâce à lui, quelque chose de neuf sera possible. Une nouvelle humanité sortira vainqueur du déluge ; une nouvelle humanité qui ne se laissera pas envahir par le mal. Il y a ainsi toujours quelqu’un qui peut sauver le tout ; quelqu’un qui, par sa fidélité à l’alliance première, permettra à la vie de gagner et de continuer son œuvre. Elle a bien raison la sagesse quand elle dit : qui sauve une vie, sauve l’humanité entière ! Un seul homme de bien peut en sauver beaucoup ; un seul homme de bien  peut faire triompher la vie ! 
 
L’alliance que Dieu conclut avec Noé est identique à l’alliance originelle : l’homme retrouve sa place prépondérante dans la création. Il lui revient de faire en sorte que la vie continue, Dieu s’engageant à ne plus laisser le mal détruire le monde comme ce fut le cas au moment du déluge. Un signe est donné pour rappeler cette alliance : un arc dans le ciel ! 
 
Lorsque bien plus tard, l’Apôtre Pierre relit cette histoire, il vient nous dire qu’elle annonçait un autre signe de Dieu : le sacrement du baptême, signe par lequel l’homme s’engage dans la voie du salut à la suite du Ressuscité. Avec cette différence toutefois que ce n’est plus un déluge d’eau qui sauve le monde, mais bien la mort et la résurrection du Christ, dont le baptême devient le moyen efficace d’y participer dans la foi. Celui qui est baptisé, affirme l’Eglise, est plongé dans les eaux de la mort pour en ressortir vivant, à la suite du Christ Sauveur, Christ Ressuscité, vainqueur de la mort et du péché. Par le baptême, Dieu fait alliance, non plus avec l’humanité en général, mais avec chacun de ceux qui le demandent et qui accueillent dans la foi et dans la joie, le sacrement du salut. Il est donc nécessaire de s’engager personnellement envers Dieu, dans son Eglise. Il n’y a rien d’automatique dans le salut. Il ne suffit pas d’être bien né, il ne suffit même pas d’être bien catholique : il faut encore vouloir être sauvé et le montrer à travers une vie conforme à l’Evangile.
 
Revenons-en à l’alliance établie entre Dieu et les hommes. Que ce soit l’alliance avec Noé, ou plus tard celle avec Moïse, ou plus tard encore l’alliance dont nous participons en Christ, ce qui la caractérise, c’est ce mouvement en faveur de la vie. Dieu fait alliance avec l’homme pour qu’il vive, et qu’il vive heureux et libre, tant qu’à faire ! Cette seule constatation aurait dû préserver l’humanité de jamais charger Dieu de tous les maux de la terre. Le Dieu de la Bible n’a rien à voir avec un Dieu vengeur ; il n’a rien à voir avec ces dieux de la mythologie sans cesse entrain de jouer avec les hommes. Le Dieu qui fait alliance avec l’homme a choisi de faire de lui le partenaire de sa création. Il choisit de faire de l’homme son égal, lui qu’il a créé à son image et à sa ressemblance. Voilà quelque chose dont nous devrions nous souvenir, et pas seulement quand nous voulons partir en guerre ! Nous sommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu ; en Jésus, nous sommes reconnus comme ses fils et ses filles. Nous avons donc une responsabilité particulière vis-à-vis du reste de la création. Nous avons une responsabilité particulière vis-à-vis de tout homme, et particulièrement de celui qui ne connaît pas encore le Dieu qui fait alliance, le Dieu qui invite à la vie. 
 
En proclamant notre foi, dimanche après dimanche, nous nous engageons dans cette alliance en faveur de la vie. Elle nous oblige à l’amour, elle nous oblige au pardon, elle nous oblige à la paix, en toutes circonstances. S’engager envers Dieu, avec une conscience droite, c’est faire progresser la vie, c’est faire régner la justice, c’est promouvoir le bien, c’est inventer les chemins du pardon. Ce sont les seuls chemins qui permettent à la vie de grandir et de s’épanouir. Ils seront notre traduction de l’Alliance que Dieu fait avec tout homme, pour qu’il vive à jamais. Amen.
 
(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 21 février 2014

07ème dimanche ordinaire A - 23 février 2014

Suivre Jésus et résister au Mal !



Ce dimanche ne serait-il pas un de ces dimanches où il aurait mieux valu rester couché plutôt que de venir à l’église ?  Parce que si c’est pour entendre ça, et s’en prendre plein la figure, non merci ! Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! Si encore il n’y avait que cette phrase ; mais non, juste avant, c’était laisse-toi faire : on te frappe, tends l’autre joue ; on veut ta tunique, laisse aussi ton manteau ; ne riposte pas au méchant ; aime ton ennemi ! N’en jetez plus, la coupe est pleine.  Comment voulez-vous qu’un prédicateur s’en sorte ? Ou il vous dit : ben oui, c’est comme ça ; et tout le monde part en courant. Ou il vous dit : ben ce n’est pas vraiment à prendre au pied de la lettre, vous savez, c’est un vieux texte… et personne n’y croira vraiment. Alors on fait comment ? 
 
Peut-être qu’en prenant un peu de hauteur, non pas pour ignorer ou pour dévier, mais pour voir autrement, on peut comprendre mieux. La hauteur, en ce dimanche, c’est Paul qui nous la donne dans sa première lettre aux Corinthiens. N’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous. C’est bien de cette hauteur-là qu’il faut entendre les affirmations de Jésus, de cette hauteur qui nous rappelle que non seulement nous sommes disciples du Christ, mais que nous portons le Christ en nous. Nous le représentons. Quand nous agissons, c’est son Esprit qui habite en nous qui nous fait agir. Dans l’adversité, dans les moments de grandes tensions, quand la violence se déchaine, c’est lui que nous devons laisser agir en nous. Il ne s’agit pas de se laisser dépouiller, battre comme plâtre ou que sais-je encore par faiblesse, par peur ou par lâcheté. Il s’agit d’agir à la manière du Christ en toute chose. Lorsqu’il a été confronté à l’injustice et à sa propre mort, il n’y est pas allé de gaité de cœur. Il n’a pas encouragé les soldats qui le couronnaient d’épines, le flagellaient ou lui plantaient des clous dans la chair : allez encore un, n’hésitez pas ; même pas mal ! Mais il a prié pour ses bourreaux, il est resté fidèle à sa mission jusqu’au bout. 
 
Si l’Esprit de Dieu habite en nous, peut-être trouverons-nous en lui la force d’être fidèles au Christ et à son enseignement en évitant de rejoindre les rangs de ceux qui font le mal, les rangs de ceux qui permettent que le mal se propage même si, dans les apparences, c’est pour une bonne cause (se défendre, défendre ses biens). Temple de Dieu, nous ne pouvons pas faire comme si nous ne savions pas ce que Dieu attend de nous. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas vivre comme si Dieu n’existait pas. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas vivre et croire que Dieu ne veut pas le meilleur pour nous. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas vivre et croire que son Amour ne transforme pas notre amour et ne concerne pas toutes nos relations humaines, même les plus difficiles. Temple de Dieu, nous ne pouvons pas croire qu’il nous livrerait sans force et sans défense à l’Ennemi. Ne nous a-t-il pas assuré qu’il serait avec nous, tous les jours, en toutes circonstances ? Résister au Mal sans commettre le Mal à notre tour, ne pas céder au méchant, c’est croire que Dieu peut, à travers nous, construire un monde nouveau, un monde dans lequel, peu à peu, dès maintenant, le Mal n’a plus sa place. Pour quelle autre raison Dieu aurait-il choisi d’habiter en nous si ce n’est pas pour nous inviter à vivre mieux, à vivre libérés de toute forme de Mal ? 
 
Nous comprenons peut-être mieux alors la prière de l’Eglise en ce dimanche qui nous a fait prier ainsi au début de notre eucharistie : Accorde-nous, Dieu tout-puissant, de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes dans une inlassable recherche des biens spirituels. Puisque l’Esprit de Dieu habite en nous, nous pouvons nous ajuster, grâce à lui, à ce que Dieu attend de nous, en toutes choses, en toutes circonstances. Puisque l’Esprit de Dieu habite en nous, nous devenons capables d’agir comme le Christ lui-même. Il n’a pas fui le Mal, il l’a affronté dans une souveraine liberté et l’a vaincu, une fois pour toute. En Jésus, mort et ressuscité, le Mal est défait, définitivement. En Jésus, mort et ressuscité, la Mort elle-même n’a plus rien à dire ; elle est morte, sans force, sans prise sur nous. 
 
A nous qui sommes les disciples du Christ, le Temple de Dieu, ne nous est laissé que cet exemple de Jésus affrontant le Mal, relevant l’homme, invitant à aimer toujours, à aimer quiconque croise notre route, fût-il notre ennemi. C’est à l’amour dont nous sommes capables que les autres sauront que nous sommes disciples du Christ, que nous le suivons et que nous résistons au Mal. C’est par la puissance de l’amour que nous vaincrons le Mal à la suite de Jésus Christ. Entrons en résistance avec pour seule arme l’amour qu’il nous a donné. Tel est son enseignement ; telle est la voie à suivre pour être véritablement disciple du Crucifié. Il n'y en a pas d'autre. Amen. 
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, année A, éd. Les Presses d'Ile de France)

vendredi 15 novembre 2013

33ème dimanche ordinaire C - 17 novembre 2013

Croire, malgré tout !




Nous n’aimons pas en général parler de la mort ou des catastrophes qui peuvent survenir dans une vie humaine. Nous n’aimons pas davantage parler de la fin des temps et du jugement dernier. Pour certains, cela rappelle de mauvais souvenirs, et cela déforme surtout l’image du gentil petit Jésus, né dans la crèche, parlant d’amour et de pardon, mort pour nous sauver justement de ce que la vie a de plus sombre et de plus triste. Alors pourquoi encore lire ces passages de l’Ecriture qui ne parle que de désastre, de compte à rendre, de souffrance. N’y a-t-il pas plus urgent ? En ces temps de crise et de violence, ne peut-on pas, au moins à l’église, parler de choses plus joyeuses ? Deux raisons de lire encore ces textes difficiles et sombres militent en faveur du choix fait par les liturgistes et par l’Eglise. 
 
Première raison : nous ne vivons pas dans un monde parfait. La souffrance, le malheur, les catastrophes et les guerres font partie de notre vie. Les événements en Syrie, en divers pays d’Afrique, en Asie, nous le démontrent avec force et cruauté. Il nous est rappelé que tout peut finir à l’instant, à cause de la folie d’un seul. Il nous est jeté à la figure la faiblesse et la fragilité d’une vie, de notre vie. Il n’y a qu’à lire les journaux pour s’en convaincre. 
 
La religion ou la foi, selon l’angle par lequel on aborde la question, ne nous font pas sortir de ce monde d’humanité. La foi ne nous préserve pas de ce qui touche l’homme au plus profond de lui. La foi ne nous protège pas du mal et de la souffrance. La foi n’a jamais empêché quelqu’un de faire du mal. Cela plaît ou non, mais c’est la réalité ! Parce que la foi, loin de nous isoler sur un nuage de tendresse et  de bonheur, nous renvoie d’abord à ce qui fait une vie d’homme. La foi nous oblige à regarder ce monde dans lequel nous vivons, et à le regarder bien en face, sans complaisance, sans angélisme. 
 
Si nous croyons au Christ sauveur, alors nous croyons aussi qu’il a passé par cette vie humaine, avec tout ce qu’elle comporte de beau, mais aussi avec tout ce qu’elle peut avoir de pire. Il a subi l’injustice, il a subi la mort programmée, au nom du Dieu des hommes qui l’ont condamné ! Par sa passion, par sa mort en croix, il a donné sens à tous ces non-sens que sont la violence, la haine, la destruction. Il leur a donné sens en rappelant qu’ils n’étaient pas un passage obligé, que le monde pouvait changer, pouvait devenir meilleur, si le monde, (c’est à dire nous), le voulait. Il est allé jusqu’à la croix pour nous montrer le chemin d’une autre humanité que celle de la vengeance et de la haine. Il est allé jusqu’à la croix pour prouver aux hommes la force de l’amour vécu jusqu’au don de la vie. Grâce au Christ, il y a toujours un espoir pour le monde ; grâce au Christ, même l’homme le plus méchant, le plus abject, sait qu’il peut changer, se transformer, s’il se laisse toucher par la parole du Christ et sa puissance d’amour.  Grâce au Christ, celui qui est pris dans les turbulences de l’histoire et de la haine, peut trouver un chemin d’espérance et de salut. Grâce au Christ, même la souffrance et la mort ne peuvent plus détruire une vie. 
 
La deuxième raison de lire encore les textes que nous avons entendu réside justement dans cela que le Christ nous accompagne dans nos vies, si bouleversées, si catastrophiques soient-elles ! Jésus n’annonce pas les catastrophes pour dérouter les hommes, mais pour leur rappeler qu’il est toujours présent à la vie humaine, même quand les événements semblent affirmer le contraire. Il nous redit que pas un cheveu de notre tête ne sera perdu. Il nous invite encore et toujours à l’espérance et à la foi. 
 
Pour difficile qu’il soit à entendre et à comprendre, le message est clair : au plus profond de la nuit des hommes, Dieu est encore présent. Cela signifie que Dieu souffre avec nous sur nos lits d’hôpitaux ; Dieu meurt avec nous dans nos  conflits sans fin ; Dieu est assassiné avec ceux qui meurent par la folie des hommes. Dieu vit jusqu’à l’extrême nos vies d’hommes et de femmes pour mieux nous entraîner dans son Royaume et nous faire vivre avec lui. Il n’est pas celui qui vient quand tout est fini ; il n’est pas non plus le magicien qui nous préserve du mal. Il ne change pas notre vie pour la rendre meilleure parce qu’il s’est pris au piège de notre liberté, liberté qu’il nous a lui-même offerte. Mais il est celui qui sans cesse marche avec nous, nous soutient sur nos routes de souffrance et nous invite à changer. Il est celui qui se tient sur le bord de nos chemins, nous rappelant son amour. Il est celui qui peut nous rendre espérance et force au milieu des difficultés et des faiblesses que nous connaissons. 
 
Quand avons-nous senti pour la dernière fois sa présence aimante et agissante au cœur de notre vie au point de nous laisser bouleverser par lui et changer de comportements ? Quand avons-nous accueilli sa parole pour qu’elle nous transforme ? Dieu ne peut rien sans nous ; mais il peut tout si nous lui laissons la place et les moyens pour agir. Oui, il viendra le jour de Dieu ; il se lèvera le soleil de justice. C’est une certitude. Qu’elle devienne nôtre, et nous pourrons continuer de croire, malgré tout. AMEN.
 
 
(Photo prise à Berlin, Morceau du Mur qui séparait l'Allemagne)

samedi 22 septembre 2012

25ème dimanche ordinaire B - 23 septembre 2012

Heureusement que Dieu est patient !


On aurait pu croire, au commencement du monde, puisque Dieu se félicitait lui-même de l’œuvre accomplie, que tout irait bien, que les hommes seraient gentils et heureux puisqu’ils étaient à l’image et à la ressemblance de Dieu. Mais voilà, le Mal s’est immiscé dans le cœur de l’homme ; il casse consciencieusement l’œuvre de Dieu. Sans doute était-ce inévitable, toute cette histoire d’Alliance étant trop neuve pour résister à l’épreuve du temps. Et puis, à ce moment-là, Dieu n’avait pas encore choisi un peuple particulier, un peuple qui serait à lui et qui serait signe pour le monde de la grandeur et de l’amour de Dieu.

On aurait pu croire, après Moïse et la sortie d’Egypte, que les choses s’arrangeraient. Dieu, en donnant sa Loi, en donnant une terre, se forgeait un peuple particulier. Il a choisi un peuple pour être, au milieu du monde, une lumière pour éclairer les nations, pour les guider vers la vérité, pour mener le cœur des hommes vers Dieu. Les peuples verraient la bonté de Dieu à l’œuvre dans ce peuple et ils se convertiraient. Mais voilà, ce peuple particulier avait la nuque raide ; il s’est souvent détourné de Dieu, le Mal a persisté au milieu d’Israël et ceux qui restaient fidèles à Dieu devenaient dérangeants. L’auteur du livre de la Sagesse a des mots durs pour décrire la situation : Ceux qui méditent le mal se disent en eux-mêmes : Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie. Dieu lui-même est mis à l’épreuve et sommé de prouver sa présence et sa puissance : Si ce juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et le délivrera de ses adversaires. Peut-être cette situation est-elle due au fait que Dieu n’avait pas encore tout dit de sa tendresse, n’avait pas encore tout fait par amour pour son peuple ! Il n’avait pas encore envoyé son propre fils.

On aurait pu croire, au temps de Jésus, le fils unique de Dieu envoyé au milieu des hommes pour diriger le cœur de l’humanité vers Dieu son Père, que tout s’arrangerait, qu’enfin les choses rentreraient dans l’ordre, et que le Bien règnerait désormais en maître. Mais voilà, même parmi ceux qu’il a appelés, subsistent des traces de querelles, des sentiments trop humains pour être honnêtes : Qui était le plus grand entre eux ? Pourtant, cela fait un moment qu’ils le côtoient : ils auraient dû savoir, ils auraient dû comprendre que si quelqu’un veut être le premier, il devait être le dernier et le serviteur de tous. Peut-être ne l’ont-ils pas encore compris parce que Jésus lui-même n’avait pas encore tout donné, tout livré. Il n’était pas encore passé par la croix ; il venait juste de les instruire en disant : Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. Comment ses disciples auraient-ils pu comprendre ce qu’il venait de leur dire alors qu’ils avaient à peine reconnu en lui le Messie de Dieu ?

On aurait pu croire, après la mort et la résurrection de Jésus, que désormais le Mal n’aurait plus cours. Sur la croix, Jésus ne l’a-t-il pas crucifié avec lui pour le faire mourir une fois pour toutes. Et en ressuscitant, Jésus n’a-t-il pas affirmé avec force que la vie, la justice et le bien avaient le dernier mot ? Mais voilà, même parmi les disciples du Ressuscité, jalousie et rivalité existaient encore. Saint Jacques le souligne avec sévérité : Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes envieux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. Vous n’obtenez rien parce que vous ne priez pas ; vous priez, mais vous ne recevez rien parce que votre prière est mauvaise : vous demandez des richesses pour satisfaire vos instincts. Pourtant, Dieu a tout donné, tout dit en son Fils Jésus, mort et ressuscité. Que faut-il donc pour que vienne le règne de Dieu ? Que faut-il donc pour que la justice et la vérité gouvernent nos vies ? Que faut-il pour que cesse le Mal ?

On pourrait croire qu’il n’y a pas d’issue, que Dieu lui-même a échoué. On aurait tort de le croire ! Au long des siècles, des hommes et des femmes se sont levés pour dire la tendresse et l’amour de Dieu aux hommes ; au long des siècles, des hommes et des femmes ont témoigné que le règne de Dieu pouvait advenir si nous lui restions fidèles, si sa Parole devenait le cœur de notre vie ; au long des siècles, des hommes et des femmes ont témoigné que la sainteté était un don de Dieu à accueillir et qu’elle transformerait notre existence, qu’elle transformerait notre monde. Saint Matthieu, que nous avons célébré vendredi, nous a ouvert à cette Parole ; Saint Vincent de Paul, que nous allons fêter cette semaine, a témoigné de l’amour de Dieu pour tous, y compris pour ceux que les hommes rejetaient parce qu’ils avaient fait le Mal. Ils ont contribué à changer nos vies, à changer notre monde. Et ils ne sont pas les seuls !

On aurait pu croire que… ! En fait, il n’y a qu’une chose qu’il nous faut croire : c’est que Dieu est plein d’amour. Il saura changer notre cœur, il saura transformer notre monde. Si nous voulons nous débarrasser du Mal, en nous et autour de nous, ouvrons-nous à son amour : et nous aimerons la justice, nous cultiverons la vérité, nous nous ferons serviteurs des autres et nous nous féliciterons de ce que Dieu est d’une infinie patience avec nous, toujours. Heureusement pour nous ! Amen.

(Photo d'une icône du Monastère de Toplou, Crête, reprenant toute l'histoire du salut)

vendredi 20 avril 2012

03ème dimanche de Pâques B - 22 avril 2012

En Jésus ressuscité, nous voici témoins !








Ils sont nombreux, les discours de Pierre dans les Actes des Apôtres ; ils sont fait à des occasions et devant des personnes fort différentes ; mais tous mentionnent la même évidence : Pierre et les Apôtres sont témoins de quelque chose, de quelqu’un et ils ne peuvent le taire. Ils doivent témoigner. Ce dont ils sont témoins, c’est la mort / résurrection du Christ. C’est cet événement, fondamentalement nouveau, qui a bouleversé leur vie et qui, maintenant, les pousse à aller à la rencontre de leurs contemporains pour dire cette nouveauté. Après eux, chaque chrétien est appelé à être témoin de cet événement fondateur de notre foi. Mais quelles sont les caractéristiques du témoin authentique ? Pour ma part, j’en relève trois dans les lectures de ce troisième dimanche de Pâques.

Le témoin, selon la parole de Pierre lui-même, est d’abord quelqu’un qui se convertit, quelqu’un qui vient – ou revient – à Dieu. Il a compris, à travers l’événement de la Pâque, de quel amour Dieu aime l’homme, et il choisit de répondre à cet amour. Le témoin est donc quelqu’un qui aime Dieu, quelqu’un qui ne conçoit pas sa vie sans Dieu. Nous dépassons largement le cadre du simple fait d’être chrétien. Il ne suffit pas d’être baptisé pour être un témoin. Chaque baptisé est appelé à témoigner de ce que Dieu réalise pour lui, mais tous n’en ont peut-être pas la capacité. Si le baptême n’est pas vraiment reçu dans la foi, si le côté religieux d’une vie d’homme tient d’abord du folklore familial, il y a peu de chance de pouvoir témoigner de quelque chose, et encore moins de quelqu’un ! La conversion est nécessaire car elle seule me remet en phase avec Dieu ; elle seule me replace dans l’Alliance primordiale que Dieu a conclue avec moi au moment de mon baptême. La conversion peut être un moment précis, un moment déclencheur ; mais elle est surtout l’œuvre de toute une vie si l’on considère que l’on évolue toujours dans notre relation à Dieu, et qu’il faut, chaque jour, refaire le choix de vivre avec Dieu, pour Dieu.

Cette conversion permanente – ce choix permanent de Dieu – se prolonge dans cette deuxième caractéristique du témoin que souligne l’Apôtre Jean dans la seconde lecture entendue. Le témoin authentique, s’il choisit Dieu, renonce au péché. C’est une conséquence logique, mais il faut ici la rappeler. Choisir Dieu, c’est faire de sa vie une lutte contre tout ce qui empêche l’homme de vivre libre et heureux. C’est lutter dans sa propre vie d’abord, puis autour de soi, contre le péché ; contre le refus de Dieu ; contre la possibilité de faire le mal ; contre la possibilité de rendre le mal pour le mal ; contre la possibilité de contrôler la vie d’autrui. Lutter contre le péché, c’est rendre à l’homme sa liberté primordiale, celle que Dieu lui a donné au moment de la création, et que le Christ lui a rendu dans l’événement de sa Pâque. Le Christ est mort pour nous libérer du péché et de la mort. Celui qui est témoin de cela ne peut plus vivre sous le règne de l’Adversaire, sous le règne du péché ou de la mort. Renoncer au Mal en toute circonstance : voilà le grand combat que nous avons à mener. Nous avons déjà notre part à la victoire du Christ si nous lui accordons foi et confiance : mais il faut que cette victoire devienne définitive en nous ! Elle le sera lorsque nous aurons dit OUI à Dieu en toutes choses.

La troisième caractéristique du témoin authentique nous est donnée dans l’Evangile. Le témoin véritable est un homme ou une femme eucharistique, c’est-à-dire qui vit aujourd’hui encore de cette présence unique du Christ dans le sacrement de l’Eucharistie. Cette présence se décline sous deux formes : l’écoute de la Parole et le partage du Pain, devenu Corps et Sang du Christ. Le passage d’Evangile entendu est sans appel à ce sujet. Lorsque les disciples d’Emmaüs retrouvent les autres, ils leur disent comment ils ont reconnu le Seigneur lorsqu’il leur a rompu le pain. Ce premier mode de présence nous renvoie à l’ordre du Christ au soir du Jeudi Saint : Faites cela en mémoire de moi ! Chaque fois que vous le ferez, je serai au milieu de vous. Le témoin authentique ne peut se passer de cette nourriture céleste sans cesse offerte par Dieu. Elle fait grandir l’Eglise ! Elle nourrit la foi, maintient l’espérance, rend active la charité.


Mais le partage du pain ne peut se faire qu’après avoir entendu la Parole de Dieu. L’Evangile d’Emmaüs nous le démontre. Jésus explique en quoi les événements qui ont eu lieu étaient conformes aux Ecritures, puis il partage le pain. Quand le Christ se présente à ses disciples, après sa résurrection, c’est cela aussi qu’il leur redit : Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi, les Prophètes et les Psaumes. Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures. Nous sommes ainsi renvoyés à ce deuxième mode de présence du Christ, qui nous oblige à la scrutation des Ecritures, à un perpétuel approfondissement de notre foi par la méditation et l’écoute de cette Parole. Le concile Vatican II dit, à juste titre, que la célébration de l’Eucharistie se fait autour de deux Tables : celle de la Parole entendue et expliquée, celle du Pain partagé, Pain devenu Corps et Sang du Christ. Le témoin authentique ne peut se passer d’entendre cette Parole ; il ne peut se passer d’en entendre l’explication autorisée donnée par les ministres que Dieu s’est choisi pour faire retentir cette Parole. Elle est le lieu de vérification de ma foi ; elle est le lieu où ma foi se trouve consolidée parce que mon intelligence comprend mieux l’amour de Dieu pour moi et pour tout homme.

Entendant la Parole, partageant le Pain de Vie, le témoin devient authentique parce qu’il connaît toujours mieux le Christ, celui dont il doit témoigner. Comment, en effet, annoncer quelqu’un que je ne connais pas ? Comment parler en profondeur et en vérité de quelqu’un dont je ne sais que des bribes ? Comment être vraiment le frère du Christ, le Fils du Dieu vivant et vrai, si jamais je ne mets les pieds à la maison, si jamais je ne participe au repas de l’amour de cette grande famille ? Qui sera encore témoin lorsque les églises seront vides ? Quels témoins le Ressuscité enverra-t-il dans le monde ?

La parole de Jésus ressuscité à ses disciples (c’est vous qui en êtes les témoins) vaut encore pour nous aujourd’hui. Nous ne pouvons pas nous dire chrétiens de manière authentique si, par notre vie et par notre parole, nous ne rendons pas compte de l’espérance qui est la nôtre. En ces temps que de nombreux politiques qualifient de temps de crise, le monde a besoin de témoins d’une autre manière de vivre ensemble, de témoins qui lui rendent courage et espérance. Qui peut le faire mieux, si ce n’est ceux et celles qui ont conscience d’appartenir à un monde nouveau où tous les hommes sont frères en Christ ? Notre monde a soif de liberté ? Le Christ ressuscité nous l’offre par sa victoire sur le Mal et la Mort. Notre monde a besoin d’égalité ? Le Christ ressuscité fait de nous les membres de son Corps. Notre monde veut plus de fraternité ? Le Christ ressuscité nous invite à répandre les valeurs de l’Evangile. Osons être ses témoins pour que notre monde change, en mieux. Amen.




(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 11 mars 2011

01er dimanche de Carême A - 13 mars 2011

Célébrer le pardon pour résister au Mal !



Les enfants qui préparent leur première confession le savent bien ; ils l’apprennent dès les premières rencontres de catéchisme : dans la vie, quelquefois c’est comme ça ; dans la vie, quelquefois c’est pas facile ; dans la vie, quelquefois, ça ne va plus. Et ce n’est même pas toujours de notre faute. Le Mal est présent au cœur de notre vie ; nous en faisons tous l’expérience. La question, c’est qu’est-ce qu’on fait, une fois qu’on le sait ? Peut-on s’en sortir ? Les textes bibliques que nous avons entendus nous disent que oui, et nous donnent même un chemin pour nous en sortir. Ce chemin est double : conformer notre vie à la parole de Dieu et nous placer à la suite du Christ.

Conformer notre vie à la parole de Dieu. C’est bien la leçon que nous pouvons tirer de l’histoire de nos premiers parents. Créés par Dieu, ayant reçu de lui le souffle de vie, l’homme et la femme sont à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ils ont tout reçu de lui. La seule chose qu’ils doivent respecter, c’est un interdit : ne pas toucher à l’arbre qui est au milieu du jardin. Pas vraiment mission impossible, me direz-vous, d’autant qu’ils ont tous les autres arbres à disposition. Dans leur jardin, ils ne manquent de rien. Et pourtant, comme le rappelle Paul aux chrétiens de Rome, un jour, par Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort. Le ver est dans le fruit, le mal est fait. Pourquoi ? Parce que quelqu’un, le Serpent, a travesti la Parole de Dieu, donnant du même coup de Dieu une image fausse et pervertie. Adam et Eve se sont laissés avoir et ne s’en rendent compte que trop tard, une fois que le Mal est fait : leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus ! Nus parce qu’éloignés soudainement de Dieu. Nus, parce qu’ils ne leur restent que leurs yeux pour pleurer. L’écrivain biblique nous indique même que désormais, ils se cachent devant Dieu. Ils ont honte. C’est comme ça ; c’est pas facile ; ça ne va plus ! Une parole comprise de travers, une image de Dieu pervertie, et le Mal est là.

Dans l’Evangile, lorsque Jésus est soumis à la tentation, le Mauvais utilise toujours et encore la même arme : il joue avec la Parole de Dieu. Mais Jésus, à la différence d’Adam, rectifie la parole ; il ne se laisse pas avoir. Il est le Fils que Dieu a envoyé ; il est le Fils qui est fidèle à son Père, qui écoute son Père et agit comme son Père attend. La Parole de Dieu est sa seule ligne de conduite, sa seule arme contre la tentation du pouvoir, de la possession et de la toute-puissance. Ecoutant la Parole de Dieu et la méditant dans notre cœur, nous pouvons user de cette même arme pour lutter contre le Mal.

Imitant ainsi le Christ, nous comprenons le deuxième chemin proposé pour résister au Mal : suivre le Christ en tout. C’est Paul qui nous y encourage lorsqu’il nous affirme que si à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul homme, la mort a régné, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend justes. Pour être tout à fait clair, si par Adam le péché est entré dans le monde, par Jésus, c’est le salut qui nous est obtenu. Suivre le Christ, c’est recevoir de lui le don de la vie en plénitude, le don du salut. Lui seul, Jésus, peut nous sauver ; lui seul peut définitivement vaincre le Mal et la Mort. Son obéissance à Dieu, en toute chose, nous vaut le pardon et la vie.

Pour nous aider à suivre ainsi le Christ sur le chemin de l'obéissance parfaite et conformer notre vie à la Parole de Dieu, l'Eglise nous propose un sacrement ; celui qui, malgré notre péché, nous dit l'amour de Dieu pour nous : le sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation. Si l’Eglise nous invite à célébrer le pardon, de manière régulière, c’est bien parce que, dans ce sacrement, s’approfondit notre désir de résister toujours davantage, toujours mieux au Mal. Certains disent : ce n’est pas la peine de se confesser puisque nous retombons toujours à cause des mêmes choses. Sans doute, mais si nous prenons au sérieux la grâce de ce sacrement, nous nous rendrons compte que petit à petit, de péchés commis en pardons reçus, nous progressons à la suite du Christ, nous devenons plus résistants au Mal. La première des choses à faire est de regarder honnêtement notre vie, non pas pour nous en désoler, mais pour porter sur notre vie le regard même de Dieu, qui est toujours et déjà un regard de pardon, un regard d’amour. Quelquefois, dans notre vie, ça va mal ; mais toujours, dans notre vie, même et surtout quand ça va mal, Dieu veut nous rejoindre et nous libérer de ce qui nous retient loin de lui, de ce qui nous éloigne de lui. Célébrer le pardon, rencontrer un prêtre pour se confesser devant Dieu, c’est exprimer notre désir de la présence de Dieu au cœur de notre vie ; c’est exprimer notre désir de revenir vers ce Dieu, même si nous nous sentons nus devant lui. Par son pardon, il nous revêtira de l’habit de fils. Célébrer le pardon, c’est demander à Dieu son aide pour que nous puissions mieux entrer en résistance contre le Mal et le péché. Ça ne se fait pas en un jour ; c’est l’œuvre d’une vie spirituelle, menée en fidélité à la Parole de Dieu, à la suite du Christ qui nous redit toujours que Dieu nous aime, même lorsque nous sommes pécheurs.

Permettez que je termine par une histoire qu’un vieux rabbin racontait. Il disait : chacun de nous est relié à Dieu par un fil. Et lorsqu’on commet une faute (un péché), le fil est cassé. Mais lorsqu’on regrette sa faute, Dieu fait un nœud au fil. Du coup, le fil est plus court qu’avant. Et le pécheur est un peu plus près de Dieu ! Ainsi, de faute en repentir, de péché en pardon célébré, de nœud en nœud, nous nous rapprochons de Dieu. Finalement, chacun de nos péchés est l’occasion de raccourcir d’un cran la corde à nœuds et d’arriver plus vite près du cœur de Dieu. Tout est grâce ! Mêmes les péchés... Si nous entrons dans une démarche de pardon et de réconciliation. Amen.




(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les presses d'Ile de France)

(Histoire reprise par Jean VERNETTE, in Paraboles pour aujourd'hui, éd. Droguet & Ardant)