Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Jésus. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jésus. Afficher tous les articles

samedi 22 août 2026

21ème dimanche ordinaire A - 23 août 2026

 Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! 





 

            Il y a quelque chose de paradoxal dans l’évangile de ce dimanche. Jésus interroge ses disciples sur ce que les gens disent de lui, puis sur ce que les disciples ont compris de lui, avant de leur interdire d’en parler aux autres. Comme si ce que Pierre affirme avec force est trop dangereux pour les autres.

            Tout commence avec cette simple question : Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? Petit sondage express ou brève évaluation des connaissances, si vous préférez. Les gens, c'est-à-dire tous ceux qui ont croisé la route de Jésus et de sa troupe, ont-ils vraiment compris quelque chose à Jésus, à son message, à ses actes ? Les trois réponses données par les disciples démontrent que non. La figure du Fils de l’homme, personne ne l’applique à Jésus. Les gens lui préfèrent Jean le Baptiste, Elie, Jérémie ou l’un des prophètes. Autrement dit, des gens du passé, récent ou lointain, mais du passé. A croire que la figure du Fils de l’homme est dépassée ; une survivance d’un autre âge. Et d’une certaine manière, c’est normal. On interrogerait des gens d’aujourd’hui, qui ne sont pas au milieu de nous sur Jésus, nous aurions sans doute aussi des réponses un peu exotiques. Entre la figure du grand sage et du guérisseur, les réponses couvriraient sans doute une large palette. Jésus, c’est un vieux personnage, dont certains doutent même qu’il ait seulement existé, quand bien même de nombreuses études s’accordent à le reconnaître. L’homme Jésus a existé, c’est un fait.

            Après ce premier sondage sur un large panel, Jésus resserre sa cible : Et vous (c'est-à-dire vous qui êtes avec moi chaque jour), que dites-vous ? Vous aurez remarqué au passage que Jésus ne commence pas par dire à ses disciples que les gens ont tort, qu’ils se trompent dans les réponses apportées à la question initiale : Qui est le Fils de l’homme ? Il ne reprend pas même sa question initiale en faisant de grands gestes, pointant vers lui, pour que les disciples additionnent un plus un pour trouver deux. Et la logique aurait suggéré qu’à ce deuxième tour, les disciples répondent à ce que sous-entendait Jésus dans sa question première : pour nous, le Fils de l’homme, c’est toi ! Non, Jésus pose une autre question, qui oriente clairement vers lui : pour vous, qui suis-je ? Quand on fait un sondage, quand bien même on ressert le panel, on ne change pas radicalement la question. Mais ce n’est pas grave, et Pierre, qui semble répondre (selon son habitude) du tac au tac, prononce ces mots devenus célèbres : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! A-t-il compris sa réponse ? A-t-il mesuré l’énormité qu’il vient d’énoncer ? Jésus nous rassure : certes, il proclame Pierre heureux, mais il lui dit en même temps qu’il n’y a pas de quoi fanfaronner. Un souffleur est passé par là : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Autant dire que pour l’instant, ce ne sont que des mots d’un autre (Dieu) qui auront à devenir réalité comprise pour les disciples. Et nous savons que cela prendra du temps. Revenez dimanche prochain ; vous aurez la suite immédiate de l’évangile et vous comprendrez. Je ne vais pas spolier aujourd’hui ! A chaque dimanche, sa découverte ; c’est bien suffisant !

            Cette question de Jésus, même si Pierre a laissé à la postérité la réponse juste, demande malgré tout que chacun y réponse personnellement. Régulièrement, comme pour mieux montrer que la foi chrétienne perd du terrain, des instituts de sondage interrogent les chrétiens sur leur foi. Et les réponses ne sont pas toujours à la hauteur de celle de Pierre. Même pour certains baptisés, Jésus est juste un grand homme, éventuellement un sage spirituel, mais Fils du Dieu vivant, vous n’êtes pas sérieux ! Quant à dire qu’il est ressuscité, comme disaient les Grecs à Paul lors de son passage à Athènes : sur cette question, tu repasseras. Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons pas faire l’économie de cette question : pour moi, qui est Jésus ? Et il serait bon que nous la reprenions souvent : qui est Jésus pour moi, aujourd’hui ? Elle est salutaire, cette question, parce qu’elle nous permet d’être au clair, de mesurer les progrès ou les difficultés que nous rencontrons dans notre vie de foi. Elle est salutaire parce qu’elle fait de Jésus, non pas un personnage de l’Histoire, mais notre contemporain. Qui est Jésus pour toi aujourd’hui ? Dans ce moment de grande joie que tu vis, dans ce passage à vide que tu traverses, dans cette épreuve qui te met à genoux, qui est Jésus ? Et vous comprenez alors que la réponse n’est jamais simple à formuler, et qu’elle n’est jamais exprimée tout-à-fait de la même manière. Je voudrais que Jésus soit toujours le même pour moi, mais je dois honnêtement reconnaître que, selon ce que je vis, la formulation de ma réponse sera différente. Parce que notre réponse à cette question ne peut pas juste être une réponse apprise au catéchisme. Ce sera toujours la réponse que Dieu nous révèlera dans le moment que nous vivrons. Cela est vrai depuis que Dieu a révélé son nom à Moïse, jadis au buisson ardent. Je suis qui je suis, que l’on peut aussi traduire par : je suis qui je serai, autrement dit : tu verras bien qui je suis selon ce que tu auras à vivre.

Ce nom de Dieu, et le fait que notre réponse à la question de Jésus puisse différer selon les époques de notre vie, confirme que la promesse faite par Jésus au jour de l’Ascension est vraie : Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Que notre réponse puisse varier, ne signifie pas que Jésus change, mais que la perception que j’ai de lui, que l’expérience que je fais de sa présence à ma vie, change. C’est la même expérience que nous faisons dans nos rapports humains. Dire à quelqu’un que nous l’aimons quand tout va bien et que le ciel est bleu, c’est une chose. Le lui dire quand tout va mal, que les tensions et les difficultés nous éloignent l’un de l’autre, c’en est une autre. Vous comprenez alors pourquoi je vous ai dit que cette question était à reprendre régulièrement. Combien d’hommes et de femmes n’ont aucun mal à affirmer leur foi quand tout est simple, mais lâchent tout à la première difficulté ? J’ai fait confiance à Jésus, j’ai cru en lui, et regarde où cela m’a mené ! Dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, il nous faut consentir à dire à Jésus qui il est pour nous, pour pouvoir vivre dans la fidélité notre foi en lui, pour pouvoir vivre encore et toujours de sa présence aimante et attentive. 

Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? La réponse de Pierre, que nous pouvons faire apprendre aux enfants et aux catéchumènes, ne sera leur réponse que lorsqu’ils auront fait véritablement l’expérience toute personnelle de la rencontre avec Jésus, celui qui était mort et qui est vivant, ressuscité dans la gloire de Dieu. D’où l’ordre donné aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ. Ce n’est pas quelque chose qui se dit d’abord ; c’est quelque chose qui se vit. Il nous faut passer la Pâques avec Jésus pour comprendre véritablement les mots de Pierre, les mots du Père. Ecoutons, et donnons à entendre Dieu qui parle aux hommes, pour qu’après Pierre, avec nous, ils puissent confesser que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Amen.

dimanche 16 août 2026

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2026

 Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles ! 






(Tableau de Pieter LASTMAN, Jésus, la Cananéenne et les petits chiens,1617, Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas)



 

 

            Je savais que Dieu avait de l’humour, mais je ne me doutais pas que son humour pouvait être grinçant. Il l’était assurément lorsqu’il a accompagné l’équipe de liturgistes qui a fait le choix des textes bibliques de ce dimanche. En les écoutant les uns après les autres, j’en viens à me demander si Jésus connaissait, ou avait lu seulement, le prophète Isaïe. Parce qu’il nous faut bien le reconnaître : il y a un gouffre entre ce qu’annonce Isaïe et les réponses de Jésus à la Cananéenne qui vient demander la libération de sa fille. Et c’est là que l’humour de Dieu est grinçant, parce que cela rappelle le gouffre qui existait du temps du Pape François et qui se prolonge avec le Pape Léon et un certain vice-président outre atlantique sur la même question : celle de notre rapport aux étrangers et à l’attention et à l’amour qu’on leur doit.

            Le prophète Isaïe est témoin de la volonté de Dieu lui-même d’accueillir tous les étrangers qui l’honorent et qui deviennent ses serviteurs, et de son désir de les conduire à [sa] montagne sainte. C’est la prophétie qu’il nous rapporte, au nom de Dieu. Quand il proclame la parole de Dieu, il commence par ces mots : Ainsi parle le Seigneur ! Ce qu’il nous partage, c’est bien la volonté de Dieu, et non pas sa manière de la comprendre. Il n’y a pas de doute à avoir sur ce que Dieu veut pour tous les peuples, à savoir leur unité, leur communion, autour de lui. Si Israël est son peuple particulier, il n’en est pas pour autant son chouchou, mais bien celui qui doit conduire les autres peuples à la pleine connaissance du Dieu un et vrai. Dieu lui-même parle de sa maison comme d’une Maison de prière pour tous les peuples. Le doute n’est vraiment pas permis : le Dieu de la révélation biblique veut être le Dieu de tous les peuples. Pour qu’il y arrive, il faudra bien que tous les peuples s’entendent, sous peine de transformer le royaume de Dieu en enfer !

            L’Apôtre Paul, qui a fait de la conversion des peuples païens sa mission à la demande de Dieu lui-même, porte ce beau rêve et l’exprime aux chrétiens de Rome dans la lettre qu’il leur fait parvenir. S’il rappelle bien que les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance, et donc que la vocation d’Israël à être le peuple particulier de Dieu n’a pas été annulée, il n’en espère pas moins que ce même peuple, son peuple d’origine, retrouve la raison et reconnaisse en Jésus le Messie attendu ; il espère que ce peuple reviendra de son aveuglement et de son refus de croire… pour qu’il obtienne miséricorde comme les nations païennes, revenues de leur incroyance, ont obtenu miséricorde. Paul exprime son désir d’unité entre Israël et les nations païennes dans cette phrase admirable : Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde. Pour ne favoriser personne, pour que tous aient la possibilité de se savoir aimé et pardonné, il a mis tous les peuples sur un pied d’égalité, en ce sens que tous ont été, à un moment ou à un autre de leur histoire, les incroyants qui reviennent vers lui. C’est l’attitude du Père prodigue en amour et en pardon pour ses deux fils : le plus jeune qui était parti vivre une vie de patachon et qui ne pense plus être digne d’être fils ; et l’aîné, drapé dans ces certitudes et son bon droit qui estime qu’il n’a jamais été reconnu à sa juste valeur. Aux deux, le Père dit qu’ils sont ses fils ; aux deux, il propose le même banquet de la réconciliation.

            C’est pour cela que nous pouvons légitimement avoir du mal avec l’attitude des disciples de Jésus qui attendent de lui qu’il renvoie cette femme qui les poursuit de ses cris, et avec l’attitude de Jésus qui d’abord la bat froid en n’accusant même pas réception de sa demande. D’abord, il ne lui répondit pas un mot, pour ensuite lui répondre sèchement : je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Quand bien même cela est vrai, on y met les formes. Et surtout, on ne rajoute pas cette parole à la limite de l’insulte : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Cette dernière parole produit alors un vrai miracle, qui n’est pas d’abord la guérison attendue. Non, pour moi, le premier miracle, c’est la persévérance et l’audace de cette femme, qui insiste, qui ne se démonte pas, qui revient sans cesse à la charge au point qu’elle ose reprendre Jésus, que la foule tient pour un maître. Elle reprend Jésus du tac au tac : Oui, Seigneur, que nous pouvons entendre comme un : Tu as raison, mais… mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Elle reconnaît, elle, la Cananéenne, la mal-croyante, la place particulière de la maison d’Israël ; mais en même temps, elle reconnaît que si cette maison ne veut pas, si elle laisse des miettes de la grâce de Dieu tomber par terre, pourquoi les petits chiens (c'est-à-dire elle et tant d’autres) n’en profiteraient-ils pas ? Elle dit à Jésus que si la maison d’Israël ne veut pas reconnaître le Messie quand il passe au milieu d’elle, elle, la Cananéenne, n’est pas tenue de faire pareil ; elle récupère, presqu’avec gourmandise, ces miettes de grâce ; elle veut croire que Jésus est le Messie et donc qu’il peut quelque chose pour sa fille, d’où ses cris et sa charge incessante, malgré l’hostilité ambiante. Jésus ne peut rien faire d’autre que de lui accorder le miracle qu’elle espérait : Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu veux ! La prophétie faite par Isaïe s’accomplit en cet instant. 

            Ce miracle s’accomplit encore aujourd’hui. Alors que certains n’espèrent qu’une chose, la fin de l’Eglise, dont la baisse de la pratique et la crise des abus devaient être les signes évidents de sa décadence, voilà que d’autres ramassent les miettes de grâce que nous avons laissé tomber de notre table. Le nombre de catéchumènes explose d’année en année, interrogeant nos communautés vieillissantes ; la visite annoncée du Pape Léon fait déjà le plein sur quelques événements, et les voix gênées de ceux qui avaient prédit l’effondrement de l’Eglise, ne peuvent que distiller le poison de leur étonnement et de leur haine de l’Eglise, plutôt que de reconnaître que l’Eglise du Christ est loin d’avoir dit son dernier mot, et que la foi en Jésus Christ est bien vivante en terre de France. On a beau nous moquer, Dieu parle et agit dans le cœur des hommes et des femmes de notre temps. Si une forme de l’expression de l’attachement à la foi disparaît, l’Eglise poursuit de vivre du Christ et de l’Evangile, se purifiant toujours pour mieux correspondre à ce que Dieu attend d’elle. Ceux qui étaient loin s’approchent, sont séduits par Jésus et demandent à entrer dans cette Eglise. Que soient nombreuses les Cananéennes qui nous cassent les oreilles, pour que la grâce de Dieu puisse faire son œuvre et révéler la richesse de la foi et la puissance de la miséricorde de Dieu à tous les peuples. Amen.

vendredi 14 août 2026

Assomption de la Vierge Marie - 15 août 2026

 Le Magnificat, chant d'une victoire annoncée ! 







 

            Quand l’Eglise proclame le dogme de l’Assomption, elle n’a pas besoin de faire œuvre de grande explication auprès des hommes : ce qu’elle proclame, le peuple le croit depuis des siècles. C’est même la foi du peuple chrétien qui en quelque sorte « oblige » l’Eglise à proclamer l’Assomption de la Vierge Marie, reconnaissant ainsi que Dieu s’exprime avec force par ces petits qui depuis toujours ont compris que Marie, la Mère de Jésus, n’avait pas pu connaître la dégradation du tombeau, mais qu’elle avait été appelée corps et âme dans la gloire de Dieu. La foi chrétienne ayant, pour les croyants, un sens, il ne pouvait pas en être autrement. Ce qui se joue, dans ce dogme, c’est l’espérance de tout un peuple et la certitude que le Puissant fit [en Marie d’abord, mais pour nous tous aussi encore] des merveilles.

Les textes qui nous parlent de Marie étant rares, la liturgie de cette solennité nous fait entendre l’évangile de la Visitation, c'est-à-dire un épisode du commencement de ce qui deviendra l’histoire de Jésus. Ce n’est pas le tout-premier (celui de l’annonciation), mais le deuxième, qui le suit immédiatement et qui nous vaut cette belle prière de Marie que l’Eglise reprend tous les jours dans l’office du soir, le Magnificat. Si nous l’interprétons d’abord comme un cantique programmatique de ce que sera la vie de l’Enfant qui grandit dans le sein de Marie, le fait de le proclamer aujourd’hui, nous le fait entendre comme le chant de l’accomplissement de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais. Les trois premiers versets de ce cantique annoncent ce que Dieu réalise et que nous célébrons aujourd’hui. Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! Qui peut douter que Marie n’est pas la première aujourd’hui à chanter Dieu, alors qu’elle retrouve son Fils Jésus dans sa gloire ? Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse : c’est le contenu même de la foi du peuple de Dieu qui a toujours reconnu l’humilité de Marie et qui, dès le début de l’Eglise, a vu la place éminente qui était la sienne dans l’histoire du Salut. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! La dernière merveille que Dieu réalise pour la Vierge, c’est justement de préserver de la corruption du tombeau, [celle] qui a porté dans sa chair [son] propre Fils et mis au monde d’une manière incomparable l’auteur de la vie (Préface de l’Assomption). 

Avec cette dernière merveille, c’est tout le projet de Dieu pour l’humanité qui est redit et célébré. Parce que ce qui est désormais réalité pour Marie, est appelé à devenir notre réalité. Nous sommes appelés à la gloire du ciel. C’est le projet de Dieu depuis la Création : avoir auprès de lui un collaborateur, un partenaire d’Alliance fiable. Marie l’a été toute sa vie durant. Elle, fille d’Eve comme nous, nous démontre qu’il est possible de vivre de cette Alliance. Nous ne servons pas un Dieu sans mémoire ; nous ne servons pas un Dieu ingrat. Nous servons un Dieu qui nous veut avec lui chaque jour et pour l’éternité. En appelant Marie dans sa gloire, il nous est rappelé que c’est là notre destinée, que c’est là notre espérance. Oui, la miséricorde [de Dieu] s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, sur nous donc. Marie n’est pas une exception ; elle est le modèle du croyant qui choisit de suivre le Christ. Nous pouvons relire ainsi la préface de la messe Sainte Marie, modèle de l’Eglise qui nous fait chanter : Dans ton immense bonté, tu as donné à l’Eglise un modèle de culte parfait dans la Vierge Marie. Elle est, en effet, la Vierge qui écoute : elle accueille avec joie ta parole et la médite dans le silence de son cœur. Vierge en prière, elle exalte ta miséricorde dans son cantique de louange, elle intercède en faveur des époux à Cana, elle se joint à la prière unanime des Apôtres. Et la préface de la messe Sainte Marie, mère de l’Eglise nous fait chanter notre espérance et le rôle de Marie dans celle-ci : Elevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Eglise de son amour maternel dans sa marche vers la patrie jusqu’au jour de la venue glorieuse du Seigneur. A travers sa vie fidèle, Marie oriente toute vie vers ce que Dieu a promis à son peuple : le retour glorieux de Jésus et notre participation à sa gloire. Et ceci est fondamental parce que Marie n’a jamais fait que nous donner Jésus et de nous le montrer toujours. Elle nous montre le chemin vers lui, mais s’efface devant lui. Par son Assomption, Marie ne devient pas plus que nous ; elle devient ce que nous sommes tous appelés à devenir : des vivants dans la gloire du Dieu qu’ils ont servi. 

L’Eglise a raison de se réjouir aujourd’hui et de célébrer celle qui nous précède dans la gloire, parce qu’elle nous a précédée dans la foi. Elle a raison de chanter le cantique de Marie, chant d’une victoire annoncée. Puisse l’exemple de la Vierge faire grandir notre foi et notre espérance, et nous parviendrons, comme elle, à la gloire du Royaume où Dieu nous attend. Amen. 


samedi 8 août 2026

19ème dimanche ordinaire A - 9 août 2026

 De l'art et de la manière de parler de Dieu ! 




(Jésus marche sur les eaux, Tableau de James TISSOT, Brookling Museum)


 



            Il y a des textes bibliques qui sont un vrai coup de boost pour la foi parce qu’ils ont l’art et la manière de parler de Dieu. Toute la Bible nous parle de Dieu, me direz-vous ! Certes, mais tous les livres qui la composent ne le font pas de la même manière. Et c’est normal, parce que nous parlons de Dieu à partir de ce que nous connaissons, de ce que nous découvrons de lui, selon ce que nous vivons. La manière de penser Dieu, et donc de parler de lui, est différente selon que nous vivions en temps de paix ou en temps de guerre, selon que nous soyons heureux ou totalement déprimés. Tous les textes bibliques n’nt donc pas le même effet sur notre foi, nitre moral. La première lecture et l’évangile de ce dimanche sont, pour moi, des textes essentiels dans la compréhension de Dieu, capables de redonner le moral et de fortifier notre foi.

            L’extrait du Premier livre des Rois nous rapporte un moment de la vie d’Elie. Il est fatigué par ce peuple qui a rejeté Dieu ; il fuit devant Jézabel qui a promis sa mort. A celui qui est resté fidèle, Dieu demande de sortir de la grotte où il s’est réfugié pour se tenir en présence du Seigneur. Et ce moment en dit long sur le Dieu d’Elie, sur notre Dieu. A l’approche du Seigneur, dit le texte biblique, il y eut un ouragan fort et violent, puis un tremblement de terre, et un feu. Des manifestations puissantes, destructrices, mais dans lesquelles, nous dit l’auteur de ce livre, le Seigneur n’était pas. Le Dieu d’Eli, le Dieu d’Israël, notre Dieu, n’est pas un destructeur ; il ne manifeste pas sa puissance en fendant les montagnes et brisant les rochers. Eli reconnaît Dieu qui passe quand se lève le murmure d’une brise légère. Le murmure d’une brise légère. Quelque chose qui ne fait pas de bruit : pour entendre un murmure, il faut tendre l’oreille ; et quelque chose qui fait du bien. Les récents épisodes de canicule nous ont tous fait espérer le murmure d’une brise légère pour nous sortir de la fournaise. Dieu ne crie pas ; il murmure. Dieu ne détruit pas ; il fait du bien. Voilà ce que nous enseigne cette page de la Première Alliance. Et moi, cela me fait du bien de l’entendre ; cela donne à ma foi un nouvel élan. Dieu me veut du bien ; Dieu me parle doucement, tendrement. Et cela vaut pour tous. Dieu vous veut du bien ; Dieu vous parle doucement, tendrement.

            Cette affirmation est tellement vraie qu’elle se prolonge dans les textes de la Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus Christ. Lorsque nous le croisons, après un temps de prière, il vient vers ses disciples en marchant sur la mer, bien que la barque dans laquelle se tenaient ces derniers fut battue par les vagues, car le vent était contraire. Ne nous moquons pas des disciples qui prennent peur à cette vue ; nous aurions fait pareil et avec eux, nous nous serions mis à crier. Nous aussi, nous aurions cru voir un fantôme. Jamais personne n’avait marcher sur la mer ; jamais personne n’avait écrasé le mal de son talon. Il faut nous rappeler que la mer est le lieu où résident les forces du mal. La mer déchainée, aucun humain ne la contrôle, aucun humain ne la domine. Jésus, vrai homme et vrai Dieu, l’écrase de son pied. Il fallait qu’un disciple réagisse, et c’est Pierre qui naturellement s’y colle. Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Je ne suis certainement pas le seul dans cette barque à me dire qu’il a perdu une occasion de se taire, le Pierre. Mais Jésus lui dit : « Viens ! » et Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux. Et ça marche ! L’homme, quand il garde les yeux fixés sur Jésus peut écraser le mal de son talon, comme Jésus ! Mais quand il prend conscience de la force du vent contraire, il a peur et il coule. Pierre a cependant ce réflexe salvateur de crier vers Jésus : Seigneur, sauve-moi ! Ce qu’il fait en étendant la main.

            Comme le texte du Premier livre des Rois, Matthieu, en rapportant cet épisode, nous montre que Dieu, en Jésus, veut notre bien puisqu’il vient écraser le mal qui agite et bouleverse notre vie. Il nous redit aussi que Dieu n’est pas dans la tempête, mais qu’en Jésus, il la domine et en triomphe. Quand Jésus est dans la barque, le vent tombe. Il n’y a pas de place pour le mal là où est Jésus ; le mal est vaincu quand Jésus est accueilli dans une vie. Nous devons en être convaincus : par notre baptême, nous participons déjà à la victoire de Jésus sur le mal et la mort. La vie de Dieu, la vie éternelle, est déjà donnée. Nous pouvons faire nôtre la profession de foi des disciples : Jésus, vraiment tu es le Fils de Dieu ! Avec lui dans notre vie, nus pouvons combattre efficacement le mal, d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Même si c’est modeste. Il n’y a pas de petite ou de grande victoire sur le mal ; il n’y a que la victoire du Christ à laquelle nous participons, à notre manière, grâce à sa présence en notre vie. C’est l’œuvre du Christ qui se prolonge ainsi en nous. Sa victoire, obtenue sur la croix, il l’étend à nous, il nous en fait profiter, largement. Il nous faut le grain de folie de Pierre qui pense qu’il peut faire pareil, marcher sur la mer, si c’est Jésus qui le lui demande. Il nous faut croire qu’en Jésus, nous avons déjà notre victoire sur le mal et la mort. Ce n’est pas une utopie ; c’est notre réalité !

            Quand nous nous sentons petits, impuissants face aux événements du monde, souvenons-nous d’Elie sorti de sa grotte, souvenons de Jésus qui marche sur la mer. Et rappelons-nous que Dieu veut notre bien et qu’en Jésus, il nous donne la force de ne pas joindre notre voix et notre vie aux puissances du mal. Avec Jésus, construisons ce monde d’où le mal est exclu. Avec Jésus, apprenons à vouloir et à faire le bien. C’est possible car notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, nous en rend capables. De notre art et de notre manière de parler de Dieu, dépend notre art et notre manière de vivre de Dieu. Amen.

samedi 1 août 2026

18ème dimanche ordinaire A - 2 août 2026

 Apportez-les moi.





(Icône trouvée sur le net, Source : Multiplication des Pains – Monastère Saint-Gény)


 

            Je suis toujours surpris par ces foules qui suivent Jésus, qui devinent où il va aller et y arrivent avant lui, si bien que quand Jésus débarque, il [voit] une grande foule de gens. Ce qui me surprend encore, c’est que cette foule se met en route sans prévoir l’intendance minimum : une boisson et un petit casse-croûte ou de quoi faire quelques courses en cours de route. Lorsque nous rencontrons Jésus aujourd’hui, la foule est nombreuse et trop peu ont pensé à prendre de quoi manger. Il n’y a là que cinq pains et deux poissons. La proposition des disciples semble la plus raisonnable : Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! 

            La proposition est raisonnable, mais Jésus ne l’est pas, pas à la manière des disciples, pas à la manière des hommes. Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. J’imagine un instant la tête des disciples. Même s’ils ont pensé à prendre à manger pour 13 (les Douze + Jésus), la grande foule de gens dont parle Matthieu resterait très largement sur sa faim. Les disciples ne tardent pas à le faire remarquer à Jésus : nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. Autant dire rien pour autant de monde, à savoir cinq mille sans compter les femmes et les enfants. Autrement dit, le nombre peut vite au moins doubler, si ce n’est plus. Jésus va-t-il se raviser ? Non, il prononce trois mots qui vont tout changer, mais qui pourtant semblent dérisoires à vue humaine : Apportez-les moi. Une bénédiction et quelques fractions plus tard et toute la foule mange à sa faim ; il y a même des restes, et pas que les arêtes des poissons : douze paniers pleins !

            Ne cherchons pas à comprendre mathématiquement comment la chose fut possible. Ne cherchons pas la taille des pains et des poissons pour vérifier si la chose fut possible. Attardons-nous à la signification profonde de ce miracle. Elle tient dans ces trois mots prononcés par Jésus : Apportez-les moi. Ils valent pour la situation à laquelle les disciples sont confrontés au bord du lac. Ils valent pour toutes nos situations. Nous devons comprendre que face aux difficultés de nos existences, il nous faut oser apporter à Jésus le peu que nous avons comme solution. Il nous faut oser lui faire confiance, même si cela semble impossible et irréalisable à vue humaine. Plus c’est irréalisable, plus il nous faut ce courage d’apporter le peu que l’on a à Jésus pour qu’il l’augmente, pour qu’il donne sa pleine puissance à nos petits actes. Nous pouvons avoir l’impression de n’être qu’un petit colibri apportant une goutte d’eau ; Jésus saura la transformer en océan s’il le faut. Le premier acte de ce miracle, c’est que quelqu’un a accepté de donner ces cinq pains et ces deux poissons. Le deuxième acte, c’était de reconnaître devant Jésus, que cela n’est rien face au besoin. Le don du peu et l’acceptation de nos limites humaines, c’est tout ce qu’il faut pour que Jésus puisse quelque chose. Car il peut tout, là où nous ne pouvons plus rien ! Il peut tout quand nous acceptons de risquer pour d’autres le peu que nous avons pour nous ! Le miracle des pains partagés et de la foule rassasiée, c’est d’abord le miracle du partage et de la confiance absolue en Jésus. 

            Ce miracle qui permet à Dieu de nourrir son peuple se renouvelle en chaque eucharistie. Là Jésus se donne en nourriture pour notre vie. Il est le pain livré et rompu, donné pour la vie des hommes. Il est la réserve inépuisable de la grâce de Dieu pour son peuple. Là où certains ont pensé qu’en faisant mourir Jésus en croix, ils s’en débarrasseraient, Jésus lui-même vient dire que plus on le rompt, plus il se donne ; plus il se donne, plus les hommes vivront par lui. Apportez-les moi. C’est cette même invitation que Dieu nous adresse à propos du pain et du vin au cœur de la célébration de notre eucharistie. Apportez-les moi et j’en ferai le Corps livré et le Sang versé de mon Fils unique ; il sera votre nourriture, il sera votre vie, pour toujours. Le miracle de ce dimanche est un avant-goût de ce miracle permanent en chaque eucharistie où le Christ est donné en nourriture pour la multitude. Jamais il ne manquera à celui qui a faim de lui, faim de la vraie vie, faim de Dieu. 

            Apportez-les moi. Il nous faut aussi entendre dans cette invitation de Jésus, une invitation à nous approcher de lui. Car en effet, comment lui apporter quelque chose, si nous restons loin de lui ! Jésus n’a pas dit : envoyez-les moi, mais bien apportez-les moi. Sans ce déplacement physique et spirituel, rien n’est possible. D’ailleurs, aucun miracle n’est possible quand l’homme reste éloigné du Christ. Et dans ce déplacement auquel nous consentons, nous pouvons emporter avec nous quantité de personnes qui sont éloignés de Dieu, qui n’osent plus s’approcher de lui, qui n’osent plus croire en lui. C’est pour cela, qu’avant de nous approcher de la table eucharistique, nous confions à Jésus nos prières pour nos frères et sœurs en humanité. Nous ne les confions pas par paresse, parce que nous ne voulons rien faire pour eux ; nous les confions par nécessité, parce que nous reconnaissons que nous ne pouvons plus rien pour eux, mais que lui, Jésus, peut encore tout. Il y a chaque dimanche, les demandes « officielles », celles qui sont faites au micro, au nom de notre communauté. Mais n’oublions pas que nous pouvons lui confier aussi nos demandes plus personnelles, lui apporter telle personne, telle situation, pour laquelle nous ne pouvons plus rien, mais attendons de lui sa grâce et sa miséricorde. N’oublions pas de formuler nos prières dans le secret de notre cœur pour que Jésus puisse les prendre avec lui et les offrir avec lui à son Père et notre Père.

            Apportez-les moi. Trois mots tout simples, mais qui comportent une profondeur spirituelle et qui peuvent porter devant Dieu la multitude pour laquelle Jésus s’est offert sur la croix. Rien, ni personne n’est trop petit pour Jésus ; son attention, son amour et sa miséricorde sont pour tous. Ne manquons pas ce rendez-vous qui nous permet de nous approcher de lui ; ne manquons pas ce rendez-vous qui nous permet d’approcher de lui les hommes et les femmes de notre temps qui ne trouvent pas, qui ne trouvent plus le chemin vers le Christ. Et le miracle des pains partagés et de la foule rassasiée pourra se poursuivre longtemps. Amen.

samedi 18 juillet 2026

16ème dimanche ordinaire A - 19 juillet 2026

 Bon grain ou ivraie ?




(Jugement dernier, Détail du retable peint par Rogier Van de Weyden 
pour la chapelle de l'Hôtel-Dieu de Beaune, France)


 



          Les paraboles de Jésus se suivent… et ne se ressemblent pas ! Elles ont beau parler du royaume des cieux, elles nous font toutes approcher une réalité différente de ce royaume. Sans doute parce que le royaume des cieux est plus complexe qu’on ne le pense. Je voudrais m’attarder sur celle du bon grain et de l’ivraie, parce qu’elle permet d’aborder une question essentielle, et peut-être la plus difficile à résoudre : la question de l’existence du mal. Si Dieu est bon, s’il n’a semé que de bons grains, pourquoi laisse-t-il le mal proliférer sans intervenir ?

          L’explication donnée par Jésus lui-même est pourtant simple : tant que le temps de la moisson n’est pas venu, arracher l’ivraie (le mal) ferait courir le risque d’arracher aussi de bons épis ! Et cela n’est pas acceptable : il n’est pas possible de sacrifier des innocents pour supprimer les coupables. Voltaire reprendra cette idée dans son œuvre Zadig ou la destinée en déclarant : il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. La justice de Dieu a l’éternité pour elle ! Dans ce monde créé juste et beau par Dieu, la présence du mal est l’œuvre de l’ennemi, le diable, celui qui divise justement. Ce n’est pas dédouaner Dieu que de le dire ; c’est rappeler simplement une évidence : il existe quelqu’un qui n’aime ni Dieu, ni sa justice et il fait tout pour corrompre ce que Dieu a semé, ce que Dieu a créé.

          Là où j’ai un peu de mal à suivre Jésus, c’est dans l’explication qu’il donne de cette parabole. Il laisse entendre qu’il y a deux sortes d’hommes : ceux qui relèvent du bon grain, les fils du Royaume ; et ceux qui relève de l’ivraie, les fils du Mauvais. Peut-on vraiment séparer ainsi les hommes ? Ne devons-nous pas reconnaître qu’il y a du bon grain et de l’ivraie en chacun de nous ? N’est-ce pas ce que nous faisons, et que l’Eglise nous demande de faire, dans le sacrement de la réconciliation, lorsqu’elle nous propose de confesser l’amour de Dieu en même temps que notre péché ? N’est-ce pas l’expérience que fait Paul, l’Apôtres des Nations quand il écrit dans sa lettre aux Romains (7, 19) : Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. C’est compliqué un être humain ; c’est tout aussi compliqué, un être humain qui veut être saint ! Tous ont le cœur qui balance entre le Bien et le Mal, et selon les occasions, selon les circonstances, nous penchons plus d’un côté que de l’autre.

          Il y a des œuvres d’art que l’Eglise a laissé proliférer qui témoignent bien de cette dualité présente en chacun. Ce sont les nombreuses représentations du jugement dernier. Vous voyez de quoi je veux parler. Le Christ qui siège en majesté, assis sur la terre, et un ange, portant une balance et pesant les hommes. Ne nous y trompons pas. Ce dernier ne pèse pas deux personnes différentes pour voir laquelle serait bonne pour le paradis et laquelle serait vouée à l’enfer. Non l’ange pèse chacun, et c’est le même qui est sur le plateau de droite et sur le plateau de gauche. J’ai en mémoire le retable du jugement dernier peint pour la chapelle de l'Hôtel-Dieu de Beaune. Si vous en avez l’occasion, je vous invite à le contempler. Vous le trouvez facilement en ligne. Vous verrez l’ange placé sous le Christ, n’intervenant pas dans le jugement ; il tient juste la balance. Et sa posture, celle de ses mains, est en tout point identique à celle du Christ. Et que fait le Christ ? De sa main droite, il bénit ; de sa main gauche, il repousse le mal, à moins qu’il ne regarde pas d’abord le plateau gauche de la balance, celui qui pèse le mal fait par l’homme pesé. Au jugement dernier, nous dit le peintre, le Christ bénira toujours le bien que nous aurons fait. Il n’est pas le comptable que certains imaginent, qui note scrupuleusement tout le mal que nous faisons, pour n’en perdre aucune miette et nous le resservir lors du jugement dans un petit carnet noir. Le jugement de Dieu n’est pas accusatoire, il est un jugement qui regarde le bien fait. Et aucun bien fait ne sera jamais perdu ; le bien fait sera toujours plus important aux yeux de Dieu et de sa miséricorde que le mal. Dans son Royaume, nous entrerons avec le bien fait, et le mal que nous aurons pu faire, pour peu qu’il ne soit pas notre dernier mot, sera repoussé, pardonné par le Christ, pour que le bien resplendisse à sa juste valeur. Seul celui qui épousera totalement la cause du Mauvais au jour du jugement sera repoussé avec le Mauvais. Le temps nous est laissé, à chacun, pour choisir toujours le Bien et rejeter encore le Mal. Car telle est la justice de Dieu, qui prend patience et qui valorise le Bien tout en combattant le Mal.

          Le bon grain et l’ivraie poussent bien tous deux en nous ; le bon grain, parce que Dieu nous a fait ainsi ; l’ivraie, parce que le diable ne supporte pas le bien et cherchera toujours à mettre la division en l’homme d’abord, en y semant son ivraie. Ne nous y trompons pas : c’est bien parce que nous sommes divisés intérieurement chacun, que nous sommes divisés entre nous en société. C’est parce que l’homme est divisé en lui-même qu’il peut trouver bon ce qui est mal et mal ce qui est bon. La récente loi sur l’aide à mourir nous l’a encore démontré. Là où j’attendais que nos politiques s’occupent principalement de notre bien vivre ensemble, une courte majorité a trouvé mieux de s’occuper d’abord de notre bien mourir individuellement, trouvant cette solution meilleure à celle d’œuvrer au bien vivre pour tous, y compris pour nos malades et nos souffrants. Quand le bon grain pousse avec l’ivraie, tout devient possible. Mais comme l’a encore écrit Paul (1 Co 10, 23) : tout est permis, mais tout n’est pas constructif. Et la mort, comme le mal, n’a jamais rien construit, si ce n’est des cimetières.

          Cette parabole du bon grain et de l’ivraie, nous invite alors à faire le point sur notre vie et à décider, tant qu’il en est temps, de l’orientation que nous voulons donner à celle-ci. Une vie au service du Bien et de la Vie, ou une vie au service du Mal et de la Mort. La question est ancienne, puisque Moïse fut le premier à la poser à son peuple et à l’exhorter ainsi : choisis donc la vie ! Ainsi, sur notre plateau de balance, le Bien que nous aurons fait resplendira plus que le Mal auquel nous aurons pu succomber, et nous connaîtrons la gloire que Dieu réserve à ses fidèles. Amen.

dimanche 12 juillet 2026

15ème dimanche ordinaire A - 12 juillet 2026

 Tu prépares la terre, tu arroses les sillons.





 

            Il leur dit beaucoup de choses en paraboles. Voilà un fait de la vie de Jésus que nul ne peut contester. Nous ne les connaissons peut-être pas toutes, mais parmi celles qui nous sont parvenues, beaucoup retiennent celle de l’enfant prodigue et celle du bon Samaritain. La parable du semeur serait sans doute aussi bien placée au palmarès des paraboles les plus connues, parce que c’est une des rares à être entièrement expliquée par Jésus lui-même à ses seuls Apôtres. Faut-il dès lors que je rajoute une explication à l’explication officielle ? Il est difficile de dire autre chose que le Maître lui-même. Et pourtant…

            L’expérience rapportée par Jésus dans cette parabole du semeur ne nous est pas étrangère, même si nous sommes citadins. Un bout de jardin ou quelques jardinières suffisent, et nous voilà à planter qui des fruits et légumes, qui des plantes d’agréments. Nous savons d’expérience combien le choix de la terre compte, selon ce que nous voulons faire grandir. Aucune terre n’est vraiment mauvaise ; il faut apprendre ce que l’on peut y planter. Un sol rocailleux ne convient pas à tout, mais les plantes dites de rocailles s’y épanouissent à merveille. Si j’en parle, c’est parce que je ne voudrais pas que quelqu’un pense qu’il n’est pas fait pour accueillir la Parole de Dieu, puisque c’est elle qui est largement semée dans la parabole. Nous sommes tous faits pour accueillir la Parole, mais peut-être que toute parole, même de Dieu, ne nous convient pas toujours. Selon ce que nous vivons, il nous faudra davantage une parole de consolation, ou de guérison, ou d’encouragement, et quelquefois une parole de réprimande ! Nous savons tous qu’une parole donnée à un mauvais moment peut ne rien donner, voire produire l’exact contraire de ce que nous visions. Semer la parole largement ne signifie pas la semer n’importe comment ! Comment pourrions-nous seulement croire que Dieu, qui accorde avec raison une grande importance à sa Parole et à sa réception, ne se préoccupe pas du lieu où sa Parole tombe ? 

            C’est le psalmiste qui m’a rendu attentif à ce détail. Le Psaume 64 (65) que nous avons chanté précise ceci : Ainsi, tu prépares la terre, tu arroses les sillons. C’est bien de Dieu qu’il parle, et de son œuvre pour nous. La terre qu’il prépare, c’est notre cœur ! Il le prépare, et nous prépare, à accueillir sa Parole, à accueillir son Verbe fait chair. Quand Dieu sème son Verbe, il prépare d’abord la terre. Pensons à tous les prophètes de la Première Alliance ! Pensons à Jean le Baptiste qui a préparé très immédiatement le cœur des hommes à l’accueil du Messie. Quand Dieu sème sa Parole, il n’est ni inconscient, ni fou ; il est juste généreux. Il sème largement, pour que jamais nous ne manquions de sa Parole nécessaire à notre vie, nécessaire à notre salut. Elle est pour tous, quel que soit l’état de notre vie, sol pierreux, envahi de ronces ou bonne terre. Il sème même au bord du chemin, quand bien même rien n’y pousse. Nous sommes bord du chemin lorsque nous nous tenons à distance, pas vraiment concernés par elle. Mais je crois que même du bord du chemin, Dieu ne désespère pas, parce que ce bord du chemin peut se laisser saisir par le spectacle de la bonne terre qui porte du fruit, et il peut décider un jour de chasser le Mauvais qui emporte tout ce que Dieu a pourtant largement semé. 

            Car oui, Dieu visite la terre, Dieu prépare la terre et arrose les sillons. Dieu nous visite, Dieu nous visite, et nous pouvons choisir de faire de cette visite, de cette préparation, quelque chose de bon pour nous, grâce à ses soins prodigués. Dieu n’abandonne personne au Mauvais. Il a même envoyé sa Parole nous libérer tous de l’emprise du Mauvais pour que, de bord du chemin, nous devenions tous bonne terre. Sans doute passerons-nous par le sol pierreux et le sol envahi de ronces. Mais toujours souvenons-nous que nous pouvons nous laisser travailler par Dieu, car c’est lui qui, non seulement sème, mais c’est aussi lui qui prépare notre terre et arrose nos sillons pour que nous produisions les fruits attendus à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Laissons donc Dieu agir en nous ; laissons-nous transformer par lui ; devenons cette bonne terre, et nous porterons du fruit. C’est notre choix de laisser Dieu préparer la terre et arroser les sillons. Amen.

dimanche 5 juillet 2026

14ème dimanche ordinaire A - 5 juillet 2026

Devenez mes disciples.



(Gustave Doré, Jésus prêchant devant la foule)




 

            La richesse de la Parole de Dieu ne cesse de me surprendre. Nous avons eu droit aujourd’hui à un extrait du prophète Zacharie qui nous parle d’un roi qui vient pour rétablir la paix ; puis d’une méditation de Paul sur le rôle de l’Esprit Saint dans notre vie ; enfin, nous avons entendu Jésus nous parler de sa mission qui est de révéler le Père, et pour cela, il nous invite à venir à lui. Mais quelle est la cohérence de cet ensemble ? Peut-on trouver un verset qui les unirait tous et qui donnerait du sens pour la semaine qui vient ?  La réponse vient de Jésus lui-même et elle tient en trois mots : Devenez mes disciples. Mais cela signifie quoi, devenir disciple ?

            La première attitude, c’est d’accueillir celui qui vient ou qui nous appelle. C’est tellement simple que cela m’avait presque échappé. Ce roi qui vient pour établir la paix, dont nous parle le prophète, ne pourra rien si nous ne décidons pas de l’accueillir dans notre vie. Les grands hommes et les grandes femmes qui ont recherché la paix n’ont pas manqué dans l’histoire de l’humanité ; et pourtant, combien de conflits aujourd’hui encore à nos portes ? Et je ne parle même pas de la violence ordinaire dans nos rues à laquelle tous semblent se résigner ! Nous n’avons pas accueilli ces messagers de paix ; nous ne les avons pas suivis pour œuvrer avec eux à un monde plus juste et fraternel d’où les armes et les chars de guerre auront disparu. Accueillir, ce n’est pas simplement écouter ; c’est tenir pour vrai ce qui est dit ou proposé et prendre notre part. Accueillir, c’est faire nôtre la cause de celui que l’on reçoit.

            La deuxième attitude est soulignée par Paul ; elle consiste à vivre de l’esprit de ceux que l’on a accueilli. Frères, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit habite en vous. Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. Être disciple, ce n’est donc pas juste être baptisé, mais vivre de ce Christ et de l’Esprit Saint qu’il nous a transmis. C’est passer de la théorie (l’évangile entendu) à la pratique (l’évangile vécu), en toutes choses et avec tous. Et cela, c’est un peu plus compliqué. Parce que nous avons tous de bonnes raisons de n’être pas évangélique avec untel qui nous a fait un sale coup, ou avec unetelle qui n’arrête pas de mal parler de nous. Et la liste est longue, de motifs de ne pas suivre en tout ce que nous dit l’Esprit. Il y en aura toujours un envers qui l’évangile sera trop difficile à appliquer. Mais pour Paul, il n’est pas possible de transiger. Accueillir le Christ, c’est vivre du Christ, vivre comme le Christ, pour vivre enfin, pour vivre en grand, pour vivre en entier. Si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez. Comprenez bien qu’il s’agit de l’homme pécheur en nous, et non pas autour de nous. Il n’est pas question de supprimer l’autre, mais bien de supprimer le péché et ce qui y conduit en nous. L’Esprit n’est pas donné pour supprimer ceux qui font du mal, mais pour supprimer notre propre capacité à faire le mal.

            La troisième attitude pour devenir disciple, c’est bien sûr de venir auprès de Jésus, et de rester avec lui quand bien même ce qu’il nous demande peut nous sembler lourd. Venez à moi, prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples… Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. Je comprends ces affirmations comme une invitation à ne pas me décourager devant la tâche à accomplir. Il peut sembler quelquefois que le Christ nous demande l’impossible, par exemple lorsqu’il nous dit : Aimez vos ennemis ; ou encore celui qui regarde derrière lui n’est pas digne de moi. Bref, toutes les paroles difficiles de l’évangile ! Devenir disciple, ce n’est pas une vue de l’esprit ; devenir disciple, ce n’est pas la décision d’un moment ; devenir disciple, c’est l’œuvre d’une vie. Et cela passera forcément un jour par la croix, parce que le disciple n’est pas au-dessus de son maître, mais avec son maître. Là où passe le maître, passe le disciple. Mais le disciple y passe avec et grâce à l’enseignement et à l’exemple de son maître. Et le Christ, notre Maître, est passé partout victorieux. Même la mort n’a pu le retenir ! La vie est toujours avec lui ; la vie est toujours en lui. Devenir disciple, c’est partager cette vie et les effets de cette vie. Avec le Christ, nous pouvons tout pour le bien de tous ! Avec le Christ, la mort n’est plus à craindre ! Avec le Christ, le péché est vaincu ! Avec le Christ, Satan est défait.  

            Le changement du monde que beaucoup attendent ne viendra pas d’une recette politique. Ils semblent plus préoccupés en ce moment d’une bonne mort pour nous que d’une belle vie pour nous ! Le changement nécessaire pour que le monde devienne plus juste et plus fraternel ne viendra que d’authentiques disciples du Christ qui laisseront son Esprit infuser en leur vie pour mieux se diffuser autour d’eux. Car l’authentique disciple du Christ ne garde ni le Christ, ni son Esprit pour lui-même. Il veille à ce qu’il parvienne à tous. Devenir disciple, c’est devenir missionnaire, là où nous vivons pour que pas un seul lieu ne soit soustrait à l’amour que le Christ est venu offrir au monde. Amen. 

samedi 13 juin 2026

11ème dimanche ordinaire A - 14 juin 2026

 Ils les choisit et les envoie en mission.




(Les Douze Apôtres)



            On croit connaître les Evangiles et on s’aperçoit que notre lecture, jusqu’à présent, était hâtive, voire inattentive aux détails qui différencient les différentes versions d’un même événement. L’évangile entendu aujourd’hui n’échappe pas à la règle. Matthieu que nous lisons cette année, a cette particularité de lier de manière très immédiate le choix des disciples et leur envoie en mission. Qu’est-ce que cela peut signifier pour nous ? Je vous propose trois pistes à méditer.

            Jésus choisit donc les Douze et les envoie en mission. Il les choisit pour cela. La preuve, à peine Jésus a-t-il donné la liste des Douze qu’il les envoie. Cela veut bien dire que Jésus n’appelle pas pour le plaisir d’appeler, pour avoir du monde autour de lui. Les signes qu’il pose, la clarté de son enseignement, assurent la présence des foules. Il suffit de lever les yeux : la foule est là, presqu’à chaque pas. Voyant les foules, Jésus fut pris de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Nous pouvons même dire que c’est la présence de ces foules qui conduit Jésus à choisir les Douze après avoir constaté que la moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux. En fait d’ouvrier, jusqu’à cet instant, il n’y a que lui, Jésus ! Le choix des Douze correspond donc à une nécessité de service. Tout seul, tout Fils de Dieu qu’il est, il n’y arrivera pas ; le temps lui est compté ! Et quand bien même il y arriverait dans l’immédiat, Jésus choisit d’avoir besoin d’Apôtres, parce qu’il voit sans doute plus loin que nous ; il voit sans doute déjà après Pâques et la mission qu’il restera à accomplir pour faire connaître son œuvre de salut pour tous les hommes. Avons-nous tous suffisamment conscience que, si nous ne pouvons rien faire pour Jésus, nous pouvons tout faire pour les hommes et les femmes de notre temps qui, comme jadis, sont comme des brebis sans berger ? Avons-nous suffisamment conscience que Jésus veut avoir besoin de nous pour participer, même modestement, à sa mission ?

           Jésus choisit donc les Douze et les envoie en mission. Mais Matthieu ne dit pas s’il les envoie seul ou par deux. C’est une précision qu’on trouvera chez Marc seulement, mais qui ne semble pas importante pour Matthieu. En revanche, Matthieu fait bien comprendre que ce choix pour un envoi est une participation à la mission même de Jésus. Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche : c’est ce que proclame Jésus depuis le lendemain de son baptême.  Il y a comme un caractère urgent à la mission : le royaume est tout proche. Comme s’il s’agissait pour les gens de ne pas le rater, d’être prêts quand il viendra ! Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons : c’est ce que Jésus ne cesse de faire durant toute sa vie terrestre. Ce sont bien ces mêmes signes qu’ils doivent poser pour participer à l’unique mission qui est celle de Jésus, parce que, dans l’enseignement des prophètes d’Israël, ces signes attestent que le Messie est proche. Jésus, en leur donnant des instructions strictes, les rend capables de faire ce pourquoi il les envoie en mission. C’est toujours le cas aujourd’hui : Dieu n’appelle pas ceux qui sont capables de, mais rend capables ceux qu’il appelle. Cela permet à l’appelé d’être libéré de cette question, qui peut aussi être une objection : je ne saurai pas faire. Si Dieu t’appelle à quelque chose, s’il te choisit, il te rend capable d’accomplir ce qu’il te demande de faire. Il ne joue pas avec toi ; il te prend au sérieux et te donne la grâce nécessaire à ta mission. Mais suis-je persuadé de cette urgence que Jésus ressent ou est-ce que je me laisse convaincre que le royaume, c’est pour plus tard et que rien vraiment ne presse ?

            A ces disciples qu’il choisit et envoie, Jésus pose des interdits, et nous pouvons en être surpris. Ils s’entendent ainsi : Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Certains pourraient dire que cela a le goût singulier du nationalisme : d’abord les nôtres ! Mais peut-être faut-il d’abord y voir une affirmation de l’élection d’Israël comme peuple particulier de Dieu. Les promesses messianiques sont d’abord pour lui ; c’est lui d’abord qui doit se convertir, c’est lui qui doit être à nouveau fidèle à Dieu, c’est lui d’abord qui doit être sauvé pour retrouver le sens de son élection : il est le peuple particulier, non parce qu’il est le préféré de Dieu, mais parce qu’il doit être lumière pour toutes les nations. Si le peuple que Dieu s’est choisi ne resplendit plus de la gloire de Dieu, comment les nations païennes pourraient-elles être attirées par une lumière qui n’existe plus ? Ce serait perdre un temps précieux d’essayer de convaincre les autres s’ils voient que le peuple choisi s’est détourné de son Dieu. L’urgence est donc là, auprès du peuple de Dieu, et elle est toujours là pour nous aussi aujourd’hui, nous qui sommes entrés dans ce peuple par notre baptême. Les communautés chrétiennes peuvent continuer de se lamenter, continuer à se dépenser en projets divers et variés pour attirer du monde, mais si elles ne resplendissent pas du Ressuscité, comment les hommes et les femmes de notre temps comprendraient-ils l’intérêt de suivre, non pas nous, mais le Christ ? Comment pouvons-nous tous être davantage disciples de Jésus, c'est-à-dire vivre de lui, pour donner envie à d’autres de le devenir ? C’est sans doute notre plus grand défi.

            Cet appel des disciples et cet envoi en mission, ne sont donc pas seulement un événement du passé. Ils sont notre réalité, la réalité de l’Eglise tout entière, la réalité de ce peuple devenu, par le baptême, prêtre, prophète et roi à l’image du Christ. Portant le Christ en nous, l’accueillant en nous par l’eucharistie, nous ne pouvons pas, et nous ne devons pas surtout, le garder pour nous qui sommes fidèles. Le pain eucharistique, rompu et partagé, étant le signe de la présence du Christ, nous n’avons pas d’autre choix que de le partager encore largement à ces chrétiens qui ont oubliés Dieu, Jésus et son œuvre de salut, afin que, par leur conversion et notre conversion permanente, le monde puisse croire et parvenir un jour au salut. Entendons le Christ qui nous choisit et nous appelle par notre nom, comme il a choisi et appelé les Douze, et laissons-nous envoyer, même modestement, annoncer par notre vie que le royaume des Cieux est tout proche. AMEN.

samedi 25 avril 2026

4ème dimanche de Pâques A - 26 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il nous offre la vie en abondance





 

            Qu’est-ce qui est important ? Qu’est-ce qui nous reste en mémoire quand nous rentrons chez nous après la messe ? Nous entendons chaque dimanche quatre lectures, si l’on compte le psaume, et qu’emportons-nous ? La réponse va probablement varier en fonction des personnes, de notre humeur, de notre attention, du temps liturgique que nous célébrons, et que sais-je encore ? Pourtant, au cœur de toutes nos liturgies, il y a une certitude qui ne doit jamais nous abandonner, et que l’évangile de ce dimanche remet au centre : c’est la raison pour laquelle Jésus est venu en ce monde ; la raison pour laquelle il a donné sa vie. Chacune de nos eucharisties nous remet face à ce mystère. Je ne dis pas que vous pouvez oublier tout le reste ; mais ce cœur de la foi, quand bien même la célébration ou l’homélie devaient être ennuyeuses, vous devriez le retrouver et en rendre grâce.           

            Je vais immédiatement enlever une réponse inappropriée : Jésus n’est pas venu en ce monde pour mourir en croix et ressusciter. Mourir et ressusciter, c’est de l’ordre des moyens employés, ce n’est pas la raison pour laquelle il est venu en ce monde. Ceux qui ont encore en mémoire le catéchisme par questions-réponses, pourraient retrouver la raison principale de la venue de Jésus en ce monde à partir de cette question simple : que procure la foi ? La vie éternelle ! Oui, Jésus est venu en ce monde pour que ses brebis aient la vie, la vie en abondance. Et il faut entendre cette précision apportée par Jésus lui-même : la vie en abondance. Ce n’est pas une petite vie qu’il nous offre ; non, c’est la vraie vie, celle qui ne finit pas, celle que la mort elle-même ne saurait arrêter. Dieu n’est pas avare de cette vie largement donnée par Jésus mort et ressuscité. Nous le voyons dans les Actes des Apôtres : environ trois milles personnes se joignirent aux Apôtres au seul jour de la Pentecôte ! Le premier discours de Pierre, c’est tout ce qu’il fallait pour que trois milles personnes comprennent et désirent recevoir ce don de la vie éternelle offert par Dieu, en Jésus mort et ressuscité. Et il est impossible de compter, depuis ce premier discours, combien, à travers le temps et l’Histoire, ont compris que Dieu nous dit son amour en nous offrant cette vie en abondance ! Rien qu’aujourd’hui, nous sommes 2,3 milliards de chrétiens dans le monde. Je vous laisse imaginer ce que cela peut représenter en 21 siècles ! Je ne peux pas croire, avec autant d’ainés dans la foi, que j’ai pu, que nous puissions nous tromper lorsque nous accordons notre foi au Dieu Père, Fils et Esprit Saint que nous confessons avec tous les chrétiens.

            Que certains veuillent falsifier la foi, s’en servir à mauvais escient, Jésus lui-même nous avertit que cela peut arriver. Mais il nous rassure aussi en nous disant que nous connaissons sa voix à lui et que nous savons qui écouter. Les voleurs, les bandits, les falsificateurs de la foi, il y en a eu et il y en aura encore. Mais il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais qu’un seul Christ, qu’un seul vrai pasteur. Et il est encore écouté aujourd’hui quand il parle à travers ceux qu’il envoie porter sa parole. Voyez le Pape Léon. Si vous avez suivi son récent voyage en Afrique, vous aurez peut-être été frappés par l’authenticité de son message, la clarté de sa prédication, sans peur et sans haine, alors même qu’il nous appelait tous à plus d’humanité, à mettre fin aux guerres, aux querelles d’égo, aux dictatures de toutes sortes, qu’elles soient d’ordre politique, économique ou technologiques. A la suite du Christ, il appelait à une vie plus grande, plus digne, plus respectée et plus respectueuse pour tous. Même à la prison qu’il a visité dans l’un des pays, il a rappelé la dignité de tout homme, y compris de ceux qui se retrouvent derrière des barreaux, et que rien de ce qu’ils ont pu faire ne justifiait envers eux l’usage de comportements dégradants. Le but de la prison n’est pas de casser des hommes et des femmes, mais de leur permettre de retrouver une place dans la société une fois leur peine accomplie. Sa parole claire nous remet tous devant l’exigence d’être à la hauteur de cette vie que Dieu propose à tous.

            L’eucharistie qui nous rassemble vient comme raviver cette vie éternelle à laquelle nous participons déjà par notre baptême. Et le Pain eucharistique nous est donné pour nourrir cette vie, pour la faire grandir en nous, et nous rendre forts dans cette vie nouvelle. En effet, Pierre le rappelle dans sa première lettre, le Christ nous a laissé un modèle pour que nous suivions ses traces. Ce don de la vie éternelle, de la vie en abondance, suppose que, comme Jésus, nous refusions le péché, le mensonge, l’insulte, la menace et que nous choisissions au contraire l’abandon à Celui qui juge avec justice. En lui seul est la vie véritable parce qu’il est le seul à donner la vie éternelle. Les propositions faites par d’autres ne sont que des ersatz de mauvaises qualités qui ne mènent nulle part. Que l’eucharistie célébrée et reçue nous donne d’y voir clair et la force de nous engager à la suite du seul vrai berger : le Christ Jésus, qui a donné sa vie pour que nous ayons la vie éternelle. Amen.

jeudi 2 avril 2026

Jeudi Saint - 2 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il s’offre et nous sert !





(Le lavement des pieds, Oeuvre de Soeur Mercédès, 2006, Abbaye Notre-Dame des Neiges)


 



 

            Le Triduum pascal qui s’ouvre ce soir est l’occasion pour nous de mesurer l’immense amour de Dieu pour nous ; chacun de nous peut dire, l’immense amour de Dieu pour moi. C’est le cœur de la foi chrétienne que nous célébrons ; c’est le cœur de la foi qui rejoint chacun là où il en est de sa vie. Je voudrais inviter chacun à vivre ces jours saints comme le concernant personnellement, et non seulement comme un souvenir du passé, de ce que Dieu, en Jésus, a fait jadis pour l’humanité, mais bien de ce que Dieu réalise encore pour lui, aujourd’hui, ici et maintenant. Et interrogeons-nous chacun : que fait Dieu aujourd’hui pour me dire son immense amour pour moi ? La célébration de la messe en mémoire de la Cène du Seigneur nous dit deux choses que le Christ réalise toujours et encore pour chacun : il s’offre et nous sert.

            Oui, le Christ s’offre à nous, totalement, intégralement, dans son Corps livré et dans son Sang versé. C’est certainement ce qu’il fait de plus fort pour nous. En s’offrant à nous, il se rend authentiquement présent à notre vie. Un peu de pain, un peu de vin suffisent, et par les mains d’un prêtre, le Christ est là ! C’est l’éternel miracle de l’Eucharistie qui rassemble et construit la communauté croyante. Chaque dimanche, que dis-je ? chaque jour, je peux rencontrer le Christ qui s’offre à moi dans un bout de pain et un peu de vin consacrés. Trois fois rien pour une Alliance vivante, éternelle, scellée avec moi, avec chacun qui reconnaissent ainsi la présence du Ressuscité, selon ce qu’il a lui-même dit et institué. Paul s’en est fait l’écho dans la deuxième lecture : La nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Le pain et le vin consacrés sont le corps et le sang du Christ, donné, livré pour nous, pour chacun. C’est le plus grand mystère de notre foi qui nous dit une chose importante au-delà de ce signe. Il nous dit que, puisque le Christ se donne en partage, nous devons à notre tour apprendre le partage ; le partage de nos biens, mais aussi le partage de notre vie. Comment rester indifférent à l’autre qui croise ma vie alors que le Christ ne cesse de se donner à moi dans l’Eucharistie partagée ? Comment puis-je demander au Christ de se donner à moi si, en retour, je n’accepte pas de me donner aux autres, à tout autre qui croise ma vie ? L’immense amour de Dieu qui se manifeste dans ce don total du Christ, se propage par moi à tous les hommes de bonne volonté, quand je partage un peu de mon bien, un peu de ma vie, un peu de l’amour dont Dieu m’aime. Je viens communier pour puiser là la force d’être un authentique disciple du Christ qui s’offre au monde, et non pas pour garder Jésus pour moi tout seul, dans le secret de mon cœur.

            Le Christ s’offre à nous dans l’Eucharistie, et il s’offre pour mieux nous servir. L’autre geste de Jésus, c’est ce lavement des pieds dont parle l’évangile de Jean. Le geste d’un esclave envers son maître et envers les invités de son maître, pour chasser la poussière et la fatigue du chemin. Avec le partage, le service devient l’autre grand marqueur du croyant, le grand marqueur du disciple véritable. Si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.  Vous avez bien entendu : vous devez et non pas vous pouvez, ou ce serait bien que vous le fassiez vous aussi. Non, vous devez. Cela ne souffre aucune discussion et ne supporte la recherche d’aucune échappatoire. Quelqu’un qui ne sert pas, n’a pas totalement compris encore l’enseignement du Christ dont la propre vie est l’illustration et la mise en œuvre. Jésus nous dit par toute sa vie : Tu veux être le premier ? Sers ! Tu veux être le plus grand ? Sers ! Tu veux être mon frère ? Sers ! Tu veux faire la volonté de mon Père ? Sers ! Le seul pouvoir qui existe dans l’Eglise, c’est le pouvoir du service permanent. Jésus avait déjà averti ses disciples quand il leur disait : Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées (Lc 12, 35). Ce soir, en prenant la place du serviteur, la condition de serviteur, le Christ élève le service au rang de la chose la plus noble, la plus grande que nous puissions jamais faire. De ce Maître incomparable, apprenons cet art qui consiste à servir. Et plus nous estimons notre place élevée dans ce monde, plus nous devons nous mettre en tenue de service. Plus grand est notre pouvoir, plus grand est notre devoir de servir pour ne jamais être tenté d’écraser l’autre, pour ne jamais être tenté d’humilier l’autre, pour ne jamais être tenté par l’orgueil de croire que ce sont les autres qui me doivent service et obéissance.

S’offrir et servir : voilà ce que l’amour de Dieu fait pour nous, pour chacun. Nous offrir et servir à notre tour, voilà ce que l’amour de Dieu nous propose comme chemin pour que notre monde devienne plus humain. Quand Dieu se fait homme pour s’offrir et servir les hommes, il nous indique la voie de notre sainteté : nous offrir et servir comme lui, avec la même passion et le même désir de conduire tous les hommes au Royaume où Dieu nous attend. Que le Christ offert et reçu en cette Eucharistie libère en nous la force du service de Dieu et des frères et sœurs qu’il place sur notre route. Amen.