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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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dimanche 20 juin 2021

12ème dimanche ordinaire B - 20 juin 2021

 Silence, tais-toi !



(Vitrail de Guido NINCHERI, Jésus calmant la tempête, Eglise Saint Léon, Westmount, Montréal, Québec)


                Silence, tais-toi ! Voilà une parole prononcée avec autorité qui réalise ce qu’elle dit : Le vent tomba, il se fit un grand calme. Il n’y a véritablement que Jésus qui puisse prononcer une telle parole et la voir suivie d’effet. Mais sans doute est-ce courir trop vite à la conclusion et faut-il ne pas oublier le reste de l’histoire. 

            Le reste de l’histoire, c’est d’abord Jésus qui a passé la journée à enseigner la foule : la parabole du blé semé et qui lève seul sans que l’homme ne sache vraiment comment, la parabole de la graine de moutarde et de nombreuses paraboles semblables. C’était l’Evangile de dimanche dernier. Nous pouvons comprendre que Jésus soit fatigué ; nous pouvons comprendre qu’il ait envie d’un peu de calme et qu’il invite ses disciples à quitter ce lieu pour l’autre rive. Nous pouvons comprendre aussi que Jésus s’endorme dans la barque : son humanité a pris le dessus ; il a beau être Fils de Dieu, il n’en est pas moins fatigué. Ce qui ne cesse de m’étonner, c’est la réaction des Apôtres au milieu de la tempête. Ils réveillent Jésus et lui disent : Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? Après avoir entendu l’enseignement de Jésus, après l’avoir suivi depuis quelques temps déjà, comment peuvent-ils encore croire que ce qui arrive aux hommes indiffère Jésus ? Le cela ne te fait rien est hors de propos. Soit ils savent que Jésus saura faire quelque chose pour eux, et il est bon alors qu’ils le réveillent. Soit ils pensent que déjà tout est perdu et demander à Jésus ce qu’il en pense ne sert à rien. Le réveiller est même cruel en ce sens qu’il me semble préférable de mourir dans son sommeil en ne se rendant compte de rien, que d’être réveiller par les autres pour finir comme eux, pleinement conscient de ce qui arrive. La Parole de Jésus à ses disciples, après que la mer se soit calmée, semble me donner raison : Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ?

            Cette dernière question me dit bien que, dans la foi, nous pouvons tout. Nous n’avons pas à craindre le sommeil de Jésus ; nous n’avons pas à craindre que notre sort lui indiffère. Quand Jésus est dans la barque, quand bien même il y serait endormi, ceux qui sont dans la barque avec lui sont bien gardés. Tout ce que démontre cet épisode, c’est que les disciples de Jésus n’ont pas encore vraiment compris qui il est. Ils ne cessent d’ailleurs de s’interroger à son sujet : Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? A ceux qui se posent cette question, une démonstration a été faite, une réponse a été donnée : il est celui qui a autorité sur les forces du Mal, la mer étant le lieu où réside les forces du Mal. Allez donc essayer de calmer une tempête comme Jésus pour comprendre cette identification entre la mer et le lieu où réside le Mal. 

            Silence, tais-toi !  Cet ordre de Jésus, suivi des effets que nous connaissons, doit nous convaincre que Jésus est toujours avec nous et qu’il est vainqueur des puissances du Mal. Là où est Jésus, le Mal recule. Là où est Jésus, le Mal n’a plus de pouvoir. Disciples de Jésus depuis notre baptême, nous sommes des porteurs du Christ. Disciples de Jésus depuis notre baptême, nous pouvons dire que Jésus est avec nous, présent dans notre vie, même si quelquefois nous le mettons en sommeil. Le Mal doit donc reculer dans notre propre vie d’abord. Il ne saurait y avoir de place pour Jésus et pour les forces du Mal en même temps dans notre vie. Ou bien nous sommes à Jésus, ou bien nous sommes au Mal. Ou bien nous appartenons au monde ancien, ou bien nous appartenons au monde nouveau. C’est à nous de poser ce choix, à nous de redire que nous reconnaissons cette présence de Jésus au cœur de notre vie. Mais ne nous laissons pas impressionner et dominer par le Mal pour ensuite dire à Jésus : tu as vu ? et tu ne fais rien ? ça ne te dérange pas ? tout va bien ? 

            Silence, tais-toi !  Cette parole, nous pouvons nous la dire à nous-mêmes lorsque nous nous sentons dériver vers le Mal, être dominés par le Mal quand bien-même nous avons l’assurance de la présence de Jésus dans notre vie. Si nous croyons que Dieu, en Jésus, a fait sa demeure en nous, nous devons croire aussi que la puissance de résister au Mal est en nous aussi. Jésus n’abandonne aucun de ceux qu’il reconnaît comme disciple. La barque de notre vie, il y est dedans, avec nous. La barque de l’Eglise, il y est dedans, avec nous tous. Ne le croyons ni endormi, ni indifférent à nos vies, à nos épreuves. Crions vers lui, oui, mais pas pour lui reprocher une indifférence supposée, mais pour lui dire notre foi en sa puissance sur le Mal et la Mort. Il est mort pour tous, nous a rappelé Paul dans sa seconde lettre aux Corinthiens. Comment, après un tel sacrifice, pourrait-il dire à un seul d’entre nous : tu ne m’intéresses plus ? Soyons sérieux ! Prenons notre foi au sérieux et le vent et la mer qui agitent notre vie et la vie de l’Eglise, s’apaiseront. Amen.

mardi 16 février 2021

Mercredi des Cendres - 17 février 2021

 Non pas renoncer mais sublimer ! 



(Julian FALAT, Le Mercredi des Cendres, Peinture polonaise, 1881, Source internet)



            S’il y a bien un mot que je ne peux plus entendre, parmi tous ceux qui sont régulièrement mis en avant pendant le carême, c’est le mot renoncer et tous ceux de sa famille. Il y a tellement de choses auxquelles nous avons dû renoncer depuis un an qu’il me semble que nous vivons un carême perpétuel, vidé de son sens parce que l’horizon pascal n’en semble plus la promesse. Nous avons renoncé à notre liberté, sacrifiée sur l’autel de la répression sous couvert de protéger notre santé à tous ; nous avons renoncé à l’égalité, sacrifiée sur l’autel du « Faites ce que je vous dis et laissez-moi faire comme je veux » ; nous avons renoncé à la fraternité, sacrifiée sur l’autel du profit de quelques-uns au détriment du plus grand nombre. Nous avons renoncé à notre humanité sacrifiée sur l’autel d’un hygiénisme exacerbé, nous privant ainsi de gestes élémentaires de tendresse, de relations vraies et de vie sociale pourtant indispensable à un bon équilibre de vie. Et il faudrait en ajouter encore, des renoncements, sous prétexte que le vrai carême, celui des chrétiens, commence aujourd’hui ? Et quoi encore ?

            Pour vous inviter à vivre notre carême, sans en rajouter dans le renoncement, je vous proposer de sublimer plutôt que de renoncer. Et de sublimer particulièrement notre humanité, la rendre magnifique, puisque c’est elle qu’on nous refuse et que les politiques sanitaires nous rognent pour ne pas dire qu’elles nous la nient. Car j’ai la conviction que plus nous serons humains, plus nous serons saints. Voyez-vous, le Christ que nous allons écouter et accompagner au long de ces quarante jours, est celui qui nous invite justement à cette opération. Fils de Dieu venu dans le monde, il a pris notre chair, il est devenu l’un de nous, pour nous faire comprendre la beauté de notre humanité quand elle accueille en elle la présence de Dieu. Grâce à lui, nous retrouvons notre ressemblance avec Dieu, que le péché nous a fait perdre. Il n’y a pas d’autre chemin pour nous vers la sainteté que celle de vivre intensément et complètement la richesse de notre humanité, telle que Jésus nous l’a révélée. L’humain véritable porte le souci du petit et du faible, l’humain véritable chasse le Mal de sa vie d’abord, l’humain véritable vit de Dieu et avec Dieu. d’où les trois embellisseurs d’humanité que le Christ nous propose dans son Evangile. 

            D’abord, et c’est important, me semble-t-il, que cela soit placé en premier, l’aumône, ou le partage. L’aumône embellit l’humanité et de celui qui donne et de celui qui reçoit. De celui qui donne, parce qu’il réalise qu’il y a un lien entre lui et les pauvres qu’il aide, qu’il les connaisse ou pas. L’aumône est un débordement de charité : non seulement celui qui donne, partage ce qu’il a, mais il le fait par amour, parce qu’il reconnaît dans l’autre à qui il donne un frère que Dieu met sur sa route. Le partage sans amour, ce n’est pas de l’aumône, c’est du rangement de printemps, faire un peu de place pour les nouveautés de la saison à venir. L’aumône embellit l’humanité de celui qui reçoit parce qu’il se sent aimé, soutenu dans son épreuve et peut trouver là, dans ce geste, la force de se relever.

            Ensuite, la prière. Elle embellit notre humanité parce qu’elle nous met en relation intime avec Dieu. elle nous fait réaliser à quel point nous sommes aimés, à quel point Dieu a besoin de nous pour dire au monde les merveilles qu’il accomplit pour tous les hommes. La prière embellit notre vie parce qu’elle nous permet, dans cette intimité avec Dieu, de toujours mieux connaître sa volonté pour nous et de puiser là, dans ce face-à-face avec Dieu, la force d’accomplir cette volonté. Elle est une réponse à l’amour que Dieu nous manifeste ; elle est signe de notre amour pour Dieu, et pour nos frères quand elle nous fait rejoindre la communauté croyante pour la célébration des sacrements.

            Enfin, le jeûne. Il embellit notre humanité en ce qu’il nous rappelle ce qui est essentiel en nous libérant de ce que nous jeûnons justement. Il nous rappelle à une vie plus simple, plus saine aussi, et peut nous aider à nous libérer de certaines addictions. Le jeûne fait partie de cette notion très contemporaine du « prendre soin de soi ». C’est une manière de redécouvrir notre humanité, une manière de comprendre aussi que moins n’est pas ennemi de mieux. Le pape François nous rappelle souvent que nous pourrions tous vivre mieux, si certains acceptaient de vivre de moins. 

            Le partage, la prière et le jeûne : trois ‘sublimateurs’ d’humanité qui nous permettront de traverser ce carême et de parvenir à la lumière du matin de Pâques, resplendissant de la ressemblance de Dieu. C’est bien ainsi qu’il nous faut considérer ces outils que le Christ nous recommande. Ils ne sont pas faits pour nous priver, mais pour nous augmenter, pour nous aider à nous réaliser, et à réaliser en nos vies et en celles de nos frères la volonté de Dieu. Nous pouvons alors vivre ce carême comme une transfiguration de notre vie qui la fera ressembler davantage à ce que Dieu veut pour nous.  Bon carême, bonne recherche de ce mieux auquel Dieu nous appelle, parce qu’il nous aime. Amen. 

samedi 12 septembre 2020

24ème dimanche ordinaire A - 13 septembre 2020

 Tous débiteurs ?



(Dessin de Coolus, Le Lapin bleu)



            Ben Sirac avait prévenu : Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur. Jésus enfonce le clou : C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. La messe est dite : il nous faut donc pardonner, il n’y a pas le choix, sous peine de ne pas être pardonné en retour par Dieu. Pour ne pas être pris en défaut, soyons au clair avec les signes qui montreront que nous savons pardonner. 

            Le premier signe nous est donné par Ben Sirac : c’est le renoncement nécessaire à la rancune et à la colère, faute de quoi nous serons poussés à nous venger. Rancune et colère peuvent sembler séduisantes quand du mal nous est fait ; mais elles sont vénéneuses et nous conduisent à notre perte. La colère est un mal qui ronge ; selon Ben Sirac, Dieu lui-même ne peut guérir ce mal si nous l’entretenons. Quant à la rancune, elle est un obstacle au pardon puisqu’elle nous fait ressasser sans cesse le mal commis à notre égard. Rancune et colère sont les barreaux de la prison dans laquelle nous nous enfermons, si nous leur cédons. La vengeance qu’elles appellent n’apporte rien de bon, jamais.  

            Le deuxième signe nous est encore indiqué par le Sage. C’est la fidélité aux commandements, dont il faut toujours se rappeler l’introduction : Ecoute, Israël… je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. La fidélité aux commandements s’inscrit dans le geste libératoire de Dieu envers son peuple. Sur les bords de la Mer Rouge, nous sommes devenus les débiteurs de Dieu qui a libéré son peuple de l’esclavage. Nous qui nous reconnaissons de son peuple, nous pouvons dire que Dieu nous a rendus libres, une fois pour toute. C’est une dette perpétuelle. Et durant la longue marche au désert, il nous a montré le chemin quotidien de cette liberté. Le respect de ses commandements n’est pas une contrainte, mais une libération de nos côtés sombres, libération des esclavages auxquels nous consentons : désir de possession, désir de puissance, désir d’être notre propre Dieu. L’écoute de sa Parole et le respect de sa Loi nous remettent constamment à notre juste place face à Dieu, face aux autres. Rancune, colère, jalousie sont « soignées » par notre engagement à vivre de cette Loi fondamentale. 

            Le troisième signe que nous savons pardonner est la reconnaissance indiquée par Paul dans sa lettre aux Romains du fait que nous vivons pour le Seigneur. Ceci est propre aux chrétiens. Vivre pour le Christ, c’est reconnaître d’abord qu’il a livré sa vie pour nous. Si la libération d’Egypte était une dette perpétuelle, que dire de celle que le Christ a contracté pour nous ? Elle est inextinguible, parce que son amour pour nous est inextinguible. Comment, devant la croix, refuser de pardonner, alors même qu’elle nous montre le prix de notre pardon par Dieu. Il a fallu que Jésus s’offre sur la croix pour que nous soyons pardonnés par Dieu. Qui pense pouvoir rembourser cette dette immense ? Qui pense que la croix vaut moins pour lui que le mal qu’un frère a pu commettre à son encontre ? Si nous pensons que nous sommes les créanciers de nos frères, la croix nous rappelle que nous sommes d’abord les débiteurs de Dieu. Nous sommes ce serviteur prostré aux pieds de son roi, l’implorant de toutes ses forces : Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout. Nous sommes ce serviteur que le maître laisse repartir en lui remettant sa dette. Nous ne pourrons jamais la rembourser ; nous ne pourrons jamais égaler le geste du maître. Mais nous pouvons nous en approcher. Nous pouvons faire ce que ce serviteur n’a pas su ou voulu faire : remettre les pauvres dettes de nos frères puisque Dieu nous a remis notre immense dette. Nous pouvons nous montrer dignes de ce geste d’amour ; nous pouvons nous considérer comme débiteur de l’amour de Dieu. A ceux qui refusent d’être les débiteurs de l’amour de Dieu, Jésus annonce déjà le jugement qui sera prononcé : dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait. Vivre pour le Seigneur, c’est vivre de son amour ; vivre pour le Seigneur, c’est faire rayonner cet amour autour de nous. L’amour est le puissant levier du pardon. Sans amour, pas de pardon possible. Sans pardon, pas d’amour possible. Tout est lié ! 

            Débiteurs éternels devant Dieu, ne laissons pas nos querelles humaines devenir des obstacles à l’amour de Dieu pour nous. Ne laissons pas nos querelles humaines remettre en cause le pardon que le Christ nous a chèrement obtenu. Pardonnons pour être pardonnés ; aimons comme nous sommes aimés : passionnément, infiniment. C’est l’invitation que le Christ nous adresse aujourd’hui pour notre salut. Qu’il en soit ainsi. Amen. 


samedi 23 mai 2020

7ème dimanche de Pâques A - 24 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer des difficultés à l'allégresse.








            Que personne d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur ou comme agitateur. Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là. Cela ne s’invente pas, cela ne se prévoit pas : c’est juste la finale de la seconde lecture de ce septième dimanche de Pâques, le premier où nous pouvons enfin à nouveau nous réunir pour célébrer l’eucharistie publiquement, même si c’est en nombre restreint. 

            Cette parole de la première lettre de Pierre invite le croyant chrétien au bien d’abord : il dit clairement qu’un disciple de Jésus Christ ne peut être ni meurtrier, ni voleur, ni malfaiteur, ni agitateur. Et c’est une chose dont nous devons être convaincus. Notre attachement au Christ, mort et ressuscité, nous destine au bien, pour nous-mêmes (nous sommes faits pour la vie éternelle) et pour les autres. En effet, au moment de notre baptême, ce sacrement qui fait de nous des frères du Christ et des enfants du Père éternel, nous avons renoncé au Mal sous toutes ses formes. Nous avons renoncé à en être à l’origine, nous avons renoncé à y participer et à le répandre. Quand se Mal se loge dans un organisme microscopique, il nous faut donc accepter les conditions qui sont celles de notre célébration aujourd’hui, et qui seront celles de nos célébrations pour les temps à venir. C’est cela aussi, ne pas participer au Mal et au fait que le Mal se répande. 

            Mais cette parole de Pierre est aussi une parole qui nous invite au courage. Notre appartenance au Christ peut déranger ; notre appartenance au Christ peut être cause de persécution (le Mal dans sa manifestation la plus forte) ou à minima cause de vexation. Nous avons pu vivre l’interdiction prolongée du culte public alors que la vie économique, sociale, scolaire, reprenait peu à peu comme une vexation, un manque de confiance à tout le moins, pour ne pas dire qu’on nous prenait pour des irresponsables, voire des idiots incapables de gérer la difficulté. Pierre nous dit que la honte ne doit pas être de notre côté dans ces cas-là. La honte doit toujours être du côté des persécuteurs, des vexateurs, des gens qui se font de nous des idées fausses et qui projettent sur nous leurs propres peurs. Ce courage nous invite à une grande responsabilité ; nous devrons être exigeants avec nous-mêmes que ce soit en venant à l’église pour l’eucharistie, ou pendant l’eucharistie, ou à la fin de celle-ci. Nous devrons être irréprochables pour que le caractère vexatoire des mesures que l’on voulait nous imposer apparaisse publiquement. Vivre sa foi, dans le respect de Dieu et dans le respect des autres, ne transmet pas de maladie. Et si la maladie a pu progresser rapidement dans notre région à l’occasion d’un rassemblement évangélique, c’était d’abord parce que ceux qui nous gouvernent n’avaient pris ni la mesure du phénomène COVID au sérieux, ni les mesures élémentaires de protection que nous devons respecter aujourd’hui. Il faudrait voir à ne pas mettre dans les chaussons de nos frères évangéliques ce qui relevait d’abord de mesures sanitaires longtemps décriés comme inutiles et maintenant imposées par la force. Cela aurait pu arriver chez nous si c’est un catholique qui avait été malade ; mais cela aurait pu arriver aussi lors d’une séance de cinéma ou lors d’une rencontre sportive, si un cinéphile, ou un sportif avait été malade. Cela aurait pu arriver partout parce qu’on nous avait expliqué sur tous les tons que notre vie ne devait pas s’arrêter à cause d’une « grippette » ! 

            Cet épisode de notre vie nous rappelle ce que le temps pascal proclame : avec le Ressuscité, nous avons sans cesse à passer de la mort à la vie ; et ce passage prend plusieurs visages. Aujourd’hui, il nous est rappelé que passer des difficultés à l’allégresse fait partie de ces passages de la mort à la vie. Nous avons souffert de ne pouvoir nous rencontrer au moment même où nous célébrions le cœur de notre foi ; cette difficulté, moyennant quelques précautions élémentaires, est aujourd’hui surmontée. Sachons en rendre grâce à Dieu !  Que soit aussi surmontée la peur que certains ont su instillée. Sachons puiser dans notre foi le courage de vivre. Et sachons retrouver surtout la fierté de notre nom de chrétiens en veillant à construire des communautés plus fortes encore. Nous risquons de connaître d’autres épreuves comme celle-ci dans l’avenir. Souvenons-nous toujours que le Ressuscité nous a ouvert le passage vers la Vie en plénitude. Avec lui, soyons toujours prêts à passer des difficultés à l’allégresse : il veille sur nous, il veut notre vie, il veut notre joie. Ce ne sont pas nos assemblées restreintes qui nous les enlèveront, bien au contraire. Réjouissons-nous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera. Amen.



(Arcabas, Le messager de la joie, source internet).


dimanche 8 septembre 2019

23ème dimanche ordinaire C - 08 septembre 2019

Être disciple du Christ : tout ou rien ?






            Je n’aime pas, non, décidément je n’aime pas ces textes radicaux qui nous font croire qu’être disciple du Christ, c’est du tout ou rien. Je n’aime pas davantage ces prédicateurs qui nous font croire que nous n’en ferons jamais assez pour Dieu, que nous n’abandonnons jamais assez de choses pour être un authentique disciple du Christ. Je n’aime pas le christianisme quand il sent la sueur et la transpiration comme un vestiaire de salle de sport. Et je ne peux pas croire que Jésus se comporte avec nous comme un coach sportif, éternellement insatisfait de notre incapacité à bien le suivre. 

L’évangile de ce dimanche pourrait nous entraîner sur cette pente dangereuse d’un toujours plus. Il suffit d’écouter d’une oreille distraite la première affirmation de Jésus pour déjà se décourager : Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Qui, ici présent, pense qu’il préfère Jésus à lui-même ? à sa femme ? à ses enfants ? Qui pense ici qu’il correspond à la définition du disciple donné par Jésus dans ce passage de l’évangile de Luc ? Alors on fait quoi ? On rentre chez nous en nous disant que cela ne sert à rien ? On se lamente communautairement ? On invente autre chose ? On se dit, comme tant d’autres, que si c’est comme ça, on n’a pas besoin de Dieu ? Ce sont toutes des tentations bien réelles. Souvenons-nous que c’est une présentation erronée de la Parole de Dieu qui a valu à nos premiers parents d’être expulsés du Jardin d’Eden où Dieu les avait placés ! Ne nous arrêtons donc pas à cette seule affirmation et écoutons plutôt la suite. La suite ce sont ces deux paraboles, l’une sur celui qui veut bâtir une tour et l’autre sur le roi qui veut partir en guerre contre un autre roi. Elles ne sont sans doute pas là par hasard. 

La première, l’homme qui veut bâtir une tour, peut sembler sévère, elle-aussi. Elle commence par une évidence : si tu veux réaliser un projet, assieds-toi d’abord pour voir si tu peux réaliser ce projet. Car si tu le commences mais ne le mènes pas à terme, faute de moyen, les autres se moqueront de toi. Est-ce à dire qu’il faut réfléchir avant de vouloir devenir disciple du Christ et vérifier que nous en avons la capacité ? Mais qui d’entre nous, baptisés dans sa petite enfance, a vraiment eu le temps de réfléchir ? Qui d’entre nous peut vraiment dire qu’il est prêt à devenir disciple du Christ ? Cette première parabole semble renforcer le caractère difficile, voire impossible, de la suivance du Christ. Elle invite à la prudence, à la réflexion – ce qui est une bonne chose – mais en même temps, elle nous dit : si tu ne penses pas aller au bout, laisse tomber, ne commence même pas ! Les deux petites filles que je dois baptiser à la fin de cette messe, faudrait-il que je dissuade leurs parents de ce baptême au motif que nous ne savons pas si elles seront fidèles, si elles iront jusqu’au bout de ce que suppose ce sacrement ? Vous comprenez bien que nous serions là dans une impasse : personne ne peut vraiment savoir de quoi demain sera fait. 

La seconde parabole peut sembler du même acabit. Un roi, partant en guerre contre un autre roi, commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille. Nous comprenons la nécessité pour le premier de bien réfléchir : a-t-il les moyens de ses ambitions politiques ? L’histoire semble commencer de la même manière que la précédente : un projet, un temps de réflexion nécessaire pour éviter une défaite qui pourrait être cinglante. L’histoire change pourtant quant à sa fin : S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de la paix. Comprenez-vous bien la différence avec l’autre histoire ? La première parabole invitait à renoncer ; celle-ci nous fait faire un pas de plus. Plutôt que de renoncer, vois si autre chose est possible. Et j’avoue que j’aime cette ouverture. Elle est pleine de sens d’un point de vue spirituel. Elle me redit en effet qu’il n’y a pas qu’un chemin possible ; ce n’est pas tout ou rien comme dans la première parabole. Il y a un autre terme. 

C’est cet autre terme qu’il nous faut toujours rechercher, car cet autre terme, c’est souvent notre chemin propre. Voyez-vous, en matière spirituelle, il y a toujours et nécessairement plusieurs chemins, parce que nous ne sommes pas des copies conformes, nous ne sommes pas des clones. Le chemin pour être disciple qui est le mien n’est pas le vôtres. Chacun doit découvrir, pour lui, à quoi il est appelé par le Seigneur.  D’où l’importance de s’asseoir, de bien discerner. Une fois le chemin personnel découvert, il faut y aller, nous pouvons y aller, parce que les moyens nous sont donnés d’accomplir le projet d’amour que Dieu porte pour nous. Il faut discuter avec Dieu quelles sont les conditions valables pour vous, et seulement pour vous, pour être en paix avec lui, pour être son disciple. 

Ces deux paraboles nous invitent alors à nous dépouiller d’abord de nos représentations toutes faites sur Dieu, à nous dépouiller de ce que nous croyons être le moyen de devenir disciple du Christ. Elles nous invitent à une relation vraiment personnelle avec le Christ pour sortir du désir de réussir par la seule force de nos poignets. La vie spirituelle n’est pas d’abord une affaire d’égo ; elle est une affaire de réponse confiante à un appel. Comment pourrions-nous croire en un Dieu qui nous appelle et qui ensuite rendrait le chemin impossible pour nous ? Si Dieu vous appelle à être ses disciples – et il le fait – , il vous donne aussi les moyens de réussir à l’être. Il vous donnera de vous débarrasser de ce qui vous empêche de marcher à sa suite ; il vous donnera de lutter contre vos péchés, votre découragement. La vie spirituelle n’est pas question de volonté propre, mais un désir d’amour partagé entre le Christ et moi. 

Quand ce désir d’amour partagé entre le Christ et nous est réalité, alors il est possible de porter sa croix pour marcher à la suite de Jésus, parce que nous porterons la croix que le Christ lui-même a porté pour nous, croix qu’il a vaincu et dont il nous rendra vainqueur. Mais si nous pensons la vaincre par nos seules forces, ce sera l’échec, nous ne serons pas dignes d’être disciples du Christ. Nous ne serons que notre propre maître, notre propre disciple, notre propre échec. Seul celui qui marche humblement à la suite de Jésus, portant comme lui la croix, peut être disciple, et disciple sauvé. En Christ seul est la victoire ; en Christ seul est la gloire. Amen.


(L'image de notre paroisse, n° 213, août - septembre 2004)