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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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vendredi 31 octobre 2025

Toussaint - 01er novembre 2025

 Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse ! 







 


            Le cœur de la foi chrétienne, c’est Jésus, mort et ressuscité pour notre vie. Il n’y a pas à en douter une seule seconde. Chaque chrétien devrait pouvoir poser cette affirmation lorsqu’il est interrogé sur sa foi. Et chaque chrétien devrait pouvoir vivre les conséquences de cette affirmation. La plus immédiate, la plus évidente aussi, c’est la joie que procure cette bonne nouvelle pour nous.

            Les béatitudes entendues aujourd’hui ouvrent le premier grand discours de Jésus dans l’évangile de Matthieu. Et quel est le mot qui revient comme un refrain ? Heureux, renforcé par cette conclusion : réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse. Celui qui vit le bonheur annoncé par Jésus ne peut que se réjouir, même si les béatitudes semblent proposer un bonheur à mille lieues de ce que nous considérons comme utile à notre bonheur. Le bonheur proposé par Jésus est un bonheur qui découle d’un vivre avec les autres, d’une attention à ceux et celles qui en ont le plus besoin ; c’est un bonheur qui découle d’une manière d’être et non d’une manière d’avoir ou de posséder. Là où beaucoup diraient : pour être heureux, il me faut de l’argent, une maison, une voiture, Jésus nous dit : il te faut juste, pour être heureux, ouvrir les yeux sur ceux qui t’entourent et prendre le temps d’être là pour eux, quels que soient les événements qu’ils traversent, ou que tu traverses avec eux ou à cause d’eux. Et Jésus nous dit cela au début de son ministère de prédication. Si le temps de sa passion a pu faire oublier cet appel au bonheur et plonger ses disciples dans la peur et le désarroi, sa résurrection va le raviver. Devant celui qu’ils croyaient mort et qu’ils voient à nouveau vivant, au milieu d’eux, leur joie est complète. Et ainsi devrait être la nôtre.

            Un chrétien ne devrait jamais oublier de se réjouir à cause de Jésus, et vivre chaque instant de sa vie, bon ou moins bon, avec le souvenir de cette joie que provoque la résurrection de Jésus. Si la puissance de la résurrection nous habite et nous met en mouvement, alors notre cœur sera établi fermement dans cette joie du Christ ressuscité, et nous pourrons mieux affronter les moments plus difficiles de notre vie. Cette joie de la résurrection est pour aujourd’hui déjà et elle est notre avenir. Nous sommes faits pour vivre heureux avec Dieu et en Dieu, aujourd’hui et toujours. Les saints que nous fêtons tous ensemble en ce jour, qu’ils soient connus ou inconnus, ont tous vécu de cette joie que rien ne peut nous enlever. Dans les saints les plus récents, voyez un Carlo ACUTIS par exemple. Il a répandu, par de petites attentions quotidiennes, la joie autour de lui, et malgré la maladie foudroyante qui l’a emporté à 15 ans, il a su garder cette joie et consoler ses proches. C’est cela, vivre de la puissance de la résurrection du Christ. Les saints nous montrent tous, chacun à leur manière, comment vivre cette joie du Ressuscité.

             A ceux qui cherchent un chemin de sainteté, la joie se présente comme une route sûre, parce qu’elle est l’attitude la plus chrétienne possible. La joie que me procure ma foi en Jésus mort et ressuscité, est aussi la joie qui ouvre mon cœur aux autres et aident mes mains à soulager leur misère. C’est encore la joie de la foi qui dilate mon espérance et me fait entrevoir le bonheur véritable dans lequel Dieu veut ses enfants. Enfants de Dieu, nous le sommes, nous assure saint Jean dans la deuxième lecture de cette solennité. Nous le sommes parce que Dieu, le premier nous aime, sans aucun mérite de notre part. Voilà qui ajoute encore à notre joie. Ce n’est pas une joie de façade qu’il nous est demandé de vivre ; ce n’est pas un verni qui nous protègerait. Non, la joie que nous avons à vivre vient de l’assurance que rien ne peut nous enlever de la main de Dieu ; rien ne peut nous retenir loin de lui, puisqu’il nous aime et qu’il nous veut avec lui, toujours. Y a-t-il une plus grande joie que celle de se savoir aimé, inconditionnellement ?

            En nous réjouissant aujourd’hui pour tous ceux et celles que l’Eglise reconnait comme saints, en nous réjouissant pour tous ceux qui le sont dans l’anonymat des autels, réjouissons-nous aussi pour nous, appelés par Dieu à être saints, que nous soyons un jour reconnus comme tel ou non. Que la sainteté de celles et ceux qui ont été élevés sur les autels stimulent notre sainteté et nous connaîtrons aujourd’hui et toujours la joie parfaite que Dieu nous donne en Jésus, son Fils, mort et ressuscité pour notre salut. Amen.

jeudi 31 octobre 2024

01er novembre 2024 - Toussaint

 Attendus parce qu'aimés.







 

            Au moment où la nature lentement se meurt et prend ses habits d’hiver, l’Eglise nous invite à célébrer tous les saints, c'est-à-dire tous les vivants en Jésus Christ, mort et ressuscité pour notre salut. Cette fête pour eux est aussi une fête pour nous, pour nous rappeler, au moment où les ténèbres envahissent nos jours, que notre vie a un sens et que tout ce que nous vivons n’est pas vain, que la mort et les ténèbres n’ont pas le dernier mot. A ceux que l’hiver fait déprimer, la Toussaint rappelle que nous sommes attendus parce que nous sommes aimés. 

            Oui, nous sommes attendus. Et pas attendus au tournant, après une énième faiblesse ou un péché de trop. Non, nous sommes positivement attendus par Dieu. Le mystère de l’incarnation et le mystère de la rédemption nous redisent que Dieu nous attend. Le mystère de l’incarnation permet à Dieu de franchir lui-même la distance qui nous tient éloignés de lui, en entrant dans le monde par son Fils Jésus ; nous ne pouvons plus nous estimer indignes ou incapables de Dieu, puisque Dieu vient à nous. Le mystère de la rédemption permet à Dieu de nous faire franchir la distance due au péché qui nous tient éloignés de Dieu. Nous ne pouvons plus dire que le salut est impossible puisque Dieu lui-même, par la mort et la résurrection de son Fils, nous ouvre les portes du Royaume. Nous avons entendu un passage du Livre de l’Apocalypse que certains utilisent pour dire qu’il n’y aura que peu de sauvés : 12 fois 12 000, soit 144 000 ; douze milles de chaque tribu d’Israël ! Mais il faut lire attentivement le texte et sa suite immédiate pour comprendre que le salut est pour une multitude. Voici ce que dit Jean : Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Dieu attend toutes les nations, tribus, peuples et langues. Le texte se poursuit : Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! » Oui, le salut, notre salut, appartient à Dieu ; mais pas pour le restreindre, pas pour le limiter. Le projet de Dieu, c’est que nous vivions tous, pour toujours avec lui. Ecoutons encore : L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » La grande épreuve, c’est la participation à la Pâque de l’Agneau, notre propre passage par la mort et la résurrection de Jésus. Ce passage, nous l’avons tous vécu au jour de notre baptême. Heureux sommes-nous ! 

Nous sommes donc attendus par Dieu, attendus parce qu’aimés infiniment par lui. Ce n’est pas parce qu’il n’avait pas le choix que Jésus est mort en croix ; au contraire, en allant à la croix, il a fait le choix de nous sauver, il a fait le choix de l’amour. C’est parce qu’il nous aime qu’il s’est livré ; c’est parce qu’il nous aime, qu’il nous a laissé des signes, des sacrements de son amour. Jean l’affirme dans sa première lettre : dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. C’est quand nous parviendrons au terme de notre histoire que tout sera révélé ; c’est quand nous parviendrons au terme de l’Histoire, que l’amour de Dieu pour nous éclatera au grand jour. Nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Nous verrons l’Amour dans toute sa splendeur ! Nous verrons l’Amour dans toute sa gloire ! Et nous partagerons cette gloire pour peu que nous ayons essayé, ici-bas, d’aimer de cet amour qui a tout donné. A ceux qui doutent d’être aimés de Dieu, je voudrais redire ma foi que nul d’entre nous n’existe sans l’amour de Dieu ; c’est lui qui nous appelle à la vie à travers nos parents ; c’est lui qui nous fait grandir dans sa force. Son amour est acquis à chacun depuis le premier jour de son existence. Nul d’entre nous ne vit sans cet amour de Dieu ; mais voulons-nous tous vivre de cet amour et dans cet amour ? Dieu a pris la liberté de nous aimer ; prendrons-nous la liberté de répondre à son amour ? Les béatitudes nous ouvrent des pistes pour entrer dans cet amour : être pauvre de cœur ; c'est-à-dire non pas manquer de cœur, mais avoir le cœur ouvert à l’amour de Dieu. Savoir pleurer sur les manques d’amour manifestes pour être consolés par un surcroit d’amour. Savoir être doux ; c’est encore le meilleur signe que nous apprenons à aimer. Avoir faim et soif de justice, pour tous. Être miséricordieux parce que Dieu nous fait miséricorde par amour. Garder un cœur pur pour voir, ici et maintenant, l’amour de Dieu à l’œuvre. Se faire artisan de paix puisque la paix est la sœur de l’amour, et la condition de son existence ; ceux qui se font la guerre ne s’aiment pas ! Savoir tout risquer pour la justice, et accepter d’être moqué à cause de Jésus. Autant de signes que nous sommes capables de Dieu, capables d’amour. 

Attendus par Dieu, parce qu’aimés par lui. Les saints nous montrent les divers chemins possibles pour accueillir et vivre l’amour de Dieu pour nous. Réjouissons-nous avec eux, et avançons, éclairés par leurs vies et leurs exemples, jusqu’au royaume où Dieu nous déclarera bienheureux. Alors l’Amour sera tout en tous. Amen.

mardi 31 octobre 2023

Toussaint - 01er novembre 2023

Tous saints, vraiment ?



(Détail d'un tableau d'Arcabas)

 

 

 

            Avec encore en tête l’évangile de dimanche dans lequel Jésus nous rappelait que ce qui donne sens et beauté à notre vie, c’est l’amour de Dieu et des autres, toujours, indéfectiblement liés, nous abordons cette fête de la Toussaint avec appréhension, car reconnaissons-le, nous n’aimons pas pleurer ; nous ne voulons pas faire partie des doux, des miséricordieux et des artisans de paix, si cela signifie être considérés par le monde comme faibles et prompts à se laisser marcher sur les pieds ; nous voulons bien nous battre pour la justice à condition qu’elle soit en notre faveur, mais certainement pas être persécutés en son nom ; et nous préférons nous cacher d’être chrétien plutôt que d’être insultés à cause du Christ et de son Eglise. Puisque ce sont là les critères de sainteté, nous en sommes loin soudain, notre amour lui-même n’étant pas à la hauteur de l’amour de Dieu pour nous. Et nous pouvons donc nous interroger : tous saints, vraiment ? 

            Si nous considérons la sainteté comme un état de perfection, alors oui, nous sommes à plaindre, parce que peu y parviendront. Pour célébrer la Toussaint sereinement, il nous resterait alors à la considérer comme une fête pour les autres, ceux qui étaient avant nous, ceux qui vivaient dans ce monde merveilleux du passé, où selon certains, tout était mieux, bien mieux qu’aujourd’hui ; mais cela nous apporterait quoi ? Si elle est bien la fête de celles et ceux qui nous précèdent dans le Royaume et dont l’Eglise reconnaît la vie comme un modèle, un chemin pour nous, la Toussaint est aussi une fête pour nous rappeler à quoi nous sommes appelés. Et peut-être tout est-il dans ce verbe : être appelé. Il nous rappelle que notre sainteté est une vocation. J’ai en moi le désir d’être saint, parce que c’est ce à quoi Dieu m’appelle. Et s’il m’y appelle, il me donne les moyens de réussir. Dieu ne nous appelle pas à quelque chose qui serait hors de notre portée. Arrêtons de voir les saints comme des gens qui ont réussi là où nous échouons sans cesse ; regardons-les comme des gens qui ont suivis amoureusement le chemin que Dieu leur avait préparé, et qui l’ont suivi jusqu’au bout. Dieu les a choisis au jour de leur baptême, comme il nous a tous choisis. Parce que Dieu les a choisis, ils ont choisi Dieu, à travers les joies et les difficultés de leur vie, ils ont choisi de lui rester fidèles, ils ont choisi de toujours croire en lui, même quand cela semblait difficile. Certains l’ont fait spontanément, d’autres après bien des péripéties. Ce choix, nous pouvons le faire aussi. Et nous pouvons le refaire autant de fois que nécessaire. 

            Si la sainteté est un appel de Dieu, elle est aussi un don de Dieu. Il nous rend saint en son Fils Jésus, lui qui s’est livré pour nous, pour notre vie, pour notre salut. Notre vie, avec ses joies et ses épreuves, nous ne l’affrontons pas seuls. Le Christ est présent avec nous, jusqu’à la fin des temps, et c’est lui qui nous permet de passer la grande épreuve dont parle l’Apocalypse. C’est par le sang de l’Agneau qu’ils ont blanchi leurs robes, ceux qui se tiennent debout devant le Trône et devant l’Agneau. Sans le Christ, la sainteté est impossible ; avec le Christ, elle est un don que Dieu fait à tous les hommes. Notre baptême nous a rendus saints, il nous a faits enfants de Dieu, et nous le sommes, nous assure saint Jean. La sainteté resplendit en nous depuis notre baptême. Il faut donc la considérer, non pas comme une récompense à gagner, mais comme un cadeau toujours à accueillir, toujours à utiliser. Notre sainteté ne s’use que si nous ne nous en servons pas. Ne soyons pas comme des enfants gâtés qui ont tout reçu, mais qui n'utilisent jamais leur cadeau ! En nous donnant l’Esprit Saint, tout nous a été donné. Désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons pleurer avec ceux qui pleurent sans être abattus et sans espérance ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons être doux, miséricordieux et artisans de paix sans nous sentir faibles ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons avoir faim et soif de justice pour tous, et même accepter d’être persécutés pour elle ; désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons être fiers d’être au Christ, sans ressentir le besoin de nous cacher parce que son Eglise est imparfaite et pécheresse. Désormais, dans la force de l’Esprit, nous pouvons cultiver cette sainteté que Dieu nous offre sans risque de la perdre. Ne la considérons pas comme un talent à cacher en terre et à restituer le jour venu ; considérons-la comme un talent à risquer dans le monde où nous sommes. Ce n’est pas l’échec qui nous tiendra loin du Royaume ; c’est de n’avoir pas osé essayer ! 

            En cette fête qui nous fait célébrer nos amis les saints et les saintes de Dieu, n’oublions pas de célébrer la sainteté qui est en nous. Que notre eucharistie ravive en nous le désir d’être saints, de vivre avec Dieu chaque jour de notre vie, pour partager un jour, la joie de son éternité. Alors, nous serons tous parfaitement saints, parce que nous lui serons semblables éternellement. Amen. 

lundi 1 novembre 2021

TOUSSAINT - 01er novembre 2021

 Parler de sainteté après le rapport Sauvé ?





(Source internet : sagesse-orthodoxe.fr)




            N’aurions-nous pas dû annuler la fête de la Toussaint en France cette année ? Comment croire en une quelconque sainteté chez les hommes, chez les catholiques, après la publication du rapport Sauvé ? Ces questions me semblent légitimes et pourtant, quand nous sommes confrontés au mystère du Mal dans toute son horreur, sans doute est-ce là l’unique porte de sortie pour l’Eglise : réaffirmer avec force à tous ses membres à quoi nous sommes appelés. Pour combattre le Mal absolu, il faut une sainteté absolue. 

            Cette sainteté absolue ne se trouve pas naturellement chez les hommes. Nous pouvons le regretter, nous pouvons estimer que le meilleur devrait toujours ressortir chez l’homme, et particulièrement chez celui qui se dit croyant en Dieu. Mais nous savons tous, par expérience personnelle, que cela n’est pas vrai. Même saint Paul a écrit dans sa lettre aux Romains (7, 19) : Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. Le Mal est tapi dans notre cœur, et nous cédons, avec plus ou moins de gravité, à sa présence. Mais le Mal reste le Mal, qu’il soit grand ou petit ; le péché reste le péché, qu’il soit mignon ou mortel. Nous avons redécouvert, avec horreur, cette réalité ! Le Mal existe, même en ceux qui sont censés le combattre avec le plus de fougue, avec le plus de zèle : les personnes engagées en Eglise. 

            Si la sainteté absolue n’existe pas en l’homme, serait-elle alors un mythe ? Non, la sainteté absolue existe bien, en Dieu. Dieu est saint, Dieu est bon, Dieu est toujours du côté de la vie, Dieu est toujours du côté du faible à protéger. Les Béatitudes que nous lisons chaque année en cette solennité de la Toussaint sont peut-être d’abord le rappel de la manière d’être de Dieu avec nous ; et puisque Dieu est ainsi avec nous, nous pouvons, avec sa grâce, avec son aide, vivre cela avec les autres. Il est le premier qui pleure avec ceux qui pleurent ; il est le premier parmi les doux ; il est le premier assoiffé et affamé de justice ; il est le Miséricordieux ; il est le premier cœur pur parce qu’il n’y a pas même l’ombre du Mal en lui ; il est l’artisan de paix par excellence invitant sans cesse l’homme à vivre en alliance avec lui et avec les autres ; il est le premier persécuté à cause de la justice, à cause de sa justice au sens où l’homme le supprime facilement dès lors que l’art de vivre voulu par Dieu dérange les hommes ; il est le premier insulté chaque fois qu’un humain est insulté, persécuté à cause de sa foi. 

            Si la sainteté absolue n’existe qu’en Dieu, pouvons-nous seulement espérer l’approcher puisqu’elle ne nous est pas naturelle ? La réponse nous a été donnée par Jean, dans sa première lettre : Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Notre sainteté est un don que Dieu nous fait. Par le baptême, nous accueillons cette sainteté de Dieu en nous. Le premier nom que se donnaient les chrétiens, au commencement de l’Eglise, c’était ‘les Saints’. Et c’est peut-être justement parce que la sainteté est un cadeau de Dieu pour nous que nous pouvons comprendre pourquoi nous ne l’utilisons pas en permanence, pourquoi nous n’en vivons pas tout le temps. Réfléchissez un instant : combien de cadeaux avez-vous reçu durant votre vie ? Les avez-vous tous conservés ? Les utilisez-vous tous encore quotidiennement ? Je crains qu’il en soit de même pour les dons que Dieu nous fait. Il nous arrive de les oublier ; il nous arrive de les rejeter plus ou moins intentionnellement. Quand je cède au Mal, j’étouffe cette sainteté, je l’ignore, me rendant moi-même impuissant à lutter contre le Mal. Pour sortir de la crise que traverse l’Eglise de France, il nous faut à tous, retrouver cette sainteté que Dieu nous donne ; il nous faut retrouver cette amitié fondamentale avec Dieu pour faire triompher le bien en nous d’abord pour qu’il puisse triompher enfin dans le monde. Ce n’est pas parce que nous avons approché le Mal absolu que tout est fini de l’homme. La miséricorde de Dieu est plus grande que le Mal le plus grand. Dieu ne cesse pas de nous aimer parce que nous avons cédé au Mal ; il déploie davantage d’amour pour nous, pour que nous ressentions les bienfaits de cet amour et que nous renoncions au Mal, définitivement. 

            Il nous faut donc, plus que jamais, célébrer cette Toussaint. Il nous faut, plus que jamais, retrouver le projet d’amour de Dieu pour chacun. Ce projet, c’est que nous soyons vraiment des hommes et des femmes libérés du Mal. C’est le Christ qui nous obtient cette libération par le don de sa vie sur la croix et par sa Résurrection. Parce qu’il nous aime, parce qu’il nous veut libre, il a affronté le Mal absolu ; en lui, nous avons la certitude de notre victoire sur le Mal, si nous nous attachons à lui d’un cœur résolu. Ils sont nombreux, depuis ce jour, les hommes, les femmes et les enfants qui ont démontré la beauté d’une vie entièrement donnée au Christ et aux hommes : ils sont les saints que nous célébrons aujourd’hui. Ils sont nombreux, les chemins qu’ils nous indiquent pour vivre libres de tout Mal. Relire leur vie nous donnera le courage d’ajuster la nôtre à la Parole du Dieu saint ; ainsi nous vivrons toujours plus cette sainteté qu’il nous offre. Ainsi nous combattrons le Mal avec efficacité. C’est une certitude. Amen.

samedi 31 octobre 2020

Toussaint - 01er novembre 2020

 La fête de ceux qui ont réussi ?




(Source internet)



            A écouter le livre de l’Apocalypse, nous pourrions croire que la fête de la Toussaint est la fête de ceux qui ont réussi. Ils sont parvenus au but, ils sont cette foule immense que nul ne pouvait dénombrer, au point que les jours de notre calendrier ne suffisent pas pour laisser une place unique à chacun. Mais alors, la Toussaint nous concerne-t-elle ? Et en quoi ? 

            Certes, et les oraisons de la fête vont dans le même sens, le sens premier de la fête est bien de célébrer en une seule fois, la sainteté de tous les élus, qui déjà intercèdent pour nous. Au-delà de nos dévotions particulières pour tel saint ou telle sainte, voici un jour pour célébrer tous ceux qui déjà vivent en Dieu, tous ceux qui nous sont donnés comme autant de modèles pour affermir notre vie chrétienne. En les célébrant tous ensemble, et en reconnaissant qu’ils intercèdent pour nous, nous reconnaissons qu’il subsiste un lien entre eux et nous. Ils peuvent quelque chose pour nous puisqu’ils partagent la gloire de Dieu. Ils sont autant de chemins, autant de modèles pour vivre jour après jour notre propre sainteté. 

            Nous aurions tort, en effet, de croire que la sainteté est pour plus tard, pour quand nous serons morts et enterrés. C’est certes une condition nécessaire pour être déclaré saint, mais ce n’est de loin pas la condition pour vivre en saint dès maintenant. Car la sainteté, Dieu l’offre à tous et à chacun de ceux qui choisissent le Christ. Dès maintenant, dit Jean dans sa première lettre, nous sommes enfants de Dieu. Si Dieu est saint, ce que je crois et affirme, alors les enfants de Dieu que nous sommes partageons avec lui cette sainteté. Nous sommes faits à son image et à sa ressemblance, au départ de notre vie croyante. Notre baptême a fait de nous des saints. Mais le péché qui rôde dans nos vies, obscurcit cette sainteté, l’empêche de briller vraiment. En méditant la vie des saints et des saintes reconnus par l’Eglise, nous pouvons trouver notre chemin vers la sainteté librement acceptée et vécue dans l’ordinaire de nos jours. 

            Car voyez-vous, nous sommes aussi de cette foule immense que nul ne peut dénombrer, car Dieu seul connaît la sainteté de chacun. Nous sommes de cette foule immense, même si ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous devons nous souvenir toujours que nous sommes appelés par Dieu ; nous ne devons jamais oublier que, dès maintenant, Dieu nous aime et nous veut avec lui, toujours, chaque jour. La sainteté n’est pas notre récompense ; la sainteté est notre être profond de baptisé. C’est la marque de fabrique de ceux que Dieu a appelés. Nous mesurons là la grandeur que Dieu a déposé en nous, qui n’est autre que sa propre vie. Plutôt que d’être la fête de ceux qui ont réussi, la Toussaint est la fête de celles et ceux qui choisissent de réussir avec Dieu, la fête de celles et ceux qui choisissent de vivre avec Dieu, dès maintenant et pour toujours. 

            En cette année marquée depuis trop longtemps par la pandémie qui bouleverse la vie du monde entier, une fois de plus, nous serons interdits de rassemblement, parce que jugés, avec d’autres, comme non nécessaires à la vie du monde, non nécessaires à la bonne marche de la société. Je regrette profondément cette conception utilitaire de l’homme à laquelle nos gouvernants nous réduisent. Je regrette profondément la perte du sens de la prière comme pierre à apporter à l’édifice qui lutte contre la pandémie. Je regrette profondément, qu’une fois de plus, l’Etat porte atteinte à ce qu’il y a de plus sacré en l’homme : son humanité et sa sainteté. Je veux bien entendre qu’il nous faut tous participer à la lutte contre la propagation de ce virus ; mais je ne peux accepter que l’homme en soit réduit à n’être qu’un esclave au service d’une idéologie, juste bon à travailler, à se taire et à s’enfermer. Ce que nous appelions autrefois le secours de la religion, s’il n’est plus reconnu, n’en est pas moins nécessaire pour autant. Parce que nous sommes déjà ce peuple saint, engageons-nous à prier pour que Dieu éclaire l’intelligence de ceux qui cherchent, donne un peu plus de bon sens à ceux qui nous gouvernent et à tous la force de résister à la colère qui monte chaque jour davantage devant ce qui semble quand même être une série de décisions catastrophiques pour tous les peuples. Nous vivons malheureusement dans un monde où l’on n’accepte plus que l’on meure de maladie, mais où le fait de devenir pauvre ne dérange personne. Qui a le souci du million de pauvres supplémentaires en France depuis le début de cette pandémie ? Les béatitudes que nous avons proclamées nous placent résolument à leur côté. 

            Avec nos amis les saints qui vivent déjà en Dieu, rangeons-nous du côté de Dieu et du côté des hommes, particulièrement ceux et celles qui souffrent le plus en ces temps difficiles. L’Evangile nous rappelle que l’amour que nous avons pour le premier se manifeste par l’amour que nous portons à tous nos frères et sœurs en humanité. Puisque nous ne pourrons plus unir nos voix désormais, unissons nos cœurs en une prière fervente pour le salut de tous les hommes. Nous manifesterons ainsi au monde la puissance de la sainteté que Dieu offre à tous. Amen.

jeudi 31 octobre 2019

Toussaint - 01er novembre 2019

Le chemin vers la sainteté, c'est notre humanité.





Permettez-moi de commencer par une histoire vraie. C’est l’histoire de l’enterrement de la dernière impératrice d’Autriche, la très catholique Zita. Les images d’archives de la télévision vous montrent le cortège, d’une richesse somptueuse, d’une pompe exceptionnelle arrivant devant l’église du couvent des capucins où reposent les membres de la famille impériale. Les portes de celle-ci sont fermées. Un homme frappe plusieurs coups du pommeau de sa canne. De l’intérieur, une voix lui demande : « Qui demande à entrer ? » Il répond : « Sa majesté Zita, impératrice d’Autriche et Reine de Hongrie… » Et il décline pendant deux minutes tous les titres nobiliaires de la défunte. La voix – celle d’un moine capucin– lui répond : « Nous ne la connaissons pas… » Une deuxième fois, l’homme frappe à la porte. La même question vient de l’intérieur : « Qui demande à entrer ? » Il répond plus simplement : « Sa majesté Zita, impératrice et reine ».  A nouveau, la voix répond : « Nous ne la connaissons pas ». Une troisième fois, il frappe à la porte. A la question : « Qui demande à entrer ? », il répond : « Zita, une personne mortelle et pécheresse. » Alors, de l’intérieur la réponse jaillit : « Qu’elle entre. » Et les portes s’ouvrent. 

Ce que le rite de l’église d’Autriche a compris, c’est bien ce que les béatitudes proclament dans l’Evangile de cette fête de la Toussaint. Ce qui compte pour Dieu, ce ne sont pas nos mérites, nos titres de gloire, nos exploits : ce qui compte, ce que Dieu regarde, c’est le cœur, l’humilité, le désir qui anime notre cœur. Heureux, dit Jésus de celles et ceux qui savent ainsi, avant eux, faire passer les autres. Heureux ceux qui ne se gonflent pas d’orgueil, ceux qui savent que tout est don. C’est la grande leçon de nos amis les saints que nous célébrons aujourd’hui. En effet, la sainteté à laquelle nous aspirons, nous ne la construisons pas à coup d’exploits, ni à coup de jeûnes ou de privations, même s’ils sont un bon moyen de progresser dans l’amour. La sainteté à laquelle nous aspirons, est un don, un don que nous possédons déjà et que nous devons trouver en nous. 

Souvent nous l’oublions, mais nous sommes saints par notre baptême. C’est le grand enseignement du Nouveau Testament. Ceux qui reçoivent le baptême et rejoignent les premiers Apôtres s’appellent les saints, ceux que Dieu a choisis et appelés à marcher à la suite du Christ. Notre baptême fait de nous des fils et des filles de Dieu, des frères et des sœurs de Jésus Christ. Et nous le sommes vraiment, comme le souligne encore aujourd’hui le rituel du baptême. Si nous sommes fils et filles de Dieu, faits à son image et à sa ressemblance, rachetés à grand prix par la mort et la résurrection du Christ, alors nous sommes saints comme Dieu lui-même est saint. Notre vie spirituelle devient dès lors la mise en œuvre de cette sainteté que Dieu nous offre sans que nous n’ayons rien fait pour la mériter ; et les béatitudes deviennent le chemin le plus sûr pour y parvenir. En chacune des affirmations de Jésus, est rappelé le bonheur que Dieu veut et promet à celles et à ceux qui ne vivent pas repliés sur eux-mêmes, mais restent ouverts aux autres. Le saint, le chrétien est d’abord quelqu’un qui s’ouvre aux autres, et veille à construire avec eux, pour eux, un monde plus juste, plus fraternel, plus humain. Plus nous grandirons en humanité, plus nous grandirons en sainteté. Il n’y a pas d’autre chemin possible que celui de notre humanité. Les béatitudes ne sont pas fondamentalement chrétiennes. Elles ne sont religieuses que dans quelques-unes de leurs conséquences : « ils verront Dieu, ils seront appelés fils de Dieu… » Mais les chemins qu’elles proposent sont avant tout des chemins d’humanité, ouverts à tous. Il n’est pas besoin d’être chrétien, ni croyant pour être pauvre de cœur, doux, capable de compassion, de miséricorde ; pas besoin d’être chrétien ou croyant pour être un cœur pur, artisan de paix, avoir faim et soif de justice ou être persécuté pour la justice ! Ce que le Christ propose dans les béatitudes est donc bien d’abord un chemin de plus grande humanité pour parvenir au bonheur que seul Dieu peut proposer. Oui, encore une fois, plus nous serons humains, plus nous deviendrons saints. Il n’y a donc pas lieu de chercher hors de nous-mêmes ce que nous deviendrons un jour. Il faut juste retrouver le chemin de notre humanité pour parvenir à Dieu. Et c’est bien normal finalement, puisque nous célébrons un Dieu qui a pris, en Jésus, le chemin de notre humanité, pour que nous parvenions au salut. Nous serons de cette grande foule, cette foule innombrable dont parle l’Apocalypse lorsque nous aurons lavé le côté sombre de notre humanité dans le sang de l’Agneau, lorsque nous laisserons le Christ, vrai Dieu mais aussi pleinement homme, nous purifier vraiment de tout ce qui nous éloigne des autres et de Dieu. 

S’il n’est pas besoin d’être chrétien pour vivre les béatitudes, alors combien plus un chrétien se doit-il de les mettre au cœur de sa vie et de son action. Il y a urgence pour chaque croyant à vivre comme le Christ nous le propose, comme le Christ nous le montre par sa propre vie. Tous les saints que nous célébrons aujourd’hui ont vécu, d’une manière ou d’une autre, comme le Christ, entièrement donné aux hommes et à Dieu. Tous les saints, de leur vivant, ont permis à l’humanité de grandir. Tous les saints, depuis leur élévation sur les autels, permettent aux croyants de progresser dans l’accueil des dons que Dieu leur fait. Ils sont la richesse de l’Eglise parce qu’ils sont autant de chemin pour parvenir au bonheur que Dieu nous propose. Il y a autant de chemin vers Dieu qu’il y a de saints. Chacun peut nous apprendre une manière originale de construire notre bonheur. En nous mettant à leur école, nous pourrons toujours plus nous approcher du Christ, à la rencontre du Père dans la puissance de l’Esprit Saint. Choisissons d’être tel que Dieu nous fait : saints pour la gloire de Dieu et le bonheur de tous les hommes. Amen.






mercredi 31 octobre 2018

Toussaint - 01er novembre 2018

Un jour particulier.






Comme chaque année, avec le premier novembre, revient la fête de la Toussaint, où nous célébrons le jour consacré à la mémoire de tous les saints : ils ont imité le Christ pendant leur vie et, à leur mort, ils ont reçu de lui la couronne de gloire (PE 1). C’est avec ces mots que la liturgie de l’Eglise parle de ce jour si particulier de l’année. 

C’est un jour particulier parce que nous pourrions croire que ce jour ne parle pas de Dieu. Et dans nos rapports avec d’autres Eglises chrétiennes, une telle fête peut être un obstacle si notre manière d’envisager les saints nous faisait perdre de vue que Dieu est le seul saint. Dans notre vie spirituelle, les saints ne nous sont pas donnés par l’Eglise pour nous détourner de Dieu, mais bien pour nous rapprocher davantage de lui. J’aime me souvenir de mes saints patrons lorsque, dans ma vie spirituelle, les choses vont moins bien, lorsque je me sens incapable de me rapprocher encore de Dieu. Parce qu’à ces moments-là, j’ai besoin de ces figures toutes humaines pour me souvenir que leur chemin de sainteté n’était pas différent du mien. Les saints dont nous portons le nom sont autant de chemin vers Dieu qu’il existe d’hommes et de femmes différents, autant de chemins vers Dieu qu’il existe de caractères différents. Tous les saints n’ont pas la même histoire et il n’existe pas de stéréotype de saints. Il n’existe que des hommes et des femmes qui ont vécu leur foi, à une époque donnée, affrontant les difficultés d’une vie, mais les affrontant avec Dieu. C’est la seule chose qui caractérise tous les saints : leur désir de Dieu. Et ne croyez pas qu’ils soient tombés dedans quand ils étaient petits. Il n’y a que peu d’Obélix de la sainteté ! 

C’est encore un jour particulier parce qu’il ne nous parle que de Dieu ! Une des préfaces possible de la fête nous fera dire que lorsque [Dieu] couronne leurs mérites, [il] couronne ses propres dons. Ce qu’ont vécu les saints leur a été donné par Dieu. Cette fête nous rappelle alors que, pour nous aussi, pour chacun de nous, Dieu a un projet, Dieu a quelque chose à nous offrir. Une vie faite de bonheur comme décrit dans les béatitudes, une vie pleine, c’est-à-dire bien menée, bien remplie, une vie dont nous pouvons être fiers. Le bonheur que Dieu veut pour nous n’est pas que pour plus tard, lorsque nous serons invité au banquet préparé dans la maison de Dieu (post communion); c’est un bonheur pour aujourd’hui et maintenant, même si la route à suivre n’est pas celle que nous emprunterions humainement. Reconnaissons-le : le chemin des béatitudes n’est pas une partie de plaisir, mais nous savons bien que c’est le seul chemin vers un monde plus juste et plus humain. Tous les saints nous le rappellent, qu’ils aient eu une vie simple ou marquée par les épreuves et le martyr. 

C’est enfin un jour particulier parce qu’il nous rappelle qu’une vie n’est signée qu’à l’heure de la mort. Il y a, chez les saints officiels, des hommes et des femmes dont la vie n’a pas été marquée dès son origine par cette sainteté. Chez certains, il y a clairement une vie d’avant, avant la rencontre de Dieu. Et donc une vraie conversion, c’est-à-dire un moment où Dieu s’est imposé à eux comme une évidence, un moment où la présence de Dieu était tellement forte et claire qu’il ne leur était plus possible de vivre comme avant. La sainteté nous parle aussi de la miséricorde de Dieu qui n’estime jamais que quelqu’un est définitivement perdu. Le retour à Dieu est toujours possible ; l’acceptation des dons de Dieu n’est pas frappée de date limite. Il n’y a pas d’heure pour entrer dans le projet de Dieu. 

Nous pouvons être heureux de cette fête qui nous tourne vers Dieu par autant de chemins qu’il y a de saints, d’authentiques témoins de sa Parole. Nous pouvons, grâce à eux, trouver la route que nous sommes appelés à vivre pour parvenir au bonheur que Dieu promet. Remercions Dieu de nous avoir donné des saints ; remercions les saints de toujours nous mener à lui. Sur le chemin vers le Royaume, comment pourrions-nous nous perdre ? Heureux sommes-nous d’être appelés par un tel Dieu. Amen.

 

 

samedi 31 octobre 2015

Toussaint - 01er novembre 2015

Heureux !




Heureux ! C’est le premier mot de Jésus à la foule venue se rassembler autour de lui, le premier mot de son ministère. Il précise ainsi, dès son premier discours, pourquoi il est venu, quelle est sa mission : rappeler aux hommes qu’ils sont faits pour vivre, heureux et libres, avec Dieu et tous les hommes, leurs frères. Et l’on comprend alors aisément pourquoi il est écouté. Qui n’a pas envie d’être heureux ? Qui ne cherche pas le bonheur ici bas ? 
 
Heureux ! Ce premier mot de Jésus est une invitation faite à tout homme. Il n’est pas une loi morale, il n’est pas un commandement ; il est une invitation ! Tu peux être heureux, vraiment, si tu écoutes ce que je te dis et si tu essaies d’en vivre. Nous ne le savons que trop bien : le bonheur ne se commande pas, le bonheur ne se programme pas. Mais, semble nous dire Jésus, il est des chemins qui y mènent, assurément !  Celui qui accepte de suivre l’un de ces chemins parvient au bonheur véritable. Quels sont ces chemins ? Les béatitudes les égrainent l’un après l’autre, par 9 fois. Heureux les pauvres de cœurs ! Heureux les doux ! Heureux ceux qui pleurent ! Heureux ceux qui ont faim et soif de justice ! Heureux les miséricordieux ! Heureux les cœurs purs ! Heureux les artisans de paix ! Heureux les persécutés pour la justice ! Heureux ceux qui sont persécutés à cause de Jésus ! Voilà les chemins de bonheur que Jésus propose ! Reconnaissons qu’ils ont l’air bien raide ! Ils sont, en tous les cas, à l’opposé des bonheurs proposés par la publicité aujourd’hui : pour elle, vous ne pouvez être heureux que si vous êtes jeune, beau, riche, et en bonne santé. Et si vous n’appartenez pas à l’une de ces catégories, rassurez-vous, il existe un produit qui peut supprimer ce manque : celui que nous ne possédez pas encore et que la publicité vous propose justement d’acquérir ! Les chemins de bonheur de Jésus ne sont pas des argumentaires publicitaires. Ils ne proposent pas d’acquérir quelque chose d’extérieur pour devenir  heureux. Ils proposent, au contraire, de changer notre intérieur, pour nous faire comprendre où est le vrai bonheur. Il n’est pas dans ce que l’homme possède, mais dans ce qu’il est. Les chemins vers le bonheur que Jésus propose ne s’achètent pas ; ils supposent désir de conversion, ouverture aux autres, attention à ce qui fait la vie des hommes. 
 
Heureux ! Il y a une béatitude qui permet de comprendre que ces chemins vers le bonheur que Jésus propose ne sont pas aussi difficiles ou inatteignables qu’ils le paraissent. C’est curieusement la dernière. Et celle-ci ne s’adresse plus à tous les hommes (heureux ceux qui …), mais elle ne s’adresse qu’aux disciples de Jésus : Heureux serez vous lorsque … à cause de moi ! C’est dans la relation personnelle à Jésus que se révèle le vrai bonheur. C’est dans la relation à Jésus que l’ouverture aux autres et à Dieu prend tout son sens. C’est dans la relation à Jésus que l’homme trouve la force de suivre ces chemins, parce que le Christ, le premier, les a empruntés et vécus pleinement. Il est venu proposer le vrai bonheur aux hommes ; et pour que les hommes puissent s’y convertir, il s’est offert sur la croix, afin de nous recentrer sur Dieu et sur son œuvre de salut pour tous. En mourant sur la croix, il nous ouvre définitivement la possibilité d’être heureux, puisque le dernier obstacle au bonheur, à savoir la mort, est vaincu alors même que nous croyions que tout était fini et que Jésus s’était trompé. Sur la croix, Jésus ne nous trompe pas : il nous sauve ! Sur la croix, il révèle sa toute puissance et nous ouvre au vrai bonheur. Parce qu’il y a de la joie à être sauvé du mal et de la mort par le Christ ! Parce qu’il y a de la joie à connaître enfin un règne de justice et de paix ! Parce qu’il y a de la joie à se savoir aimé ainsi, jusqu’au bout, jusqu’au plus profond de la mort. 
 
Heureux ! Ce bonheur que Jésus nous propose n’est pas pour plus tard. C’est un vrai bonheur pour aujourd’hui. Et tous ceux qui marchent déjà, fidèlement, à la suite de Jésus, connaissent un bout de ce vrai bonheur dont ils attendent la réalisation totale lorsqu’ils seront appelés à voir Dieu. La fête de la Toussaint vient heureusement nous redire que ce bonheur promis se réalise, dès ici-bas et pour l’éternité : à preuve, la foule immense de celles et de ceux qui, au long de notre histoire, ont accordé foi et confiance au Sauveur, ont reconnu en lui celui qui est venu sauver les hommes de la désespérance et de la mort ; avec lui, ils ont trouvé le chemin du bonheur, dès ici-bas. Avec lui, ils sont parvenus au vrai bonheur, celui que même la mort ne saurait nous enlever. Près de lui, ils nous attendent, pour qu’avec eux, nous formions cette foule immense qui chante la gloire de Dieu ! Que la célébration de leur fête nous stimule et oriente notre vie vers le Christ. Que cette Toussaint nous permette de redécouvrir à quel bonheur nous sommes appelés. Aujourd’hui et toujours. Amen.
 
(Dessin extrait de L'image de notre paroisse, n° 203, éd. Marguerite, nov. 2003)

vendredi 31 octobre 2014

Toussaint - 01er novembre 2014

La sainteté a-t-elle un présent ?





Toussaint : voilà une fête qui ne fait pas grand mystère de ce qu’elle célèbre : son nom dit déjà tout. Tous les saints, pris dans une seule célébration. Une fête au confluent du passé et de l’avenir. 
 
Une fête qui nous vient du passé, puisque ceux que nous célébrons aujourd’hui sont déjà morts ; ils sont déjà en Dieu. Les jours de nos années n’étant pas extensibles à volonté, chaque époque ayant ses propres saints, chaque pape le souci d’en proclamer de nouveaux (François a déjà dépassé en nombre de saints créés son glorieux successeur, saint lui-même !), une année ne suffit pas à célébrer chacun. Entre les nouveaux entrants et les anciens oubliés, il fallait bien une fête pour les célébrer tous, afin de ne fâcher personne. On peut voir les choses ainsi. Cette fête nous rappelle surtout que le passé de l’Eglise n’a pas été que marqué par l’Inquisition et les Croisades, et que beaucoup de bien s’est fait par l’intermédiaire de ceux et celles qu’elle porte sur les autels. Le message de l’Evangile a été vécu sans relâche depuis que Jésus a prêché sur les bords du lac de Galilée jusqu’à aujourd’hui. Pas une époque qui n’ait ses saints ; pas un continent, pas un pays,  où l’Evangile a été proclamé qui n’ait un glorieux ancêtre dans la foi. Cette fête a de quoi nous réjouir, même en ces temps moroses. Tant d’hommes et de femmes connus ou oubliés qui ont vécu une vie chrétienne exemplaire, capable de nous guider nous-aussi à la rencontre du Christ. Tant d’hommes et de femmes et d’enfants qui sont autant de chemin vers Dieu, autant de routes de sainteté. Nous aurions mauvaise foi de dire que nous ne trouvons pas la nôtre. Parmi les saints et les saintes, il y a des enfants, des pères et mères de familles, des religieux et des religieuses, des papes, des évêques, des prêtres, des diacres, des laïcs consacrés, des chrétiens de base : bref, chacun de nous, dans la situation qui est la sienne, peut se trouver un modèle, ancien ou plus récent, pour le guider vers Dieu. 
 
La fête de la Toussaint a donc aussi un avenir. Si tant d’hommes et de femmes, croyants au Christ, ont été reconnus par l’Eglise comme d’authentiques témoins de la foi, c’est aussi pour nous rappeler que nous sommes appelés à la sainteté, nous aussi ! Les derniers saints créés sont bien des contemporains : qui n’a pas connu Jean-Paul II, pour ne citer que lui ? Si c’est une fête qui marque le passé de l’Eglise, elle dit aussi son avenir : la sainteté n’est pas épuisée par celles et ceux qui ont été reconnus comme tel. Il y a toujours de la place pour les saints de demain. La sainteté est notre destinée à tous. N’est-ce pas ce que proclamera la prière après la communion ? Dieu qui seul es saint, toi que nous admirons et adorons en célébrant la fête de tous les saints, nous implorons ta grâce : quand tu nous auras sanctifiés dans la plénitude de ton amour, fais-nous passer de cette table, où tu nous as reçu en pèlerins, au banquet préparé dans ta maison. C’est ce que nous espérons ; c’est ce que nous demandons dans la prière de ce jour : que nous aussi connaissions un jour la joie d’être à la table de Dieu dont notre autel est une préfiguration. 
 
Si donc la Toussaint a un passé et un avenir, il reste une question : a-t-elle un présent ? Est-elle une fête pour aujourd’hui aussi ? Pour moi, la réponse est oui. Mais pour qu’il en soit ainsi, il faut que nous ayons conscience que la sainteté n’est pas une récompense pour plus tard, mais un état d’esprit, un art de vivre aujourd’hui. Nous sommes tous saints par notre baptême. Paul nous l’a encore redit dans la deuxième lecture : Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous  comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes. Dès aujourd’hui ! Et si nous sommes enfants de Dieu dès aujourd’hui, c’est donc que nous sommes saints dès maintenant, appelés à vivre dès maintenant cette sainteté qui nous vient de Dieu, par grâce. La sainteté n’est décidément pas un hochet pour enfant sage ; elle est notre condition commune, nous invitant à vivre chaque jour, dès maintenant, ce don que Dieu nous fait en nous reconnaissant comme siens. C’est chaque jour de notre vie terrestre que nous avons à vivre en fidèles du Christ Jésus ; c’est chaque jour que nous devons faire briller notre auréole, et pas que sous les bras. Etre saint, c’est notre vocation, dès ici-bas. Etre saint, c’est notre condition commune. 
 
Si la Toussaint nous donne de nous réjouir de nos glorieux anciens, si elle nous permet d’entrevoir la gloire qui nous est promise, elle nous tourne donc aussi vers notre baptême, vers l’appel que nous avons reçu de Dieu pour vivre nous aussi comme lui : Soyez saints comme Dieu est saint. Tel est l’appel de Dieu dès l’Ancien Testament. Réjouissons-nous pour celles et ceux qui ont répondu à cet appel, par toute leur vie. Et stimulons-nous à les imiter dès maintenant ; ainsi le Royaume espéré deviendra réalité visible pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore Jésus Christ. N’est-ce pas le meilleur moyen de répandre l’esprit des béatitudes ? Bonne fête à chacun de nous qui essayons, à travers des vies chaotiques, de vivre l’Evangile du Christ et d’y rester fidèles, sincèrement. Amen.

(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

mercredi 31 octobre 2012

Toussaint - 01er novembre 2012

Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils, et d'où viennent-ils ?


Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? La question posée ainsi dans le Livre de l’Apocalypse mérite bien d’être reprise aujourd’hui, en cette fête de tous les saints ? Qui sont-ils, ceux que nous célébrons ?

Ils ne sont pas ceux et celles de nos familles humaines qui sont morts ; ceux-là seront célébrés demain. Ne confondons donc pas les deux célébrations, même si, dans de nombreuses paroisses, la Toussaint nous permet de faire une visite au cimetière où reposent nos proches. N’allons pas trop vite en besogne : laissons à chacun leur célébration et leur jour. Laissons surtout à Dieu le soin et le temps de se prononcer. Alors qui sont ceux que nous célébrons aujourd’hui ?

Ils sont ceux et celles de notre famille spirituelle qui sont morts et qui dont nous disons avec certitude qu’ils nous ont précédés dans la gloire du Royaume. Ils sont ceux et celles qui nous rappellent l’espérance qui est la nôtre : nous sommes faits pour vivre avec Dieu. Comme le dit l’auteur de l’Apocalypse lui-même, ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. La grande épreuve, c’est le baptême dans la mort et la résurrection de Jésus ; c’est aussi leur propre passage par la mort, à la suite du Christ. Ils sont ceux et celles qui, dans leur vie comme dans leur mort, ont été au Christ, ont fait le choix de vivre selon sa Parole. Et, nous dit le voyant de l’Apocalypse, ils sont nombreux. Je vis une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils sont de tous les temps, de tous les âges, de tous les lieux où l’Evangile a retenti. Ce n’est pas un petit peuple de privilégiés. Le Christ n’a-t-il pas livré sa vie pour tous les hommes ? N’a-t-il pas voulu entraîner l’univers entier à sa suite ? Cette foule immense témoigne de l’œuvre de la Parole de Dieu dans une vie humaine ; elle témoigne que chacun de nous peut être de cette foule.

Ceux et celles que nous célébrons en ce jour ont reconnu en Jésus, celui qui vient donner la vie aux hommes. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Et ils proclamaient d’une voix forte : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui est assis sur le Trône, et par l’Agneau ! » Ils ont passé la grande épreuve, et ils n’ont pas honte de reconnaître que leur vie leur vient d’un autre, le Tout-Autre. Ils ont passé la grande épreuve, et ils n’ont pas honte de proclamer haut et fort leur foi. Si le peuple des croyants les reconnaît aujourd’hui comme saints, c’est bien parce qu’ils ont toujours et partout témoigné de ce Dieu, quoi qu’il en coûte. Certains ont subi la mort à cause de leur fidélité au Christ. D’autres ont simplement vécu les exigences de la foi dans l’ordinaire d’une vie, qu’elle soit religieuse ou familiale. Nul ne peut dénombrer cette foule parce que nul ne peut dire combien, jusqu’à ce jour, ont vécu ainsi, dans la fidélité à leur foi.

Les béatitudes que nous proclamons à chaque Toussaint, sont pour beaucoup un texte de référence. Notre monde est moins égoïste qu’il n’y paraît ; notre monde est moins individualiste qu’on ne le dit. Ils sont nombreux, ceux qui pensent que l’autre est plus important, que son bonheur conditionne le mien. Ils sont nombreux, ceux qui vivent l’esprit des Béatitudes, plaçant le frère au cœur de leur préoccupation. Ils sont nombreux, et nous en sommes, peut-être ! Nous en sommes assurément, si nous prenons notre foi au sérieux. Comment, à la suite de cette foule immense, ne pourrions-nous pas poursuivre l’œuvre du Christ, et témoigner dans notre propre quotidien, de la place de Dieu et de la place du frère ?

Alors qui sont-ils, ceux et celles que nous célébrons ? Ils sont des hommes et des femmes ordinaires, qui ont vécu leur vie de manière à laisser transparaître la vie de Dieu. Ils sont de ceux qui nous invitent à imiter le Christ et à voir l’homme et le monde à la mesure de Dieu. S’ils sont nombreux à être fêtés aujourd’hui, c’est parce que les manières de vivre notre foi sont nombreuses et variées à travers le temps et l’Histoire, mais elles ont en commun de passer par l’unique chemin : l’Agneau de Dieu qui livre sa vie par amour. Le chemin nous est donné ; des exemples pour le parcourir nous sont montrés par les saints. Trouvons donc notre manière de le vivre, dans le monde et le temps qui sont les nôtres. Ainsi le Christ Sauveur pourra nous faire passer de la table où il nous reçoit en pèlerin aujourd’hui, au banquet préparé dans sa maison. Amen.

(Image de la revue Images pour notre paroisse, n° 239)

lundi 31 octobre 2011

Toussaint - 01er novembre 2011

« Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés » (1 Jean 3, 1)




Et si tout n’était qu’une histoire d’amour ? Si saint Jean était dans le vrai lorsqu’il nous invite à revenir à l’amour primordial que Dieu nous porte ? Cela changerait-il quelque chose pour nous ? Celui qui nous appris que le nom de Dieu était Amour, peut-il nous enseigner la sainteté ?

Il suffit de relire la deuxième lecture de ce jour pour comprendre que Jean a touché du doigt la seule chose importante : l’amour que Dieu nous porte. C’est cet amour qui nous vaut d’abord d’être enfant de Dieu. Même si nos parents choisissent de nous présenter au baptême, même si un adulte choisit de recevoir ce sacrement d’initiation et d’intégration à une communauté, il n’en reste pas moins vrai que c’est toujours en réponse à un appel de Dieu ; c’est toujours en réponse à l’amour dont Dieu nous a comblés. Si nous sommes enfants de Dieu par notre baptême, c’est parce que Dieu nous appelle à notre véritable condition. Il se révèle à nous comme Père, comme source de toute vie ; et nous pouvons alors le reconnaître comme tel. C’est lui qui, le premier, nous fait sentir sa paternité. C’est lui qui, le premier, entre en relation d’alliance avec nous. Dieu se propose à nous et non pas nous à Dieu. Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu, et nous le sommes ! J’ai envie de dire que c’est presque aussi simple que cela ! Et pourtant ce n’est que le début. Dieu voit plus grand pour nous !

Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ! Il y aurait donc des stocks d’amour de Dieu, quelque part en réserve ! Il ne suffit pas à Dieu de faire de nous ses enfants ! Il veut plus pour nous. En relisant l’Ancien Testament, nous trouvons déjà une trace de ce que Dieu veut au final pour nous : il nous veut saint ! Soyez saint parce que je suis saint ! Voilà la grande idée de Dieu ! Voilà notre destin : être comme Dieu ! A celles et ceux qui croient la chose impossible, l’Eglise oppose aujourd’hui la fête de la Toussaint, la fête de celles et ceux (et ils sont nombreux) qui nous proposent, par leur vie, un chemin vers ce bonheur que Dieu nous réserve. Car ils sont nombreux, les chemins de réalisation de ce projet de Dieu. Ils sont nombreux et variés, mais ils ont tous en commun d’avoir été suivis par des femmes, des hommes des enfants mêmes qui ont choisi d’essayer, qui ont choisi de se donner tout entier à Dieu et à leurs frères, simplement par amour. Qu’ils aient été religieux, père et mère de familles, pape, évêques, étudiants ou jeune enfant, ils ont tous rencontré l’amour de Dieu, ils se sont tous ouverts totalement à cet amour et ont choisi d’en vivre, dans ce qui faisait le quotidien de leur vie. Beaucoup n’ont rien fait d’extraordinaire, ni miracles, ni autre extravagance, mais tous ont essayé de vivre de l’amour de Dieu et d’en faire vivre autour d’eux. Si vous les aviez croisé et dit qu’ils étaient des saints, sans doute vous auraient-ils ri au nez ! Ils faisaient simplement ce qu’ils jugeaient bon de faire.

Mais revenons à l’épître de Jean : Lorsque le Fils de l’homme paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est ! Nous devenons comme Jésus, comme Dieu, parce qu’il se révèlera à nous tel qu’il est. Et si dès maintenant, nous le suivons dans la simplicité de notre vie, nous lui serons semblables. Ce que le baptême réalise dans la foi sera révélé au grand jour. Nous saurons véritablement que, malgré les épreuves traversées, malgré la bassesse quelquefois de notre vie, nous sommes aimés de Dieu. Son amour, il nous l’offre et ne le reprend pas. Ce ne sont pas nos actes qui font de nous des saints, mais notre capacité à nous ouvrir et à accueillir l’amour de Dieu en nous, en chaque chose que nous faisons. Il n’y a pas aujourd’hui notre vie sur terre et un jour notre vie avec Dieu ; il y a dès maintenant à vivre avec Dieu pour être accueilli un jour auprès de lui. Il y a, dès maintenant, à laisser Dieu être le Maître de notre vie, en toute chose. La sainteté commence peut-être par la faculté de reconnaître que j’ai besoin de Dieu dans ma vie.

Dieu nous aime au point de nous vouloir semblable à lui. Et il s’est fait l’un de nous pour nous enseigner cela. En Jésus, c’est bien Dieu qui devient comme nous pour que nous retrouvions en nous son image, sa ressemblance. Que nos amis les saints nous aident à voir clair en nous et que nous trouvions en l’un d’eux au moins, le chemin qui nous conduira vers Dieu, le chemin qui nous fera aimer Dieu comme il nous aime. Amen.


(Photo : Détail d'une icône (l'assemblée des saints autour de la Trinité) - Monastère de Toplou, Crête)

samedi 30 octobre 2010

Toussaint - 01er novembre 2010

Pouvons-nous nous passer des saints ?



La question, certes provocante, a hanté ma préparation de cette fête. Car, au premier abord, les saints restent des personnages inaccessibles, lointains, qui nous renvoient trop souvent à nos limites et nos faiblesses. Que voulez-vous : nous ne sommes pas saints, nous ! Alors souvent, nous sommes comme ces enfants à qui l’on montre ce qu’ils pourraient être et qui se découragent, soit par paresse, soit parce que le but proposé leur semble impossible à atteindre. C’est certes une belle perspective d’avenir, mais ce n’est pas pour nous. Les saints sont-ils là alors pour nous renvoyer l’image de notre imperfection ? Bien sûr que non.

Pouvons-nous nous passer des saints ?
La question mérite une réponse plus précise. Il nous faut la décliner en trois temps, car les saints sont des personnages d’hier, qui nous ouvrent à demain en nous invitant à vivre l’aujourd’hui de Dieu.

Les saints, des personnages d’hier. C’est une évidence. Pour figurer sur le calendrier liturgique, il faut quand même être mort. Les saints sont donc ceux qui nous précèdent dans le Royaume. Ils nous sont donnés en exemple, non pour nous rabaisser, mais pour nous rappeler qu’il est toujours possible de décider de marcher à la suite de Dieu, quelque soit l’époque, quelque soit notre situation de vie. Le pape Jean-Paul II, par ses multiples canonisations, nous rappellent que les saints ne sont pas élevés dans les monastères uniquement : il a proclamé saint des pères et des mères de familles, des enfants, des hommes et des femmes qui ont essayé de suivre le Christ dans le quotidien de leur vie et qui ont témoigné d’une manière particulière de la foi qui les faisait vivre. Les saints sont des personnages d’hier qui nous tirent vers le haut, sans nous faire évader de notre présent. Ils sont les fondations de notre foi quotidienne : nous pouvons nous appuyer sur eux, suivre à notre tour le chemin qu’ils ont emprunté. Nous pouvons surtout apprendre d’eux comment rendre aujourd’hui encore notre foi vivante et active. Le passé n’est pas une époque dorée où croire était plus facile : les saints martyrs nous le rappellent. Proposés à notre vénération, les saints nous plongent dans notre aujourd’hui en nous invitant sans cesse, là où nous vivons, tenant compte de notre époque et de ses contingences, à suivre l’appel de Dieu adressé à tous à vivre de sa Parole, à lui faire confiance et à construire un monde plus juste et plus humain. Les saints nous invitent aujourd’hui encore à vivre de l’esprit des béatitudes en aimant comme le Christ a aimé.

Les saints, des personnages qui nous tournent vers demain. Tout le sens de la Toussaint réside dans cette ouverture temporaire au monde de demain que nous espérons. Célébrer en une seule fois tous les saints nous fait participer par anticipation, à la vie du Royaume. La première lecture levait le voile sur cette liturgie céleste à laquelle seront conviés ceux qui auront le suivi le Christ sauveur. S’il est bon de s’appuyer sur nos aînés dans la foi pour progresser et approfondir notre propre manière d’être chrétien aujourd’hui, nous ne devons pas oublier à quel avenir nous sommes destinés. Nous sommes faits pour vivre, aujourd’hui certes, mais aussi demain, avec Dieu et en Dieu. Nous sommes de ces gens vêtus de blancs dont parle l’Apocalypse : mais il nous faut encore traverser la grande épreuve et laver notre vêtement dans le sang de l’Agneau. Ne perdons pas de vue cet avenir glorieux ; Dieu est fidèle à sa promesse, il ne rejette pas l’alliance qu’il a conclu avec nous. Nous faisons fausse route chaque fois que nous limitons notre vie à notre aujourd’hui : l’homme est plus grand que ce qu’il fait et ce qu’il vit. L’homme vaut plus que ce qu’il possède. La Toussaint, en nous rappelant notre avenir, nous le redit avec force.

Les saints, des personnages qui nous renvoient à notre aujourd’hui. Parce que c’est aujourd’hui qu’il nous faut tendre vers la sainteté. Etre Saint n’est pas une récompense pour l’avenir, c’est un art de vivre aujourd’hui notre foi. C’est croire que Dieu est présent au cœur de notre vie ; c’est essayer, toujours et encore, de vivre des béatitudes ; c’est mettre l’amour de Dieu et des autres au cœur de notre vie. C’est être artisan de paix et de réconciliation dans un monde de plus en plus divisé. C’est agir pour que tous aient une vie meilleure avec les moyens qui sont les nôtres. Il ne s’agit pas de faire de grandes choses : il s’agit de faire bien ce que nous avons à faire et de toujours recommencer et nous relever lorsque le péché nous domine. Les saints n’étaient pas exempts de faiblesses : ils se sont montrés plus forts, à cause de leur foi en Christ, vainqueur de toutes nos faiblesses, passées, présentes et à venir. Si nous pouvons nous appuyer sur les saints d’hier, nous avons à être ceux qui entraîneront aujourd’hui et demain les croyants vers le Dieu vivant et vrai. Il y a certainement des saints au milieu de nous, càd des personnes qui nous renvoient à l’amour de Dieu pour nous.

Alors, pouvons-nous nous passer des saints ?
Non, bien sûr. Nous ne pouvons ni nous passer d’eux, ni nous passer de le devenir. C’est à nous d’écrire aujourd’hui les pages de l’histoire de l’Eglise, les pages de l’histoire d’amour de Dieu avec l’humanité. Ils sont l’héritage que nous devons assumer et faire fructifier. Pour que demain encore se lève cette foule qui marchera à la suite du Christ. Par notre baptême, nous appartenons au Peuple saint ; par notre vie, nous le deviendrons, avec la grâce de Dieu, le seul Saint véritable. Que notre eucharistie, en ce jour de fête, ravive en nous le désir de sainteté, le désir d’être toujours au côté de Dieu. Amen.



(Photo de Quentin Urlacher, prise à Salta, Argentine)