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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 13 septembre 2025

La Croix glorieuse - 14 septembre 2025

 Une expression paradoxale ou une réalité ?





(Tableau d'Arcabas)



 

            La croix glorieuse : n’est-ce pas là une curieuse expression, voire un paradoxe ? Comment un instrument de torture et de mort peut-il être appelé « glorieux » ? Aurions-nous perdu le sens de la décence la plus élémentaire ? A vue seulement humaine, la question se pose effectivement ; mais pour celui qui croit au Christ, mort et ressuscité, cette expression a du sens, et la croix, source d’humiliation et de mort dans l’empire romain, devient source de vie éternelle.

             La liturgie de cette fête nous a fait prier ainsi au début de notre eucharistie : Seigneur Dieu, tu as voulu qu’en acceptant la croix, ton Fils unique sauve l’humanité ; nous t’en prions : fais qu’ayant connu dès ici-bas ce mystère, nous obtenions au ciel les fruits de la rédemption. En une seule phrase tout est dit, tout devient clair. Et d’abord que c’est un grand mystère ! Pouvons-nous comprendre que quelqu’un accepte de mourir en croix pour notre salut ? Quelqu’un qui ne nous a pas connu, comme nous pouvons nous connaître les uns les autres ! Ne faudrait-il pas, pour comprendre réellement ce mystère, nous acceptions nous-mêmes de mourir douloureusement pour des étrangers, pour des gens qui nous auraient reniés, trahis ? Aurions-nous fait ce que le Christ a accepté de faire pour nous ? Je n’en suis pas sûr. Mais ce que dont je suis sûr, c’est que le Christ l’a fait pour moi, pour vous, pour la multitude comme le disent les paroles de la consécration. Jésus, le Fils unique de Dieu, a accepté la croix pour nous sauver. Réaliser cela, c’est réaliser aussi combien il nous a aimés à ce moment-là, et combien il nous aime toujours. Parce que voyant cette humanité, pour le salut de laquelle il est mort, continuer à se battre, à vivre loin de lui, à lui rendre si mal l’amour qu’il nous a donné, il n’est jamais revenu sur son désir de nous sauver. Jamais il ne nous a dit : dis donc, j’ai accepté la croix pour que tu sois sauvé, et c’est en vivant ainsi que tu me remercies ? Son amour livré sur la croix nous reste acquis à jamais ! C’est pour moi un mystère encore plus grand, moi à qui il arrive de regretter le bien fait. Cet amour livré un jour pour toutes les générations passées, présentes et à venir, ouvre le ciel à ceux qui croient un tel amour possible, à ceux qui croient en l’œuvre de salut accomplie par Jésus.

             La préface de la fête, au début de la prière eucharistique, « enfoncera le clou » si j’ose dire, en chantant l’œuvre que Dieu accomplit par son Fils. Il a permis que, de ce drame d’un fils livré et mort en croix, la vie surgisse à nouveau là où la mort a pris naissance. A ceux qui pourraient s’interroger sur ce que Dieu a fait au moment où son Fils acceptait la croix, la réponse jaillit dans la prière. Nous rendrons grâce à Dieu aujourd’hui car il a attaché au bois de la croix le salut du genre humain permettant ainsi par le Christ, que l’Ennemi, victorieux sur le bois [comprenons de la croix], fût à son tour vaincu sur le bois. Dieu a laissé faire son amour et a poussé cet amour jusqu’au bout. Puisque Jésus a accepté la croix, il transformera la croix en y faisant mourir l’Ennemi avec son Fils. Ainsi quand il rendra justice à l’amour du Fils pour son peuple en le ressuscitant, le monde sera délivré de l’Ennemi, définitivement vaincu sur le bois de la croix. Là où l’Ennemi semblait triompher, l’amour s’est montré plus rusé, plus puissant, définitivement vainqueur. Aucune manifestation d’amour ne sera jamais plus définitivement effacée par l’Ennemi. En Jésus, mort et ressuscité, l’Amour est vainqueur, l’Amour est plus fort. C’est peut-être la grande leçon pour nous de cette fête de la croix glorieuse. Ce signe de mort, devenu, par l’amour d’un seul pour tous, signe de vie, nous indique que la vraie vie est dans l’amour seulement. Celui qui veut vivre vraiment, qu’il commence par aimer simplement. Alors le Christ pourra le conduire à la gloire de la résurrection puisqu’il l’a racheté par le bois de la croix qui fait vivre. Nous vivons tous grâce à la croix du Christ ; nous aimerons tous à cause de la croix du Christ. Comme il nous a aimés, nous devons aimer ; c’est le commandement qu’il a laissé à ceux qui se disent ses disciples. Est-il seulement possible de ne pas répondre à un amour qui s’est livré tout entier, jusqu’à la mort, pour notre vie ? Est-il seulement possible de ne pas aimer à notre tour quand nous sommes aimés ainsi ?

             A ceux qui s’interrogeraient encore pour savoir qui est Dieu pour nous aimer ainsi, il n’est donné que le signe de la croix du Christ. Là réside la preuve que Dieu nous aime. Là réside la puissance de son amour. Là réside notre vie pour toute éternité. Elle est glorieuse, la croix qui nous sauve par l’obéissance du Fils et par l’amour de Dieu. Elle a vaincu la mort, elle nous ouvre les portes de la vie grâce à celui qui l’a acceptée pour nous dire son amour absolu. Levons les yeux vers elle et contemplons le prix versé pour notre salut. Amen.

dimanche 20 avril 2025

Saint Jour de Pâques - 20 avril 2025

 Pâques, passage du Jésus de l'Histoire au Christ de la foi.






Quelle nuit nous avons vécu ! Alors que nous étions tristes de la mort de Jésus, voilà que dans la nuit a retentit un cri de joyeuse espérance : il est ressuscité ! L’improbable a eu lieu, comme Jésus l’avait annoncé par trois fois à ses disciples : après trois jours, je ressusciterai. Comment aurions-nous pu le croire quand il annonçait cela ? Jamais, personne ne l’avait fait. En passant victorieux par la mort, Jésus est désormais reconnu comme Jésus, le Christ, celui que Dieu envoie pour sauver son peuple.

Nous avons relu cette nuit la longue histoire du peuple de Dieu, histoire faite d’alliances et de promesses. Et il nous a fallu reconnaître l’évidence : Jésus est celui qui accomplit toutes les promesses faites par Dieu à son peuple ; Jésus est celui qui inaugure l’alliance nouvelle et éternelle que rien ne viendra briser. En Jésus, mort et ressuscité, Dieu a pris le parti de l’homme et l’a libéré de la mort et du péché, par grâce, parce que l’humanité, par elle-même, en était incapable. En lui ouvrant la possibilité de la vie avec Dieu pour toute éternité, Jésus réconcilie Dieu et son peuple qui si souvent s’était détourné de lui. Cette alliance est éternelle parce que signée dans le sang de l’Agneau, le sang du Fils unique de Dieu. Dieu ne peut pas se retourner contre son Fils, contre lui-même. Là où l’homme est faible, Dieu est fort. Là où l’homme se montre si souvent infidèle, Dieu se montre fidèle. Nous avons été rachetés à grand prix, le prix de la mort de l’Innocent, le prix de la mort du Fils de Dieu. En s’abaissant dans l’obéissance au projet d’amour de Dieu pour nous, Jésus est élevé par Dieu et reçoit le nom qui est au-dessus de tout nom. Il sera pour toujours le Christ Jésus, seul médiateur entre Dieu et les hommes. Il était notre victime ; il devient notre sauveur. Il était celui que nous avions rejeté ; il devient celui qui nous attire à lui et au Père. Il était celui que nous avons fait mourir ; il devient celui qui nous donne la vie en plénitude. Comment pourrions-nous ne pas nous attacher à lui et ne pas le suivre désormais là où Dieu nous attend ? 

Le temps de Pâques qui s’ouvre nous invite à passer du Jésus de l’Histoire, celui que les hommes ont croisé, écouté, suivi quelquefois, au Christ de la foi, celui en qui nous sommes invités à croire pour obtenir la vie éternelle. Ceux qui n’avaient vu en lui qu’un grand homme, sont invités à découvrir le Fils unique de Dieu. Ceux qui n’avaient écouté qu’un grand prédicateur, sont invités à écouter la Parole même de Dieu. Ceux qui n’avaient vu en lui qu’un faiseur de miracle, sont invités à reconnaître en lui la source des sacrements de l’Eglise, ces signes que Dieu nous donne pour nous dire son amour de toujours. Il nous faut à tous dépasser ce que nous croyions savoir de Jésus pour découvrir, avec ses disciples, dans la force de l’Esprit Saint, le Christ qui nous ouvre le chemin vers Dieu et nous obtient son pardon. Fini le petit Jésus tout mignon dans sa crèche ; voici le temps du Christ qui nous sauve et nous entraîne dans une nouvelle manière de vivre. Fini le temps où notre réalité était le monde terrestre ; désormais, il nous faut penser aux réalités d’en-haut. Fini le temps où l’homme était esclave du péché ; désormais, il est libre en Jésus Christ, vainqueur de la mort et du péché. Sa victoire rejaillit sur notre vie et la transforme. Nos petites vies participent désormais à la Vie même de Dieu. Finis les horizons bouchés ; avec le Christ, une espérance nouvelle est possible, un monde nouveau se construit ; il n’attend que nous.

Que la joie de cette fête qui nous rend la vie nous convertisse à ce monde nouveau où l’homme est fort de la force même de Dieu. Ils sont finis les jours de la Passion, dit la prière de l’Eglise ; avec eux sont finis les jours où l’homme était démuni et subissait sa vie. Désormais, il est libre ; désormais, il est vivant, pleinement ; désormais, il peut, s’il le veut, être pleinement fils de Dieu, à l’image du Christ Jésus, premier-né d’entre les morts. Nous avions suivi Jésus sur les routes de Judée, Samarie et Galilée ; suivons désormais le Christ sur la route qui mène au Royaume, auprès de Dieu. C’est là que nous sommes attendus ; c’est là qu’est notre vraie vie. Amen. 


dimanche 31 mars 2024

Résurrection du Seigneur - 31 mars 2024

 Vous savez ce qui s'est passé...




(Anastasis - icône de la résurrection)


 

 

            Vous savez ce qui s’est passé… C’est ainsi que Pierre commence son discours dans la maison du centurion romain à Césarée. Il faut dire qu’à ce moment-là, beaucoup d’événements ont eu lieu, et Pierre lui-même a pu faire l’expérience de Jésus ressuscité, de son retour vers le Père à l’Ascension et du don de l’Esprit Saint à la Pentecôte, cette force de Dieu qui a jeté les Apôtres sur les routes de Judée, Samarie, Galilée et au-delà pour annoncer à tous la joyeuse nouvelle qui a retenti au cœur de notre nuit : Jésus est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Avec Pâques, l’Alliance nouvelle et éternelle devient réalité puisque nous découvrons que l’histoire de Jésus n’est pas terminée. 

            Vous savez ce qui s’est passé… c'est-à-dire cette expérience radicalement nouvelle qui fait proclamer par les Apôtres au monde entier que celui qui était mort en croix, Dieu l’a ressuscité. La croix n’est pas le dernier mot de l’histoire de Jésus ; la croix est même le premier mot de l’histoire de celui que nous nous appelons Jésus et que nous confessons comme Christ et Seigneur. Et ce alors même que personne ne l’a vu entrain de ressuscité. Ce qui s’est passé, c’est que ses disciples ont fait l’expérience de la présence de Jésus au milieu d’eux alors même qu’ils étaient encore aveuglés par le chagrin immense qu’ils ont ressenti après la mort de Jésus en croix. Les récits sont nombreux, dans les évangiles, qui nous montrent ce fameux matin de Pâques que nous commémorons en chacune de nos eucharisties. Nous avons suivi ce matin Marie-Madeleine qui se rend au tombeau de grand matin. Elle ne peut se résoudre à la mort de cet ami qui lui a rendu sa dignité de femme, pardonnant sa vie compliquée et l’orientation mauvaise qu’elle avait suivi. Quelle ne fut pas sa surprise en approchant du tombeau : la pierre a été enlevée du tombeau. Une lecture attentive me fait dire qu’elle n’est même pas allée plus loin. Pour elle, pierre roulée, tombeau ouvert, cela ne peut signifier qu’une chose : quelqu’un a eu l’audace de voler le corps de Jésus. En toute hâte, elle va annoncer aux disciples la catastrophe. 

            Vous savez ce qui s’est passé… Quand Pierre s’adresse ainsi à Corneille et à sa famille, se souvient-il qu’il savait tout, lui, ce fameux matin de Pâques, mais qu’il n’a pas su mettre les pièces du puzzle ensemble ? Jésus avait annoncé sa mort et sa résurrection par trois fois, pour préparer ses disciples à la folie de la croix. Leur tristesse légitime à la mort de leur Maître aura sans doute effacé l’espérance que Jésus leur avait annoncé : certes, il devait mourir, mais il ressusciterait ! Nous comprenons bien qu’il ne suffit pas de l’annoncer pour que les auditeurs comprennent. Jésus lui-même n’avait pas, de son vivant, réussi à faire comprendre cela aux siens, qui pourtant étaient avec lui chaque jour. Au-delà d’une annonce, la résurrection de Jésus est une expérience à vivre. Regardez les deux disciples, Pierre et Jean, qui courent au tombeau après l’annonce de Marie-Madeleine. Pierre aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire roulé à part à sa place. Mais rien ne se passe encore pour lui. Jean lui, entre dans le tombeau, et, nous dit l’évangile, il vit et il crut. En entrant dans le tombeau, il entre dans ce mystère de la Rédemption. Il voit la même chose que Pierre, mais il va au-delà des signes ; l’Alliance nouvelle et éternelle dont Jésus parlait lors du dernier repas devient pour lui réalité, là, dans ce tombeau vide, soigneusement rangé. Il fallait ce signe du tombeau vide pour déclencher la foi. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Et d’ailleurs comment auraient-ils pu le comprendre sans en faire l’expérience. Jean sera le premier d’une longue liste d’hommes et de femmes convaincus que Jésus, celui qui était mort, est bien vivant, ressuscité, vainqueur de la mort. 

            Vous savez ce qui s’est passé… Cette parole est pour nous aussi. Nous avons tous appris au catéchisme que Jésus est mort et ressuscité. Nous l’affirmons chaque fois que nous proclamons notre foi. Mais sommes-nous, comme Jean, entrés dans la profondeur de ce mystère ? Le croyons-nous par la grâce de la méthode Coué : à force de le dire, on finit par y croire ? Ou le croyons-nous par la grâce d’une expérience, d’une rencontre personnelle avec Celui dont nous disons qu’il est le Christ, le Sauveur ? Oui, nous savons ce qui s’est passé, mais la connaissance des faits ne fait pas encore la foi. La foi naît de cette conscience de la présence réelle de Jésus en notre vie. La foi naît du témoignage, en mot et en geste, de ceux qui ont fait cette expérience avant nous et qui ont engagé leur vie pour que notre monde se transforme radicalement, et devienne, dès ici-bas, un avant-goût de ce monde nouveau que le Christ ressuscité veut construire pour nous, avec nous. Nous manifestons la puissance du Ressuscité quand nous vivons l’Evangile avec tous ceux que Dieu met sur notre route. Nous témoignons du Ressuscité quand nous faisons de nos communautés de vraies fraternités où il fait bon être ensemble. Nous témoignons du Ressuscité lorsque nous savons mettre les autres avant nous. Nous témoignons du Ressuscité quand nous répandons l’amour dont il nous aime largement autour de nous. Nous savons ce qui s’est passé… Maintenant, il nous faut en vivre. Chaque jour. Vraiment. Amen.

samedi 7 octobre 2023

27ème dimanche ordinaire A - 08 octobre 2023

 Mon ami avait une vigne...



 

 (Source internet : Lundi 5 juin 2023 - Missionnaires de la Divine Volonté (disciples-amoureux-missionnaires.com)

 

 

            Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Ainsi Isaïe commence-t-il son chant qui de poème bucolique devient réquisitoire contre son peuple. Sans doute Jésus pense-t-il à ce chant quand il raconte à son tour la parabole d’un maître d’une vigne qui se donne de la peine pour soigner son domaine avant de le donner en fermage. Mais n’allons pas trop vite en besogne. 

            Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Tout commence plutôt bien. Isaïe chante son ami qui se donne de la peine pour sa vigne : Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins. Remarquez que nous ne savons pas qui est cet ami dans cette première strophe. Mais nous constatons la peine qu’il se donne, ainsi que son expertise : il sait reconnaître un plant de qualité. Son espérance d’avoir à terme de beaux raisins est légitime après tout le mal qu’il s’est donné. Hélas, la deuxième strophe nous apprend que la vigne, au lieu de donner de bons raisins, en donna de mauvais. Tout ce travail pour rien. S’en suit le procès, comme si la vigne pouvait être jugée ! Habitants de Jérusalem, soyez juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire plus que je n’ai fait ? Son espérance de bons fruits et de bon vin est détruite. Nous comprenons tous sa colère. Et avec les habitants de Jérusalem, nous pouvons comprendre la sentence de la troisième strophe : la vigne sera détruite, livrée aux animaux. Sa terre restera à l’abandon : j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. Jusque là rien de difficile à comprendre. Sauf que, il reste une strophe. Et cette strophe révèle qui est cet ami qui avait une vigne, et surtout qui est cette vigne. Ceux qui avaient été établis juges contre la vigne se retrouvent accusés. L’ami n’est autre que Dieu, la vigne, le peuple qu’il s’est choisi, pour qui il s’est donné de la peine, et les mauvais fruits, ce sont les péchés du peuple, son idolâtrie. La sentence est sans appel : le peuple sera détruit. 

            La parabole de Jésus commence de la même manière : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir, et bâtit une tour de garde. Mais il introduit deux éléments nouveaux. Le premier : il loua cette vigne à des vignerons et partit en voyage. Rappelons-nous que Jésus raconte cette parabole aux grands prêtres et aux anciens du peuple, c'est-à-dire à ceux qui ont la charge de guider ce peuple. Et que font-ils ? Ils s’approprient la vigne, le peuple de Dieu ; pire, ils massacrent les serviteurs multiples que le maître envoie pour en recueillir les fruits. Finalement, ils tuent même l’héritier. C’est une manière pour Jésus de relire l’histoire de son peuple et d’annoncer sa mort prochaine. Le deuxième élément nouveau, c’est cette autre parabole, celle de la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs et qui est devenue la pierre d’angle. Cette deuxième parabole, liée à la première, nous permet de voir plus loin, de voir au-delà de Pâques. Parce que la pierre rejetée devenue pierre d’angle, c’est Jésus mort et ressuscité. Et cet événement de Pâques, nous le savons, ouvre alors une nouvelle perspective. Avec Pâques, la clôture qui enserrait la vigne tombe et lui ouvre un espace infini pour se répandre et produire plus de fruits. Si la première parabole voulait nous inviter à la conversion sous peine d’être retirés du peuple, la seconde, lue après Pâques, nous dit que désormais tout homme qui croit au Christ peut être agrégé à la vigne, à charge pour tous les disciples, anciens et nouveaux, de lui faire produire ses fruits. 

            Le chant de la vigne du prophète Isaïe, comme la parabole racontée par Jésus, nous rappelle que Dieu se donne de la peine pour prendre soin de nous. Nous sommes la vigne qu’il a plantée et dont il attend de bons fruits. Mais nous sommes aussi les ouvriers à qui cette vigne est confiée. Ne la gardons pas pour nous ; ne la détruisons pas par égoïste. Il attend de nous les bons fruits de la charité. Il attend de nous cette confiance dont parle Paul dans la deuxième lecture ; il attend de nous ce qui est vrai et noble, ce qui est juste et pur, ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges. Le chemin est tracé, la Bonne Nouvelle retentit depuis des siècles maintenant. Qu’en avons-nous fait ? Devant Dieu, avons-nous le cœur en paix ? Les avertissements du prophète comme ceux de Jésus, sont toujours d’actualité. Entendons-les et convertissons-nous, ou nous n’aurons pas notre part lorsque viendra le temps joyeux de la récolte. Appuyons-nous sur le Christ, pierre rejetée devenue pierre d’angle, pour progresser dans la connaissance de Dieu et de sa volonté. Appuyons-nous sur lui pour vivre en dignes héritiers de la grâce. Amen.

dimanche 17 avril 2022

Saint Jour de Pâques - 17 avril 2022

 Faire route avec les disciples pour croire à l'impossible.




            Les mauvaises langues affirment que la nouvelle de la résurrection de Jésus a d’abord été confiée aux femmes, parce qu’ainsi Dieu aurait la certitude que la nouvelle se répandrait très vite. Les mauvaises langues ont tort de le croire ; il suffit de constater l’entêtement des disciples mâles à systématiquement vérifier les dires des femmes pour s’en convaincre.

            Que ce soit dans l’évangile entendu cette nuit, dans lequel Luc nous disait que les Apôtres jugeaient délirants ces propos, ou dans l’évangile de ce matin où deux disciples, et pas des moindres, vont vérifier ce qui leur a été annoncé (On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé), force est de constater que les hommes ont du mal à croire ce que disent les femmes. Je préviens d’emblée : je n’ai aucune explication à ce phénomène ; je constate, c’est tout. Je reconnais que, la résurrection de Jésus étant une première mondiale, la probabilité pour quiconque en parlerait d’être cru immédiatement et sans délai, est plutôt mince. D’ailleurs Marie Madeleine ne parle pas vraiment de la résurrection ; elle dit juste ce qu’elle a vu ou cru voir : un tombeau vide, et elle rajoute à cela son désarroi de ne pas pouvoir se recueillir devant le corps de Jésus. Personne n’a jamais fait ce qu’a fait Jésus ; personne n’a jamais vaincu la mort avant lui. Marie Madeleine ne peut pas vraiment comprendre, et les disciples peuvent ne pas être simplement crédules. Puisque les choses sont ce qu’elles sont, faisons donc route avec ces deux disciples et essayons de croire à l’impossible.

         Je ne m’attarderai pas sur le fait que le plus jeune court plus vite que le plus vieux. Ce qui m’intéresse, c’est la réaction de chacun devant le même tableau. Le plus jeune, arrivé le premier, n’entre pas, mais en se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat. C’est une constatation ; pour l’instant, il n’en tire aucune conclusion. Arrive le second, Pierre, qui lui entre dans le tombeau. Il ne reste pas sur le seuil du mystère ; il y entre et aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. Ce qui est surprenant, c’est que cet ordre, dans le désordre que constitue l’absence de cadavre, ne le gêne pas. Il ne sait pas quoi en faire, mais cela ne le perturbe pas plus que cela. Vous croyez vraiment que des voleurs de cadavres auraient pris le temps de tout bien ranger ? Il n’y a aucun indice d’un quelconque acte violent ou malveillant. C’est comme si la chambre n’avait jamais servi ! C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi lui voit et croit ce que Pierre voit aussi, mais qu’il ne croit pas ?

Je serai tenté de dire que Pierre est allé trop vite, comme à son habitude. A regarder Pierre de près dans les évangiles, il est toujours celui qui agit trop vite (souvenez-vous de l’oreille de ce pauvre Malcus) ou qui parle trop vite, sans réfléchir (souvenez-vous de l’indignation de Pierre quand Jésus annonce sa mort pour la première fois, ou sa réaction quand Jésus a lavé les pieds de ses disciples). Pierre est entré tout de suite dans le mystère du tombeau vide et il n’a vu que ce que tout un chacun aurait vu en pareille circonstance. L’autre disciple, s’était d’abord penché, sans entrer. Et il a vu ce que Pierre a vu. Mais quand il est enfin entré dans le mystère du tombeau vide, il n’était plus pris par ce qui était donné à voir ; il a pu entrer dans la profondeur de ce mystère ; il a pu comprendre, relier entre eux les signes vus (les linges bien rangés) et les paroles jadis entendues (les annonces de sa mort par Jésus lui-même, trois fois de son vivant) et le contenu des Ecritures (il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts). Pierre est rapide à entrer dans le mystère, mais ce faisant, sa vitesse le handicape ; il ne peut pas dépasser les constatations faites. L’autre disciple, bien que courant plus vite, nous donne une leçon sur les bienfaits de la lenteur : d’abord il se penche, puis il voit les linges, et enfin il entre dans le mystère et il croit.

La foi en la résurrection est un travail de maturation. Il ne faut pas aller trop vite. Pierre entre dans le mystère tout de go, il voit des signes (les linges pliés) qui deviennent sa préoccupation principale, ce qui le rend incapable de les comprendre. L’autre voit les signes (les mêmes linges) en se penchant, puis dans un second temps, il entre dans le mystère. Il peut croire, parce qu’il n’est plus préoccupé par ce qu’il voit de ses yeux de chair. Il peut voir maintenant avec les yeux de l’intelligence, avec les yeux de la foi. L’impossible devient possible. Le corps n’est plus là, non parce qu’il aurait été déplacé voire volé ; le corps n’est plus là parce que celui qui était mort est vivant, aussi incroyable que cela paraisse. Ce qui était annoncé dans les Ecritures est vérité. Ce que Jésus avait annoncé de son vivant est réalité. La mort a été vaincue. Jésus est bien vivant. Et ce qui compte, ce n’est pas comment cela s’est fait ; ce qui compte, c’est que cela est. Point. Avec Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, entrons dans le mystère et croyons désormais que le Christ est ressuscité, alléluia ! Qu’il est vraiment ressuscité, alléluia ! Le reste n’est que littérature. Amen.

samedi 11 septembre 2021

24ème dimanche ordinaire B - 12 septembre 2021

 Quand le Christ que nous attendons ne correspond pas au Christ que Jésus veut être !



(Museo San Francesco, Montefalco, Italie)


            Nous attendions ce moment depuis le début de l’été. Et si nous ne l’attendions pas, nous savions à tout le moins qu’il allait arriver. Eh bien, le voici, ce moment où il nous faut nous décider, ce moment où il nous faut nous prononcer : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Nous ne pouvons pas contourner la difficulté ; nous ne pouvons pas différer la réponse. C’est Jésus lui-même qui nous interroge et qui attend une parole. Nous l’avons suivi jusque-là, dans l’évangile de Marc. Si nous voulons continuer à le suivre, il nous faut confronter notre attente à la réalité que Jésus est venue vivre. Et que se passe-t-il lorsque le Christ que nous avons imaginé ne correspond pas au Christ que Jésus veut être ? C’est tout l’enjeu de l’Evangile de ce dimanche. 

            La figure d’un Messie (d’un Christ) n’est pas nouvelle. Ce n’est pas Jésus qui l’a inventée. Elle existe depuis longtemps dans les textes de la Première Alliance. Elle a au moins deux représentations différentes. Il y a la figure d’un Messie royal, descendant de David ; et vous avez la figure du Messie prophétique. Cette dernière figure semble plus présente dans l’esprit des gens à l’époque de Jésus. Pour preuve, les réponses données par les Apôtres à la première question de Jésus : Au dire des gens, qui suis-je ? Les réponses données sont bien des figures prophétiques : Jean le Baptiste, Elie (celui qui avait été enlevé au ciel sur un char de feu laissant entendre qu’il reviendrait) ou un des prophètes. Et on peut comprendre cette insistance sur la figure prophétique. Le prophète n’est-il pas celui qui parle devant le peuple au nom de Dieu, celui qui transmet fidèlement sa Parole ? N’est-il pas aussi celui qui pose des gestes prophétiques, qui disent quelque chose de l’Alliance de Dieu avec les hommes ? A relire tout ce que nous avons vu et entendu de Jésus jusqu’à ce moment de l’évangile, cela correspond bien à la figure du prophète, et plus encore à la figure du Messie attendu. Nous avons vu Jésus faire entendre les sourds, faire marcher des boiteux et des paralysés, faire voir des aveugles et parler des muets. Nous l’avons entendu interpréter la Loi de Dieu, parler en paraboles. Et nous l’avons même vu redonner vie à la fille de Jaïre, morte trop tôt. Ce n’est pas étonnant que la foule se soit fait une image de Jésus, de qui il était, de qui il devait être. Pour la foule, c’est clair, Jésus est un prophète, voire le grand prophète. 

            Ayant reçu l’opinion du commun, Jésus interroge encore ses disciples : Et vous, que dites- vous ? Pour vous, qui suis-je ? Autrement dit, est-ce que le fait de fréquenter Jésus dans une proximité plus grande change quelque chose sur l’opinion qu’ils ont de lui ? Est-ce que quelqu’un qui vit avec Jésus H24 connaît pareil ou connaît mieux Jésus que la foule qui le suit ? Redoutable question dont la réponse dira quelque chose de leur relation vraie au Maître qui les a appelés à le suivre. Peuvent-ils voir plus loin que la foule, juste parce qu’ils passent plus de temps avec lui ? Je reformule la question pour nous : croyants pratiquants réguliers, savons-nous dire plus sur Jésus que ceux qui se disent juste croyants par habitude ou tradition familiale et qui ne viennent qu’occasionnellement au milieu de nous ? Si nous faisons abstraction de notre catéchisme et abstraction du fait que nous connaissons toute l’histoire de Jésus, si nous avions été du groupe des Douze, qu’aurions-nous répondu à ce moment précis de l’histoire ? Pierre, sans que nous sachions trop comment la réponse lui est venue, affirme avec une certitude étonnante : Tu es le Christ. Pas seulement un prophète, mais quelqu’un dans la lignée du Messie attendu, et pour être clair, le Messie attendu, le Christ, celui qui a été oint par Dieu lui-même. On ne saurait être plus précis ! 

            Alors qu’il avait tout bon jusqu’ici, Pierre va se rendre compte qu’il n’a pas encore tout compris. La figure du Christ qu’il a en tête ne correspond pas à la figure du Christ que Jésus veut être. Sans doute n’a-t-il pas bien lu le prophète Isaïe, ou l’a-t-il mal compris ! Car le style de Christ que Jésus veut être est plus proche du serviteur de Dieu décrit par Isaïe dans ses prophéties que du Christ ou Messie royal, qui a l’exemple de David, le roi par excellence, va bouter les ennemis d’Israël hors du pays. Il faut entendre Jésus dire à Pierre : Passe derrière moi, Satan ! Jésus renvoie clairement aux tentations qu’il avait vaincues au début de son ministère lorsque Satan lui-même lui faisait miroiter le pouvoir qu’il pourrait lui donner. Ce n’est pas la voie choisie par Jésus ; ce n’est pas le projet de Dieu que Jésus est venu accomplir. Le projet de salut de Dieu pour l’humanité ne peut passer que par une voie : le sacrifice du Christ sur la croix. Ce n’est qu’en combattant la Mort que Jésus pourra faire tomber la Mort. Ce n’est qu’en combattant le Mal que Jésus pourra défaire le Mal. Sur la croix, il va mourir, certes ; mais sur la croix, il fera aussi mourir la Mort et le Mal et ainsi seulement pourrons-nous être libérés du Péché. Ainsi seulement Satan pourra-t-il être défait. Il nous faut entendre Jésus enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué et que, trois jours après, il ressuscite. Sans mort, pas de résurrection. Sans mort, pas de victoire de la Vie. Sans Passion, pas de Pâques. 

            Il nous faut enfin aussi entendre Jésus nous dire que ce chemin sera également et nécessairement le nôtre. Nous ne sommes pas au-dessus de notre Maître. Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Il n’y a pas d’autre voie possible que celle de la configuration totale et parfaite au Christ que Jésus veut être. Il nous faut abandonner nos rêves de gloire d’un Messie à la manière du roi David. Il nous faut abandonner nos rêves de grandeur, y compris pour l’Eglise. La communauté des croyants que Jésus réunit autour de lui est la communauté de celles et de ceux qui iront jusqu’à la croix, jusqu’à l’abandon total, jusqu’au sacrifice de leur vie pour la vie des autres. La charité ne s’exerce pas à coup de sabre à la manière d’un roi conquérant ; la charité s’exerce dans l’humble abandon à la volonté de Dieu et dans l’humble service des frères, particulièrement des plus petits. La charité s’exerce dans un combat constant contre toute forme de Mal autour de nous et d’abord en nous. 

            Se prononcer en faveur de quelqu’un, c’est toujours renoncer à un autre. En choisissant Jésus, nous avons renoncé au Mal. C’est tout le sens de la profession de foi qui est faite au baptême et que nous renouvelons solennellement chaque année en la nuit de Pâques. En choisissant Jésus, nous devons aussi renoncer à l’image que nous pouvons nous faire de lui pour le découvrir tel qu’il se révèle en vérité, tel qu’il veut être, et le suivre malgré tout. La croix n’est pas d’abord un bijou de valeur ; la croix est le signe de notre foi, le signe que Jésus a donné sa vie pour nous, par amour des pécheurs que nous sommes. Là est la vraie valeur de la croix ; là est le signe de notre salut. Avec Pierre, reconnaissons que Jésus est le Christ, mais reconnaissons-le à la manière que Jésus lui-même veut être, un Messie livré et crucifié, et suivons-le, toujours. Amen.

samedi 12 juin 2021

11ème dimanche ordinaire B - 13 juin 2021

 Notre ambition, c'est de plaire au Seigneur.




        Il arrive qu’on m’interroge sur le choix du sujet de mon homélie. Qu’est-ce qui me guide ? Pourquoi telle approche plutôt qu’une autre ? Je ne saurais répondre. Quelquefois c’est un texte, quelquefois un mot, quelquefois une situation qui me guide, voire me saisit. Pour aujourd’hui, j’ai eu beau relire les textes de ce dimanche et quelques anciennes homélies, c’est toujours le même verset qui revenait au-devant. Il est tiré de la seconde lecture et résume bien Paul qui l’a écrit : notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. 

            Vous pouvez examiner l’œuvre de Paul avant sa vocation ou après son appel par le Christ, c’est cette unique ambition qui l’anime. Qu’il persécute les chrétiens ou qu’il prêche le Christ, il ne le fait pas pour lui-même, ni pour plaire aux hommes, mais pour plaire au Dieu qu’il sert. Il nous faut nous rendre à cette évidence : même quand il pourchassait ceux dont il ne savait pas encore qu’ils allaient devenir ses frères, ce n’était pas par haine, mais par souci de préserver la foi, par souci de défendre le Dieu de ses pères. Il est et sera toujours animé d’un zèle authentique pour Dieu. Il peut humblement écrire : mon ambition, c’est de plaire au Seigneur, parce qu’il n’y a rien de plus vrai. C’est pour cela qu’il se laisse guider en toute chose par l’Esprit Saint. Nous avons pu le vérifier durant le temps pascal quand était proposé à notre méditation le livre des Actes des Apôtres. Plusieurs fois, il a accepté que l’Esprit Saint lui barre le chemin, l’empêche de se rendre en tel lieu pour aller là où Dieu lui-même l’attendait. 

            Plaire au Seigneur. Qui s’en soucie encore aujourd’hui ? Beaucoup, j’ose l’espérer quand même. Mais voulons plaire au Seigneur d’abord, par-dessus tout ? Ou cherchons-nous d’abord à plaire aux hommes en espérant que cela plaira aussi à Dieu ? Plaire aux hommes, nous savons que cela a un côté partisan, un peu intéressé. Je cherche à plaire à ceux qui peuvent quelque chose pour moi. Nous le voyons bien en ce moment alors que s’approchent deux scrutins. Des hommes et des femmes cherchent à nous plaire pour obtenir notre suffrage et le pouvoir qui va avec. Ce n’est pas condamnable ; c’est une bonne chose en démocratie. A condition que ce soit le bien commun qui les guide et non un quelconque esprit de revanche ou une soif de pouvoir. Et même si nous vivons dans un pays laïc, j’aimerais croire que certains d’entre eux se présentent à nous, non pour nous plaire, mais pour plaire au Seigneur. Ceux-là auraient vraiment le bien commun chevillé au corps ; ceux-là ne risquent pas d’oublier qu’ils sont choisis pour servir les hommes. 

            Plaire au Seigneur devrait être l’ambition de chacun de nous, rassemblés ce matin. Ce devrait être l’ambition de chaque croyant pour que resplendisse la communauté à laquelle il appartient. Dans de trop nombreuses communautés croyantes, il y en a encore qui se déchirent dans des luttes pour un pouvoir d’un autre âge ; trop de gens veulent encore être applaudis, mille fois remerciés pour avoir mis leur talent au service de tous. Il y avait, dans notre diocèse, un prêtre qui faisait régulièrement applaudir tout le monde : « elle a bien lu ; applaudissons-la ! Ils ont bien chanté ; applaudissons-les ! Le fleurissement est splendide : applaudissons ! » Pour les gens, cela avait un côté amusant et bon enfant au début, mais dimanche après dimanche, quel intérêt ? Dieu saura récompenser ce que nous aurons fait de bien pour le service de tous bien mieux que ne le feraient nos applaudissements. A moins que nous ne recherchions que la gloire qui vient des hommes ! Mais celle-là est passagère, alors que la gloire qui vient de Dieu est éternelle. 

            Notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Ce qui me semblait, à la première lecture, une ambition démesurée, m’apparaît alors comme la manifestation d’une grande humilité. Celui qui est habité par cette ambition, à l’exemple de Paul, se laisse totalement guider par l’Esprit Saint et n’attend rien des hommes. Son seul désir est de servir Dieu à travers ses frères. Sa récompense viendra lorsqu’il apparaîtra à découvert devant le tribunal du Christ. C'est-à-dire quand il ne pourra plus rien changer à ce qu’était sa vie, lorsque tout sera remis au Christ et que nous ne pourrons plus que mendier sa miséricorde. C’est en cherchant à plaire au Seigneur en toute chose que nous ferons grandir le règne de Dieu mystérieusement semé dans notre monde. Ce que nous faisons pour plaire au Seigneur peut ressembler à une graine de moutarde, la plus petite de toutes les semences ; une fois semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères. 

            Tel est le pouvoir de cette ambition saine de vouloir plaire au Seigneur. Elle nous fait faire des choses toutes simples souvent, de rares fois des choses exceptionnelles, mais qui sont, comme la graine semée, invisible aux yeux des hommes. Mais toutes font grandir le règne de Dieu ; toutes permettent aux hommes et aux femmes de notre temps de pouvoir être saisis à leur tour par cette Parole de Dieu qui transforme les cœurs et change le monde en mieux. Que notre unique ambition soit toujours de ne plaire qu’au Seigneur pour le bien de tous. Amen.

samedi 2 janvier 2021

Epiphanie - 03 janvier 2021

 D'étonnement en étonnement ! 


(Arcabas, L'adoration des mages, source internet)


Bouleversé, étonné : telle est donc l’attitude d’Hérode en ce jour. Mais qu’est-ce qui bouleverse Hérode ? Est-ce le fait que des mages venus d’Orient se présentent devant lui ? Est-ce le fait qu’ils interrogent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Est-ce le fait que des étrangers en sachent plus que lui sur ce qui se passe dans son pays ? La suite du texte apporte la réponse puisqu’il réunit ses savants pour leur demander où devait naître le Christ. Et là permettez-moi de m’étonner à mon tour alors : comment fait-il le lien entre « le roi des Juifs » et le « Christ » ? Comment Hérode sait-il déjà que cet Enfant que recherchent les mages est plus qu’un fils de roi humain ? Cette fête de l’Epiphanie nous fait aller d’étonnement en étonnement.  

Dans votre recherche de la juste réponse, faites toutefois attention au piège grossier soudainement tendu ! Ne répondez surtout pas que c’est là le résultat de la prédication de Jean le Baptiste, car celui-ci n’a que six mois au moment de la naissance de Jésus ! Il ne vit donc pas encore dans le désert, ne porte pas encore un vêtement de poils de chameau, ne mange pas encore de sauterelles et surtout ne parle pas encore ! Sa naissance est peut-être miraculeuse, mais son enfance, tout comme celle de Jésus, ne sera rien d’autre que très ordinaire. De l’étonnement d’Hérode naît notre propre étonnement sur son interprétation d’un événement somme toute banal : des gens demandent à voir le roi des Juifs qui vient de naître. Hérode a peut-être eu des bâtards, mais là, dans l’immédiat, il est surpris : il ne s’en connaissait pas un nouveau. Pour une fois, ce n’est pas sa faute. Et pour une fois, il comprend plutôt vite les conséquences de ce que ces hommes lui annoncent. 

Un autre étonnement est le sort que Hérode réserve secrètement à cet Enfant : il ne sait encore rien de lui, à part le fait qu’il est né, et déjà il veut le supprimer. A-t-il donc tant à craindre de celui qu’il reconnaît, sans le connaître encore, comme le Christ ? Et si Hérode a raison de penser que cet Enfant est le Christ, a-t-il bien raison de vouloir s’opposer à Dieu ? Parce que tout le monde sait, en Judée, Samarie et Galilée que le Christ, c’est Dieu qui le suscite. Plutôt que de chercher à le supprimer, ne devrait-il pas rechercher sa faveur pour, avec lui, le moment venu, chasser les Romains de son pays ?

Un autre sujet d’étonnement est justement la venue de ces mages : ils ne sont pas du coin, ils ne sont pas Juifs, mais ils sont venus, de pays lointains, pour se prosterner devant le roi des Juifs qui vient de naître. Ils savaient, bien avant sa naissance qu’il viendrait au monde et se sont mis en route. Pas en avion, ni en TGV, mais en caravane, avec leurs chameaux ou dromadaires. C’est un peu plus lent ! Ils ont eu l’esprit suffisamment ouverts pour risquer un long voyage, dangereux pour aller à la rencontre d’un inconnu alors que dans son propre pays cet inconnu n’était ni attendu, ni reconnu. Et c’est là qu’on croise la trace de Dieu : puisque cet Enfant est le sien, il a semé des traces de son passage dans la vie des hommes et des femmes de ce temps. Ces mages ont su lire ces signes, comme ils sauront lire encore l’opposition d’Hérode à cet Enfant et le danger qu’ils lui feraient courir s’ils repassaient par le palais de ce dernier. Dieu n’est pas entré dans le monde des hommes par hasard ; il ne l’a pas fait subitement. La naissance de Jésus n’est pas une divine apparition, mais une inscription dans le temps des hommes. Ces mages l’ont reconnu ; ces mages en ont été bouleversés au point de se mettre en route. Rien n’était plus important que d’aller à la rencontre de Celui qui entrait ainsi dans le monde.

A nous qui vivons à deux millénaires de ces événements, il revient de tirer les leçons de ces étonnements. S’ils ont interrogé la foi des gens de l’époque, ils interrogent encore la nôtre et doivent nous mettre en route. Dans cet Enfant de la crèche, il nous faut bien reconnaître Dieu qui est entré dans le monde des humains, Dieu qui a envoyé son Christ, Celui dont toute l’Ecriture témoigne qu’il sera le Sauveur. Par cet Enfant, né dans une étable, il nous faut accueillir la Gloire de Dieu révélée aux hommes, et reconnaître son actualité : ce que Dieu a fait à un moment particulier de l’Histoire des hommes, il le fait encore ; il vient, toujours et encore dans notre monde ; il envoie toujours et encore son Christ pour notre salut. Puisque les mages sont premiers représentants de l’Eglise issue des nations (donc les nôtres), nous sommes engagés, à leur suite, à nous mettre en route et à témoigner de ce que nous avons vu. Nous ne pouvons pas juste « consommer la religion » ; notre foi est à vivre, à proclamer et à célébrer. Elle engage tout notre être ; elle engage toutes nos relations. De l’étonnement d’Hérode et avec ses savants, nous pouvons apprendre à toujours approfondir notre foi et à interroger ce que nous croyons savoir de lui : Dieu nous attend toujours là où ne l’espérions plus.

Les mages, devant l’Enfant, ont offert de l’encens, de l’or et de la myrrhe, adorant ainsi leur Dieu, acclamant leur Roi et reconnaissant leur Rédempteur. Avec les mages, reconnaissons en cet Enfant celui qui est au cœur de notre foi, de notre espérance et de notre vie. Avec eux, laissons-nous dérouter par ce Dieu qui entre dans notre monde au point de se faire l’un de nous. Dans ces mages, reconnaissons celles et ceux, différents de nous mais qui pourtant nous révèlent Dieu ; ils sont les signes annonciateurs du Salut que Dieu offre à tous les hommes. Amen.


samedi 18 mai 2019

05ème dimanche de Pâques C - 19 mai 2019

Finissons de rêver, commençons par aimer !



         Est-il possible que nos rêves deviennent un jour réalité ? Lorsque nous annonçons un monde plus beau, plus juste, plus fraternel, est-ce seulement de l’utopie ? Sont-ce là des paroles bienfaisantes pour mieux supporter un monde qui semble de plus en plus difficile et dur ? Un monde selon le cœur de Dieu, est-ce vraiment possible ? En écoutant les visions que Saint Jean nous livre tout au long de ce temps de Pâques à travers le livre de l’Apocalypse, ce sont ces questions qui me viennent à l’esprit et que je voudrais méditer avec vous aujourd’hui.


Relisons ensemble l’extrait du livre de l’Apocalypse qui constituait notre deuxième lecture. J’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés, et, de mer, il n’y en avait plus. C’est le rêve que je fais souvent en lisant le journal ou en entendant à la radio la liste trop longue des massacres, des morts, des catastrophes en tous genres. Un nouveau monde enfin débarrassé du Mal, des hommes nouveaux définitivement débarrassés de la capacité à faire le mal, parce que la source du mal aurait disparu. A travers le temps et l’histoire, les hommes ont sans cesse cherché ce nouveau monde. N’est-ce d’ailleurs pas le nom qui a été donné jadis à l’Amérique par ceux qui fuyaient l’Europe et les persécutions religieuses après la Réforme ? Lorsque Jean voit le monde à venir, c’est bien ainsi qu’il le voit d’abord : refait à neuf, comme au premier jour de la Création, tel que Dieu l’a voulu, sans aucune trace de mal. De mer, il n’y en a plus, nous dit Jean, annonçant par-là l’éradication du mal. La mer, rappelons-le, était pour les anciens, le lieu où résidaient les forces indomptables, non maîtrisables du mal. 


Jean a bien conscience qu’un tel monde ne peut pas être l’œuvre des seuls hommes. Ce monde est offert, il vient d’auprès de Dieu. Voilà bien une conviction forte que je partage avec lui : le renouvellement de notre monde ne se fera pas sans Dieu ; il ne se fera pas non plus sans des hommes selon le cœur de Dieu. Jean l’affirme très clairement : il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il reprend ce qu’annonçait jadis le prophète Jérémie. Lorsque Dieu reviendra, il redonnera sa loi aux hommes, mais il ne l’écrira plus sur des tables de pierre ; elle sera gravée au fond du cœur de chaque homme. Pour Jérémie, c’est ainsi que le mal disparaîtra parce que les hommes connaîtront Dieu et son projet d’amour, intimement. Pour Jean, Dieu consolera l’humanité : Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur. Ce n’est qu’en acceptant Dieu dans leur vie, que les hommes se débarrasseront définitivement du Mal. N’oublions pas que pour l’Apôtre, Dieu est amour. Là où est Dieu, il ne peut donc plus y avoir de mal. Ce renouvellement, nous le voyons à l’œuvre dans les premières communautés chrétiennes à travers le récit que nous en proposent les Actes des Apôtres. L’annonce de la Bonne Nouvelle, l’amour de Dieu prêché à toutes les nations, entraînent la conversion du cœur de ceux qui reçoivent la parole des Apôtres. Des Eglises naissent ; l’Evangile se répand dans le monde païen. Le rêve devient peu à peu réalité : un monde plus fraternel prend vie ! 


Le secret de ce renouvellement, c’est d’abord la mort et la résurrection du Christ. Sans l’événement de la Pâque, sans la victoire du Christ sur la mort, le mal et le péché, rien n’aurait été possible. Mais ce n’est pas la seule force de conversion. En fait, l’évangile nous livre le grand secret, celui qui a permis à Jésus lui-même de vaincre tout ce qui s’oppose à Dieu. Ce secret, c’est l’amour ! L’amour de Dieu pour chaque homme qui a permis ce geste de salut ! L’amour des hommes pour Dieu aussi. Mais le secret profond, c’est l’amour des hommes pour leur semblable. Ce secret, c’est le Christ lui-même qui l’a confié à ses amis au soir de sa mort. Donné à ce moment précis, le commandement de l’amour prend toute sa force car il est la parole ultime d’un homme qui sait qu’il va mourir, et qui ne laisse à ses proches que ce qui est vraiment important. L’amour qu’il nous demande de vivre n’est pas un simple amour humain. Il nous demande d’aimer comme lui aime, comme lui va aimer lorsqu’il sera en croix ! Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Et voilà qu’au commandement de l’amour est joint le mode d’emploi : tu aimes vraiment lorsque ton amour s’appuie sur l’amour de Dieu. Tu aimes vraiment, lorsque ton amour imite l’amour de Dieu. L’amour de Dieu est patience, bonté, pardon, ouverture aux autres, acceptation de l’autre tel qu’il est. L’amour de Dieu est don total.


Il faut sans doute toute une vie humaine pour bien comprendre ce que le Christ nous demande dans ce commandement de l’amour. Il faut sans doute toute une vie humaine pour aimer comme le Christ aime. Mais cela ne signifie pas que c’est chose impossible. Dieu ne nous demande jamais rien qui ne soit possible. La preuve, des saints ont vécu un tel amour ; et ils sont nombreux. Ils ont réussi parce qu’ils ont véritablement accueilli dans leur vie la puissance de vie et d’amour du Ressuscité. Que cette Eucharistie ouvre nos cœurs au Ressuscité et nous donne de vivre son Amour pour tous les hommes. Ainsi le monde saura que nous sommes véritablement ses disciples. Ainsi nous pourrons commencer la construction de ce monde plus juste que nous attendons et espérons. Finissons de rêver, commençons (enfin) par aimer comme le Christ nous a aimés ! Amen.


(Tableau de Sieger KÖDER, La nouvelle Jérusalem)

samedi 11 mai 2019

4ème dimanche de Pâques C - 12 mai 2019

Une foi sans risque ?







Le grand rêve de beaucoup de croyants aujourd’hui est de retrouver l’Eglise des premiers temps, parce qu’elle aurait été plus proche du Christ, plus proche de ses aspirations, plus vraie et plus fraternelle. Comme si, avec le temps, l’Eglise avait été contaminée, détériorée par les hommes et les femmes qui la composent. Mais n’est-ce pas oublier un peu vite que rien n’a été simple au commencement ? Croire n’a jamais été et ne sera jamais simple. Les textes de la liturgie de ce jour nous rappellent tous que la foi suppose une certaine dose de courage et des risques à prendre. 


Partons de l’exemple de Jean, l’auteur du Livre de l’Apocalypse. Les visions de l’Eglise, qu’il nous livre tout au long de ce temps de Pâques, sont le fruit d’une longue réflexion, d’une grande proximité avec ce Dieu pour qui il a tout risqué, y compris sa vie. Il est déporté sur l’île de Pathmos à cause de sa foi. Les premiers chrétiens connaissent donc déjà la persécution ; certains ont déjà donné leur vie à cause de Jésus Christ. Risquer sa vie, au sens propre du terme, voilà une situation qui ne rend pas la foi facile ou confortable, vous en conviendrez. Alors est-ce bien ce passé que nous voulons retrouver ?  


Si nous observons la vie des premiers croyants, nous nous rendons vite compte qu’ils ont risqué eux aussi leur vie pour l’annonce de la Bonne Nouvelle. La lecture des Actes des Apôtres peut donner l’impression que tout est simple. Paul et Barnabé parlent aux gens et ils se convertissent. Certes, leurs paroles avaient la force et l’assurance que donne l’Esprit du Ressuscité. Mais quand même ! Une lecture plus attentive nous fait alors remarquer que, dès que des gens se convertissent au Christ, d’autres se fâchent et chassent les Apôtres. C’est vrai pour Paul et Barnabé ; c’est vrai aussi pour d’autres en ces temps de commencement. Souvenez-vous de Saint Etienne, l’un des premiers diacres, qui sera lapidé pour avoir annoncé le Règne de Dieu. Lisez attentivement la vie de Paul, et vous verrez par quelles épreuves il est passé, à cause de sa foi et de son ministère apostolique. Et pourtant, rien n’a réussi à l’arrêter : ni les expulsions, ni la prison, ni le fouet, ni même la perspective de devoir mourir. Sa foi en Christ, et la certitude qu’il fallait partager cette foi au plus grand nombre, ont eu raison de ses peurs : jamais il ne se taira. Il ira jusqu’à dire : « Malheur à moi si je n’annonce pas la Bonne Nouvelle ! » D’où lui vient ce courage ? 


Il nous faut nous plonger dans l’évangile de ce dimanche pour y découvrir un secret qui fait prendre tous ces risques aux Apôtres. Ce secret, c’est qu’ils ont conscience d’être dans la main du Christ, le seul et vrai Pasteur de son peuple. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Que peuvent-ils craindre, puisque le Christ, qui s’est montré plus fort que le mal, plus fort que la souffrance, plus fort que la mort même, les garde dans sa main ? Au moment de la mort de Jésus, on aurait pu croire que tout était fini, qu’il ne resterait rien de l’espérance des hommes. Mais Dieu l’a ressuscité, montrant par là son amour pour tous les hommes et sa volonté de les voir vivre libres et heureux. Désormais plus rien n’arrêtera la Parole de Dieu. Plus personne ne fera taire Dieu. Ceux qui reconnaissent en Jésus la voix même de Dieu, ceux-là seront sauvés, ceux-là auront la vie éternelle. Le Livre de l’Apocalypse nous montrait justement cette foule immense de témoins, de croyants, réunis autour du Pasteur unique, après avoir passé la grande épreuve. Ils ont tenu bons dans les persécutions, ils ont risqué et donné leur vie pour le Christ, ils ont franchi avec lui la mort, pour ressusciter avec lui. 


Aujourd’hui, en France, les persécutions mortelles ont cessé, et c’est heureux ! Peut-être est en train de naître une forme de persécution plus subtile que l’on appelle la moquerie (A quoi ça sert d’être chrétien ? Pourquoi tu cours encore à l’église ? Tu crois vraiment encore à ses histoires de bonnes femmes ?), et une autre plus subtile encore qui consiste à s’attaquer aux bâtiments églises. Il n’y a plus une semaine qui passe en France sans qu’une église au moins ait été vandalisée. Tout ceci nous rappelle que nous ne sommes pas dispensés de risquer quelque chose pour notre Dieu et son Eglise. Si nous ne risquons plus notre vie à affirmer notre foi, nous risquons quelquefois notre réputation. Quand je rencontre des jeunes croyants dans nos établissements scolaires, il leur arrive de dire qu’il ne leur est pas toujours simple de se dire croyant.  Et pour combien d’adultes, l’engagement à participer à la vie de la communauté croyante est compliqué, et pas seulement parce que leur vie familiale ou professionnelle l’est. Et je ne vous parle même pas de la vie des prêtres aujourd’hui. Il nous faut oser risquer. Risquer notre vie à la suite du Christ qui nous emmène et nous appelle là où nous n’irions pas forcément tout seul. Risquer de nous laisser entraîner par le Christ, l’unique et vrai Pasteur : il veut notre bonheur, il nous en propose un chemin. Il faudra aussi, pour que l’Eglise vive encore demain, que des jeunes risquent de répondre d’une manière particulière aux appels de Dieu en s’engageant dans la vie sacerdotale ou religieuse. En ce dimanche des vocations, comment ne pas relayer l’appel de Dieu et de son Eglise pour qu’ils s’engagent comme prêtres, religieux, religieuses, moines ou moniales ? Pouvons-nous ne plus poser la question, y compris dans nos familles ? L’Eglise est toujours à construire ; la Bonne Nouvelle est toujours à annoncer. 


Dans un instant, nous allons proclamer notre foi, en communauté. Nous dirons notre confiance en Dieu qui nous appelle et nous guide, et notre confiance en cette Eglise à nous tous confiée.  Nous redirons que cette Eglise, rassemblée par le Christ, est chemin de salut, route de bonheur à la rencontre de notre Dieu. Nous redirons que nous sommes fiers d’être de cette Eglise-là, malgré son péché, malgré ses limites, malgré le péché et les limites de tous ceux qui la composent. Osons croire encore qu’une Eglise plus belle, un monde plus humain, c’est possible, si chacun de nous s’y risque. Pour la gloire de Dieu et le salut des hommes. AMEN.




mercredi 17 avril 2019

Jeudi Saint - 18 avril 2019

Cessons d'être des chrétiens médiocres !





            Ce jeudi saint sera sans doute le plus triste de mes vingt-sept ans de sacerdoce. Triste parce que marqué par la crise que traverse l’Eglise, crise liée aux comportements déviants de certains prêtres. Même s’ils sont peu nombreux au regard du nombre de prêtres à travers le monde, ils sont toujours de trop et entachent sérieusement et durablement la réputation de tous les prêtres. Triste aussi parce que, pour une fois, je ne ferai pas de lavement de pieds. Il paraît que ce n’est pas possible ici, les adultes étant peu enclins à se laisser faire ; quant à le faire avec des enfants, la crise, mentionnée plus haut, aura eu vite fait d’éveiller méfiance et soupçon chez certains. J’ai donc renoncé à poser le geste, mais pas à en parler.


            Je crains que ce geste, beau et fort, n’ait jamais vraiment été compris. Déjà Jésus avait dû vaincre les réticences de Pierre, réagissant violemment lorsque Jésus se présente devant lui, à genoux, tablier à la ceinture, bassin et linge à la main. Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! S’il avait bien compris le geste, il n’a pas compris pourquoi Jésus le posait à ce moment-là de son existence. Nous sommes à quelques heures de son arrestation, de son jugement et de sa mort. Et c’est bien là qu’il prend tout son sens. L’évangéliste Jean, lorsqu’il nous parle du dernier repas de Jésus, ne le fait pas comme les autres. Il n’y a pas chez lui d’institution de l’Eucharistie ; il n’y a pas chez lui les gestes et les paroles au sujet du pain et du vin, devenant son Corps et son Sang livrés pour que nous ayons la vie. Il y a, chez Jean, ce geste du lavement des pieds, l’institution de ce que l’on a appelé le sacrement du frère qui est toujours à servir à la manière dont le Christ a servi les hommes. La messe, c’est bien et c’est nécessaire : c’est pour cela que nous relisons et le livre de l’Exode qui nous rappelle le sens de la Pâque juive, et l’extrait de la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe, qui est le texte le plus ancien qui nous parle des gestes et paroles de Jésus, au soir de sa mort, sur le pain et le vin, donnant à la Pâque juive un sens plus fort encore. C’est toujours la fête de la libération, mais elle se fait désormais par Jésus, l’Agneau immolé une fois pour toutes afin que tous les hommes puissent vivre. C’est ce sacrifice que nous commémorons à chaque eucharistie, en proclamant notre foi en Jésus, mort et ressuscité, dont nous attendons le retour dans la gloire.


            Hélas, une médiocrité de la pensée a rapidement entraîné une double médiocrité des actes. D’abord, oubliant le texte de Jean, nous avons fait des prêtres des êtres à part, plus sacrés que consacrés, parce qu’ils avaient ce « pouvoir » de rendre Jésus présent dans le pain et le vin de l’eucharistie, oubliant que c’est Jésus lui-même qui se rend présent. Cette première médiocrité des actes en a entraîné une autre, de la part de certains de ceux qui avaient ainsi été portés aux nues. Ils ont abusé l’Eglise en abusant les plus faibles ! Ils ont abusé d’un pouvoir qui n’était pas le leur, mais dont ils devaient être les serviteurs. Et cette double médiocrité des actes entraîne à nouveau, aujourd’hui, une médiocrité de la pensée qui fait que les hommes se méfient désormais des prêtres, au point de voir le mal dans le plus noble geste qu’ils puissent poser : celui de s’abaisser devant les petits pour les servir à travers le lavement des pieds. Nous, prêtres, témoignons ainsi que notre place est bien là, à genoux, à servir le petit et le faible, et non pas à mettre le faible et le petit à genoux devant nous pour nous servir. Se méfiant des prêtres, les hommes ne réfléchissent plus ; ne réfléchissant plus, ils n’aiment plus ; n’aimant plus, ils font gagner Satan, qui ne se réjouit jamais autant que quand l’amour recule, voire disparaît. Quelle belle occasion nous avons manqué ce soir de comprendre et ce beau geste, et la place du sacerdoce dans l’Eglise de Jésus Christ. Quelle tristesse d’en être arrivé là !


            Comment nous en sortir ? En apprenant, prêtres et fidèles laïcs, l’obéissance au Christ, qui nous a dit, en ces deux gestes présentés dans les lectures de ce Jeudi Saint, de faire cela en mémoire de lui, comme lui a fait pour nous. Nous nous en sortirons en approfondissant toujours plus l’enseignement de Jésus pour comprendre mieux à quoi il nous invite. Nous nous en sortirons en quittant cette méfiance qui pourrit la vie à tout le monde, qui empêche d’avancer, qui empêche d’aimer. Cessons d’être des disciples médiocres ! Devenons ce que le Christ attend de nous : des frères qui s’aiment, des frères qui se respectent, des frères qui se mettent ensemble au service des plus faibles et des plus petits. Amen.


(Tableau de Duccio di Buoninsegna, Le lavement des pieds, 1310, Musée de l'Opera del Duomo, Sienne)

samedi 25 novembre 2017

Fête du Christ, Roi de l'univers A - 26 novembre 2017

Un dernier dimanche pour nous stimuler !






La parabole des vierges sages et des vierges insensées, la parabole du maître qui part en voyage et qui confie ses biens à ses serviteurs le temps de son absence : nous sentions bien, ces deux derniers dimanches, que notre foi avait un sens et que notre espérance n’était pas vaine : le Christ, qui s’en était retourné chez son Père au moment de l’Ascension ; le Christ, qui avait promis à ses disciples son retour ; le Christ donc reviendrait un jour. Et nous contemplerons sa gloire pour toute éternité… du moins si nous sommes appelés dans son Royaume. Car les deux paraboles citées nous faisaient bien comprendre qu’il y aurait un tri et que tous n’entreront pas dans la salle du banquet, que certains se retrouveraient dehors, dans les ténèbres, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents. L’évangile de la fête du Christ, Roi de l’univers, nous avertit une ultime fois : nous n’irons pas tous au Paradis… 
 
Sans doute aurions-nous aimé un évangile plus conciliant en cette fin d’année liturgique, un évangile plus joyeux, plus dynamique, davantage capable de mobiliser nos énergies. Eh bien, c’est exactement ce que nous avons avec cette parabole que nous devons lire en entier. Il n’est pas laissé la possibilité d’une lecture brève, qui s’arrêterait après la parole du Christ adressée à celles et ceux qui connaîtront le bonheur sans fin. Nous devons entendre, en ce dernier dimanche de l’année liturgique, ce qui adviendra quand le Christ reviendra. Ce qui adviendra, c’est un jugement auquel tous les hommes sont soumis, et pas seulement ceux qui auront cru au Christ. Toutes les nations seront rassemblées devant lui, dit Jésus à ses disciples. Le jugement concerne tous les hommes ; et parce qu’il concerne tous les hommes, il ne peut pas seulement reposer sur la connaissance du petit catéchisme ; parce que le jugement concerne tous les hommes, il ne peut pas reposer seulement sur le nombre de fonds de culotte que nous aurons usé sur les bancs d’une église durant notre vie ici-bas. Le critère du jugement sera le même pour tous ; il mettra à égalité les croyants au Christ et les non-croyants au Christ. Ce critère sera l’amour que nous aurons su vivre et partager avec tous, ou du moins avec tous ceux qui auront croisé notre vie. J’avais faim, j’avais soif, j’étais un étranger, j’étais nu, j’étais malade, j’étais en prison… Voilà les situations que le Christ glorieux mettra en avant. Elles concernent les grandes souffrances des hommes et les besoins les plus vitaux des hommes : la nourriture et la boisson pour vivre, l’accueil de l’autre différent, la protection de celui qui n’a rien, ainsi que l’attention et l’amitié envers ceux qui sont isolés du fait de la maladie ou des circonstances de la vie. Elles nous rappellent ce à quoi chaque homme a droit pour vivre dans la dignité, même s’il est temporairement écarté de la communauté des hommes. Nul ne devrait mourir de faim ou de soif, nul ne devrait mourir de froid ou brûlé par le soleil par manque de vêtement pour se protéger, nul ne devrait mourir dans la rue parce qu’étranger dans le pays où il réside, nul ne devrait mourir seul parce que malade ou en prison. L’homme a une dignité que rien ne saurait lui enlever : la dignité des fils et des filles de Dieu. Comment protégeons-nous cette dignité ? Comment la valorisons-nous pour chacun ? 
 
Dans le droit fil des évangiles des deux derniers dimanches, cette parabole nous redit que le salut, ce n’est pas automatique. Dans le droit fil de la parabole des vierges sages et des vierges insensées, cette parabole du jugement dernier nous rappelle qu’il nous faut nous préparer à ce jour. Dans le droit fil de la parabole du maître qui part en voyage après avoir distribué ses biens, cette parabole entendue aujourd’hui nous redit que l’absence de mal ne fait pas un bien, et que s’abstenir de faire le bien équivaut à faire mal. Il n’était pas méchant, le serviteur qui n’avait rien fait du bien confié et qui l’a rendu en l’état au retour du maître. Ils n’étaient pas forcément méchants ceux qui se sont retrouvés à la gauche du Christ dans la parabole du jugement dernier ; ils n’ont juste pas su voir en chaque homme un frère à aimer, un frère à aider. Ils n’ont juste pas su agir en humains responsables. Le grand péché contre l’Esprit Saint, seul péché non remis, c’est peut-être la cécité spirituelle qui nous empêche de reconnaître le Christ en chaque homme lorsque nous sommes croyants, la cécité du cœur qui nous empêche de reconnaître en chaque homme quelqu’un qui a besoin de nous si nous sommes justes humanistes. Ne t’étonne pas d’être laissé de côté au jour du jugement si toi-même tu laisses de côté ceux qui attendent un geste, un sourire, une attention. Comme nous le disait déjà les paraboles des derniers dimanches, nous sommes responsables de notre jugement, nous sommes les commanditaires de la sentence qui sera prononcée sur nous. Le Christ ne pourra pas rendre lumineuse la charité que nous n’aurons pas fait exister de notre vivant. Brebis ou bouc, c’est nous qui décidons, dès maintenant, dès ici-bas. 
 
Ce dernier dimanche de l’année ne veut pas nous abattre mais nous stimuler spirituellement ; il vient nous mettre en route, en action pour qu’à travers nous, les hommes connaissent une vie meilleure dès cette terre. Un peu d’amitié, un peu de respect, un peu de partage : il n’en faut pas plus pour que les hommes vivent ; il n’en faut pas plus pour que le salut promis nous ouvre les portes du Royaume. Nous ne pouvions finir mieux notre année qu’en nous redisant ce qui nous fera vivre éternellement : l’esprit du Christ largement partagé et vécu avec tous ! Amen.    


(Dessin de M. Leiterer)