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samedi 22 octobre 2022

30ème dimanche ordinaire C - 23 octobre 2022

 De grâce, laissons le jugement à Dieu !





            Qu’est-ce qui ne va pas dans l’évangile de ce dimanche ? Qu’est-ce qui est choquant ? Est-ce la prière du pharisien qui étale ses mérites devant Dieu ? Est-ce le fait que le publicain, collecteur d’impôts, donc collaborateur de l’occupant romain, soit déclaré juste plutôt que le pharisien qui respecte pourtant scrupuleusement la Loi de Dieu ? Pour moi, rien de tout cela n’est choquant. Ce qui est choquant, c’est la raison pour laquelle Jésus raconte cette parabole. Et la raison, la voici : certains étaient convaincus d’être des justes et méprisaient les autres. Voilà ce qui est choquant selon moi. 

Comment pouvons-nous mépriser quelqu’un ? Comment pouvons-nous croire que nous vaudrions plus que les autres, ou que quelqu’un vaut moins que nous ? Ne sommes-nous pas tous égaux ? Ne sommes-nous pas tous faits de la même pâte ? Le mépris des autres, ajouté à la croyance que le groupe auquel nous appartenons vaut plus que les autres, a conduit à l’esclavage, au racisme, à la déportation de nos frères et sœurs juifs et autres (tziganes, homosexuels…) lors de la deuxième guerre mondiale ; et cela conduit aujourd’hui à une nouvelle guerre aux portes de l’Europe, pour ne prendre que notre continent. Les discussions qui vont s’ouvrir sur la fin de vie ne risquent-elles pas aussi de reproduire ce même travers, en identifiant des vies qui ne vaudraient plus d’être vécues et auxquelles nous pourrions alors mettre fin, sans nous sentir coupables, sous couvert d’un droit à mourir dans la dignité ? Le mépris de l’autre exclut ; le mépris de l’autre tue, même si ce n’est que socialement. C’est toujours dramatique. 

La réponse à cette attitude choquante est pourtant simple quand on est croyant : elle consiste à laisser Dieu, et lui seul, être l’unique juge en la matière, au moment qu’il aura fixé. N’écrivons pas l’histoire des hommes plus vite que Dieu. Le temps du jugement viendra ; mais ce temps ne nous appartient pas ; le jugement ne nous appartient pas. Voyez les deux hommes de la parabole ; à la fin de l’histoire, le juste n’est pas celui qu’on aurait cru au début. Dans la bonne société, le match pharisien contre publicain était clairement en faveur du pharisien. Ce qu'il dit des autres, il ne le fait pas, nous pouvons le croire sur parole. Il n’est ni voleur, ni injuste, ni adultère. Il jeûne bien deux fois par semaine et verse bien le dixième de tout ce qu’il gagne. Un homme parfait aux yeux de sa société. Il a tout pour lui, au contraire du publicain, dont le seul métier – collecteur d’impôts – le disqualifie aux yeux de son peuple, puisque sa fonction l’oblige à collaborer avec l’occupant romain. En d’autres temps, on en a tondu ou fusillé pour moins que ça. Et pourtant dit Jésus : Quand ce dernier (le publicain donc) redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre (le pharisien donc). Pourquoi cette différence de regard ? Parce que Dieu ne regarde pas comme nous. Il ne dit pas que ce que vit le pharisien est mauvais ; il dit que l’attitude du publicain, aux yeux de Dieu, est plus juste, plus ajusté à ce que Dieu attend des hommes. 

Là il me faut alors préciser, sans tarder, que Dieu n’attend pas de nous du misérabilisme (oh Seigneur, vois comme je ne suis pas bien du tout ; ce n’est d’ailleurs pas ce que fait le publicain), ni que nous n’étalions devant lui que nos défauts. Ce qu’il attend de nous, c’est que nous soyons vrais devant lui, sans nous comparer aux autres. Ecoutez ce que disait Ben Sirac le Sage : Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre. Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin. Le publicain, dans son attitude toute faite de contrition, sera écouté, parce qu’il a besoin du regard favorable de Dieu sur sa vie pour sortir de sa condition de pécheur : Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! Ecoutons encore Ben Sirac : Celui dont le service est agréable à Dieu est bien accueilli, sa supplication parviendra jusqu’au ciel. C’est le pharisien qui aurait dû se souvenir de ce passage de l’Ecriture. Car nul doute que son service (son jeûne et son partage) est agréable à Dieu ; mais il a du mépris pour les autres hommes qui ne sont pas aussi bien que lui, qui sont comme ce publicain. Et surtout, il n’attend rien de Dieu ; il ne fait aucune demande ! Comme les hommes de son temps, Dieu voit et apprécie ce que ce pharisien fait de positif (jeûne et partage) ; mais il entend aussi le mépris affiché envers ceux qui ne sont pas et ne font pas comme le pharisien. Celui qui se place au-dessus des autres devant Dieu ne peut pas être reconnu comme un homme juste. 

Ecoutez Paul, pharisien, fils de pharisien, dans sa lettre à Timothée. On pourrait croire qu’il se vante en disant tout ce qu’il a bien fait : J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de justice. Il ne fait que dire ce qui est vrai, comme le pharisien de la parabole. Mais, à sa différence, il ne méprise personne, il ne dit pas qu’il est le seul à avoir fait ainsi. Ecoutez-le bien : Le Seigneur, le juste juge, me la remettra (la couronne de justice) en ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa Manifestation glorieuse. Et concernant ses adversaires, il ne demande ni leur défaite, ni leur anéantissement : La première fois que j’ai présenté ma défense, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que cela ne soit pas retenu contre eux. Une demande adressée à Dieu qui sera entendue et exaucée. Bien que pharisien, vivant sa foi avec ardeur et sérieux, Paul sera reconnu comme un homme juste. Sa prière est ajustée à sa vie ; sa prière est ajustée à sa foi en Dieu qui a envoyé son Fils pour sauver les pécheurs : d’où sa demande envers ceux qui l’ont abandonné. 

Le pharisien de la parabole n’a pas vu son attitude ne pas être reconnu juste parce qu’il est pharisien, mais parce que ni son regard, ni sa prière ne sont ajustées au Dieu qu’il sert ; il n’a pas besoin de Dieu ; son refuge, ce sont ses actes de piété. Le publicain n’est pas reconnu juste parce qu’il est publicain, il est reconnu juste parce que sa prière est ajustée au Dieu auquel il s’adresse ; c’est le Dieu qui prend pitié, le Dieu qui invite à la conversion, le Dieu juste qui juge avec justice. Comme le psalmiste, il a su reconnaitre en Dieu le Seigneur qui rachètera ses serviteurs ; il se souvient qu’il n’y a pas de châtiment pour qui trouve en Dieu son refuge. Faisons de même, ajustons-nous à la justice et à la bonté de Dieu ; plaçons notre confiance en lui sans renoncer à vivre conformément à notre foi, sans orgueil et sans mépris pour ceux qui ont plus de difficulté. Et surtout, de grâce, laissons Dieu, et lui seul, être notre juge et celui de toute l’humanité. Nous nous en sortirons tous bien mieux. Amen.

samedi 26 octobre 2019

30ème dimanche ordinaire C - 27 octobre 2019

Vraiment, Dieu est impartial envers les personnes !






            Ben Sirac le Sage l’affirme : Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Mais alors pourquoi ce sentiment bizarre que certains peuvent ressentir en entendant l’Evangile du pharisien et du publicain qui vont au Temple pour prier ? Pourquoi, avant même la fin de l’histoire, avons-nous l’impression que cela finira mal pour le pharisien et bien pour le publicain ? Jésus n’aime-t-il pas les pharisiens dont le seul but est de vouloir vivre leur foi complètement ? N’aime-t-il pas les croyants, pratiquants, Jésus ? 

            Autant le dire tout de suite, il ne rejette pas le pharisien parce qu’il est pharisien. Il ne les évite pas, et va même manger chez l’un d’entre eux. Certains historiens pensent même que Jésus était proche d’eux ; son insistance sur la Loi qu’il ne vient pas abolir mais accomplir, ses invitations à revenir à la foi et à la vivre authentiquement, sont autant de marqueurs qui auraient dû rapprocher Jésus de ce groupe nommé pharisien. Certains commentateurs pensent même que c’est parce qu’il les aime bien qu’il dénonce les travers de certains. Ce n’est pas ce qu’est cet homme (un pharisien) que Jésus dénonce, c’est ce qu’il dit. 

            De même pour le publicain. Il ne le loue pas parce qu’il est publicain. Je crois que nous pouvons nous entendre sur le fait que Jésus n’aime pas le péché, mais alors pas du tout. Il offre sa vie sur la croix pour combattre le péché, pour le vaincre définitivement, de sorte que tout homme qui se fie à Jésus puisse profiter de cette victoire obtenue à grand prix. Mais s’il n’aime pas le péché, il faut reconnaître qu’il a un faible pour les pécheurs. Là encore, ce n’est pas ce qu’est cet homme (un publicain) que Jésus loue, c’est ce qu’il dit. Nous pouvons encore nous entendre sur le fait que Jésus aime, sans doute aucun, les deux hommes. Aucun ne part avec un avantage sur l’autre ; aucun ne part avec un handicap sur l’autre. Jésus raconte une parabole qui met en scène deux hommes ; l’un est pharisien, l’autre publicain. C’est tout. Et ce que dit chacun, l’autre aurait pu le dire. 

          Il existe des pharisiens, des croyants, pratiquants, qui savent parler à Dieu d’autre chose que des nombreuses bonnes actions qu’ils font à longueur de journée. Il y a des pharisiens, des croyants pratiquants, qui savent louer Dieu pour la foi qu’il leur donne de vivre, pour le chemin de salut qu’il leur permet de suivre. Il y a des pharisiens, des croyants pratiquants, qui savent se tenir devant Dieu avec humilité et sincérité, reconnaissant leur manque et combien ils ont encore besoin de Dieu. Il se trouve juste que celui dont Jésus parle n’est pas de ceux-là ! 

De même, il y a des publicains, des pécheurs, qui ne craignent pas Dieu, qui se plaisent dans leur péché, qui se moquent de tout et de tout le monde. Il y a des publicains, des pécheurs, qui sont fiers de la vie qu’ils mènent et pour qui Dieu n’est guère plus important que le premier péché qu’ils ont commis avec délectation. Il y a des publicains, des pécheurs, qui ont perdus le sens du bien et qui vivent bien avec. Il se trouve juste que celui dont parle Jésus n’est pas de ceux-là ! 

Je suis convaincu que si ces personnages n’étaient pas les héros malgré eux de la parabole, mais existaient vraiment, je suis convaincu donc que Jésus, les rencontrant, les aimerait pareillement au départ. Il porterait sur eux le même regard, celui de Dieu qui aime chacun du même amour. Il ne dirait pas : ce n’est qu’un pharisien, qui fait déjà tout bien : sans intérêt pour moi ! Il ne dirait pas : chouette, un publicain qui fait tout de travers : voilà quelqu’un que je peux sauver. Jésus regarde et écoute, chacun de nous, pareillement. Si nous pouvons avoir l’impression qu’il en préfère certains à d’autres, ce n’est pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font, ou pas. Souvenons-nous toujours de cette phrase de l’Evangile de Matthieu : Ce que vous avez fait (ou pas) à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas). Il n’est pas dit que le petit, c’est nécessairement le publicain ; il n’est pas dit davantage que le petit, ce ne peut pas être le pharisien ! Le petit, c’est celui qui a besoin de nous ! 

            Face à Dieu, nous devons nous faire petit, c’est-à-dire reconnaître que nous avons besoin de lui pour être réellement et totalement sauvés. C’est ce que ce pharisien de la parabole n’arrive pas à faire ; c’est ce en quoi excelle le publicain de la parabole. Tous deux sont face à Dieu, au Temple. Tous deux viennent là pour prier, c’est-à-dire s’adresser à Dieu. L’un ne parle que de lui et de tout ce qu’il fait, sans rien attendre de Dieu. Il se trouve que c’est le pharisien ; mais cela aurait pu être le publicain ! L’autre parle de ce que Dieu pourrait faire pour lui. Il se trouve que c’est le publicain ; mais cela aurait pu être le pharisien ! Certes, cela n’aurait pas eu le même impact, l’histoire de Jésus étant à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être des justes et qui méprisaient les autres ce qui est justement le cas de certains pharisiens, mais pas tous. Ne généralisons pas sur la duplicité des pharisiens ; ne généralisons pas sur l’humilité de tous les pécheurs. Les livres des prophètes sont pleins de paroles de condamnations visant les pécheurs qui réussissent au-delà de toute mesure alors que les justes, ceux qui sont fidèles à la foi, sont persécutés et mis à morts. 

            Peut-être que Jésus veut juste nous dire que ce n’est pas à nous de juger les personnes, pas même nous, ni de sonder les reins et les cœurs. Cela revient à Dieu, en vérité ! Nous ne pouvons que nous tenir devant Dieu, tel que nous sommes, conscients de nos richesses et de nos limites, et implorer Dieu de nous maintenir dans les premières et de nous corriger dans les secondes. Ni fausse modestie, ni excès d’humilité. Nous ne sommes ni tout blanc, ni tout noir. Nous sommes comme la vie nous a fait, par ses joies et par ses épreuves. Et c’est tout cela qu’il faut présenter à Dieu. Lui rendre grâce pour le meilleur en nous, sans nous comparer aux autres ; lui demander de guérir en nous ce qui n’est pas à la hauteur de sa sainteté. Saint Paul, qui était pharisien, formé auprès des plus grands, dira lui-même : Le bien que je veux faire, je n’y réussi pas toujours ; et le mal que je voudrais éviter, je le commets quelquefois. Peut-être est-ce là la juste attitude, celle qui nous fait nous tenir devant Dieu en vérité. 

            Vous avez le droit de chercher à vivre honnêtement votre foi et d’y réussir ; mais n’en faites pas étalage pour enfoncer ceux qui n’y arrivent pas ! Vous êtes, comme tout homme, comme moi, marqués par le péché ; mais ne désespérez pas et confiez-vous à Dieu. Dieu aime ceux qui vivent leur foi sans étalage ; Dieu aime les pécheurs qui crient vers lui et attendent de lui un geste de salut. Dieu est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise personne. Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli, sa supplication parviendra jusqu’au ciel. La prière du pauvre traverse les nuées. Pharisien et publicain, traité pareillement, du moment que c’est Dieu, et non pas eux, qui est au centre de leur vie. Quand on vous dit que Dieu est impartial, croyez-le ! Amen.