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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 16 août 2025

20ème dimanche ordinaire C - 17 août 2025

 Le Christ, source de conflits ?




 

            Après voir entendu Marie chanter le Magnificat qui rappelle les merveilles que Dieu fait pour son peuple et pour les petits de la terre, voici une parole curieuse de Jésus qui semble bien loin du poème de Marie : Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. Cela ne ressemble pas beaucoup au discours auquel Jésus nous avait habitué. Où sont la paix, l’amour, l’unité et le bonheur tant prêchés ? Sommes-nous seulement sûrs que cette parole vient vraiment de Jésus ?

             Je reconnais que cela est déroutant. Mais il n’y a pas de doute : c’est bien là l’enseignement de Jésus, parfaitement aligné avec l’enseignement des prophètes, plus particulièrement le prophète Michée. Nous pouvons l’écouter dans le dernier chapitre de son livre, lorsqu’il dit (Mi 7, 5-6) : 05 Ne mets pas ta foi dans ton ami, ne te confie pas à ton familier ; devant celle qui repose entre tes bras, garde les portes de ta bouche. 06 Car le fils insulte son père, la fille se dresse contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère, chacun a pour ennemis les gens de sa maison. Et Michée prophétise cela au moment même où il prophétise la venue du Messie. Quand Jésus s’aligne ainsi avec l’enseignement des prophètes que ses auditeurs connaissent bien, il leur fait comprendre que le temps du Messie est venu, que les prophéties se réalisent, et que Dieu n’a jamais parlé en vain. La division, c’est la marque même de la venue du Messie. Et ce n’est pas une division entre des peuples, mais à l’intérieur même de nos familles, entre ceux qui reconnaitront le Messie et ceux qui le refuseront. C’est comme si Jésus voulait nous prévenir que croire en lui, ce n’est pas de tout repos ; croire en lui, c’est exigeant ; croire en lui, c’est prendre réellement parti pour lui ; croire en lui, c’est rejeter tout ce qui n’est pas lui, tout ce qui n’est pas son enseignement. Au bout du compte, faire le choix de Jésus, ce n’est pas le choix de la facilité, mais c’est faire un choix qui passe par la croix. Jésus nous avertit à ce sujet (Lc 14, 27) : Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. Personne n’est croyant par hasard ou par habitude. Croire, c’est s’engager en connaissance de cause, en acceptant que tous, y compris dans nos propres familles, ne partagent pas nos vues et s’éloignent de nous, à cause de Jésus. Croire, c’est accepter cette part de difficultés, de conflits qui peuvent survenir lorsque nous faisons le choix de vivre comme Jésus. Croire que nous ferons mieux que Jésus qui a connu l’opposition et la discorde, y compris au sein du groupe des Douze, serait nous faire illusion ; nous ne sommes pas plus grand que notre Maître.

             S’il en est ainsi, si nous aussi nous devons accepter cette part de conflits, quel intérêt pour nous à faire le choix de Jésus ? Pourquoi ne pas nous contenter de vivre sans lui, comme les autres ? Si c’est lui la cause des divisions, supprimons la cause et nous n’aurons pas à vivre les effets de la cause ? Là encore, c’est nous faire illusion. Des conflits, il y en a eu avant Jésus. Que Jésus soit là ou pas, n’y changera rien ! Il n’est pas la cause de toutes nos divisions, juste celles liées à sa personne parce que nul ne peut être obligé de le reconnaître et le suivre. L’avantage qu’il y a à vivre comme il nous le demande, c’est que notre monde s’en portera mieux, parce que, au bout du compte, même s’il peut être vu par certains comme source de conflits, il est venu apporter la paix. Pas une paix à moindre frais, mais la paix véritable, la paix profonde du cœur qui nous permet d’entrer en relation avec les autres, qu’ils soient comme nous ou pas, qu’ils croient comme nous ou pas. La paix que le Christ apporte au monde n’est pas juste un accommodement où chacun fait un pas vers l’autre, mais la paix qui suppose que chacun renonce au mal, à la source même du mal. Vivre de la foi en Christ, la liturgie de la nuit de Pâques nous le rappelle, c’est renoncer au mal, à l’auteur du mal, à tout ce qui conduit au mal. Choisir le Christ, c’est faire un choix radical qui transforme la vie pour de bon et pour le bon. Faire le choix du Christ, c’est refuser de voir en l’autre un ennemi pour ne voir en lui qu’un frère à aimer. Faire le choix du Christ, c’est refuser de laisser le mal gagner la partie en construisant résolument un monde de fraternité. Choisir le Christ, c’est tout, sauf vivre tranquille au coin du feu en attendant que le temps passe. Parce que ce monde nouveau que le Christ promet ne se fera pas sans nous. Tu veux un monde plus juste ? Commence par être juste avec les autres. Tu veux un monde plus fraternel ? Commence par vivre la fraternité avec ceux que Dieu met sur ta route. Tu veux un monde dans lequel chacun puisse vivre ? Commence par respecter cette terre où Dieu te donne de vivre. Le pape François nous a rappelé dans Laudato Si que tout était lié, et que le respect de la terre passe aussi par le respect de ceux qui y habitent et par une meilleure justice sociale.

             La parole que Jésus nous adresse aujourd’hui peut sembler dure, mais elle est porteuse de promesses de vie meilleure si nous, qui croyons en lui, commençons par vivre de l’Evangile. Que certains ne soient pas d’accord avec nous, voire s’opposent à nous, ne doit ni nous décourager, ni nous empêcher de vivre du Christ. Il est Bonne nouvelle pour nous et pour la terre. Il est le chemin à suivre pour parvenir à la vie et à la paix véritables. Amen.

samedi 8 août 2020

19ème dimanche ordinaire A - 09 août 2020

 Quand Jésus marche sur l'eau...




            

          Il est bon quelquefois de se souvenir pour qui un auteur écrit ; cela permet d’entrer encore mieux dans son œuvre et de la comprendre davantage. Matthieu, quand il rédige son évangile, s’adresse à des chrétiens venant du monde juif, d’où son attention aux pratiques de la religion juive. Il veut montrer, à travers son œuvre, que Jésus est le nouveau Moïse, en mieux, en ce sens qu’il va plus loin, qu’il accomplit parfaitement la Loi. Nous en avions un bel exemple au chapitre cinq de l’évangile, celui qui commence par les Béatitudes et se poursuit par un long discours rythmé par ce refrain : On vous a dit… et bien, moi je vous dis… L’évangile de dimanche dernier n’échappait pas à cette comparaison, puisqu’il nous montrait Jésus nourrissant la foule à partir de cinq pains et deux poissons, établissant un parallèle avec le passage de la manne dans l’Ancien Testament, où l’on voit le peuple conduit par Moïse être nourri quotidiennement par ce don mystérieux. L’évangile d’aujourd’hui va lui-aussi dans ce même sens. 

            Il faut nous souvenir ici du geste libérateur posé par Moïse : il est celui qui a libéré son peuple de l’esclavage qu’il connaissait en Egypte, et par-delà ce geste, dans une compréhension spirituelle, celui qui a libéré son peuple du Mal symbolisé par ce pays oppresseur. Souvenons-nous un instant comment cela s’est fait. Il y a eu les dix plaies d’Egypte pour amener le Pharaon à comprendre son intérêt à laisser partir ce peuple. Il y a surtout eu le passage de la Mer Rouge, Moïse ayant écarté les eaux pour que le peuple puisse passer à pied sec, avant que les eaux ne se referment pour engloutir l’armée d’Egypte. C’est un geste fondateur, libérateur, qui affirme la puissance de ce Dieu au nom duquel Moïse agit. Il y a, dans cet acte dont nous faisons mémoire chaque année au cours de la nuit pascale, l’affirmation que le Dieu qui libère est le Dieu qui donne la vie, le Dieu qui s’oppose au Mal, le Dieu plus fort que le Mal. L’Egypte incarnait ce Mal par sa domination sévère sur le peuple issu de Joseph, autrefois admiré pour avoir sauvé l’Egypte et son peuple de la famine. 

            Dans l’évangile de Matthieu, nous assistons à un nouveau signe sur l’eau, posé par Jésus. Jésus n’écarte pas l’eau de la mer sur laquelle la barque des Apôtres est secouée, mais il marche sur l’eau et calme la tempête. Jésus fait mieux que Moïse, une fois de plus. Il est temps de rappeler maintenant que, dans la Bible, la mer représente le lieu où résident les forces du Mal pour bien comprendre les gestes de Moïse et de Jésus. En écartant les eaux pour que le peuple passe à pieds secs, Moïse écartait momentanément le Mal, le danger, et le peuple s’est retrouvé sur l’autre rive en sécurité, pendant que l’armée de Pharaon s’y noyait, entraînée par le mal qu’elle voulait faire au peuple que Dieu a libéré. Dans l’évangile, Jésus marche sur l’eau ; il écrase le Mal de son talon ; il s’en montre le plus fort, annonçant déjà sa victoire finale sur le Mal et la Mort quand il sera dressé sur la croix. Et quand il est enfin dans la barque, le vent cesse, la mer se calme. Le lieu où résident les forces du Mal n’est plus un obstacle à la mission des Apôtres dès lors que Jésus est avec eux. Autrement dit, le Mal ne peut rien contre les disciples qui vivent avec Jésus. Ils bénéficient de la victoire du Christ sur le Mal, ils sont forts, avec Jésus ; ils sont vainqueurs avec Jésus. 

            Nous en avons une preuve lumineuse avec Pierre. Voyant que c’était Jésus, il prit la parole : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : Seigneur, sauve-moi ! Que se passe-t-il ? Tant que Pierre garde Jésus en ligne de mire pour avancer vers lui, il marche sur l’eau, il domine le Mal, il domine ses peurs. Mais dès qu’il est plus attentif au vent, dès que Jésus n’est plus le premier dans sa pensée, il prend peur et il coule. La force nécessaire pour lutter contre le Mal, pour marcher sur la Mer, nous l’avons tous en Jésus, s’il est bien au cœur de notre vie. Tant qu’il est au centre de notre vie, le Mal ne peut rien contre nous, puisqu’il a définitivement vaincu le Mal sur la croix. Dès lors que d’autres choses deviennent centrales, dès lors que nos peurs reprennent le dessus, nous prenons le risque d’être engloutis par le Mal, nous coulons, comme Pierre, comme une pierre. Il nous faut alors crier vers Jésus pour qu’il nous en tire à bras fort. Nous retrouvons cela sur toutes les icônes de la fête de Pâques ; elles nous montrent Jésus, franchissant les eaux de la Mort pour tirer Adam du séjour des morts, et après lui toute l’humanité. Il ne donne pas sa main à Adam, mais il le tire vers lui, le saisissant au poignant, dans un geste souverain, presque autoritaire, parce que oui, Jésus a autorité sur le Mal et la Mort ; Jésus est plus fort qu’eux, il sauve son peuple, le peuple de Dieu, non pas en écartant le Mal temporairement comme l’avait fait jadis Moïse, mais en écrasant le Mal, en le piétinant, définitivement. 

            Telle est l’œuvre de Jésus, l’œuvre qu’il réalise pour nous, l’œuvre à laquelle il nous associe puisque, identifiés à lui par le baptême (passage par l’eau, faut-il le rappeler), nous avons à combattre le Mal d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Il n’y a pas de chrétien qui puisse se dispenser de ce combat primordial ; il n’y a pas de chrétien qui puisse dire : ce combat n’est pas le mien. Laissons-nous rejoindre par Jésus, gardons les yeux fixés sur Lui, et nous tiendrons notre part dans ce combat contre le Mal et la Mort. C’est notre fierté de disciples du Christ. C’est la mission de tous ceux qui veulent vivre de l’Esprit du Ressuscité. Amen.

 

            

    

(Tableau de Philipp Otto Runge, Saint Pierre marchant sur les eaux, 1806, Kunsthalle, Hambourg)

 

samedi 27 avril 2019

02ème dimanche de Pâques C - 28 avril 2019

Laissons-nous guider par les Actes et l'Apocalypse.







            Tout au long de notre temps pascal, nous entendrons le livre des Actes des Apôtres et le livre de l’Apocalypse. Deux livres qui vont donner une couleur particulière à ce temps ; deux livres pour nous encourager dans notre foi et nous permettre de vivre mieux de la foi au Christ, mort et ressuscité pour nous.



            Le livre des Actes des Apôtres, nous l’entendons chaque année au cours du temps pascal. Il remplace, en première lecture, les livres de l’Ancien Testament que nous lisons tous les autres dimanches de l’année. Pourquoi ce changement ? Parce que Jésus est ressuscité ! En quoi cela change-t-il quelque chose ? L’Eglise répond que, le Christ étant ressuscité, pour ceux qui croient en lui, toutes les promesses de la Première Alliance sont désormais accomplies. Nous ne les lisons pas durant le temps pascal parce qu’il n’y a pas besoin à ce moment-là de nous les rappeler. Nous lisons les Actes des Apôtres, le livre qui nous montre comment les premiers croyants au Christ ont vécu de cette formidable annonce de la résurrection, ce qu’elle a changé dans leur vie. Nous voyons aussi, à travers le témoignage de Luc, l’auteur des Actes, comment cette foi s’est propagée, et donc comment le Christ est fidèle à sa promesse d’être toujours présent à ses Apôtres, à son Eglise. Et nous constatons d’emblée que ces Apôtres, si peureux au moment de la Passion de Jésus, si peureux au moment de la Pâque, sont maintenant forts et décidés à répandre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, lui qui a donné sa vie pour tous les hommes. Et nous constatons aussi que, ce qui fut la mission de Jésus, se poursuit à travers ses Apôtres. Beaucoup de signes et de prodiges s’accomplissaient dans le peuple, par la main des Apôtres. A travers eux, le Ressuscité poursuit sa mission de salut ; à travers eux, les malades sont encore guéris ; à travers eux, la Bonne Nouvelle se diffuse, touche le cœur des hommes et provoque des conversions : De plus en plus, des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur. Nous pouvons avoir l’impression que tout est facile, que tout est simple. Et de fait, quand les Apôtres agissent au nom de Jésus, et mieux quand ils laissent Jésus Ressuscité agir à travers eux, tout va bien, tout se déroule selon le plan de Dieu. En ces temps de crise qui sont les nôtres, il nous faut revenir à cet esprit des premiers croyants, à ce dynamisme des Apôtres, à ce désir de faire connaître le Seigneur et son œuvre de salut. Il nous faut laisser à nouveau le Christ agir à travers nous.


            Le livre de l’Apocalypse peut alors nous sembler plus difficile d’accès. Déjà son nom, qui est trop souvent synonyme de catastrophes en tous genres, peut nous rebuter. Et pourtant, ce livre veut nous dévoiler (c’est le sens étymologique du mot Apocalypse), veut nous dévoiler donc le projet de Dieu pour son Eglise afin qu’elle se convertisse toujours plus et mieux à sa Parole. Vous l’aurez compris : c’est un livre écrit pour un temps de crise. Pourtant nous ne sommes qu’à la fin du premier siècle. C’est que les chrétiens, à ce moment-là, sont d’une part les proies de persécutions arbitraires et de vexations et d’autre part les responsables de brouilles à l’intérieur même de la jeune Eglise. Une certaine habitude de croire s’est déjà installée, l’enthousiasme des débuts a disparu, de mauvaises habitudes sont déjà prises. C’est dans ce contexte que Jean reçoit des révélations de la part de Jésus, Le Premier et le Dernier, le Vivant. Il doit écrire une lettre à sept Eglises, sept communautés locales, pour les avertir et les inviter à changer, à se convertir. Tout le livre va rappeler que la vie chrétienne est une participation au combat entre le Bien (Dieu) et le Mal (Satan), et que ce combat connaîtra une fin au moment de la deuxième venue du Seigneur. Faut-il rappeler ici que Jésus avait annoncé ce retour à ses disciples avant sa mort ? Ce n’était pas uniquement une parole de consolation, c’était l’annonce d’une réalité. En ces temps de crise qui sont les nôtres, ne nous faut-il pas entendre à nouveau cet appel à la conversion et redécouvrir l’espérance de ce retour du Christ, dans la gloire ? Le Ressuscité n’abandonne pas son Eglise ; quelles que soient les épreuves rencontrées par elle, il est présent, au milieu d’elle, la guide et la conduit, la purifie, pour que toujours elle soit davantage fidèle à sa mission, fidèle au Christ qui l’a envoyée porter aux pauvres la Bonne Nouvelle.


            Mesurons la chance qui est la nôtre en cette année 2019 de pouvoir lire conjointement ces deux livres de la Nouvelle Alliance. Avec les Apôtres du Christ, réjouissons-nous de ce que la Parole se répande, intéresse ceux qui l’entendent au point de devenir eux-mêmes chrétiens ; avec Jean, réjouissons-nous du fait que le Christ ne nous abandonne pas, et qu’aujourd’hui encore il nous invite à nous purifier par sa Parole et par notre participation à son projet de salut pour tous les hommes. Que ce que nous avons proclamé solennellement durant la grande nuit de Pâques devienne notre réalité : nous renonçons au Mal, à ce qui conduit au Mal, à Satan qui est l’auteur du péché, pour vivre de la liberté de tous les enfants de Dieu, dès aujourd’hui et jusqu’au retour du Christ dans sa gloire. Amen.



(Frères de Limbourg, Saint Jean à Patmos, Très riches Heures du duc de Berry, Musée Condé, Chantilly)





samedi 26 novembre 2016

01er dimanche de l'Avent A - 27 novembre 2016

Marchons à la lumière du Seigneur.




Dimanche dernier, nous avons terminé notre année liturgique sur la contemplation du Christ en croix et cette promesse faite à l’un des condamnés : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. C’était une belle manière de nous rappeler que toute notre histoire est une histoire orientée vers cette rencontre avec Jésus, mort et ressuscité, source de notre vie. Comment, après une telle contemplation, reprendre cette année nouvelle ? La réponse nous est donnée par le prophète Isaïe quand il nous dit : Venez, marchons à la lumière du Seigneur. 
 
Marchons ! C’est donc une invitation dynamique, une mise en route de manière résolue. L’invitation du prophète semble même être pressante : il n’est plus temps de réfléchir. Quelque chose de neuf se prépare, il faut en être ! The place to be, c’est la montagne du Seigneur vers laquelle le prophète veut nous entraîner. Ne pas se mettre en route reviendrait à se tenir hors du concert des nations, car nous ne sommes pas les seuls à nous mettre en route : Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Nous ne sommes pas les seuls à être attirés ou concernés par cette nouveauté qui se prépare. Quel meilleur moyen d’entrer dans une nouvelle année liturgique que celle-là : nous décider à nous mettre en route, à bouger notre foi. Le croyant ne peut rester patiemment assis dans son fauteuil en attendant que le Seigneur vienne à sa rencontre. Il sait que le Seigneur vient ; il se doit de faire sa part ; il se doit de se mettre en route. A partir du 08 décembre, nous aurons pour modèle particulier Marie, puisque nous entrerons dans un Jubilé marial. Et qu’a fait Marie lorsque le Seigneur s’est adressé à elle pour être la mère du Sauveur ? Elle ne s’est pas confortablement installée chez elle ; elle s’est au contraire mise en route rapidement pour se rendre chez sa cousine Elisabeth, qui dans sa vieillesse allait connaître quelque chose de neuf, puisque la voilà enfin enceinte, grâce à Dieu ! Avec Marie, mettons-nous en route sur les chemins qui mènent aux hommes, sur les chemins qui mènent à Dieu. 
 
Marchons à la lumière. Cette dynamique enclenchée par le prophète ne nous plonge pas dans l’obscurité ou dans l’incertitude. Elle est une dynamique de vie, qui nous entraîne vers la lumière. Je sais bien qu’à notre époque moderne, certains voudraient que la foi soit strictement personnelle, et que les chrétiens retournent vers ces catacombes d’où ils n’auraient jamais dû sortir. Comme s’il y avait d’un côté la vie publique, forcément laïque (comprenons, pour eux, libérée de Dieu), et de l’autre la vie religieuse, strictement personnelle, sans aucune prise sur la réalité vécue par les hommes, sans aucune influence sur ce que peuvent vivre les hommes. Les croyants seraient condamnés à une forme de schizophrénie. Le Jubilé de la miséricorde que nous avons vécu nous rappelait fort justement que notre foi se traduit en acte dirigé vers les plus faibles, les plus petits. La foi a donc nécessairement une dimension publique, elle se vit au grand jour, en pleine lumière. Lorsque nous choisissons de vivre notre foi, nous choisissons bien de venir à la lumière. Là encore, nous prenons Marie pour modèle : si elle gardait dans son cœur tout ce qui lui arrivait pour le méditer jour et nuit, elle n’en a pas moins été celle qui a donné le Sauveur au monde. Elle ne l’a pas gardé dans son sein ; elle ne l’a même pas gardé pour elle toute seule ; elle a accueilli le Messie dans sa vie pour le donner à tous les hommes. 
 
Marchons à la lumière du Seigneur ! Notre marche est orientée, notre vie toute entière est orientée. Nous n’allons pas n’importe où ; nous ne suivons pas n’importe qui. Celui qui nous met en route, au-delà du prophète, c’est Dieu lui-même. Celui que nous nous apprêtons à accueillir, c’est celui-là même que Dieu nous envoie, que Dieu envoie vers les hommes pour faire toutes choses nouvelles. Que faut-il faire pour marcher à la lumière du Seigneur ? La réponse est donnée par Paul dans sa lettre aux Romains : rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Comprenons bien que cette marche nous entraîne dans un combat : mais nous ne prenons pas les armes pour nous dresser contre les autres, nous prenons les armes de la lumière pour nous dresser contre le Mal, et d’abord le mal qui est en nous : Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour. A marcher à la lumière du Seigneur, nous ne ferons rien de mal et nous ne craindrons pas le Mal. Nous rendrons au contraire le monde plus beau, plus juste, plus fraternel parce que nous aurons revêtu le Seigneur Jésus Christ. Il est la source de la vie véritable, il est l’amour véritable au cœur de la vie du monde. Là encore écoutons Marie au long du Jubilé qui lui sera consacré à Marienthal : son cantique d’action de grâce met en pleine lumière l’œuvre du Seigneur dans la vie des hommes. En marchant à la lumière du Seigneur, avec Marie, nous rendrons grâce de ce que le Seigneur accomplit en nous et par nous pour rendre à ce monde sa beauté originelle, celle voulue par Dieu depuis les origines : un monde où tous les hommes vivent en frères, un monde où tous les hommes vivent en paix.  
 
Si tu crois que cela est possible, si tu veux participer à cette aventure, prends ton bâton et viens : Marchons ensemble à la lumière du Seigneur, car il vient celui qui sera juge entre les nations, celui qui nous enseigne ses chemins, celui qui nous conduit à la paix. Venez et tenez-vous prêts, car il est tout proche le temps du salut. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

jeudi 25 février 2016

02ème dimanche de Carême C - 21 février 2016

Acte 2 de la miséricorde : écouter et faire confiance.






Le combat spirituel que nous livrons durant ce temps de Carême nous entraîne bien au-delà d’un simple affrontement avec le Mal. Autrement dit, il ne suffit pas d’affronter le Mal et de le repousser hors de nos vies pour mener ce combat à son terme. Il s’agit aussi et surtout d’accepter que notre vie soit placée sous le signe de la Parole de Dieu, une Parole sans cesse à accueillir, à reprendre et à laquelle nous devons faire confiance, absolument. 
 
Que serait devenu Abraham sans cette confiance et cette écoute de la Parole de Dieu qui s’adressait à lui ? Avec Abraham, nous apprenons que Dieu veut entrer en Alliance avec l’homme. Cette Alliance est source d’une promesse de vie pour l’éternité. La descendance promise à Abraham, malgré son grand âge, est le gage de cette vie éternelle. C’est une vie qui est appelée à ne s’arrêter jamais. Elle se poursuivra de génération en génération pour peu que l’homme reste fidèle à l’Alliance, fidèle à Dieu, à l’écoute de sa Parole. Abraham est reconnu juste devant Dieu parce qu’il lui fait confiance : Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste. Abraham est l’homme qui croit sur parole, sans preuve préalable. Un fils, une descendance sans fin, c’est le résultat de sa foi et non le préalable. Il n’attend pas que Dieu réalise sa promesse pour croire en lui ; il accorde foi à Dieu d’abord. 
 
C’est à cette même confiance que sont appelés les disciples qui contemplent la gloire de Jésus au jour de sa transfiguration. Nous sommes sur le chemin de la Pâque. Jésus a annoncé à ses disciples pour la première fois qu’il allait être livré, souffrir et mourir pour la première fois. Il leur a fait comprendre qu’ils avaient eux-aussi à prendre leur croix chaque jour pour le suivre authentiquement. Pierre, Jacques et Jean se souviennent-ils de tout cela, huit jours après, lorsque Jésus les prend avec lui sur la montagne pour prier ? Font-ils le lien entre l’annonce de sa mort et la gloire qu’ils contemplent là, en présence de Moïse et d’Elie ? Ou ont-ils déjà oublié cette annonce de la mort de Jésus pour ne vivre que ce moment irréel et merveilleux à la fois ? Nous ne le saurons jamais, mais l’injonction de la voix du Père qui se fait entendre (Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le !) et la deuxième annonce de la Passion qui suivra le lendemain, me laisse croire qu’une certaine confusion règne dans l’esprit des disciples. Comment Jésus peut-il être à la fois cet homme qui partage la gloire de Dieu et celui qui va mourir, livré à la folie des hommes ? La voix du Père nous invite, comme elle a invité jadis Abraham, à la confiance. Avec Dieu, nous ne maîtrisons pas tout de tous les événements que nous vivons. Le maître de la vie, c’est lui. Nous devons l’écouter et lui accorder notre confiance, sachant qu’il ne veut que le meilleur pour nous. L’Alliance faite à Abraham et la promesse de vie qui l’accompagne est pour toujours et Jésus la portera à son accomplissement en acceptant d’aller librement à la mort pour que nous puissions vivre. Seule une écoute attentive de la Parole de Jésus peut nous faire comprendre ce paradoxe ; seule une grande confiance en lui pourra nous faire passer de la mort bien réelle de Jésus à sa vie retrouvée, ressuscitée au matin de Pâques. Le combat spirituel que nous avons entrepris est aussi le combat d’une écoute attentive et d’une confiance sans limite à celui que Dieu a envoyé pour récapituler toutes choses. Dans la mort et la résurrection de son fils unique, Dieu fait miséricorde à tous les hommes. 
 
Nous goûterons pleinement à cette miséricorde en accueillant sa Parole, et en lui accordant notre confiance sans exiger de preuve ou de signe. Dieu veut notre salut ; Dieu veut notre vie ; ce sont là des certitudes. Réjouissons-nous de cette miséricorde offerte gratuitement et répandons autour de nous cette bonne nouvelle. Amen.