Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est être sauvé. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est être sauvé. Afficher tous les articles

samedi 11 octobre 2025

28ème dimanche du temps ordinaire C - 12 septembre 2025

 Veux-tu être seulement guéri ou veux-tu être sauvé ?





(Enluminure Parabole des dix lépreux, entre 1035 et 1040, Codex aureus d'Echternach, 
Evangéliaire ottonien, Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg)




            C’est curieux, les miracles de Jésus, parce qu’ils ne suivent aucun rituel, aucun ordre précis de choses à faire, de paroles à dire, si bien qu’il nous est impossible de tirer des évangiles une sorte de vade-mecum du miracle réussi, garanti à 100 %. Dans le cas qui nous est proposé aujourd’hui, il n’y a rien : ni coup de baguette magique, ni geste bizarre, ni parole mystérieuse. Et pourtant, ces lépreux sont guéris, pour l’un d’eux nous pouvons en être sûrs.


            
L’histoire est d’un banal achevé. Dix lépreux vinrent à la rencontre de Jésus au moment où il entrait dans un village. Ils ont dû le voir arriver de loin, eux qui vivent à l’écart des hommes ; à moins qu’ils ne l’aient suivi depuis un moment.  Ce n’est pas dit. En revanche, ils se hâtent de crier vers lui, avant qu’il ne soit entré dans le village. S’ils n’arrivent pas à se faire entendre, s’ils n’arrivent pas à le retenir, ce sera peine perdue : la Loi leur interdit de vivre au milieu des autres, leur maladie étant un risque pour tous. S’il ne les entend pas, s’il ne s’arrête pas, ils ne pourront pas entrer à sa suite. Vous aurez noté comme moi qu’ils le connaissent ; ils l’appellent par son nom : Jésus, et par un titre : maître. Ils reconnaissent en lui quelqu’un que les hommes peuvent suivre ; ils reconnaissent en lui quelqu’un que les hommes écoutent. Tout le monde ne se fait pas appeler maître ! Ils savent que son enseignement est puissant, qu’il fait bouger les personnes et les lignes de conduite. Donc, ils crient vers lui : Jésus, maître, prends pitié de nous. Jésus, les voyant, leur dit : Allez vous montrer aux prêtres. C’est tout ! Il ne les touche pas, il ne fait pas de boue, il ne dit rien à part cette parole qui reprend la loi : tout lépreux guéri doit se montrer aux prêtres pour faire constater sa guérison et être réintégré dans la société. Et c’est ce qu’ils font, séance tenante. L’évangéliste souligne sobrement : en cours de route, ils furent purifiés.

Cela aurait dû marquer la fin de cette histoire, mais l’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ces pas, en glorifiant Dieu. Or, c’était un Samaritain, comprenez : c’en est un qui n’est pas comme nous, un étranger, doublé d’un hérétique qui ne croit pas comme nous. Impur, il l’était dans son corps ; impur, il l’était aussi dans sa foi. Nous comprenons pourquoi il n’obéit pas à l’ordre de Jésus qui était d’aller se montrer aux prêtres. Il n’a pas tout à fait la même religion que les autres, que Jésus. Les autres ont observé strictement la Loi ; ils ont bien fait ce que Jésus demandait. Et sans doute comme lui auront-ils remercié Dieu, mais nous ne le saurons jamais, ne pouvant être à la fois avec Jésus et avec les prêtres. Ce n’est donc pas la peine de gloser sur cet aspect des choses. Ce qui doit nous intéresser, c’est ce que dit cette guérison.

 D’abord, elle nous dit que quiconque crie vers Jésus est exaucé, qu’il soit de son clan ou pas. La Bonne Nouvelle ne connaît pas de frontière, Jésus le démontrera à plusieurs reprises. Tous peuvent approcher Jésus ; tous peuvent recevoir de lui le don que Dieu veut lui faire ; tous sont appelés à être sauvés. Ensuite, elle nous dit qu’avec Jésus, une nouvelle manière de vivre la foi commence. Nous retrouverons cela dans l’évangile de Jean, avec l’épisode de… la Samaritaine, quand elle interroge Jésus sur les différences qui existent entre les Juifs et les Samaritains et les lieux où il faut adorer Dieu. Jésus lui répondra :  L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer » (Jn 4, 23-24). C’est ce que fait le Samaritain guéri. Il n’attend pas d’être auprès des prêtres pour rendre gloire à Dieu ; il le fait dès qu’il constate qu’il est guéri. Il ne se focalise pas sur un lieu, mais sur une personne, Jésus, vers qui il revient, tout heureux. Ce qui lui vaut une nouvelle parole de celui-ci : Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. Neuf lépreux ont été guéris ; un lépreux, un Samaritain, a été guéri et sauvé. Et ce n’est pas la même chose. On pourrait dire qu’il est guéri corps et âme, dans sa totalité. Jésus est devenu sa Bonne Nouvelle, le début de sa nouvelle vie. Comme les autres, il était venu vers Jésus dans l’espoir que quelque chose change dans sa vie. Constatant le changement, il est revenu vers Jésus, il s’est attaché à lui. C’est le troisième enseignement de cette guérison : Jésus change notre vie, radicalement. Il la rend meilleure, plus grande, en la remettant devant Dieu. Il soigne les corps ; il soigne les âmes. C’est pour cela qu’il est sauveur. Sinon, il ne serait que médecin. 

Ce miracle qui semblait banal à souhait, se révèle riche d’enseignements pour nous. Et il nous interroge : qui est Jésus pour toi ? Quelqu’un vers qui tu cries quand tout va mal ? Ou quelqu’un à qui tu te raccroches, à qui tu confies toute ta vie pour être vraiment sauvé ? Veux-tu seulement être guéri ou veux-tu être vraiment sauvé ? Avec le Samaritain, ose emprunter les chemins nouveaux qui s’ouvrent devant toi quand tu rencontres Jésus ; le salut est à ta portée. Accueille-le ! Amen.   

samedi 24 août 2019

21ème dimanche ordinaire C - 25 août 2019

Un avantage, mais sans aucune garantie !






Un avantage mais sans aucune garantie : ainsi pourrait-on résumer la position du chrétien vis-à-vis du salut. C’est en tout cas ce qui ressort, me semble-t-il, de l’évangile de ce dimanche. 

Tout commence, comme souvent, par une question adressée à Jésus : Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? A l’écouter ainsi, elle me fait penser à une question d’enfants : « maîtresse, qui aura droit à ? », en espérant, de la part de celui qui la pose, qu’il sera l’heureux bénéficiaire de la chose. Je suis persuadé que ce quelqu’un qui interroge Jésus s’attend à s’entendre répondre : ne t’en fais pas, tu le seras. De même que nous, entendant l’évangile et mesurant tous les efforts que nous faisons, espérons bien être de ceux qui seront sauvés. Enfin, ne sommes-nous pas venu à l’église, chaque dimanche, pour cela ? Pour nous assurer une place au paradis ? Il suffit d’écouter les parents qui demandent le baptême pour leurs enfants sans forcément qu’ils aillent très souvent à l’église : s’ils leur arrivent quelque chose, ils iront au paradis. Et voilà le baptême relégué au rang d’assurance vie ouvrant droit à l’éternité auprès de Dieu. Comme les choses seraient simples s’il en était ainsi ! 

A écouter la réponse de Jésus, il nous faut cependant vite déchanter. D’abord parce que Jésus ne répond pas à la question qui lui est posée. Aucun nombre n’est donné ; aucun « Ne t’en fait pas » n’est entendu. Mais une série d’affirmations qui sèment le doute : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite… Beaucoup chercheront à entrer mais n’y parviendront pas… Je ne sais pas d’où vous êtes… Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez tous les prophètes dans le royaume et que vous-mêmes vous serez jetés dehors… Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. Et là tout le monde se met à transpirer parce que personne n’aime être le dernier, n’est-ce pas ! Peut-être comprenez-vous mieux maintenant pourquoi j’ai dit en ouverture d’homélie : un avantage mais sans aucune garantie ! 

Un avantage, le baptême en est forcément un : il nous fait fils de Dieu et nous le sommes, comme le dit le Rituel du baptême des petits enfants. Avec le baptême, nous avons toutes les cartes en main : nous avons le Père qui nous dit son amour, le Fils qui nous ouvre le chemin, l’Esprit Saint qui nous permet de comprendre et, dans certains cas, la Vierge Marie pour nous mener toujours plus vers son Fils. Sans oublier que nous sommes membres de l’Eglise, le peuple que Dieu appelle, guide, et fait grandir par ses sacrements. Manque-t-il quelque chose ? Dites-le nous vite pour que nous complétions nos atouts ! A bien écouter Jésus, il manque l’humilité et la justice : deux choses qui ne se reçoivent pas, mais qui se pratiquent. Parce que le baptême n’est pas un moment de notre vie, il est toute notre vie ; il ouvre à un art de vivre conforme à notre foi. Et cet art de vivre, Jésus le décline en creux dans sa réponse à ce quelqu’un qui l’interroge. Cet art de vivre commence par l’humilité (Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite) qui nous évite de nous gonfler d’orgueil devant les autres ; l’humilité qui nous met à notre juste place face à Dieu qui sauve ; l’humilité qui fait que je ne revendique rien pour moi-même, mais qui me place en vérité à la suite du Christ, chemin vers le salut. Cet art de vivre consiste aussi à pratiquer la justice (éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice), à ne rien faire de mal, à ne rien dire de mal, à ne pas soutenir silencieusement le mal. 

Si le baptême est un avantage sur la route qui mène au salut, il n’est en aucun cas la garantie d’y parvenir. Le baptisé qui n’est pas humble, le baptisé qui commet l’injustice, s’entendra dire : Je ne sais pas d’où tu es ; éloigne-toi de moi ! Cette page d’évangile qui peut nous paraître sévère est encore une fois une page d’avertissement, une page qui invite à la conversion, à retrouver l’art de vivre qui correspond à celui qui a été reçu dans l’Eglise par le baptême. Elle est une invitation à une certaine sobriété, à nous débarrasser de ce qui nous grossit et à rejeter définitivement le mal hors de notre vie. Elle est une invitation à prendre au sérieux l’aujourd’hui de notre vie et à inscrire notre foi dans cet aujourd’hui. Il est vrai de croire que Dieu sauve tous les hommes en Jésus Christ, mort et ressuscité ; mais il est vrai aussi de croire que dès aujourd’hui, par ma foi et ma vie accordée à ma foi, je participe à mon salut. Dieu ne me sauvera pas malgré moi. Dieu ne me sauvera pas si je me complais dans l’injustice et l’orgueil. Rendons toute justice à Dieu en reconnaissant son désir de salut pour nous ; mais n’ayons pas l’orgueil de croire que parce que nous sommes chrétiens, catholiques de surcroît, nous sommes déjà sauvés. 

Soyons les premiers à désirer le salut, parce que c’est une bonne chose que de désirer ce que Dieu désire pour nous ; mais ne soyons pas les derniers à marcher humblement avec notre Dieu, ni les derniers à pratiquer la justice envers tous nos frères. Ces derniers là resteront éternellement les derniers, sauf au jour où le Christ appellera à la joie du Royaume. Ils seront alors les premiers à être jetés dehors. Nous voilà au moins tous prévenus : avec la foi, nous avons reçu un énorme avantage, mais absolument aucune garantie. Amen.

(L'image de notre paroisse n° 212, août-septembre 2004)


lundi 16 avril 2018

03ème dimanche de Pâques B - 15 avril 2018

Si l'un de nous vient à pécher...





Je vous écris cela pour que vous évitiez le péché. Ainsi commence la deuxième lecture de ce dimanche. Ce qui précède cette affirmation, ce n’est pas l’extrait de la première lettre de Jean que nous avions entendu dimanche dernier (et qui était tiré du chapitre 5). Non, ce qui précède cette affirmation de Jean, c’est le début de sa lettre et plus immédiatement cette autre citation : Si nous disons que nous sommes sans péché, nous faisons de lui [de Dieu] un menteur, et sa parole n’est pas en nous. Il conclut ainsi un long développement sur la fidélité de Dieu et sur notre communion avec Dieu. Cette fidélité de Dieu s’exprime dans le sacrifice du Christ ; notre communion avec Dieu s’exprime quant à elle par l’accueil de sa Parole dans notre vie.  

Il peut sembler étrange, voire contradictoire, que les disciples du Christ commentent encore des péchés. Le Christ n’a-t-il pas offert sa vie en sacrifice pour les péchés des hommes ? Si la résurrection de Jésus ouvre bien la voie à notre propre résurrection, sa vie sans péché n’a jamais empêché l’homme d’être soumis encore à ce même péché. Nous ne sommes pas encore comme Jésus, même si nous avons accueilli sa vie en nous au moment de notre baptême ! Il faudrait certes tendre vers une vie sans péché ; la résurrection du Christ nous en donne les moyens. Mais la chair est faible, et le péché que nous voudrions éviter, nous le faisons quand même. Même saint Paul reconnaît que le bien qu’il voudrait faire, il n’y arrive pas et le Mal qu’il voudrait éviter, il le fait quand même. Il nous faut donc accepter comme une donnée inhérente à notre humanité le fait que nous soyons pécheur et que nous avons besoin de quelqu’un pour nous sauver, pour nous libérer du Mal. Le début de notre salut est dans la reconnaissance de notre état premier. Comment Jésus pourrait-il nous guérir si nous ne reconnaissons pas notre Mal ? Comment Jésus pourrait-il sauver ceux qui ne croient pas avoir besoin d’être sauvés ? 

Que se passe-t-il alors si l’un de nous commet un péché ? Jean est clair : si cela devait arriver, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste. Autrement dit, Jésus, l’homme sans péché, n’est pas notre accusateur, mais notre avocat, celui qui interviendra en notre faveur. Il l’a fait sur la croix en offrant sa vie : c’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés. Jésus sera pour toujours entre Dieu et nous. Sa croix sera pour toujours le signe du pardon que Dieu nous accorde, à cause de son Fils Jésus. Il n’y a pas à craindre Jésus ; il y a à garder ses commandements. Nous avons déjà découvert dimanche dernier que garder les commandements signifiait pour le croyant aimer Dieu et son prochain. Jean nous fait faire un pas de plus en affirmant que garder les commandements revient aussi à connaître Jésus. Celui qui dit : ‘Je le connais’, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Jean lie la connaissance de soi, la garde des commandements et le salut. Est sauvé celui qui, se reconnaissant pécheur, garde malgré-tout, les commandements. Ayant Jésus comme avocat, il ne peut qu’être sauvé.  

Si l’un de nous vient à pécher, il n’y a pas à s’affoler, ni à désespérer. Nous avons toujours la possibilité d’être sauvé par Jésus, mort et ressuscité pour notre vie. Attachons-nous à lui, attachons-nous à sa Parole, attachons-nous à son amour. Et nous vivrons, dès aujourd’hui et pour toujours. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

samedi 10 mars 2018

04ème dimanche de Carême B - 11 mars 2018

La croix, signe de la miséricorde de Dieu pour nous.






Nous voici déjà bien avancé dans le temps du Carême. Plus de la moitié du chemin est parcouru. Et plus nous progressons, plus nous sommes confrontés au noyau dur de notre foi : la croix du Christ. Elle est, et sera toujours, la pierre d’achoppement, scandale pour les uns, folie pour d’autres, signe de l’amour de Dieu pour nous. Notre salut vient de la croix du Christ, offert par amour, que cela plaise ou non. C’est ce que nous enseigne la deuxième lecture de ce dimanche. 

Lorsque nous entendons Paul dans sa lettre aux Ephésiens, nous constatons qu’il situe d’abord notre salut dans l’axe de la miséricorde de Dieu. Dieu est riche en miséricorde, affirme-t-il d’entrée de jeu. Sa richesse dans la miséricorde se doit de surpasser notre richesse dans le péché. Je sais bien qu’il n’est plus de bon ton aujourd’hui de souligner nos manques, nos péchés : mais comment être touché par la grâce de Dieu, comment accueillir Dieu et sa miséricorde, si nous ne regardons pas honnêtement notre vie ? Ouvrir notre cœur et notre vie à Dieu, c’est faire la vérité sur notre vie en exposant à son regard d’amour et de miséricorde notre condition pécheresse. Non pour nous humilier devant Dieu, mais pour mieux accueillir les dons qu’il nous fait, pour mieux accueillir son salut. Parce que Dieu nous aime tellement qu’il nous veut sauvés, c’est-à-dire libérés des entraves du Mal et de la Mort, pleinement vivants.  

En relisant l’histoire sainte du peuple d’Israël dans le Premier Testament, nous observons que la miséricorde de Dieu va jusqu’à se servir d’un païen – le roi Cyrus – pour venir en aide à son peuple et lui manifester sa grâce. Rien n’empêchera Dieu de faire grâce à ceux et celles qui se tournent vers lui avec un cœur humble et sincère ; rien n’empêchera Dieu de faire grâce à ceux et celles qui se tournent vers lui en reconnaissant leur péché. Nous connaissons l’immense amour de Dieu pour nous ; nous connaissons la route à suivre pour accueillir cette miséricorde ; nous connaissons le remède à notre Mal. Pourquoi dès lors avoir tant de mal à prendre la route et à nous convertir ? Pourquoi avoir tant de mal à employer le bon remède qu’est le sacrement de la réconciliation, dans cette forme précise qu’est la rencontre en cœur à cœur avec Dieu à travers l’un de ses prêtres ?  Dieu attend chacun de nous personnellement pour lui manifester les trésors de grâce qu’il tient en réserve.  

Paul insiste : c’est par la grâce que vous êtes sauvés. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes ; personne ne peut en tirer orgueil. Paul, dès le début de son ministère, lutte contre une religion de l’effort et de la sueur, une religion extérieure au cœur de l’homme. Rien de ce que nous pourrons faire, en dehors d’une vraie conversion et d’une vraie reconnaissance de notre besoin de Dieu, rien donc ne nous sauvera. Il y a à accueillir Dieu et sa grâce dans notre vie. Et nous manifestons cet accueil par notre art de vivre, car il y a bien un art de vivre chrétien, c’est-à-dire une manière chrétienne d’aborder la vie avec ses joies et ses peines. Il y a bien une manière chrétienne d’aborder la morale. Il y a bien une manière chrétienne d’aborder les relations humaines. Tout ce qu’il nous est donné de vivre, nous avons à le vivre avec le Christ, comme le Christ. En nous donnant son Esprit, Dieu lui-même nous donne de vivre comme le Christ, entièrement donné à Dieu et à nos frères. Il nous donne même son Esprit pour que nous puissions comprendre l’œuvre de salut réalisée en Jésus. Il nous donne son Esprit pour que là, au pied de la croix, nous découvrions l’amour de Dieu à l’œuvre. Tout est donné pour que le croyant puisse reconnaître ce que Dieu fait pour lui par Jésus Christ ; tout est donné pour qu’il puisse suivre le Christ sur ce même chemin. Nous n’avons donc pas à craindre la route ; le Christ l’a ouverte pour nous. Nous n’avons pas à craindre les épreuves ; le Christ les a vaincues pour nous. Nous n’avons même plus à craindre la mort ; sur la croix, le Christ la met à mort ; par delà la croix, le Christ nous ressuscite et nous partage désormais sa vie. Voilà ce que fait l’immense amour de Dieu pour nous. Voilà le mystère que nous avons à méditer et à accueillir.  

Dieu nous aime : c’est la vérité que la croix proclame ! Dieu nous veut vivant avec lui : c’est la vérité que le passage par la croix nous révèle ! Rien ne peut détourner Dieu de son amour pour nous et de sa volonté de nous sauver, si ce n’est nous-mêmes, et notre refus de le laisser entrer dans notre vie. Le Christ crucifié est notre route ; le Christ ressuscité est notre lumière. Venons à la lumière pour qu’il soit manifeste que [nos]œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. Venons à la lumière et vivons dans la vérité. Amen.
(Dessin de M. Leiterer)

samedi 3 mars 2018

03ème dimanche de Carême B - 04 mars 2018

Oser dire Dieu.





Puis-je parler de Dieu sans risque ? Puis-je poser une parole sur celui qui aime l’homme et entre en relation avec lui en lui donnant tout ? Puis-je parler de Dieu sans en faire « Mon Dieu » ? C’est-à-dire sans risquer de mettre trop vite la main sur lui et l’enfermer dans mes idées ? Tout prédicateur doit, un jour ou l’autre, affronter ces questions qui ne lui sont pas réservées. En effet, tout croyant qui veut témoigner de sa foi honnêtement se heurte nécessairement à ces mêmes questions. Car il s’agit bien, pour tout croyant quel que soit son statut, de parler de Dieu aux hommes de la manière dont Dieu lui-même se présente à eux. Que dit Dieu de lui-même ? Que laisse-t-il découvrir de lui ? Les lectures de ce troisième dimanche de Carême nous donne des éléments de réponses. 

            Le passage du Livre de l’Exode nous permet de reconnaître en Dieu celui qui vient libérer l’homme : Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. Voilà bien posé le cadre des relations entre l’homme et Dieu ; voilà bien posé le cadre de tout discours sur Dieu. Ce cadre, c’est celui de l’Alliance conclue jadis avec le peuple lors de la libération de l’esclavage. Le Dieu en lequel nous croyons est ce Dieu qui a manifesté à l’homme son amour en lui redonnant confiance, en le faisant sortir d’une vie impossible et indigne de l’homme. Quand notre Dieu parle de lui, il vient nous redire qu’il veut notre bonheur et notre vie. Le Dieu vivant veut que l’homme vive à son tour, de la même vie !  

            Mais ce passage vient aussi nous apprendre que notre Dieu est le Dieu fidèle. Ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération. Autant dire toujours ! Quand Dieu parle de lui, il fait donc référence à cette alliance conclue avec l’humanité, alliance qu’il s’engage à respecter et dans laquelle il nous engage ! Cette fidélité fait que jamais Dieu ne pourra revenir sur sa volonté de faire vivre l’homme, et de le faire vivre libre et heureux. Il semble important à Dieu lui-même, lorsqu’il se communique et lorsqu’il communique sa loi, de rappeler ces deux points en préalable. Une manière de dire : je te propose une loi à respecter, certes ; mais cette loi n’est pas injuste, cette loi n’est pas autoritaire. Elle est simplement la suite et la conséquence logique de l’amour que j’ai pour toi, amour que je t’ai manifesté dans le passé, amour que je te manifesterai encore dans le futur.  

Ce Dieu libérateur et fidèle, Jésus continue de le révéler par toute sa vie. J’avoue que dans l’Evangile de ce matin, il le fait de manière curieuse, pour ne pas dire violente. Ce nettoyage en règle du Temple dit son attachement jaloux à Dieu. Il lui est insupportable que l’homme réduise l’alliance avec Dieu à un marchandage commercial : je t’offre un bœuf ou une brebis, en échange tu me donnes… Il chasse les marchands du Temple pour que l’homme retrouve avec Dieu une relation « humaine » vraie. Entre Dieu et les hommes, il ne saurait être question d’argent ou de cadeaux. Entre Dieu et les hommes se joue la vérité d’une vie. Jésus se situe bien dans la ligne de quelques prophètes qui avaient déjà annoncé que la fumée des sacrifices, Dieu les avait en dégout. Relisez le psaume 50 : Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. Ce que Dieu attend de nous, c’est que notre cœur soit à lui. Il est le Dieu des cœurs à cœurs, le Dieu des relations profondes. Il exige tout de nous parce qu’il nous donne tout, en Jésus. Paul nous le rappelait dimanche dernier déjà dans sa lettre aux Romains.  

Ce même Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens lue en ce dimanche, achève de nous dérouter dans nos discours sur Dieu. Il nous invite à le découvrir là où nous ne l’attendions pas. Il rappelle que Dieu ne se trouve ni dans des signes miraculeux, ni dans une sagesse. Dieu n’est ni un miracle, ni un système de pensée. Dieu s’est révélé en Jésus. Paul en a fait l’expérience sur le chemin de Damas. Et désormais et pour toujours, la figure de Jésus sera la pierre d’achoppement : scandale pour ceux qui voient dans la croix un abaissement inadmissible de la part de Dieu ; folie pour ceux qui ne s’appuient que sur la raison, refusant toute transcendance, niant l’existence de Dieu parce que non vérifiable scientifiquement. A croire Paul, notre Dieu serait un Dieu fou si nous l’évaluions à mesure humaine. Ce qu’il a fait pour l’homme, personne ne l’a jamais fait auparavant. Pour ceux qui ne connaissent pas Dieu, cela peut sembler pure folie que d’avoir donné son fils et d’avoir permis qu’il soit crucifié, mis à mort pour le salut des hommes. C’est pourtant ce qu’il a fait, une fois pour toutes, pour tous et pour chacun. Parler de Dieu aux hommes, c’est parler de ce don inouï. Parler de Dieu, quand on est chrétien, c’est parler de l’alliance qu’il a conclu avec les hommes en Jésus, mort et ressuscité. En lui réside désormais la vie de l’homme ; en lui, réside désormais le salut de l’homme. 

Oser parler de Dieu, c’est finalement oser parler de notre expérience avec lui. En quoi Dieu est-il mon libérateur ? De quoi me suis-je senti délivré par lui ? Comment est-il mon Sauveur ? Ce n’est sans doute pas un hasard si la Congrégation pour la Doctrine de la Foi vient d’envoyer un courrier aux évêques rappelant ce qu’est le salut apporté par Jésus Christ : non pas un bien-être intérieur, ni plus de richesses, mais la communion réelle et plénière avec Dieu. Le document nous rappelle fort justement que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine. Lorsque nous parlons de Dieu, que ce soit toujours dans cet unique but : permettre à notre auditeur de se découvrir sauvé, appelé à la vie avec Dieu. AMEN.

(Dessin de M. LEITERER) 

 

 

samedi 10 février 2018

06ème dimanche ordinaire B - 11 février 2018

Si tu le veux, tu peux...







Comment ne pas être touché par cette rencontre entre Jésus et ce lépreux, bien décidé à obtenir sa guérison de celui dont il sait la puissance. Depuis que Jésus a chassé un esprit impur dans la synagogue de Capharnaüm, sa renommée ne cesse de grandir et de se répandre dans toute la Galilée (Evangile du 4ème dimanche). Sa capacité à guérir s’est largement vérifiée hors de la synagogue, lorsqu’il a passé toute une nuit à guérir beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies et à expulser beaucoup de démon (Evangile du 5ème dimanche). Sûrement notre lépreux en aura entendu parler ; sûrement cela l’aura décidé à se mettre en route pour aller vers Jésus.  

Voici donc nos deux protagonistes face-à-face. Le lépreux n’hésite pas : tombant à ses genoux, il dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Si tu le veux… Ecoutez bien cet homme : il n’exige rien, il ne demande pas ce qu’il a fait au bon Dieu pour mériter cette maladie qui l’exclut de la vie des hommes. Il dit à Jésus : Si tu le veux… autrement dit : s’il te plaît ; et ‘tu peux’ et non pas ‘tu dois’. Quelle belle attitude spirituelle : si c’est dans ton projet de salut de me purifier, tu peux me purifier. Je l’entends non pas comme une demande, mais comme une permission : si tu veux me purifier, je me laisserai purifier par toi. Je ne m’opposerai pas à ton projet de salut. Si tu veux manifester la puissance de Dieu à travers moi, je te laisserai faire. Pour moi, avant de demander sa guérison, il demande à Jésus de se servir de lui pour manifester encore la grandeur de l’œuvre de Dieu, pour manifester encore que Dieu travaille par Jésus, que Dieu va à la rencontre des hommes en Jésus. Il me semble même que Jésus ne s’y trompe pas. Aussitôt la purification effectuée, il renvoie l’homme vers les prêtres pour qu’il fasse les offrandes prescrites par la Loi. Il renvoie l’homme vers Dieu, avec l’interdiction de fanfaronner en cours de route. Dieu seul a guéri ; Dieu seul mérite reconnaissance. 

Lorsque nous affrontons l’épreuve, nous devrions nous souvenir de ce lépreux. Et comme lui, oser demander à Dieu d’accomplir son projet d’amour pour les hommes, de manifester sa grandeur à tous les hommes : Si tu le veux… Comment Dieu pourrait-il rester sourd à notre demande ? Comment pourrait-il décider de ne plus manifester sa gloire ? Comment Dieu pourrait-il ne plus être attaché à son projet de salut pour tous les hommes ? Et nous devrions, comme le lépreux, permettre à Dieu d’agir à travers nous : Si tu le veux, tu peux me guérir, tu peux te servir de moi. Sans aucun doute possible, la limite de la puissance de Dieu réside en nous. Nous attendons que Dieu agisse, mais surtout qu’il le fasse tout seul ; surtout qu’il ne compte pas sur nous ; surtout qu’il nous laisse tranquille. Ce lépreux dont nous pensons qu’il dérange Jésus, se laisse déranger par lui pour que Jésus puisse faire ce qu’il est venu faire : manifester la gloire de Dieu à tous les hommes… qui le veulent bien. 

Ne soyons pas surpris si Dieu ne répond pas aux demandes que nous lui adressons avec cette prière silencieuse gravée en nous : surtout laisse-moi tranquille ! Nous demandons des vocations, mais sans l’envisager pour nous ou pour un fils. Nous demandons à être guéris pour nous-mêmes, mais sans que cela soit une occasion de manifester la gloire de Dieu. Nous demandons à Dieu d’agir à notre place, mais non à travers nous. Là est notre drame. Nous voulons bien Dieu, mais pas trop dans notre vie. Nous voulons bien que Dieu change les choses, mais pas trop notre vie. Nous préférons garder quelques pustules de nos lèpres modernes plutôt que de nous reconnaître redevables envers Dieu. Nous préférons tenir Dieu à une saine distance de notre vie et nous croire libres, plutôt que de reconnaître que notre liberté se trouve dans notre adéquation à la volonté de Dieu. Si nous ne laissons pas Dieu agir selon ce qui lui plaît, ne nous étonnons pas que rien ne change. Si nous ne laissons pas Dieu agir selon son projet de salut pour tous les hommes, ne nous étonnons pas que la paix, la joie et la fraternité soient sans cesse menacées.

Le lépreux avait compris que sa guérison ne viendrait pas du fait qu’il se précipite vers Jésus, mais qu’elle viendrait du désir de salut de Jésus pour tout homme et de sa capacité à laisser Jésus agir en sa faveur, quoi qu’il ait pu demander en retour. A la suite du lépreux, apprenons à autoriser Jésus à agir en nous et à travers nous pour que la gloire de Dieu soit manifestée et que le monde soit sauvé. Amen.

(Dessin de M. LEITERER)

 

 

 

 

samedi 19 août 2017

20ème dimanche ordinaire A - 20 août 2017

Une miette de grâce suffit pour être sauvé.






Mais quelle mouche a bien pu le piquer, Jésus, pour qu’il agisse et réponde ainsi à cette femme ? Est-ce parce qu’elle est femme ? Ce n’est pourtant pas la première femme qu’il rencontre, ni la première femme qui s’adresse à lui pour obtenir une guérison ! Est-ce parce qu’elle est étrangère ? Ce n’est pas davantage la première étrangère qui s’adresse à lui pour obtenir une faveur ! Pourquoi faire la sourde oreille ? 
 
Les disciples de Jésus ne font guère mieux. Face à cette femme qui implore Jésus en reconnaissant sa seigneurie et sa filiation davidique (donc sa qualité de Messie, d’envoyé de Dieu), ils ne demandent pas à Jésus d’intervenir pour des motifs humanitaires, ni pour montrer sa grandeur et sa force, mais bien parce qu’elle les poursuit de ses cris ! Trop, c’est trop : fais quelque chose, mais qu’on ne l’entende plus ; qu’elle se taise ! 
 
Reconnaissons-le : nous avons du mal à comprendre cette histoire, et le fait qu’elle se finira bien n’y change rien. Fallait-il que Jésus rappelle à ce moment-là que le salut était d’abord pour Israël, et que c’est pour son peuple seulement qu’il est venu ? Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Jésus ne s’intéresse-t-il donc plus qu’aux gens bien nés, issus des douze tribus d’Israël ? Devant l’insistance de la femme prosternée devant lui (Seigneur, viens à mon secours), la réponse de Jésus n’est-elle qu’un jeu pour éprouver ses Apôtres (que vont-ils faire, que vont-ils dire si j’agis ainsi ?) ? Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Tout cela n’est-il qu’une manière d’éprouver cette femme (Jusqu’où ira-t-elle ?) ? Pour les disciples, nous ne savons pas grand-chose, à part qu’ils sont sensibles des oreilles et qu’ils veulent que cela s’arrête. La femme, par contre, ne se laisse pas démonter. Elle reconnaît la primauté d’Israël : Oui, Seigneur ! c’est-à-dire : c’est vrai, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Autrement dit, il y en aura bien assez pour tout le monde, sans rien prendre aux premiers. C’est comme si elle rappelait une évidence : le salut de Dieu déborde toujours ; la grâce de Dieu est sans frontière, sans limite. Il y en aura forcément un peu pour les autres, pour ceux qui ne sont pas assis à la bonne table. Une miette de grâce suffirait pour que ma fille soit guérie ! Sinon pourquoi Jésus se promènerait-il en pleine zone étrangère, dans la région de Tyr et de Sidon, bien loin finalement de chez lui ? S’il vient en terre païenne, n’est-ce pas qu’il a un message pour eux aussi ? 
 
La foi de cette femme étant éprouvée, la guérison demandée a lieu : Femme, grande est ta foi ; que tout se passe pour toi comme tu le veux ! Nous retrouvons là le Jésus que nous aimons bien, celui qui manifeste le salut de Dieu à tout homme, qu’importe ses origines, qu’importe sa foi première. Si quelqu’un vient vers Jésus, sachant qu’il peut quelque chose pour lui, il recevra de lui ce qu’il lui faut. Jésus rappelle aux siens qu’il ne remet pas en cause la primauté d’Israël dans l’œuvre de salut de Dieu. Paul le redira à sa manière dans la lettre aux Romains : les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance : Dieu ne regrette pas d’avoir choisi Israël, il ne revient pas sur les promesses de salut faites à son peuple. Mais ce salut a été étendu. L’appel d’Israël était bien d’être lumière pour les nations. Voici que ces nations sont prises à leur tour dans ce mouvement de miséricorde que Dieu accorde à son peuple. Au bout du compte, ce que Dieu veut, c’est faire miséricorde à tous ceux qui crient vers lui. Une miette de grâce suffit pour que tous les hommes soient sauvés. 
 
Ces miettes de grâce nous en usons liturgiquement dans la prière des fidèles, la prière universelle. En effet, si nous commençons toujours par prier pour l’Eglise et si nous terminons toujours par prier pour notre communauté, nous ouvrons toujours cette prière à tous les hommes. Nous y faisons une place pour ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, pour ceux qui sont comme nous et ceux qui nous diffèrent. Et il est bon qu’il en soit ainsi. Nous ne pouvons pas nous replier sur nous-mêmes ; nous ne pouvons pas faire comme si le salut n’était que pour nous qui sommes nés au bon endroit, partageons « la bonne foi » et que sais-je encore. Nous les portons devant Dieu parce que nous savons que les miettes de sa grâce et de sa miséricorde peuvent sauver le monde ; nous les portons devant Dieu comme nous-mêmes avons été portés devant Dieu pour qu’une miette de sa grâce change notre vie. 
 
Avec cette Cananéenne, crions vers Dieu notre détresse. Avec cette Cananéenne, réjouissons-nous que des miettes de grâce soient tombés de la table du peuple choisi. Pour toutes les Cananéennes d’aujourd’hui, laissons généreusement tomber de notre table des miettes de la grâce de Dieu : ne soyons ni des gardiens jaloux de cette grâce, ni des obstacles à cette grâce de salut que Dieu veut accorder à tous ses enfants. Une miette de la grâce de Dieu : c’est si peu, c’est beaucoup, c’est tout. Amen.

(Détail d'un dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 25 février 2017

08ème dimanche ordinaire A - 26 février 2017

Moi, je ne t'oublierai pas, dit le Seigneur !





            Dimanche dernier, la liturgie nous invitait à nous élever à la hauteur de Dieu lui-même. L’horizon qui nous était indiqué, n’était rien moins que la sainteté de Dieu lui-même : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. Mais voilà, vous et moi, nous savons bien que cela est plus vite dit que fait. Et si nous n’y arrivions pas ? 
 
La première lecture de ce dimanche semble se faire l’écho d’un tel échec. Il semble n’y avoir plus rien entre Jérusalem et son Seigneur. Ecoutez-la se plaindre : Jérusalem disait : Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée. Le temps de la splendeur est passé ; Jérusalem n’est plus rien. C’est la catastrophe, la ruine complète. Ce qui est surprenant, c’est l’attitude très humaine de Jérusalem. Elle ne semble pas se remettre en cause. Elle accuse Dieu de l’avoir abandonnée. ; il serait la cause de tous ses malheurs. N’est-ce pas là notre attitude devant les difficultés de la vie ? Trouver un responsable, autre que nous, qui nous empêcherait de trop nous regarder, de trop chercher en nous ce qui a pu causer les difficultés. Cela se traduit parfois par un : Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? Dieu, la cause de tous nos malheurs ! Si tel est le cas, il faudrait s’en débarrasser. Mais écoutez bien Jérusalem. Dans sa plainte, n’y a-t-il pas aussi le regret des jours passés et le désir de retrouver quelque chose de sa splendeur éteinte ? Sa plainte ne serait pas alors accusation, mais bien lamentation, au sens du lamento, ce chant de tristesse et de déploration. Jérusalem s’est bien regardée, elle sait ce qui l’a conduit à cet éloignement de Dieu. Et elle veut croire, dans sa lamentation, que ce n’est peut-être pas trop tard ! En prononçant ce que l’on peut entendre comme une prière, elle espère une réponse, une réaction. Dieu peut-il rester sourd ? 
 
La réponse ne tarde pas : Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? La question peut surprendre et celles et ceux qui sont parents savent bien que cela est impossible. Quand on a donné la vie, on est engagé à vie. Et quand bien même le rejeton devait décevoir, les parents n’en seraient pas moins parents. Pour Dieu, c’est pareil et même plus fort encore : Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur. Quelle belle espérance s’ouvre pour tous les hommes ! Ils ont la certitude de n’être jamais laissé à eux-mêmes ; ils ont la certitude de n’être jamais seuls. Tous les hommes peuvent bien les oublier y compris leurs parents, Dieu n’oubliera aucun de ceux qu’il a appelés à la vie. Il est le rocher sur qui nous pouvons nous appuyer ; il est le refuge qui nous protège ; il est notre salut. Tout est dit par le psalmiste qui répond ainsi à la promesse de Dieu d’être toujours avec nous : Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon salut vient de lui. 
 
Avons-nous cette même certitude ancrée profondément en nous ? Savons-nous, dans la détresse, crier vers Dieu avec confiance, sûrs non seulement qu’il peut quelque chose pour nous, mais sûrs aussi qu’il va intervenir en notre faveur ? Nous sommes à trois jours de l’entrée en Carême, un temps béni pour réapprendre à crier vers Dieu en confiance. Ce dimanche nous donne déjà le ‘la’, un avant-goût de la confiance retrouvée, un avant-goût de la tendresse de Dieu à notre égard. Si la rudesse du Carême à venir venait à nous décourager, souvenons-nous de ce dimanche qui nous rappelle que nous recevons tout de Dieu. Il est le seul que nous devons chercher ; il est le seul dont nous devons avoir le souci parce que lui, le premier, a le souci permanent de nous : Je ne t’oublierai pas, dit le Seigneur ! Il nous veut à sa hauteur, il nous met à sa hauteur, pour sa gloire et notre salut. Amen.

samedi 20 août 2016

21ème dimanche ordinaire C - 21 août 2016

N'y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ?





Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? J’ai beau tourner et retourner cette question dans tous les sens, j’avoue que je n’en comprends pas l’intérêt. Que veut cet homme à Jésus ? Qu’attend-t-il comme réponse ? Et nous, quand nous entendons cette page d’évangile, qu’attendons-nous ? 
 
Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Ma première manière d’aborder cette question, c’est celle du nombre. Cet homme s’intéresse-t-il au nombre de personnes qui seront accueillis en Paradis ? Est-ce une manière détournée de demander combien il y a de chambres disponibles ? On connaît des sectes qui ont défini un nombre de sauvés, s’appuyant sur le livre de l’Apocalypse de Jean, dans lequel on parle de 144 000 sauvés ! Le problème est que, depuis le temps qu’elles existent, elles n’ont pas encore atteint ce chiffre. Trois possibilités : soit elles sont mauvaises en conversion, soit elles sont mauvaises en calcul, soit les critères d’admission sont trop élevés ! Je ne sais pas combien l’Eglise compte de saints en tous genres, mais en 21 siècles, on devrait les avoir atteints. Jean-Paul II a ainsi canonisé 482 saints, béatifiés plus de 1400 bienheureux en quelques 25 années. Quant au pape François, il bat déjà tous les records puisqu’il dépasse les 830 saints à lui tout seul ! Si comme cet homme qui rencontre Jésus, vous vous intéressez au chiffre, attention, les places semblent devenir chères et rares ! 
 
Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Si ce n’est pas le nombre qui intéresse cet homme, je me demande alors, si pour lui, cette question n’est pas un moyen détourné pour savoir si lui sera sauvé. La réponse qu’il attend de Jésus est-ce quelque chose du genre : ne t’en fais pas mon ami, pour toi, j’ai tout prévu. Tu penses bien que tu seras sauvé !  Reconnaissons-le : nous sommes un certain nombre à penser ainsi. Ben quoi, je fais des efforts, je vais à la messe, je ne suis surtout pas comme mon voisin : pourquoi ne serais-je pas sauvé ? Je vous le demande ! Non, non, il faudra bien qu’il nous ouvre : nous avons mangé et bu en sa présence. Le salut ne peut échapper à ceux qui ont partagé sa table, n’est-ce pas ? Envisager la question ainsi ne donne peut-être pas de bons chrétiens, mais ça donne de bons scrupuleux et de bons politiques ! Je fais ce qu’il faut et je dois être élu ; c’est justice !  Sauf si Dieu choisit ses élus comme les français choisissent les leurs : là, c’est vraiment mal barré ! 
 
Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Je maintiens que cette question est sans intérêt ; elle est même dangereuse, parce qu’elle empêche de vivre, elle paralyse. Je ne suis pas sûr que Jésus attende de nous que nous nous transformions en scrupuleux, en zombie spirituel qui n’osent plus, ne risquent plus, ne vivent plus. La foi est aventure, la foi est risque, la foi est vie. Si je me laisse paralyser par l’obsession du chiffre, je vais à ma perte. Si je cherche à me pousser du col, je vais à ma perte. Le salut est grâce, le salut est don. Ce n’est pas une récompense à mériter, c’est un cadeau à accueillir, à accepter. Si je refuse de vivre par peur de me perdre, si je refuse d’oser par peur de me perdre, si je me refuse à risquer par peur de me perdre, je suis déjà perdu. Ce ne sont pas nos échecs qui nous perdrons, mais nos manques d’audace. Nos échecs ont cette vertu de réveiller la miséricorde de Dieu. Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. Cette affirmation n’est pas un pousse-au-crime, mais une certitude qui doit nous empêcher de sombrer lorsque nous tombons en chemin ; elle doit nous permettre de nous relever, et de recommencer. Il vaut mieux entrer au Paradis en passant humblement par la porte étroite que de vouloir forcer le passage par la grande porte et être refoulé par excès d’orgueil !
 
Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Plutôt que d’adresser à Jésus cette demande, adressons-lui notre prière confiante : je ne sais pas si je mérite d’être sauvé, Seigneur, mais je compte sur toi, je compte sur ton amour pour les pécheurs pour me faire grâce malgré tout. Je ne compte ni sur moi, ni sur mes forces, mais sur toi et sur ta grâce. Nous pouvons aussi reprendre les mots que nous donne la liturgie avant la communion : Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. Comprenons bien : et je serai sauvé. Sauvé sur une parole du Christ, ni plus, ni moins. Amen.
 
(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, in Mille dimanches et fêtes, Année C, éd. Les Presses d'Ile de France)

samedi 28 novembre 2015

01er dimanche de l'Avent C - 29 novembre 2015

Avec Jérémie, nous accueillons un Messie, Germe de Justice.


 



Une nouvelle année liturgique, un nouveau temps liturgique ; mais c’est toujours la même foi qui nous réunit et qui nous met en route à la rencontre du Dieu vivant et vrai. Pourtant, cet avent a quelque chose de particulier que les avents des deux dernières années n’avaient pas. L’avez-vous remarqué ? En ce temps de l’Avent du cycle C, ce n’est pas l’unique prophète Isaïe qui nous accompagne, mais quatre prophètes : un pour chaque dimanche ! Quatre prophètes de la première alliance vont nous apprendre à accueillir celui qui, dans la nouvelle alliance, sera bien plus qu’un prophète : le Christ Sauveur. En ce premier dimanche, c’est le prophète Jérémie qui nous livre une parole. 

Connaissez-vous Jérémie ? Il est encore très jeune lorsque le Seigneur l’appelle à quitter son village d’Anatot pour se rendre à Jérusalem. Il est appelé pour porter aux hommes la Parole de Dieu, comme tous les prophètes. Et pourtant, il a une place particulière, selon moi, dans le concert des prophètes du Premier Testament. Au début de son ministère, son pays est en paix, mais ses habitants ont oublié la loi de Dieu. Chacun ne pense qu’à lui ; le mal semble triompher dans certains milieux, et plus personne ne cherche vraiment Dieu. Mais bon, tout va bien ! Jérémie est envoyé dire aux hommes qu’il faut revenir à la loi de Dieu, qu’il serait bon de penser aux autres. Et si rien ne devait changer, alors ce sera la guerre, la destruction et la ruine de Jérusalem. Personne ne le croit ; tous rient de lui. Mais lui, fidèlement, porte la Parole de Dieu, à temps et à contre temps, au risque de sa liberté, voire de sa vie ! Beaucoup, en effet, voudraient se débarrasser de ce gêneur, de cet empêcheur de faire le mal, de ce dévot de Dieu d’un autre âge. Souvent gagné par le découragement, Jérémie poursuit cependant avec une fidélité exemplaire sa mission. L’Histoire lui donnera raison. L’armée de Nabuchodonosor assiège Jérusalem : c’est la guerre ! Et ceux qui riaient de Jérémie comprennent trop tard. Jérémie, lui, ne se réjouit pas d’avoir eu raison contre tous. Il reste fidèle à son Dieu et à sa Parole. Lorsque le pays était en paix, il prêchait la guerre ; maintenant que le pays est en guerre et qu’une partie de la population est déportée, lui achète un champ, annonçant par-là que Dieu fera grâce et miséricorde et que viendra le temps où cette terre reviendra au peuple de Dieu. De prophète de malheur, il devient prophète d’espérance, car Dieu ne saurait laisser son peuple aller vers sa perte.

Comme les autres prophètes, Jérémie comprend vite que Dieu va envoyer son Messie. Nous avons entendu, dans la première lecture, en quels termes il en parle : ce Messie est Germe de Justice, il exercera le droit et la justice. Cette insistance sur la justice ne doit pas nous tromper. Le Messie qui vient n’est pas un juge à notre mesure ; il ne vient pas venger Dieu de celles et ceux qui se sont détournés de lui. La justice qu’exercera le Messie annoncé par Jérémie est d’abord source de salut. Nous pouvons dire que, dans le langage de Jérémie, Germe de Justice équivaut à Germe de Salut. Le Messie qu’il annonce est un Messie Sauveur ;sa justice est celle qui place les humbles au premier plan. Dieu n’a que faire de vengeance. Ce que Dieu veut, c’est un peuple qui lui soit acquis, un peuple fidèle à son Alliance, un peuple qui respecte la loi de Dieu, la seule qui procure vie et bonheur. Il existe un très beau passage dans le livre de Jérémie, au chapitre 31, 31-34 : Voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël une alliance nouvelle. Non pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte – mon alliance qu’eux-mêmes ont rompue bien que je fusse leur Maître ! Mais voici l’Alliance que je conclurai avec eux après ces jours-là. Je mettrai ma loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Une loi qui ne sera plus extérieure à l’homme, mais inscrite au plus profond de son être. Lorsque l’on sait que l’homme de la Bible prend ses décisions avec son cœur, on comprend la puissance de cette nouvelle alliance : la loi de Dieu étant inscrite dans le cœur de chacun, chaque décision de l’homme sera marquée de cette empreinte divine. Et le salut promis devient réalité : Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. N’est-ce pas cela « être sauvé » ? N’est-ce pas là la source de l’unique et vrai bonheur ? 

Malgré les événements difficiles de sa vie, malgré des emprisonnements injustes et injustifiés, Jérémie est resté fidèle au Dieu qui sauve, au Dieu de l’Alliance. Il est celui envers qui Dieu a exercé sa justice au vu et au su de tous. Quand il nous dit que le Messie promis est Germe de Justice, source du salut, nous pouvons lui faire confiance et, avec lui, entrer dans cette fidélité nécessaire au seul et vrai Dieu. Avec lui, attendons ce Messie, Germe de Justice et source du salut. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 8 août 2015

19ème dimanche ordinaire B - 09 août 2015

2ème tension entre Jésus et la foule :
les hommes s’interrogent sur Jésus, Jésus les invite à dépasser sa personne.
 
 
 
Il nous faut faire un effort de mémoire encore pour bien situer l’évangile entendu et bien le comprendre surtout. Tout a commencé il y a quinze jours, avec la multiplication des pains. Jésus prenait ainsi soin du peuple qui lui était confié. Mais ce miracle déclenche une polémique entre Jésus et la foule. Elle a commencé la semaine passée lorsque les hommes demandaient des signes à Jésus, alors que Jésus demandait la foi aux hommes. La polémique se poursuit en ce dimanche : l’incompréhension grandit entre Jésus et ceux qui l’ont suivi jusqu’ici. 
 
Pour les hommes, cette polémique a pour origine Jésus lui-même. Pas seulement ce qu’il dit, mais qui il est. La foule croit connaître Jésus parce qu’elle connaît son origine, son père et sa mère. C’est un enfant de la région. Ce qu’il dit en devient alors encore plus insupportable. Enfin, pour qui se prend-t-il ? En s’approchant de l’homme dont ils connaissent la parenté, ils s’imaginent connaître Jésus, celui que les hommes confesseront comme Christ après Pâques. Comment pourraient-ils approcher le Christ alors qu’ils n’ont pas la foi ? La foule d’avant Pâques peut-elle comprendre des paroles qui sont déjà celles du Seigneur Ressuscité ? Ce n’est que dans la foi de Pâques que nous pouvons découvrir la vérité et la profondeur des paroles de Jésus entendu ce dimanche. Ce n’est que dans la foi de Pâques que nous pouvons reconnaître vraiment Jésus comme le pain qui donne la vie
 
Si Jésus n’est qu’un homme parmi d’autres, sa prétention à être le pain de la vie est inaudible. Mais si Jésus est bien celui que le Père envoie, alors il est vraiment celui qui donne la vie aux hommes. C’est sa raison d’être au milieu de nous. Dieu ne l’a pas envoyé juste pour voir comment c’était sur terre. Il n’est pas venu faire une visite d’inspection. Il est venu dire aux hommes le chemin vers Dieu ; il est venu apporter aux hommes le salut en offrant sa propre vie. La multiplication des pains était un signe évident de sa proximité avec Dieu son Père, le signe évident qu’il est venu prendre soin de nous, veiller sur nous et nous donner la vie de Dieu. Le don du pain annonce le don de sa vie. Il faut donc l’entendre quand il nous parle de son Père. 
 
Si nous acceptons que Jésus est le Fils unique de Dieu, comme nous le rappelait cette semaine la fête de la Transfiguration et la voix du Père dans la nuée – Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! – alors les paroles qu’il prononce aujourd’hui sont une invitation à ne pas nous arrêter à sa personne, mais à voir le Père dans tout ce que dit Jésus, dans tout ce que fait Jésus. Jésus n’est donc pas le héros que la foule imagine ; il ne fait rien par lui-même, mais parce que un autre, son Père, lui demande de le faire. On peut comprendre la déception de la foule et son incapacité à suivre Jésus. Comment pourrait-elle le suivre d’ailleurs sans le regard de la foi ? C’est juste impossible ! Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. Pour être attiré vers le Christ, il faut donc déjà croire en Dieu pour qu’il puisse s’adresser à nous et nous faire rencontrer le Christ ! Tout le discours de Jésus sur le Pain de vie repose sur le postulat de la foi. Il faut que l’homme accepte que Dieu existe ; il faut que l’homme accepte que Dieu n’ait qu’un but : la vie de l’homme. Il faut que l’homme ait le désir de vivre avec Dieu, de vivre de Dieu, pour reconnaître Jésus comme celui qui est la source de cette vie, par mandat du Père. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. 
 
Nous voici renvoyés à nous-mêmes : comment venons-nous au repas que le Seigneur offre à son peuple chaque dimanche ? Reconnaissons-nous, dans le pain partagé, Jésus qui se livre totalement à nous ? Croyons-nous que Dieu veut nous sauver en Jésus, et que ce morceau de pain, dont les croyants disent qu’il est Jésus présent en son corps, est l’aliment de notre salut ? Sommes-nous de ceux qui récriminent contre Jésus, croyant le connaître selon sa généalogie humaine, mais refusant de voir en lui le Fils unique de Dieu ? Sommes-nous capables de cet acte de foi qui nous fait dire, devant le Pain consacré : mon Seigneur et mon Dieu ? Que l’Amen de notre communion soit l’affirmation de notre foi et de notre désir d’être sauvé par Jésus, le Pain vivant, descendu du ciel selon la volonté du Père. Ainsi soit-il !
(Dessin publié dans l'Image de notre paroisse, n° 200, Août 2003, éd. Marguerite)
 

samedi 11 juillet 2015

15ème dimanche ordinaire B - 12 juillet 2015

Quand Jésus envoie en mission...






Est-ce le contrecoup de son échec à Nazareth ? Sommes-nous témoins d’un moment de déprime ou de découragement de la part de Jésus ? Lorsque nous le retrouvons avec ses disciples en ce dimanche, c’est pour assister à un événement étrange : Jésus envoie ses disciples en mission. 
 
C’est étrange, parce que nous sommes bien toujours avant Pâques. Ils ne savent pas encore que Jésus est plus fort que la mort ; ils ne savent pas encore qu’il est près de son Père ; ils n’ont pas encore reçu la force de l'Esprit Saint. Et pourtant, sans autre formation que ces quelques temps de compagnonnage avec Jésus et des recommandations plutôt austères, les voici envoyés en mission, pour faire ce que Jésus seul a fait jusqu’ici : proclamer qu’il fallait se convertir, expulser beaucoup de démons, faire des onctions d’huile à de nombreux malades et les guérir ! En clair, c’est Jésus à la puissance Douze ! Un petit stage de formation en somme, pendant que Jésus fait on ne sait trop quoi ! 
 
Il les envoie deux par deux. Pour une première fois, c’est plutôt rassurant. Les disciples ne sont pas livrés à eux-mêmes ; ils auront un compagnon de route. Se sont-ils choisis ou est-ce Jésus qui a fait les équipes ? Ce n’est pas dit. Nous savons juste qu’ils sont par deux. Cela permet de se soutenir, de ne pas se décourager, d’avoir quelqu’un sur qui s’appuyer. Etre deux oblige aussi à un vrai témoignage : les voilà en somme forcés de vivre entre eux ce qu’ils prêchent ; quel groupe, quel couple n’expérimente pas cette obligation de conversion au quotidien. Celui qui est seul fait ce qu’il veut ; ceux qui vivent ensemble ou travaillent ensemble, doivent s’entendre pour réussir. Ce n’est donc pas innocent si Jésus les envoie deux par deux. Pour réussir, ils doivent déjà se supporter ! 
 
Il les envoie comme des pauvres sur les routes de son pays. Ils ne peuvent prendre qu’un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. Pas même de linge de rechange ! Pauvres de tout, les disciples ne seront riches que de la parole qu’ils auront à transmettre. Il n’y a rien qui pourra les distraire de leur mission. Il n’y aura rien non plus pour faciliter la conversion : pas de bling-bling, juste une parole que les personnes rencontrées accueilleront ou pas. Aucun artifice, aucun moyen de pression. Les hommes ne doivent pas se convertir parce que les Apôtres seraient riches, ou bien habillés, ou utilisant les dernières technologies à la mode pour convertir : non, rien qu’une parole et des signes posés. 
 
La seule concession, c’est le bâton. Ils ont l’air de petits Moïse, jetés sur les routes, un bâton à la main. A moins qu’ils ne ressemblent au peuple de l’Exode, qui a quitté l’Egypte en hâte, la ceinture aux reins, le bâton à la main, pour aller là où Dieu lui-même les guiderait. Le bâton, c’est le symbole de la marche nécessaire et jamais achevée pour aller à la rencontre de Dieu. Les disciples de Jésus, à l’exemple du peuple dont ils sont issus, sont des hommes en marche, en pèlerinage sur la terre des vivants.  Le bâton facilite la marche sur les routes escarpées et permet d’écarter le danger. Nous ne savons pas combien de temps ils sont partis ; nous savons juste qu’ils ont accompli ce que Jésus leur a demandé ; et ils semblent avoir plutôt réussi.
 
Il y a encore une recommandation : la précision donnée par Jésus sur la conduite à tenir selon qu’ils sont accueillis ou pas. Les disciples ne doivent s’arrêter que là où ils sont accueillis ! Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds. Les disciples ne doivent pas se fatiguer à évangéliser ceux qui ne veulent pas les recevoir. On ne discute même pas semble-t-il ! On va vers les périphéries tant que les périphéries veulent vous entendre. Si la parole des disciples ne trouve pas d’écho, il faut partir ailleurs. Comprenons cela comme le signe d’un respect envers ceux qui ne veulent pas se bouger. L’appel à la conversion est adressé à tous, mais il n’est accueilli que par quelques-uns. Cela devrait nous décomplexer aujourd’hui et nous enseigner surtout quand il nous semble que nous prêchons trop souvent dans le désert. N’est-ce pas aujourd’hui, les gens ne veulent plus de Jésus ; cela ne les intéresse plus. Et alors ? Ils ont le droit, le droit de refuser Jésus, le droit de ne pas répondre à son appel, le droit d’aller vers leur perte. Même Jésus ne sauvera pas tout le monde ; pourquoi voudrions-nous réussir mieux que lui ? Le salut est certes offert à tous ; mais tous ont-ils le désir d’être sauvé ? Jésus, par sa recommandation aux disciples, semble dire : essayez partout, mais ne vous mettez pas la rate au court-bouillon si vous n’êtes pas entendus ! Restez chez ceux qui vous accueillent ; quittez ceux qui ne veulent pas de vous ! Et laissez-leur même la poussière qui s’est collée à vos pieds en allant chez eux. En agissant ainsi, dans les deux cas, vous respecterez vos auditeurs. 
 
A l’heure où tous les diocèses mettent au point des stratégies missionnaires, renforcées par des outils d’évangélisation, l’évangile de ce dimanche semble nous dire qu’il faut juste se mettre en route au nom du Christ, redire son message, poser des gestes de fraternité et respecter celui que nous rencontrons. Oserons-nous miser sur cette simplicité ? Oserons-nous nous encombrer de rien si ce n’est le Christ pour aller à la rencontre de nos frères ? Si cela a fonctionné pour les disciples, pourquoi cela ne serait-il plus efficace aujourd’hui ? Osons la simplicité évangélique ; risquons une parole d’éternité et laissons l’Esprit faire le reste. Il ne nous revient pas de convertir, mais seulement d’annoncer, de témoigner et de vivre. Amen. 

(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les Presses d'Ile de France)