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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

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jeudi 14 mai 2026

Ascension du Seigneur A - 14 mai 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il s'engage à être avec nous, toujours.





 

 

            Il n’y a pas besoin d’être grand théologien pour comprendre la solennité de l’Ascension. C’est un mot simple de la langue française, utilisé pour désigner le fait de gravir une montagne (l’ascension du Mont Blanc par exemple), et plus simplement encore compris par les nombreuses personnes habitant un immeuble et qui prennent l’ascenseur pour monter dans les étages supérieurs. Nous célébrons donc aujourd’hui une montée, celle de Jésus retournant auprès de son Père. Nous l’avons entendu dans les Actes des Apôtres : tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Qu’est-ce que cette solennité nous apporte de plus ?

            A priori, rien de plus que la solennité de Pâques. La résurrection de Jésus traduisait déjà cette montée : descendu aux enfers, il est ressuscité, entrainant avec lui ceux que la mort retenait captifs. C’est ce que nous disent toutes les icônes de Pâques dans le monde chrétien oriental. C’est dans la logique de Pâques que le Ressuscité retourne auprès de son Père qui l’avait envoyé pour le salut du monde. Ce dernier étant rendu possible par la Passion et la Résurrection de Jésus, il n’y a pas lieu que le Christ s’attarde ici-bas. Désormais, il nous attend auprès de son Père. Mieux, il reviendra un jour dans toute sa gloire. Cette espérance, née de la foi pascale, ne doit pas nous abandonner. Jésus ne retourne pas chez son Père parce que les hommes, en le jugeant et le condamnant l’auraient déçu ; il retourne chez son Père parce que sa mission est accomplie. C’est à ses disciples de prendre le relais, lorsque la puissance de l’Esprit Saint aura été répandue en eux. Vous allez recevoir une force quand l’Esprit Saint viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Jésus peut reprendre à son compte la phrase attribuée à César : Veni, vidi, vici – Je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu. Un moment de l’Histoire des hommes est achevé et il ouvre sur un nouveau temps : celui de la mission des disciples de faire connaître cette histoire Jésus pour que le monde croie et se convertisse à son enseignement. L’évangile de ce jour ne dit pas autre chose quand Jésus affirme : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.

            Nous voyons là que la mission n’est pas une option, un petit truc en plus à faire quand nous n’aurons plus rien d’autre à faire ! La mission devient première pour les disciples. Ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont compris de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, ils ont à le faire connaître. Ce qui est en jeu, ce n’est pas que Jésus soit connu du plus grand nombre ; ce qui est en jeu, c’est que le salut apporté par Jésus parvienne au plus grand nombre, parvienne aux extrémités de la terre, à toutes les nations. Jésus n’a pas donné sa vie uniquement pour ceux qui l’ont connu, mais pour tous les hommes, répandus par tout l’univers, à travers toute l’Histoire. C’est la mission de ses Apôtres ; c’est notre mission à tous, baptisés dans l’eau et l’Esprit Saint. Ce Christ que nous avons accueilli dans notre vie, nous ne pouvons pas le garder pour nous, au prétexte que les autres n’en veulent pas, ou que notre société est devenue trop laïque et matérialiste pour accueillir sa Bonne Nouvelle. Le chrétien est missionnaire ou il n’est pas ! Il porte le Christ en lui pour le porter au monde. Il ne s’agit pas de l’imposer, mais de le proposer sans cesse, et d’abord peut-être par notre art de vivre qui devrait nous identifier comme chrétiens et qui devrait susciter l’envie de vivre de ce même art qui consiste à mettre l’autre au cœur de nos préoccupations, à être attentifs aux plus petits qui sont les préférés de Jésus, à dire Jésus par toute notre vie, en acte d’abord et en parole, à celles et ceux qui nous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en nous, comme nous le demandait Pierre dimanche dernier.

             Nous pourrions alors objecter que nous ne sommes ni Pierre, ni aucun des Apôtres qui ont connu personnellement Jésus. Nous pourrions dire que nous ne sommes pas qualifiés ou assez courageux. A ceci, Jésus lui-même répond dans l’évangile. Il nous assure d’une chose que nous ne devons jamais oublier : Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Oui, quand Dieu nous dit son amour, il s’engage à être avec nous, toujours. L’Ascension n’est pas un abandon puisqu’elle s’accompagne de cette promesse de Jésus. Et je suis certain que nous avons tous déjà ressenti cette présence de Jésus à nos côtés ; par exemple dans tel événement difficile, une foi plus forte pour le traverser ; dans telle rencontre, une joie profonde qui nous a envahis ; dans tel conflit, une paix intérieure qui nous a permis de le dépasser et de vivre une vraie réconciliation… ou simplement dans le calme d’une église ou d’une chapelle, de ressentir qu’il est là, qu’il nous parle au secret de notre cœur et qu’il veille sur nous. Jésus ressuscité est présent à notre monde, même si les événements dramatiques peuvent nous en faire douter ; il est présent à notre vie, nous rappelant son enseignement, son amour, et le salut qu’il nous offre. Ne doutons jamais de cette présence discrète mais sûre. L’eucharistie qui nous rassemble aujourd’hui nous fait partager les signes de sa présence : la Parole proclamée et expliquée ; le Pain et le Vin consacrés et partagés. Des choses toutes simples, mais qui nous rappellent que Jésus ne cesse de nous enseigner et de se donner en nourriture pour que notre foi reste forte et vivante.

            En cette fête de l’Ascension, nul besoin de lever les yeux au ciel pour contempler Jésus. Il suffit de nous tourner les uns vers les autres pour trouver, en ceux que Dieu met sur notre route, la trace de celui qui a pris le chemin de notre humanité pour nous rappeler le chemin vers Dieu et vers la sainteté qu’il nous offre en partage. Parce que Jésus est devenu l’un de nous, chacun de nous porte un peu de sa présence au monde ; chacun de nous est comme une icône permettant de contempler l’amour de Dieu pour tous. Ne cherchons pas ailleurs qu’au milieu de nous Celui qui a donné sa vie pour nous sauver, et donnons-le à voir afin que le monde croie et parvienne au salut. Amen.

samedi 28 juin 2025

Solennité de Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres

 Célébrer Pierre et Paul pour célébrer la mission de l'Eglise.







 

C’est une grande joie de célébrer dans une même fête Pierre et Paul, tous deux Apôtres du Seigneur, et reconnus depuis les origines comme les colonnes de l’Eglise. Les célébrer ensemble, revient à célébrer l’Eglise dans ce qu’elle a de plus fondamentale : sa mission d’évangélisation, ou pour le dire clairement l’obligation qui lui est faite d’annoncer le Christ, mort et ressuscité pour le salut du monde. En les désignant comme les colonnes de l’Eglise, nous disons que toute la mission que le Christ a confié à ses Apôtres, s’appuie sur eux. Toute l’Eglise s’appuie sur ces deux-là pour ne jamais trahir sa mission.

 Cette mission est représentée dans la pierre à Rome sur la célèbre place qui porte le nom du chef des Apôtres. Il y a là deux statues, l’une de Pierre et l’une de Paul. Pierre pointe son doigt vers le sol, Paul, le sien vers l’horizon. Les romains facétieux traduisent cela ainsi : Pierre dit « Ici on fait la Loi » et Paul dit « C’est là-bas qu’on l’applique ». Plus sérieusement, ils nous rappellent que la mission de l’Eglise est ad intra et ad extra, pour l’intérieur et pour le vaste monde. Et nous ne pouvons pas choisir l’un ou l’autre. Nous ne pouvons pas jouer Pierre contre Paul. Il faut, comme le fait la solennité qui nous rassemble, les tenir ensemble, quand bien même il ne faisait pas toujours bon de les avoir sous le même toit.

 Pierre, c’est un authentique disciple de Jésus, au sens où il l’a suivi pendant tout son ministère. Il fait partie des premiers appelés et il est celui à qui Jésus a confié l’Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. La mission principale de Pierre, après Pâques, va être de conduire ce peuple qui va s’agrandissant à la suite du Ressuscité. Souvenez-vous d’un des évangiles du temps pascal, lorsque Jésus prend Pierre à part pour l’interroger par trois fois : Pierre, m’aimes-tu ? et de lui confier ensuite sa mission : Sois le berger de mes agneaux, sois le berger de mes brebis. La mission de Pierre est d’abord dirigée vers l’intérieur, vers l’Eglise. Il doit la guider et la conduire à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu. Il doit faire son unité. Et ce ne sera jamais simple. Il suffit qu’un Saul de Tarse, persécuteur de chrétiens, se convertisse, pour que la jeune communauté croyante s’agite. Pierre saura écouter, discerner et aider la jeune communauté à comprendre que Saul de Tarse, qui ne sera bientôt connu que sous le nom de Paul, a bien reçu une mission du Seigneur Ressuscité. Selon le témoignage de Paul lui-même, ils se sont partagé la mission : à Pierre, les croyants d’origine juive, à Paul, le vaste monde païen à qui le Christ veut aussi se révéler.

Paul est aussi Apôtre, bien qu’il n’ait ni accompagné, ni même rencontré Jésus de son vivant. Le premier contact de Paul avec le Christ, c’était sur la route de Damas où il se rendait pour ramener dans la voie droite les juifs qui se sont égarés en croyants au Christ. Sur la route donc, Saul de Tarse est saisi par Jésus ressuscité et converti. Le zèle qu’il employait pour éradiquer cette voie nouvelle, il le mettra désormais au service de voie nouvelle. Il sera le premier à mettre des mots sur la foi chrétienne et à l’expliquer à ceux qui étaient loin même du judaïsme. Il est le premier théologien du christianisme. Ses voyages missionnaires l’auront conduit dans tout l’empire romain, soit la totalité du monde connu à son époque. Apôtre il l’est devenu non pas accompagnement de Jésus, mais par révélation du Christ lui-même.

Entre Pierre et Paul, il n’est pas possible à l’Eglise de choisir. Elle tient et de Pierre et de Paul. Sa mission est pour elle-même, pour fortifier la foi de ses fidèles, pour les inviter à se convertir vraiment au Christ qui a donné sa vie pour ses amis. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres hommes ; nous avons à faire le choix du Christ chaque jour, dans chacune de nos activités, dans chaque moment de nos journées. C’est l’œuvre de Pierre qui se poursuit en elle aujourd’hui. Mais sa mission est aussi de veiller à répandre la Bonne Nouvelle du Christ, toujours et encore, parce que le salut obtenu par le Christ sur la croix, est salut pour tous les hommes, pas uniquement ceux qui l’ont connu avant, pas uniquement ceux qui croient en lui maintenant. Tout homme venant dans ce monde est destiné au salut, destiné à entendre la Parole de Dieu. Contrairement à ce qu’affirmait récemment un homme politique français, les chrétiens ne mettent pas de l’huile sur le feu quand ils font la promotion du Christ. Ils font ce pour quoi ils ont été appelés par Dieu au moment de leur baptême : révéler le Christ par des mots certes, mais aussi et surtout par un art de vivre marqué du sceau de l’Evangile. Cet art de vivre se traduit par notre charité à l’égard de tous ; cet art de vivre se traduit aussi par le désir du salut du monde. Et pour que le monde soit sauvé, il faut lui faire connaître le Christ, sans violence, sans contrainte, mais par l’exemple d’une vie entièrement tournée vers le Christ. C’est notre devoir de baptisés ; c’est notre droit de citoyen d’un pays qui ne reconnaît aucune religion mais permet à toutes de s’exprimer et de se vivre. Nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant parler du Christ ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant le proposer ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en vivant de lui, dans toutes les dimensions de notre vie, qu’elle soit privée ou publique. En proposant le Christ, nous faisons le pari de la liberté parce que chacun doit avoir la possibilité de se déterminer, seul et en conscience, pour ou contre le Christ. En proposant le Christ, nous faisons le pari de l’égalité parce que nul n’est trop ceci ou pas assez cela pour entendre l’Evangile du Christ ; sa parole de vie et d’amour est pour tous, de la même manière. En proposant le Christ, nous faisons enfin le pari de la fraternité véritable, fondée sur l’amour et le don de soi du Christ sur la croix pour que tous les humains soient reconnus comme frères et sœurs en humanité et se reconnaissent frères et sœurs en Christ.

Puisqu’en ce jour, nous honorons ces deux Apôtres et géants de la foi, revendiquons-nous de l’héritage de l’un et de l’autre. Que Pierre et Paul soient les colonnes de notre propre vie spirituelle, nous invitant à une conversion toujours plus pleine, et nous poussant à témoigner, sans complexe, de celui qui nous fait vivre et qui a encore des réserves de vie et d’amour pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, mais qui peuvent le côtoyer à travers nous. Qu’à la prière de Pierre et de Paul, nous devenions des disciples missionnaires pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

samedi 13 juillet 2024

15ème dimanche ordinaire B - 14 juillet 2024

 Pas ici, mais là-bas ! Pas moi, mais eux !



(Jésus envoie ses disciples deux par deux, Source : www.cath.ch)





 

 

            Pas ici, mais là-bas ! C’est en résumé, ce que dit Amazias, prêtre de Béthel, à Amos, le prophète envoyé par Dieu. Pas ici, parce que tu nous casses les oreilles, mais là-bas, parce qu’il n’y a pas de raison que les oreilles des autres soient épargnées. C’est une question d’égalité ! En ce jour de fête nationale, comment ne pas y être sensible ? 

Pas ici, mais là-bas ! Amos a bien compris le message, mais il n’en fera rien. Il rappelle au prêtre Amazias qu’il n’a ni choisi, ni voulu ce poste. En fait, il n’a rien demandé, il a été appelé. Je n’étais pas prophète, ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël. Amos, à la différence d’Amazias, du roi et du peuple, écoute quand Dieu parle. Prophète, ce n’est pas son métier ; il n’a pas fait d’école pour cela ; il se contente d’écouter Dieu et de rapporter ce qu’il lui demande de dire. En lisant le prophète Amos, nous comprenons pourquoi ses auditeurs sont plutôt mécontents. Son message n’est pas tendre ; c’est une vraie diatribe contre l’injustice sociale, le vol en bande organisée, la traite d’êtres humains et les petits arrangements entre amis riches pour devenir encore plus riches en spoliant les pauvres. Qui a envie d’entendre cela, à Béthel ? Personne ! D’où le pas ici, mais là-bas. 

Dans l’évangile, les disciples auraient pu dire à Jésus : pas nous, mais eux, une autre version du pas ici, mais là-bas. Pas nous, mais eux, parce que lorsque l’on voit le cadre posé par Jésus quand il envoie ses disciples en mission pour la première fois, on se dit que c’est plutôt rude. Ils ont droits à un bâton, une paire de sandales et… c’est tout ! Pas de pique-nique pour la route, pas d’argent pour faire les courses, pas de sac, pas de linge de rechange. Si la mission ne dure qu’un jour, ça peut aller ; mais si elle doit s’étendre dans le temps, c’est un peu crado, dans un pays chaud ! Malgré tout cela, ils sont tous partis, par deux, accomplir la mission que Jésus leur a confiée. Ils ont compris, comme Amos des générations avant eux, que lorsque Dieu appelle et envoie en mission, on ne discute pas. Il veillera sur eux, il leur donnera ce dont ils auront besoin. Pour eux, seule doit compter la mission confiée. On ne s’encombre pas d’autre chose ; on ne sort pas un truc de son sac pour faire plaisir ou pour impressionner. Seule compte la parole qu’ils ont à dire, et le combat contre le mal qu’ils ont à mener : ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. Pour savoir si leur mission a réussi, il vous faudra revenir dimanche prochain. Je ne « spoilerai » pas la suite de l’Evangile. Aujourd’hui, il nous suffit de savoir que Dieu appelle et envoie en mission. Ce qui valait pour Amos, vaut pour les disciples, et vaut encore pour nous aujourd’hui. 

Nous aussi, nous sommes appelés. Nous avons d’abord été appelés à devenir fils adoptifs, par Jésus le Christ, comme le rappelle si bien Paul aux chrétiens d’Ephèse. Mais bien plus que cela, ou en conséquence de cela, il nous appelle à vivre saints, dans l’amour, dans la louange de la gloire Dieu, et à vivre dans l’Esprit Saint. C’est notre vocation première, et nous ne pouvons pas dire à Dieu : pas nous, mais eux, ni même pas ici, mais là-bas, sous-entendant que d’autres, ailleurs auraient plus besoin de conversion que nous. C’est l’appel premier, parce que à celui-ci peuvent se rattacher une multitude de petits appels ponctuels. Ils peuvent vous être adressés par un proche ou un voisin, un étranger ou un petit, voire par l’Eglise quand il s’agit d’une fonction permettant à la communauté de vivre mieux sa mission d’évangélisation. Tout le monde est concerné, et nous ne pouvons pas sans cesse nous dérober et dire : pas moi, mais eux ! 

        Quand Dieu appelle, c’est qu’il veut avoir besoin de nous. Si les hommes peuvent bien estimer qu’ils n’ont pas besoin de Dieu, Dieu cependant estime qu’il a besoin de chacun de nous pour poursuivre aujourd’hui la mission du Christ. Et si pendant un temps, nous avons collectivement estimé que cet appel était pour les prêtres, mes religieux et les religieuses, nous découvrons de plus en plus que chaque croyant a une place à tenir, une mission à remplir. Parce que ce qui nous « oblige » à la mission, ce n’est pas une ordination ou un engagement dans une communauté ; non, ce qui nous « oblige », c’est notre commun baptême, qui fait de nous tous des prêtres, des prophètes et des rois. Il est le sacrement fondamental qui nous place dans les pas du Christ. Tout le reste s’ajoute ou découle de celui-là. Quand Dieu nous appelle à le suivre par le baptême, il nous assure de la présence de son Esprit (la confirmation), il nous nourrit pour que notre foi ne défaille pas (l’eucharistie) et il construit son Eglise en veillant à une juste répartition des charismes (mariage, ordre). Enfin, il nous donne des moyens supplémentaires pour parvenir au salut : le sacrement de la pénitence et la réconciliation et le sacrement des malades. Tout cela ne peut se faire que parce que nous sommes d’abord baptisés. C’est ce premier appel qu’il nous faut prendre au sérieux pour vivre dans la fidélité au Christ et parvenir au salut. Amen.



dimanche 28 mai 2023

Pentecôte - 28 mai 2023

 Du Ressuscité, accueillir l'Esprit et nous laisser envoyer.



(Source de l'icône : e-monsite.com) 

 



            Le temps pascal s’achève avec cette fête de la Pentecôte et pour nous faire comprendre l’unité de ce temps, la page d’Evangile nous rapporte le récit d’une apparition de Jésus, le soir venu, en ce premier jour de la semaine, c'est-à-dire au soir de Pâques. Le don de l’Esprit Saint est intimement lié à l’événement de la mort et la résurrection de Jésus, Jésus lui-même ayant assuré à ses disciples que l’Esprit ne pourrait venir que lorsque Lui serait parti. L’événement pascal va au-delà de la mort - résurrection de Jésus ; il va jusqu’à ce jour où la promesse de l’Esprit est réalisée. 

            De cette page d’évangile, la première chose à retenir, c’est le souhait de paix formulé par Jésus. S’il est allé jusqu’à offrir sa vie sur la croix, c’est pour que nous trouvions le chemin de la paix. D’abord de la paix intérieure qui nous envahie lorsque nous renonçons au péché et à tout ce qui conduit vers des attitudes de mort, mais aussi de la paix avec ceux qui croisent notre route ; je ne peux être en paix avec moi si mon cœur fait la guerre ne serait-ce qu’à un seul frère ! La paix n’est pas un effort à faire, mais un don du Ressuscité à accueillir. Si nous accordons un temps soit peu d’importance à son sacrifice sur la croix, accueillir ce don de la paix, c’est dire au Christ le prix que nous accordons à ce sacrifice, et l’estime en laquelle nous le tenons pour s’être offert ainsi sur la croix. Accueillir le don de la paix qu’il nous offre sera notre réponse aimante à Jésus qui a donné sa vie pour nous. Pour le dire autrement, tu ne peux pas te dire disciple de Jésus sans accueillir ce don. Un chrétien qui refuserait d’être porteur de paix, un chrétien amoureux de la guerre, n’est pas un authentique disciple du Christ. Ce n’est pas possible ; cela ne devrait même pas exister. Aimer le Christ, c’est aimer la paix qu’il nous donne. Et vous aurez remarqué que ce souhait de paix de la part du Christ est un souhait renouvelé. Jésus leur dit de nouveau : La paix soit avec vous. Puisque, de mémoire, c’est la seule fois que Jésus se répète ainsi, c’est bien que cela doit être d’une particulière importance. 

            Deuxième constat : c’est seulement quand le souhait de paix est reformulé, que Jésus souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Nul ne peut accueillir l’Esprit Saint dans l’agitation ; nul ne peut accueillir l’Esprit Saint quand il se dispute avec les autres. Nul ne peut accueillir l’Esprit quand il n’est pas en paix et n’agit pas en paix. L’Esprit de Jésus est un Esprit de paix : il suppose la paix, il engendre la paix, il garantit la paix. Peut-être faut-il voir là la raison pour laquelle, lorsque le pardon est célébré sacramentellement, le prêtre impose les mains au confessant en même temps qu’il prononce les paroles d’absolution. Et qu’est-ce, l’absolution sacramentelle sinon le début de la paix retrouvée, à l’intérieur de nos cœurs, avec nos frères et sœurs en humanité que notre péché avait blessés et éloignés de nous et avec Dieu ? Il nous faut un degré de paix intérieure pour accueillir l’Esprit de réconciliation qui nous établira définitivement dans la paix du Ressuscité qui nous offre le pardon. N’oublions jamais et autant que cela est possible, de demander la grâce de la paix ; c’est une prière toujours exaucée ! Vivre dans l’Esprit du Ressuscité, c’est vivre du pardon qu’il accorde et faire en sorte que ce pardon se répande. 

Dernier constat : la paix et l’Esprit Saint offerts ne peuvent être gardés. Ce sont des dons à partager, des dons qui nous mettent en route. Entendez bien Jésus : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. La paix reçue dans la force de l’Esprit nous fait missionnaire ! Si les dons que Dieu nous fait sont bien pour nous, ils n’en sont pas pour autant à garder jalousement, mais à partager joyeusement. La paix n’augmente que lorsqu’elle se partage. L’Esprit Saint n’agit efficacement que lorsqu’il m’ouvre aux autres. Les dons de Dieu ne nous enferment pas sur nous-mêmes, mais nous poussent à la rencontre, à la communion avec Dieu, certes, mais aussi avec les autres pour lesquels il a pareillement offert sa vie. Un chrétien baptisé et confirmé dans la force de l’Esprit Saint ne saurait s’isoler. Et quand bien même il se ferait ermite, ce serait toujours dans une grande communion avec l’humanité. Nul ne se retire du monde par haine du monde, mais bien pour le porter davantage encore dans sa prière et dans son cœur. 

            Au terme de ce chemin pascal, nous comprenons alors que toute l’œuvre du Christ est une œuvre de pardon et de paix avec et pour toute l’humanité. Le grand projet de Dieu pour les hommes n’est rien d’autre que cela. Il est projet d’amour qui veut faire de toute l’humanité une grande famille qui s’aime, vive en paix, dans un esprit de réconciliation permanent. Nous avons eu la grâce de cinquante jours pour nous ouvrir à cette compréhension. Que cette Pentecôte soit pour nous l’occasion d’un renouveau de notre esprit missionnaire pour que le monde dans lequel nous vivons accueille cette paix. Que l’Esprit Saint répandu aujourd’hui fasse de nous des artisans de paix et des missionnaires de la réconciliation entre tous les hommes. Amen.

dimanche 15 janvier 2023

2ème dimanche ordinaire A - 15 janvier 2023

 Elus pour témoigner de Dieu.



 

            Il y a une thématique qui traverse toute la Bible et dont toutes nos lectures de ce dimanche se font l’écho, celle de l’élection. Dieu choisit des hommes et des femmes, et même un peuple tout entier, pour être témoins de son œuvre de salut en faveur de l’humanité. Il est important de bien saisir le sens de cette élection pour ne pas tomber dans des travers dangereux et pour l’élu et pour ceux vers qui il est envoyé. 

            Nous l’avons entendu dans la première lecture : Dieu appelle le prophète Isaïe. Tu es mon serviteur, en toi je manifesterai ma splendeur. Et plus loin Dieu précise le sens de cet appel : C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. L’élection ou l’appel, si vous préférez, c’est toujours en vue d’une mission auprès de quelqu’un. Ce n’est pas pour placer quelqu’un au-dessus des autres, mais pour le placer auprès de quelqu’un ou en avant de quelqu’un. L’élu ne va pas dominer, il va accompagner, éclairer, ramener vers Dieu, dire sa Parole… Même l’élection du peuple Israël n’en fait pas un peuple au-dessus des autres. Il est le peuple particulier de Dieu pour être lumière qui éclaire les nations. Pour le dire clairement, Israël est choisi pour vivre l’Alliance que Dieu propose, non pas parce qu’il est meilleur que les autres peuples, mais pour qu’un peuple, Israël, serve de modèle aux autres ; pour que les autres peuples, voyant Israël bénéficier des faveurs de Dieu, se disent : nous-aussi, nous voulons vivre cela, nous aussi nous voulons connaître ce Dieu qui intervient en faveur du peuple qu’il a élu. 

            Les Alliances successives, et les ruptures d’Alliance tout aussi successives, nous montrent bien que ce n’est pas simple et que l’élection par Dieu n’empêche pas le peuple de se détourner de Dieu. Dieu enverra des prophètes vers son peuple pour faire revenir le cœur de celui-ci vers Dieu. Et après le temps de l’Exil, le prophète Isaïe nous indique clairement que désormais, c’est l’humanité tout entière qui est appelé au salut. L’élection d’Israël s’étend à tous les peuples. Tous sont aimés de Dieu ; tous peuvent bénéficier du salut que Dieu offre. Des siècles plus tard, Paul, qui a grandi au sein de ce peuple élu par Dieu, a bien conscience d’une nouvelle élection qui le concerne lui et ceux qui ont fait choix du Christ : Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelé à être saints… Paul a été appelé à être apôtre : c’est son élection particulière ; mais avec lui, tous les chrétiens sont appelés à la sainteté. Cette élection, nous la partageons tous depuis notre baptême. 

            Et nous comprenons là que l’élection ne nous place pas au-dessus des autres, mais au milieu des autres, et qu’elle nous confère une mission. Pour Isaïe, c’est d’être prophète ; pour Paul, c’est d’être apôtre du Christ Jésus, pour chacun de nous et pour eux, c’est d’être saints. Il y a une mission commune, la sainteté à accueillir et à vivre, et des missions particulières au service de la mission commune : être prophète, être apôtre… Paul les détaillera plusieurs fois dans ces lettres. Ceux qui exercent une mission particulière ne sont pas meilleurs que les autres ; ils ont juste été appelés à quelque chose de plus au service de tous. De même, les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres ; ils ont juste accepté l’appel de Dieu que le baptême manifeste. Par le baptême, Dieu nous choisit comme ses enfants : Tu es mon fils, en toi j’ai mis tout mon amour. C’est Dieu qui nous choisit par le baptême ; nous faisons juste le choix de lui répondre. Mais c’est son appel qui est premier et qui conditionne tout. 

            Que ce soit l’appel à la mission commune (vivre de la sainteté de Dieu) ou que ce soit l’appel à une mission particulière, nous avons tous la même obligation : témoigner de ce que Dieu a fait pour nous et pour notre salut. Jésus lui-même, placé au milieu de nous par son incarnation, témoignera par son enseignement et par les signes qu’il pose, de ce que Dieu réalise pour tout homme. Nous ne pouvons pas le faire si nous considérons que nous sommes au-dessus des autres. Nous ne témoignons vraiment que lorsque nous vivons au milieu des autres, partageant leurs tristesses et leurs joies, leurs angoisses et leurs espérances. Que ce temps ordinaire que nous avons commencé, nous donne de nous situer en vérité au milieu des hommes de notre temps et de leur témoigner l’amour dont Dieu les aime. Ainsi nous serons lumière qui éclaire les nation et nous accomplirons notre vocation à la sainteté. Ainsi nous pourrons tourner les cœurs vers le Christ, le seul qui sauve. Amen.

samedi 25 septembre 2021

26ème dimanche ordinaire B - 26 septembre 2021

 Tous disciples, tous missionnaires.



(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, Presses d'Ile de France)





            Dans une semaine exactement se tiendra, en divers diocèses dont celui de Strasbourg, le congrès mission. Trois jours nous sont offerts pour reprendre goût à la mission, pour nous encourager, nous écouter et peut-être aussi écouter le Seigneur qui nous parle et nous envoie. Il est heureux alors que, pour nous y préparer, la liturgie de ce dimanche nous oriente déjà vers ce congrès de manière peut-être malicieuse, nous rappelant qu’il n’y a pas d’exclusivité en la matière.

            Que ce soit à l’époque de Moise ou à l’époque de Jésus, l’Esprit Saint se manifeste où il veut, quand il veut, pour une mission dont lui seul précise les contours. En voici deux qui prophétisent, hors de tout cadre : faut-il les arrêter ? En voici un autre qui chasse des démons au nom de Jésus, tout aussi hors cadre, n’appartenant pas au groupe de ceux qui nous suivent. Faut-il l’en empêcher ? Dans les deux cas, la réponse jaillit identique dans l’esprit : laissez faire ! Vous ne pouvez pas contraindre l’Esprit Saint à n’agir que dans les cadres imaginés par l’esprit humain. Vous ne pouvez enfermer l’Esprit Saint ni dans la Synagogue, ni dans l’Eglise. L’esprit est libre, il agit quand il veut ; il agit où il veut ; il agit par qui il veut. C’est une manière intéressante de nous dire que tout un chacun est concerné, que tout un chacun doit être attentif aux appels de l’Esprit Saint. Apprenons à nous laisser surprendre par l’Esprit Saint. Et pour éviter tout et n’importe quoi, un critère important est donné par Jésus : quand c’est bien l’Esprit qui agit à travers quelqu’un, même hors cadre, cela produit du bien, cela construit l’humanité, cela fait grandir la fraternité. Pour être plus clair, si ce que tu fais en affirmant que tu le fais au nom de Dieu, produit du mal ou du bruit, ce n’est pas de l’Esprit Saint ; tu trompes ton monde, tu es une occasion de chute pour les autres. Le bien ne fait pas de bruit ; le bruit ne fait pas de bien.

            Depuis le début de son pontificat, le pape François nous invite tous à devenir disciples missionnaires. Je comprends bien ce qu’il veut faire passer comme message, mais je trouve que la manière de le dire est maladroite. Quelqu’un peut-il être disciple du Christ sans être missionnaire, sans témoigner de lui, sans l’annoncer aux autres ? Je ne crois pas, à moins de considérer que Jésus, il est pour moi tout seul. Quelqu’un peut-il alors être missionnaire sans être disciple ? Je ne crois pas davantage, car comment quelqu’un pourrait-il inviter à suivre le Christ si lui-même ne le suit pas ? La rencontre avec le Christ nécessairement met en mouvement. La rencontre avec le Christ nécessairement fait parler de lui. Ou alors le Christ n’est pas vraiment devenu essentiel pour nous ; il ne serait qu’un truc en plus pour moment difficile ou dépressif. Or, j’ai bien relu les évangiles. Jamais le Christ n’a dit : je suis ton médicament. Mais il a bien dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie. S’il est chemin, il nous faut le suivre ; s’il est vérité, il nous faut le proclamer ; s’il est vie, il nous faut le partager. Nous sommes tous disciples ; nous sommes tous missionnaires.

            Un dernier point à éclaircir : vivre une dynamique missionnaire, cela ne demande pas de longues études, ni un engagement à temps plein et exclusif. C’est quelque chose à vivre dans son quotidien, par des petites attentions, des gestes simples : un verre d’eau offert, un sourire partagé, un pardon accordé. Des parents seront disciples (ou missionnaires) du Christ, en élevant leurs enfants dans la foi et en étant pour eux des exemples vivants de ce que le Christ nous permet de vivre. Quelqu’un en situation de responsabilité sera disciple du Christ en dirigeant ses équipes avec prudence et charité, respectant les personnes qui lui sont confiées. Un enfant sera disciple du Christ en écoutant ses parents, en se forgeant aussi des amitiés solides et saines. Chaque baptisé aura à cœur d’être un disciple du Christ en développant un art de vivre découlant de l’enseignement du Christ qui nous invite à l’amour de tous, dans une attention permanente des petits et des pauvres. 

            Préparons-nous et préparons notre Eglise diocésaine à vivre cet événement, en priant pour sa réussite, en priant les uns pour les autres. Que tous, nous ayons à cœur de vivre la triple dimension de notre vocation baptismale : nous sommes tous prêtres, chargés de célébrer la louange de Dieu ; nous sommes tous prophètes, chargés d’annoncer Celui qui nous fait vivre ; nous sommes tous roi, chargés de gouverner notre vie selon les principes de l’Evangile. En étant conscients de ce que le Christ a fait de nous, nous serons vraiment ses disciples, nous serons vraiment missionnaires. Amen.  

samedi 7 août 2021

19ème dimanche ordinaire B - 08 août 2021

 Quand l'homme n'en peut plus...



            Deux hommes, deux épreuves : Elie opposé depuis trop longtemps à la reine Jézabel ; et Jésus qui est confronté à la versatilité de la foule, prompte à brûler un jour ce qu’elle a adoré la veille. Deux épreuves différentes mais liées par la fidélité à la mission confiée par Dieu. Essayons de comprendre pour vivre mieux nos propres épreuves.

Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Ce cri de désespoir du prophète Elie est révélateur de l’épreuve qu’il endure. L’hostilité déclarée entre la reine Jézabel et lui le force sans cesse à se méfier, se cacher. Le prophète vit dans la peur. Ce maintenant, c’en est trop, indique que la lutte qu’il a mené contre les idoles et ceux qui les servent, l’écrase. Il n’en peut plus ; il veut mourir. Pour que cet homme de Dieu en arrive là, il faut vraiment que la coupe soit pleine. Sa fidélité au Dieu des Pères le rend coupable aux yeux du pouvoir politique. Il faut dire qu’il vient d’égorger quatre-cent-cinquante prophètes de Baal après un concours de sacrifice particulièrement épique. Quatre-cent-cinquante prophètes et Baal d’un côté, Elie et le Dieu d’Israël de l’autre. La reine Jézabel, épouse du roi Achab, est celle qui a introduit le culte de Baal en Israël et qui a détourné le roi du Dieu de l’Alliance. Vous comprendrez qu’elle ne fut pas particulièrement réjouie à l’annonce de la mort de tous ses prophètes. Et encore moins réjouie par le signe fort qu’Elie venait de faire au mont Carmel. Quatre-cent-cinquante prophètes incapables de réveiller Baal pour qu’il mette le feu à un bûcher de bois sec, même après une journée d’invocation, de danse et de scarification. Elie, en une prière, fait intervenir Dieu qui met le feu à un bûcher détrempé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pour impressionner, ça a impressionné ! On en parle encore aujourd’hui… dans toutes nos bibles ! Fort d’une telle victoire, Elie devrait se sentir fort. Mais la haine que lui voue Jézabel le pousse à bout. Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Mais Dieu a d’autres projets, et un ange du Seigneur vient réconforter et nourrir le prophète, pour qu’il reprenne des forces et poursuive l’œuvre de Dieu. Quand celui qui est fidèle à Dieu rencontre l’opposition des hommes, Dieu veille sur lui. Dieu prend toujours soin de son peuple ; Dieu prend toujours soin de ses serviteurs.

Dans l’Evangile, Jésus aussi rencontre l’opposition des hommes. Ce n’est pas encore au point où la foule veut le tuer, mais ça commence à grogner. Pourtant, c’est cette même foule qui a couru après Jésus pour entendre son enseignement ; c’est cette même foule qui a été nourrie avec cinq pains et deux poissons ; c’est cette même foule qui est partie à sa recherche pour avoir encore de ce pain à satiété. Hier, elle l’adorait ; aujourd’hui elle récrimine. Pourquoi ? Parce que Jésus a dit : Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. Vous comprenez, il y en a, là, qui connaissent Jésus, depuis longtemps. Ils connaissent ses parents. Alors comment peut-il dire maintenant : Je suis descendu du ciel ? Pour qui se prend-t-il ? Ils ont bien compris, je crois, mais ils ne peuvent l’admettre ? Ce n’est pas acceptable de sa part de dire cela ; encore un peu, et il va se prendre pour Dieu ! A la différence d’Elie, Jésus peut encore discuter, expliquer, chercher à convaincre. Mais son explication rend crédible leur pire crainte. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Ceux qui récriminent le plus fort ne peuvent plus avoir de doute : il se situe clairement comme fils de Dieu. L’incompréhension va s’installer ; elle parviendra au rejet complet qui culminera la veille de la Pâque par le sacrifice sur la croix de Jésus. L’attitude changeante de la foule, selon que ce que dit ou fait Jésus plaît ou déplaît, ne change rien, ni à son discours, ni à sa manière de faire. Il ne cherche pas à plaire ; il a une mission à remplir, et rien ne saurait l’en détourner. Voilà pour Jésus, mais pour nous ?

Deux choses à envisager. La première, nous pouvons être comme Jésus, en proie à l’hostilité pour ce que nous disons ou faisons de juste et de bon. En paroisse, celles et ceux qui s’engagent ne le savent que trop bien. Il est difficile de faire bouger les lignes, quand bien même nous aurions raison. Les résistances sont nombreuses : on n’a jamais fait comme ça ; on a toujours fait comme ça. Il n’y a pas de raison de changer. Vous pouvez faire ce que vous demande l’Eglise, et le faire bien, il y en aura toujours que cela dérangera. Jésus nous dit : expliquez et soyez fidèles. Mais il y a une deuxième manière pour nous d’entendre l’Evangile de ce dimanche, en nous plaçant dans la foule qui récrimine. Les paroles difficiles à entendre de la part de Jésus, sont une réalité dans l’Evangile. Et il arrive que l’homme trouve que c’en est trop. Il faut nous souvenir alors que Jésus n’est pas venu nous raconter de belles histoires ; il est venu nous entraîner à sa suite, à la rencontre de Dieu. Et nous savons que cela demande des conversions de notre part. Quelquefois, ça grince. Je ne peux pas l’entendre ; j’ignore cette page d’Evangile. Ce n’est pas pour moi ; c’est pour les autres. Quand cela nous arrive, nous pouvons récriminer comme la foule, ou entendre encore et toujours Jésus qui parle en vérité. Il nous faudra patienter deux semaines avant d’entendre comment la foule, jadis, a réagi à cet enseignement de Jésus. Mais nous pouvons déjà comprendre qu’il nous faudra prendre position. Jésus est-il assez important pour nous, pour que nous l’écoutions encore, quand bien même ce qu’il dit ne nous convient pas ? 

Pour la deuxième fois, Jésus nous dit qu’il est notre nourriture, notre unique nécessaire pour parvenir à la vie véritable. Nous laisserons-nous enseigner par lui, quoi qu’il nous en coûte ? Accepterons-nous Jésus pour qui il est et pour ce qu’il veut faire pour nous ? Ne répondons pas trop vite ; goûtons le Pain de sa Parole ; goûtons le Pain de son Eucharistie. Quand l’homme n’en peut plus, ni des autres, ni de Dieu, c’est à ces deux tables qu’il peut venir prendre des forces et se forger une intime conviction. Il pourra s’y tenir et progresser dans sa connaissance de Jésus et de sa mission. Approchons-nous de lui avec confiance : il est celui qui nous fait vivre éternellement. Amen.

mercredi 14 juillet 2021

15ème dimanche ordinaire B - 11 juillet 2021

 Il commença à les envoyer en mission deux par deux.




            En ce temps de vacances, je voudrais brièvement méditer avec vous sur ce verset de l’évangile : alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il n’a l’air de rien, ce verset, et pourtant il nous dit beaucoup sur ce que nous avons à vivre aujourd’hui encore. 

            Il commença. Parce qu’il faut un début à tout, parce que ce ne sera pas la seule fois, même si les évangiles n’en disent pas plus par la suite. Ce qui est commencé doit se poursuivre. Il n’est pas dans les habitudes de Jésus de commencer quelque chose sans que cela soit mené à sa fin. Et cette fin, le monde ne l’a pas encore connu au moment où je vous parle. Ce que Jésus a commencé là, s’est poursuivi et se poursuit encore de nos jours. Qu’a-t-il commencé ? La mission des disciples. 

            Il commença à les envoyer en mission. Pour ceux qui n’auraient pas tout compris, cela signifie que les disciples ne sont pas juste là pour faire jolis autour de Jésus. Pour ceux qui n’auraient pas tout compris, les disciples ne sont pas que le club des amis de Jésus, heureux de se retrouver autour de lui, pour entendre quelques bons mots ou assister à quelques miracles surprenants. Jésus a choisi des disciples pour le suivre certes, mais pour les former aussi et permettre qu’un jour, ils puissent dire aux hommes ce qu’ils ont vécu avec leur Maître. Le chois des disciples ne s’est pas fait pour que Jésus ne soit pas seul, mais pour que les disciples puissent un jour participer à la mission de leur Maître. Et ce premier envoi en mission ressemble fort à un stage en situation réelle. Rien de tel que le terrain pour former les esprits et les cœurs. La mission est l’essence même du disciple. Parler aujourd’hui de disciples missionnaires, c’est donc être redondant. C’est dire deux fois la même chose. Il faut comprendre aussi cette chose fondamentale : avant d’être missionnaire, il faut être disciple, être formé à être disciple. Et comme les Douze, nous ne nous formons à être disciples qu’auprès de Jésus, dans la prière, dans la fréquentation de sa Parole. Aller sur le terrain sans passer par ce temps de formation, ce temps d’intimité avec Jésus, c’est aller à la catastrophe. Avant de vouloir être missionnaires, devenons d’authentiques disciples de Jésus. Quand nous serons disciples authentiquement, nous serons nécessairement missionnaires. Parce qu’on ne devient pas disciple de Jésus juste pour soi ; on ne devient pas disciple pour faire plaisir à Jésus ; on ne devient pas disciple de Jésus pour grandir en société. On devient disciple pour témoigner de lui auprès de ceux qui ne le connaissent pas encore. Celui qui deviendrait disciple sans devenir en même temps missionnaire aurait manqué quelque chose de fondamental. Jésus n’est pas venu pour ses disciples ; il est venu pour se faire connaître par tous. Il revient donc à ceux qui le connaissent de le faire connaître encore. 

            Il commença à les envoyer en mission deux par deux. Pourquoi seulement deux et pas trois ou quatre ? Parce que deux, c’est la bonne mesure pour tout réfléchir et décider ensemble. C’est la bonne mesure pour apprendre l’unité. C’est la bonne mesure pour apprendre le compromis. C’est la bonne mesure pour apprendre la réconciliation. Voyez-vous, à partir de trois et au-delà, il n’est plus nécessaire de chercher l’unité. A partir de trois ou quatre, c’est la porte ouverte aux clans, aux partis et donc à la division. A trois, il suffit que deux se mettent d’accord pour qu’ils disent au troisième : on a la majorité, tu n’as plus le choix, nous décidons. Au-delà de trois, les possibilités augmentent à mesure qu’augmente le nombre. C’est encore plus de divisions ; c’est une unité encore plus difficile à atteindre. Pour un commencement, il vaut mieux des données simples pour que les bons principes et les bons réflexes s’ancrent dans l’intelligence collective. A deux, si chacun souhaite la réussite de la mission, il n’y a que la fraternité comme solution, avec tout ce qu’elle suppose. 

            Nous comprenons que Jésus sait ce qu’il fait en envoyant ainsi ses disciples deux par deux, et nous entendrons dimanche prochain la réussite de chacun dans cette mission aujourd’hui confiée. Que cette page d’évangile soit une leçon pour nous qui devons devenir disciples de Jésus à la manière des Douze que Jésus a choisis. Qu’elle nous permette de comprendre que Jésus nous appelle à témoigner toujours encore de lui. Ce n’est pas parce qu’il est davantage connu aujourd’hui qu’au moment de son passage sur terre, que nous n’avons plus à lui rendre témoignage et à dire devant les hommes en quoi il est important pour nous, en quoi il peut être intéressant pour ceux qui ne le suivent pas encore. Souvenons-nous aussi qu’il suffit d’être deux pour commencer à témoigner du Christ et à vivre son Evangile. Deux qui s’entendent ont plus de poids que quatre qui se déchirent. Recherchons donc cette fraternité fondamentale et multiplions-là. L’exemple nous est donné aujourd’hui ; à nous de continuer ce qui est fondamental : l’annonce de l’Evangile du Christ pour la conversion du monde. Amen.

samedi 9 janvier 2021

Baptême du Seigneur B - 10 janvier 2021

 Tu es mon Fils bien-aimé : en toi, je trouve ma joie.



(Andrea del Verrochio et Léonard de Vinci, le Baptême de Jésus)


            Si la tradition nous fait conserver la crèche jusqu’au 02 février, fête de la présentation du Seigneur au Temple, la liturgie nous fait clore le temps de Noël avec cette fête du baptême du Seigneur. L’enfant de la crèche a bien grandi, il est devenu un homme et va commencer à réaliser ce pourquoi il est venu dans le monde : préparer le cœur des hommes à se tourner à nouveau vers Dieu, leur ouvrir le chemin du salut. L’évangile de Marc nous a présenté la scène. 

            L’évangéliste nous rappelle en premier lieu que ce moment était précédé par la prédication de Jean le Baptiste, qui annonçait un autre, qui allait venir derrière lui. L’irruption de Dieu dans la vie des hommes est un tel événement qu’il fallait un précurseur, quelqu’un qui les rendrait sensible à cette présence, quelqu’un qui les inviterait à se convertir, à se tenir prêt. En effet, la naissance de Jésus est désormais un événement lointain. Qui se souvient encore de cette nuit lors de laquelle des anges ont chanté la gloire de Dieu et annoncé à des bergers la naissance du Sauveur ? Qui se souvient encore de ces mages venus de loin adorer le roi des Juifs qui venait de naître ? En ces temps reculés et difficiles, où la mortalité des enfants est très grande, même sans le massacre des saints innocents, ceux qui se souviendraient pourraient légitimement se demander si cet enfant avait survécu. Jean le Baptiste, dans les traces qu’il nous reste de sa prédication, s’il ne renvoie pas à l’événement de la nativité, vient quand même dire que le temps est proche, que le règne de Dieu n’est plus très loin et que l’heure est à la conversion. Celui que Marc nous présente comme Jésus, venant de Nazareth, s’inscrit dans ce mouvement général, dans cette foule qui vient auprès de Jean pour se faire baptiser. Le Dieu qui s’est inscrit dans la vie des hommes, le fait totalement. N’est-ce pas un signe fort pour nous, qui veut dire que nous devons faire comme lui ? A Noël, nous étions invités à faire comme Dieu, c'est-à-dire à devenir humain, pleinement. Aujourd’hui, nous sommes invités encore à faire comme Dieu qui s’est fait humain, à entendre la prédication du Baptiste et à nous plonger dans ces eaux du Jourdain. 

            Si vous prenez le temps de comparer les différentes versions de cette page d’évangile, vous constaterez qu’à la différence de Matthieu et de Luc, Marc fait de cet événement public un moment pour Jésus. Chez Matthieu, tout le monde voit les cieux s’ouvrir et entend une voix ; chez Luc tout le monde semble voir, mais Jésus seul entend la voix. Chez Marc, Jésus seul voit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Jésus seul semble entendre la voix qui s’adresse à lui comme chez Luc. Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. Nous ne savons rien de l’éducation que Jésus a reçue ; les évangiles ne disent pas grand-chose de la conscience qu’il avait d’être différent, d’être Dieu fait homme. Ce moment du baptême vient le confirmer de ce qu’il aurait pu percevoir en grandissant, de ce que Marie et Joseph auraient pu lui dire au sujet de sa naissance. Dieu lui-même vient le confirmer dans sa filiation divine et dire sa joie d’avoir un Fils. Nous savons tous combien la reconnaissance des parents est importante dans l’éducation et la formation d’un enfant, d’un jeune adulte. Cette voix, cet Esprit qui descend sur lui viennent dire à Jésus qu’il n’a rien rêvé, que ses parents ne lui ont pas raconté une belle histoire et que le moment est venu pour lui. S’il a vécu jusqu’à présent une vie ordinaire, il allait commencer maintenant une mission extraordinaire : sauver les hommes ! Désormais, il allait enseigner aux hommes à faire comme Dieu, à être des humains accomplis, à vivre les pieds sur terre et la tête orientée vers le ciel, pleinement insérés dans ce monde passager et tout entier tournés vers le monde à venir. Le monde qui était en attente de son Sauveur pourra désormais l’identifier en Jésus de Nazareth, Fils bien-aimé en qui le Père trouve sa joie et les hommes leur salut. 

            C’est ce que nous rappelle Jean dans sa première lettre : pour les hommes, c’est désormais la foi en Jésus qui est source de vie et de salut. Celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu. Et notre attachement au Christ est manifesté en premier lieu par notre baptême, qui nous identifie à lui, qui fait de nous des autres Christ. Ce baptême nous plonge dans l’amour de Dieu et nous ouvre à nos frères. Si Jésus a reçu dans son baptême la confirmation de sa mission et de sa filiation, nous recevons de même dans notre baptême notre filiation divine (Dieu est notre Père) et notre triple mission, royale, prophétique et sacerdotale. Ce Christ auquel nous sommes identifiés, nous devons le laisser régner en nous, nous devons l’annoncer, nous devons le célébrer. Avec Jésus, nous sommes déjà vainqueurs du monde, vainqueur du Mal et de la Mort : Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? Nous devons laisser le Christ grandir en nous pour partager sa liberté souveraine devant toutes les forces de mort qui oppressent les hommes. Il nous faut partager sa liberté souveraine pour vivre pleinement le salut qu’il nous offre. Nous ne pouvons pas aujourd’hui, ne pas faire mémoire de ce jour où nous avons été unis au Christ lorsque l’eau a coulé sur notre front ; nous ne pouvons pas ne pas faire mémoire de ce jour où nous avons baptisé dans l’Esprit Saint lorsque le Saint Chrême a été répandu sur notre front. Nous ne pouvons pas ne pas faire mémoire de ce jour où le salut nous a été manifesté. 

            Rendons grâce à Dieu de nous avoir fait reconnaître en Jésus son Fils bien-aimé, notre frère ainé, en qui nous trouvons notre vie et notre salut, et avec Dieu notre joie. Que l’Esprit reçu à notre baptême soit vivifié ; qu’il nous donne d’aller à la rencontre de notre frères et sœurs en humanité pour leur partager la Bonne Nouvelle du Salut offert à tous les hommes. Amen 


samedi 16 mai 2020

6ème dimanche de Pâques A - 17 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer du repli à l'ouverture.






            La lecture des Actes des Apôtres est passionnante. Elle fait toucher du doigt l’évolution de la première communauté chrétienne et sa capacité permanente à vivre de l’esprit de Pâques, cet esprit qui nous fait vivre sans cesse le passage de la mort à la vie, à la suite du Ressuscité. Avec la mort d’Etienne, commence la dispersion de la communauté des croyants au Christ et nous voyons ainsi Philippe arriver en Samarie. Je rappelle, à toutes fins utiles, que les Juifs et les Samaritains ne se fréquentaient pas, pour ne pas dire qu’ils s’excommuniaient réciproquement. Souvenez-vous du dialogue de Jésus avec la Samaritaine : même la demande d’un peu d’eau semble totalement déplacée. 

            Pour Philippe, le travail avait dû être facilité par cette rencontre préalable de Jésus avec les Samaritains. Il faut là encore relire cette page de l’évangile de Jean pour comprendre l’attachement des Samaritains à Jésus. L’accueil de Philippe, qui venait proclamer le Christ, a sans doute été chaleureux. Il n’empêche : il a marqué un premier tournant dans la mission de l’Eglise. Désormais, l’Eglise s’adresse à d’autres que ceux qui sont dans la droite ligne du judaïsme. Avec Philippe et la mission en Samarie, la communauté croyante est passée du repli à l’ouverture, même si cette première ouverture était plutôt facile. L’Esprit Saint est à l’œuvre par Philippe : les délivrances et les guérisons en témoignent. 

            Cette page des Actes des Apôtres nous concerne aujourd’hui encore. Nos paroisses, nos mouvements, et chaque croyant, sont sans cesse appelés à passer du repli à l’ouverture. Nous ne pouvons pas vivre recroquevillés sur nous-mêmes. Le confinement que nous avons connu (et que nous risquons de connaître encore) est une épreuve pour notre foi qui comporte une dimension communautaire évidente. Personne ne peut être chrétien tout seul ; personne ne peut être chrétien pour lui-même. Nous sommes croyants au Christ pour le monde. Jésus nous l’avait dit dans son enseignement : nous sommes sel de la terre et lumière du monde. Non pour être meilleurs que les autres, mais pour attirer les autres au Christ. L’œuvre de Philippe, l’œuvre des Apôtres, n’est jamais finie. Il nous faut toujours encore accepter de sortir de nos églises, sortir de nos zones de confort, pour annoncer Jésus Christ, mort et ressuscité pour la vie des hommes. Nous devons sortir de nos habitudes, de nos « on a toujours fait comme ça », pour trouver les chemins sur lesquels nous attend l’Esprit Saint pour nous conduire vers nos frères. Nous ne pouvons pas attendre qu’ils viennent à nous. Nous ne pouvons même pas espérer qu’ils viennent à nous si nous ne sortons pas aux périphéries, comme nous y invite le pape François depuis le début de son pontificat. Passer du repli à l’ouverture est un passage nécessaire, un mouvement résultant de la Pâques du Christ. Nous ne saurions nous y soustraire si nous voulons vivre dans la force du Ressuscité. La vie qu’il nous offre est ouverture à tous ceux et celles qui entendent l’Evangile et se laissent toucher par lui. La vie qu’il nous offre est ouverture à la vie même de Dieu : il nous faudra bien quitter l’étroitesse de nos vies humaines quelquefois étriquées pour entrer dans cette nouvelle manière de vivre. 

            Ce passage du repli à l’ouverture est un passage fondamental qui en entrainera encore d’autres. Nous ne comprendrons rien ni au mystère de l’Ascension, ni au mystère de la Pentecôte, et à ce qu’ils supposent, si nous ne posons pas déjà ce premier pas, cette première ouverture. Acceptons donc de sortir de nous ; acceptons de ne plus vivre repliés sur nous-mêmes. Entendons l’Esprit Saint qui frappe à la porte de notre vie. Il est le don promis. C’est à lui d’abord que nous devons être ouverts. Préparons-nous à l’accueillir et nous n’aurons rien à craindre de ce nouveau passage à vivre : l’Esprit qui vient sera notre Défenseur, Jésus nous l’a promis. Amen.





(Tableau d'Arcabas, titre inconnu, trouve sur internet)

dimanche 26 janvier 2020

3ème dimanche ordinaire A - 26 janvier 2020

Etranges étrangers.








Ne trouvez-vous pas qu’il y a quelque chose d’étrange dans ce passage d’Evangile ? Jésus, encore un parfait étranger à ce moment-là de l’évangile de Matthieu, apprenant l’arrestation de Jean le Baptiste, commence sa mission. Jusque-là tout va bien : des prédicateurs, des maîtres de la Loi, cela ne manque pas en Judée, Samarie ou Galilée. Rien de choquant ! D’autant plus que Jean le Baptiste avait fortement marqué les esprits et pris les devants. Non, ce qui est surprenant, c’est la suite (l’appel des premiers disciples), ou plutôt la manière dont cette suite se passe. Parce qu’un maître qui a des disciples, ça ne manque pas non plus en Judée, Samarie ou Galilée. 

En règle générale, ce sont les disciples qui se choisissent un maître ! Je décide l’enseignement que je désire suivre.  Les gens qui venaient au Baptiste, ce n’est pas lui qui les a appelés ; ce sont eux qui sont venus vers lui. Et vous trouverez cela dans toute l’Antiquité. Voyez en Grèce, les grands philosophes ; leurs disciples sont venus à eux ! Jésus, lui, appelle : Simon et André, Jacques et Jean, ne l’ont pas entendu prêcher ; ils étaient chacun occupés, qui à jeter les filets dans la mer (donc un peu loin du rivage quand même !), qui à réparer leurs filets au retour de la pêche. Dans les deux cas, il est dit : Jésus vit deux frères. Il ne les connaît pas, pas plus qu’eux ne le connaissent. Pourtant, il les appelle et plus curieux encore, ceux-ci obéissent : Aussitôt, ils le suivirent. Nous ne savons rien de ce qui a poussé Jésus choisir ces quatre-là. Nous n’en savons pas plus sur les motivations de ces quatre pour ainsi tout laisser et partir à la suite de cet étranger qui appelle. Mais il y a un fait : quand Jésus appelle, les hommes se bougent. Nous pourrons interroger les textes longtemps ; nous n’en saurons pas plus. Nous ne saurons pas pourquoi Jésus n’en a pas appelé d’autres à ce moment précis de son histoire ; nous ne saurons pas ce qui a déclenché l’envie de suivre Jésus chez ceux qu’il a ainsi appelé. Nous devons nous contenter des faits et en tirer un enseignement pour nous. 

Le premier enseignement à tirer pour nous, c’est que Jésus appelle, nous appelle. Il nous faut donc être attentifs comme Pierre et André, comme Jacques et Jean. Jésus ne semble pas avoir de critère particulier. Il voit, il appelle à suivre. Mais le fait qu’il appelle, par deux fois, deux frères, est peut-être un signe de ce qu’ont à vivre ceux qu’il appelle. Ils ont à vivre quelque chose de cette fraternité qui désormais va au-delà des liens du sang. Peut-être ces deux fratries sont-elles pour nous un appel à vivre entre nous, qui suivons le Christ aujourd’hui, cette fraternité qui unissait Simon et André, ainsi que Jacques et Jean. Il nous faudra un jour nous interroger sur les contours de cette fraternité, qui n’a rien à voir avec le pays des bisounours. Mais c’est posé comme un jalon clair : ceux qui suivront Jésus seront frères, différents, mais frères. 

Le deuxième enseignement, c’est que nous ne pouvons pas remettre à demain la réponse. Aussitôt, ils le suivirent. Il y a une réelle urgence à se décider sur le champ pour celui qui appelle. Quand l’appel est lancé, la réponse est attendue. Elle ne peut être que oui ou non ; jamais peut-être. Et elle doit être sans regret : laissant leurs filets, laissant la barque et leur père, ils le suivirent. Il y a une sorte de radicalité dans cet appel, en tous les cas une urgence qui ne souffre ni délai, ni atermoiement. C’est tout de suite qu’il nous faut répondre. Et je dirai mieux : c’est chaque jour qu’il faut répondre à nouveau. Chaque matin, il nous faut refaire le choix de Jésus ; chaque matin, il nous faut refaire le choix de la fraternité. Elle peut être blessée, la fraternité ; personne n’est parfait. Mais elle est à choisir à nouveau, sans délai. Elle est le signe de l’attachement à Jésus. 

Le troisième enseignement, c’est la mission qu’il confie d’emblée à ceux qu’il a appelés : être pêcheur d’hommes. Autrement dit, en entraîner d’autres à la suite de Jésus. Ceux qu’il a appelés seront ses témoins, ses ouvriers, ses chargés de mission. Ils sont appelés à travailler avec leur maître. Pas pour eux, pas pour lui, mais avec lui pour les autres. C’est la mission de chaque baptisé aujourd’hui. C’est notre mission à nous tous ici présents. Quand les cloches sonnent le rassemblement, c’est Jésus qui renouvelle son appel à le suivre. Quand la communauté cherche des hommes et des femmes pour une tâche particulière, c’est Jésus qui appelle à le suivre. Quand la fraternité est blessée et qu’il faut reconstruire, c’est Jésus qui appelle à le suivre. 

Vous pouvez penser que c’est un étrange étranger, ce Jésus qui appelle ; vous pouvez penser que ce sont d’étranges étrangers, ces hommes qui répondent sans réfléchir. Mais ils sont le début de ce qui est aujourd’hui notre Eglise. Serons-nous d’étranges étrangers qui choisissent, à la suite du Christ, de vivre la fraternité ? Ou resterons-nous d’étranges étrangers, prompts à juger, à condamner, à dénoncer ? Le choix est nôtre : Jésus a appelé ; il nous faut répondre. Amen.




samedi 12 octobre 2019

28ème dimanche ordinaire C - 13 octobre 2019

Baptisés et envoyés : l'Eglise du Christ en mission dans le monde.







            Tout ce mois d’octobre a été voulu par le Pape François comme un mois missionnaire extraordinaire. Nous reconnaissons-là son souci constant, depuis son élection, de renvoyer les catholiques à leurs fondamentaux, à ce qui fait le cœur même de l’existence chrétienne. La mission fait partie de ces fondamentaux. La mission, quoi qu’en pense certains, n’est pas l’apanage d’une caste sacerdotale et religieuse : elle est inscrite au cœur même de notre baptême. Le thème retenu pour ce mois missionnaire pour toute l’Eglise nous le redit à sa manière : Baptisés et envoyés : l’Eglise du Christ en mission dans le monde.

            Au commencement de tout, il y a donc le baptême. C’est juste de dire que le baptême nous introduit dans l’Eglise ; c’est tout aussi juste de dire que le baptême fait de nous des fils de Dieu le Père. C’est encore juste de croire que le baptême nous configure au Christ, nous identifie à lui, fait de nous des autres Christ. Mais n’oublions jamais que si le baptême réalise bien tout cela, il nous oblige à un style de vie conforme. Le baptême, comme chacun des sacrements d’ailleurs, n’est pas donné au seul bénéfice du récipiendaire. Les sacrements sont toujours célébrés au bénéfice de l’Eglise qui en vit. Quelqu’un est baptisé ; et voilà que toute l’Eglise, en chacun de ses membres, est renvoyée à sa manière de vivre son baptême et à sa capacité à témoigner du Christ qui l’appelle à sa suite, à la rencontre de Dieu, sous la conduite de l’Esprit Saint. Le baptême nous met en route ; il ne nous installe pas dans une foi confortable. Nous identifiant au Christ, il nous invite à vivre comme le Christ, entièrement donné à Dieu et aux frères, en mission permanente. Un baptisé qui, par son art de vivre, n’annoncerait pas le Christ et ne donnerait pas envie de vivre selon la parole du Christ, manquerait à son devoir élémentaire. 

            Ecoutons ce que disaient les Pères conciliaires dans le décret Ad gentes du Concile Vatican II : au chapitre deux, est rappelé ce qu’est l’activité missionnaire de l’Eglise qui nous incombe à tous. En premier lieu, il s’agit du témoignage de vie et du dialogue nécessaire avec ceux qui ne connaissent pas le Christ comme celui qui sauve les hommes. Le décret affirme : « Tous les fidèles, partout où ils vivent, sont tenus de manifester, par l’exemple de leur vie et le témoignage de leur parole, l’homme nouveau qu’ils ont revêtu par le baptême et la force du Saint-Esprit qui les a fortifiés par la confirmation, afin que les autres, considérant leurs bonnes œuvres, glorifient le Père (cf. Mt 5, 16) et perçoivent plus pleinement le sens authentique de la vie humaine et le lien universel de communion entre les hommes » (A.G. n°11). Avant d’engager les non croyants ou les croyants autrement, l’activité missionnaire engage d’abord les catholiques à un style de vie qui reflète leur foi. Ceci ne peut se faire sans un dialogue authentique, à la manière du Christ lui-même. Ecoutons encore les Pères conciliaires : « Le Christ lui-même a scruté le cœur des hommes et les a amenés par un dialogue vraiment humain à la lumière divine ; de même ses disciples, profondément pénétrés de l’Esprit du Christ, doivent connaître les hommes au milieu desquels ils vivent, engager conversation avec eux, afin qu’eux aussi apprennent dans un dialogue sincère et patient, quelles richesses Dieu, dans sa munificence, a dispensées aux nations ; ils doivent en même temps s’efforcer d’éclairer ces richesses de la lumière évangélique, de les libérer, de les ramener sous la Seigneurie du Dieu Sauveur » (A.G. n°11). Témoignage de vie et dialogue sincère avec les autres pour donner le goût du Christ, deux axes que nous pouvons développer dans l’ordinaire de notre vie. 

            L’activité missionnaire des baptisés ne vise donc pas d’abord à convertir le voisin ; Dieu seul convertit les cœurs. Mais elle consiste à sortir de notre zone de confort pour aller à la rencontre de l’autre. Plus les baptisés vivront en chrétiens, plus le Christ sera connu des hommes. Plus les baptisés oseront rendre compte de celui qui les fait vivre, plus le Christ sera reconnu par les hommes comme pouvant être celui qui donne sens à leur vie. Il ne s’agit pas de stratégie, ni de plan d’action à développer, mais simplement de vivre en honnête homme et en honnête disciple du Christ. Paradoxalement, il semblerait que cela soit plus facile quand nous sommes moins nombreux. Là où les chrétiens sont minoritaires, ils ont moins de difficulté à vivre cette mission ordinaire. Peut-être que la crise que traverse l’Eglise aujourd’hui vient du fait, qu’ayant été majoritaires, les chrétiens ont cru que tout allait de soi, qu’il n’y avait plus de témoignage à apporter. Le problème est qu’un chrétien qui ne témoigne plus, est un chrétien qui s’éloigne du Christ. Et quand trop de chrétiens ne témoignent plus, c’est le monde lui-même qui s’éloigne du Christ, puisque plus personne ne voit ni ne comprend ce que le Christ peut apporter aux hommes.

            Pour nous sentir à nouveau envoyés par le Christ pour témoigner de lui, il nous faut comprendre à frais nouveau ce que signifie le baptême que nous avons reçu et à quoi il nous engage. Il n’est pas un moment de notre vie ; il est notre vie ! Il est notre style de vie ! Revenons à la source de notre baptême pour repartir, joyeux et confiants, à la rencontre du monde où le Christ nous précède. Amen.


(Affiche officielle du Mois missionnaire extraordinaire)