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samedi 7 août 2021

19ème dimanche ordinaire B - 08 août 2021

 Quand l'homme n'en peut plus...



            Deux hommes, deux épreuves : Elie opposé depuis trop longtemps à la reine Jézabel ; et Jésus qui est confronté à la versatilité de la foule, prompte à brûler un jour ce qu’elle a adoré la veille. Deux épreuves différentes mais liées par la fidélité à la mission confiée par Dieu. Essayons de comprendre pour vivre mieux nos propres épreuves.

Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Ce cri de désespoir du prophète Elie est révélateur de l’épreuve qu’il endure. L’hostilité déclarée entre la reine Jézabel et lui le force sans cesse à se méfier, se cacher. Le prophète vit dans la peur. Ce maintenant, c’en est trop, indique que la lutte qu’il a mené contre les idoles et ceux qui les servent, l’écrase. Il n’en peut plus ; il veut mourir. Pour que cet homme de Dieu en arrive là, il faut vraiment que la coupe soit pleine. Sa fidélité au Dieu des Pères le rend coupable aux yeux du pouvoir politique. Il faut dire qu’il vient d’égorger quatre-cent-cinquante prophètes de Baal après un concours de sacrifice particulièrement épique. Quatre-cent-cinquante prophètes et Baal d’un côté, Elie et le Dieu d’Israël de l’autre. La reine Jézabel, épouse du roi Achab, est celle qui a introduit le culte de Baal en Israël et qui a détourné le roi du Dieu de l’Alliance. Vous comprendrez qu’elle ne fut pas particulièrement réjouie à l’annonce de la mort de tous ses prophètes. Et encore moins réjouie par le signe fort qu’Elie venait de faire au mont Carmel. Quatre-cent-cinquante prophètes incapables de réveiller Baal pour qu’il mette le feu à un bûcher de bois sec, même après une journée d’invocation, de danse et de scarification. Elie, en une prière, fait intervenir Dieu qui met le feu à un bûcher détrempé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pour impressionner, ça a impressionné ! On en parle encore aujourd’hui… dans toutes nos bibles ! Fort d’une telle victoire, Elie devrait se sentir fort. Mais la haine que lui voue Jézabel le pousse à bout. Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Mais Dieu a d’autres projets, et un ange du Seigneur vient réconforter et nourrir le prophète, pour qu’il reprenne des forces et poursuive l’œuvre de Dieu. Quand celui qui est fidèle à Dieu rencontre l’opposition des hommes, Dieu veille sur lui. Dieu prend toujours soin de son peuple ; Dieu prend toujours soin de ses serviteurs.

Dans l’Evangile, Jésus aussi rencontre l’opposition des hommes. Ce n’est pas encore au point où la foule veut le tuer, mais ça commence à grogner. Pourtant, c’est cette même foule qui a couru après Jésus pour entendre son enseignement ; c’est cette même foule qui a été nourrie avec cinq pains et deux poissons ; c’est cette même foule qui est partie à sa recherche pour avoir encore de ce pain à satiété. Hier, elle l’adorait ; aujourd’hui elle récrimine. Pourquoi ? Parce que Jésus a dit : Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. Vous comprenez, il y en a, là, qui connaissent Jésus, depuis longtemps. Ils connaissent ses parents. Alors comment peut-il dire maintenant : Je suis descendu du ciel ? Pour qui se prend-t-il ? Ils ont bien compris, je crois, mais ils ne peuvent l’admettre ? Ce n’est pas acceptable de sa part de dire cela ; encore un peu, et il va se prendre pour Dieu ! A la différence d’Elie, Jésus peut encore discuter, expliquer, chercher à convaincre. Mais son explication rend crédible leur pire crainte. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Ceux qui récriminent le plus fort ne peuvent plus avoir de doute : il se situe clairement comme fils de Dieu. L’incompréhension va s’installer ; elle parviendra au rejet complet qui culminera la veille de la Pâque par le sacrifice sur la croix de Jésus. L’attitude changeante de la foule, selon que ce que dit ou fait Jésus plaît ou déplaît, ne change rien, ni à son discours, ni à sa manière de faire. Il ne cherche pas à plaire ; il a une mission à remplir, et rien ne saurait l’en détourner. Voilà pour Jésus, mais pour nous ?

Deux choses à envisager. La première, nous pouvons être comme Jésus, en proie à l’hostilité pour ce que nous disons ou faisons de juste et de bon. En paroisse, celles et ceux qui s’engagent ne le savent que trop bien. Il est difficile de faire bouger les lignes, quand bien même nous aurions raison. Les résistances sont nombreuses : on n’a jamais fait comme ça ; on a toujours fait comme ça. Il n’y a pas de raison de changer. Vous pouvez faire ce que vous demande l’Eglise, et le faire bien, il y en aura toujours que cela dérangera. Jésus nous dit : expliquez et soyez fidèles. Mais il y a une deuxième manière pour nous d’entendre l’Evangile de ce dimanche, en nous plaçant dans la foule qui récrimine. Les paroles difficiles à entendre de la part de Jésus, sont une réalité dans l’Evangile. Et il arrive que l’homme trouve que c’en est trop. Il faut nous souvenir alors que Jésus n’est pas venu nous raconter de belles histoires ; il est venu nous entraîner à sa suite, à la rencontre de Dieu. Et nous savons que cela demande des conversions de notre part. Quelquefois, ça grince. Je ne peux pas l’entendre ; j’ignore cette page d’Evangile. Ce n’est pas pour moi ; c’est pour les autres. Quand cela nous arrive, nous pouvons récriminer comme la foule, ou entendre encore et toujours Jésus qui parle en vérité. Il nous faudra patienter deux semaines avant d’entendre comment la foule, jadis, a réagi à cet enseignement de Jésus. Mais nous pouvons déjà comprendre qu’il nous faudra prendre position. Jésus est-il assez important pour nous, pour que nous l’écoutions encore, quand bien même ce qu’il dit ne nous convient pas ? 

Pour la deuxième fois, Jésus nous dit qu’il est notre nourriture, notre unique nécessaire pour parvenir à la vie véritable. Nous laisserons-nous enseigner par lui, quoi qu’il nous en coûte ? Accepterons-nous Jésus pour qui il est et pour ce qu’il veut faire pour nous ? Ne répondons pas trop vite ; goûtons le Pain de sa Parole ; goûtons le Pain de son Eucharistie. Quand l’homme n’en peut plus, ni des autres, ni de Dieu, c’est à ces deux tables qu’il peut venir prendre des forces et se forger une intime conviction. Il pourra s’y tenir et progresser dans sa connaissance de Jésus et de sa mission. Approchons-nous de lui avec confiance : il est celui qui nous fait vivre éternellement. Amen.

dimanche 16 février 2020

6ème dimanche ordinaire A - 16 février 2020

Vous avez appris… Eh bien, moi, je vous dis...




            Je reconnais qu’il y a des jours où Jésus ne nous simplifie pas la tâche. Croire en Dieu n’est déjà pas évident en soi, mais quand Jésus semble venir tout compliquer, rien ne va plus. Habituellement, les prédicateurs vont s’évertuer à démontrer que, depuis que Jésus est venu, tout est plus simple. Les trop nombreux commandements de la Loi juive, il les réduit au double commandement de l’amour : aime Dieu, aime ton frère. Non seulement, il simplifie la Loi, mais en plus il la rend parfaite. Saint Augustin ne dira-t-il pas plus tard : Aime et fais ce que tu veux ? Mais alors que faire de l’Evangile de ce dimanche ? Il ne simplifie pas vraiment les choses ; il semble même durcir la Loi.



            Pour commencer, Jésus nous rappelle non seulement qu’il n’enlèvera rien à la Loi (pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi), mais il nous dit encore que celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. (Qui aime le jambon ou une bonne grosse tranche de lard, salé ou fumé, dans la une bonne choucroute ? Pourtant la loi dit : tu ne mangeras pas de porc ! Serons-nous donc tous les plus petits dans le royaume ?) Les spécialistes du Nouveau Testament nous diront alors que l’Evangile de Matthieu que nous lisons a été écrit pour des chrétiens originaires du judaïsme, et qu’en faisant ainsi relire la Loi par Jésus, Matthieu veut le situer dans la ligne de Moïse, celui par qui Dieu a donné la Loi à son peuple. Il en fait un nouveau Moïse qui pousse la Loi dans ses retranchements et l’accomplit parfaitement. Ils ont sans doute raison, mais pour nous, ça change quoi ? (ça change quoi pour notre lard ?) Peut-être juste que nous pouvons faire confiance à Jésus, que nous devons lui faire confiance et l’écouter quand il parle de la Loi et des Prophètes. C’est justement là que les choses se corsent.



            S’il a bien commencé par dire qu’il n’est pas venu abolir mais accomplir la Loi et les Prophètes, il continue en durcissant la Loi. Vous avez appris qu’il a été dit… Eh bien ! moi, je vous dis… Sa relecture est effrayante. La colère d’un homme est mise sur le même plan que le meurtre ; le fait de regarder une femme avec convoitise sur le même plan que l’adultère (ça marche aussi avec les hommes, au passage. Je le rappelle par souci d’équité et de parité) ; interdiction totale de faire de serments, ni par Dieu, ni par les hommes. En fait, à y regarder de près, ce que fait Jésus, c’est de dire que les regards et les paroles peuvent être aussi mauvais que les actes, et qu’il vaut donc mieux s’abstenir de paroles ou de regards mauvais, s’abstenir de regards et de paroles qui pourraient conduire au Mal. S’il durcit effectivement la Loi, il l’accomplit et nous permet de l’accomplir en nous montrant une autre voie : si tu ne veux pas tuer, ne commence même pas par te mettre en colère ; si tu ne veux pas commettre d’adultère, ne commence même pas par regarder quelqu’un avec envie ; si tu ne veux pas manquer à tes serments, n’en fais tout simplement pas. C’est renversant de simplicité. Et c’est là qu’il nous faut alors réentendre la dernière parole de Jésus dans l’Evangile de ce dimanche.



Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. Il nous donne ici une clé pour vivre mieux nos rapports humains. Qui n’a jamais dit à quelqu’un : ce que tu as fait c’est bien ; ou alors tu es quelqu’un de bien ; et qui fait suivre l’affirmation d’un « mais » assassin. Ce que tu as fait, c’est bien, mais tu aurais pu… Tu es quelqu’un de bien, mais si tu changeais ceci… Ce qui fait dire que tout ce qui est avant le ‘mais’ n’est que du vent, une manière d’endormir l’autre pour être encore plus méchant avec lui après le fameux ‘mais’. Jésus dit : Oui, c’est oui, non, c’est non. Tout ce qui est en plus (ce qui vient avec le ‘mais’), vient du Mauvais.  Ça rend les rapports humains sans doute plus clairs, mais est-ce que cela nous simplifie les choses ? Nous aimons bien envelopper, enrober, contourner. (On a même inventé un mot pour cela : le politiquement correct : vous ne pouvez pas dire les choses, même vraies, parce que cela pourrait froisser quelqu’un). Jésus nous dit : soit franc, soit honnête, tout le temps. Que ta parole soit une et unique, comme la parole de Dieu lui-même puisque tu as en commun avec lui cette capacité. Que ta parole, comme la Parole de Dieu, ait du poids ; qu’elle ait du sens, un sens unique.



            Quand l’explication va jusque-là, nous nous rendons compte que l’enseignement de Jésus est cohérent et qu’il simplifie effectivement les choses en poussant la logique de la Loi jusqu’au bout. Ne fais pas de Mal, ni en actes, ni en paroles, ni en pensées. Supprime toute occasion de faire le Mal, de dire du Mal, de penser du Mal. En écoutant l’enseignement de Jésus après celui de Ben Sirac le Sage, nous comprenons que résister au Mal ou faire le Mal, c’est exercer notre liberté. Si tu le veux, disait Ben Sirac. Jésus dit : si tu ne veux pas faire le Mal, ne le pense pas, ne le formalise même pas par la parole. Tout ce que tu mets après ton oui ou ton non, c’est déjà le Mal qui s’insinue en toi. Nous savons que cet enseignement est juste et bon, puisque Jésus l’a signé par sa mort en croix.  Soyons tout au Christ, qui est tout à Dieu ; nous n’aurons, comme lui, qu’une parole et nous vivrons mieux. Amen.









  

samedi 3 mars 2018

03ème dimanche de Carême B - 04 mars 2018

Oser dire Dieu.





Puis-je parler de Dieu sans risque ? Puis-je poser une parole sur celui qui aime l’homme et entre en relation avec lui en lui donnant tout ? Puis-je parler de Dieu sans en faire « Mon Dieu » ? C’est-à-dire sans risquer de mettre trop vite la main sur lui et l’enfermer dans mes idées ? Tout prédicateur doit, un jour ou l’autre, affronter ces questions qui ne lui sont pas réservées. En effet, tout croyant qui veut témoigner de sa foi honnêtement se heurte nécessairement à ces mêmes questions. Car il s’agit bien, pour tout croyant quel que soit son statut, de parler de Dieu aux hommes de la manière dont Dieu lui-même se présente à eux. Que dit Dieu de lui-même ? Que laisse-t-il découvrir de lui ? Les lectures de ce troisième dimanche de Carême nous donne des éléments de réponses. 

            Le passage du Livre de l’Exode nous permet de reconnaître en Dieu celui qui vient libérer l’homme : Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. Voilà bien posé le cadre des relations entre l’homme et Dieu ; voilà bien posé le cadre de tout discours sur Dieu. Ce cadre, c’est celui de l’Alliance conclue jadis avec le peuple lors de la libération de l’esclavage. Le Dieu en lequel nous croyons est ce Dieu qui a manifesté à l’homme son amour en lui redonnant confiance, en le faisant sortir d’une vie impossible et indigne de l’homme. Quand notre Dieu parle de lui, il vient nous redire qu’il veut notre bonheur et notre vie. Le Dieu vivant veut que l’homme vive à son tour, de la même vie !  

            Mais ce passage vient aussi nous apprendre que notre Dieu est le Dieu fidèle. Ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération. Autant dire toujours ! Quand Dieu parle de lui, il fait donc référence à cette alliance conclue avec l’humanité, alliance qu’il s’engage à respecter et dans laquelle il nous engage ! Cette fidélité fait que jamais Dieu ne pourra revenir sur sa volonté de faire vivre l’homme, et de le faire vivre libre et heureux. Il semble important à Dieu lui-même, lorsqu’il se communique et lorsqu’il communique sa loi, de rappeler ces deux points en préalable. Une manière de dire : je te propose une loi à respecter, certes ; mais cette loi n’est pas injuste, cette loi n’est pas autoritaire. Elle est simplement la suite et la conséquence logique de l’amour que j’ai pour toi, amour que je t’ai manifesté dans le passé, amour que je te manifesterai encore dans le futur.  

Ce Dieu libérateur et fidèle, Jésus continue de le révéler par toute sa vie. J’avoue que dans l’Evangile de ce matin, il le fait de manière curieuse, pour ne pas dire violente. Ce nettoyage en règle du Temple dit son attachement jaloux à Dieu. Il lui est insupportable que l’homme réduise l’alliance avec Dieu à un marchandage commercial : je t’offre un bœuf ou une brebis, en échange tu me donnes… Il chasse les marchands du Temple pour que l’homme retrouve avec Dieu une relation « humaine » vraie. Entre Dieu et les hommes, il ne saurait être question d’argent ou de cadeaux. Entre Dieu et les hommes se joue la vérité d’une vie. Jésus se situe bien dans la ligne de quelques prophètes qui avaient déjà annoncé que la fumée des sacrifices, Dieu les avait en dégout. Relisez le psaume 50 : Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. Ce que Dieu attend de nous, c’est que notre cœur soit à lui. Il est le Dieu des cœurs à cœurs, le Dieu des relations profondes. Il exige tout de nous parce qu’il nous donne tout, en Jésus. Paul nous le rappelait dimanche dernier déjà dans sa lettre aux Romains.  

Ce même Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens lue en ce dimanche, achève de nous dérouter dans nos discours sur Dieu. Il nous invite à le découvrir là où nous ne l’attendions pas. Il rappelle que Dieu ne se trouve ni dans des signes miraculeux, ni dans une sagesse. Dieu n’est ni un miracle, ni un système de pensée. Dieu s’est révélé en Jésus. Paul en a fait l’expérience sur le chemin de Damas. Et désormais et pour toujours, la figure de Jésus sera la pierre d’achoppement : scandale pour ceux qui voient dans la croix un abaissement inadmissible de la part de Dieu ; folie pour ceux qui ne s’appuient que sur la raison, refusant toute transcendance, niant l’existence de Dieu parce que non vérifiable scientifiquement. A croire Paul, notre Dieu serait un Dieu fou si nous l’évaluions à mesure humaine. Ce qu’il a fait pour l’homme, personne ne l’a jamais fait auparavant. Pour ceux qui ne connaissent pas Dieu, cela peut sembler pure folie que d’avoir donné son fils et d’avoir permis qu’il soit crucifié, mis à mort pour le salut des hommes. C’est pourtant ce qu’il a fait, une fois pour toutes, pour tous et pour chacun. Parler de Dieu aux hommes, c’est parler de ce don inouï. Parler de Dieu, quand on est chrétien, c’est parler de l’alliance qu’il a conclu avec les hommes en Jésus, mort et ressuscité. En lui réside désormais la vie de l’homme ; en lui, réside désormais le salut de l’homme. 

Oser parler de Dieu, c’est finalement oser parler de notre expérience avec lui. En quoi Dieu est-il mon libérateur ? De quoi me suis-je senti délivré par lui ? Comment est-il mon Sauveur ? Ce n’est sans doute pas un hasard si la Congrégation pour la Doctrine de la Foi vient d’envoyer un courrier aux évêques rappelant ce qu’est le salut apporté par Jésus Christ : non pas un bien-être intérieur, ni plus de richesses, mais la communion réelle et plénière avec Dieu. Le document nous rappelle fort justement que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine. Lorsque nous parlons de Dieu, que ce soit toujours dans cet unique but : permettre à notre auditeur de se découvrir sauvé, appelé à la vie avec Dieu. AMEN.

(Dessin de M. LEITERER) 

 

 

vendredi 31 août 2012

22ème dimanche ordinaire B - 02 septembre 2012

La Parole de Dieu !


Promettez-vous de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ? Si comme moi, vous aimez les films policiers, vous aurez reconnu la phrase qui nous est servi dans tous les scénarii, dès lors qu’un témoin est interrogé par le président du tribunal. Cette question témoigne du désir profond de connaître ce qui est essentiel pour décider de la vie de quelqu’un. Elle repose sur une confiance réciproque : celui qui interroge fait confiance à celui qui répond en accordant à ce qu’il dit le caractère de vérité. Celui qui répond fait confiance à celui qui interroge, en se sachant écouté, respecté : ce qu’il dit ne sera pas déformé par l’autre.

Promettez-vous de vivre la Parole, toute la Parole, et rien que la Parole ? C’est en ces termes que l’on peut résumer le discours que Moïse fait à son peuple avant que celui-ci n’entre en Terre promise. Le peuple a cheminé de longues années sur des terres étrangères, attendant avec impatience l’arrivée en terre de liberté. Il a eu maintes fois l’occasion de découvrir la bonté et la patience de Dieu. Il s’est souvent détourné de lui. Plusieurs fois, Dieu a voulu recommencer l’œuvre de libération entreprise avec un nouveau peuple, tant celui qui a été sorti d’Egypte avait la nuque raide et le cœur endurci. Et pourtant, toujours Dieu est revenu de sa grande fureur et a poursuivi l’œuvre entreprise lors de la sortie d’Egypte. Il a pris soin de son peuple en lui donnant de l’eau, en assurant sa nourriture, en lui offrant une Loi. Cette loi, signe de l’alliance entre Dieu et son peuple, garantit à chaque partenaire des droits. YHWH est reconnu comme le seul Dieu en Israël ; le peuple est assuré de la présence et de l’assistance de YHWH à chaque étape de sa vie. A travers cette loi, Dieu offre à son peuple un cadre pour vivre libre et heureux ; à travers cette loi, Dieu donne au peuple les moyens de réussir la vie qui va commencer en Terre promise. Elle est le mode d’emploi de ce pays que Dieu offre aujourd’hui. Elle est l’unique nécessaire pour que tous puissent vivre une vraie fraternité, dans une pleine liberté.

Vous n’y ajouterez rien, vous n’y enlèverez rien !
La Parole de Dieu est ainsi affirmée comme l’unique nécessaire pour réussir sa vie. Toute la Parole de Dieu, mais rien que la Parole de Dieu. Elle seule pénètre le cœur de l’homme ; elle seule est capable de le transformer en profondeur ; elle seule permet de discerner le bien du mal. La Parole doit être inscrite au cœur de chacun pour que chacun puisse connaître Dieu de manière personnelle. C’est le prophète Jérémie qui l’affirmera le plus clairement. Mais déjà Moïse avait pressenti cela : « Ecoute les commandements et les décrets que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez ! … Ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples. »

Nous ne pouvons rien y enlever parce que la Parole est une. Elle est un seul bloc. On ne peut rien y enlever car on ne négocie rien avec la Parole. Elle est tout entière parole de vie ; elle est tout entière chemin vers le bonheur ; elle est tout entière révélation du Père. En enlever quelque chose serait enlever quelque chose à Dieu, modifier la révélation qu’il nous fait. Personne ne peut dire : « je prends ceci, je laisse cela ». Toute la Parole est à découvrir ; toute la Parole est à vivre.

Mais nous ne pouvons pas non plus y ajouter quelque chose. Qui aurait l’audace de dire que sa Parole est plus grande que la Parole de Dieu ? En Jésus, ultime Parole de Dieu, Dieu a tout dit de lui et de la relation qu’il veut établir avec chacun de nous. Dieu a tout dit, et tous les commentaires que nous pouvons faire ne sont que des approches de cette unique parole. Toujours il nous faut revenir à cette seule parole. Les lois, les règles ajoutées sont sujettes à changement en fonction des époques et de l’évolution de l’humanité ; la Parole, elle, reste unique et universelle parce qu’elle ne cherche qu’une chose : permettre à l’homme de vivre heureux et libre. Si l’homme change, si le monde évolue, le chemin vers le bonheur reste identique : il s’appelle respect, amour, liberté, fraternité. C’est ce chemin que le Christ nous a montré ; c’est ce chemin que Dieu nous révèle dans les Ecritures. C’est ce chemin que nous sommes appelés à suivre, à vivre. A nous donc de redécouvrir toute la saveur de cette Parole que Dieu donne au monde. A nous d’y découvrir l’unique nécessaire et d’en vivre. Sans rien y enlever. Sans rien y ajouter. AMEN.

(Photo de l'auteur, Ambon et Evangéliaire de la paroisse St Laurent de Holtzheim)

vendredi 27 janvier 2012

04ème dimanche ordinaire B - 29 janvier 2012

Ecouter la Parole et la transmettre.





Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur. Ces mots du psalmiste nous font entrer dans une dimension essentielle de nos liturgies : l’écoute de la Parole de Dieu. C’est une des redécouvertes du Concile Vatican II. Depuis 1965, et la réforme liturgique qui a suivi, nous sommes invités à mettre au cœur de notre vie la Parole de Dieu, pour sans cesse l’approfondir, la mieux comprendre et en vivre. C’est pour cela que nous l’entendons dans notre propre langue ; c’est pour cela que les prêtres ont été invités à l’expliquer ; c’est pour cela que la Bible elle-même a été retraduite et largement diffusée pour que chacun puisse la posséder et la lire quand il en a envie.

L’écoute de la Parole de Dieu n’est pourtant pas une nouveauté. Depuis que Dieu a fait alliance avec l’homme, celui-ci est invité à suivre la voix de son Dieu. Dans le livre du Deutéronome, nous avons entendu le peuple exprimer sa crainte devant la propre Parole de Dieu. Comment peut-il écouter Dieu lui parler en direct sans mourir ? Le peuple a bien conscience que cette voix-là est une voix engageante, qui ne s’exprime pas à la légère et qui a des conséquences dans la vie humaine. D’où l’engagement de Dieu à faire se lever des prophètes dans le pays pour que le peuple puisse entendre ce que Dieu a à dire sans que le peuple ne prenne le risque de mourir. Ces prophètes deviennent les porte-parole de Dieu. Et les hommes qui les entendront devront les écouter comme si Dieu lui-même parlait.

Dans l’Evangile, nous entendons la réaction des contemporains de Jésus lorsque celui-ci enseigne : voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité. Non pas que la Parole soit nouvelle : c’est toujours la Parole de Dieu. Mais le ton employé, les mots utilisés attirent l’attention et donnent envie d’écouter. Assurément, les paroles prononcées par Jésus touchent le cœur de ceux qui les entendent. Nous le constatons à chaque récit de guérison ou de rencontre de Jésus, lorsque des personnes changent radicalement de vie. Voyez Zachée qui s’engage, sur la seule parole de Jésus, à réparer les torts qu’il aurait pu faire. Voyez la Samaritaine qui devient un signe pour les habitants de son village. Voyez tous ceux et celles qui ont croisé le regard du Christ et qui ont été bouleversés et convertis. Il y a une force dans cette Parole, parce qu’elle est différente de la parole humaine. C’est une Parole vraie, une Parole de vie, une Parole de liberté, une Parole qui ouvre un avenir.

Nous entendons aujourd’hui encore ces mêmes paroles. Ont-elles sur nous le même effet ? Sommes-nous véritablement bouleversés par ce que nous entendons ? Ces textes qui nous sont proclamés, sont-ils seulement de beaux ouvrages, de belles paroles d’un autre temps ? Ou sont-elles encore parole de vie, parole de vérité, parole de liberté pour nous, ici et maintenant ?

Nous sommes, aujourd’hui, ce peuple de prophète que Dieu a promis de faire se lever. Nous sommes celles et ceux qui ont en charge l’annonce de la Parole que nous avons entendu. Nous avons à transmettre, tous, là où nous sommes, ce que nous avons entendu, ce que nous avons compris, ce qui nous fait vivre. Cela concerne bien sûr les prêtres, mais aussi l’ensemble des baptisés qui vivent de cette Parole. Connaître la Parole, en vivre et la faire connaître : c’est le combat quotidien de tous les baptisés. A quoi cela servirait-il qu’un prêtre vienne parler de Dieu à des enfants, si en famille ils n’en entendent pas parler, si en famille ils ne se sont jamais adressés à lui dans la prière ?

Lire la Parole de Dieu, l’approfondir ensemble, toujours mieux la comprendre pour mieux en témoigner : voilà le défi que nous avons à relever afin que le monde sache, qu’il croit que Jésus est celui qui nous dit la vérité sur Dieu et sur le monde, et que grandisse le peuple des croyants. Oui, aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur.


(Photo personnelle, Evangéliaire)

vendredi 8 juillet 2011

15ème dimanche ordinaire A - 10 juillet 2011

De l'art de semer...


Voici que le semeur est sorti pour semer… Cette parabole, qui ne la connaît pas ? Et qui ne sait pas que c’est à l’occasion de cette parabole que Jésus nous en donne l’interprétation autorisée. Il en fait en quelque sorte l’homélie lui-même : la Parole vivante de Dieu, Jésus, donne le message et l’explique. Ceci nous permet d’aborder aujourd’hui la question importante du statut que nous accordons à cette parole. Pour faire court, c’est quoi la Bible pour nous ?

Pour beaucoup de nos contemporains, la bible n’est qu’un beau livre à classer au rayon des belles phrases ou des belles idées qui auraient pu enrichir l’humanité. Pour certains, la Bible trouve donc sa place légitime dans nos bibliothèques à côté des grands auteurs, des grands philosophes. De belles pages pouvant élever l’humanité. A relire la parabole de ce dimanche, nous pourrions aussi la classer au rayon « jardinerie » pour cette page ; si elle n’est lue que d’un point de vue humain, elle nous donne un traité du « bien ensemencer son jardin ». Vous savez désormais qu’il ne sert à rien d’ensemencer dans les pierres, ni dans les ronces, ni au bord du chemin. Ce qu’il vous faut, pour réussir un jardin, c’est une bonne terre. Sans le regard de la foi, notre parabole se transforme en leçon de chose pour jardinier du dimanche.

Mais voilà, Jésus lui-même donne l’explication de son histoire lorsqu’il est interrogé par les disciples sur le pourquoi des paraboles. Il parle en parabole parce que ses auditeurs regardent sans regarder, écoutent sans écouter et sans comprendre. Pour eux, cette parabole n’est finalement qu’une leçon de jardinerie, et Jésus est le premier à le regretter. Ils ne comprennent pas la Parole de Dieu, ou ne veulent pas la comprendre. Ils en restent aux belles paroles d’un maître quelconque. S’ils prenaient cette parole au sérieux, ils se convertiraient ! Dur jugement sur l’humanité, sur nous-mêmes !

Mais pour celui qui croit, cette parole prend tout son sens dès qu’il l’entend. Il est en mesure de comprendre que le Christ est le semeur, que la semence est la Parole de Dieu, largement répandue, et les diverses terres, les diverses réactions de l’humanité face à cette Parole.

Il y a eu, il y a et il y aura toujours des hommes et des femmes pour accueillir la Parole au bord du chemin, c’est-à-dire sans rien y comprendre. Elle ne les intéresse pas : les oiseaux peuvent bien venir la picorer. Ils l’entendent à l’une ou l’autre occasion de leur vie, mais elle ne les touche pas. C’est tout.

Il y a eu, il y a et il y aura toujours des hommes et des femmes pour accueillir la Parole dans un terrain pierreux. Ils sont plutôt heureux de l’accueillir sur le moment ; mais elle n’a pas de place pour grandir et se développer. C’était passager. Sitôt entendue, presque aussitôt oubliée. Si en plus ils traversent un moment difficile dans leur vie, ou que l’Eglise est attaquée, calomniée, ils s’en éloignent aussitôt pour ne pas être identifiés à ceux-là. Un peu comme Simon-Pierre au soir du procès de Jésus : je ne connais pas cet homme ! Qui n’a jamais dit, dans un moment de doute ou de difficulté : Mais qu’ai-je fais au bon Dieu pour mériter cela ?

Il y a eu, il y a et il y aura toujours des hommes et des femmes pour accueillir la Parole dans un sol plein de ronces. Ils accueillent la Parole mais il y a trop de choses dans leur vie. Pas le temps pour la laisser grandir, pour l’étudier, pour la comprendre. Ils ont un goût de croyants pas pratiquants. N’est-ce pas, on irait bien à l’église, mais on n’a pas le temps. Et le jour où on veut y aller voilà qu’il pleut (on ne va pas sortir par ce temps, on sera tout trempé), ou qu’il neige (on ne va quand même pas risquer un accident juste à cause d’une messe), ou qu’il fait trop beau (il fait vraiment trop chaud aujourd’hui ; on ne peut pas sortir par cette canicule, même pour aller à la messe). Et voilà encore un dimanche où la Parole de Dieu n’est pas entendue, méditée, accueillie. On ira la prochaine fois. C’est sûr, si la météo le permet !

Il y a eu, il y a et il y aura toujours des hommes et des femmes pour accueillir cette parole dans la bonne terre. Des hommes et des femmes pour qui cette Parole est vitale au point qu’ils calquent toute leur existence sur elle. Et c’est heureux ! Cela prouve que cette Parole peut quelque chose pour nous : elle peut accomplir sa mission selon le mot du prophète Isaïe. Elle peut changer le cœur des hommes et donc changer le monde.

Il y a eu, il y a et il y aura toujours en chacun de nous ce mélange de terre. Selon les étapes de notre vie, nous serons bord du chemin, sol pierreux, sol envahi de ronces ou bonne terre. Cela nous évitera de nous classer entre nous : celle-là, bord du chemin ; celui-là, sol pierreux ; ceux-là, pleins de ronces. Et bonne terre : ben voyons… moi, bien sûr ! Tant qu’à faire, autant être du bon côté. A chacun de nous de regarder sa propre vie et son rapport à cette Parole que Dieu donne. Et profitons de la leçon du « bien ensemencer » donnée par Jésus pour observer de quoi est faite notre terre aujourd’hui. Si nous n’y voyons que oiseaux qui picorent, pierres qui encombrent ou ronces qui étouffent, ne désespérons pas. En décidant de prendre cette parole au sérieux, nous pouvons nettoyer notre terre, la rendre perméable à la Parole et son grain pourra y mûrir et grandir, pour notre salut et pour la gloire de Dieu. Il n’est jamais trop tard : les pierres se dégagent, les ronces peuvent être arrachées, les oiseaux effrayés. Il ne tient qu’à nous d’être de la bonne terre que Dieu lui-même pourra ensemencer. Amen.




(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)

vendredi 11 mars 2011

01er dimanche de Carême A - 13 mars 2011

Célébrer le pardon pour résister au Mal !



Les enfants qui préparent leur première confession le savent bien ; ils l’apprennent dès les premières rencontres de catéchisme : dans la vie, quelquefois c’est comme ça ; dans la vie, quelquefois c’est pas facile ; dans la vie, quelquefois, ça ne va plus. Et ce n’est même pas toujours de notre faute. Le Mal est présent au cœur de notre vie ; nous en faisons tous l’expérience. La question, c’est qu’est-ce qu’on fait, une fois qu’on le sait ? Peut-on s’en sortir ? Les textes bibliques que nous avons entendus nous disent que oui, et nous donnent même un chemin pour nous en sortir. Ce chemin est double : conformer notre vie à la parole de Dieu et nous placer à la suite du Christ.

Conformer notre vie à la parole de Dieu. C’est bien la leçon que nous pouvons tirer de l’histoire de nos premiers parents. Créés par Dieu, ayant reçu de lui le souffle de vie, l’homme et la femme sont à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ils ont tout reçu de lui. La seule chose qu’ils doivent respecter, c’est un interdit : ne pas toucher à l’arbre qui est au milieu du jardin. Pas vraiment mission impossible, me direz-vous, d’autant qu’ils ont tous les autres arbres à disposition. Dans leur jardin, ils ne manquent de rien. Et pourtant, comme le rappelle Paul aux chrétiens de Rome, un jour, par Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort. Le ver est dans le fruit, le mal est fait. Pourquoi ? Parce que quelqu’un, le Serpent, a travesti la Parole de Dieu, donnant du même coup de Dieu une image fausse et pervertie. Adam et Eve se sont laissés avoir et ne s’en rendent compte que trop tard, une fois que le Mal est fait : leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus ! Nus parce qu’éloignés soudainement de Dieu. Nus, parce qu’ils ne leur restent que leurs yeux pour pleurer. L’écrivain biblique nous indique même que désormais, ils se cachent devant Dieu. Ils ont honte. C’est comme ça ; c’est pas facile ; ça ne va plus ! Une parole comprise de travers, une image de Dieu pervertie, et le Mal est là.

Dans l’Evangile, lorsque Jésus est soumis à la tentation, le Mauvais utilise toujours et encore la même arme : il joue avec la Parole de Dieu. Mais Jésus, à la différence d’Adam, rectifie la parole ; il ne se laisse pas avoir. Il est le Fils que Dieu a envoyé ; il est le Fils qui est fidèle à son Père, qui écoute son Père et agit comme son Père attend. La Parole de Dieu est sa seule ligne de conduite, sa seule arme contre la tentation du pouvoir, de la possession et de la toute-puissance. Ecoutant la Parole de Dieu et la méditant dans notre cœur, nous pouvons user de cette même arme pour lutter contre le Mal.

Imitant ainsi le Christ, nous comprenons le deuxième chemin proposé pour résister au Mal : suivre le Christ en tout. C’est Paul qui nous y encourage lorsqu’il nous affirme que si à cause d’un seul homme, par la faute d’un seul homme, la mort a régné, combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend justes. Pour être tout à fait clair, si par Adam le péché est entré dans le monde, par Jésus, c’est le salut qui nous est obtenu. Suivre le Christ, c’est recevoir de lui le don de la vie en plénitude, le don du salut. Lui seul, Jésus, peut nous sauver ; lui seul peut définitivement vaincre le Mal et la Mort. Son obéissance à Dieu, en toute chose, nous vaut le pardon et la vie.

Pour nous aider à suivre ainsi le Christ sur le chemin de l'obéissance parfaite et conformer notre vie à la Parole de Dieu, l'Eglise nous propose un sacrement ; celui qui, malgré notre péché, nous dit l'amour de Dieu pour nous : le sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation. Si l’Eglise nous invite à célébrer le pardon, de manière régulière, c’est bien parce que, dans ce sacrement, s’approfondit notre désir de résister toujours davantage, toujours mieux au Mal. Certains disent : ce n’est pas la peine de se confesser puisque nous retombons toujours à cause des mêmes choses. Sans doute, mais si nous prenons au sérieux la grâce de ce sacrement, nous nous rendrons compte que petit à petit, de péchés commis en pardons reçus, nous progressons à la suite du Christ, nous devenons plus résistants au Mal. La première des choses à faire est de regarder honnêtement notre vie, non pas pour nous en désoler, mais pour porter sur notre vie le regard même de Dieu, qui est toujours et déjà un regard de pardon, un regard d’amour. Quelquefois, dans notre vie, ça va mal ; mais toujours, dans notre vie, même et surtout quand ça va mal, Dieu veut nous rejoindre et nous libérer de ce qui nous retient loin de lui, de ce qui nous éloigne de lui. Célébrer le pardon, rencontrer un prêtre pour se confesser devant Dieu, c’est exprimer notre désir de la présence de Dieu au cœur de notre vie ; c’est exprimer notre désir de revenir vers ce Dieu, même si nous nous sentons nus devant lui. Par son pardon, il nous revêtira de l’habit de fils. Célébrer le pardon, c’est demander à Dieu son aide pour que nous puissions mieux entrer en résistance contre le Mal et le péché. Ça ne se fait pas en un jour ; c’est l’œuvre d’une vie spirituelle, menée en fidélité à la Parole de Dieu, à la suite du Christ qui nous redit toujours que Dieu nous aime, même lorsque nous sommes pécheurs.

Permettez que je termine par une histoire qu’un vieux rabbin racontait. Il disait : chacun de nous est relié à Dieu par un fil. Et lorsqu’on commet une faute (un péché), le fil est cassé. Mais lorsqu’on regrette sa faute, Dieu fait un nœud au fil. Du coup, le fil est plus court qu’avant. Et le pécheur est un peu plus près de Dieu ! Ainsi, de faute en repentir, de péché en pardon célébré, de nœud en nœud, nous nous rapprochons de Dieu. Finalement, chacun de nos péchés est l’occasion de raccourcir d’un cran la corde à nœuds et d’arriver plus vite près du cœur de Dieu. Tout est grâce ! Mêmes les péchés... Si nous entrons dans une démarche de pardon et de réconciliation. Amen.




(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'Evangile, éd. Les presses d'Ile de France)

(Histoire reprise par Jean VERNETTE, in Paraboles pour aujourd'hui, éd. Droguet & Ardant)

lundi 24 mai 2010

Pentecôte - 23 mai 2010

Que fait l'Esprit Saint ? A quoi sert-il ? Ces questions reviennent presque chaque année dans la bouche d'enfants, de jeunes voire d'adultes. Nous savons bien que l'Esprit Saint existe puisque nous l'évoquons chaque fois que nous traçons sur nous le signe de la croix, mais de là à savoir parler de lui, il y a un gouffre ! Pourtant, chaque dimanche, lorsque nous allons à la messe, c'est bien l'Esprit Saint qui est à l'oeuvre.

Que fait l'Esprit Saint ? Il rassemble l'Eglise, il la construit. Chaque dimanche matin, lorsque nous nous rassemblons pour célébrer, c'est bien à l'Esprit Saint que nous le devons. C'est qui réunit des hommes et des femmes divers pour n'en faire qu'un seul peuple qui chante la louange de Dieu et écoute la Parole du Fils unique, Parole devenue, pour les croyants, Bonne Nouvelle. Oui, je crois que c'est l'Esprit Saint qui nous donne le goût de Dieu, le goût de le retrouver, le goût de le célébrer.

Que fait l'Esprit Saint ? Il nous fait entendre et comprendre la Parole de Dieu. Jésus lui-même l'affirmait à ses disciples : Quand il viendra lui, le Défenseur, il vous fera comprendre tout ce que je vous ai dit. L'intelligence de la Parole est un don que Dieu nous fait par l'Esprit saint. Nous évitons ainsi de croire que nous aurons un jour la connaissance de Dieu par notre seule force. En fait, c'est Dieu qui se révèle à nous, qui se dit dans sa Parole et qui nous permet de comprendre ce qu'il attend de nous par l'Esprit. D'où la nécessité de prier Dieu de toujours nous donner cet Esprit. Sans l'Esprit Saint, nous ne pouvons rien : ni comprendre la Parole, ni découvrir son projet d'amour pour nous, ni vivre le bonheur promis.

Que fait l'Esprit Saint ? Il rend présent le Christ dans le pain et le vin consacrés. C'est lui que nous invoquons dans l'épiclèse sur le pain et le vin : C'est pourquoi nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons. Sanctifie-les par ton Esprit pour qu'elles deviennent le Corps et le Sang de ton Fils, Jésus Christ, notre Seigneur, qui nous a dit de célébrer ce mystère. Il rend le Christ présent à notre vie et il nous rend présents à la vie de Dieu. La deuxième épiclèse, celle sur le peuple, donc sur chacun de nous, nous fait invoquer l'Esprit Saint pour nous-mêmes, afin qu'il nous transforme et qu'il transforme nos coeurs en des coeurs que Dieu aime, comme nous le faisait prier une oraison de la semaine passée. Dieu et l'homme unis par l'Esprit Saint, comme le Père et le Fils sont unis par le même Esprit.

Que fait l'Esprit Saint ? A en croire Paul, il nous met en prière et nous rend capable de crier vers Dieu comme des enfants crient vers leur père en lui disant : Abba ! Père ! Papa ! La prière que Jésus commande de dire, nous ne pouvons la dire sans l'assistance de l'Esprit Saint ! C'est bien l'Esprit qui nous permet de voir en Dieu celui qui est à la source et à l'origine de notre vie. C'est bien dans l'Esprit Saint que nous pouvons demander à Dieu ce qui nous est nécessaire pour vivre. L'Esprit Saint nous empêche de radoter devant Dieu et nous fait exprimer des demandes justes.
Que fait l'Esprit Saint ? Il est celui qui nous renvoie dans notre quotidien à la fin de l'eucharistie. Nous ne venons pas à l'église pour nous évader du monde, mais y trouver les forces nécessaires pour affronter le monde et y témoigner de la radicalité de l'Evangile et de son actualité pour chacun. Nous pouvons vivre libres et heureux avec Dieu : nous en faisons l'expérience en chaque eucharistie et nous devons transmettre cette expérience à celles et à ceux qui ne la partagent plus ou qui ne la partagent pas encore. En étant personnellement ouverts à l'action de l'Esprit, nous pouvons permettre à cet Esprit de pénétrer d'autres coeurs afin que notre monde soit travaillé par lui comme la pâte est travaillée par le levain.

En permettant à l'Esprit d'oeuvrer en nous, et en témoignant de lui auprès de nos contemporains, nous permettrons à notre monde de grandir sous sa conduite : ainsi toute l'humanité parviendra à la connaissance de Dieu et marchera sur le chemin de vie que le Christ Sauveur a ouvert à tout homme par sa mort et sa résurrection. En quittant notre terre, en donnant son Esprit, Jésus ouvre le temps de l'Eglise, le temps où l'humanité est appelée à vivre sa Pâques à la suite du Ressuscité. Puisse-t-il en être ainsi désormais !


(Dessin de Coolus, blog du Lapin bleu. A consulter dans mes liens)

dimanche 25 avril 2010

4ème dimanche de Pâques C - 25 avril 2010

Puisque vous ne voulez pas la Parole de Dieu !


La jeune communauté croyante d'après Pâques a bien du mal à se faire accepter. La difficulté, qu'elle a elle-même eu, pendant un temps, à reconnaître la résurrection de Jésus, s'étend au peuple dont elle est issue et se tranforme en hostilité de la part de ceux qui ont fait condamner Jésus. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi : supprimer donc quelqu'un de votre vie, et il y a fort à parier que vous ne voudriez pas non plus que, sans cesse, on vous reparle de lui.N'est-ce pas, le problème est réglé, on tourne la page, on passe à autre chose. C'est dans ce contexte que nous retrouvons Paul et Barnabé au cours de leur mission. De là, va naître une véritable stratégie missionnaire en deux temps.

Premier temps : s'adresser aux frères dans la foi. Avant d'être chrétiens, Paul et Barnabé sont Juifs. Ils sont de ce peuple de l'Alliance que Dieu lui-même a établi pour être la lumière des nations, c'est-à-dire le peuple particulier de Dieu qui guidera tous les autres vers la vérité tout entière ; le peuple qui attirera à Dieu tous les autres peuples. Fidèles à cette conviction, Paul ne cessera pas de s'adresser d'abord à ses frères et soeurs dans le judaïsme. Puisque sa mission vient de Dieu, puisqu'il a été chargé d'annoncer la Parole de Dieu aux hommes, il commencera toujours d'abord par ceux à qui cette Parole s'est adressée en premier. Il ne le fera pas par provocation (vous avez tué Jésus, je vais vous montrer que vous aviez tort !) ; non, il le fait par fidélité à ce Dieu de l'Alliance qui annonce à son peuple qu'il est sauvé malgré son péché, malgré son éloignement de Dieu. Combien de fois, par le passé, des hommes ont-ils ainsi été envoyés par Dieu pour dire à ce peuple la fidélité de Dieu à son Alliance, pour dire à ce peuple qu'il est sauvé ? Tout les livres de la Première Alliance en témoignent. Et Paul n'a d'autre ambition que de se situer dans la lignée de ces hommes et de ces femmes que Dieu a ainsi mandatés.

Dans ce peuple, il y a des gens qui écoutent et qui accueillent favorablement l'annonce de Paul. Il y en a qui se convertissent : les Actes des Apôtres en témoignent. La Parole de Dieu touche les coeurs ; la Parole de Dieu convertit. Ce n'est pas une parole vaine. Mais cette même Parole de Dieu rencontre aussi toujours des obstacles, sans qu'on sache vraiment pourquoi. Pourquoi une parole qui n'est qu'amour et paix est-elle ainsi rejetée ? Pourquoi une parole qui dit le salut des hommes devient-elle, pour certains, inaudible ? Sans doute touchons-nous là du doigt le mystère de la relation à Dieu. Devant celui qui ne veut pas se laisser approcher de Dieu, devant celui qui refuse de l'écouter, Dieu se retire ; il ne s'impose jamais. Paul en fera donc autant. C'est à vous, nécessairement, qu'il fallait d'abord annoncer la Parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes.

Voici le deuxième temps de sa stratégie : aller vers celles et ceux qui, sans être nécessairement du peuple de la Première Alliance, ont envie d'entendre Dieu et de le suivre. Rien ne doit arrêter la Parole de Dieu. Et si ceux à qui elle était destinée n'en veulent pas, il y en a d'autres qui pourraient être intéressés. La Parole de Dieu ne s'arrête pas à des considérations d'origine ou de religion. Le psalmiste le reconnaissait-il pas déjà lorsqu'il chante dans le psaume 99 : Acclamez le Seigneur, terre entière, servez le Seigneur dans l'allégresse, allez à lui avec des chants de joie !

Cette Parole que Paul a entendu sur le chemin de Damas, cette Parole qui semble le brûler de l'intérieur, il ne peut la retenir, il ne peut l'étouffer. Il sera donc l'Apôtre des Nations, l'Apôtre de celles et ceux qui attendent cette Parole, l'Apôtre de celles et ceux qui ont besoin et envie d'être sauvés. Il en est convaincu : Jésus, sur la croix, s'est offert pour tous. Jésus, sur la croix, offre à tous le pardon de Dieu et la vie éternelle. Il faut donc laisser résonner cette promesse de telle sorte que tous puissent l'entendre.

Cette décision n'a pas dû être simple pour Paul ; mais elle s'est imposée à lui. Elle ne simplifiera pas les choses pour autant. Lui-même égrènera un jour tout ce qu'il a souffert à cause de cette Parole ; mais jamais il ne regrettera sa décision ; jamais il ne se soumettra à la facilité. Il sera obligé de fuir devant ses adversaires qui veulent faire taire cette Parole libre de Dieu.

Nous célébrons, en ce quatrième dimanche de Pâques, la journée de prière pour les vocations. Notre première vocation, celle de notre baptême, est de faire résonner cette Parole de Dieu dans notre vie d'abord en nous conformant à elle ; mais nous avons aussi à la faire résonner dans le monde, c'est-à-dire autour de nous, pour que d'autres puissent ainsi découvrir qu'ils sont aimés de Dieu, attendus par Dieu et sauvés par lui. Notre témoignage peut être source de vocation pour d'autres. Si nous éteignons cette Parole en nous, si nous refusons de la faire retentir pour les autres, qui marchera encore sur les pas du Christ ? Qui aura le courage de la faire entendre ? Qui aura la folie d'affronter l'épreuve au nom du salut de tous ?