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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 22 février 2025

7ème dimanche ordinaire C - 23 février 2025

 Pour nous ou pas pour nous ?







Il arrive, en lisant les évangiles, qu’on se dise : telle parole est vraiment pour moi ; elle correspond bien à ce que je vis en ce moment. Il arrive aussi, peut-être même plus souvent, qu’on se dise, toujours en lisant les mêmes évangiles, que cette parole, elle est pour untel qui, décidément, gagnerait à ouvrir sa bible de temps en temps. Je pense que l’évangile entendu aujourd’hui en fait partie. Ces paroles de Jésus à ses disciples, c’est pour les autres ! Et nous en connaissons tous, de ces autres, qui feraient bien de relire les paroles de Jésus.

Pourquoi ces paroles ne seraient-elles pas pour nous ? Parce que nous allons à l’église, et que nous sommes des gens bien, nous ! Et même si l’introduction liturgique dit : En ce temps-là, Jésus déclarait à ses disciples, il suffit d’ouvrir l’évangile de Luc pour comprendre que Jésus ne parle pas qu’aux Douze qu’il vient d’appeler, mais aussi à cette foule nombreuse qui se colle à lui. Ecoutons le verset 17 de ce chapitre : Il y avait là un grand nombre de ses disciples et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon. Sans nul doute, c’est à cette multitude qu’il doit s’adresser. Car un vrai disciple n’a pas besoin que Jésus lui dise tout cela, si ? 

Si, justement ! Parce que disciple de Jésus, nous avons à le devenir toujours plus, toujours mieux. Et nous avons sans doute chacun en tête un visage, un prénom, de quelqu’un qui nous insupporte et qui se rapproche de ce que Jésus appelle vos ennemis. Tel parent, plus ou moins éloigné après un partage d’héritage qui s’est mal passé ; tel voisin dont le chien ne fait qu’aboyer à nous rompre les oreilles ; tel collègue qui ne comprend rien à rien, qui fait gaffe sur gaffe et qui met tout le monde en retard ; tel étranger qui profite, parait-il, des avantages sociaux que la France lui donne généreusement alors que pour les « vrais Français » il n’y a jamais rien ; tel élu qui ne nous a pas accordé la faveur qu’on lui demandait ; tel fonctionnaire qui a volontairement rejeté notre dossier alors qu’il ne sait même pas ce que c’est que de travailler ; tel enseignant qui n’aime pas notre enfant et le sous-note exprès ; tel chauffard sur la route qui n’avance pas ou qui ne nous laisse pas le dépasser… la liste est longue, des ennemis supposés ou réels que Jésus nous invite à aimer. Car voyez-vous, à élever des murs, à classer les gens entre les bons et les mauvais, on ne construit pas une société, on divise, on active la haine. Regardez de l’autre côté de l’Atlantique et vous comprendrez ! 

De cette page d’évangile, exigeante mais belle, retenons peut-être ces trois mots qui ont pu passer totalement inaperçu : Faites du bien. Ils sont le condensé de la pensée de Jésus exprimée dans ce discours. Faites du bien à tous, faut-il préciser, car si vous faites du bien seulement à ceux qui vous en font, quelle récompense méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant, avertit Jésus. Le disciple véritable de Jésus ne peut non seulement se lasser de faire le bien, mais il ne devrait même pas être capable d’envisager de faire le mal. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera. Les paroles qui peuvent sembler dures du début du discours ne doivent pas nous empêcher d’entendre cette fin du discours. De la manière dont nous traitons nos frères et sœurs en humanité, c'est-à-dire chacun de ceux qui croisent notre route, Dieu nous traitera quand viendra le moment du jugement. Seul celui qui est sans péché peut différencier le bon grain de l’ivraie. Aucun de nous ne peut y prétendre. 

Faire du bien. Voilà qui devrait être notre ligne de conduite, notre devise en toute circonstance. Et nous savons tous, par expérience, que c’est plus facile à dire ou à écrire qu’à faire. L’autre est tellement compliqué, n’est-ce pas ! Mais ne sommes-nous pas tous l’autre de quelqu’un ? Nous sommes tous l’ami de quelqu’un ; nous sommes tous l’ennemi de quelqu’un. Nous pouvons choisir entre nous taper dessus ou nous réconcilier et faire grandir l’humanité et le monde. C’est cela, je crois, que Jésus vient nous rappeler aujourd’hui. Pour faire du bien, il faut haïr faire le mal ; mais jamais celui qui fait le mal. Parce qu’il est l’un de nous, il est comme nous : capable du pire et du meilleur. Ne l’oublions pas.   Amen.


samedi 2 novembre 2024

31ème dimanche ordinaire B - 03 novembre 2024

 Ces paroles que je te donne aujourd'hui resteront dans ton coeur.


(Dessin de Jean-François KIEFFER, in Mille images d'évangile, Les presses d'Île de France)





Vendredi, la Toussaint ; hier, tous les fidèles défunts ; aujourd’hui, dimanche, le jour du Seigneur, jour habituel du rassemblement de la communauté des croyants en Jésus Christ. En trois jours, un petit marathon liturgique qui nous aura donné à entendre de nombreuses paroles venant de Dieu. Alors, si je vous demandais maintenant laquelle aura été la plus importante, peut-être me citerez-vous celle qui vous aura le plus marqués, ou celle qui reviendra spontanément à votre mémoire, ou peut-être vous gratterez-vous la tête d’un air dubitatif, ne sachant trop que répondre, un texte biblique ayant chassé le précédent, et ainsi de suite. Mettez-vous alors à la place de Jésus qui est invité à définir le plus grand de tous les commandements, et souvenez-vous qu’il y en a 613 en tout dans la Torah : 248 positifs qui disent ce qu’il faut faire, et 365 négatifs qui disent ce qu’il ne faut pas faire. Lequel choisir ? 


Jésus ne semble pas hésiter ; sa réponse jaillit, claire et précise. Voici le premier : Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. L’évangéliste qui nous rapporte la scène ne signale aucune hésitation ; c’est cela et rien d’autre. Et l’interlocuteur de Jésus valide sa réponse : Fort bien, Maître, tu as dit vrai. Il est donc vrai que, même si l’on n’est pas du même camp, il est possible de réfléchir ensemble, il est possible de parler ensemble, il est possible de reconnaître que l’autre a raison, et de le féliciter publiquement. Sur l’essentiel, les hommes peuvent s’entendre. Grâce à l’essentiel, ils peuvent progresser. Comment définir alors ce qui est essentiel ? 

La première lecture peut nous y aider, elle qui nous dit : Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Ces paroles, ce sont celles que Dieu adresse à son peuple. Et pour qu’elles restent dans nos cœurs, il nous faut être comme Jésus : entièrement tournés vers Dieu, entièrement de Dieu. Sans doute pour Jésus, Parole vivante du Père, est-ce plus facile de savoir ou de comprendre quelle parole l’emporte sur toutes les autres. Mais avant d’être une réponse réfléchie, c’est d’abord une réponse vécue. Jésus aime Dieu infiniment, intimement, puisqu’il l’appelle son Père ; et Jésus aime infiniment les hommes et les femmes qui croisent sa route, puisque pour eux, il ira librement jusqu’à la croix pour leur offrir le salut. Quand tu aimes infiniment à la manière de Jésus, qu’importe le nombre de commandements ; l’amour qui te fait vivre et que tu fais vivre à d’autres, l’emporte sur tout le reste. A la fin, il ne reste de toute façon que l’amour. Il n’y a rien de plus beau, il n’y a rien de plus grand, il n’y a rien de plus urgent. Aimer ! Saint Jean l’a bien compris lui qui a tout résumé dans ce verset : Dieu est amour. Il est dit que dans ses vieux jours, quand il prêchait, c’est la seule chose qu’il affirmait ! Dieu est amour. 

Plus je réfléchis à cette question posée, plus je me rends compte que n’importe quel autre commandement, c’est quelque chose que tu décides de faire ou de ne pas faire. Cependant, aimer, tu ne le décides pas vraiment. L’amour s’impose à toi ; c’est quelque chose que tu vis, ou pas d’ailleurs, mais jamais quelque chose que tu fais. C’est quelque chose qui vient de plus loin que ta seule volonté. L’amour te vient de Dieu ; c’est comme une infusion de l’Esprit de Dieu dans ta vie. Si tu fais le choix d’intégrer Dieu dans ta vie, l’amour est donné en plus, et il s’affinera au fur et à mesure que tu affineras ta connaissance de Dieu. Dieu ne peut que mener à aimer plus, à aimer mieux. Si t’approcher de Dieu te faisait éloigner des autres, tu peux avoir la certitude que ce n’est pas Dieu qui s’est approché de toi, et il vaut mieux fuir cette caricature de Dieu. Tu sais que les paroles [de Dieu] sont dans ton cœur quand tu constates que ton amour pour lui et pour les autres grandit. C’est le meilleur critère de discernement. La parole de Dieu est toujours une parole d’amour, même lorsqu’elle te reprend. Dieu corrige avec amour ceux qui l’aiment et ceux qu’il aime. 

Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Ce sera le conseil du jour ; ce sera le conseil pour chaque jour. Garder la parole, c’est garder Dieu ; garder Dieu, c’est garder l’amour. Garder l’amour, c’est vivre de Dieu et n’être pas loin du Royaume. Que cette eucharistie, mémorial de l’amour du Christ pour nous, nous donne de grandir toujours et encore dans cet amour offert. Que le Pain de vie reçu en communion dilate notre cœur et nous aide à reconnaître en chacun un frère ou une sœur en qui le Christ est présent, en qui le Christ vient à notre rencontre. Amen. 


dimanche 5 mai 2024

6ème dimanche de Pâques B - 5 mai 2024

Jésus est ressuscité : il nous commande d'aimer.



(Icône dite de l'amitié)


 

 

            Plus nous avançons dans le temps pascal, plus nous comprenons l’impact de la résurrection de Jésus dans notre vie. Chaque dimanche de Pâques apporte une nouvelle révélation qui découle directement de l’œuvre de salut accomplie par Jésus quand il a accepté de livrer sa vie sur la croix. L’enseignement de ce sixième dimanche de Pâques peut nous laisser perplexe puisqu’il se résume tout entier dans le dernier verset de l’évangile entendu : Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. 

            Nous avons le droit d’être perplexe, car qu’y a-t-il de plus opposé que commandement et aimer ! Peut-on commander à quelqu’un d’aimer un autre ? Peut-on s’obliger à l’amour ? Si nous réduisons l’amour à un sentiment, alors non, nous ne pouvons pas commander à quelqu’un d’aimer un autre. Les sentiments ne se commandent pas et ne s’imposent pas. Qu’est-ce qui fait que Roméo tombe amoureux de Juliette alors que tout aurait dû les séparer ? Nous n’en savons rien et nous n’en saurons jamais rien. Les ressorts des sentiments humains sont un grand mystère. Il n’y a pas de raison au fait que j’aime untel et que je déteste profondément tel autre. Et je crois que Jésus lui-même ne pourra rien changer à l’amour sentiment, tel que nous le ressentons. D’ailleurs, je crois de plus en plus que le commandement d’aimer n’a rien à voir avec mes sentiments. Il se situe au-delà ; c’est un amour différent. Jésus lui-même nous le fait comprendre, me semble-t-il quand il nous dit un peu plus haut dans le même texte entendu : Aimez vous les uns les autres COMME je vous ai aimés. Ce « Comme » change tout ; il nous sort du sentimentalisme pour nous faire entrer dans l’amour tel qu’il existe en Dieu. En nous invitant à aimer comme lui aime, Jésus nous sort de notre manière d’aimer pour nous faire entrer dans la manière d’aimer de Dieu lui-même. Et cela change tout. D’une part, comme je l’ai déjà dit, cela sort l’amour des sentiments humains ; et d’autre part, cela fait de l’amour un don, un cadeau que Dieu nous fait et dont il nous livre le mode d’emploi. Avec un amour à la hauteur de l’amour de Dieu lui-même, je deviens capable de ne plus tenir compte des étiquettes que je colle facilement sur les gens. Avec un amour à la hauteur de l’amour de Dieu pour moi, je deviens capable d’aimer comme seul Dieu m’a aimé. Avec un amour à la hauteur de l’amour de Dieu pour moi, j’aime radicalement, absolument, gratuitement, sans condition et sans regret. Je deviens capable d’aimer en vérité. 

            Nous avons vu cet amour à l’œuvre dans les Actes des Apôtres, tout au long du temps pascal. Et nous le voyons encore à l’œuvre quand Pierre est capable de dépasser sa manière d’envisager le monde : les bons, ceux qui aiment Dieu, et les autres, les infréquentables parce qu’ils n’aiment pas le même Dieu. Ne croyez pas qu’il soit allé chez le Centurion Corneille par plaisir. Il a obéi à un ordre de Dieu. De lui-même, jamais il n’aurait fait ce déplacement. Corneille est un romain, un païen, un envahisseur, un ennemi. Il n’a rien pour lui plaire ; il a tout pour être détesté, à tout le moins tout ce qu’il faut pour ne pas être fréquenté. Des amis comme Corneille, Pierre n’en veut pas ; il n’en a pas besoin. Et pourtant, Pierre est bien obligé de se rendre compte que sa manière de penser est fausse. S’il veut être un authentique disciple de Jésus, il ne peut pas continuer à penser comme il l’a fait jusqu’à présent. Il doit penser comme Dieu ; et il le dit : En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Dieu ne colle pas d’étiquette sur les gens ; il ne les classe pas ; il n’a pas de chouchou. Il aime tous les hommes. Pierre, et ceux qui l’accompagnaient vont en avoir une preuve éclatante. Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole… Pierre dit alors : « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Si Dieu lui-même manifeste clairement qu’il aime celui que j’ai évité jusqu’à présent, puis-je vraiment me dire du côté de Dieu et ne pas aimer celui que Dieu aime ? 

            Saint Jean, dans sa première lettre, est lumineux à ce sujet : Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Et plus loin, il nous dit ce que c’est qu’aimer : voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. Aimer, si je fais confiance à Jean, c’est reconnaître que Dieu nous aime en premier, tous. Aimer l’autre, c’est reconnaître que Dieu l’aime ; et si donc je connais Dieu, je ne peux qu’aimer à mon tour cet autre que Dieu aime. Aimer, c’est reconnaître à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant la dignité d’être aimé de Dieu. De ceci découle une obligation pour nous, chrétiens. Elle consiste à toujours parler de Dieu de telle sorte que ceux qui nous entendent aient envie d’aimer plus. Tout discours sur Dieu qui ne donne pas envie d’aimer plus, n’est pas un discours sur Dieu acceptable. Et si nous entendons un tel discours sur Dieu, un discours qui invite les hommes à s’opposer, à s’exclure, à se rejeter plutôt qu’à s’aimer, il nous faut le dénoncer et il faut surtout apprendre aux plus faibles dans la foi à courir, et à courir vite, pour s’éloigner aussi loin que possible de tels discours. Dieu ne sera jamais la caution de nos exclusions ; Dieu ne sera jamais la caution du rejet de l’étranger ; Dieu ne sera jamais la caution de nos conflits et de nos guerres. Et quiconque enseignerait malgré tout des choses de ce genre, s’opposerait à Dieu, car Dieu est amour.


           

 (l'encart qui suit n'a été donnée que dans la paroisse où je présidais les premières communions)

 

            Les enfants, dans un instant, vous allez recevoir pour la première fois Jésus, présent dans le pain rompu et partagé. Vous ne le recevez pas parce que vous êtes meilleurs que les autres ; vous le recevez parce que vous voulez grandir encore dans l’amour que Jésus a pour vous. Vous le recevez pour apprendre à aimer de l’amour même dont Jésus vous aime. Il ne vous aime pas parce que vous êtes beaux ou gentils ; il vous aime, comme vous êtes, avec vos qualités et vos défauts, parce qu’il ne peut pas faire autre chose que de vous aimer. C’est parce qu’il vous aime infiniment qu’il est mort sur la croix. Il vous aimera toujours. En se donnant à vous dans ce pain partagé, il vous donne aussi la force d’aimer comme lui seul vous aime. Pour grandir dans son amour, revenez souvent communier à ce Pain des forts, ce pain qui nous rend forts, qui est aussi un pain d’effort, un pain qui nous aide à faire et à vivre toujours mieux, un pain qui nous aide à faire et à vivre comme Jésus. 

         Et vous parents, aidez vos enfants à aimer et à vivre comme Jésus, en leur permettant cette rencontre unique dans l’eucharistie, pas seulement aujourd’hui, mais chaque dimanche que Dieu nous donne de vivre. Prenez le temps de vivre cette rencontre avec eux autant qu’il vous est possible de le faire. Si jamais vous deviez penser que Dieu vous en veut parce que vous n’étiez pas aussi fidèles que cela à ce rendez-vous, ne craignez rien : Dieu vous aime, vous aussi, avec vos qualités et vos défauts. Il sait que vos vies peuvent être quelquefois compliquées, que vous ne faites pas non plus tout ce que vous auriez envie de faire. C’est pour cela qu’il vous donne rendez-vous amoureux chaque dimanche, pour vous donner à vous aussi, la force de grandir dans son amour et la force de vivre de sa vie. C’est une chance extraordinaire qui nous offerte à tous !

 

 

            Il n’y a rien d’autre à enseigner, il n’y a rien d’autre à retenir que cette affirmation centrale de l’évangéliste Jean : Dieu est amour ! En disant cela, nous disons toute notre foi. En vivant cela, nous vivons toute notre foi. Alors oui, si nous sommes disciples du Christ, nous n’avons pas d’autre choix que de nous obliger à l’amour, nous n’avons pas d’autre choix que de nous obliger à reconnaître en chacun de celles et de ceux qui croisent notre route la présence de l’amour de Dieu. Puisque Dieu les aime, nous ne pouvons que les aimer. Il n’y a pas d’autre choix. L’eucharistie qui nous rassemble est bien le sacrement de l’amour sans cesse renouvelé de Dieu pour nous, le sacrement qui nous donne la force d’aimer comme Dieu nous aime, puisque dans le pain consacré, c’est la vie et l’amour du Ressuscité que nous accueillons. Manger ce pain, c’est nous obliger à une vie d’amour à la hauteur de l’amour que représente ce sacrifice unique du Christ pour nous. Le seul risque que nous prenons en venant le dimanche à l’eucharistie, c’est le risque de voir notre amour grandir infiniment. Dans un monde de plus en plus difficile et incertain, voilà qui devrait nous stimuler et nous réjouir. Amen.

 

  

dimanche 3 septembre 2023

22ème dimanche ordinaire A - 03 septembre 2023

 Tu m'as séduit, et j'ai été séduit !



 

 



            Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Cette parole du prophète Jérémie est, me semble-t-il, à double tranchant. Elle dit une chose admirable, puisqu’elle est une manière d’exprimer la relation de Dieu avec les hommes : Dieu nous séduit, il se rend désirable à l’homme et l’homme se laisse séduire ; il est capable de Dieu. Mais qu’advient-il quand, avançant dans la connaissance de Dieu, la révélation qu’il fait de lui-même ne correspond pas ou plus à ce que l’homme en attend ? 

Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Cette parole du prophète Jérémie s’applique particulièrement bien à l’Apôtre Pierre que nous avons croisé dans l’évangile de dimanche dernier. Souvenez-vous : Jésus interrogeait ses disciples sur ce que les gens d’abord, puis eux-mêmes, disaient de Jésus : Qui suis-je ? Pierre a eu cette réponse fulgurante : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! La réponse que Jésus lui faisait alors, montre bien ce processus de séduction puisqu’il affirmait à Pierre : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Quand je me laisse séduire par Jésus, je comprends qu’il n’est pas juste un homme comme les autres, et qu’il est même plus qu’un grand homme ou un grand sage, voire un grand prophète : il est le Fils du Dieu vivant ! Et il y a quelque chose de désirable à connaître celui-là : n’est-ce pas rassurant de se savoir connu et aimé du Fils de Dieu et de le connaître et l’aimer en retour ? Que peut-il m’arriver avec un Fils de Dieu dans mon carnet de relation ? Se savoir aimé de Dieu et l’aimer en retour est une belle et grande chose, qui transforme une vie. J’en ai été témoin tant de fois. 

Seulement voilà, et c’est une chose avérée tant dans les relations humaines que dans la vie spirituelle : si tout commence toujours bien, vient le moment inévitable, où l’on découvre mieux l’autre. Les « défauts » apparaissent, ce que je croyais savoir est mis à l’épreuve. L’autre, qu’il soit un humain ou qu’il soit Dieu, n’est pas uniquement tel que je l’ai imaginé ou vu en premier lieu. Et c’est bien ce qui arrive à Pierre dans l’évangile d’aujourd’hui, qui est la suite immédiate de celui de dimanche dernier. Après que Pierre eut fait sa profession de foi, Jésus ordonna aux disciples de ne rien dire à personne que c’était lui le Christ. Vous avez découvert un trésor, quelque chose qui donne sens à votre vie, et vous ne devez pas le partager. Pire : à peine avez-vous découvert cette richesse concernant Jésus, que le même vous annonce qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Tout s’écroule, et nous comprenons aisément la remarque de Pierre : Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. Comment imaginer que le Fils de Dieu, le Tout-Puissant, puisse être mis à mort par des hommes ? Comment accepter que celui qui donne sens à ma vie soit ainsi défiguré, réduit à néant ? Et l’on passe, en un rien de temps du : Heureux es-tu, Simon fils de Yonas, à cette affirmation terrible : Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. 

Seigneur, tu m’as séduit, et je me suis laissé séduire ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Que vaut encore cette déclaration d’amour quand Jésus se révèle n’être pas celui que j’ai imaginé ? Je veux bien d’un Messie qui prend soin des hommes, qui les guérit, les sauve, mais pas d’un Messie qui souffre, encore moins qui souffre à cause de moi ! Nous imaginions un Dieu jeune, grand et fort, réalisant de nombreux exploits, et nous voilà avec l’image d’un affaibli cloué en croix ! Pourtant, c’est bien là que s’exprime le mieux l’amour de Dieu pour nous, et comme Pierre, nous avons à franchir ce pas qui consiste à nous défaire des images de Dieu que nous pouvons fabriquer, à la réalité d’un Dieu qui nous séduit et qui nous aime jusqu’à mourir, non pas à cause de nous, mais pour nous. Jésus meurt pour nous, à cause du mal qui ronge notre vie. Nous ne sommes pas la cause de sa mort ; nous sommes le « but » ou le « sens » de sa mort : il meurt pour nous sauver ! C’est parce qu’il nous aime et que nous nous sommes laissés aimés de lui qu’il offre sa vie. Il n’y a pas d’amour plus grand que celui-là. D’où l’invitation de Jésus à vivre ce même amour : Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Cette phrase est humainement inaudible : personne ne veut souffrir comme Jésus. Mais dans la foi, quand on sait qu’il est question d’amour (parce que la vraie croix des hommes à prendre, c’est bien d’aimer toujours et chacun), alors il est possible d’envisager d’offrir ainsi sa vie. Comme Jésus, nous n’offrirons pas notre vie pour souffrir, mais pour aimer mieux, pour aimer véritablement. Avec Jésus, nous voulons apprendre non pas à souffrir, mais à aimer, toujours, inconditionnellement. Avec Jésus, nous aimons aimer ! 

Seigneur, tu m’as séduit, et je me suis laissé séduire ; tu m’as saisi, et tu as réussi. Je mesure toujours plus la beauté et la force de cette affirmation du prophète Jérémie. Et j’espère pouvoir dire la même chose à Dieu lorsqu’il m’appellera à quitter cette vie, parce qu’alors j’aurai conscience d’avoir réussi avec lui. Rien d’autre ne compte quand on se sait aimé, que d’aimer en retour, avec la même force. Avec Jésus, c’est possible. Cela vaut la peine d’essayer. Amen.


jeudi 6 avril 2023

Jeudi Saint - 06 avril 2023

 Jésus, le Serviteur.




(Tableau de Sieger KÖDER, Le lavement des pieds)



 

            Il ne fait aucun doute que la figure qui parle le mieux de Jésus en ce soir du Jeudi Saint est la figure du Serviteur. L’évangile du lavement des pieds en est l’illustration parfaite. Jésus, « le Maître et le Seigneur » a pris le vêtement du service et a posé un geste familier à son époque, mais réservé à un esclave : s’abaisser devant quelqu’un pour lui laver les pieds. 

            Ce geste, il l’a posé pour être un exemple pour ses disciples. Quand Jésus leur sera enlevé, ils auront à découvrir, qu’à leur tour, ils doivent se faire serviteurs de leurs frères et sœurs en humanité. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Nous ne pouvons donc pas échapper à cette attitude fondamentale qui nous met les uns et les autres au service. Cette attitude est d’abord une attitude profondément ministérielle. Aucun ministère ne saurait se comprendre comme un pouvoir dans l’Eglise, et quand cela fut fait, ce fut toujours une erreur qui a coûté cher à l’Eglise. Aucun évêque, aucun prêtre, aucun diacre, aucun laïc au service de l’Eglise n’est autre chose qu’un serviteur du Christ et de ses frères. Il est important que nous nous en souvenions. Et quand je dis « nous », je ne pense pas seulement aux personnes précédemment citées, mais aussi au peuple de Dieu, qui doit avoir pour eux une juste considération. Il est de bon ton de dénoncer le cléricalisme ces derniers temps ; mais il ne naît pas seulement du fait d’un mauvais positionnement des clercs et des laïcs engagés dans un service d’Eglise. Il naît aussi et surtout par le regard que les autres portent sur eux. Combien d’hommes et de femmes, croyants ou non, sont capables de porter aux ministres de l’Eglise la même considération qu’ils portent à quelqu’un qui n’exercent pas un service d’Eglise ? Demandez aux prêtres combien de personnes de leur entourage ont changé leur manière d’être avec eux sitôt qu’ils étaient ordonnés. 

            Cette attitude de service qui est au fondement de tout ministère n’est pas réservé au rapport qu’ils entretiennent avec les fidèles. C’est une attitude à avoir avec tous, croyants ou non. Servant l’Eglise, nous servons l’humanité dans sa totalité, humanité dont nous devons avoir le souci, et particulièrement le souci de son salut. Si le lavement des pieds est sans contexte le geste le plus fort qui nous rappelle ce devoir de servir, l’Eucharistie que le Christ institue en ce soir, est tout autant un appel au service. Toute eucharistie nous met en tenue de service, que nous soyons ministres de l’Eglise ou participants à l’eucharistie. Tous, nous célébrons les mystères du salut ; tous, nous sommes bénéficiaires de sa Parole, tous nous accueillons son Corps livré, tous nous sommes pareillement renvoyés vers ce qui fait notre vie. Et si les prêtres ont reçu le « pouvoir » de rendre le Christ présent par l’imposition de leurs mains et les paroles sacramentelles qui accompagnent ce geste sur le pain et le vin, c’est encore pour servir Dieu et leurs frères et sœurs. 

            Célébrer l’eucharistie, c’est célébrer le Christ qui nous sert, le premier. La table où nous sommes invités ce soir, est sa table. Le pain et le vin servis sont les signes de sa présence éternelle au milieu de nous. Je suis au milieu de vous comme celui qui sert, nous dit-il en chaque eucharistie. Notre propre service n’est qu’agitation s’il n’est pas appuyé sur le service du Christ en faveur de l’humanité. Notre devoir de service vient de ce service premier du Christ. Comment, en effet, nous dire disciples du Christ sans vivre authentiquement cette parole qu’il nous laisse ce soir : Faites ceci en mémoire de moi ? Si nous comprenons l’eucharistie comme le sacrement du service, alors célébrer l’eucharistie, c’est se mettre en tenue et en attitude de service. Il n’y a pas d’autre possibilité pour nous. Le Faites ceci en mémoire de moi et le afin que vous fassiez comme j’ai fait pour vous, signifient la même chose : l’impérieuse nécessité pour tout disciple du Christ d’être un serviteur à l’image de Jésus LE Serviteur. Le beau geste du lavement des pieds que les prêtres sont invités à refaire au cours de cette liturgie est malheureusement souvent omis parce qu’il ne se trouve personne pour accepter de se laisser faire ainsi. Or, l’attitude de serviteur commence par cette acceptation que je ne maîtrise pas toujours tout. Se laisser laver les pieds demande également un authentique sens du service, pour que la communauté dans son ensemble comprenne dans ce geste posé par le prêtre et reçu par quelques fidèles, que nous sommes un peuple de serviteurs. L’attitude de Pierre - Tu ne me laveras pas les pieds, non, jamais ! - est bien souvent la nôtre quand on nous propose de participer à ce rite pourtant parlant et marquant. Pour Pierre comme pour nous, c’est une occasion manquée d’entrer dans l’esprit de service du Christ. 

            Jésus, le Serviteur, commence ce soir son ultime chemin de service sur notre terre. Il a tout donné puisqu’il s’est donné. Et il s’est donné par amour : Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Et nous nous souvenons alors que nous avons appris dans notre enfance que l’eucharistie était le sacrement de l’amour. Amour et service, une même réalité, tant il est vrai que celui qui n’aime pas, ne sert pas, et que celui qui ne sert pas, n’aime pas vraiment. Entrons dans ce mystère d’un Dieu qui sert l’homme par amour et à notre tour, prenons la tenue de service, aimons la tenue de service, pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

samedi 15 mai 2021

7ème dimanche de Pâques - 16 mai 2021

 Un disciple du Christ, c'est quelqu'un qui...





            Nous voici rendu au septième et dernier dimanche de Pâques. L’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis la sainte nuit de laquelle a jailli le cri qui fonde notre foi : Christ est ressuscité, alléluia ! Nous avons, avec les Apôtres, découvert ce mystère d’un Dieu vainqueur de la Mort, d’un Dieu qui fait triompher la vie (2ème et 3ème dimanche). Nous avons entendu l’enseignement du Christ vivant, et nous pouvons désormais le reconnaître comme le seul Pasteur de son peuple (4ème dimanche). Nous l’avons entendu nous inviter à rester fixés à lui, comme le sarment à la vigne (5ème dimanche) ; à garder ses commandements comme preuve de notre attachement à sa Parole (6ème dimanche) ; sans oublier notre devoir de témoigner de lui (Ascension).  Arrivés au terme de la route, avant que la Pentecôte n’inaugure une nouvelle étape, nous pouvons essayer de résumer désormais ce que doit être la vie d’un disciple du Christ. Les lectures de ce dimanche se prêtent bien à l’exercice. 

            La première lecture nous donnait à entendre ce passage des Actes qui voit Matthias rejoindre le collège des Apôtres en remplacement de Judas. Ce n’est pas une simple anecdote que nous raconte Luc, mais bien le premier acte officiel de Pierre qui remplit ainsi la mission que Jésus lui a confiée. Avant même la Pentecôte, Pierre fait naître l’idée de ce que nous appelons l’Eglise. Ces cent-vingt personnes assemblées qui, dans la prière, reconstituent le groupe des Douze voulu par Jésus, mettent sur les rails la communauté des croyants. Le disciple du Christ est quelqu’un qui vit en Eglise, qui prie en Eglise, qui décide en Eglise. Pierre donne les critères du discernement (il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur a vécu parmi nous… Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de sa résurrection), mais il ne décide pas seul ; chacun a une voix, chacun participe (on tira au sort). C’est la première marque du disciple du Christ ; il ne peut pas dire que le sort de la communauté lui indiffère. 

            Si je continue dans l’ordre des lectures, nous devons, avec saint Jean, reconnaître que le disciple du Christ est un aimé et un aimant. Aimé infiniment par Dieu, il doit aimer à son tour : puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. C’est une affirmation qui ne souffre pas de contestation. Il n’y a pas d’autre choix possible. C’est le seul choix pour être à la hauteur de l’amour que Dieu nous porte. Et même si notre amour peut sembler imparfait face à l’amour de Dieu pour nous, nous devons aimer, à tout le moins essayer d’aimer comme nous sommes aimés. L’amour que Dieu nous porte transfigurera notre pauvre amour pour en faire un amour aussi fort que le sien. L’amour est un autre signe que nous sommes à Dieu, que nous vivons du Christ, lui qui, par amour, a donné sa vie sur une croix. Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Dieu ne peut résider là où il n’y a pas d’amour. 

             L’Evangile nous donne alors une autre marque du croyant au Christ ressuscité. C’est quelqu’un qui a à cœur l’unité des croyants en Dieu. La grande prière de Jésus au soir du Jeudi Saint que nous rapporte Jean, se termine sur cette demande de l’unité. Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom… pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Il n’y a pas pire contre-témoignage que la désunion parce que la désunion est toujours le fait d’un manque d’amour, donc d’un manque de vivre en présence de Dieu. Il nous faut entendre cette demande d’unité pour la communauté à laquelle nous appartenons et au-delà, pour l’Eglise tout entière, et même pour tous ceux qui se disent être du Christ. Et il nous faut la prendre au sérieux. Il n’est pas possible de se dire disciples du Christ sans chercher à vivre et à faire vivre cette unité. 

            Il est un autre trait du croyant que Jésus indique dans l’Evangile quand il dit : Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Le disciple du Christ n’est pas désincarné, il ne doit pas chercher à vivre sur une île déserte à l’abri du monde. Il doit vivre dans le monde, mais sans se laisser égarer par l’esprit du monde. C’est dans le monde tel qu’il est que nous devons vivre notre foi, comme une différence qui rend fort, comme un atout qui rend sage, comme un levier efficace contre le Mal. Mais nous ne pouvons pas nous laisser « contaminer » par l’esprit mondain dont parle souvent le Pape François, cet esprit qui nous ferme les yeux sur la misère du monde, cet esprit qui nous ferait choisir le puissant contre le faible, le riche contre le pauvre. Le croyant doit être un signe de contradiction qui fait voir plus loin, plus haut, plus juste. Sa boussole, ce ne sont pas les petits arrangements entre amis, mais la Parole du Dieu vivant et vrai, qui ne lui appartient pas et qu’il doit transmettre telle qu’il l’a reçue. 

            A écouter les textes de ce jour, nous pouvons affirmer que le croyant doit vivre en ayant les pieds sur terre, le cœur ouvert et offert au monde, et la tête tournée vers le ciel. De cette tension naît sa passion pour le monde et pour Dieu. Et notre eucharistie en est le signe le plus beau : là nous sortons du monde pour une rencontre avec Dieu ; nous lui offrons ce monde et il nous renverra vers ce monde pour y témoigner de son amour pour nous et pour tous. Ainsi nous devenons toujours plus ces autres Christ, trait d’union entre Dieu et les hommes qui ne le connaissent pas encore. Amen.

samedi 24 octobre 2020

30ème dimanche ordinaire A - 25 octobre 2020

 Fratelli tutti et tutti quanti !



(Source internet : https://selmourconceptions.com/lamour-comme-source-de-vie-invisible-et-indivisible/)


        Le 03 octobre dernier, à Assise, le Pape François signait sa troisième encyclique, intitulée « Fratelli tutti », Tous frères ! A côté des explications de texte officielles, nous avons vu fleurir sur les réseaux sociaux tout un tas de commentaires plutôt acerbes, loin du contenu de l’encyclique. C’était comme si celui qui venait de nous inviter à la fraternité universelle s’attirait par le fait même l’inimitié de tous, en tous les cas de beaucoup. « Pape rouge qui ferait mieux de parler à son Eglise plutôt que de s’occuper de politique », pour ne prendre que les remarques les plus tendres ! Et ne croyons pas que les attaques ne venaient que des autres, de ceux qui ne croient pas comme nous, voire de ceux qui ne croient pas du tout. J’aurais aimé que ce soit le cas ; mais non, les attaques les plus virulentes venaient de son propre camp. L’idée d’une fraternité universelle a encore du mal à faire son chemin, même chez les chrétiens. 

            Pourtant, on aurait pu croire, après des siècles de méditations des textes bibliques proposés en première lecture et en évangile ce dimanche, on aurait pu croire donc que l’amour serait passé dans les mœurs, que la fraternité ne serait pas un problème. On aurait pu croire que, après des conflits mondiaux qui avaient déchiré la planète au siècle dernier, après l’horreur des camps de concentration (ceux du nazisme comme ceux du bolchévisme), on aurait pu croire donc que les hommes avaient fait le choix d’un « plus jamais ça » et que la fraternité s’imposait comme le chemin naturel pour rassembler les hommes, garantir la paix et assurer le bonheur de tous. Il semblerait que ce ne soit pas encore le cas. Il nous faut donc reprendre sans cesse la méditation de ces textes fondamentaux de notre foi que la liturgie de ce dimanche nous donne d’entendre encore. 

            Dans l’encyclique, le Pape François propose une méditation de la parabole du bon samaritain, dont il rappelle l’arrière-plan. Et pour ce faire, il cite, entre autres, l’extrait du livre de l’Exode que nous avons entendu aujourd’hui. En effet, la fraternité ou l’urgence de l’amour du prochain, est une réalité fortement ancrée dans les textes de la Bible. Le pape rappelle, je le cite : Dans les traditions juives, le commandement d’aimer et de prendre soin de l’autre semblait se limiter aux relations entre les membres d’une même nation. Le précepte ancien « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 18) était généralement censé se rapporter à des concitoyens. Cependant, surtout dans le judaïsme qui s’est développé hors de la terre d’Israël, les frontières se sont élargies. L’invitation à ne pas faire aux autres ce que tu ne veux pas qu’ils te fassent est apparue (cf. Tb 4,15). Le sage Hillel (1er siècle avant Jésus Christ) disait à ce sujet : « Voilà la loi et les prophètes ! Tout le reste n’est que commentaire ». Le désir d’imiter les attitudes divines a conduit à surmonter cette tendance à se limiter aux plus proches : « La pitié de l’homme est pour son prochain, mais la pitié du Seigneur est pour toute chair » (Si 18,13) (FT 59). Il y a donc là la raison première de la nécessité d’aimer : aimer le prochain, quel qu’il soit, c’est entrer dans l’imitation de l’amour de Dieu. Le croyant en Dieu ne peut pas aimer moins que son Dieu ; le croyant en Dieu se doit, par sa manière d’agir et d’aimer, enseigner comment Dieu agit et aime. Il ne peut donc faire moins bien que Dieu. Il doit tendre vers cette perfection de l’amour qui est en Dieu, qui est Dieu. Il nous faudrait relire ici l’enseignement d’un saint Jean qui nous dit que Dieu est amour, mais aussi que celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas ! (1Jn 4,20). 

            Ecoutons encore le Pape François (FT 88). A partir de l’intimité de chaque cœur, l’amour crée des liens et élargit l’existence s’il fait sortir la personne d’elle-même vers l’autre. Faits pour l’amour, nous avons en chacun d’entre nous « une loi d’extase : sortir de soi-même pour trouver en autrui un accroissement d’être ». Voilà pourquoi l’homme doit de toute manière mener à bien cette entreprise : sortir de lui-même. François explique ainsi pourquoi je ne peux pas m’enfermer dans un amour limité à une personne ou à un groupe restreint de personnes. L’amour ne vit et ne grandit qu’à mesure qu’il s’ouvre toujours plus, qu’il inclut toujours plus de monde. Sinon, il rapetisse, se recroqueville jusqu’à disparaître, jusqu’à n’être plus un amour authentique. Le plus grand danger de l’amour, c’est l’illusion de l’amour qui est présente dès que je limite celui-ci à une personne, à un groupe de personnes. Apprendre à aimer nous oblige à apprendre à aimer tout le monde ! Ou nous courons le risque de n’aimer jamais vraiment. 

            Un des aspects de notre condition chrétienne est de n’être que de passage sur cette terre. Venant de Dieu et allant vers Dieu, nous pouvons dire que nous ne sommes que des étrangers en terre étrangère. Notre patrie véritable, c’est le royaume où Dieu nous attend. Notre pèlerinage sur cette terre ne peut être qu’un pèlerinage d’amour si nous ne voulons pas perdre la boussole qui nous mènera vers le Père éternel. Mettons en œuvre le double commandement de l’amour en vivant une fraternité universelle plus que jamais nécessaire en ces temps troublés qui sont les nôtres. Par l’amour de Jésus, vers l’amour en Dieu, en passant par l’amour des autres. De tous les autres. Il n’y a pas d’autre chemin possible. C’est ce que le Christ a enseigné par sa vie ; c’est ce que nous devons enseigner par la nôtre. Amen.  

samedi 15 août 2020

20ème dimanche ordinaire A - 16 août 2020

 La Cananéenne, Isaïe, saint Paul : même message, même combat.




(Jésus et la Cananéenne, icône du Patriarcat orthodoxe de Roumanie, Source internet)


          Ne faisons pas comme les disciples ; n’accablons pas cette femme qui poursuit Jésus et ses amis de ses cris pour que quelque chose se passe pour elle et son enfant. Ne faisons pas davantage comme ceux qui disent que l’Ancien Testament est dépassé depuis la venue de Jésus : ce que le prophète Isaïe proclame, nous concerne encore aujourd’hui. Ne faisons pas enfin comme si nous étions désormais les meilleurs ; entendons bien ce que Paul nous partage dans sa lettre aux Romains. Entrons dans chaque parole prononcée ce matin et accueillons-les comme autant de bonnes nouvelles pour nous aujourd’hui. La Cananéenne, Isaïe et Paul, c’est même message, même combat. 

            N’accablons pas cette femme qui crie après Jésus. Elle veut une guérison pour sa fille. Les disciples sont agacés parce qu’elle leur casse les oreilles. Cela doit cesser, d’où leur demande adressée à Jésus : Renvoie-la car elle nous poursuit de ses cris. Vous comprenez, elle ne fait pas partie de leur groupe, elle n’est même pas juive ; c’est une étrangère ! Et Jésus semble aller dans ce sens quand il affirme : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Pire encore juste après :  Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Rude, l’intervention. Jésus nous avait habitués à mieux, à plus de compassion, à plus de miséricorde ! Raison de plus pour nous de ne pas accabler cette femme désespérée, d’autant plus qu’elle est des nôtres, elle est nous. Car, à moins que vos ancêtres lointains n’aient été juifs au temps de Jésus, elle est bien de notre camp, elle parle pour nous. Loin de l’accabler, il nous faut la remercier parce que son intervention nous ouvre une espérance, son intervention nous ouvre la porte du salut : Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Quelle foi admirable est ainsi exprimée. Non seulement elle ne s’offusque pas à cause de la parole de Jésus, mais elle la retourne à son avantage. Elle ne veut rien qui ne soit pas pour elle ; mais elle peut bien profiter de ce que les autres n’ont pas voulu. Si les brebis perdues d’Israël ont laissé Jésus s’en aller vers les régions de Tyr et de Sidon, vers ces régions étrangères, pourquoi les habitants de ces régions ne profiteraient-ils pas de celui qui arrive ainsi chez eux ? Pourquoi ne l’accueilleraient-ils pas ? Pourquoi ne pourraient-ils pas reconnaître Jésus pour ce qu’il est ? Jésus ne s’y trompe pas : il y a là une foi puissante qui est exprimée. Que tout se fasse pour cette femme comme elle veut. A l’heure même, sa fille fut guérie, nous dit sobrement saint Matthieu. 

            Je ne sais pas si cette femme avait lu le prophète Isaïe, mais nous l’avons entendu. Et c’est bien de nous qu’il parlait lorsqu’il prophétisait ainsi : les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer… je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie… Longtemps avant Jésus Christ, le prophète rappelait ainsi la vocation d’Israël d’être lumière pour les nations païennes, et la réalité de cette vocation : elle est effective, des peuples peuvent se convertir en regardant vivre le peuple choisi. Il nous faut bien entendre toute la prophétie de ce jour. Elle commence par ces mots : Observez le droit, pratiquez la justice. Voilà dit clairement ce que doit vivre le peuple choisi pour être fidèle à sa vocation ; mais voilà aussi annoncé ce que doivent vivre les étrangers qui se sont attachés au Seigneur. Le droit et la justice sont signe de cet attachement au Dieu de l’Alliance ; ils sont le chemin qui conduit à la montagne sainte. Que nous entendions ce texte dans les conditions mêmes dans lesquelles il a été prononcé (à savoir nous ne faisions pas partie à l’époque du peuple élu sauf à vivre dans cette région) ou que nous l’entendions avec un regard chrétien sur un texte qui ne l’est pas (à savoir que l’Eglise peut être comprise comme une incarnation de ce peuple que Dieu s’est choisi par la nouvelle Alliance signée dans le sang de Jésus), quelle que soit notre lecture donc, nous n’échapperons pas au devoir de justice, nous n’échapperons pas à l’obligation d’observer le droit. Les dix commandements et toute la Loi ne sont pas abolis, mais accomplis en Jésus. Nous devons être d’autant plus rigoureux dans l’observation de la Loi, dans la pratique de la justice. Je vous renvoie au discours de Jésus sur la montagne en Matthieu chapitre 5 : Vous avez appris qu’il a été dit aux ancêtres… et bien moi, je vous dis… 

            Il n’y a donc pas de quoi prendre la grosse tête au prétexte que nous sommes chrétiens. Le fait de suivre Jésus ne nous rend pas meilleurs que le peuple de la première Alliance qui ne l’a pas reconnu, et Dieu ne s’est pas détourné d’eux. Paul le dit très fort dans la lettre aux Romains. Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. En clair, Dieu ne regrette pas cette première Alliance ; elle n’est pas annulée par l’Alliance faite en Jésus Christ, mort et ressuscité pour le salut de tous les hommes. Ces deux Alliances ont en commun d’être chacune le signe que Dieu fait miséricorde à son peuple. Chacune mène au salut pourvu qu’elle soit vécue honnêtement. Nos frères aînés dans la foi qui vivent dans le respect de la Loi donnée à Moïse parviendront au salut à cause de leur foi ; le chrétien qui vit l’Evangile de Jésus Christ parviendra au salut par sa foi ; les hommes de bonne volonté, qui ne connaissent ni Moïse, ni Jésus, mais qui vivent selon le droit et la justice, parviendront à la montagne sainte. Car aux uns comme aux autres, Dieu fait miséricorde ; Dieu fait miséricorde à l’homme juste ; Dieu fait miséricorde à celui qui observe le droit. Dieu fait miséricorde à ceux qui aiment, parce qu’au fondement de la Loi de Moïse, au fondement de l’Evangile de Jésus Christ, au fondement du droit et de la justice, il y a l’Amour. Celui qui vit la Loi de Moïse, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation de cette première Alliance  ; celui qui vit de l’Evangile de Jésus Christ, aime Dieu et son prochain et est aimé de Dieu qu’il connaît par la révélation faite en Jésus Christ ; celui qui pratique le droit et la justice aime son prochain et est aimé de Dieu, même s’il ne connaît pas Dieu ; Dieu se révèlera à lui dans son Royaume. 

            Ayant ainsi mieux pénétrés la Bonne Nouvelle de ce dimanche, nous pouvons réentendre, mieux comprendre et faire nôtre vraiment la prière de ce dimanche entendue au début de la célébration : Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir : répands en nos cœurs la ferveur de ta charité, afin que t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions de toi l’héritage promis qui surpasse tout désir, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

 


vendredi 14 août 2020

Assomption - 15 août 2020

 Avec Marie, disons notre "Fiat" et notre "Magnificat".





En cette année si particulière, marquée par une crise sanitaire sans précédent qui n’en finit pas de durer, tous les grands pèlerinages sont suspendus par souci de l’autre, par crainte de la maladie. D’où cette opération « Lourdes en Alsace » que notre archevêque nous propose de vivre en ce quinze août, fête de l’Assomption de Notre Dame. A cette occasion, dans le souci d’une démarche réellement diocésaine, Mgr Christian Kratz, évêque auxiliaire, propose deux homélies au choix. Je vais vous en partager une, celle qui nous rappelle que Marie est la figure de tout croyant, appelé à dire à sa suite son « Fiat » et son « Magnificat ». Voici donc le texte de cette homélie. 

            « En cette fête de l’Assomption, notre regard et notre cœur se tournent vers Marie. Arrêtons-nous quelques instants auprès de celle qui a permis à Dieu d’habiter la terre des hommes. Elle est pour nous un repère, un modèle, un signe fort de ce que Dieu veut faire avec chacune et chacun d’entre nous. En effet, notre vocation chrétienne est fondamentalement mariale : il nous faut, comme elle, accueillir l’Esprit de Dieu pour qu’il féconde notre vie, pour que Dieu puisse prendre corps en nous, que nous puissions vivre de sa présence et le donner aux autres. 

            Pour être à la hauteur du projet de Dieu et prendre notre part à la mission de l’Eglise, trois conditions sont nécessaires, trois conditions que Marie a pleinement remplies. 

            Première condition : on ne peut donner que ce que l’on a ! Donc pour donner Dieu au monde, pour en témoigner, il faut en vivre passionnément. Marie était tout habitée de Dieu avant même l’Annonciation ; elle était une de ces pauvres de Dieu éternel et vrai que nous présente la Bible. Dès son plus jeune âge, elle a appris à connaître Dieu, à le fréquenter, à l’écouter, à lui parler. C’est à cela que nous aussi sommes appelés : considérer que Dieu est quelqu’un, un vivant qui se donne à nous pour que nous nous donnions à lui, un vivant qui veut nous faire vivre et nous communiquer son bonheur. Dieu n’est ni une théorie abstraite, ni un principe immuable, ni un code de morale, ni même une habitude. Dieu n’est pas obligatoire ! Dieu est vie ; Dieu est amour ; et le fréquenter, c’est aimer et c’est vivre ! Nombre de baptisés confirmés s’ennuient avec le Bon Dieu parce qu’ils n’ont pas compris que la foi est d’abord une histoire d’amour, une formidable histoire d’amour que Dieu ne cesse de tisser avec chacune et chacun d’entre nous, conjuguant sa grâce qui se donne et notre liberté qui accueille. Renouons avec un désir plus fort de fréquenter les Ecritures, de mieux connaître le Seigneur, de nous mettre un peu plus à son écoute et à son école. 

            Deuxième condition : Marie n’est pas une espèce de météorite qui serait tombée du ciel. C’est une fille d’Israël, membre d’un peuple qui a reçu la Révélation et qui est chargée d’être, au milieu des nations, le signe de la transcendance, de l’unicité et finalement de l’amour de Dieu. Marie, membre d’un peuple ! C’est de ce peuple qu’elle a tout reçu, et c’est à ce peuple qu’elle a tout donné. Oui, Marie est membre du peuple d’Israël et membre éminent du nouveau peuple de Dieu, du nouvel Israël qui a jailli, qui s’est constitué le jour de la Pentecôte ; c’est pour cela que nous vénérons Marie comme Mère de l’Eglise, Mère de ce peuple en marche vers l’accomplissement de son espérance. Cela veut dire qu’il n’y a pas de foi qui ne soit fondamentalement ecclésiale. La foi des chrétiens est ecclésiale ou elle est bancale. C’est parce qu’elle était membre d’un peuple que Marie a pu remplir sa mission et qu’elle a pu répondre « fiat » et « magnificat » à l’Annonciation. 

            Nous aussi, nous sommes membres d’une communauté, d’une Eglise, d’une paroisse. Je sais bien que parfois, c’est un peu lourd à porter, que l’Eglise n’est pas à la hauteur, qu’elle a des défauts… Evidemment qu’elle a des défauts, puisque ce sont les nôtres, les miens, les vôtres, les défauts de chacune et de chacun ; mais l’Eglise n’est pas sainte à cause des membres qui la constituent, mais parce que Dieu l’habite et veut rendre saints tous ceux qui acceptent de se reconnaître en elle et d’y apporter leur contribution, leurs compétences et leur amour. Vous savez, l’Eglise c’est comme une famille ; dans une famille, on s’aime et de temps en temps, on se dispute : les adolescents veulent plus de liberté, les parents freinent ; parfois il sont un peu dépassés. Dans l’Eglise, c’est un peu pareil ! Cette Eglise, même si parfois elle nous fait souffrir, nous devons l’aimer parce que c’est elle qui nous a engendrés à la foi et qui ne cesse de nous enfanter à la vie de Dieu. C’est elle qui nourrit notre foi, qui l’encourage, qui la stimule, qui la régule aussi, car sinon notre foi risquerait de partir dans tous les sens. Pour vivre notre foi, pour vivre notre vocation et notre mission, nous avons besoin de l’Eglise et l’Eglise a besoin de nous. Ensemble, formons une communauté dynamique, appelante pour que d’autres puissent y trouver un sens à leur vie, à leurs souffrances, aux difficultés qu’ils rencontrent, qu’ils puissent se sentir enracinés dans l’Evangile et portés par une communauté de frères. 

Relation à Dieu, membre d’un peuple et enfin, troisième condition pour remplir cette mission de Marie : être, devenir sans cesse des serviteurs. Vous le savez, le seul titre que Marie a revendiqué dans l’Evangile, c’est à l’Annonciation, lorsqu’elle dit à l’ange : Je suis la servante du Seigneur, que tout se fasse pour moi selon ta parole. Autrement dit : Je suis disponible, je suis prête, Seigneur, tu peux compter sur moi, je suis ta servante ! Chacun d’entre nous est appelé à être un serviteur, et l’Eglise est appelée à être servante d’humanité, servante des pauvres, servante pour révéler l’amour incroyable que Dieu porte à notre humanité, pour révéler à tous l’espérance qui nous est offerte et la vie que la Pâque de Jésus et l’Assomption de Marie ouvrent à chacun d’entre nous. Alors, au-delà des tentations du pouvoir qui nous habitent, au-delà des habitudes qui nous enferment, au-delà des peurs qui parfois nous paralysent, soyons des serviteurs et des servantes simples, humbles mais pleins de confiance, parce que nous savons que nous sommes formidablement aimés ; nous savons que Dieu a le projet d’habiter notre cœur. En accueillant ce Dieu pauvre de la crèche, de la croix et de l’eucharistie, ce Dieu pauvre qui, dans quelques instants, va encore se remettre entre nos mains, nous ne pouvons qu’être à notre tour simples, pauvres et disponibles pour que vive et grandisse l’amour dans les cœurs et dans le monde. Vous le savez bien : c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres qu’on nous reconnaîtra comme les disciples du Crucifié Ressuscité, disciples de Jésus. 

En concluant, je voudrais vous rappeler ces trois impératifs, ces trois conditions que je viens de développer : avec Marie, à la suite de Jésus, vivons une relation forte, habituelle, chaleureuse, vivante au Dieu de la vie et de l’amour ; cette relation, vivons-la au sein d’un peuple, d’une communauté de frères, d’une Eglise et, dans cette Eglise au milieu du monde, soyons les bons serviteurs, les bonnes servantes de la tendresse de Dieu. En cette fête de l’Assomption, redisons comme Marie au Seigneur : Fiat ! Oui, je suis d’accord, Seigneur, d’accord pour me laisser appeler et envoyer, d’accord pour me laisser éclairer, fortifier et transformer par l’amour ; fiat, mais aussi magnificat, car ma vocation, ma mission, et tout ce que tu me donnes, tout ce que tu me confies, c’est cela ma joie profonde. Magnificat, pour maintenant et pour l’éternité. Amen ! »


(Arcabas, Assomption, Congrégation des Augustins de l'Assomption, Paris, 2007)


samedi 1 août 2020

18ème dimanche ordinaire A - 02 août 2020

D'une apparente contradiction à un accomplissement lumineux.






            Je ne sais pas si vous y avez été sensibles comme moi, mais il y a comme une contradiction entre la première lecture et l’évangile de ce dimanche. Une contradiction due à la différence d’attitude entre Dieu et Jésus. Quelque chose semble opposer les deux textes ; quelque chose semble opposer Dieu qui parle dans la première lecture, et Jésus qui parle dans l’évangile. Je m’explique. 

            L’extrait du prophète Isaïe que nous avons entendu provient du chapitre 55, entièrement adressé au peuple de fidèles appelé à repeupler Jérusalem, dont le chapitre 54 annonçait la restauration. Nous avons entendu les trois premiers versets de ce chapitre. Ils sont marqués par l’invitation renouvelée plusieurs fois à profiter des largesses de Dieu : Venez, voici de l’eau… venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait, sans argent, sans rien payer. Je passe sur la contradiction qui ferait frémir plus d’un commerçant : venez acheter… sans rien payer ! Ce n’est plus vraiment un achat, n’est-ce pas ! N’allez pas, demain matin, vous précipiter chez votre épicier pour acheter sans payer, sous prétexte que Dieu l’a dit par son prophète Isaïe. Ce que Dieu a à vendre et qui n’a pas de prix, ce n’est pas quelque chose qui se trouve chez votre épicier. Ce dont parle Dieu, c’est du vin de son amour, du lait de sa Parole. C’est à cela que Dieu invite les fidèles qui vont repeupler la ville de Dieu, Jérusalem. La suite du texte le prouve : Ecoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses… Prêtez l’oreille, venez à moi ! Ecoutez, et vous vivrez. Ecouter, prêter l’oreille, Ecouter : ces verbes ne laissent aucun doute sur ce que Dieu nous vend : il nous vend sa Parole comme source d’une alliance éternelle, une alliance pour la vie, une alliance pour le bonheur. Cette alliance est pour le peuple de ses fidèles. Nous ne trouverons rien d’autre dans le commerce avec Dieu qu’un amour et une Parole ; mais quelle Parole ! Nous pouvons relire toute la Bible, nous constaterons la puissance de cet amour, les bienfaits et l’efficacité de cette Parole. Cet amour et cette Parole n’ont pas de prix ; c’est pourquoi il n’est nul besoin d’argent pour les acquérir. Dieu donne sa Parole au peuple fidèle qu’il rassemble ; Dieu offre son amour au peuple fidèle qu’il appelle. Nous pouvons dire que, dans ce passage d’Isaïe, Dieu régale son peuple !  

           Et c’est là que peut apparaître une contradiction avec l’évangile de ce dimanche. Devant le constat fait par les Apôtres (la foule est trop nombreuse, il faut la renvoyer dans les villages alentours pour que ceux qui la composent puissent avoir à manger), devant ce constat donc, Jésus refuse et invite ses Apôtres à donner eux-mêmes à manger à la foule. Là, devant l’urgence, Dieu ne régale plus ! Imaginez la tête des Douze : ils n’ont que cinq pains et deux poissons. Autant dire que cela ne suffira peut-être même pas pour eux et Jésus. Alors que du temps du prophète, Dieu disait : Venez, voilà que Jésus dit : débrouillez-vous ! C’est du moins ce que nous pouvons comprendre à travers ce : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants ! Vous doublez au moins le nombre de bouches à nourrir. Je laisse les bonnes cuisinières et les bons cuisiniers de l’assemblée me dire comment ils font avec cinq pains et deux poissons. A moins que nous n’ayons mal compris Jésus et mal compris le texte. 

            Il y a une différence de situation entre l’époque d’Isaïe et l’époque de Jésus. A l’époque d’Isaïe, il fallait repeupler Jérusalem avec le peuple resté fidèle malgré l’exil à Babylone. En invitant son peuple à rentrer dans la ville de David, Dieu invite son peuple à une fidélité renouvelée à l’Alliance éternelle qui avait été oubliée quelques années avant. Quand Jésus paraît, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre, une nouvelle alliance qui commence, une alliance qui s’adresse à tous les hommes et dont les Apôtres (ceux qui sont fidèles) ont à témoigner. C’est bien à eux qu’il reviendra d’aimer et d’inviter les peuples à la table du Seigneur. C’est bien à nous, fidèles baptisés, qu’il revient d’inviter la foule qui a faim et soif ; c’est bien à nous, baptisés, de partager avec eux le vin de l’amour de Jésus et le lait de sa Parole. Nous les avons reçus gratuitement, comme jadis le peuple dont parle Isaïe. L’amour du Christ et l’enseignement divin ne nous ont pas été donnés pour que nous les conservions, mais pour que nous les partagions, dans l’esprit de Jésus. Ces paroles bibliques peuvent nous sembler n’être que peu de choses (cinq pains et deux poissons), mais c’est tout ce que nous avons, avec en plus la grâce de la présence de Jésus et de son lien si particulier à celui que nous appelons Dieu et qu’il appelle son Père. Jésus est la Parole de Dieu à l’œuvre ; en Jésus, est tout l’amour de Dieu pour les hommes à qui il a donné vie. Le peu que nous avons, multiplié par la puissance de vie et d’amour de Jésus, suffira toujours à nourrir les foules affamées de vérité, d’amour, de justice, de liberté. Ce pain-là ne fera jamais défaut tant que nous accueillerons dans notre vie les grâces que Dieu nous accorde. 

           A nous il dit, comme au temps du prophète Isaïe : Venez acheter et consommer, sans argent et sans rien payer. Ayant bénéficiés des largesses de Dieu, nous sommes invités alors par Jésus, à donner nous-mêmes à manger à ceux qui viennent vers lui sans trop savoir qui il est. Il sera toujours avec nous pour que nos pauvres paroles reflètent la richesse de sa Parole vivante et éternelle, pour que notre pauvre amour reflète l’immense amour de Dieu. Il sera toujours avec nous pour multiplier à l’infini ce que nous voudrons bien partager de son enseignement et de son amour. Il n’y a pas de contradiction entre Isaïe et l’évangile ; il y a continuité, accomplissement à travers nous, dans la puissance du Ressuscité. Ayons confiance en nous ; ayons confiance en la présence éternelle et véritable de Jésus à nos côtés ; et les foules qui viennent vers Jésus pourront encore longtemps être rassasiées. Il ne faut pas plus qu’un peu d’amour et une parole fraternelle pour que les hommes soient rassasiés, du moment que nous présentions cet amour et cette parole à Jésus et que Jésus les offre à son Père. Tout devient possible : osons cet amour, osons cette parole. Amen.

 

 (Tableau de Yvette METZ, collection Les enfants d'Abraham)


samedi 27 juin 2020

13ème dimanche ordinaire A - 28 juin 2020

De l'urgence d'accueillir toujours.






            Voilà un dimanche qui ne plaira pas à ceux qui trouvent qu’il y a vraiment trop d’étrangers chez nous. Voilà un dimanche qui ne plaira pas davantage aux champions du chacun chez soi et du chacun pour soi. Car voilà un dimanche qui nous parle de l’urgence d’accueillir toujours. 

            L’extrait du deuxième livre des Rois nous parle expressément de l’accueil que reçoit le prophète Elisée chez une femme riche du pays de Sunam. Elle insiste, nous dit l’auteur du livre, pour qu’il vienne manger chez elle à chacun de ses passages, et finit même par lui installer une petite chambre. Certains diront alors : elle est riche, elle peut se permettre ces aménagements. C’est facile d’être accueillant quand on en a les moyens. Est-ce si sûr ? D’autres diront : elle a conscience qu’Elisée est un homme de Dieu ; son accueil, c’est juste intéressé ! Ah bon ? En principe, les hommes de Dieu, les gens les évitent. C’est bien connu, quand tu veux passer une bonne soirée, tu évites d’inviter ton curé, ton rabbin ou ton imam. Y’a pas pire rabat-joie ! Quant à cette femme riche, remarquez bien qu’elle ne demande jamais rien en échange de son accueil. C’est le prophète qui décide de faire quelque chose pour celle qui a déjà tant fait pour lui. L’accueil volontaire, gratuit, n’est jamais déçu ; un bienfait donné n’est jamais perdu. L’homme de Dieu récompensera celle qui l’accueille ainsi. Elle aura ce qu’elle désire le plus : un enfant. 

            Dans l’Evangile, Jésus va donner du sens à l’accueil : Qui vous accueille, m’accueille ; et qui m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé. Derrière celui qui est accueilli, il y a le Christ ; derrière le Christ, il y a Dieu. Pourrait-il en être autrement depuis que Dieu s’est fait homme en Jésus ? Pourrait-il en être autrement avec un Dieu qui a pris le parti de l’homme ? Puisque Dieu est présent en chaque homme, accueillir quelqu’un, c’est accueillir la part de Dieu qui est en lui. Aime Dieu et ton prochain se traduit bien dans l’accueil du prochain qui devient l’accueil de Dieu. Certains diront alors : quand Jésus parle de l’accueil dans cet évangile, il ne parle pas de l’accueil de tous, mais de l’accueil que les gens réserveront à ses Apôtres. C’est à eux seuls qu’il s’adresse dans ce passage ! Certes, mais cela ne signifie pas que cela ne s’étend pas à tous. Qui prendrait le risque de laisser Dieu et le Christ devant sa porte parce qu’il ne connaît pas a priori la qualité de disciples de celui qui frappe à sa porte ? N’est-ce pas là un risque trop grand ? Dans le doute, abstenons-nous de nous abstenir d’accueillir ! Il vaut mieux être généreux dans notre accueil, plutôt que de laisser le Christ à la porte de notre vie. Ce serait bien plus grave que d’accueillir tout le monde, non ? Et pouvons-nous honnêtement, sans danger pour nous, refuser d’accueillir alors que nous sommes reconnus comme disciples du Christ ? Ne donnerions-nous pas l’impression, qu’à travers nous, c’est le Christ qui refuse d’accueillir, que c’est le Christ qui rejette ? Ce serait pire que tout, non ? Souvenons-nous de l’avertissement de Jésus : J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli… Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. 

            Que cette femme de Sunam nous inspire l’attitude juste et nous partage son sens de l’hospitalité. Que l’enseignement du Christ nous stimule à accueillir sa présence en tout homme, et à témoigner de sa présence en nous. Il a livré sa vie pour tous les hommes ; nous ne saurions faire moins de notre capacité d’accueil. A cause de Jésus et de son amour pour tous les hommes, il y a urgence d’accueillir. Amen.

(Tableau d'Yvette Metz, Série Les enfants d'Abraham)