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samedi 19 avril 2025

Veillée pascale - 19 avril 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, il y a le Christ, Vainqueur de la mort.




(Descente aux enfers, trouvé sur internet)





Nous avions quitté l’église vendredi, accablés de tristesse, sidérés par l’événement de la croix et la cruauté des hommes. Notre espérance se retrouvait mise au tombeau, avec le corps mort de Jésus. Nous nous retrouvons en cette nuit, rassemblés par une affirmation de joyeuse espérance faite devant ce même tombeau : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité. Les anges nous rappellent ainsi qu’au cœur de toute vie chrétienne, il y a le Christ, vainqueur de la mort. 

Comment cela s’est fait ? Nous n’en savons rien. Nous avons juste le témoignage des anges, la longue relecture de l’histoire du salut telle qu’elle est rapportée dans notre Premier Testament, et la certitude d’un Paul par exemple, pour nous faire comprendre que les événements de la Passion et de la Résurrection de Jésus sont conformes aux promesses faites par Dieu. Nous avons le témoignage des disciples après Pâques que nous relirons dans les Actes des Apôtres tout au long de ce temps pascal. Nous avons cette certitude qui va se faire jour peu à peu : Jésus, celui qui est mort, est ressuscité. La mort n’a pu garder sa proie. La mort est morte. Celui qui nous avait dit qu’il était la résurrection et la vie est sorti victorieux du tombeau. Dieu n’a pas cautionné le procès fait à son Fils ; il restaure dans sa gloire celui que nous avions humilié ; il rend à la vie celui que nous avions fait mourir. 

Cet événement de Pâques concerne désormais toute l’humanité. Plutôt que d’être condamnée par Dieu pour la mort de son Fils unique, lui est offerte la possibilité d’un salut, d’une réconciliation avec Dieu, à cause de Jésus, dont nous comprenons maintenant qu’il s’est livré lui-même à la mort pour accomplir les promesses divines. En prenant le chemin de l’humilité, en s’abaissant, le voici relevé, glorifié par Dieu. Et nous pouvons à notre tour participer à ce relèvement en recevant le baptême. Oui, par le baptême, nous avons été unis au Christ Jésus, à sa mort et à sa résurrection, proclame Paul aux chrétiens de Rome. Par le baptême, nous devenons celui que nous avions rejeté, nous devenons des autres Christ. Nous sommes vivants pour Dieu en Jésus Christ. Ne cherchons pas tout de suite à comprendre tout ce que cela veut dire. Goûtons plutôt la joie d’être libérés du péché et de la mort ; goûtons la joie d’être vivants, pleinement. Nous aurons tout le temps pascal pour comprendre ce que cela signifie, ce que cela implique. Ce soir, c’est la joie d’être vivants en Christ qui doit être première ; ce soir, c’est la vie retrouvée que nous devons célébrer ; ce soir, c’est notre attachement au Christ qu’il faut réaffirmer. Car sans cet attachement au Christ mort et ressuscité, notre baptême serait vain, notre foi serait vaine.

Oui, le Christ est ressuscité ; et dans notre monde marqué par la guerre et la souffrance de tant d’hommes, de femmes et d’enfants, cette résurrection nous engage à lutter pour plus de vie, à lutter pour une attention renouvelée à la sacralité de toute vie. Toute vie humaine a du prix aux yeux de Dieu et il ne revient pas aux humains de dire quelle vie est acceptable et quelle vie est supprimable. La résurrection du Christ est un manifeste à faire de la vie, de toute vie, et en particulier des vies plus fragiles, notre priorité pour qu’elles soient protégées, respectées et accompagnées de leur origine jusqu’à leur terme, dont Dieu seul est le maître. Si la mort du Christ, le seul Juste, nous a révoltés, alors toute mort injuste doit désormais nous révolter. La vie en plénitude que le Christ nous obtient par sa mort et sa résurrection est désormais la nôtre puisque l’œuvre de salut qu’il a accompli, il ne l’a pas fait pour lui, mais bien pour chacun de nous, donnant à la vie des hommes un prix infini. 

La joie de la résurrection que nous célébrons ce soir est appelée à se répandre dans nos vies. Heureux pour le Christ vainqueur de la mort, nous pouvons être heureux pour nous qui bénéficions de cette victoire. Rien, ni personne ne pourra jamais nous enlever cette victoire. Ressuscité, le Christ ne meurt plus. Ressuscité, il nous appelle à une vie plus grande et plus belle. Entrons joyeusement dans cette vie, pleins de reconnaissance pour Jésus, qui nous a ouvert la voie et nous rend participant de sa propre vie. C’est notre foi ; embrassons-la ; c’est notre foi, proclamons-la ; c’est notre foi, vivons-la. Amen. 


samedi 14 septembre 2024

24ème dimanche ordinaire B - 15 septembre 2024

 Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.





(Dessin de Deligne)



 

            Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce reproche, sévère, est fait par Jésus à Pierre, alors qu’il a quelques temps auparavant, fait profession de foi en reconnaissant que Jésus était le Christ. Il nous montre que même les Apôtres de Jésus ne sont pas à l’abri de se méprendre sur lui. Ils le fréquentent, ils le suivent, ils l’écoutent, mais le connaissent-ils vraiment ? Et surtout, le comprennent-ils bien ? Car tout est là, me semble-t-il dans cette page d’évangile, dans la compréhension qu’ils ont, que nous avons, de Jésus et de sa mission. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Si même les plus proches de Jésus peuvent ne pas saisir le sens de sa mission, nous devons admettre alors que ce reproche de Jésus, adressé à Pierre, nous est adressé à tous. Même si nous avons les évangiles, même si des siècles de théologie nous parlent de Dieu et de son Christ, le connaissons-nous vraiment mieux que ceux qu’il a lui-même appelés à le suivre ? Souvent, nous nous faisons de belles idées sur Dieu, sur ce qu’il devrait être, sur ce qu’il devrait faire. Lorsque nous traversons une épreuve, il peut arriver que nous en voulions à Dieu, n’est-ce pas ? Nous ne cherchons pas un Dieu à servir, mais un Dieu à asservir à notre cause. Dieu doit être de notre côté, nécessairement. Il doit répondre à nos critères, à nos envies. Que Dieu puisse avoir un grand projet pour l’homme, c’est bien ; mais il devrait avoir un projet plus grand encore pour nous. Bref, nous voulons un Dieu à notre mesure, un doudou divin qui nous ferait du bien, un animal de compagnie qui nous obéirait au doigt et à l’œil. Telles sont, quelquefois, les pensées des hommes. Ce n’est pas grave en soi ; il faut juste en être conscient si nous voulons rencontrer le vrai Dieu, le vrai Jésus. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce que ce reproche a de bon pour nous, c’est qu’il nous rappelle que Dieu n’est pas juste une idée, voire une belle idée de l’homme, mais que Dieu a sa propre réalité. Il nous rappelle aussi que, si Dieu a sa propre réalité et n’est donc pas une invention humaine, il a sa propre vie et ses propres projets. Et quand l’homme accepte cela, quand il accepte que Dieu est plus grand que lui et qu’il a un projet de vie pour l’homme, ce que la théologie appelle une Alliance à proposer à l’homme, alors celui-ci peut entrer dans les pensées de Dieu. Nous ne sommes pas condamnés à n’avoir que de belles idées sur Dieu ; nous pouvons rencontrer Dieu en vérité ; nous pouvons entrer en Alliance avec lui ; nous pouvons entrer dans son projet. Le psalmiste l’a bien compris quand il nous fait chanter : Le Seigneur défend les petits : j’étais faible, il m’a sauvé. Il a sauvé mon âme de la mort, gardé mes yeux des larmes et mes pieds du faux pas. Il nous fait comprendre que le projet de Dieu pour l’homme est un projet de salut. L’Alliance que Dieu nous propose est une Alliance pour la vie, pour notre vie. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ce reproche fait à Pierre et à nous, est une invitation à entrer dans le projet de Dieu, à la condition fixée par Dieu. Cette condition ne nous concerne pas d’abord ; elle concerne Dieu. Il veut nous sauver au prix de son propre Fils. Il veut tellement nous sauver, nous qui avons montré à travers les âges que nous étions incapables de nous sauver nous-mêmes, qu’il a décidé, Dieu, de nous donner son Fils et de le livrer à notre ennemi commun : le mal jusque dans ce qu’il a de plus abject, la mort d’un innocent. C’est quand je mesure ce grand prix payé par Dieu, que je comprends la réaction de Pierre et les vifs reproches qu’il adresse à Jésus. Car qui peut accepter qu’un innocent meurt pour lui ? Qui peut accepter qu’un autre homme paye pour ses crimes ? Pour quiconque a un sou de conscience et de morale, c’est inacceptable. Mais pour Dieu, c’est la seule solution ; il le sait bien, lui qui a tout essayé avant d’en arriver à cette conclusion. S’il veut sauver l’humanité, il devra y aller lui-même. C’est pour cela qu’il fait de son Fils unique un homme comme nous, pour que par son sacrifice, nous puissions devenir Dieu comme lui. Il n’est pas comme ses faux dieux qui font leur fond de commerce en exigeant chaque année la vie d’hommes et de femmes offerts en sacrifice sanglant. Il s’offre lui-même en sacrifice, une fois pour toutes, pour que l’Ennemi, victorieux sur le bois, fût à son tour vaincu sur le bois, par le Christ, notre Seigneur. C’est ce que chantait hier la préface de la fête de la Croix glorieuse. 

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Ne nous offusquons pas de ce reproche de Jésus. Prenons-le pour ce qu’il est réellement : une invitation à mieux connaître Dieu, une invitation à mieux entrer dans l’Alliance qu’il nous propose, telle qu’il nous la propose. Nous saurons ainsi que Dieu est définitivement pour notre vie et pour notre salut. La croix dressée en est le signe visible à tout jamais. Amen.  

dimanche 16 juillet 2023

15ème dimanche ordinaire A - 16 juillet 2023

 Un échec de Jésus ou la simple réalité de la vie ?




 (Source : La parabole du semeur (Lc 8,4-15) | Au Large Biblique)

 




            Je reconnais humblement que j’ai eu quelques difficultés avec l’homélie de ce dimanche liée au texte évangélique lui-même. Fallait-il vraiment prendre la parole après que le Christ lui-même eut expliqué à ses seuls disciples – donc ceux qui croient en lui – la parabole qu’il avait adressée à la foule – donc ceux qui étaient appelés à croire à lui mais qui ne le feront pas tous finalement ? Que pourrais-je dire de plus qu’il n’a pas dit ? Ma seconde difficulté vint ensuite du rapprochement que notre Eglise fait de ce passage d’évangile avec le passage entendu du prophète Isaïe qui affirme : Ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. N’y a-t-il pas une contradiction entre le prophète et Jésus ? 

            Je m’explique : Isaïe a la certitude, que je partage, que la parole de Dieu est performative, c'est-à-dire qu’elle réalise bien ce qu’elle dit. Nous pouvons dire de Dieu, sans nous tromper, que ce qu’il dit, c’est ce qu’il fait. Nous le voyons dès les premières pages de la Bible. Quand Dieu dit : Que la lumière soit ! la lumière se fait. Pour le dire plus simplement encore : Dieu ne parle pas en vain, il ne parle pas pour ne rien dire. C’est plutôt rassurant de savoir cela, me semble-t-il ! Là où les choses se corsent pour moi, c’est quand je mets cette affirmation de Dieu au prophète Isaïe, en lien avec cette parabole du semeur que Jésus raconte. Dans l’explication qu’il donne, nous comprenons que la semence semée largement, pour ne pas dire n’importe comment, c’est la Parole de Dieu. Voyez-vous mon problème venir ? Non ? Il me semble pourtant évident !  Si la Parole de Dieu accomplit toujours sa mission, pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas toujours ? Parce que la parabole que Jésus raconte, c’est quand même d’abord une histoire qui échoue trois fois sur quatre ! La parole semée ne donne rien, ni sur le bord du chemin, ni sur le sol pierreux, ni dans les ronces. Il n’y a que dans la bonne terre que le grain germe et grandit. Je pourrais m’en sortir en allant vite à la conclusion de la parabole, à savoir le rapport du grain semé en bonne terre, à savoir cent, soixante ou trente pour un, ce qui n’est pas rien d’une part, et qui permet de dire que le risque vaut la peine ! Connaissez-vous beaucoup de placement qui rapporte cent pour un (pour un euro placé vaut en recevez cent) ? soixante pour un ? trente pour un ? Si oui, partagez l’information pour que nous en profitions tous en ces temps de crise ! 

            Nous précipiter ainsi vers la conclusion nous fait ignorer la partie la plus longue, et de la parabole, et de l’explication que Jésus en donne. Si elle était sans importance, pourquoi insister autant, puisque Dieu ne parle pas pour ne rien dire ? Et qu’est-ce que cela peut bien dire pour nous aujourd’hui ? Cet échec apparent de la Parole de Dieu nous concerne tous. Il nous rappelle que l’important, ce n’est pas uniquement la qualité du grain semé, qualité qui n’est pas à remettre en cause. Ce qui compte aussi, c’est le terrain où le grain est semé ; ce qui compte aussi, ce sont les conditions extérieures : les oiseaux qui viennent tout manger, le sol pierreux sans beaucoup de terre, donc pas d’enracinement possible, trop de soleil, et n’oublions pas les ronces qui étouffent le grain semé. Nous ne pouvons pas ignorer les obstacles au grain semé, obstacles qui sont naturels, nous dit Jésus. Ce n’est pas la main de l’homme qui empêche le grain de pousser, mais bien la réalité du terrain dans lequel tombe le grain. Ceci nous ouvre alors des perspectives qui nous permettent de ne pas nous décourager quand nous participons à l’œuvre des semailles. Qui, travaillant honnêtement à répandre la parole de Dieu ne s’est jamais interrogé sur l’absence de rapport ? Nous faisons des choses d’ordre pastorale et nous avons l’impression que cela ne donne rien, en tout cas, cela ne donne pas ce que nous espérions. Nous enterrons plus que nous ne baptisons ; des couples que nous avons sérieusement préparé au mariage relieuse finissent par se séparer quand même ; du peu que nous baptisons encore, peu poursuivront avec la première communion ; et de ceux-là, encore moins iront jusqu’à la confirmation ! Et je pourrais continuer la liste des efforts consentis par les prêtres et les laïcs, en paroisse, dans les mouvements ou en famille tout simplement, qui ne donnent rien. Pas le moindre bout d’herbe à l’horizon malgré tout ce qui est semé ! Alors qu’est-ce qu’on fait ? On arrête tout ? On s’asseoit et on pleure ? 

            Jésus nous dit, avec cette parabole que c’est normal. Dieu lui-même n’y peut rien ! Personne ne naît croyant ! Personne ne naît pratiquant ! Personne ne naît avec une foi préinscrite dans le cœur ! Il y a ce que je suis, il y a les circonstances, l’entourage, pleins de choses extérieures qui vont jouer. Trois choses doivent nous rassurer cependant : d’abord que Dieu sème sa parole toujours et encore, sans regarder où ; la parole n’est pas réservée à une élite en mesure de l’entendre et de la mettre en pratique. Ensuite, c’est qu’elle rapporte beaucoup quand elle tombe dans une bonne terre ; le temps passé à semer, le grain qui ne donne rien dans des terres non préparées, ce n’est pas du temps et du grain perdu. Enfin, puisque la parole ne donne rien à cause de circonstances extérieures, n'oublions pas que celles-ci ne sont pas toujours éternelles, et que semer toujours et encore a du sens. Il suffit d’un changement dans la terre qui reçoit pour que tout change. Dégagez les pierres, ajoutez un peu de terreau et déjà quelque chose peut prendre racine et grandir ! Et ce changement nous devons y croire ! Si nous désespérions, alors ce sont les cailloux, les ronces qui envahiraient la bonne terre. Croire le changement de circonstances possible, c’est croire que le Christ, par sa mort et sa résurrection, a bien vaincu le mal, la mort et le péché, et que ces trois-là peuvent reculer dans la vie des hommes. Il suffit d’un grain germé et levé pour en obtenir trente, soixante ou cent autres ! 

            Ce qui semblait un échec apparent n’est rien d’autre que la réalité de la vie des hommes, la réalité de notre vie. Quelquefois, ce n’est juste pas le bon moment. Quand après des vacances bien méritées, nous reprendrons notre travail missionnaire, faisons-le avec la certitude affirmée par le prophète que la parole de Dieu accomplit bien sa mission, au rythme de Dieu. Ne soyons pas impatients ! Ne soyons pas défaitistes ! Tout se fait selon le plan Dieu. Un petit peu à chaque fois, pour un résultat qui mènera à l’établissement du Royaume de Dieu. Le temps n’appartient qu’à Dieu. Travaillons sur ce qui est de notre ressort : l’espace où le grain est planté. Ne renonçons pas à travailler la terre, notre terre d’abord, pour que le grain semé puisse germer et rapporter toujours plus : trente, soixante et pourquoi pas cent pour un. Amen.

vendredi 2 avril 2021

Vendredi Saint - 02 avril 2021

 Pour rendre notre vie plus belle, le Christ s'offre en sacrifice.



(Chemin de croix de Francis Schneider, 12ème station, église de Fort-Louis (67), 
photo de Bernard Wittmann et Jean-Michel Duband)



        C’est un paradoxe que nous célébrons aujourd’hui. Ce Jésus, qui voulait rendre la vie des hommes plus belle, s’offre en sacrifice sur la croix. Comment des hommes peuvent-ils se réjouir de la mort d’un innocent ? Comment des hommes peuvent-ils obtenir une vie plus belle en se livrant à l’abject ? Et pourtant… 

            Pourtant, le prophète Isaïe l’avait annoncé : Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. Caïphe avait donc raison lorsqu’il prophétisait avant la Passion : Vous n’y comprenez rien, vous ne voyez pas quel est votre intérêt :il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas ? Pourquoi faut-il toujours que quelqu’un meurt pour que les hommes comprennent ? Pourquoi faut-il toujours que quelqu’un meurt, pour que les hommes changent ? Pourquoi faut-il toujours que quelqu’un meurt ? 

            L’auteur de la Lettre aux Hébreux tente une réponse : Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et des larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Mais cette réponse est-elle satisfaisante pour Marie et Jean qui se tiennent au pied de la croix ? Est-elle satisfaisante pour celles et ceux qui ont cru en lui ? Il faudra du temps pour qu’une telle réponse jaillisse et soit audible. Ce n’est pas le jour même de la mort que vous pouvez proclamer cela aux proches de l’innocent mis à mort. Non, en ce jour difficile, où l’homme ne comprend plus rien à l’homme, la seule attitude qui vaille est de se tenir là, devant la croix, aux côtés de Marie et de Jean. En ce jour difficile, où l’homme ne comprend plus rien à Dieu, la seule attitude qui vaille, c’est le silence, pour espérer entendre encore, entendre à nouveau la voix de Dieu qui parle dans le silence de notre cœur. 

            Il nous faut accepter, humblement, que Jésus se livre en sacrifice pour que notre vie devienne plus belle, sans chercher à comprendre tout de suite comment cela est possible. Il faut méditer ces événements, comme Marie l’a toujours fait pour tous ces événements qui concernaient son fils Jésus. Il nous faut accepter, comme Jésus lui-même avait accepté au moment de son arrestation : La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? Nous pouvons faire comme Pilate qui, bien que dépassé par les événements et manipulé par la foule, proclame malgré tout, la vérité qu’il aura saisi de ce procès, en faisant placer cet écriteau au sommet de la croix : Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. Cela ne change peut-être rien aux faits qui viennent de se dérouler, mais la vérité est toujours bonne à prendre ; elle permettra de réfléchir, quand les cœurs seront apaisés, et que d’autres événements, tout aussi incompréhensibles, auront lieu. 

            Il nous faut accepter, humblement, et croire que Jésus se livre en sacrifice pour que notre vie devienne plus belle. Il nous faut accepter humblement, et vivre de telle sorte que ce sacrifice ne fut pas vain. Ce que Jésus nous offre dans sa mort, il faut une vie pour le comprendre. Ce que Jésus nous offre dans sa mort, il faut une vie pour l’accepter toujours mieux. Levons les yeux vers celui que nous avons livré à la mort ; gardons le silence ; et demandons à Dieu de mieux saisir encore son projet de salut pour nous. Il veut notre vie plus belle ; la croix dressée nous en montre désormais le chemin. Amen.

jeudi 1 avril 2021

Jeudi Saint - 01er avril 2021

Pour rendre notre vie plus belle, Dieu se fait serviteur.




(Le Lavement des pieds, Miniature de O. Khizanetsi - Matenadaran, Erevan - 1330,
reproduite par Nelda VETTORAZZO, Les principales fêtes chrétiennes, Centro Russia Ecumenica, 2007)




             Nous y voilà donc rendus, à ces fêtes pascales que nous avons préparé durant quarante jours. Nous y voilà donc rendus, à ce temps où Dieu lui-même vient rendre notre vie plus belle. Et reconnaissons que cela commence plutôt bien, puisque, ce soir, Dieu nous invite à son repas.

            C’est une vieille habitude de Dieu que d’inviter les hommes à manger ! Qu’y a-t-il de plus réjouissant que de se retrouver autour d’une même table pour un temps de partage, de fraternité ? Nous le sentons bien depuis plus d’un an maintenant, alors que les lieux de restauration, lieux de rencontres et de partage, nous sont interdits. Nous le sentons bien depuis plus d’un an maintenant, alors que, même en famille, les rassemblements festifs sont limités. Les repas de fête font partie intégrante de la vie des hommes, de leur bonne santé psychologique, et pour les croyants, de leur bonne santé spirituelle. Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour leur redonner la liberté ! Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour célébrer le bonheur retrouvé ! Quand Dieu invite les hommes à table, c’est pour rendre leur vie plus belle ! 

            C’était vrai au temps de Moïse avec ce repas pris à la hâte, la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main, prêts à partir sur un ordre de Dieu. Tout, dans l’ordonnancement de ce repas, indique son caractère particulier et festif. Car même s’il est pris en toute hâte, il reste le signe du passage de Dieu dans la vie des hommes. Ce n’est pas un repas égoïste, mais un repas partagé ! Ce n’est pas un repas fait juste pour nous rassasier, mais un repas plein de signes et de symboles, à revivre annuellement, pour ne jamais oublier que Dieu sert le bonheur et la vie de son peuple. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Egypte, cette nuit-là… contre tous les dieux de l’Egypte j’exercerai mes jugements : je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Egypte.  A ceux qui trouveraient que ce repas est quand même un peu sanguinaire (Je frapperai tout premier-né au pays d’Egypte, depuis les hommes jusqu’au bétail), nous rappellerons que Dieu avait envoyé son serviteur Moïse pour négocier la libération pacifique de son peuple, mais que le cœur endurci de Pharaon n’avait pas fait réussir ce projet. Quand Dieu se met au service du bonheur et de la vie de son peuple, rien ne peut se mettre en travers de sa route, surtout pas le mal. 

            C’est à un repas toujours que Jésus invite ses disciples, la veille de sa mort, pour sceller une nouvelle Alliance. Un repas au cours duquel il se livre lui-même, il se fait lui-même nourriture pour son peuple. Ceci est mon corps, qui est pour vous… Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Faites cela en mémoire de moi. Un repas que les disciples du Christ ont célébré fidèlement chaque dimanche depuis ce soir-là ; un repas qui nous fait participer aux noces de l’Agneau ; un repas qui est un avant-goût du bonheur que nous connaîtrons lorsque nous vivrons totalement en Dieu ; un repas qui nous donne la vie ; un repas au goût de liberté ; un repas qui célèbre le cœur de notre foi : chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. 

            Ce repas que Jésus offre à ses disciples est aussi le repas du service. Nous l’avons entendu dans l’Evangile de Jean. Et même si ce soir, nous ne pouvons pas, à cause des normes sanitaires, vivre ce moment intense du lavement des pieds, le signe du service reste une exigence de ce repas. En Jésus, Dieu sert son peuple ; en Jésus, Dieu fait de son peuple un peuple de serviteurs. Notre rôle est de servir Dieu et les hommes. De servir le bonheur et la vie des hommes. Dieu sert la vie de son peuple en s’abaissant jusqu’à prendre la place du dernier des serviteurs. Même Dieu ne peut servir la vie de son peuple et se plaçant au-dessus de celui-ci. Pour notre vie, pour notre bonheur, Dieu s’anéantit. Et Jésus l’affirme : c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Nous ne pouvons pas, si nous voulons avoir part à la vie du Christ, nous affranchir de cet impératif du service, de cet impératif de l’anéantissement de nos sentiments de puissance et de domination. Nous ne pouvons servir la vie et le bonheur des hommes que dans l’humilité et dans l’abaissement. A ceux qui servent ainsi Dieu et leurs frères est promis le partage de la gloire de Dieu. 

            Quand Dieu nous invite à son repas, c’est toujours pour nous permettre de nous rapprocher de lui. Ce repas n’est pas une récompense ; il est le moyen sûr de rencontrer Dieu. Dans ce repas, Dieu se livre dans la Parole et le Pain, tous deux partagés largement pour le salut du monde. Soyons fidèles à ce rendez-vous ; soyons fidèles à suivre l’exemple du Christ ; servons Dieu et nos frères, pour leur vie et leur bonheur, comme Dieu lui-même nous sert, pour notre vie et notre bonheur. Amen.  

samedi 20 juin 2020

12ème dimanche ordinaire A - 21 juin 2020

Ne craignez pas !





            Avez-vous remarqué comme Jérémie est confiant alors même qu’il doit affronter la rage de ses ennemis ? Bien qu’il soit attaqué de toute part, il garde une grande confiance en Dieu, en qui il a mis toute son espérance et de qui il attend le salut. Si on rapproche alors ce texte de l’Evangile de ce dimanche, il devient évident qu’un mot d’ordre se dégage qui doit nous inspirer aujourd’hui : Ne craignez pas ! Autrement dit : N’ayez pas peur ! 

            En trois mots, voilà plus qu’un slogan ; en trois mots, voilà donné pour nous et les hommes de notre temps, une vraie règle de conduite. Après le temps du confinement, après les temps un, puis deux du déconfinement, voilà un appel qu’il nous faut entendre comme étant vraiment Parole de Dieu pour nous aujourd’hui, Parole qui nous sauve, Parole qui nous libère. Je peux comprendre la prudence ; je peux entendre et accepter la nécessité de gestes barrières, de mesures de distanciation physique, toutes choses utiles. Mais je ne peux accepter que l’on ait plongé des contingents entiers de nos compatriotes dans une peur telle que, même lorsqu’ils ne font pas partis des personnes fragiles ou à risque, les voilà auto-confinés, prisonniers volontaires et apeurés, ne se risquant même plus à faire les courses élémentaires, par peur de… Vous comprenez, même si je sais être très prudent, je peux être contaminé par l’insouciance d’un autre ; donc je reste chez moi, je ne vois personne, je n’accueille personne. Je me replie, je m’enferme, je me protège. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : peur et prudence sont aussi éloignées l’une de l’autre que peuvent l’être le ciel et la terre. Il est vrai que les discours des politiques, les positions souvent contradictoires des scientifiques et l’égrenage quotidien du nombre de morts durant cette pandémie, sans donner en contrepartie le nombre de guéris et maintenant les plaintes en justice parce qu’il faut bien un ou des coupables, ont contribué à distiller la peur. Le problème c’est que cet instrument de gouvernement par défaut qu’est la peur, s’est installé durablement dans l’esprit de certains et nous sommes bien en peine d’en mesurer les dégâts aujourd’hui. Mais je crains bien qu’ils ne soient pires que ceux du virus dont nous cherchons tous à nous protéger. 

            Ne craignez pas ! Il nous faut accueillir cette parole du Christ comme une vraie libération. Elle n’est pas une invitation à faire n’importe quoi, ni à ignorer les règles d’hygiène de base. Elle est une invitation à ne pas oublier que nous sommes dans la main de Dieu et nous avons du prix pour lui : Soyez sans crainte, vous valez plus qu’une multitude de moineaux. En ces temps difficiles, il nous faut retrouver la confiance d’un prophète Jérémie qui savait encore se confier à Dieu alors que, tout autour de lui, tous cherchaient à lui nuire, amis comme ennemis. En ces temps difficiles, il nous faut avoir la confiance du psalmiste qui chante la tendresse et la miséricorde de Dieu à son égard : Dans ta grande tendresse, regarde-moi ; il est bon ton amour. En ces temps difficiles, il nous faut avoir la confiance que le Christ nous demande de vivre, confiance qu’il a vécu le premier lorsqu’il était cloué en croix : Père, en tes mains, je remets mon esprit. La foi en Dieu, qui a livré son Fils pour notre salut, nous ouvre à cette confiance essentielle et primordiale ; elle nous redit que Dieu veut notre bien ; elle nous dit que Dieu veut notre vie marquée du sceau de l’éternité. Foi et confiance ont d’ailleurs la même racine, de sorte qu’on ne peut avoir l’une sans vivre l’autre. L’expérience de Jérémie, l’expérience du Christ lui-même, nous disent que Dieu ne veut pas notre malheur et qu’en conséquence notre confiance en lui doit être totale. Comment vaincre le mal si nous ne lui accordons pas cette confiance ? Comment accueillir son Esprit en nous, si nous ne lui accordons pas cette confiance ? La peur et la foi, c’est comme l’huile et l’eau : ça ne va pas ensemble ! La peur est la négation de la confiance ; la confiance est le remède à la peur. 

            Ne craignez pas ! Plus que jamais, il nous faut entrer dans cette confiance primordiale si nous voulons vaincre le Mal. Plus que jamais, il nous faut entrer dans cette confiance essentielle si nous ne voulons pas voir notre vie sociale complètement détruite. Plus que jamais, il nous faut entrer dans cette confiance absolue en Dieu qui veut pour nous la vie si nous ne voulons pas nous enfermer davantage dans des postures mortifères. Le Seigneur écoute les humbles, il n’oublie pas les siens emprisonnés. Que cette parole du psalmiste nous inspire et nous guide. Amen.

 

(Photo de Bertrand Wittmann & Jean-Michel Duband, Chemin de croix, Station 1, réalisé par Francis Schneider, église de Fort-Louis - Bas Rhin)

samedi 9 mai 2020

5ème dimanche de Pâques A - 10 mai 2020

Avec le Ressuscité, quitter nos impasses pour accéder à des chemins de vie.








            Depuis Pâques, nous ne cessons de découvrir les nombreux passages que nous pouvons effectuer à la suite du Christ Ressuscité. Passer de la mort à la vie concerne tant de domaines de notre existence. La liturgie de ce dimanche nous invite à quitter nos impasses pour accéder à des chemins de vie. 

            Regardez la première communauté chrétienne. Son fonctionnement tournait autour des Apôtres. Mais à mesure que grandit la communauté, à mesure qu’elle s’ouvre à d’autres, notamment ceux de langue grecque, vous comprenez bien que les Apôtres ne pouvaient être partout et attentifs à tous. Si nous accordons foi aux données du Livre des Actes des Apôtres, c’est par milliers que les hommes et les femmes de leur temps se convertissaient et rejoignaient ceux qui appartenaient au Christ. Nous pouvons comprendre que ce problème des veuves ait pu voir le jour. Là où il y a des hommes, il y a de l’hommerie, et le fait d’être chrétien ne change rien (hélas !) à l’histoire. Un partage mal fait, et c’est le conflit ! Voyez le génie des Apôtres : pris dans une impasse, ils ouvrent un nouveau chemin en nommant sept nouveaux compagnons, qui ne seraient pas Apôtres comme les Douze, mais qui seraient attentifs aux détails matériels, les Apôtres poursuivant leur mission première : rester assidus à la prière et annoncer le Christ, mort et ressuscité. C’est cela vivre du Ressuscité : ne pas s’enfermer, pas même dans un fonctionnement que l’on croit éprouvé ; ne pas hésiter à trouver de nouvelles voies, sans rien sacrifier de ce qui est essentiel. L’essentiel, c’est le service de la Parole de Dieu. L’intendance suivra toujours, et si ce n’est pas grâce aux Douze, ce sera par d’autres, envoyés par les Douze. Ainsi est conservé leur autorité ; ainsi est assuré par eux le service de l’essentiel. 

            Cette décision des Douze est conforme à l’enseignement de Jésus. C’est en le suivant que les hommes découvrent le chemin à suivre. Jésus l’a dit à ses Apôtres : il est le Chemin, la Vérité et la Vie ; le Chemin vers Dieu, la Vérité sur Dieu, la Vie de Dieu donnée aux hommes. Vous comprenez ainsi pourquoi les Douze ont conservé le service de la Parole de Dieu : parce que ce service les met en relation directe avec leur Maître, Celui qu’ils ont suivi depuis son baptême sur les bords du Jourdain jusqu’à son retour dans la gloire de son Père. Puisqu’ils sont unis d’une manière toute particulière au Christ, ils sont les garants de ce chemin qui mène à Dieu, de cette Vérité que le Christ a révélée et de la Vie qu’il ne cesse de transmettre depuis qu’il s’est montré plus fort que la mort. 

            Il est heureux que nous entendions ces textes dans les temps qui sont les nôtres. Il est heureux que nous entendions cet appel à quitter nos impasses pour de nouveaux chemins de vie. Demain, nous commencerons le déconfinement, une nouvelle phase dans cette lutte contre ce mal invisible qui paralyse notre monde depuis trop longtemps. Nous pouvons rester dans l’impasse de nos peurs et nous plaindre que ce qui est fait n’est pas ce qui aurait dû être fait. Mais nous pouvons aussi entrer pleins d’espoir et de responsabilité dans cette nouvelle étape de notre vie et ensemble construire le début de quelque chose de neuf. Ce ne sera assurément pas la vie d’avant ; cette vie-là est morte. Mais quelque chose de neuf est possible si nous participons à sa construction. Nos peurs peuvent être légitimes ; certains ont tout fait pour nous y maintenir. Mais elles ne doivent ni nous écraser, ni nous paralyser davantage. Nous sommes faits pour la vie : c’est le grand message de Pâques. Nous sommes faits pour une Vie marquée du sceau de l’éternité, et non pour une vie confinée, recroquevillée. Nous sommes faits pour une vie ensemble, attentifs à tous, protégeant tous et non pour un individualisme qui réveille les réflexes les plus vils de l’homme : dénonciation, envie, manipulation à notre seul profit. 
         
        Nous savons que le Ressuscité accompagne toujours notre vie. Nous savons qu’il est le Chemin, la Vérité et la Vie ; nous savons qu’il est notre Chemin, notre Vérité, notre Vie. Faisons-lui confiance, marchons à sa suite sur les chemins nouveaux qu’il nous ouvre depuis Pâques. La maison du Père aux nombreuses demeures, nous pouvons la construire dès ici-bas en quittant nos impasses, en accueillant la vie du Ressuscité qu’il ne cesse de partager à tous les hommes. Avec lui, faisons œuvre de vie au profit de tous. Amen.


(Tableau d'Arcabas, Les disciples d'Emmaüs, trouvé sur internet)


samedi 2 mai 2020

4ème dimanche de Pâques A - 03 mai 2020

Avec le Ressuscité, passer de l'inquiétude à la sérénité.







            Nous l’avons compris dès le matin de Pâques : les disciples de Jésus, bien qu’avertis trois fois par le Maître de ce qui allait lui arriver, étaient plutôt troublés ; ils vivaient dans la peur, confinés chez eux. La mort de Jésus les a plongés dans l’inquiétude. Qu’allaient-ils devenir ? Les chefs des prêtres les rechercheraient-ils ? Au fil des apparitions et des rencontres avec Jésus, nous constatons que, petit à petit, ces mêmes disciples passent de l’inquiétude à la sérénité, pour ne pas dire à un certain courage. C’est un passage que tout disciple doit vivre à la suite de Jésus, mort et ressuscité. et cela plus particulièrement aux jours où nous sommes. 

            Ce n’est un scoop pour personne : la période que nous vivons est anxiogène. C’est un fait. Et la communication hasardeuse de ceux qui nous gouvernent, comme de ceux de l’opposition, alliant savamment mensonge et demi-vérité, n’aide pas à lutter contre cet état de fait. L’inquiétude est réelle, perceptible et compréhensible ; la liste des morts s’allongeant, la perspective d’un vaccin n’étant pas pour demain, un déconfinement qui risque de tourner à la déconfiture : rien ne nous sera épargné ; rien n’est vraiment fait pour nous rassurer. Nous découvrons ce que c’est que d’être gouverné par la peur et la répression qui l’accompagne toujours !  

           Dans ce contexte si particulier, les lectures que la liturgie propose en ce dimanche résonne de manière toute particulière. Elles nous invitent toutes à quitter la peur pour reconnaître celui qui est notre unique pasteur : Jésus, celui-là qui était mort et qui maintenant est vivant, ayant affronté la mort et l’ayant vaincue. Voyez Pierre lui-même qui se tient sans crainte devant les foules assemblées à Jérusalem pour la Pentecôte et qui les invite à la conversion au nom de Jésus. Entendez son assurance toute nouvelle quand il proclame : Que toute la maison d’Israël le sache avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. Je ne suis pas sûr que nous mesurions bien l’audace qu’il lui a fallu pour oser ce discours. Entendez aussi le psaume 22 par lequel nous répondons à ce passage des Actes : Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer… Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ; ton bâton me guide et me rassure. Entendez Pierre encore dans sa première lettre, nous réconforter en affirmant : Par ses blessures [celles du Christ], nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes. Entendez enfin Jésus lui-même, dans l’évangile de Jean, quand il dit : Moi, je suis la Porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé… Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. 

            Il y a un horizon à notre vie, même et surtout en ce temps de crise, et cet horizon est heureux, toujours. Il y a une vie après cette crise, et elle sera nécessairement différente, comme doit être différente la vie des disciples du Christ. Nous savons depuis longtemps la force de l’espérance ; nous savons depuis longtemps le renouveau qu’apporte la solidarité ; nous savons depuis longtemps la persistance de l’amour de Dieu pour nous, amour que nous devons transpirer et transmettre de manière virale. Pouvez-vous imaginer le monde dans lequel nous vivrions si nous avions su transmettre l’amour du Christ aussi vite que ce virus se transmet aujourd’hui ? Quelle heureuse contagion que la contagion de l’amour ! Quelle heureuse contagion que la contagion de l’espérance qui est la nôtre ! Quelle heureuse contagion que celle de la foi qui nous fait vivre ! Il est dommage que ceux qui nous gouvernent ne l’aient pas encore compris. Ils auraient moins joué sur nos peurs ; ils nous auraient ouvert un avenir. 

            Quand l’avenir se résume pour les uns au grand capital et pour les autres à la révolution, peut-être faut-il faire réentendre cette voix du Christ qui nous dit qu’il est la porte de notre vie, la porte de notre avenir. Avec lui, pas de crainte ; avec lui, pas de mensonge, ni de demi-vérité ; avec lui pas d’autre révolution que celle de l’amour et de la vie. Avec le Ressuscité, nous pouvons passer de l’inquiétude à la sérénité, car il a réellement vaincu toutes nos peurs ; même la mort, avec lui, nous conduit à plus de vie, à la vie véritable, à la vie en abondance. C’est à cette vie que nous nous préparons ; c’est cette vie que nous devons vivre et faire vivre, dès maintenant. Amen.



(Tableau d'Arcabas, La résurrection, source internet)


samedi 16 février 2019

06ème dimanche ordinaire C - 17 février 2019

La vraie vie, le vrai bonheur.







En entendant aujourd’hui la version de Luc du texte des béatitudes, je me mets soudain à préférer celle de Matthieu que nous entendons chaque année à la Toussaint. Car Matthieu écrit son texte dans une perspective plus eschatologique que Luc ; il vise davantage les fins dernières alors que Luc, avec ses « maintenant » quatre fois répétés, nous plonge dans notre quotidien, dans l’aujourd’hui de notre existence. Reconnaissons-le : le texte de Luc devient ainsi plus difficile à écouter : nous n’avons pas vraiment faim maintenant, nous ne sommes pas vraiment pauvres maintenant ! Pour bien comprendre ce que Jésus veut nous dire, et à quoi il nous invite, il faut nous débarrasser alors de deux idées reçues et nous souvenir du projet de Dieu pour chacun de nous. 

Première idée reçue dont il faut nous débarrasser : Dieu ne promet qu’un bonheur pour l’au-delà. Autrement dit : souffrez aujourd’hui, vous serez heureux demain. C’est la pire des choses qu’un prédicateur puisse vous dire. C’est la plus grande hérésie qu’il faut combattre. Le bonheur que Dieu nous promet est un bonheur pour aujourd’hui, ici et maintenant. S’il est vrai que notre vie sur terre engage notre vie par-delà la mort, elle n’en est pas le négatif ou le contraire. Dieu promet un bonheur intégral, qui consiste à aimer et être aimé, véritablement. Être aimé non pour ce que l’on a, mais pour ce que l’on est : fils et fille de Dieu, frères et sœurs en Jésus Christ. Et ce bonheur nous est offert dès que nous marchons à sa suite, sur le chemin de l’amour de Dieu et de nos frères. 

Deuxième idée reçue dont il faut nous débarrasser : pour entrer dans le Royaume, il vaut mieux être pauvre et mal-foutu que riche et bien portant ! Cette affirmation aussi, vous pouvez la ranger au rayon des stupidités. Car nulle part, il n’a été prouvé qu’un pauvre avait plus de chance d’entrer au Royaume parce qu’il est pauvre ! La pauvreté, quand elle remplit l’homme de souci et de cupidité, le rend aussi inapte au Royaume que le riche plein de lui, amassant des trésors à en perdre la raison. Que tu sois riche ou pauvre, tu peux suivre la route que Dieu te propose, si tu sais être ouvert, vide de toi-même, vide de tout obstacle à la présence de Dieu. Il faut savoir accueillir et écouter celui qui parle au cœur. Il faut faire confiance à celui qui appelle à vivre pour lui et pour les autres. C’est bien le sens de la prophétie de Jérémie et du psaume premier que la liturgie nous a donné de méditer. Celui qui se range du côté de Dieu, qui écoute sa parole et la met en pratique, entre dans le bonheur véritable : Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines. 

Et là, nous touchons du doigt le projet de Dieu : que l’homme vive libre et heureux. Le vrai bonheur, celui qui est annoncé dans toute l’Ecriture et que Jésus proclame à son tour, c’est d’être aimé et être capable d’aimer. C’est possible à celui qui sait s’abandonner à Dieu ; c’est possible à celui qui ne se laisse envahir par rien d’autre que la Parole et l’Amour de Dieu ; c’est possible dès aujourd’hui. Les béatitudes, qu’elles soient de Matthieu ou de Luc, ne sont pas des prescriptions à réaliser, mais le portrait de celui qui se met à l’école du Christ ressuscité. Seul le vrai disciple se sent solidaire de tous ; seul le vrai disciple peut connaître la joie profonde qu’il y a donner, y compris sa propre vie, pour que les autres puissent vivre mieux ; seul le vrai disciple est compatissant. Le Christ nous a montré le chemin en donnant sa vie par amour pour les hommes. Cet acte de salut nous a ouvert une voie vers la vraie vie. Nous pouvons placer notre confiance en Christ, non seulement pour la vie présente, mais aussi pour la vie qui est promise à tous ceux qui œuvrent avec lui pour un monde meilleur. 

A travers l’évangile des béatitudes, le Christ nous invite à ne pas nous tromper de vie, à ne pas nous tromper de bonheur. La vraie vie, c’est celle qui se donne ; le vrai bonheur, c’est celui qui se partage. Dès maintenant, chaque jour et pour toujours. AMEN.

 
 

 

samedi 30 juin 2018

13ème dimanche ordinaire B - 01er juilet 2018

Nous confessons un Dieu-pour-la-vie !







Qui n’a jamais douté ? Qui n’a jamais été tenté d’accuser Dieu de tous les maux, ou d’avoir mal fait sa création puisque tant d’imperfections y subsistent ? L’accusation n’est pas nouvelle. Elle a traversé tous les temps, toutes les générations. Elle a pris, avec l’horreur des camps de concentration au siècle dernier, et avec l’horreur des attentats de ces dernières années, une vigueur nouvelle, d’autant plus que leurs auteurs se réclament de Dieu ! Si Dieu existe, pourquoi a-t-il permis cela ? 

            L’homme de la Bible ne nie pas cette question. Il est, sans doute, le premier à se débattre avec la question du mal et de la souffrance. Au fur et à mesure qu’il s’approche de son Dieu et le découvre, s’affine aussi sa réponse à cette question. Il y a longtemps, alors qu’on ne parlait pas encore de Jésus Christ, après la terrible épreuve de l’exil, un sage écrira dans la Bible : Dieu n’a pas fait la mort… Il tentait, à sa manière, de redire à ses compatriotes, une affirmation essentielle concernant le Dieu des Pères, le Dieu de l’Alliance. Il n’est pas possible que Dieu ait créé l’homme pour que celui-ci soit malheureux sur terre. Il n’est pas permis de croire en un tel Dieu ! 

            La longue histoire du peuple hébreu nous indique plusieurs fois que Dieu marche aux côtés de l’homme. La révélation du nom divin à Moïse insiste sur cette présence de Dieu à la vie des hommes. Je suis celui qui je serai, ce que l’on peut traduire par : Je suis celui dont tu auras besoin selon ce que tu vis. Il n’y a pas de manière plus précise de dire la présence de Dieu à son peuple que celle-ci : quand tu auras besoin de moi, tu verras qui je suis ! Une telle révélation est possible dès lors que nous nous plaçons dans la perspective de l’Alliance, la seule perspective valable, parce qu’elle met en présence non pas un dominant et un dominé, mais deux partenaires qui s’engagent également l’un envers l’autre. Dieu s’engage envers l’homme en lui promettant sa présence ; l’homme s’engage envers Dieu en l’assurant de sa louange. Vous pouvez parcourir l’Ancien Testament dans n’importe quel sens ; vous en arriverez toujours à ce constat : « tant que l’homme est fidèle à l’alliance, il connaît un temps de prospérité ; dès que l’homme se tourne vers les idoles, il sombre dans la folie et les tourments ».

            La critique est facile qui consiste à dire : Voyez ce Dieu ; dès que l’on se détourne de lui, on ne connaît que peine et misère ! Il faudrait cependant veiller à ne pas inverser les rôles. Qui a tourné le dos à qui ? Dieu est-il responsable des libertés que prend l’homme ? Dieu devrait-il assumer et endosser les responsabilités de mes actes à moi ? L’auteur du livre de la sagesse a bien compris la question du mal et de la mort. En réaffirmant avec force sa foi – Dieu n’a pas fait la mort ! il nous redit en même temps que la mort, c’est notre jalousie qui l’a faite entrer dans le monde. La liberté de l’homme, que Dieu a voulu lui laisser, suppose que l’homme peut se détourner du projet d’amour de Dieu et vouloir autre chose que ce que Dieu veut pour lui. La liberté humaine comporte la liberté de faire le mal. Et le devoir de l’assumer !

            Lorsque nous retrouvons Jésus dans l’Evangile de Marc en ce dimanche, nous le voyons faire œuvre de vie. Lui, le Fils unique de Dieu, venu dans le monde révéler le véritable visage de Dieu, ne ménage pas sa peine auprès des malades, des souffrants de toutes sortes. Et pour montrer que Dieu est toujours rangé du côté du plus faible, et pour dire aux hommes que Dieu n’a pas fait la mort, il affirme sa puissance sur ces forces de mort en rendant la vie à une enfant, à quelqu’un qui a la vie devant soi et qui doit encore la mener à son terme. Il annonce par ce geste, bien sûr, qu’il est plus fort que la mort, et qu’un jour, il ira battre la mort sur son propre terrain. L’heure n’est pas venue de le dire clairement ; mais il fallait, dès maintenant, dire aux hommes que Dieu continue de marcher aux côtés de son peuple, que Dieu n’abandonne pas ceux qui lui ont fait confiance. Lève-toi, lui dit-il ! Fais ce pourquoi tout homme est fait : vis ! 

            En lisant la presse, qu’elle soit locale ou internationale, on peut quelquefois douter et s’interroger sur le pourquoi de tant de haine, de tant d’actes barbares. Il nous faut tourner notre questionnement vers nous-mêmes. Que faisons-nous pour changer les choses ? Prier ? Ce n’est pas si mal, mais c’est loin d’être suffisant. A quoi cela sert-il de prier pour la paix là-bas, si je ne suis pas capable d’un acte fraternel ici, dans ma famille ou sur mon lieu de travail ? A quoi cela sert-il de prier pour que cesse la faim là-bas, si je ne suis pas capable d’un geste charitable avec celui qui n’a rien, ici dans nos rues, dans nos quartiers ? Dieu n’agira pas dans le monde sans notre aide. Dieu n’interviendra pas si je ne lui prête pas mes mains et mon cœur pour venir en aide à ceux en ont besoin. La toute puissance de Dieu est battue en brèche par la liberté de l’homme, car Dieu n’ira jamais contre sa création. Témoin du Dieu vivant, je le deviens lorsque je suis capable de le rendre présent au monde à travers ce que je fais, ce que je vis. Du chemin reste à faire pour que le monde puisse croire enfin que notre Dieu nous accompagne, qu’il est Dieu-pour-la-vie ! 
 
            Je te le dis : lève-toi ! Aujourd’hui, ces mots sont pour chacun de nous. Lève-toi et vis, fais ce pour quoi je t’ai créé ; donne au monde le témoignage de l’amour que j’ai pour lui à travers l’amour que tu sauras lui manifester. N’épargne pas ta peine ; donne ton amour à pleines mains car mon amour est infini, mon amour est pour la vie, pour toute vie. AMEN
 
(Dessin de M. Leiterer)

dimanche 12 novembre 2017

32ème dimanche ordinaire A - 12 novembre 2017

Le retour du Christ dans la gloire.





Il flotte comme une odeur de fin d’année liturgique avec ce premier dimanche d’une série de trois nous parlant de la fin des temps et du retour du Christ dans sa gloire. Et avec elle, la nécessite pour nous d’approfondir notre foi en la matière. Le retour du Christ n’est pas qu’une belle idée, une revanche sur l’histoire qui a bien malmenée les chrétiens ces derniers temps. Le retour du Christ dans la gloire fait partie de notre foi, donne sens à notre espérance et du contenu à notre charité. Tout doit nous orienter vers cette évidence : le Christ va revenir, l’histoire des hommes est orientée vers sa fin, vers sa récapitulation en Jésus Christ. 
 
Pour raffermir notre foi en la matière, l’Eglise nous donne à entendre un extrait de la première lettre de Paul aux Thessaloniciens. Il rappelle à ses frères dans la foi ce qu’il en est de notre espérance. Sans doute une question lui est-elle parvenue sur ce qu’il en sera de ceux qui meurent avant le retour victorieux du Christ. La réponse de Paul est intéressante parce qu’elle développe deux points liés entre eux. D’abord il rappelle que, face à la mort, les disciples du Christ ont une espérance : il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres (ceux qui ne croient pas comme nous) qui n’ont pas d’espérance. Il y a bien deux manières de concevoir la vie. Il y a celles des autres, pour qui l’homme naît, vit et meurt. Point final. Il y aurait finalement une absurdité à vivre, puisque la vie ne mène à rien, si ce n’est la mort, et avec la mort, l’oubli. Quoi que fasse l’homme, c’est voué à disparaître. Et il y a le point de vue chrétien : une espérance traverse la vie de l’homme. Il n’y aurait donc pas de fin à la vie ; il y aurait un sens à la vie ; il y aurait des raisons de vivre, parce que l’homme ne va pas vers sa fin, mais vers son accomplissement, vers quelque chose qui le dépasse. Face à la mort, l’homme n’a plus à désespérer, il n’a plus à se laisser abattre. Cette espérance s’appuie sur la foi (c’est le deuxième point du développement de Paul) : Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis (comprenons bien ceux qui sont morts), Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui… ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur. La mort et la résurrection de Jésus n’ont pas été à son seul bénéfice ; Jésus est mort et ressuscité pour nous, pour que nous ayons la vie, pour que nous vivions, par lui et avec lui, en Dieu, pour toujours. Voilà le sens de notre vie ! Voilà qui donne force à notre espérance : nous n’espérons pas en vain. Ce que nous croyons de Jésus, nous le croyons aussi de nous.
 
Nous pouvons alors comprendre mieux l’évangile. Ce retour du Christ se fera en son temps, un temps qui n’est pas déterminé, un temps qui, en attendant, laisse du temps à l’homme. L’époux tarde à venir ! Mais le fait que l’époux tarde ne signifie pas qu’il ne viendra plus. Il nous faut donc enter dans une veille permanente et active. Il nous faut sans cesse creuser notre foi en ce retour et creuser notre désir de le voir arrivé. Si nous cessons d’y croire, nous sommes comme ces cinq insouciantes qui n’avaient pas imaginé que l’époux tarderait à venir à sa propre noce. Si nous gardons au cœur le désir de Dieu, le désir de le voir, le désir de vivre un jour avec lui, nous sommes comme ces cinq prévoyantes qui savent que tout ne se déroule pas toujours selon nos plans et qu’il nous faut être toujours prêts. De vrais scouts en somme ! Toujours parés à l’imprévu, l’abordant toujours avec foi et espérance. L’appel du Christ est sans ambiguïté : Veillez donc, car vous ne savez ni le jour, ni l’heure. Mais ce n’est pas parce que nous ne savons rien à ce sujet, que cela n’arrivera pas. L’homme ne peut pas tout savoir ; il ne peut pas tout prévoir. Il y a, dans sa vie, une part non négligeable de foi nécessaire, pour qu’il ne désespère ni de lui, ni des autres, ni de Dieu. Il a cette chance inestimable de pouvoir toujours changer d’options, de pouvoir toujours se convertir pour avoir part à la joie du royaume. Car le Christ nous le dit : son retour sera marqué par un jour de noces, un jour de joie. C’est cela la fin de notre vie ici-bas : non pas l’oubli, mais une joie sans fin de pouvoir vivre en présence de Dieu, source de vie, source de bonheur, source d’éternité. 
 
Voilà l’enseignement de ce premier dimanche consacré à la fin des temps et au retour du Christ. C’est plutôt encourageant ; cela donne envie, dès maintenant, de hâter la venue de ce temps, par une vie conforme à l’Evangile du Christ, faite d’attention à soi, aux autres et à Dieu. Ce ne doit pas être pour nous une corvée, mais une anticipation de cette joie que nous connaîtrons alors. Dans l’attente de cette grande joie, soyons déjà joyeux d’être croyants ; soyons joyeux d’avoir été appelés à la vie pour faire connaître et partager, dès ici-bas, cette vie et ce bonheur à venir. Amen.

 (Dessin de M. Leiterer)

 

 

samedi 23 septembre 2017

25ème dimanche ordinaire A - 24 septembre 2017

Chercher ou se laisser chercher ?






Après avoir entendu les lectures de ce dimanche, on peut être perplexe quant à la direction à suivre : faut-il chercher Dieu ou se laisser chercher par lui ? En effet, le prophète Isaïe nous commande de chercher le Seigneur tant qu’il se laisse trouver, alors que dans l’évangile Jésus raconte la parabole d’un maître qui va chercher des ouvriers pour sa vigne. Alors, chercher ou se laisser chercher ? Les deux, mon général ! 
 
Chercher le Seigneur : n’est-ce pas le travail de tout croyant ? Sans cesse mieux connaître ce Dieu auquel il accorde sa foi. Oser se tourner vers lui malgré le mal que l’homme est capable de faire. Revenir vers lui quand l’homme s’est éloigné. Chercher le Seigneur, ce n’est pas l’œuvre d’un moment, c’est l’œuvre de toute une vie, que l’on soit bon ou méchant. En effet, si le passage entendu du prophète Isaïe insiste surtout la nécessaire conversion à faire par l’homme qui s’est éloigné de Dieu, combien plus la recherche de Dieu doit-elle être permanente une fois la conversion effectuée, pour saisir toujours mieux les pensées de Dieu et pouvoir suivre ses chemins. Chercher le Seigneur revient alors à s’attacher toujours à lui, à rester fidèle à son enseignement et à éviter le Mal. C’est chaque jour qu’il nous faut chercher le Seigneur et nous souvenir que nous sommes à lui par le baptême. C’est Martin Luther qui, chaque matin, écrivait sur son bureau : Je suis baptisé. Quelle meilleur formule pourrions-nous trouver que celle qui nous rappelle que si nous avons cherché Dieu, il est celui qui nous a appelé à la vie, celui qui sans cesse nous donne la vie. 
 
Dieu cherche l’homme : voilà une attitude attestée dès le livre de la Genèse. Quand Adam et Eve ont goûté le fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal et qu’ils se rendent compte qu’ils sont nus, ils se cachent devant Dieu, si bien que celui-ci ne les croise pas selon l’habitude lorsqu’il se promène dans le Jardin de la Genèse. Et Dieu de se mettre en recherche de l’homme : Où es-tu ? Vous pouvez relire alors toute la Bible avec cette lunette particulière. Alliance après alliance, c’est bien Dieu qui se met en recherche de l’homme. N’est-ce pas encore Dieu qui cherche l’homme lorsqu’il envoie son fils Jésus à la rencontre des hommes ? Je comprends alors la persistance de ce maître de la vigne qui sort toute la journée et qui sans cesse ramène des ouvriers pour travailler pour lui. Il y a une véritable urgence pour Dieu à chercher l’homme ; il y a une vraie urgence à se laisser chercher et ramener par lui. C’est une question de vie pour l’homme.
 
Chercher Dieu, se laisser chercher par lui : Paul n’est-il pas une belle synthèse de ce double mouvement qui doit être au cœur de toute vie spirituelle ? Formé à l’école de Gamaliel, il a cherché à connaître Dieu. Et quand il se rend à Damas et que le Christ ressuscité vient à sa rencontre, il se laisse trouver dans la nuit dans laquelle il est plongé. La rencontre a lieu, et désormais les chemins de Paul seront les chemins du Christ. Si bien que Paul peut écrire : pour moi, vivre c’est le Christ. Chacune de ses lettres est une invitation à chercher Dieu toujours mieux par l’approfondissement la foi qu’elle provoque ; chaque lettre de Paul, par sa profondeur, est le signe que Dieu cherche l’homme et qu’il veut sa conversion, sa vie. Paul ne ménage pas sa peine pour que Dieu et l’homme se rencontrent. 
 
Chercher Dieu, c’est le signe que l’homme a compris que Dieu est à sa recherche ; c’est le signe que le désir de Dieu et le désir de l’homme convergent. Le salut, c’est connaître Dieu ; le salut, c’est avoir un comportement digne de l’Evangile du Christ. Le salut, c’est vivre du Christ. Cherchons-le chaque jour puisque lui nous cherche toujours. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)