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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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samedi 11 avril 2026

2ème dimanche de Pâques A - 12 avril 2026

 Quand Dieu nous dit son amour, il fait miséricorde.



(Icône religieuse : Jésus Miséricorde, année sainte - Boutique)




 

            C’est curieux comme certaines paroles de Jésus peuvent vous marquer à un moment donné de votre existence, alors que jamais auparavant, elles ne vous avaient intrigués. En trente-quatre ans de sacerdoce, c’est la première fois que je bute sur cette affirmation de Jésus dans l’évangile : Recevez l’Esprit Saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. Ce n’est pas tant la phrase qui me choque, que le moment où elle est dite : le soir du premier jour de la semaine, soit pour nous le dimanche de Pâques ! Pourquoi dire cela à ce moment précis ? Quand même : tu es mort ignominieusement ; tu es ressuscité glorieusement ; et ta deuxième parole à tes Apôtres, c’est : à qui vous remettrez ses péchés… ? Personnellement, je trouve cela bizarre. A moins que…

            A moins que cela soit pour redire le sens profond de ces événements ; à savoir que Jésus est mort et ressuscité justement pour cela, pour le pardon des péchés ! Le Vendredi Saint ne serait donc pas un accident de l’Histoire, mais le dénouement de toute l’Histoire de l’humanité sous l’emprise du péché depuis la chute originelle. Nous ne l’avions pas compris au soir du Vendredi Saint, pris que nous étions par notre révolte et notre sidération de la mort de l’Innocent, du seul Juste. Au pied de la croix, à hauteur d’homme, c’est le péché qui a gagné. Au pied de la croix, à hauteur du démon, c’est lui qui a gagné. Jésus, l’empêcheur de pécher en rond, n’est plus ! A Jésus qui, du haut de la croix, disait : Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34), le Père répond le jour de Pâques : va leur annoncer que les hommes sont pardonnés. Et comme désormais Jésus va vivre auprès de son Père, il confie cette mission à ses Apôtres ; d’où le don de l’Esprit Saint et cette parole sur le pardon des péchés. Et je comprends alors, en tant que ministre de la Réconciliation, qu’il faut que les Apôtres pardonnent plutôt largement, puisque Jésus lui-même sur la croix n’a pas voulu la condamnation de ses bourreaux. La parole de pardon est première sur la parole du refus du pardon. Cela nous renvoie aussi à la réponse de Jésus à Pierre qui l’interrogeait justement pour savoir si sept fois était la bonne mesure pour pardonner à quelqu’un : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois, c'est-à-dire une perfection, un accomplissement du pardon en toutes circonstances. En fait, ce que Jésus annonce ainsi à ses disciples, c’est que quand Dieu nous dit son amour, il nous fait miséricorde. Et comme Dieu ne peut pas faire autre chose que de nous aimer, il nous fait miséricorde à tous les coups. Son cœur divin est plus grand que le plus grand de nos péchés, et notre misère sera toujours fondue dans son cœur, anéantie par son cœur aimant.

            Alors me vient une autre raison pour justifier cette parole de Jésus sur le pardon au soir de Pâques. Elle concerne l’ensemble des Apôtres. En leur demandant de remettre les péchés aux hommes, il leur fait comprendre qu’ils sont les premiers pardonnés par Dieu, pardonnés de leur lâcheté, de leur abandon, de leur reniement, et si Judas n’était pas allé se pendre, il aurait été pardonné de sa trahison. Parce que nul ne peut remettre les péchés à quelqu’un, s’il n’a pas d’abord fait, dans sa chair, l’expérience d’avoir été pardonné totalement. Nous ne savons pas vraiment ce qu’est le pardon avant d’avoir compris ce que c’est d’avoir été pardonné par Dieu pour notre propre péché. C’est une expérience à vivre intimement avant de pouvoir donner le pardon à quelqu’un. Seul celui qui est sans péché, c'est-à-dire Jésus, peut remettre les péchés abondamment. Pour notre part, nous devons d’abord avoir éprouvé notre faiblesse, notre condition de pécheur et la grâce de la miséricorde absolue de Dieu à notre égard, pur pouvoir espérer être capable de pardonner maladroitement. Tout prêtre doit particulièrement s’en souvenir quand il entend des confessions, pour exercer le pardon non pas à sa mesure d’homme, mais bien in persona Christi capitis, en français en la personne du Christ Tête de son Eglise. C’est bien le pardon de Dieu qu’il donne et non le sien ; il ne peut donc pas être avare dans sa manière de le donner, puisque Dieu n’est pas avare de pardon. Le prêtre ne pardonne pas parce qu’il serait lui-même sans péché, mais parce que le Christ qui est sans péché agit en lui et à travers lui, et que le prêtre est lui-aussi pardonné par Jésus, complètement.

            Enfin, je comprends mieux la présence de cette parole au soir de Pâques, en me rappelant que le sacrement qui nous fait tous participer à la mort et à la résurrection de Jésus, c’est le sacrement du baptême, donné… pour le pardon des péchés. Le baptême est le premier sacrement du pardon pour celui qui le reçoit. C’est l’affirmation que beaucoup de chrétiens ont du mal à comprendre quand il s’agit du baptême d’un nouveau-né, qui ne connaît encore rien du bien et du mal. C’est l’affirmation qui, pour moi, donne le plus de force au baptême des bébés. Nous leur rappelons qu’ils sont humains comme nous, dès leur premier jour sur terre ; puisqu’ils sont humains, ils ont en eux la capacité à faire le bien et la capacité à faire le mal. Les baptiser, c’est leur donner l’Esprit Saint, qui nous permet de lutter en nous contre le fameux péché des origines, ce péché qui a entraîné la chute de nos premiers parents, et qui leur faisait croire qu’ils pouvaient être leur propre Dieu. Puisque notre baptême est notre Pâques, notre passage de la mort à la vie à suite de Jésus mort et ressuscité, il fallait que Jésus prononce cette parole sur la rémission des péchés au soir de Pâques pour que nous l’entendions mystérieusement quand l’eau coulerait sur nous, nous lavant déjà de ce premier péché inhérent à notre condition humaine. Dès le premier jour de notre vie chrétienne, Dieu nous dit ainsi sa miséricorde infinie qui nous fait vivre dans le souffle de son Esprit. Voyez comme Dieu est bon, lui qui a tout prévu pour nous faire comprendre son cœur miséricordieux.

            En ce dimanche de la Divine Miséricorde, remercions Dieu de nous aimer ainsi, et demandons-lui la grâce de toujours savoir confier notre misère à son cœur aimant. Ainsi nous ressentirons les effets de sa miséricorde et nous pourrons être d’authentiques acteurs de réconciliation et de paix. Puisque Dieu est miséricordieux, nous pourrons sans honte et sans crainte noyer en lui notre misère ; son cœur fera le reste. Amen.

 

samedi 28 juin 2025

Solennité de Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres

 Célébrer Pierre et Paul pour célébrer la mission de l'Eglise.







 

C’est une grande joie de célébrer dans une même fête Pierre et Paul, tous deux Apôtres du Seigneur, et reconnus depuis les origines comme les colonnes de l’Eglise. Les célébrer ensemble, revient à célébrer l’Eglise dans ce qu’elle a de plus fondamentale : sa mission d’évangélisation, ou pour le dire clairement l’obligation qui lui est faite d’annoncer le Christ, mort et ressuscité pour le salut du monde. En les désignant comme les colonnes de l’Eglise, nous disons que toute la mission que le Christ a confié à ses Apôtres, s’appuie sur eux. Toute l’Eglise s’appuie sur ces deux-là pour ne jamais trahir sa mission.

 Cette mission est représentée dans la pierre à Rome sur la célèbre place qui porte le nom du chef des Apôtres. Il y a là deux statues, l’une de Pierre et l’une de Paul. Pierre pointe son doigt vers le sol, Paul, le sien vers l’horizon. Les romains facétieux traduisent cela ainsi : Pierre dit « Ici on fait la Loi » et Paul dit « C’est là-bas qu’on l’applique ». Plus sérieusement, ils nous rappellent que la mission de l’Eglise est ad intra et ad extra, pour l’intérieur et pour le vaste monde. Et nous ne pouvons pas choisir l’un ou l’autre. Nous ne pouvons pas jouer Pierre contre Paul. Il faut, comme le fait la solennité qui nous rassemble, les tenir ensemble, quand bien même il ne faisait pas toujours bon de les avoir sous le même toit.

 Pierre, c’est un authentique disciple de Jésus, au sens où il l’a suivi pendant tout son ministère. Il fait partie des premiers appelés et il est celui à qui Jésus a confié l’Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. La mission principale de Pierre, après Pâques, va être de conduire ce peuple qui va s’agrandissant à la suite du Ressuscité. Souvenez-vous d’un des évangiles du temps pascal, lorsque Jésus prend Pierre à part pour l’interroger par trois fois : Pierre, m’aimes-tu ? et de lui confier ensuite sa mission : Sois le berger de mes agneaux, sois le berger de mes brebis. La mission de Pierre est d’abord dirigée vers l’intérieur, vers l’Eglise. Il doit la guider et la conduire à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu. Il doit faire son unité. Et ce ne sera jamais simple. Il suffit qu’un Saul de Tarse, persécuteur de chrétiens, se convertisse, pour que la jeune communauté croyante s’agite. Pierre saura écouter, discerner et aider la jeune communauté à comprendre que Saul de Tarse, qui ne sera bientôt connu que sous le nom de Paul, a bien reçu une mission du Seigneur Ressuscité. Selon le témoignage de Paul lui-même, ils se sont partagé la mission : à Pierre, les croyants d’origine juive, à Paul, le vaste monde païen à qui le Christ veut aussi se révéler.

Paul est aussi Apôtre, bien qu’il n’ait ni accompagné, ni même rencontré Jésus de son vivant. Le premier contact de Paul avec le Christ, c’était sur la route de Damas où il se rendait pour ramener dans la voie droite les juifs qui se sont égarés en croyants au Christ. Sur la route donc, Saul de Tarse est saisi par Jésus ressuscité et converti. Le zèle qu’il employait pour éradiquer cette voie nouvelle, il le mettra désormais au service de voie nouvelle. Il sera le premier à mettre des mots sur la foi chrétienne et à l’expliquer à ceux qui étaient loin même du judaïsme. Il est le premier théologien du christianisme. Ses voyages missionnaires l’auront conduit dans tout l’empire romain, soit la totalité du monde connu à son époque. Apôtre il l’est devenu non pas accompagnement de Jésus, mais par révélation du Christ lui-même.

Entre Pierre et Paul, il n’est pas possible à l’Eglise de choisir. Elle tient et de Pierre et de Paul. Sa mission est pour elle-même, pour fortifier la foi de ses fidèles, pour les inviter à se convertir vraiment au Christ qui a donné sa vie pour ses amis. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres hommes ; nous avons à faire le choix du Christ chaque jour, dans chacune de nos activités, dans chaque moment de nos journées. C’est l’œuvre de Pierre qui se poursuit en elle aujourd’hui. Mais sa mission est aussi de veiller à répandre la Bonne Nouvelle du Christ, toujours et encore, parce que le salut obtenu par le Christ sur la croix, est salut pour tous les hommes, pas uniquement ceux qui l’ont connu avant, pas uniquement ceux qui croient en lui maintenant. Tout homme venant dans ce monde est destiné au salut, destiné à entendre la Parole de Dieu. Contrairement à ce qu’affirmait récemment un homme politique français, les chrétiens ne mettent pas de l’huile sur le feu quand ils font la promotion du Christ. Ils font ce pour quoi ils ont été appelés par Dieu au moment de leur baptême : révéler le Christ par des mots certes, mais aussi et surtout par un art de vivre marqué du sceau de l’Evangile. Cet art de vivre se traduit par notre charité à l’égard de tous ; cet art de vivre se traduit aussi par le désir du salut du monde. Et pour que le monde soit sauvé, il faut lui faire connaître le Christ, sans violence, sans contrainte, mais par l’exemple d’une vie entièrement tournée vers le Christ. C’est notre devoir de baptisés ; c’est notre droit de citoyen d’un pays qui ne reconnaît aucune religion mais permet à toutes de s’exprimer et de se vivre. Nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant parler du Christ ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant le proposer ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en vivant de lui, dans toutes les dimensions de notre vie, qu’elle soit privée ou publique. En proposant le Christ, nous faisons le pari de la liberté parce que chacun doit avoir la possibilité de se déterminer, seul et en conscience, pour ou contre le Christ. En proposant le Christ, nous faisons le pari de l’égalité parce que nul n’est trop ceci ou pas assez cela pour entendre l’Evangile du Christ ; sa parole de vie et d’amour est pour tous, de la même manière. En proposant le Christ, nous faisons enfin le pari de la fraternité véritable, fondée sur l’amour et le don de soi du Christ sur la croix pour que tous les humains soient reconnus comme frères et sœurs en humanité et se reconnaissent frères et sœurs en Christ.

Puisqu’en ce jour, nous honorons ces deux Apôtres et géants de la foi, revendiquons-nous de l’héritage de l’un et de l’autre. Que Pierre et Paul soient les colonnes de notre propre vie spirituelle, nous invitant à une conversion toujours plus pleine, et nous poussant à témoigner, sans complexe, de celui qui nous fait vivre et qui a encore des réserves de vie et d’amour pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, mais qui peuvent le côtoyer à travers nous. Qu’à la prière de Pierre et de Paul, nous devenions des disciples missionnaires pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

samedi 18 mai 2024

Pentecôte - 19 mai 2024

 Jésus est ressuscité ; il nous envoie son Esprit.



 (Source : Pentecôte - Egliseinfo.be)

 



            Nous voici donc au terme du temps pascal. Jésus est ressuscité ; il est monté au ciel auprès de son Père. Aujourd’hui, il tient sa promesse. Il fait aux hommes le don de son Esprit Saint. Et alors ? Cela a changé quoi pour les Apôtres ? Cela change quoi pour nous ? La réponse tient en un seul mot : tout ! Oui, cela change tout ! 

            Voyez les Apôtres. Ils sont tous réunis, selon l’habitude. On pourrait dire que depuis Pâques, ils restent entre eux. Nous pouvons comprendre cela de deux manières : soit ils ont encore peur, ils n’osent pas sortir, soit ils obéissent à Jésus qui a promis l’Esprit Saint, mais qui leur a dit aussi d’attendre ce don avant d’être ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Nous l’avons tous entendu le jour de l’Ascension. La Pentecôte est l’un de ses moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Avec ce don de l’Esprit Saint, le moment est venu pour les Apôtres d’être ce qu’ils doivent être : témoins de la résurrection. Ils en ont été les témoins dans leur groupe jusqu’à ce jour ; ils doivent désormais en être les témoins pour tous les hommes. La résurrection de Jésus n’était pas juste un fait pour les seuls Apôtres, désemparés après la mort en croix de leur Maître et Seigneur. Elle est un événement pour toute l’humanité, de leur époque et à travers le temps et l’Histoire. Que nous partions du principe qu’ils sont restés entre eux par peur ou par obéissance, le résultat est le même ; il est surprenant ! Ces hommes sortent de chez eux et parlent à tous ceux qui sont ici. La longue énumération des peuples présents à Jérusalem ce jour-là, qui entendent les Apôtres, chacun dans son propre dialecte, sa langue maternelle, renforce encore l’idée que quelque chose de neuf et de puissant vient de se réaliser et de commencer surtout. Ce n’est pas un événement isolé ; il est appelé à se répéter, encore et encore, jusqu’à ce que la Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité soit parvenue aux bouts du monde. La lecture des Actes des Apôtres nous en a apporté un témoignage saisissant tout au long de ce temps pascal. L’Esprit Saint est ce violent coup de vent et ce feu qui se répand sur les Apôtres. Le vent violent qui pousse vers l’extérieur, le feu qui consume le cœur de l’intérieur, et des Apôtres qui annoncent la résurrection, et de ceux qui entendent la Bonne Nouvelle. Un tel feu ne s’éteint pas ; un tel vent ne se calme pas ! 

            Ce qui a eu lieu pour les Apôtres, a lieu pour nous aussi. Ce même Esprit nous a été donné au jour de notre baptême et de notre confirmation, pour nous pousser vers les autres, le cœur brûlant de l’amour du Christ et des frères. Nous pouvons étouffer en nous ce feu ; nous pouvons résister au vent de l’Esprit ; mais nous ne pouvons pas les chasser de notre vie. Nous vivons de cet Esprit ; nous grandissons dans notre foi par cet Esprit ; nous appelons Dieu « notre Père » à cause de cet Esprit qui nous le révèle ; nous devenons capables de vivre en frères parce que cet Esprit brûle en nous les traces de violence, de jalousie, de haine et que le vent de l’Esprit nous pousse les uns vers les autres. Que nous en soyons conscients ou pas, l’Esprit agit en nous. Il agit plus efficacement sans doute si nous coopérons avec lui et le laissons agir, mais il agit toujours, discrètement. Il est en nous comme le souffle de notre vie ; il est en nous comme ce feu qui éclaire et qui réchauffe ; il est avec nous toujours ! Aucune de nos communautés, aucun croyant ne pourrait vivre sans cet Esprit solidement ancré en lui. Si après des années loin de Dieu, certains recommencent un parcours de foi, c’est parce que l’Esprit en eux n’a jamais vraiment été éteint. Si certains renoncent à la vengeance, c’est parce que l’Esprit leur rappelle de quel amour ils sont aimés, et de quel amour ils doivent aimer. La présence de l’Esprit en moi, c’est cette part de moi qui ne désespère jamais ni de moi, ni des autres. La présence de l’Esprit en moi, c’est cette petite voix qui murmure encore et toujours le nom de Dieu, quand bien même le péché semble avoir envahi ma vie. La présence de l’Esprit en moi, c’est ce courage de dire : je dois changer, je dois devenir la meilleure version de moi-même, pour moi et pour les autres. La présence de l’Esprit en moi fait que je suis capable de reconnaître Dieu quand il passe dans ma vie par une rencontre, une parole, un moment de grâce. Nous avons tous fait l’expérience d’être accompagné, protégé, aimé, sans trop que nous soyons capables de dire par qui ou pourquoi. Laissons l’Esprit Saint vivre en nous, puisqu’il a fait sa demeure en nous. Osons demander à Dieu, en cette Pentecôte, de renouveler en nous ce feu qui brûlait jadis le cœur des disciples d’Emmaüs. Osons demander à Dieu, en cette Pentecôte, de renouveler en nous ce vent puissant qui nous pousse vers les autres pour construire avec eux un monde plus humain, plus fraternel. Nous ne sommes pas faits pour une vie pépère, mais pour une vie avec le Père et le Fils dans la puissance de l’Esprit Saint. Nous sommes faits pour l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi. 

            Quand nous laisserons à nouveau l’Esprit vivre en nous, il transformera nos communautés en profondeur et elles deviendront des signes que Dieu aime le monde et veut pour le monde la joie et la vie. Vivons dans la force de l’Esprit pour devenir des vivants, à l’image du Christ, qui est ressuscité, assis à la droite de Dieu et qui nous partage son Esprit, sa vie, pour aujourd’hui, demain et toujours. Amen.

samedi 11 mai 2024

7ème dimanche de Pâques - 12 mai 2024

Jésus est ressuscité ; il nous donne tout ce qui est en lui.



 

 

 

            Nous sommes dans ce moment particulier du temps pascal, entre l’Ascension – le retour de Jésus vers son Père – et la Pentecôte -le don de l’Esprit Saint. Certains pourraient croire que c’est là un petit dimanche coincé entre deux solennités ; un petit moment d’attente. Les textes retenus par l’Eglise pour ce dimanche nous prouve qu’il n’en est rien ; ils nous montrent au contraire que Jésus, celui qui est ressuscité, nous donne tout ce qui est en lui. 

            L’évangile entendu fait partie du discours de Jésus, au soir du jeudi saint. Jésus livre ses dernières paroles à ses disciples et prient pour eux. Sa prière est d’abord une prière pour l’unité de ses disciples : Père Saint, garde mes disciples unis dans ton nom pour qu’ils soient uns, comme nous-mêmes. C’est une prière importante à quelques heures du procès et de la mort de Jésus. Il ne faudrait pas, qu’en plus de la mort de leur Maître, les disciples se déchirent entre eux. Et reconnaissons qu’il y aurait de quoi : entre celui qui trahit, celui qui renie et tous ceux qui s’enfuient, si quelqu’un voulait chercher un responsable à la mort de Jésus, les candidats ne manqueraient pas, et les occasions de se taper dessus pas davantage. La prière de Jésus pour l’unité des siens est donc justifiée et plus que pertinente. Mais l’unité ne doit pas juste être une unité de façade ; elle est le signe que ce que vivent les disciples est bien ce que Dieu vit en lui-même : qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Ils ne sont pas seulement appelés à survivre comme groupe à leur Maître ; ils sont appelés, à travers leur vie, à témoigner de la vie qui est en Dieu. 

            La prière de Jésus va encore plus loin. Une lecture attentive nous fait comprendre que par cette prière, Jésus veut tout donner de lui à ses disciples : l’unité qui est celle que Jésus vit avec son Père, mais aussi sa joie (je parle ainsi pour qu’ils aient en eux ma joie et qu’ils en soient comblés), la parole qu’il tient de son Père (je leur ai donné ta parole) et même sa sainteté (Sanctifie-les dans la vérité… Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité). Il nous offre tout cela en s’offrant sur le bois de la croix. Dans le sacrifice du Christ sur la croix, se trouve notre unité, notre joie, notre sainteté, bref toute notre vie de disciples de Jésus Christ. Tu veux être un disciple de Jésus Christ ? Contemple la croix et reconnais que Jésus t’a tout donné en se livrant à la mort pour toi. De la croix naissent les disciples ; de la croix naît l’Eglise. 

            Nous comprenons alors mieux le souci de Pierre, dans les Actes des Apôtres, de reconstituer le collègue apostolique tel que Jésus l’avait constitué : douze membres, douze apôtres qui ont accompagné Jésus depuis le début jusqu’à son ascension. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de sa résurrection. Puisque par la croix, Jésus nous a tout donné, il faut que son Evangile, sa mort et sa résurrection, soit annoncé à tous les hommes par ceux que Jésus lui-même a choisi. Puisqu’il manque un Apôtre, il faut le remplacer et c’est Jésus lui-même qui est invoqué pour qu’il désigne à nouveau celui qui rejoindra le collège des Apôtres. L’Eglise n’a cessé de faire ainsi depuis, en appelant les évêques à la charge apostolique. 

            Vous le savez bien : l’Evangile du Christ, ce n’est pas seulement un enseignement à retransmettre. L’Evangile du Christ, c’est une parole à vivre. C’est saint Jean qui nous le rappelle dans la deuxième lecture. Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Puisque nous avons accueilli l’Evangile du Christ grâce à l’amour que Dieu nous porte, nous devons transmettre cet Evangile avec le même amour. Parler de Jésus, annoncer Jésus, c’est parler d’amour, c’est annoncer l’amour. Vous pouvez tourner les choses comme vous voulez, vous arriverez toujours au même résultat : Dieu est amour. Tout est dit en ces trois mots de notre foi ; tout est vécu de notre foi quand nous vivons de cet amour. L’amour est la marque des disciples authentiques du Christ, et de la présence de Dieu en nos vies : si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous. Si vous lisez en entier le chapitre quatre de cette première lettre de Jean, vous lirez ceci à la fin : Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. Nous n’avons pas le choix d’aimer ou non à partir du moment où nous nous disons disciples ou amis du Seigneur. Aimer chacun de ceux que Dieu met sur notre route s’impose à nous comme une évidence. Je le disais déjà la semaine dernière : aimer, ce n’est pas du sentimentalisme, mais reconnaître que chaque être humain porte en lui la dignité de fils et de fille de Dieu. A partir de là, je ne peux pas faire de distinction entre les personnes, parce que Dieu lui-même est impartial, et ne fait pas de distinction entre les personnes. Je ne peux qu’aimer tous ceux et toutes celles que Dieu reconnaît comme son enfant. L’autre n’est pas mon frère ou ma sœur parce que je le reconnais comme tel après un processus plus ou moins long et compliqué ; non, l’autre est mon frère ou ma sœur parce que Dieu le reconnaît, comme il me reconnaît, comme son enfant. L’amour de Dieu pour nous ne peut devenir en nous qu’amour pour tous, à la manière de Dieu. Parler de Dieu, c’est parler d’amour. Croire en Dieu, c’est croire en l’amour, car Dieu est amour. 


             Il n’y a qu’une chose à répandre pour faire connaître le Christ : c’est l’amour. Il n’y a qu’une chose à vivre pour vivre du Christ : c’est l’amour. Paul le redira à sa manière quand il explique aux chrétiens de Corinthe que l’amour ne passera jamais ! Et il a bien raison. L’amour sera toujours à la mode ; l’amour sera toujours d’actualité. Et ce n’est pas parce que notre monde connaît, en de trop nombreux endroits, les ténèbres de la guerre, que l’amour doit être oublié. Bien au contraire, plus le monde se déchire, plus les chrétiens sont invités à être témoins de ce que l’amour réalise quand il est vécu à la manière de Dieu. Ne renonçons pas à aimer, sous peine de renoncer à témoigner et à croire en Dieu. Dieu est amour : c’est la seule parole à dire ; c’est la seule parole à vivre toujours. Amen. 

samedi 14 mai 2022

5ème dimanche de Pâques C - 15 mai 2022

 Faire route avec les disciples pour construire nos communautés.






            La lecture du livre des Actes des Apôtres est intéressante parce qu’elle nous montre, par le détail, comment ce qui n’était qu’un tout petit groupe au sein de la religion juive, va peu à peu se développer jusqu’à devenir une entité à part, ce qui n’était pas du tout le dessein originel des Apôtres. Fonder une nouvelle religion n’était pas dans leur projet. Leur projet, c’était l’annonce de la bonne nouvelle de la Résurrection de Jésus. Et de l’annoncer comme l’accomplissement de la foi de leurs pères. 

Nous avons compris, dimanche dernier, que cette annonce devait se faire ; il y a une sorte d’impératif qui fait que les disciples de Jésus ne peuvent se taire. Puisque leurs frères dans la foi ne veulent pas les entendre, ils se tournent donc vers les païens. Le premier voyage missionnaire de Paul et Barnabé est l’exemple même de la manière dont les disciples de Jésus sont peu à peu poussés vers le monde païen. Nous avons entendu aujourd’hui la fin de ce premier voyage et nous constatons que partout où Paul et Barnabé ont passé, des communautés ont été fondées. Le voyage de retour vers Antioche de Syrie d’où ils sont partis, leur fait revisiter ces communautés et les installer dans la durée en désignant des Anciens pour les conduire. Quelque chose qui n’était pas prévu va naître. A côté de la synagogue, lieu de rassemblement des Juifs, naissent des Eglises (des communautés de croyants au Christ) qui rassembleront les disciples du Ressuscité. Paul et Barnabé vont accompagner ce mouvement et organiser ces Eglises. Il ne suffit pas d’annoncer Jésus Christ, mort et ressuscité ; il faut aussi donner aux convertis les moyens de rester fermes dans la foi. Il y a là déjà la conscience que nul ne peut être chrétien tout seul ; nul ne peut demeurer chrétien tout seul. L’Eglise devient un marqueur pour ces hommes et ces femmes qui se convertissent. La mise en place de ces Eglises ne se fait pas non plus par hasard ; la fonction d’Ancien n’a pas forcément quelque chose à voir avec l’âge de ceux qui sont choisis. On ne choisit pas non plus forcément le plus grand, le plus beau, le plus intelligent. Ce n’est pas un pouvoir qui leur est confié ; c’est un service qu’ils doivent accomplir. Tout ce que Paul et Barnabé mettent en place se fait dans le jeûne et la prière, une manière de dire que la barque, c’est Dieu qui la mène. Vous pourrez vérifier par vous-mêmes lorsque vous entreprendrez la lecture continue de ce livre : rien ne se fait hors de Dieu ; la prière est omniprésente. D’ailleurs la finale du passage entendu aujourd’hui ne laisse planer aucun doute à ce sujet. Luc écrit : Une fois arrivés, ayant réuni l’Eglise, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait pour eux et comment il (au singulier) avait ouvert aux nations la porte de la foi. L’œuvre des disciples, c’est de laisser Dieu agir ; l’œuvre de l’Eglise, c’est d’être ouverte aux appels de Dieu. 

Dans nos communautés aujourd’hui, nous ne pouvons pas agir différemment. Si nous voulons bien construire nos communautés à l’exemple de ces premières Eglises, nous n’avons pas d’autre choix que de laisser là nos belles idées pour nous ouvrir à ce que Dieu veut pour nous. Pour le dire autrement, tout groupe qui se construirait en-dehors de ce lien profond au Christ mort et ressuscité, annoncé par les Apôtres et leurs successeurs, ne serait pas vraiment Eglise. Un groupe de chrétiens qui prétendrait agir au nom de l’Eglise sans jamais prier ensemble pour se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint et de la volonté de Dieu, ne serait pas vraiment Eglise. Tout individu ou groupe qui prétendrait vivre sa foi en-dehors de toute communauté établie par les Apôtres et leurs successeurs, ne seraient pas vraiment d’Eglise. Faut-il rappeler que nos paroisses n’existent pas par notre volonté propre, mais parce qu’elles ont été voulues, autorisées par un évêque, successeur des Apôtres, qui en a établi le territoire et la mission ? En fondant les Eglises dans le bassin méditerranéen, Paul et Barnabé n’ont pas fait ce qu’ils voulaient, mais ce que l’Esprit de Dieu attendait d’eux. Nous avons confirmation de cela ailleurs dans les Actes quand Paul veut se rendre quelque part, mais que l’Esprit Saint s’y oppose. Et Paul obéira et ira où le pousse l’Esprit. C’est ainsi que se construit l’Eglise ; c’est ainsi que nous refondrons nos communautés : en étant, comme Paul et Barnabé, attentifs à ce que l’Esprit dit aux Eglises, pour reprendre le langage du livre de l’Apocalypse. 

Nos plus belles idées, nos plus grandes envies, si elles ne sont pas inspirées par l’Esprit Saint, ne resteront que de belles idées, de grandes envies. Leur fécondité vient de l’Esprit Saint qui nous les aura soufflées. Sans lui, rien ne porte de fruits. Pour construire des communautés solides et fécondes, mettons-nous en prière avant d’agir, à l’exemple des Apôtres. Et soyons conscients que Dieu travaille avec nous et que lui seul peut susciter la foi. Amen.  

samedi 22 août 2020

21ème dimanche ordinaire A - 23 août 2020

 Quand Jésus confie à Pierre son Eglise.




Saint Pierre - église de Wolfisheim (67)




            Pierre a-t-il bien compris ce que signifie les paroles que Jésus lui adresse dans l’évangile entendu ce dimanche ? Et nous-mêmes, mesurons-nous la portée de ces paroles et de ce qu’elles signifient pour nous ? Ne croyons pas que, parce qu’elles sont adressées à Pierre seul, elles ne signifient rien pour nous. 

            Certains entendent dans ces paroles la source du pouvoir pontifical. Pierre est établi comme chef de l’Eglise. Il a tout pouvoir. Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu as délié sur la terre sera délié dans les cieux. Les esprits les plus critiques diront que là est la source de tous les maux, en particulier du mal du cléricalisme. Il est vrai que les petits chefs ne manquent pas dans l’Eglise, et ils ne sont pas tous uniquement dans les rangs du clergé. Est-ce ainsi qu’il faut entendre tout cet épisode ? Est-ce bien là ce que Jésus entendait faire ? Rien n’est moins sûr. D’ailleurs, cette affirmation de Jésus ne vient pas ainsi, comme tombée du ciel. Il y a quelque chose qui précède ; il y a une question préalable. Pour vous, qui suis-je ? On ne peut pas détacher les paroles de Jésus à Pierre de cette question de Jésus à tous et de la réponse que Pierre y apporte. Cela forme un tout indissociable qui nous dit quelque chose de Pierre et qui nous dit quelque chose de Jésus. 

            La question de Jésus vient après une série de signes qui disaient des choses de Jésus. Je vous invite à relire les évangiles des dimanches de ce temps de vacances pour les retrouver tous. Les plus récents sont la reconnaissance par Jésus de la foi d’une étrangère et la libération de sa fille d’un démon, Jésus qui marche sur l’eau, Jésus qui nourrit une grande foule avec presque rien, sans oublier son enseignement sur le Royaume des Cieux, justement, ceci pour ne prendre que les quatre dernières semaines. Il nous faudrait ici tout relire pour avoir la même expérience que Pierre au moment où Jésus pose la question de son identité. Ayant vu les signes posés par Jésus, ayant entendu Jésus prêcher, qu’en déduisent les Apôtres ? Qui est celui qui les a appelés ? Qui est celui qui les conduit ? Mesurons bien que la question n’est pas sans risque pour Jésus. Selon la réponse apportée, il pourrait bien se rendre compte que tout ce qu’il fait ne sert à rien parce que ce n’est pas reçu, pas compris par ses disciples. Pierre sauve les meubles avec sa belle profession de foi, mais si le Père ne lui avait pas révélé cela, qu’aurait-il dit ? Qu’aurions-nous dit à l’époque ? Si nous n’avions pas nos années de catéchèse, mais juste le vécu de Pierre et des autres disciples, aurions-nous répondu comme lui spontanément ? Jésus a pris le risque de la question qui tue. Pierre a pris le risque de la réponse qui tue. Ce que Pierre affirme, c’est ce que les ennemis de Jésus lui reprocheront au moment du procès. Nous apprenons de Pierre son attachement profond à Jésus et sa capacité à comprendre ce que Dieu dit aux hommes par ce Jésus. Il voit au-delà des signes ; il entend au-delà des mots. Et le fait qu’il soit inspiré par le Père n’enlève rien à son mérite : combien d’hommes et de femmes refusent d’écouter Dieu qui se révèle à eux ? Mais cela ne fait pas de lui non plus un super héros ; c’est le même Pierre qui, oubliant sa belle profession de foi, reniera Jésus, par trois fois, dans la cour du palais du Grand Prêtre. Il ne faut pas l’oublier au moment où nous entendons cet épisode précis où Jésus fait de Pierre la pierre sur laquelle sera bâtie l’Eglise de Jésus Christ. 

            Ceci nous amène alors à ce que nous apprenons de Jésus. Parce que si la réponse de Pierre peut sembler une fulgurance, l’attitude de Jésus n’en est pas moins surprenante. Il aurait pu se contenter de son mini-sondage sur sa cote de popularité. Mais il se sert de cette question et de la réponse apportée pour faire un pas de plus, complètement inattendu : il établit Pierre comme « gardien » de son Eglise : Je te donnerai les clés du royaume des Cieux. Et c’est cela qui me surprend le plus. Jésus fait confiance à Pierre au point de lui donner les clés de la maison. C’est Pierre qui ouvrira ou fermera la porte ! Vous rendez vous compte : c’est à un homme qu’il reviendra de décider qui il laissera entrer ; il a les clés ! Jésus, et l’on peut dire sans excès Dieu lui-même, fait confiance aux hommes ! En s’adressant à Pierre, il s’adresse à tous pour qu’ils fassent Eglise autour de lui. En faisant le choix de Pierre, il ne fait pas le choix du meilleur ; en appelant les hommes à faire Eglise, il ne choisit pas que les saints. Jésus fait confiance à des hommes faillibles pour construire son Eglise ; il fait le choix d’un homme faillible (Pierre) pour en faire le gardien des clés. Peut-être est-ce la meilleure des solutions pour que le royaume des Cieux se remplissent. En prenant un homme imparfait, un homme qui reniera, mais un homme qui fera aussi l’expérience de l’immense amour et de la miséricorde infinie de Dieu envers lui, en prenant un tel homme donc, peut-être que Jésus s’assure simplement que cette porte sera bien ouverte parce que le gardien des clés lui-même sera capable de la miséricorde et de l’amour dont Dieu a fait preuve envers lui. La suite de l’histoire donnera raison à Jésus : Pierre ne sera pas un douanier qui ferme les frontières, mais un passeur du Christ, un passeur de grâce. 

            N’est-ce pas le rôle de tout disciple ? N’est-ce pas notre rôle ? Nous n’avons pas les clés du royaume des cieux ; elles sont heureusement dans les mains de Pierre. Mais ne nous comportons-nous pas souvent comme des douaniers, fermant les portes à ceux qui ne correspondent pas exactement à notre vision du chrétien, notamment en matière de morale sexuelle ? De Pierre, apprenons à nous laisser guider par le Père. De Jésus, apprenons à nouveau la confiance qu’il nous fait pour être des passeurs de sa grâce à tous les hommes que Dieu aime. Amen.

 

 


samedi 8 août 2020

19ème dimanche ordinaire A - 09 août 2020

 Quand Jésus marche sur l'eau...




            

          Il est bon quelquefois de se souvenir pour qui un auteur écrit ; cela permet d’entrer encore mieux dans son œuvre et de la comprendre davantage. Matthieu, quand il rédige son évangile, s’adresse à des chrétiens venant du monde juif, d’où son attention aux pratiques de la religion juive. Il veut montrer, à travers son œuvre, que Jésus est le nouveau Moïse, en mieux, en ce sens qu’il va plus loin, qu’il accomplit parfaitement la Loi. Nous en avions un bel exemple au chapitre cinq de l’évangile, celui qui commence par les Béatitudes et se poursuit par un long discours rythmé par ce refrain : On vous a dit… et bien, moi je vous dis… L’évangile de dimanche dernier n’échappait pas à cette comparaison, puisqu’il nous montrait Jésus nourrissant la foule à partir de cinq pains et deux poissons, établissant un parallèle avec le passage de la manne dans l’Ancien Testament, où l’on voit le peuple conduit par Moïse être nourri quotidiennement par ce don mystérieux. L’évangile d’aujourd’hui va lui-aussi dans ce même sens. 

            Il faut nous souvenir ici du geste libérateur posé par Moïse : il est celui qui a libéré son peuple de l’esclavage qu’il connaissait en Egypte, et par-delà ce geste, dans une compréhension spirituelle, celui qui a libéré son peuple du Mal symbolisé par ce pays oppresseur. Souvenons-nous un instant comment cela s’est fait. Il y a eu les dix plaies d’Egypte pour amener le Pharaon à comprendre son intérêt à laisser partir ce peuple. Il y a surtout eu le passage de la Mer Rouge, Moïse ayant écarté les eaux pour que le peuple puisse passer à pied sec, avant que les eaux ne se referment pour engloutir l’armée d’Egypte. C’est un geste fondateur, libérateur, qui affirme la puissance de ce Dieu au nom duquel Moïse agit. Il y a, dans cet acte dont nous faisons mémoire chaque année au cours de la nuit pascale, l’affirmation que le Dieu qui libère est le Dieu qui donne la vie, le Dieu qui s’oppose au Mal, le Dieu plus fort que le Mal. L’Egypte incarnait ce Mal par sa domination sévère sur le peuple issu de Joseph, autrefois admiré pour avoir sauvé l’Egypte et son peuple de la famine. 

            Dans l’évangile de Matthieu, nous assistons à un nouveau signe sur l’eau, posé par Jésus. Jésus n’écarte pas l’eau de la mer sur laquelle la barque des Apôtres est secouée, mais il marche sur l’eau et calme la tempête. Jésus fait mieux que Moïse, une fois de plus. Il est temps de rappeler maintenant que, dans la Bible, la mer représente le lieu où résident les forces du Mal pour bien comprendre les gestes de Moïse et de Jésus. En écartant les eaux pour que le peuple passe à pieds secs, Moïse écartait momentanément le Mal, le danger, et le peuple s’est retrouvé sur l’autre rive en sécurité, pendant que l’armée de Pharaon s’y noyait, entraînée par le mal qu’elle voulait faire au peuple que Dieu a libéré. Dans l’évangile, Jésus marche sur l’eau ; il écrase le Mal de son talon ; il s’en montre le plus fort, annonçant déjà sa victoire finale sur le Mal et la Mort quand il sera dressé sur la croix. Et quand il est enfin dans la barque, le vent cesse, la mer se calme. Le lieu où résident les forces du Mal n’est plus un obstacle à la mission des Apôtres dès lors que Jésus est avec eux. Autrement dit, le Mal ne peut rien contre les disciples qui vivent avec Jésus. Ils bénéficient de la victoire du Christ sur le Mal, ils sont forts, avec Jésus ; ils sont vainqueurs avec Jésus. 

            Nous en avons une preuve lumineuse avec Pierre. Voyant que c’était Jésus, il prit la parole : Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Jésus lui dit : Viens ! Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : Seigneur, sauve-moi ! Que se passe-t-il ? Tant que Pierre garde Jésus en ligne de mire pour avancer vers lui, il marche sur l’eau, il domine le Mal, il domine ses peurs. Mais dès qu’il est plus attentif au vent, dès que Jésus n’est plus le premier dans sa pensée, il prend peur et il coule. La force nécessaire pour lutter contre le Mal, pour marcher sur la Mer, nous l’avons tous en Jésus, s’il est bien au cœur de notre vie. Tant qu’il est au centre de notre vie, le Mal ne peut rien contre nous, puisqu’il a définitivement vaincu le Mal sur la croix. Dès lors que d’autres choses deviennent centrales, dès lors que nos peurs reprennent le dessus, nous prenons le risque d’être engloutis par le Mal, nous coulons, comme Pierre, comme une pierre. Il nous faut alors crier vers Jésus pour qu’il nous en tire à bras fort. Nous retrouvons cela sur toutes les icônes de la fête de Pâques ; elles nous montrent Jésus, franchissant les eaux de la Mort pour tirer Adam du séjour des morts, et après lui toute l’humanité. Il ne donne pas sa main à Adam, mais il le tire vers lui, le saisissant au poignant, dans un geste souverain, presque autoritaire, parce que oui, Jésus a autorité sur le Mal et la Mort ; Jésus est plus fort qu’eux, il sauve son peuple, le peuple de Dieu, non pas en écartant le Mal temporairement comme l’avait fait jadis Moïse, mais en écrasant le Mal, en le piétinant, définitivement. 

            Telle est l’œuvre de Jésus, l’œuvre qu’il réalise pour nous, l’œuvre à laquelle il nous associe puisque, identifiés à lui par le baptême (passage par l’eau, faut-il le rappeler), nous avons à combattre le Mal d’abord dans notre vie, puis autour de nous. Il n’y a pas de chrétien qui puisse se dispenser de ce combat primordial ; il n’y a pas de chrétien qui puisse dire : ce combat n’est pas le mien. Laissons-nous rejoindre par Jésus, gardons les yeux fixés sur Lui, et nous tiendrons notre part dans ce combat contre le Mal et la Mort. C’est notre fierté de disciples du Christ. C’est la mission de tous ceux qui veulent vivre de l’Esprit du Ressuscité. Amen.

 

            

    

(Tableau de Philipp Otto Runge, Saint Pierre marchant sur les eaux, 1806, Kunsthalle, Hambourg)

 

samedi 1 août 2020

18ème dimanche ordinaire A - 02 août 2020

D'une apparente contradiction à un accomplissement lumineux.






            Je ne sais pas si vous y avez été sensibles comme moi, mais il y a comme une contradiction entre la première lecture et l’évangile de ce dimanche. Une contradiction due à la différence d’attitude entre Dieu et Jésus. Quelque chose semble opposer les deux textes ; quelque chose semble opposer Dieu qui parle dans la première lecture, et Jésus qui parle dans l’évangile. Je m’explique. 

            L’extrait du prophète Isaïe que nous avons entendu provient du chapitre 55, entièrement adressé au peuple de fidèles appelé à repeupler Jérusalem, dont le chapitre 54 annonçait la restauration. Nous avons entendu les trois premiers versets de ce chapitre. Ils sont marqués par l’invitation renouvelée plusieurs fois à profiter des largesses de Dieu : Venez, voici de l’eau… venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait, sans argent, sans rien payer. Je passe sur la contradiction qui ferait frémir plus d’un commerçant : venez acheter… sans rien payer ! Ce n’est plus vraiment un achat, n’est-ce pas ! N’allez pas, demain matin, vous précipiter chez votre épicier pour acheter sans payer, sous prétexte que Dieu l’a dit par son prophète Isaïe. Ce que Dieu a à vendre et qui n’a pas de prix, ce n’est pas quelque chose qui se trouve chez votre épicier. Ce dont parle Dieu, c’est du vin de son amour, du lait de sa Parole. C’est à cela que Dieu invite les fidèles qui vont repeupler la ville de Dieu, Jérusalem. La suite du texte le prouve : Ecoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses… Prêtez l’oreille, venez à moi ! Ecoutez, et vous vivrez. Ecouter, prêter l’oreille, Ecouter : ces verbes ne laissent aucun doute sur ce que Dieu nous vend : il nous vend sa Parole comme source d’une alliance éternelle, une alliance pour la vie, une alliance pour le bonheur. Cette alliance est pour le peuple de ses fidèles. Nous ne trouverons rien d’autre dans le commerce avec Dieu qu’un amour et une Parole ; mais quelle Parole ! Nous pouvons relire toute la Bible, nous constaterons la puissance de cet amour, les bienfaits et l’efficacité de cette Parole. Cet amour et cette Parole n’ont pas de prix ; c’est pourquoi il n’est nul besoin d’argent pour les acquérir. Dieu donne sa Parole au peuple fidèle qu’il rassemble ; Dieu offre son amour au peuple fidèle qu’il appelle. Nous pouvons dire que, dans ce passage d’Isaïe, Dieu régale son peuple !  

           Et c’est là que peut apparaître une contradiction avec l’évangile de ce dimanche. Devant le constat fait par les Apôtres (la foule est trop nombreuse, il faut la renvoyer dans les villages alentours pour que ceux qui la composent puissent avoir à manger), devant ce constat donc, Jésus refuse et invite ses Apôtres à donner eux-mêmes à manger à la foule. Là, devant l’urgence, Dieu ne régale plus ! Imaginez la tête des Douze : ils n’ont que cinq pains et deux poissons. Autant dire que cela ne suffira peut-être même pas pour eux et Jésus. Alors que du temps du prophète, Dieu disait : Venez, voilà que Jésus dit : débrouillez-vous ! C’est du moins ce que nous pouvons comprendre à travers ce : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants ! Vous doublez au moins le nombre de bouches à nourrir. Je laisse les bonnes cuisinières et les bons cuisiniers de l’assemblée me dire comment ils font avec cinq pains et deux poissons. A moins que nous n’ayons mal compris Jésus et mal compris le texte. 

            Il y a une différence de situation entre l’époque d’Isaïe et l’époque de Jésus. A l’époque d’Isaïe, il fallait repeupler Jérusalem avec le peuple resté fidèle malgré l’exil à Babylone. En invitant son peuple à rentrer dans la ville de David, Dieu invite son peuple à une fidélité renouvelée à l’Alliance éternelle qui avait été oubliée quelques années avant. Quand Jésus paraît, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre, une nouvelle alliance qui commence, une alliance qui s’adresse à tous les hommes et dont les Apôtres (ceux qui sont fidèles) ont à témoigner. C’est bien à eux qu’il reviendra d’aimer et d’inviter les peuples à la table du Seigneur. C’est bien à nous, fidèles baptisés, qu’il revient d’inviter la foule qui a faim et soif ; c’est bien à nous, baptisés, de partager avec eux le vin de l’amour de Jésus et le lait de sa Parole. Nous les avons reçus gratuitement, comme jadis le peuple dont parle Isaïe. L’amour du Christ et l’enseignement divin ne nous ont pas été donnés pour que nous les conservions, mais pour que nous les partagions, dans l’esprit de Jésus. Ces paroles bibliques peuvent nous sembler n’être que peu de choses (cinq pains et deux poissons), mais c’est tout ce que nous avons, avec en plus la grâce de la présence de Jésus et de son lien si particulier à celui que nous appelons Dieu et qu’il appelle son Père. Jésus est la Parole de Dieu à l’œuvre ; en Jésus, est tout l’amour de Dieu pour les hommes à qui il a donné vie. Le peu que nous avons, multiplié par la puissance de vie et d’amour de Jésus, suffira toujours à nourrir les foules affamées de vérité, d’amour, de justice, de liberté. Ce pain-là ne fera jamais défaut tant que nous accueillerons dans notre vie les grâces que Dieu nous accorde. 

           A nous il dit, comme au temps du prophète Isaïe : Venez acheter et consommer, sans argent et sans rien payer. Ayant bénéficiés des largesses de Dieu, nous sommes invités alors par Jésus, à donner nous-mêmes à manger à ceux qui viennent vers lui sans trop savoir qui il est. Il sera toujours avec nous pour que nos pauvres paroles reflètent la richesse de sa Parole vivante et éternelle, pour que notre pauvre amour reflète l’immense amour de Dieu. Il sera toujours avec nous pour multiplier à l’infini ce que nous voudrons bien partager de son enseignement et de son amour. Il n’y a pas de contradiction entre Isaïe et l’évangile ; il y a continuité, accomplissement à travers nous, dans la puissance du Ressuscité. Ayons confiance en nous ; ayons confiance en la présence éternelle et véritable de Jésus à nos côtés ; et les foules qui viennent vers Jésus pourront encore longtemps être rassasiées. Il ne faut pas plus qu’un peu d’amour et une parole fraternelle pour que les hommes soient rassasiés, du moment que nous présentions cet amour et cette parole à Jésus et que Jésus les offre à son Père. Tout devient possible : osons cet amour, osons cette parole. Amen.

 

 (Tableau de Yvette METZ, collection Les enfants d'Abraham)


samedi 27 avril 2019

02ème dimanche de Pâques C - 28 avril 2019

Laissons-nous guider par les Actes et l'Apocalypse.







            Tout au long de notre temps pascal, nous entendrons le livre des Actes des Apôtres et le livre de l’Apocalypse. Deux livres qui vont donner une couleur particulière à ce temps ; deux livres pour nous encourager dans notre foi et nous permettre de vivre mieux de la foi au Christ, mort et ressuscité pour nous.



            Le livre des Actes des Apôtres, nous l’entendons chaque année au cours du temps pascal. Il remplace, en première lecture, les livres de l’Ancien Testament que nous lisons tous les autres dimanches de l’année. Pourquoi ce changement ? Parce que Jésus est ressuscité ! En quoi cela change-t-il quelque chose ? L’Eglise répond que, le Christ étant ressuscité, pour ceux qui croient en lui, toutes les promesses de la Première Alliance sont désormais accomplies. Nous ne les lisons pas durant le temps pascal parce qu’il n’y a pas besoin à ce moment-là de nous les rappeler. Nous lisons les Actes des Apôtres, le livre qui nous montre comment les premiers croyants au Christ ont vécu de cette formidable annonce de la résurrection, ce qu’elle a changé dans leur vie. Nous voyons aussi, à travers le témoignage de Luc, l’auteur des Actes, comment cette foi s’est propagée, et donc comment le Christ est fidèle à sa promesse d’être toujours présent à ses Apôtres, à son Eglise. Et nous constatons d’emblée que ces Apôtres, si peureux au moment de la Passion de Jésus, si peureux au moment de la Pâque, sont maintenant forts et décidés à répandre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, lui qui a donné sa vie pour tous les hommes. Et nous constatons aussi que, ce qui fut la mission de Jésus, se poursuit à travers ses Apôtres. Beaucoup de signes et de prodiges s’accomplissaient dans le peuple, par la main des Apôtres. A travers eux, le Ressuscité poursuit sa mission de salut ; à travers eux, les malades sont encore guéris ; à travers eux, la Bonne Nouvelle se diffuse, touche le cœur des hommes et provoque des conversions : De plus en plus, des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur. Nous pouvons avoir l’impression que tout est facile, que tout est simple. Et de fait, quand les Apôtres agissent au nom de Jésus, et mieux quand ils laissent Jésus Ressuscité agir à travers eux, tout va bien, tout se déroule selon le plan de Dieu. En ces temps de crise qui sont les nôtres, il nous faut revenir à cet esprit des premiers croyants, à ce dynamisme des Apôtres, à ce désir de faire connaître le Seigneur et son œuvre de salut. Il nous faut laisser à nouveau le Christ agir à travers nous.


            Le livre de l’Apocalypse peut alors nous sembler plus difficile d’accès. Déjà son nom, qui est trop souvent synonyme de catastrophes en tous genres, peut nous rebuter. Et pourtant, ce livre veut nous dévoiler (c’est le sens étymologique du mot Apocalypse), veut nous dévoiler donc le projet de Dieu pour son Eglise afin qu’elle se convertisse toujours plus et mieux à sa Parole. Vous l’aurez compris : c’est un livre écrit pour un temps de crise. Pourtant nous ne sommes qu’à la fin du premier siècle. C’est que les chrétiens, à ce moment-là, sont d’une part les proies de persécutions arbitraires et de vexations et d’autre part les responsables de brouilles à l’intérieur même de la jeune Eglise. Une certaine habitude de croire s’est déjà installée, l’enthousiasme des débuts a disparu, de mauvaises habitudes sont déjà prises. C’est dans ce contexte que Jean reçoit des révélations de la part de Jésus, Le Premier et le Dernier, le Vivant. Il doit écrire une lettre à sept Eglises, sept communautés locales, pour les avertir et les inviter à changer, à se convertir. Tout le livre va rappeler que la vie chrétienne est une participation au combat entre le Bien (Dieu) et le Mal (Satan), et que ce combat connaîtra une fin au moment de la deuxième venue du Seigneur. Faut-il rappeler ici que Jésus avait annoncé ce retour à ses disciples avant sa mort ? Ce n’était pas uniquement une parole de consolation, c’était l’annonce d’une réalité. En ces temps de crise qui sont les nôtres, ne nous faut-il pas entendre à nouveau cet appel à la conversion et redécouvrir l’espérance de ce retour du Christ, dans la gloire ? Le Ressuscité n’abandonne pas son Eglise ; quelles que soient les épreuves rencontrées par elle, il est présent, au milieu d’elle, la guide et la conduit, la purifie, pour que toujours elle soit davantage fidèle à sa mission, fidèle au Christ qui l’a envoyée porter aux pauvres la Bonne Nouvelle.


            Mesurons la chance qui est la nôtre en cette année 2019 de pouvoir lire conjointement ces deux livres de la Nouvelle Alliance. Avec les Apôtres du Christ, réjouissons-nous de ce que la Parole se répande, intéresse ceux qui l’entendent au point de devenir eux-mêmes chrétiens ; avec Jean, réjouissons-nous du fait que le Christ ne nous abandonne pas, et qu’aujourd’hui encore il nous invite à nous purifier par sa Parole et par notre participation à son projet de salut pour tous les hommes. Que ce que nous avons proclamé solennellement durant la grande nuit de Pâques devienne notre réalité : nous renonçons au Mal, à ce qui conduit au Mal, à Satan qui est l’auteur du péché, pour vivre de la liberté de tous les enfants de Dieu, dès aujourd’hui et jusqu’au retour du Christ dans sa gloire. Amen.



(Frères de Limbourg, Saint Jean à Patmos, Très riches Heures du duc de Berry, Musée Condé, Chantilly)





samedi 14 janvier 2017

02ème dimanche ordinaire A - 15 Janvier 2017

Je fais de toi la lumière des nations.




Quel est le point commun entre le peuple d’Israël, le prophète Isaïe, Jean le Baptiste, Jésus Christ et nous ? Une même parole donnée par Dieu, un même destin : être la lumière des nations pour que le salut [de Dieu] parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. 
 
Etre la lumière des nations, c’est d’abord le rôle historique du peuple que Dieu a choisi et patiemment construit depuis Abraham. Israël n’est pas le peuple choisi par Dieu parce que celui-ci n’aurait pas d’intérêt pour les autres. Au contraire : c’est parce que Dieu se soucie de tous les peuples, c’est parce que tous les peuples ont de la valeur aux yeux de Dieu, que celui-ci se donne un peuple particulier pour vivre avec lui une alliance telle qu’elle donnerait envie aux autres peuples de vivre la même chose, et qu’ainsi les peuples divers s’uniraient dans la confession du même Dieu, dans le respect de la même Alliance, dans l’observance de l’unique parole de Dieu. Etre choisi par Dieu n’est pas du favoritisme, c’est une responsabilité : celle de faire connaître celui qui nous a appelé et mener les autres à lui. 
 
Etre la lumière des nations devient donc, en un temps précis, la mission du prophète Isaïe. Alors que le peuple de Dieu semble ne plus exister, décimé qu’il est par l’exil, voici que le prophète est chargé par Dieu de relever les tribus de Jacob, de ramener les rescapés d’Israël. Le temps de la miséricorde est venu, Dieu choisit à nouveau son peuple particulier et veut étendre son salut jusqu’aux extrémités de la terre. Le cœur de Dieu s’est dilaté ; le cœur de Dieu se révèle dans toute sa grandeur. Son salut est pour tous ceux qui le reconnaissent et viennent vers lui. Nous pouvons comprendre aisément, me semble-t-il, l’espoir qui renaît quand la nuit du péché touche à sa fin et que le salut du peuple, de tous les peuples, est annoncé ainsi. Dieu vient faire toutes choses nouvelles. 
 
Etre la lumière des nations est bien un aspect de la mission de Jean le Baptiste lorsqu’il se tient sur les bords du Jourdain et propose un baptême de conversion. Il est venu pour montrer aux hommes l’Agneau de Dieu, le Fils de Dieu. Certes, sa mission se situe bien à l’intérieur du peuple que Dieu s’est choisi. Il est venu baptiser dans l’eau pour que le Christ soit manifesté à Israël d’abord. Mais puisque la mission d’Israël est d’être déjà lumière des nations, si le Christ est révélé à ce peuple particulier, il le sera aussi aux autres, par extension de la mission. 
 
Etre la lumière des nations, c’est bien ce qu’a été Jésus durant toute sa vie et au-delà. En s’adressant à tous (y compris la Samaritaine), en guérissant des malades (y compris le serviteur d’un centurion romain), en donnant sa vie sur la croix, c’est bien à tous les hommes qu’il s’adresse, c’est bien tous les hommes qu’il embrasse de son amour. Jésus est celui qui a accompli parfaitement la prophétie confiée à Isaïe. Il a voulu unir tous les hommes en lui pour les réconcilier entre eux et avec Dieu. Il a fait de tous des frères leur rappelant qu’ils n’avaient tous qu’un même Père, le sien, le Dieu trois fois saint. Sa parole et ses actes éclairent d’un jour nouveau les rapports entre les hommes, les rapports entre les hommes et Dieu. Nous comprenons pourquoi, après la mort et la résurrection de Jésus, ses Apôtres n’ont pu se taire et garder pour eux cette Bonne Nouvelle. Nous comprenons pourquoi ils ont parcouru le monde entier pour faire connaître cette Bonne Nouvelle du salut. Comment, ayant découvert et expérimenté l’amour de Dieu pour les hommes dans leur propre vie, comment donc auraient-ils pu ne pas le faire découvrir à leur tour ? 
 
Etre la lumière des nations, c’est notre mission maintenant, à la suite des Apôtres, au titre de notre baptême. Expérimentant l’amour miséricordieux de Dieu pour nous, pauvres pécheurs, comment pourrions-nous le garder alors que notre monde est plongé à nouveau dans les ténèbres de la division, de la haine, de la destruction et de l’oppression ? Notre baptême nous oblige à des actes « politiques », en faveur de la cité, en faveur du bien des hommes, de tous les hommes. Nous ne pouvons pas nous recroqueviller sur nous-mêmes ; nous devons avoir pour tous les hommes, et particulièrement les plus petits, les plus faibles, le même amour, la même attention, le même empressement à servir que Jésus Christ. Lui qui n’a pas fait de différence entre les hommes doit nous inspirer une posture nouvelle, au nom de notre attachement à lui, une posture qui permette au plus grand nombre de vivre en paix, avec le minimum nécessaire. Nous ne pouvons pas nous contenter de regarder le monde et nous lamenter sur lui. Chrétiens, nous devons diffuser l’amour du Christ pour tous les hommes par une charité inventive et constructive. Au minimum, nous pouvons offrir un regard tendre et un cœur ouvert à ceux qui sont dans la détresse pour qu’ils découvrent qu’ils ont encore de la valeur, qu’ils sont encore de cette communauté humaine qui avance à tâtons quelquefois à la rencontre de son Dieu et Sauveur. 
 
L’homme peut manquer d’argent, mais il ne peut, il ne doit jamais manquer d’amour. Le salut commence par ceci : un geste, un regard d’amour et de tendresse. Parce que c’est le regard primordial que Dieu lui-même porte sur nous. C’est le regard par lequel nous manifesterons le mieux sa présence à tous les hommes. C’est le regard par lequel nous serons sauvés ! C’est le regard par lequel nous serons vraiment lumière des nations. Amen.

(Dessin de Mr Leiterer)

samedi 16 mai 2015

07ème dimanche de Pâques B - 17 mai 2015

Avec les Apôtres, apprendre à organiser l'Eglise.




C’est une donnée commune à tous nos groupes sociaux : quand un groupe veut s’inscrire dans la durée, il doit s’organiser. La jeune communauté croyante n’échappe pas à cette règle. Très tôt, le livre des Actes des Apôtres s’en fait le témoin aujourd’hui, elle s’organise et fixe les règles du jeu communautaire. Aujourd’hui, nous avons entendu comment les Onze ont entrepris de redevenir Douze, selon le projet initial de Jésus lui-même. Des Apôtres, nous pouvons apprendre à organiser l'Eglise. 
 
C’est Pierre qui entreprend d’aborder la question : Frères, il fallait que l’Ecriture s’accomplisse. En effet, par la bouche de David, l'Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas, qui en est venu à servir de guide aux gens qui ont arrêté Jésus : ce Judas était l’un de nous et avait reçu sa part de notre ministère. Il est écrit au livre des Psaumes : « Qu’un autre prenne sa charge ». Remarquez la délicatesse de Pierre. On ne sent nulle condamnation, nulle charge de procureur contre Judas. Si tel était le cas, les Apôtres auraient simplement pu ne pas le remplacer, considérant cette place comme maudite. Au contraire, il inscrit Judas dans le plan de Dieu : il fallait que l’Ecriture s’accomplisse. Peut-être aussi une manière de dire que cela aurait pu être un autre que Judas ! Peut-être Pierre se souvient-il même qu’il a lui-même renié Jésus ! Ce n’est guère plus glorieux ! Pierre manifeste aussi qu’il y a une différence entre une charge (celle d’Apôtre) et la personne qui remplit la charge. La charge est immuable : il faut quelqu’un pour la remplir. La personne peut changer. Et voici la communauté en recherche de celui qui pourra remplir la charge d’Apôtre à la place de Judas qui, par sa trahison et surtout son suicide, a manifesté qu’il n’en voulait plus. 
 
Remarquez ensuite la procédure : on en présenta deux qui répondaient aux critères fixés par Pierre, à savoir des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous. En clair, quelqu’un qui a connu Jésus et qui l’a suivi depuis le début. Quelqu’un qui a tout lâché, comme les Onze autres, pour apprendre de Jésus, pour connaître Jésus, pour aimer Jésus. C’est indispensable puisque la mission de celui qui sera choisi ne sera pas tant de gouverner ou régenter les autres, mais être, avec les Onze, témoin de la résurrection de Jésus. Voilà définit clairement ce qu’est un Apôtre et son lien étroit avec Jésus, le Christ. Hors de ce rapport au Christ, il n’y a pas d’apôtre. Hors de ce souci permanent d’être un témoin de la résurrection, il n’y a pas d’apôtre. Et c’est la communauté tout entière qui suscite ce témoin, qui le cherche et donc le reconnaît. 
 
La suite est tout aussi surprenante : il n’y a pas de campagne électorale, pas de débat contradictoire entre les deux, pas de programme pastoral à présenter. Il y a la remise entre les mains de Dieu du choix ultime. On fit cette prière : « Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne. On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias, qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres. La communauté se met à l’écoute de ce que Dieu veut. C’est lui, in fine, qui choisit. 
 
Dans le temps qui est le nôtre, beaucoup réclament des changements dans l’Eglise parce que l’Eglise ne serait plus dans l’air du temps. Il faudrait la réformer pour qu’elle plaise à nouveau aux hommes ! Or, les Apôtres nous montrent qu’elle doit d’abord plaire à Dieu. La mesure des réformes ne peut être l’esprit des hommes ; ce ne peut être que l'Esprit Saint. C’est lui qu’il faut invoquer pour nous indiquer les changements nécessaires pour que l’annonce de la résurrection de Jésus soit communiquée au plus grand nombre. Dans le réaménagement pastoral effectué dans notre diocèse, était-ce bien la mesure qui a servi à nos redécoupages ? Avons-nous tenté, ou tentons-nous encore, de plaire aux hommes ou sommes-nous bien à l’écoute de l'Esprit Saint qui nous souffle les changements nécessaires pour que toujours il y ait des témoins de la résurrection ? Si notre seul désir est de répartir les prêtres qui plaisent, quitte à les surcharger de missions, il y a fort à parier que très vite, il faudra reprendre les choses. Si notre seul désir est de remplacer les prêtres par des laïcs parce que l’Eglise, avec raison, ne se comprend pas comme une caste sacerdotale mais comme un peuple, il y a fort à parier que nous irons droit dans le mur. On ne ferait que remplacer un cléricalisme sacerdotal par un cléricalisme « laïcal » : on en voit ça et là, depuis un moment, les limites et les travers. 
 
En ce temps qui nous sépare de la Pentecôte, osons demander au Christ d’envoyer toujours son Esprit Saint afin qu’il éclaire ceux qui ont à décider de l’avenir de l’Eglise. Qu’il suscite aussi au milieu de nous les témoins nécessaires de la résurrection, prêts à engager leur vie au service de tous. Amen.