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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

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samedi 18 novembre 2023

33ème dimanche ordinaire A - 19 novembre 2023

 Risquer avec Dieu.




 (La Parabole des Talents, Andrei MIRONOV)

 

 

 

          

            Comme aurait dit Coluche en son temps : c’est l’histoire d’un mec qui part en voyage… Nous n’allons pas la refaire ; nous n’allons pas la réécrire ; la parabole de Jésus, nous l’avons tous entendu. Elle peut laisser un goût amer, faisant l’éloge de ceux qui réussissent, sans trop d’effort en apparence et condamnant celui qui n’a rien fait… de mal. Car enfin, à part une peur avouée doublée d’un peu de paresse, nous ne pouvons pas lui reprocher grand-chose. Il nous ressemble tellement, n’est-ce pas. 

            Comme lui, nous ne faisons rien de mal, en tous les cas, pas le mal dans ses grandes largeurs, pas le mal qui se poursuit devant les tribunaux. Mais est-ce suffisant de ne pas faire de mal pour être quelqu’un de bien ? La parabole répond, me semble-t-il, assez clairement : non ! Il ne suffit pas de ne pas faire de mal, sauf à prendre Dieu pour un comptable ! Tu m’as donné tant, je te dois donc tant : Voici. Tu as ce qui t’appartient ! Si nous prenons Dieu pour un comptable, ne nous étonnons pas qu’il réagisse en comptable : il fallait mettre l'argent à la banque ! Si nous prenons Dieu pour un surveillant, ne nous étonnons pas qu’il se comporte comme un garde-chiourme, éternellement insatisfait de notre comportement. A la fin des temps, nous rencontrerons le Dieu que nous nous serons construits ! Si tu veux rencontrer le Dieu de tout amour, commence par comprendre qu’il ne suffit pas de ne pas faire de mal pour être un gars ou une fille bien. Commence par comprendre qu’entre faire le mal et faire le bien, il y a toute une gamme d’actions, tout un champ de possibles. Ne pas faire le mal ne signifie pas encore que je fais bien ; cela signifie juste que j’ai renoncé au mal. Mais Jésus nous demande plus : il nous demande de viser le bien, pour nous et surtout pour les autres. Et cela demande plus que juste renoncer au mal ; cela demande de s’engager, cela demande de risquer, cela demande de se bouger. Cela demande de vivre ! 

            Dans la parabole, c’est ce qu’ont fait les deux premiers serviteurs, ceux qui avaient reçu une somme de cinq talents pour le premier, et une somme de deux talents pour le deuxième. Nous ne savons pas ce qu’ils ont fait pour doubler chacun la somme qui leur a été donnée ; nous savons juste qu’ils les ont risquées et qu’elles ont doublé. Ce qu’ils ont fait, comment ils s’y sont pris, n’a que peu, voire pas d’importance. Ce qui importe, c’est qu’ils ont osé ; ce qui importe, c’est qu’ils ne se sont pas senti les gardiens du dépôt qui a été fait chez eux ; ils l’ont considéré comme leur appartenant. Cela leur a permis, je pense, de prendre quelques risques. Ils ont risqué ce qu’ils ont considéré leur bien, ils ont gagné. A son retour, le maître donne raison à cette interprétation. Il ne demande pas à ses serviteurs de rendre ce qu’ils ont reçu ; il leur demande juste de rendre compte de leur gestion. Il ne reprend rien, il laisse tout, et promet plus encore : Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en donnerai beaucoup ; entre dans la joie de ton Seigneur. Le seul à qui il reprend, c’est le troisième, qui se voit qualifier de serviteur mauvais et paresseux, lui qui s’est contenté de creuser la terre et cacher l’argent de son maître. Et ce que le maître reprend, il le donne à celui qui a déjà beaucoup : Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. A ne rien risquer, nous ne gagnerons rien ; à ne rien risquer, nous perdrons tout. Certes, il n’a rien fait de mal ; mais il a fait pire en ne faisant rien ; il a fait pire en ayant peur de ce maître qui lui avait confié son bien. Il a fait pire en ayant peur de ce maître qui lui avait fait confiance, à la mesure de ses possibilités. Il n’a eu qu’un seul talent non parce que son maître le pensait incapable ; il n’a eu qu’un talent parce que son maître savait que cela, un talent, il saurait le gérer, cela correspondait à ses capacités. En ne faisant pas confiance au maître qui lui faisait confiance, en ne se faisant pas confiance à lui-même, il s’est abîmé lui-même, il s’est jugé lui-même. Il a caché son talent dans les ténèbres de la terre, au fond d’un trou ; il finira dans les ténèbres extérieures, là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Sa peur lui fera grincer des dents ou claquer des dents éternellement. 

             La leçon de cette parabole est double, selon moi. Elle est d’abord un appel à ne pas imaginer Dieu à notre mesure, à ne pas fantasmer Dieu ; c’est le meilleur moyen de nous tromper sur lui. Il est temps de quitter nos représentations de Dieu qui surveille, de Dieu qui note, de Dieu qui se venge. Si nous ne le faisons pas, comme je l’ai déjà dit, c’est ce Dieu-là que nous rencontrerons. Mais si nous comprenons enfin que notre Dieu est Dieu de miséricorde et d’amour, alors quand bien même nous aurions perdu une part de ce qu’il nous a confié, son amour sera plus grand que notre perte, sa miséricorde plus large que nos erreurs. Ce qui nous mène à la deuxième leçon de la parabole : nous pouvons risquer les talents que Dieu nous confie parce que lui-même risque en misant sur nous. Il risque avec nous, il risque pour nous en livrant son Fils sur la croix. Puisque Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? Puisque Dieu prend le risque de compter sur nous, prenons le risque de compter sur son amour et sur sa miséricorde. Quand Dieu est compris comme celui qui aime infiniment et pardonne infiniment, il ne peut pas décevoir l’homme ! Dieu est amour ; Dieu est miséricorde : il est temps que nous le comprenions pour que nous puissions vivre notre vie, forts de cet amour, sûrs de ce pardon. Amour et miséricorde sont chemins de vie et de joie éternelle. Amen. 

samedi 11 mai 2019

4ème dimanche de Pâques C - 12 mai 2019

Une foi sans risque ?







Le grand rêve de beaucoup de croyants aujourd’hui est de retrouver l’Eglise des premiers temps, parce qu’elle aurait été plus proche du Christ, plus proche de ses aspirations, plus vraie et plus fraternelle. Comme si, avec le temps, l’Eglise avait été contaminée, détériorée par les hommes et les femmes qui la composent. Mais n’est-ce pas oublier un peu vite que rien n’a été simple au commencement ? Croire n’a jamais été et ne sera jamais simple. Les textes de la liturgie de ce jour nous rappellent tous que la foi suppose une certaine dose de courage et des risques à prendre. 


Partons de l’exemple de Jean, l’auteur du Livre de l’Apocalypse. Les visions de l’Eglise, qu’il nous livre tout au long de ce temps de Pâques, sont le fruit d’une longue réflexion, d’une grande proximité avec ce Dieu pour qui il a tout risqué, y compris sa vie. Il est déporté sur l’île de Pathmos à cause de sa foi. Les premiers chrétiens connaissent donc déjà la persécution ; certains ont déjà donné leur vie à cause de Jésus Christ. Risquer sa vie, au sens propre du terme, voilà une situation qui ne rend pas la foi facile ou confortable, vous en conviendrez. Alors est-ce bien ce passé que nous voulons retrouver ?  


Si nous observons la vie des premiers croyants, nous nous rendons vite compte qu’ils ont risqué eux aussi leur vie pour l’annonce de la Bonne Nouvelle. La lecture des Actes des Apôtres peut donner l’impression que tout est simple. Paul et Barnabé parlent aux gens et ils se convertissent. Certes, leurs paroles avaient la force et l’assurance que donne l’Esprit du Ressuscité. Mais quand même ! Une lecture plus attentive nous fait alors remarquer que, dès que des gens se convertissent au Christ, d’autres se fâchent et chassent les Apôtres. C’est vrai pour Paul et Barnabé ; c’est vrai aussi pour d’autres en ces temps de commencement. Souvenez-vous de Saint Etienne, l’un des premiers diacres, qui sera lapidé pour avoir annoncé le Règne de Dieu. Lisez attentivement la vie de Paul, et vous verrez par quelles épreuves il est passé, à cause de sa foi et de son ministère apostolique. Et pourtant, rien n’a réussi à l’arrêter : ni les expulsions, ni la prison, ni le fouet, ni même la perspective de devoir mourir. Sa foi en Christ, et la certitude qu’il fallait partager cette foi au plus grand nombre, ont eu raison de ses peurs : jamais il ne se taira. Il ira jusqu’à dire : « Malheur à moi si je n’annonce pas la Bonne Nouvelle ! » D’où lui vient ce courage ? 


Il nous faut nous plonger dans l’évangile de ce dimanche pour y découvrir un secret qui fait prendre tous ces risques aux Apôtres. Ce secret, c’est qu’ils ont conscience d’être dans la main du Christ, le seul et vrai Pasteur de son peuple. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Que peuvent-ils craindre, puisque le Christ, qui s’est montré plus fort que le mal, plus fort que la souffrance, plus fort que la mort même, les garde dans sa main ? Au moment de la mort de Jésus, on aurait pu croire que tout était fini, qu’il ne resterait rien de l’espérance des hommes. Mais Dieu l’a ressuscité, montrant par là son amour pour tous les hommes et sa volonté de les voir vivre libres et heureux. Désormais plus rien n’arrêtera la Parole de Dieu. Plus personne ne fera taire Dieu. Ceux qui reconnaissent en Jésus la voix même de Dieu, ceux-là seront sauvés, ceux-là auront la vie éternelle. Le Livre de l’Apocalypse nous montrait justement cette foule immense de témoins, de croyants, réunis autour du Pasteur unique, après avoir passé la grande épreuve. Ils ont tenu bons dans les persécutions, ils ont risqué et donné leur vie pour le Christ, ils ont franchi avec lui la mort, pour ressusciter avec lui. 


Aujourd’hui, en France, les persécutions mortelles ont cessé, et c’est heureux ! Peut-être est en train de naître une forme de persécution plus subtile que l’on appelle la moquerie (A quoi ça sert d’être chrétien ? Pourquoi tu cours encore à l’église ? Tu crois vraiment encore à ses histoires de bonnes femmes ?), et une autre plus subtile encore qui consiste à s’attaquer aux bâtiments églises. Il n’y a plus une semaine qui passe en France sans qu’une église au moins ait été vandalisée. Tout ceci nous rappelle que nous ne sommes pas dispensés de risquer quelque chose pour notre Dieu et son Eglise. Si nous ne risquons plus notre vie à affirmer notre foi, nous risquons quelquefois notre réputation. Quand je rencontre des jeunes croyants dans nos établissements scolaires, il leur arrive de dire qu’il ne leur est pas toujours simple de se dire croyant.  Et pour combien d’adultes, l’engagement à participer à la vie de la communauté croyante est compliqué, et pas seulement parce que leur vie familiale ou professionnelle l’est. Et je ne vous parle même pas de la vie des prêtres aujourd’hui. Il nous faut oser risquer. Risquer notre vie à la suite du Christ qui nous emmène et nous appelle là où nous n’irions pas forcément tout seul. Risquer de nous laisser entraîner par le Christ, l’unique et vrai Pasteur : il veut notre bonheur, il nous en propose un chemin. Il faudra aussi, pour que l’Eglise vive encore demain, que des jeunes risquent de répondre d’une manière particulière aux appels de Dieu en s’engageant dans la vie sacerdotale ou religieuse. En ce dimanche des vocations, comment ne pas relayer l’appel de Dieu et de son Eglise pour qu’ils s’engagent comme prêtres, religieux, religieuses, moines ou moniales ? Pouvons-nous ne plus poser la question, y compris dans nos familles ? L’Eglise est toujours à construire ; la Bonne Nouvelle est toujours à annoncer. 


Dans un instant, nous allons proclamer notre foi, en communauté. Nous dirons notre confiance en Dieu qui nous appelle et nous guide, et notre confiance en cette Eglise à nous tous confiée.  Nous redirons que cette Eglise, rassemblée par le Christ, est chemin de salut, route de bonheur à la rencontre de notre Dieu. Nous redirons que nous sommes fiers d’être de cette Eglise-là, malgré son péché, malgré ses limites, malgré le péché et les limites de tous ceux qui la composent. Osons croire encore qu’une Eglise plus belle, un monde plus humain, c’est possible, si chacun de nous s’y risque. Pour la gloire de Dieu et le salut des hommes. AMEN.




vendredi 14 novembre 2014

33ème dimanche ordinaire A - 16 novembre 2014

Dans l'attente du retour du Christ, risquons !




Ta mort, Seigneur, nous la rappelons. Amen. Ta sainte résurrection, nous la proclamons. Amen. Ton retour dans la gloire, nous l’attendons. Amen. J’aurais pu vous chanter n’importe quelle anamnèse bien écrite, vous auriez entendu ces trois termes : la mort de Jésus et sa résurrection comme cœur de notre foi, et l’attente de son retour comme cœur de notre espérance. En un chant bref, après le récit de l’institution eucharistique, l’assemblée des croyants proclame ce qui est essentiel pour comprendre notre foi. Jésus a donné sa vie pour nous, Dieu l’a ressuscité et nous attendons qu’il revienne comme il l’a promis. De ces trois termes, l’un a rapidement posé problème quant à sa réalisation : celui du retour du Christ.
 
Il faut se mettre dans la peau des premiers chrétiens. Jésus avait dit à ses disciples, au soir de sa mort : Je pars vous préparer une place. Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Cette promesse, beaucoup en attendaient la réalisation immédiate. Bon, on voulait bien attendre un peu, mais pas trop. Et quand Jésus tarde, quand certains de ses témoins viennent à mourir, la question du retour de Jésus se fait plus urgente : quand Seigneur ? Mais poser la question en termes de date, c’est faire fausse route. C’est ce qu’affirme Paul : Frères, au sujet de la venue du Seigneur, il n’est pas nécessaire qu’on vous parle de délais ou de dates. Vous savez très bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. Ce n’est pas la date qui importe. Qu’il revienne dans dix jours ou dans cent ans, là n’est pas l’important. Ce qui compte, c’est notre attitude, notre capacité à être prêt au bon moment. Pour reprendre Paul encore, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres.
 
Être vigilant, c’est se tenir toujours prêt, pour ne pas se laisser surprendre. Etre vigilant, c’est travailler en vue de ce retour du Seigneur, comme la maîtresse de maison dont parle le livre des proverbes. L’éloge qui en est fait vient rappeler le but que se fixe cette femme : le bonheur et le bien-être de sa maisonnée, chaque jour ! Ainsi devrait-il en être du croyant qui attend son Sauveur : chaque jour, il devrait veiller au bonheur et au bien-être de ceux qu’il rencontre afin que tous soient prêts à accueillir le Seigneur le moment venu. Avec Jésus, il s’agit d’être au bon endroit, au bon moment. 
 
La parabole que raconte Jésus ne dit pas autre chose. Elle peut nous sembler choquante tant elle fait l’éloge de ceux qui ont réussi financièrement. Mais ce n’est pas tant ce détail qui doit retenir notre attention que l’attitude du Maître et de chacun de ces serviteurs. Le Maître part en voyage et confie ses biens en gestion à ses serviteurs, à chacun selon ses capacités. Petite remarque importante, car le Maître connaît le cœur de ses gens ; il sait ce qu’il peut leur confier et combien il peut donner à chacun ; il sait ce qu’il peut attendre de chacun. C’est un homme profondément juste, attaché à ses serviteurs, respectueux de ce qu’ils sont et de ce qu’ils peuvent. Il ne leur tend pas un piège, il ne se moque pas d’eux ; au contraire, il veut leur faire confiance en mettant entre leurs mains ses propres biens. Ce qu’il confie, ce n’est pas rien : un talent équivaut à 26 kg d’or ou d’argent ! Une vraie fortune ! Oui, c’est bien du respect et une immense confiance qu’il leur manifeste ainsi. 
 
Le maître parti, deux serviteurs s’en vont aussitôt faire valoir ce qu’ils avaient reçu. Nous ne savons pas ce qu’ils font, mais nous apprendrons plus tard qu’ils ont doublé leur capital. Sans doute ont-ils risqué gros ! De telles sommes ne se gagnent pas du jour au lendemain, et surtout pas sans risque : ce n’est pas le placement pépère de la banque du coin ! Le troisième serviteur a une réaction différente : il va creuser la terre et y cacher l’argent de son maître. Il a bien conscience de ce que représente une telle somme, et ne veut sans doute pas se faire voler. 
 
Le Maître, à son retour, demande des comptes : il avait confié un bien à chaque serviteur : l’heure est venue de le restituer. Les deux premiers rendent le dépôt avec le surplus gagné et sont accueillis par le maître avec joie. Ils ont su risquer ; ils sont  récompensés, de la même manière : ils partageront la joie du Maître. Le troisième serviteur rend simplement ce qui lui avait été confié et se trouve condamné. Cela peut  nous paraître surprenant, le Maître n’ayant jamais posé de condition au moment du dépôt. Jamais il n’a dit qu’il fallait en rendre plus. Alors pourquoi cette sévérité ? Parce que l’homme a été paresseux et peureux : il n’a pas osé, par peur de son maître. Non seulement, il se fait une idée fausse de celui-ci (c’est un homme dur qui moissonne là où il n’a pas semé, qui ramasse le grain là où il ne l’a pas répandu), mais en plus, ce qu’il fait est illogique, puisqu’il ne va même pas placer l’argent de son maître à la banque. Il n’a même pas un sou de bon sens. Il s’est en fait jugé lui-même par sa façon de réagir. 
 
Cette parabole est donc un avertissement. Comme il en va de ses serviteurs, ainsi en sera-t-il de chacun de nous : une vie nous est donnée ; des talents nous sont confiés. Viendra le jour où il faudra rendre des comptes. Qu’as-tu fait de ta vie ? Qu’as-tu fais de ce que Dieu t’a confié ? As-tu utilisé ces talents pour le bonheur et le bien-être de tes frères ? As-tu eu peur et t’es-tu caché ? Dieu ne nous demande pas de réussir à tous les coups mais de savoir risquer : risquer une parole de paix là où les hommes s’opposent ; risquer des gestes d’amitié là où la guerre l’emporte ; risquer de croire là où la méfiance prolifère ; risquer d’aimer là où grandit la haine ; risquer de vivre là où la mort veut avoir le dernier mot. Risquer, et croire que Dieu est avec nous et qu’il récompensera notre audace. Risquer, et entraîner les autres à faire de même pour faire grandir ce monde de justice et de paix auquel nous aspirons. Risquer de vivre et ne pas se contenter d’une vie tranquille, au coin du feu, où l’on ne dérange personne et où personne ne nous dérange. La foi nous pousse à prendre des risques… au risque de nous perdre si nous refusons de vivre. On ne peut pas être croyant et attendre simplement et sagement que le temps passe, et que vienne enfin ce jour de Dieu. C’est à chacun de faire ce qu’il peut afin de hâter la venue du jour de Dieu par des actes conformes à la volonté du Père. Nous n’échapperons pas à la nécessité de vivre en conformité avec notre foi ; nous n’échapperons pas à l’urgence de développer un art de vivre en accord avec notre foi. Il ne peut pas y avoir la vie ordinaire du lundi au samedi, et la vie de foi réservée au dimanche. Le croyant au Christ est un être unifié tout au long des jours, ou il n’est pas. A tout le moins doit-il essayer d’unifier sa vie. 
 
J’aime bien finalement cet Evangile parce qu’il m’oblige à me mettre en mouvement ; il m’oblige à bouger pour la cause de Jésus et la cause des hommes. Grâce à cet Evangile, je ne peux plus considérer ma vie de foi comme quelque chose de mou, comme une vie passée à attendre que le temps s’écoule et que Jésus enfin vienne. A chacun donc de s’observer, de découvrir le talent que Dieu lui a confié et de se mettre en devoir de le faire fructifier. Il est temps de chasser la peur de notre vie ; il est temps de prendre des risques. Amen.
 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Presses d'Ile de France)

vendredi 10 mai 2013

07ème dmanche de Pâques C - 12 mai 2013

Avec les Apôtres, oser prendre des risques.


On aurait tort de croire que ce dimanche n’est qu’un petit dimanche. Coincé entre l’Ascension et la Pentecôte, il fallait un dimanche de plus pour passer de 40 jours à 50 jours. Il n’a donc pas grand intérêt. D’ailleurs, certaines revues liturgiques conseillaient en leur temps d’y aller mollo en ce 7ème dimanche. Pas la peine de trop déployer la liturgie : les gens sortent à peine d’un long pont de l’Ascension et se dirigent vers un week-end prolongé à l’occasion de la Pentecôte. Faisons vite, court et bien. C’est oublier, me semble-t-il, que chaque dimanche de Pâques a une particularité et ce 7ème dimanche n’est pas moins important que les 6 précédents. Il a quelque chose d’important à nous dire concernant notre foi. A la suite des Apôtres, il nous invite à prendre des risques.
 
Contrairement à ce que certains peuvent penser, croire n’est pas un acte reposant. La foi est un acte qui nous engage, qui engage notre vie. D’abord parce que croire, avant d’être une morale à appliquer, est d’abord un art de vivre, conforme à la parole de Jésus. L’unité parfaite dont il nous parle dans l’Evangile de ce dimanche, l’amour parfait dont il nous parlait les dimanches précédents, ce n’est pas qu’une manière de parler. Jésus ne fait pas de belles phrases ou de bons mots, histoire de combler le vide de nos conversations. Les paroles qu’il nous a laissé depuis quelques semaines maintenant, sont des paroles à vivre, donc à prendre au sérieux. Le premier risque que nous prenons, c’est bien celui de prendre Jésus et son enseignement au sérieux ! Nous prenons le risque de voir notre vie changer, en profondeur, en mieux. L’unité parfaite dont parle Jésus nous l’entendons d’abord comme l’unité entre nous : et c’est bien ainsi que Jésus veut que nous le comprenions. Mais nous pouvons entrer dans une lecture plus profonde, plus spirituelle de cette demande et comprendre la demande d’unité comme concernant notre vie personnelle. Que notre vie soit unifiée autour de la personne de Jésus. Que notre bouche ne dise pas A quand notre cœur pense B. Notre profonde unité intérieure nous permettra de vivre l’unité avec les autres frères que Jésus place sur ma route.
 
Mais ce n’est pas le seul risque que nous prenons à croire en Jésus. Dans nos pays de vieille chrétienté, la foi a semblé durant des siècles comme allant de soi. Celui qui se faisait remarquer n’était pas tant celui qui allait à la messe, mais plutôt celui qui n’y allait pas. Les plus anciens le savent bien, eux qui allaient encore à la messe avant d’aller à l’école chaque matin. Et il valait mieux ne pas rater ce rendez-vous ! Certains ont expérimenté le courroux curial lorsqu’ils s’affranchissaient de ce « devoir » ou s’y comportaient mal. Aujourd’hui, alors que la foi ne va plus de soi, alors que l’on n’est plus forcément catholique parce que français, pour reprendre le cardinal Vingt-trois, la foi peut redevenir un risque : risque d’être moqué, risque d’être pris pour un demeuré parce qu’on croit encore à ces fadaises, risque aussi de perdre la vie en certaines régions du monde. Les statistiques du Saint Siège montrent qu’il y a plus de martyrs aujourd’hui que lors des grandes persécutions au début du christianisme. Oui, croire est un risque pour de nombreux chrétiens dans le monde contemporain. En ce sens, la lecture du martyre d’Etienne prend un relief particulier. Ce n’est pas qu’une histoire édifiante : elle est le rappel que le serviteur n’est pas au-dessus du Maître, et si Jésus, en son temps, fut crucifié, ses disciples peuvent l’être aussi, eux qui sont appelés à mettre leurs pas dans les pas de Jésus. Et la mort physique n’est pas toujours la plus douloureuse. Interrogez ceux qui sont humiliés, maltraités, ignorés, rejetés à cause de leur foi. Et cela arrive quelquefois chez nous, même ici, en Alsace, même à l’intérieur de nos communautés.
 
Oui, croire est un risque que nous devons, que nous pouvons assumer. Parce que nous ne risquons pas en vain ; nous risquons avec et pour Jésus. Les fêtes de Pâques nous font célébrer sa victoire sur toutes formes de Mal et de Mort, et nous rendent déjà participant à sa victoire. Cela ne diminue pas le risque, mais cela donne un horizon aux risques que nous prenons. Cet horizon, c’est de faire partie de ceux qui lavent leurs vêtements pour avoir part aux fruits de l’arbre de la vie ; cet horizon, c’est de pouvoir franchir les portes de la cité où Dieu nous attend. Il n’y a pas de Pâques sans Vendredi Saint ; il n’y a pas de Vendredi Saint sans Pâques depuis que Jésus est ressuscité. Il ne s’agit pas de risquer idiot ; il s’agit de risquer avec et pour le Christ. Ainsi seulement la victoire est au bout, assurément. Amen.
 
(Dessin de Gustave DORE, Le martyre d'Etienne)