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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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lundi 21 juillet 2025

16ème dimanche ordinaire C - 20 juillet 2025

 Une seule ? La meilleure part ?



 


            Il en avait de la chance Abraham, d’avoir une épouse et un serviteur qui agissent, discrètement, dans l’ombre, pour qu’il puisse se consacrer à ses visiteurs. Marthe n’a pas la même chance, elle qui se met aux fourneaux quand Jésus vient se reposer dans la maison qu’elle partage avec sa sœur et son frère. Si elle avait eu une servante, assurément, elle serait restée avec sa sœur aux pieds de Jésus. Mais si tel avait été le cas, nous n’aurions rien su de cette rencontre entre amis. Et surtout, nous n’aurions pas eu cette répartie de Jésus à l’adresse de Marthe qui vient se plaindre.

             J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de ces deux sœurs. Elles ont la chance d’accueillir Jésus chez elles ; il est là en ami. Elles sont les sœurs de Lazare à qui Jésus rendra la vie avant de marcher sur Jérusalem pour y mourir. Mais c’est là l’histoire d’une autre visite de Jésus. L’histoire de la rencontre qui nous préoccupe aujourd’hui est bien connu. Et peut-être êtes-vous comme moi, un peu plus distrait lors de sa proclamation, parce que justement on connaît trop ; on ne fait donc plus forcément très attention. Et c’est quand on ne fait plus suffisamment attention, que des détails ou des interprétations de ces détails, peuvent nous échapper. Ce qui me préoccupe, à écouter cette histoire, c’est la réponse de Jésus à Marthe quand elle vient se plaindre, et surtout la manière dont nous la recevons et la comprenons.

             La première chose à noter, c’est que Jésus ne rabroue pas Marthe. Il ne sous-estime pas le travail qu’elle fait en cuisine pour le recevoir. Ses amis le reçoivent, il en est certainement heureux. Les deux sœurs se sont réparti le travail : Marie s’occupe de Jésus pendant que Marthe s’occupe en cuisine. D’autres manières de faire auraient pu être imaginées. Par exemple, les deux sœurs proposent à Jésus de se rafraichir un peu et de se reposer de la route pendant qu’elles préparent ensemble quelque chose à manger, soit avant de l’avoir entendu, soit après l’avoir entendu. Ou, si Marie s’avérait moins bonne cuisinière que Marthe, qu’elles commencent comme le rapporte Luc, et qu’à un moment Marie relève Marthe à la cuisine, quand il s’agit juste de surveiller la cuisson, pour que Marthe puisse avoir son tête-à-tête avec Jésus. Cela n’a pas été fait ; pas la peine d’épiloguer. Il nous faut donc prendre la réaction de Marthe et la réponse de Jésus telles qu’elles nous sont données. Si la réaction de Marthe semble légitime à beaucoup de lecteurs, la réponse de Jésus leur semble alors quelquefois difficile à entendre. Que dit-il exactement ? Après lui avoir fait remarquer qu’elle se donne du souci et s’agite pour bien des choses, juste pour un ami de passage, il affirme qu’une seule est nécessaire. Et il parle enfin de la meilleure part. Il nous faut bien comprendre que le une seule ne renvoie pas à l’une des sœurs (une seule sœur serait nécessaire !), mais bien à une attitude, une manière d’être avec Jésus. Il ne dit pas à Marthe qu’elle n’a rien compris, ni qu’elle fait mal. Il lui dit que, quand il vient les rencontrer, il ne se plaindra pas s’il n’y a qu’un casse-croûte pour lui. Ce ne sont pas les choses que les sœurs font pour lui qui lui importent, mais leur manière d’être, l’attitude qu’elles ont vis-à-vis de lui. Et cela doit nous rassurer ; le plus grand bien, quand Jésus vient nous visiter, ce n’est pas de nous mettre en quatre pour l’accueillir, c’est d’accepter de l’écouter. Il vient chez nous parce qu’il a quelque chose à nous dire, à nous partager. Et être pleinement là, présent à lui, est cette seule attitude nécessaire.

             Quand ceci est compris, nous pouvons mieux saisir la suite de la réponse de Jésus, celle sur la meilleure part. En parlant ainsi, Jésus ne renvoie pas Marthe à sa cuisine et ses casseroles ; il ne lui pas qu’elle ne sert à rien. Il lui dit qu’il existe une meilleure part, c'est-à-dire un essentiel. Marie l’a découvert en se mettant aux pieds de Jésus pour l’écouter. Marthe doit encore découvrir cet essentiel. Et cela nourrit notre propre vie spirituelle. Avec Marthe, nous pouvons nous interroger : Qu’est-ce qui est essentiel pour nous dans notre vie avec Jésus ? Où et comment Jésus nous attend-t-il aujourd’hui ? Il n’y a pas de réponse unique ; elle peut changer selon les circonstances de notre vie. Nous savons maintenant que la seule attitude nécessaire, c’est l’écoute. Et quand nous écoutons vraiment Jésus, nous découvrons ce qui est pour nous, personnellement, l’essentiel à ce moment donné de notre vie. Tout est utile dans la vie, même savoir préparer des petits plats. Mais tout n’est pas nécessaire au même moment. Et ce qui est vrai de notre relation avec Jésus, est vrai aussi de nos relations humaines. Si nous écoutions plus les autres, peut-être nous les comprendrions mieux ; les comprenant mieux, nous pourrions mieux les apprécier ; les appréciant mieux, nous pourrions mieux vivre avec eux ; vivant mieux avec eux, nous serions davantage en paix.

             Et voilà comment la colère d’une agitée des casseroles vient remettre un peu de bon sens dans notre vie à tous. Remercions Marthe de permettre à Jésus de nous éclairer tous. Remercions sa sœur Marie de nous rappeler l’importance de l’écoute. Et avec les deux sœurs, prenons la résolution d’une vie plus équilibrée, partagée entre l’écoute et l’action, parce que la Parole de Dieu est toujours dite pour nous mettre en route, en mouvement à la suite de Jésus. C’est ce à quoi nous invite le « Allez dans la paix du Christ » à la fin de chaque messe. Ecoutons tant que nous sommes rassemblés ici ; agissons dès que nous rentrerons chez nous, sans arrêter pour autant d’écouter. Amen.

samedi 8 février 2025

5ème dimanche ordinaire C - 09 février 2025

 Sur ta parole, je vais...



(Gustave Doré, Jésus prêchant sur le lac de Génésareth)





Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, quand nous les croisons au bord du lac de Génésareth, et pourtant ils embarquent ensemble pour que le premier puisse enseigner les foules qui se pressaient autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Qu’est-ce qui fait bouger ainsi les foules ? Est-ce juste l’éloquence de Jésus ? Ou est-ce que la foule comprend que sa manière de parler des choses de Dieu est différente. Habituellement, quand quelqu’un veut parler de Dieu de manière impromptue, nous avons mieux à faire, non ? Là la foule se presse, Pierre prête sa barque, et tout le monde écoute.

Ils se connaissent à peine, Jésus et Pierre, et pourtant quand, ayant fini de parler, Jésus l’invite à retourner à la pêche, Pierre, le professionnel, obéit : Sur ta parole, je vais jeter les filets. Vous en connaissez beaucoup des professionnels qui se laissent commander par un amateur ? Qu’est-ce qui fait que Pierre, sans sourciller, fasse ce que Jésus demande alors qu’il a peiné toute la nuit sans rien prendre ? Est-ce qu’il voit en Jésus plus qu’un beau parleur ? Ou est-ce le fait qu’il ait guéri sa belle-mère quelques jours auparavant qui le décide à faire confiance ? Toujours est-il que Jésus propose et que Pierre dispose.

Ils ne se connaissaient pas du tout, Jésus et Paul de Tarse, et pourtant quand le premier se révèle au second sur la route de Damas, ce dernier change du tout au tout. Il comprend mieux sa foi et ne tarde pas à expliquer à ses coreligionnaires en quoi Jésus, celui qui est mort sur la croix, est bien celui qui accomplit toutes les promesses de Dieu. Mieux, il sera le premier à réfléchir cet accomplissement et à donner aux premiers croyants en Christ les clés de compréhension des mystères de la foi. Et cela, en peu de mots, en quatre verbes comme le fait remarquer le Pape François dans la bulle d’indiction du Jubilé 2025 : le Christ est mort, il fut mis au tombeau, il est ressuscité, il est apparu à Pierre, puis au Douze… Toute notre foi résumée en quatre verbes, quatre bouts de phrases mises ensemble qui vont séduire des milliers de millions d’hommes et de femmes à travers le temps. 

Nous disons connaître Jésus parce que nous avons suivi notre catéchisme, et pourtant, avons-nous suivi Jésus comme ces foules ? Avons-nous obéi à Jésus comme Pierre ? Avons-nous trouvé les mots pour parler de lui comme Paul ? Qu’est-ce qui fait que ce qui était évident pour les foules, Pierre et Paul, soit devenu plus obscur, plus compliqué pour nous ? Nous voulons, vous et moi, écouter Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour la foule. Nous aurions bien du mal à l’écouter des journées entières. Le temps de cette homélie semblera déjà trop long à certains ! Nous voulons, vous et moi, suivre Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Pierre. Faire ce que Jésus nous demande quand il vient bousculer notre vie, ce n’est pas toujours facile. Nous voulons bien parler de Jésus, sinon nous ne serions pas là ce matin ; mais reconnaissons que c’est différent pour nous que pour Paul. Nous avons du mal à trouver les mots justes, les mots qui portent, les mots qui incitent d’autres à croire. Et devant les mystères de la foi, les mots nous manquent souvent. 

Alors que faire ? Je crois que l’essentiel est de nous souvenir que ce qui compte le plus, c’est que Jésus nous connaît, comme il connaît la foule, Pierre, Paul et tous ceux à qui il se révèle un jour. Il connaît la foule et ses besoins ; il connaît Pierre et sa capacité à faire confiance ; il connaît Paul et sa ferveur. Il nous connaît, tous et chacun, mieux que nous nous connaissons, et il nous rend capable de ce qu’il attend de nous. Si nous avons du mal à nous faire confiance, à faire confiance à nos propres capacités, faisons confiance à Jésus qui peut tout, à Jésus qui jamais ne nous trompe, à Jésus qui veut notre vie en plus grand, en plus beau, en plus accompli. Avec la foule, osons nous presser autour de Jésus. Avec Paul, osons approfondir notre foi. Avec Pierre, osons dire : Sur ta parole, Seigneur, je vais… la suite de la phrase appartient à chacun. Amen. 


samedi 24 août 2024

21ème dimanche ordinaire B - 25 août 2024

 On ne peut pas l'entendre, on ne peut plus le suivre !







 

          C’est notre dernière incursion dans l’évangile de Jean pour cet été. Souvenez-vous : tout avait commencé avec Jésus multipliant cinq pains et deux poissons pour qu’une foule nombreuse puisse manger à sa faim ; il y eut même des restes, douze corbeilles pleines. A la foule qui réclamait encore de ce pain, Jésus a donné un enseignement au cours duquel il a affirmé : Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. Et encore : celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Chrétiens, nous reconnaissons dans ces paroles ce que nous affirmons du sacrement de l’Eucharistie qui nous réunit chaque dimanche. Sans doute sommes-nous trop habitués à ce discours pour en être choqués. Mais pour les contemporains de Jésus, c’est la parole de trop ! Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? 

          S’il vous est arrivé de développer une idée, de l’argumenter sérieusement et qu’on vous dise : oui, c’est bien, mais on ne peut pas l’entendre, vous comprenez ce que vit Jésus quand nous le croisons aujourd’hui. La question n’est plus : Jésus a-t-il raison de dire ce qu’il affirme ? La question n’est même pas de savoir si cela est vrai. Ce qui est au cœur de cette finale du chapitre six de l’évangile de Jean, c’est bien : peut-on entendre ce que Jésus dit ? Et partant de là, peut-on encore le suivre ? Vous pouvez avoir mille fois raisons contre toute la terre, si la terre ne veut pas vous entendre, vous ne pouvez rien faire de plus, à part peut-être changer de discours. Jésus va-t-il changer de discours ? Non, il prend acte et va encore plus loin : Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant… sous-entendu : vous direz quoi ? Cela on ne peut pas le voir ? Lecteurs de cette page d’évangile, nous pouvons avoir l’impression légitime de tourner en rond, de revenir à cette scène après la multiplication des pains où la foule veut faire de Jésus son roi. Elle ne comprend pas plus aujourd’hui qu’hier qui est Jésus. Elle ne comprend pas plus aujourd’hui qu’hier quelle est l’œuvre de Jésus. Elle veut, aujourd’hui comme hier, faire de Jésus quelqu’un à sa mesure, quelqu’un qu’elle peut écouter sans risque, quelqu’un qu’elle peut suivre sans risque. Comprenez bien : sans risque d’être dérangé, bouleversé ; sans risque d’être invité à changer. Le changement, l’humain le veut bien tant que les choses changent ou que les personnes changent dans son sens. Mais si c’est lui qui doit changer, voilà que les choses se compliquent. 

          Jésus n’est pas dupe : il savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas. Malgré cela, je ne peux m’empêcher de le croire profondément affecté quand beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Quand la seule chose que vous souhaitez pour les autres, c’est leur bien, leur vie, leur salut, vous ne pouvez pas les voir s’éloigner sans en être touché. Ce ne sont pas des adversaires qui s’éloignent de lui, ce n’est pas le diable qui s’éloigne comme au début, lors de la retraite de Jésus au désert. Non, ce sont des disciples, des personnes qui ont cru en lui, qui l’ont suivi, volontairement. On pourrait dire que ce sont des amis qui s’éloignent. La question de Jésus aux Douze témoigne bien de ce désarroi de Jésus : Voulez-vous partir, vous aussi ? Nous devons entendre cette question comme une question qui nous est posée à chacun. Et avant de répondre, prendre le temps de réfléchir : ai-je été déçu par Jésus au point de vouloir arrêter de le suivre ? Est-il une parole de Jésus que je ne peux entendre, que je ne peux assumer et qui me ferait claquer la porte ? Ou est-ce que pour le suivre encore, je me suis fait de lui une image à ma mesure, un Jésus qui me convient bien, prenant ce qui m’arrange, laissant à d’autres ce qui me dérange ? Ce qui entraînera une autre question : est-ce bien Jésus que je continue de suivre, en Jésus tel qu’il se révèle que je continue de croire, ou est-ce que je suis et crois un modèle réduit de Jésus ? Veux-tu partir, toi aussi ? Telle est la question que chacun doit entendre ; telle est la question à laquelle chacun doit répondre. 

          La réponse des Douze, c’est de la bouche de Pierre qu’elle jaillit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. A-t-il mieux compris que nous les paroles de Jésus sur le pain vivant qui est descendu du ciel ? Je ne le crois pas. A-t-il mieux compris que nous ce que Jésus dit quand il affirme : Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous ? Je ne le crois pas. Mais je sais que cette réponse de Pierre est vraie, parce qu’elle vient d’une inspiration de l’Esprit Saint, elle vient du Père. Jésus l’avait prédit : Personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. Il ne s’agit donc pas tant de comprendre absolument tout ce que dit Jésus pour l’écouter et le suivre ; il s’agit de se laisser attirer à lui, il s’agit de laisser son Père nous attirer à lui. La vie chrétienne ne dépend pas d’une connaissance parfaite de toutes les réponses du catéchisme ; la vie chrétienne découle de la rencontre avec Jésus, Pain et Parole de la vie. Je n’ai pas besoin de tout comprendre de Jésus pour le suivre ; j’ai juste à reconnaître que j’ai besoin de lui, que je veux avoir besoin de lui pour devenir la meilleure version de moi-même. Je ne serai pas saint parce que je connais mon caté ; je serai saint parce que j’aurai accueilli Jésus et que j’aurai cherché sans cesse à vivre avec lui, à vivre de lui. 

          Veux-tu partir, toi aussi ? Si Pierre a répondu pour les Douze, je ne peux pas moi, aujourd’hui, répondre pour vous. Je fais mienne la réponse de Pierre : Jésus a les paroles de la vie éternelle et je sais qu’il est le Saint de Dieu. Je vous partage volontiers ce que j’ai découvert de lui ; mais il n’y a que vous pour décider de croire cela avec moi et de faire le choix de suivre Jésus, même si vous ne comprenez pas tout. C’est votre liberté de l’écouter encore ou d’arrêter. C’est votre liberté de marcher à la suite de Jésus ou de vous en retourner chez vous. La réponse appartient désormais à chacun ; faites votre choix ! Amen.

samedi 23 décembre 2023

4ème dimanche de l'Avent B - 24 décembre 2023

 Est-ce toi qui me bâtiras une maison ?



 

 

 

            Au terme de notre Avent, à quelques heures de célébrer dans la joie la naissance du Sauveur, il nous est bon d’entendre l’échange entre le roi David et le prophète Nathan. Il nous dit quelque chose d’essentiel de notre rapport au Dieu qui vient. Tout est résumé admirablement dans cette question : Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? C’est Dieu qui parle ainsi à David par son prophète. 

            Tout part du constat que David fait sur sa situation comparée à celle de l’arche de l’Alliance : J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! Sa réaction est simple : puisque Dieu a tout fait pour moi (Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient), je vais faire à Dieu une maison digne de lui. Je ne doute pas un instant de la sincérité de David ; mais je ne peux m’empêcher d’être partagé entre prétention et naïveté. Prétention, parce que David ferait à Dieu quelque chose que Dieu ne saurait se faire lui-même, et il le ferait mieux que lui ? Personne n’a songé un instant que cela pouvait plaire à Dieu d’habiter sous une tente, comme jadis, lors de la longue traversée du désert ? Naïveté, parce qu’il se croit à la hauteur de la tâche ! Remarquez : le prophète Nathan se laisse prendre lui-aussi au jeu : Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. C’est dans la nuit suivante que Dieu parle à son prophète pour qu’il interroge David : Est-ce toi qui me bâtiras une maison ? 

            Derrière cette question, se cache une tentation très humaine qui se présente à tous à un moment ou à un autre de notre vie spirituelle : l’envie de faire quelque chose pour Dieu. Devant tout ce que Dieu a fait et continue de faire pour nous, nous pensons qu’il est temps que c’est à nous de faire quelque chose pour lui. C’est la porte ouverte aux très bonnes résolutions qui, sitôt prises sont aussitôt abandonnées, parce que, comprenez-vous, la vie n’est pas simple, il y a tant de choses à faire, … Je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir la reconnaissance de ce que Dieu fait pour nous ; je ne dis pas qu’il ne faut pas se bouger pour lui en menant une vie selon sa volonté. Quand nous vivons simplement notre foi, nous ne faisons rien pour Dieu ; nous montrons juste que nous ne sommes pas des enfants ingrats qui ont tout reçu et ne savent pas dire merci. Vivre notre foi, nous le faisons pour nous. Nous ne le faisons pas pour Dieu, nous le faisons à cause de Dieu, parce que sa grâce nous a touchés. Non, les choses que nous voulons faire pour Dieu, c’est cet extra, ce truc en plus dont on pense qu’il fera plaisir à Dieu, sans vraiment savoir, une espèce de radicalité qui nous prend après un événement, une retraite, une épreuve dont on sort grandi.  C’est de l’ordre de la tentation, parce qu’elle ne rentre pas vraiment dans ce que Dieu attend de nous. Nous voulons juste faire plus, pour lui montrer qu’on est bien, nous ; et surtout meilleur que les autres ! 

            L’histoire de David, et bien plus tard, l’histoire de Marie, nous montre au contraire que la seule chose à faire pour Dieu, pour ceux qui tiennent absolument à faire quelque chose pour lui, c’est de répondre à sa volonté, ni plus, ni moins. Le vieux principe liturgique qui affirme que chacun fait seulement, mais totalement, ce qui lui revient, s’applique aussi en matière de vie spirituelle. Faire seulement, mais totalement, la volonté de Dieu ! C’est déjà pas mal, croyez-moi ! Cela m’oblige, non pas à imaginer ce qui ferait plaisir à Dieu, mais à écouter Dieu qui me dit ce qu’il attend de moi. Je ne pars pas de moi ; je pars de Dieu. Lui seul sait ce dont je suis capable ; lui seul me propose le vrai chemin pour parvenir à lui ; lui seul peut conduire ma vie au bonheur véritable. Entendons bien Marie quand l’ange lui a tout expliqué. Elle ne dit pas : j’ai compris, je sais ce que vais faire, comment je vais le faire, quand je vais le faire… Elle dit simplement : Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. Et pas un jour ne passera sans qu’elle n’habite cette volonté. Jusqu’au bout, jusqu’à la croix de son Fils, c’est la volonté de Dieu qui guidera sa vie. 

            Renoncer à vouloir faire quelque chose pour Dieu pour mieux entrer dans sa volonté : voici à quoi nous sommes appelés. Nous ne bâtirons rien pour Dieu ; mais lui bâtira notre vie et notre avenir. Ecoutons-le, suivons-le, mais avant tout, accueillons-le. Amen.

samedi 16 juillet 2022

16ème dimanche ordinaire C - 17 juillet 2022

 Les torts partagées des deux soeurs. 


Bassano, Le Christ dans la maison de Marie, Marthe et Lazare
1577, Musée des Beaux-Arts, Houston



            Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. Si je comprends bien l’affirmation de Jésus, rappelant l’importance d’écouter la Parole de Dieu, j’ai plus de mal avec ce qu’elle a pu engendrer comme excès au cours des temps dans l’Eglise. Elle peut laisser entendre que rien n’est plus important que l’écoute de la Parole du Christ et que le service des frères est second, pour ne pas dire insignifiant. Permettez-moi donc de relire cette page d’évangile et de l’intituler les torts partagés des deux sœurs

            Tout avait plutôt bien commencé. Jésus rend visite à des amis, Marthe et Marie, les sœurs de Lazare, absent ce jour-là. Il vient se reposer, vivre un de ces temps privilégiés dont nous avons tous besoin. C’est un temps gratuit, un temps béni avec des amies. J’aime bien ce récit qui nous rappelle que Jésus s’invite dans notre vie, qu’il veut avoir besoin de nous comme amis. J’aime le fait que Jésus ait envie de se reposer chez moi ; j’aime le fait que je puisse me reposer en Jésus. Le fait qu’il soit Fils de Dieu n’enlève rien à son humanité et à ce besoin très humain d’avoir des amis, c'est-à-dire des personnes sur qui il peut compter pour passer un bon moment, pour souffler, juste être lui. Et nous voyons les deux sœurs heureuses d’accueillir Jésus. L’une, Marie, lui fait la conversation ; l’autre, Marthe, prépare ce qui est nécessaire pour que Jésus profite bien de son passage. Rien que de très normal. Chacune fait sans doute ce qu’elle fait de mieux. Tout le monde n’est pas doué pour la conversation ; tout le monde n’est pas doué pour la cuisine. Le tableau semble idéal. Parmi les nombreuses œuvres d’art représentant cette scène, deux l’ont bien comprise ainsi, montrant une Marie assise près de Jésus, heureuse de l’écouter, et une Marthe en cuisine, plumant allègrement volailles diverses et préparant des mets délicieux en quantité. Admirez le tableau de Bassano (Le Christ dans la maison de Marie, Marthe et Lazare) ou celui de Pieter Artsen (Marthe préparant le repas) et vous verrez qu’il n’y a nulle tension entre les deux sœurs : chacune fait avec plaisir ce qu’elle sait faire. Nous devons bien comprendre qu’il n’y a pas de mal à s’affairer en cuisine pour bien recevoir un invité ; il n’y a rien de mal non plus à prendre du temps avec lui, pour l’écouter et échanger les dernières nouvelles. Quiconque aime recevoir et faire plaisir sait que ce sont là les deux choses essentielles à faire lorsqu’on reçoit. Alors pourquoi l’histoire dérape-t-elle ? 

Pieter Artsen, Marthe préparant le repas, 
16ème siècle, Musée de Toulon

            Luc, qui nous rapporte cette rencontre, nous dit que Marthe vient se plaindre auprès de Jésus : Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. Voici que le service qu’elle a choisi de rendre lui pèse. Pourquoi est-ce à moi d’être en cuisine ? Pourquoi l’autre, là, ne fait-elle rien ? Elle papote pendant que je déplume, nettoie et cuit ? Le premier tort de Marthe, c’est de ne plus accepter le rôle qu’elle a choisi. Elle veut faire autre chose. Son second tort, c’est de s’en plaindre à Jésus, comme si Marie lui était devenue étrangère. Pourquoi ne pas s’adresser simplement à Marie ? Lui aurait-elle refusé un coup de main nécessaire ? Elle ressemble à ces parents qui se disputent au sujet d’un enfant : tu diras à ton fils que… Pardon ! tu ne peux pas le lui dire toi-même ? C’est aussi ton fils, non ? Vous comprenez la situation… Marthe nous rappelle toutes ces fois où, dans notre vie, humaine ou spirituelle, nous envions trop les autres et ne reconnaissons plus la chance que nous avons d’être nous. Il y a des gens qui veulent tellement vivre la vie des autres, que la leur, leur devient insupportable ! Et ce serait alors à un tiers de régler ce souci. C’est l’Etat qui doit faire des lois qui abolissent toutes les différences pour que je ne sois pas singularisé ; c’est l’école qui doit mettre tout le monde sur un pied d’égalité même si c’est au prix d’un nivellement vers le bas ; c’est l’Eglise qui doit se réformer pour que l’impossible devienne possible ! Bref, c’est à un autre de faire en sorte que soit acceptable pour moi ce que je ne supporte plus. Le tort de Marie, parce que je crois bien qu’elle en a un aussi, c’est de ne pas avoir remarqué que sa sœur en faisait trop ou qu’elle avait besoin d’un coup de pouce. J’aurais bien vu le moment où Marthe et Marie, d’un commun accord, échange leur place : Marthe prenant le temps d’échanger quelques mots avec Jésus et Marie surveillant les plats préparés par sa sœur pour que rien ne déborde ni ne brûle. C’est peut-être un détail pour vous, mais ça ne mangeait pas de pain de faire ainsi, et surtout, cela aurait préservé l’esprit fraternel que Jésus était venu chercher. 

            Rappeler ce détail me permet de ne pas rejoindre la cohorte de prédicateurs qui ont fait l’éloge de Marie et le malheur de Marthe. Parce qu’à trop appuyer la réponse de Jésus, on risque d’aboutir à un travers trop bien connu et dont nous avions déjà un aperçu dimanche dernier, dans la parabole du bon samaritain. Le prêtre et le lévite, trop plein de Dieu, n’ont pas vu Dieu qui agonisait dans l’homme blessé. C’est un risque réel, quand on comprend mal la vie spirituelle, d’oublier les pauvres à force de se fondre en méditation et en prière. Marie a bien fait de se consacrer à Jésus, mais elle aurait dû aussi rester attentive à sa sœur. Marthe a bien fait de s’affairer en cuisine, car même si l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, un bon rôti ou un bon gigot, c’est quand même pas mal aussi ! Mais elle n’aurait pas dû se plaindre « en haut lieu » de quelque chose qui ne concernait qu’elle et Marie. D’où le titre que j’ai donné à ma relecture : les torts partagés des deux sœurs. 

            Je me refuse finalement à choisir Marie contre Marthe et vice-versa. Les deux ont leur importance. Dans ma vie spirituelle, la prière, l’écoute de la Parole de Dieu sont aussi importantes que le service du frère. C’est une question d’équilibre pour que ma prière ne devienne pas une fuite du monde et que ma charité ne soit pas juste une activité coupée de sa source. Les grands ordres religieux l’ont bien compris, eux qui ont équilibré, même dans la temporalité d’une journée Ora et Labora : la prière et le travail. Je l’ai compris en méditant un tableau de Maurice Denis. Il représente Marthe et Marie, attablées avec le Christ, dans un tableau étrangement eucharistique. Jésus a devant lui un calice, Marie est en attitude d’écoute et Marthe apporte un plateau de pains : tout ce qu’il faut pour l’eucharistie, ce sacrement qui fait du fruit de la terre et du travail des hommes, le pain de la vie et le vin du Royaume. En chacun de nous doivent cohabiter Marthe et Marie pour que le Christ soit toujours bien reçu et bien écouté. Ainsi il pourra toujours se reposer en nous, et nous en lui. Et toute notre vie sera eucharistie. Amen.



Maurice Denis, Marthe et Marie, 1896, Musée de l'Ermitage

samedi 12 mars 2022

2ème dimanche Carême C - 13 mars 2022

 Faire route avec Jésus pour le découvrir mieux et l'écouter.



(Gustave Doré, La Transfiguration)


            Nous poursuivons notre route avec Jésus. Il nous emmène, à travers Pierre, Jean et Jacques, sur la montagne pour prier. Mesurent-ils, ces trois-là, la chance qu’ils ont d’être là avec lui, pour cet acte éminemment intime d’un fils conversant avec son père ? Vous aurez beau trouver la prière un brin ennuyeuse, voir Jésus prier, ça doit être quelque chose. C’est la seule fois, me semble-t-il, dans l’évangile que Jésus emmène quelqu’un avec lui pour prier. Il y aura bien, au soir du jeudi saint, le passage au Mont des Oliviers, mais Jésus s’éloignera de ses disciples pour prier. Ici, ils sont présents, ils assistent à tout, ce qui nous vaut la restitution de cet événement de la transfiguration. 

            Au-delà du côté peu banal de la scène, ce récit nous permet de mieux connaître Jésus. C’est la première raison de notre marche à sa suite. Jésus, on ne le connaît jamais assez. Et je crois bien qu’une vie entière ne suffit pas à le connaître parfaitement bien. A mesure que j’avance dans mon sacerdoce, je me rends bien compte que j’apprends encore, que je découvre encore qui est Jésus pour moi, qui est Jésus pour les hommes. Et ce n’est pas forcément parce que je suis lent à comprendre. Année après année, j’approfondis ma connaissance de celui que je reconnais comme Christ et Sauveur, parce que Jésus se révèle progressivement, dans les méandres de mon histoire personnelle.  Dans ce récit de la transfiguration, Jésus se révèle à nous tel qu’il est, réellement, dans toute sa gloire. Nous comprenons, là, que Jésus n’est pas qu’un homme, si d’aventure nous l’avions oublié. Nous comprenons, là, grâce à Moïse et Elie apparus dans la gloire, que Jésus vient accomplir la Loi et les Prophètes ; il vient réaliser les promesses que Dieu a faites à son peuple. Nous comprenons que Jérusalem sera le lieu de cette réalisation : ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Nous comprenons qu’ils parlent ensemble de sa Passion parce que nous avons le recul du temps. Mais la parole est suffisamment vague pour que les disciples ne fassent pas le lien immédiat avec la première annonce de la passion que Jésus leur a faite peu de temps avant dans l’évangile de Luc. 

Cette transfiguration n’est pas un événement qui doit effrayer ; c’est un de ces événements à garder au fond du cœur, et dont il faudra se souvenir au temps sombre de la Passion et de la mort de Jésus. La gloire resplendissante sera alors anéantie par le corps torturé, humilié, exposé du Serviteur souffrant sur la croix. Mais c’est le même corps, aujourd’hui et demain, qui sera donné à voir à ses disciples. Le corps du Christ Sauveur, resplendissant de la gloire de Dieu, est aussi le corps douloureux, le corps portant en lui toutes les souffrances de l’humanité persécutée, humiliée, déchirée. En assumant totalement notre humanité, jusque dans ces aspects les plus sombres, Dieu la fait resplendir de sa gloire et nous ouvre le salut. Si Moïse et Elie apparaissent, c’est bien pour rappeler le projet d’amour de Dieu, son unique projet révélé par la Loi et la Parole des Prophètes : que l’homme vive ! Dieu n’a d’autre projet pour nous que de nous vouloir vivants, pleinement. Jésus, dans sa transfiguration, vient nous dire que la vie en plénitude, c’est la vie éclairée par la gloire de Dieu, la vie transfigurée. 

A ceux qui pensent que cette vie n’est que pour après, la voix du Père apporte un démenti radical. Il ne dit pas grand-chose, Dieu le Père, mais quand il parle, il vaut qu’on se donne de la peine pour bien l’écouter. Ce qu’il dit, c’est ceci : Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! Cette parole fait partie de l’événement qu’il faut garder au fond de notre cœur. Elle confirme ce que nous pressentions, à savoir que Jésus n’est pas qu’un homme ; déjà il est rempli de la gloire de Dieu. Mais cette parole nous dit surtout comment nous pouvons à notre tour être transfiguré, resplendir de la gloire de Dieu : en écoutant Jésus, la parole vraie du Père. Ce n’est qu’en marchant à sa suite, en écoutant sa Parole et en la vivant comme lui, que nous resplendirons de la gloire de Dieu qui a établi sa demeure en nous. Ne sommes-nous pas fils et filles de Dieu par notre baptême ? Ne sommes-nous pas fils et filles de Dieu en Jésus, mort et ressuscité pour nous ? Sa gloire est notre salut ; le salut qu’il nous apporte est notre gloire. N’est-ce pas ce qu’affirme Paul aux chrétiens de la ville de Philippes ? Nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux 

Faisant route avec Jésus au long de ce carême, nous avons pu contempler, durant un instant, la gloire de Jésus, sur cette montagne, en présence de Moïse et d’Elie. A celui qui veut mieux connaître Jésus, nous n’avons pas d’autre chemin à offrir que celui de l’écoute de Jésus et celui de sa contemplation. Rien ne vaut l’enseignement de Jésus en parole et en acte pour nous faire entrer dans son intimité, pour nous faire entrer dans sa réalité. N’oublions pas non plus le témoignage de Moïse et des Prophètes : en relisant ce que Dieu leur avait révélé déjà, nous comprendrons mieux encore que Jésus est celui qui vient au nom du Seigneur. A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

samedi 23 octobre 2021

30ème dimanche ordinaire B - 24 octobre 2021

 Avec Bartimée, trouver un chemin de sortie de crise.



(Dessin de Jean-Yves DECOTTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, Année B, éd. Les Presses l'Ile de France)




            S’il y a une chose que je crois par-dessus tout, c’est que Dieu parle aux hommes de notre temps comme il a parlé jadis par ses prophètes et par son Fils Jésus. Dieu n’a jamais cessé et ne peut cesser de nous parler. Lorsque je regarde ce mois d’octobre qui lentement va vers sa fin, je me rends compte qu’il nous a parlé fortement ces derniers jours. Relisons ces quelques semaines, voulez-vous ? 

Le premier dimanche du mois, il nous a rappelé le projet de Dieu sur le couple (que l’homme et la femme s’attachent l’un à l’autre et ne soient plus qu’une seule chair) ainsi le projet de Jésus concernant les enfants : il les embrassait (montrant ainsi la tendresse de Dieu à leur égard) et les bénissait en leur imposant les mains. Suite à ce dimanche, il y a eu ce terrible rapport de la CIASE qui, n’en doutons pas, est bien une parole de Dieu sur l’Eglise et ses limites. Nous avons tous été choqués de constater à quel point le projet de Jésus pour les enfants avait été bafoué et nié : des enfants n’ont pu faire ni l’expérience de la tendresse de Dieu, ni celle de sa bénédiction sur eux à cause d’un système qui a rendu l’Eglise complaisante et complice, empêchant le Mal qui la rongeait de l’intérieur d’être dénoncé. Le dimanche suivant, nous avons entendu le psalmiste nous inviter à l’espérance : rassasie-nous de ton amour au matin, nous rappelant qu’au plus profond de nos ténèbres, Dieu refait toute chose nouvelle. Dimanche dernier, nous avions une belle leçon de choses concernant l’exercice du pouvoir, qui ne peut être, entre les disciples de Jésus, à l’image de ce qui se fait parmi les grands de ce monde. Il ne saurait être question de pouvoir entre les disciples du Christ, il n’y a que des services à rendre. Les voies d’une sortie de crise étaient lentement tracées par Dieu lui-même dans ces extraits. Aujourd’hui, il nous parle encore et ouvre grand la porte vers un au-delà, vers quelque chose de neuf. Il nous faut l’entendre. Ce que certains ont vécu hier, ce que nous vivons aujourd’hui, Bartimée l’a vécu. Et son histoire nous indique la voie vers cet au-delà, vers ce mieux qui est possible, si nous le voulons. 

Nous retrouvons, dans cette page d’évangile, tous les ingrédients de cette crise que nous traversons depuis le cinq octobre. Il y a là un homme qui souffre et qui crie sa détresse, Bartimée ; il y a ceux qui veulent le faire taire, comme s’il y avait une sorte d’indécence à crier sa souffrance vers Dieu. Et il y a Jésus, l’homme de la compassion, l’homme de la miséricorde, l’homme qui entend celui qu’on veut faire taire, malgré une foule nombreuse autour de lui. Ceux qui pensaient qu’il ne fallait pas déranger le Maître pour si peu sont court-circuités par Jésus lui-même : Appelez-le ! La souffrance doit être dite, la parole doit être entendue. Et Jésus vient libérer la parole de Bartimée : Que veux-tu que je fasse pour toi ? Il pourrait bien se douter de ce que Bartimée, l’aveugle qui mendiait, désirait plus que tout : Que je retrouve la vue. Cette expression est nécessaire et pour Bartimée et pour la foule et pour Jésus, parce que au-delà de la guérison physique, il y a aussi la guérison sociale et la guérison religieuse : voyant, il ne sera plus obligé de mendier ; voyant, il fera partie pleinement du monde des vivants ; voyant, il sera réintégré à la communauté croyante. Il ne sera plus mis de côté, sommé de se taire et de souffrir en silence ! Dans la version johannique de cette rencontre entre Bartimée et Jésus, l’auteur va même jusqu’à faire comprendre que sont aveugles ceux qui refusent de constater le signe posé. 

Ils ont été nombreux, trop nombreux, les Bartimée que nous avons voulu faire taire au cours des années. Ils sont nombreux, les Bartimée qui ont exprimé leur souffrance et il nous faut les entendre encore. Elle était aveugle à son tour, l’Eglise qui n’avait pas voulu voir, qui n’avait pas voulu entendre, qui n’a pas su défendre. Mais en demandant ce rapport, elle a aussi montré qu’elle pouvait se mettre à nouveau à l’écoute du Christ, à l’écoute de ces petits qui sont les frères du Christ. Elle a commencé à ouvrir les yeux, mais elle doit encore crier vers Jésus : Fils de David, prends pitié de moi. L’Eglise sera guérie, non parce qu’elle le décidera, mais parce que le Christ répondra à sa prière insistante, parce que le Christ indiquera la voie meilleure. A nouveau, elle pourra suivre le Christ qu’elle avait perdu de vue en ne voyant pas cette souffrance, en taisant ce scandale. 

Le cri des victimes est parvenu jusqu’à Dieu ; la honte de l’Eglise a été exposée. Nous sommes tous invités maintenant à la confiance ; l’Esprit de Dieu saura inventer les chemins de réparation ; l’Esprit Saint fera retrouver le chemin de sainteté. Il nous faut l’écouter ; il nous faut le suivre là où il veut nous emmener. Ce ne sera peut-être pas aussi simple que pour Bartimée, mais au bout, il y aura la même joie, la joie de pouvoir suivre à nouveau le Christ vivant. Amen.

samedi 5 septembre 2020

23ème dimanche ordinaire A - 06 septembre 2020

 Ecoutons la voix du Seigneur !



           Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! L’antienne du psaume de ce dimanche résume admirablement l’ensemble des lectures de ce jour, et nous indique ainsi une voie spirituelle dont nous ne pouvons faire l’économie. L’écoute est la posture fondamentale du croyant face à Dieu. Avant même de parler à Dieu, il nous faut l’écouter. Que ce soit le prophète Ezéchiel, le psalmiste, saint Paul, ou encore saint Matthieu, c’est bien de cela qu’ils nous parlent tous. 

            Le psalmiste avertit : Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre cœur comme au désert, où vos pères m’ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. Ce que demande le psalmiste, c’est la fin de l’ingratitude. Le temps du désert qu’il évoque, c’est le temps de la libération d’Egypte. C’est l’œuvre maîtresse de Dieu vis-à-vis de son peuple. Et pourtant, ce même peuple, loin de se réjouir, se révolte de nombreuses fois au cours de sa marche vers la terre promise. Combien de fois Dieu a-t-il dû écouter son peuple geindre : Ah, c’était bien mieux avant, en Egypte… Pourquoi nous en a-t-il fait sortir ? Était-ce pour nous faire mourir ici ? Avec en arrière-plan, cette question lancinante : n’avons pas été fous de l’écouter et de le suivre ? Peut-être, sans doute même. Des siècles plus tard, Paul invitera les chrétiens de Corinthe à devenir fou pour devenir sage, car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Ecouter Dieu, c’est toujours prendre un risque, mais un risque mesuré puisque Dieu ne veut pour nous que le meilleur. 

            A ceux qui s’interrogent pourquoi écouter Dieu, les réponses sont multiples. Je voudrais en évoquer trois. La première raison que nous avons d’écouter Dieu, c’est parce qu’il nous parle. Il est un Dieu de relation, un Dieu qui entre en alliance avec nous ; et pour que cette alliance soit effective et fructueuse, il nous faut y consentir, donc la comprendre, et pour la comprendre l’avoir écoutée ! Si nous n’écoutons pas Dieu, nous ne saurons jamais ce qu’il attend de nous. Ne nous plaignons pas de ne rien entendre, si nous sommes incapables d’écouter ! Une deuxième raison que nous avons d’écouter Dieu, c’est qu’il peut nous choisir, il peut faire de nous un guetteur pour avertir de sa part, comme il l’a fait pour Ezéchiel. Il se joue quelque chose de plus grand que ma propre existence dans le fait d’écouter ou pas. Il ne s’agit pas que de moi et de ma vie ; l’extrait du prophète Ezéchiel nous montre que la vie des autres passe aussi par mon écoute. Il y a une responsabilité partagée dans la foi et dans l’écoute de Dieu. Nous sommes responsables les uns des autres. Ceci nous amène à la troisième raison que nous avons d’écouter Dieu, c’est que le salut est en jeu. Le bénéfice qu’il y a à écouter Dieu, va au-delà de la vie présente ; écouter Dieu nous prépare à la vie éternelle. Si je n’apprends pas à écouter Dieu dès maintenant, comment l’entendrais-je quand il m’appellera à partager sa joie et son Royaume ? 

            A ceux qui s’interrogent comment Dieu nous parle, la liturgie, par le choix des textes de ce dimanche, répond de multiples manières. Dieu parle par la Loi qu’il a donnée et que le commandement de l’amour résume parfaitement. Cette Loi est Parole de Dieu ; elle est à écouter, elle est à vivre. Il parle aussi par ses Prophètes : eux-aussi sont à écouter et à suivre. Pour nous, chrétiens, Dieu parle par son Fils Jésus ; il est la parole ultime de Dieu livrée au monde. Il ne faut pas seulement croire en Lui, mais l’écouter et le suivre. Les Evangiles en témoignent à chaque page. Il nous parle enfin par le frère et par l’Eglise. C’est tout l’enseignement de Jésus à ses disciples aujourd’hui. Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes… s’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Eglise ; s’il refuse encore d’écouter l’Eglise, considère-le comme un païen et un publicain. Ceci nous montre bien que la Parole de Dieu circule librement, largement. Si elle est peu suivie, c’est peut-être parce qu’elle est peu entendue. Nous pouvons, nous devons toujours mieux faire dans l’écoute de cette Parole que Dieu nous adresse, pour notre vie, pour notre salut. 

            Ne soyons pas comme ceux qui ont tourné dans le désert et y sont morts à force de ne pas écouter Dieu. Ne fermons pas notre cœur ; écoutons la Parole du Seigneur, aujourd’hui, et chaque jour de notre vie. Amen.

 

samedi 1 août 2020

18ème dimanche ordinaire A - 02 août 2020

D'une apparente contradiction à un accomplissement lumineux.






            Je ne sais pas si vous y avez été sensibles comme moi, mais il y a comme une contradiction entre la première lecture et l’évangile de ce dimanche. Une contradiction due à la différence d’attitude entre Dieu et Jésus. Quelque chose semble opposer les deux textes ; quelque chose semble opposer Dieu qui parle dans la première lecture, et Jésus qui parle dans l’évangile. Je m’explique. 

            L’extrait du prophète Isaïe que nous avons entendu provient du chapitre 55, entièrement adressé au peuple de fidèles appelé à repeupler Jérusalem, dont le chapitre 54 annonçait la restauration. Nous avons entendu les trois premiers versets de ce chapitre. Ils sont marqués par l’invitation renouvelée plusieurs fois à profiter des largesses de Dieu : Venez, voici de l’eau… venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait, sans argent, sans rien payer. Je passe sur la contradiction qui ferait frémir plus d’un commerçant : venez acheter… sans rien payer ! Ce n’est plus vraiment un achat, n’est-ce pas ! N’allez pas, demain matin, vous précipiter chez votre épicier pour acheter sans payer, sous prétexte que Dieu l’a dit par son prophète Isaïe. Ce que Dieu a à vendre et qui n’a pas de prix, ce n’est pas quelque chose qui se trouve chez votre épicier. Ce dont parle Dieu, c’est du vin de son amour, du lait de sa Parole. C’est à cela que Dieu invite les fidèles qui vont repeupler la ville de Dieu, Jérusalem. La suite du texte le prouve : Ecoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses… Prêtez l’oreille, venez à moi ! Ecoutez, et vous vivrez. Ecouter, prêter l’oreille, Ecouter : ces verbes ne laissent aucun doute sur ce que Dieu nous vend : il nous vend sa Parole comme source d’une alliance éternelle, une alliance pour la vie, une alliance pour le bonheur. Cette alliance est pour le peuple de ses fidèles. Nous ne trouverons rien d’autre dans le commerce avec Dieu qu’un amour et une Parole ; mais quelle Parole ! Nous pouvons relire toute la Bible, nous constaterons la puissance de cet amour, les bienfaits et l’efficacité de cette Parole. Cet amour et cette Parole n’ont pas de prix ; c’est pourquoi il n’est nul besoin d’argent pour les acquérir. Dieu donne sa Parole au peuple fidèle qu’il rassemble ; Dieu offre son amour au peuple fidèle qu’il appelle. Nous pouvons dire que, dans ce passage d’Isaïe, Dieu régale son peuple !  

           Et c’est là que peut apparaître une contradiction avec l’évangile de ce dimanche. Devant le constat fait par les Apôtres (la foule est trop nombreuse, il faut la renvoyer dans les villages alentours pour que ceux qui la composent puissent avoir à manger), devant ce constat donc, Jésus refuse et invite ses Apôtres à donner eux-mêmes à manger à la foule. Là, devant l’urgence, Dieu ne régale plus ! Imaginez la tête des Douze : ils n’ont que cinq pains et deux poissons. Autant dire que cela ne suffira peut-être même pas pour eux et Jésus. Alors que du temps du prophète, Dieu disait : Venez, voilà que Jésus dit : débrouillez-vous ! C’est du moins ce que nous pouvons comprendre à travers ce : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants ! Vous doublez au moins le nombre de bouches à nourrir. Je laisse les bonnes cuisinières et les bons cuisiniers de l’assemblée me dire comment ils font avec cinq pains et deux poissons. A moins que nous n’ayons mal compris Jésus et mal compris le texte. 

            Il y a une différence de situation entre l’époque d’Isaïe et l’époque de Jésus. A l’époque d’Isaïe, il fallait repeupler Jérusalem avec le peuple resté fidèle malgré l’exil à Babylone. En invitant son peuple à rentrer dans la ville de David, Dieu invite son peuple à une fidélité renouvelée à l’Alliance éternelle qui avait été oubliée quelques années avant. Quand Jésus paraît, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre, une nouvelle alliance qui commence, une alliance qui s’adresse à tous les hommes et dont les Apôtres (ceux qui sont fidèles) ont à témoigner. C’est bien à eux qu’il reviendra d’aimer et d’inviter les peuples à la table du Seigneur. C’est bien à nous, fidèles baptisés, qu’il revient d’inviter la foule qui a faim et soif ; c’est bien à nous, baptisés, de partager avec eux le vin de l’amour de Jésus et le lait de sa Parole. Nous les avons reçus gratuitement, comme jadis le peuple dont parle Isaïe. L’amour du Christ et l’enseignement divin ne nous ont pas été donnés pour que nous les conservions, mais pour que nous les partagions, dans l’esprit de Jésus. Ces paroles bibliques peuvent nous sembler n’être que peu de choses (cinq pains et deux poissons), mais c’est tout ce que nous avons, avec en plus la grâce de la présence de Jésus et de son lien si particulier à celui que nous appelons Dieu et qu’il appelle son Père. Jésus est la Parole de Dieu à l’œuvre ; en Jésus, est tout l’amour de Dieu pour les hommes à qui il a donné vie. Le peu que nous avons, multiplié par la puissance de vie et d’amour de Jésus, suffira toujours à nourrir les foules affamées de vérité, d’amour, de justice, de liberté. Ce pain-là ne fera jamais défaut tant que nous accueillerons dans notre vie les grâces que Dieu nous accorde. 

           A nous il dit, comme au temps du prophète Isaïe : Venez acheter et consommer, sans argent et sans rien payer. Ayant bénéficiés des largesses de Dieu, nous sommes invités alors par Jésus, à donner nous-mêmes à manger à ceux qui viennent vers lui sans trop savoir qui il est. Il sera toujours avec nous pour que nos pauvres paroles reflètent la richesse de sa Parole vivante et éternelle, pour que notre pauvre amour reflète l’immense amour de Dieu. Il sera toujours avec nous pour multiplier à l’infini ce que nous voudrons bien partager de son enseignement et de son amour. Il n’y a pas de contradiction entre Isaïe et l’évangile ; il y a continuité, accomplissement à travers nous, dans la puissance du Ressuscité. Ayons confiance en nous ; ayons confiance en la présence éternelle et véritable de Jésus à nos côtés ; et les foules qui viennent vers Jésus pourront encore longtemps être rassasiées. Il ne faut pas plus qu’un peu d’amour et une parole fraternelle pour que les hommes soient rassasiés, du moment que nous présentions cet amour et cette parole à Jésus et que Jésus les offre à son Père. Tout devient possible : osons cet amour, osons cette parole. Amen.

 

 (Tableau de Yvette METZ, collection Les enfants d'Abraham)


samedi 11 juillet 2020

15ème dimanche ordinaire A - 12 juillet 2020

Une parabole pour nous encourager.





            Nous aurions tort de faire de cette parabole une leçon de morale. Nous aurions tort d’utiliser cette parabole pour essayer de classer les gens en différents groupes, selon qu’ils écoutent un peu, beaucoup ou pas du tout la Parole de Dieu. Cette parabole, comme toute la Parole de Dieu au demeurant, ne veut pas dispenser un cours, mais une invitation ; une invitation à vivre mieux notre propre rapport à Dieu. 

            Si l'on retire d'emblée le bord du chemin qui ne produit rien, il reste trois types de terres qui ne sont pas trois catégories de personnes. Ces trois types de terre (sol pierreux, plein de ronces et bonne terre), c’est chacun de nous, selon les jours, selon les moments vécus. Il y a des jours où la détresse l’emporte, nous rendant sourds à la Parole que Dieu nous adresse. L’épreuve que nous traversons est tellement grande que même Dieu nous a abandonnés, nous semble-t-il ! C’est la situation que nous pouvons connaître aujourd’hui encore, lorsque nous avons mal vécu la crise sanitaire dont nous ne sommes pas encore débarrassés. Les invitations à l’espérance n’ont aucune prise sur nous, nous nous enfermons, nous nous replions et les allègements de mesures, au lieu de nous réjouir, ne font que renforcer notre détresse, notre peur. Quand bien même nous relirions tous les prophètes qui invitent à l’espérance au plus fort de la détresse, rien ne changerait. La Parole ne serait plus que des mots, vides et sans saveur. Je prends l’exemple de la crise Covid parce qu’elle nous a tous touchés ; mais n’importe quelle crise personnelle spirituelle peut avoir le même effet. La Parole de Dieu, si belle et puissante soit-elle, ne nous touche plus ; elle n’atteint plus notre cœur. Nous sommes dévorés par l’angoisse. 

            De même, nous connaissons tous des jours où tout va bien. Pas de crise à l’horizon, pas même un petit nuage. La Parole de Dieu peut retentir en nous, nous aimons la fréquenter. Mais il y a cette petite musique qui interfère avec elle. Un petit souci, souvent pas grand-chose, mais qui nous tient en alerte. La Parole de Dieu devient secondaire ; il y a tant de choses plus importantes qu’elle, nous semble-t-il. Ainsi, pendant le confinement, quand il n’y avait rien d’autre à faire, nous avons été nombreux à avoir une attention renouvelée pour la Parole de Dieu. Il n’y avait que cela à faire. Mais maintenant que la vie reprend son cours, la Bible est rangée, elle reprend la poussière. Ce n’est pas que nous ne l’aimons plus, mais nous avons d’autres priorités. La relance économique ne souffre pas de délais ; c’est notre objectif numéro 1. Dommage pour la Parole qui pourrait donner sens à tout cela. Nous le reprendrons à la prochaine crise ; on ne sait jamais… 

            Enfin, nous connaissons tous des périodes où la Parole est le tout de notre vie ; elle oriente nos choix, guide nos décisions, donne sens à notre action. Nous sommes heureux dans ces moments-là. La Parole entendue, méditée et mise en œuvre porte du fruit, à raison de cent ou soixante, ou trente pour un. Qu’importe le rapport ; ce qui compte, c’est ce qu’elle produit en nous, car elle ne produit toujours que du bien, du mieux. Même les épreuves que nous pouvons traverser ne nous font pas lâcher la Parole. C’est ainsi que devrait être notre vie, chaque jour. C’est ainsi qu’elle peut être chaque jour. Cela ne tient qu’à nous. Car enfin, ce n’est jamais la Parole qui nous quitte, mais bien nous qui la rangeons soigneusement. Cette parabole de Jésus est là pour nous rappeler que le grain de la Parole est toujours semé ; elle nous encourage à rendre la Parole première. Elle est efficace, elle agit, elle ne revient pas [à Dieu] sans avoir fait ce qui [Lui] plaît, sans avoir accompli sa mission. L’assurance du prophète doit devenir nôtre, pour que nous restions bonne terre même lors des plus grandes tribulations. 

            Que ce temps de vacances, ce temps de changement de rythme, soit un temps favorable, non seulement pour reprendre la Parole, mais pour nous attacher à elle plus fortement encore. Et lorsque viendront épreuves et découragements, demandons la grâce de tenir bon pour que la Parole puisse encore produire en nous de bons fruits. Amen.

 

 (Hortus deliciarum, Le semeur est sorti pour semer)

dimanche 2 septembre 2018

22ème dimanche ordinaire B - 02 septembre 2018

Une parole à vivre !







Nous avons assisté en ce dimanche, au cours de cette liturgie de la Parole, à quelque chose d’extraordinaire ! Et je ne suis pas sûr que cela se reproduise une autre fois. Il me semble donc important de le souligner. Cela c’est passé ici à N. comme dans toutes les églises francophones du monde. Il y avait un bout de phrase identique à la première et à la seconde lecture. Il arrive qu’on trouve des redites entre l’Ancien Testament et l’Evangile, mais entre deux lectures, je pense, jamais. Je n’ai pas vérifié tout le lectionnaire dominical, mais, de mémoire, je dirais que cela est unique. Cela ne peut donc pas juste être un hasard. Sans doute Dieu veut-il nous dire quelque chose à travers cette répétition. D’autant plus que cette répétition à quelque chose à voir avec la thématique de la Parole Dieu qui traverse toutes les lectures.

Même si vous avez écouté d’une oreille distraite, vous aurez compris que le sujet de toutes les lectures, c’est la Parole de Dieu, ou, ce qui revient au même, les commandements de Dieu, pour reprendre Moïse et Jésus. Après avoir médité pendant cinq dimanches le discours de Jésus sur le Pain de vie, il semblait normal, à la reprise de la lecture continue de l’Evangile de Marc, de nous intéresser à la Parole de Dieu. Pas seulement pour que le prédicateur vous dise que cette Parole est importante, pas seulement pour qu’il insiste sur l’attention qu’il faut accorder à ce temps pendant la messe. Non, l’Eglise nous parle aujourd’hui de la Parole de Dieu pour nous rappeler, et c’est là justement la répétition qui a lieu, pour nous rappeler donc que cette Parole est une parole à vivre. Moïse disait : Ecoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Et Jacques, dans l’extrait de sa lettre, nous disait : Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter. L’avertissement est clair : écouter la Parole, c’est bien ; c’est un bon début. Mais cette Parole n’est pas donnée seulement pour être écoutée ; elle est donnée pour être vécue, pratiquée. Que voulez-vous, quand Dieu parle, c’est pour mettre l’homme en mouvement. Quand Dieu parle, c’est pour faire vivre l’homme. Nous le voyons dès le premier livre de la Bible : Dieu parle, et l’homme existe, et l’homme vit ! En théologie, on dit que la Parole de Dieu est performative : elle fait ce qu’elle dit. Pour que le croyant soit performatif, il doit faire ce qu’il entend de la part de Dieu. C’est particulièrement vrai des ministres ordonnés puisque le jour du diaconat, lorsqu’il remet au nouveau diacre le Livre des Evangiles, l’évêque accompagne le geste de cette parole : Recevez l’Evangile du Christ que vous avez mission d’annoncer. Soyez attentif à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru et à vivre ce que vous avez enseigné. Mais cela est vrai aussi de tout croyant. La Parole de Dieu ne nous est pas donnée pour faire jolie. C’est une parole à vivre, définitivement et totalement. Moïse avertit : Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne, et vous n’y enlèverez rien, mais vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Personne ne saurait être plus clair ! 

Il nous faut alors nous interroger sur ce que signifie : vivre la Parole de Dieu. En écoutant la controverse entre Jésus et quelques scribes et des pharisiens dans l’Evangile de ce dimanche, nous constatons que ce qui importe, c’est que notre cœur batte au rythme du cœur de Dieu. Et nous le savons, le cœur de la Loi de Dieu, c’est l’amour. L’amour pour Dieu, l’amour pour soi et l’amour pour le prochain. Jacques le soulignait à sa manière en affirmant : Un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde. Et le psalmiste, entre les deux lectures, dressait un portrait sans ambiguïté du croyant véritable : Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice… qui ne fait pas de tort à son frère et n’outrage pas son prochain… qui ne reprend pas sa parole, qui prête son argent sans intérêt et qui n’accepte rien qui nuise à l’innocent. Quand Dieu nous parle, il veut développer en nous les sentiments qui sont les siens ; quand Dieu nous parle, il creuse en nous le désir de vivre la charité ; quand Dieu nous parle, il tourne notre regard vers le frère qu’il nous invite à aimer. Vivre la Parole, ce n’est donc pas d’abord respecter des règles de manière pointilleuse, mais bien laisser traverser par l’amour de Dieu lui-même pour que sa Parole de salut et de vie, passant à travers nous, parviennent à tous les hommes. Pour enseigner Dieu, il faut redire la Parole de Dieu en la traduisant en acte d’amour. Ainsi elle pourra toucher même les cœurs les plus fermés. L’amour est la clé pour une vie meilleure ; l’amour est la clé pour faire comprendre Dieu aux hommes de notre temps. L’amour ne saurait être une corvée ; l’amour doit devenir notre joie, comme nous y invite le Pape François dans Amoris laetitia. 

La Parole de Dieu est donc une parole à vivre, à traduire en acte d’amour. Elle nous est donnée pour que nous la transmettions par une vie amoureuse au service de nos frères. Ce n’est qu’à ce prix qu’elle est véritablement parole vivante, parole qui fait vivre, parole qui donne sens. Mardi, nous avons célébré saint Augustin, évêque et docteur de l’Eglise. Ayant écouté et médité la Parole de Dieu, il a posé cette affirmation que je vous laisse en conclusion ; personne n’a dit mieux que lui la liberté qui est la nôtre quand nous vivons la Parole de Dieu. Emportons cette parole pour la semaine qui vient ; elle nous évitera le rabâchage ; elle nous évitera les attitudes trop scrupuleuses. Saint Augustin nous invite à la juste attitude face à la Parole entendue, en nous disant simplement : Aime, et fais ce que tu veux. Amen.

(Dessin de M. Leiterer)

samedi 18 mars 2017

03ème dimanche de Carême A - 19 Mars 2017

Si tu savais le don de Dieu...




Sur notre route vers Pâques, comment ne pas prendre le temps de nous interroger, à frais nouveau, sur Dieu, sur son projet d’amour pour nous ? La question de Dieu habite l’homme et se pose à lui, sans cesse. La liturgie de ce troisième dimanche de Carême nous montre des hommes et des femmes qui ont affronté cette question. Leur expérience peut nous aider à nous y frotter à notre tour. 
 
Regardez le peuple que Moïse a sorti d’Egypte sous la conduite de Dieu lui-même. Au moment de sa libération, tout est bien : finies les corvées, fini le fouet, finie la misère. Voici le peuple libre, enfin, après des années d’esclavage. Le désert à affronter semble un mal nécessaire du moment qu’il met de la distance entre ce passé douloureux et l’avenir de ce peuple libéré. Mais quand le désert se révèle pour ce qu’il est, un lieu aride, sans eau, voilà que le souvenir de l’Egypte se fait délicieux. Pourquoi nous as-tu fait monter d’Egypte ? Le peuple a déjà oublié les coups, les corvées, l’esclavage. Il a déjà oublié que Dieu lui a rendu sa liberté ! Les récriminations qui montent contre Moïse, et donc contre Dieu qu’il sert, semblent dire que le peuple regrette l’Egypte et la vie qu’il y menait ! Heureusement que Dieu, lui, n’oublie pas son amour ; heureusement que Dieu n’oublie pas son serviteur Moïse qu’il a appelé pour conduire ce peuple vers la terre promise. Aux récriminations, il répond par un don : le don de l’eau, pour que le peuple tourne la page de l’Egypte ; le don de l’eau, pour que le peuple taise ses récriminations et se souvienne toujours que le Seigneur est au milieu de lui. Ah, s’il savait le don de Dieu… 
 
Des siècles plus tard, alors que le peuple est établi sur cette terre promise, voici qu’un homme, Jésus, croise une femme, la Samaritaine, au bord d’un puits. Il a soif ; elle vient puiser de l’eau ; cela tombe bien. La demande d’eau exprimée par Jésus devient le prétexte à un dialogue beaucoup plus profond. C’est comme si, ensemble, l’homme et la femme creusaient un nouveau puits qui permettra une rencontre plus vraie : la rencontre entre cette femme et le Sauveur que Dieu envoie. Comme jadis au désert, cette histoire d’eau est l’occasion de mieux connaître Dieu et son projet. Si tu savais le don de Dieu, dit Jésus à cette femme… Et tout s’enchaîne. Voilà que ce Juif semble connaître cette Samaritaine en vérité ; il l’ouvre à une nouvelle connaissance de sa vie ; nous la sentons bien vite chamboulée, transformée, au point qu’elle en devient missionnaire. Oubliant sa cruche et la raison de sa sortie à l’heure de midi, la voilà qui va chercher les habitants de son village pour les mener à Jésus. Elle croit avoir reconnu le Christ : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? Pour résoudre la question de Dieu dans notre vie, il faut une rencontre, une oreille attentive et le désir de comprendre. La femme n’a rien fait d’autre. Elle aurait pu se contenter de servir à Jésus le verre d’eau demandé, sans entrer en dialogue avec lui ; mais la rencontre, la vraie, n’aurait pas eu lieu. Elle a choisi de s’attarder au puits ; elle a choisi de parler à cet inconnu, Juif de surcroît, avec qui elle n’avait, à priori, rien en commun. L’eau du puits de Jacob qui étanchait la soif a servi de prétexte à Jésus pour révéler l’eau de la vie éternelle qui donne sens à une vie. Comme jadis au désert Dieu a servi à son peuple de l’eau pour que cesse les récriminations, Jésus sert à cette femme, et à tout le village, l’eau de la connaissance de Dieu pour que les hommes croient en lui et reconnaissent en lui le Sauveur du monde. Ils savent maintenant le don de Dieu… 
 
Pour Paul, Dieu n’est plus une question depuis qu’il a croisé le Christ. Dieu, il a appris à le connaître vraiment sur le chemin de Damas quand le Christ ressuscité lui est apparu. Et depuis, il ne cesse de répandre la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Il sait le don gratuit de Dieu qui a livré son Fils pour le salut des hommes, bien qu’ils fussent tous pécheurs. Et pour Paul, c’est là la preuve de l’amour de Dieu pour nous : le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs ! La question de Dieu se résout dans ce geste d’amour de sa part. Le projet de Dieu est donc un projet d’amour envers l’homme. Comment l’homme peut-il ne pas s’en rendre compte ? Comment l’homme peut-il vouloir se débarrasser de Dieu après un tel don ? L’homme refuserait-il d’être aimé de Dieu ? L’homme préfèrerait-il ne pas être aimé du tout plutôt que de reconnaître ce que Dieu fait pour lui ? Paul n’arrêtera jamais de dire aux hommes le don de Dieu pour qu’ils puissent en vivre tous et accueillir le salut réalisé en Christ. Grâce à Paul, les hommes savent mieux le don de Dieu. 
 
Si tu savais le don de Dieu… Voilà une affirmation qui devrait nous titiller durant tout ce Carême, temps favorable pour entrer dans une meilleure connaissance de Dieu et de son projet d’amour pour nous aujourd’hui. A la suite du peuple égaré dans le désert, à la suite de la Samaritaine au bord du puits, à la suite de Paul et des communautés qu’il encourage dans leur foi, nous devons nous ouvrir à l’intelligence de ce don que Dieu nous fait. Pour cela, il nous faut faire taire les récriminations comme le peuple au désert ; il nous faut l’oreille attentive et le désir de la Samaritaine ; il nous faut le souci d’approfondir la foi qui habite Paul. Laissons le Christ nous abreuver à sa source et nous saurons le don de Dieu. Laissons le Christ nous abreuver à sa source et nous vivrons de sa vie. Amen.

(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'Evangile, éd. Les presses d'Ile de France)