Faire route avec Jésus pour le découvrir mieux et l'écouter.
(Gustave Doré, La Transfiguration)
Nous
poursuivons notre route avec Jésus. Il nous emmène, à travers Pierre, Jean et
Jacques, sur la montagne pour prier. Mesurent-ils, ces trois-là, la
chance qu’ils ont d’être là avec lui, pour cet acte éminemment intime d’un fils
conversant avec son père ? Vous aurez beau trouver la prière un brin
ennuyeuse, voir Jésus prier, ça doit être quelque chose. C’est la seule fois,
me semble-t-il, dans l’évangile que Jésus emmène quelqu’un avec lui pour prier.
Il y aura bien, au soir du jeudi saint, le passage au Mont des Oliviers, mais Jésus
s’éloignera de ses disciples pour prier. Ici, ils sont présents, ils assistent
à tout, ce qui nous vaut la restitution de cet événement de la transfiguration.
Au-delà du côté peu banal de la
scène, ce récit nous permet de mieux connaître Jésus. C’est la première raison
de notre marche à sa suite. Jésus, on ne le connaît jamais assez. Et je crois
bien qu’une vie entière ne suffit pas à le connaître parfaitement bien. A mesure
que j’avance dans mon sacerdoce, je me rends bien compte que j’apprends encore,
que je découvre encore qui est Jésus pour moi, qui est Jésus pour les hommes. Et
ce n’est pas forcément parce que je suis lent à comprendre. Année après année,
j’approfondis ma connaissance de celui que je reconnais comme Christ et Sauveur,
parce que Jésus se révèle progressivement, dans les méandres de mon histoire
personnelle. Dans ce récit de la
transfiguration, Jésus se révèle à nous tel qu’il est, réellement, dans
toute sa gloire. Nous comprenons, là, que Jésus n’est pas qu’un homme, si d’aventure
nous l’avions oublié. Nous comprenons, là, grâce à Moïse et Elie apparus
dans la gloire, que Jésus vient accomplir la Loi et les Prophètes ; il
vient réaliser les promesses que Dieu a faites à son peuple. Nous comprenons
que Jérusalem sera le lieu de cette réalisation : ils parlaient de son
départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Nous comprenons qu’ils parlent
ensemble de sa Passion parce que nous avons le recul du temps. Mais la parole
est suffisamment vague pour que les disciples ne fassent pas le lien immédiat
avec la première annonce de la passion que Jésus leur a faite peu de temps
avant dans l’évangile de Luc.
Cette
transfiguration n’est pas un événement qui doit effrayer ; c’est un de ces
événements à garder au fond du cœur, et dont il faudra se souvenir au temps
sombre de la Passion et de la mort de Jésus. La gloire resplendissante sera alors
anéantie par le corps torturé, humilié, exposé du Serviteur souffrant sur la
croix. Mais c’est le même corps, aujourd’hui et demain, qui sera donné à voir à
ses disciples. Le corps du Christ Sauveur, resplendissant de la gloire de Dieu,
est aussi le corps douloureux, le corps portant en lui toutes les souffrances
de l’humanité persécutée, humiliée, déchirée. En assumant totalement notre
humanité, jusque dans ces aspects les plus sombres, Dieu la fait resplendir de
sa gloire et nous ouvre le salut. Si Moïse et Elie apparaissent, c’est bien
pour rappeler le projet d’amour de Dieu, son unique projet révélé par la Loi et
la Parole des Prophètes : que l’homme vive ! Dieu n’a d’autre projet
pour nous que de nous vouloir vivants, pleinement. Jésus, dans sa
transfiguration, vient nous dire que la vie en plénitude, c’est la vie éclairée
par la gloire de Dieu, la vie transfigurée.
A
ceux qui pensent que cette vie n’est que pour après, la voix du Père apporte un
démenti radical. Il ne dit pas grand-chose, Dieu le Père, mais quand il parle,
il vaut qu’on se donne de la peine pour bien l’écouter. Ce qu’il dit, c’est
ceci : Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le !
Cette parole fait partie de l’événement qu’il faut garder au fond de notre cœur.
Elle confirme ce que nous pressentions, à savoir que Jésus n’est pas qu’un
homme ; déjà il est rempli de la gloire de Dieu. Mais cette parole nous
dit surtout comment nous pouvons à notre tour être transfiguré, resplendir de
la gloire de Dieu : en écoutant Jésus, la parole vraie du Père. Ce n’est
qu’en marchant à sa suite, en écoutant sa Parole et en la vivant comme lui, que
nous resplendirons de la gloire de Dieu qui a établi sa demeure en nous. Ne
sommes-nous pas fils et filles de Dieu par notre baptême ? Ne sommes-nous
pas fils et filles de Dieu en Jésus, mort et ressuscité pour nous ? Sa
gloire est notre salut ; le salut qu’il nous apporte est notre gloire. N’est-ce
pas ce qu’affirme Paul aux chrétiens de la ville de Philippes ? Nous
avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur
Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps
glorieux
Faisant
route avec Jésus au long de ce carême, nous avons pu contempler, durant un
instant, la gloire de Jésus, sur cette montagne, en présence de Moïse et d’Elie.
A celui qui veut mieux connaître Jésus, nous n’avons pas d’autre chemin à
offrir que celui de l’écoute de Jésus et celui de sa contemplation. Rien ne
vaut l’enseignement de Jésus en parole et en acte pour nous faire entrer dans
son intimité, pour nous faire entrer dans sa réalité. N’oublions pas non plus
le témoignage de Moïse et des Prophètes : en relisant ce que Dieu leur
avait révélé déjà, nous comprendrons mieux encore que Jésus est celui qui
vient au nom du Seigneur. A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.