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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 6 juin 2026

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ A - 7 juin 2026

Souviens-toi !  







 

            Souviens-toi ! C'est la consigne donnée par Moïse à son peuple pour qu’il n’oublie jamais l’œuvre de Dieu en sa faveur quand, affamé dans le désert, il a reçu de Dieu la manne, et quand assoiffé, Dieu a fait jaillir pour lui l’eau de la roche la plus dure. Souviens-toi ! De la même manière, nous sommes invités aujourd’hui à faire mémoire de l’œuvre du Christ pour nous quand, au soir du jeudi saint, il a partagé à ses disciples le pain et le vin, signes de son corps et de son sang livrés pour nous. L’Eucharistie, instituée ce soir-là, devenait, pour les disciples du Christ et à jamais, la source et le sommet de leur foi, rendant présent pour toujours le Christ dans un morceau de pain et un peu de vin consacré. La solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ que nous célébrons vient nous redire ce grand mystère d’un Dieu qui ne cesse de se donner totalement pour notre salut.

           Souviens-toi de la source de ton salut, le Christ livré sur la croix. Dans un monde en perte de repères, il est bon de pouvoir lever les yeux vers le Crucifié pour découvrir en lui celui qui nous offre sa vie. La croix résume et condense toute l’œuvre de Jésus qui n’a cessé, à travers son enseignement et ses gestes de nous dire l’immense amour de Dieu pour chacun. A nous qui avions si souvent rompu son Alliance, était donné dans ce Corps livré, une Nouvelle Alliance, une Alliance Eternelle, scellée dans le sang versé. Puisqu’en Jésus, Dieu lui-même s’offrait tout entier, personne désormais ne pourrait briser cette Alliance. L’humanité peut choisir de l’ignorer, mais Dieu ne peut pas la retirer, parce qu’il ne peut cesser d’aimer cette humanité pour laquelle il a donné son Fils. La vie du Fils unique de Dieu prend avec elle la vie de toute l’humanité pour la faire passer par la croix et la faire entrer dans la gloire de Dieu. De la croix, nous recevons une dignité nouvelle, celle de fils et de fille de Dieu, que rien, pas même la mort, ne peut nous enlever. Nous pouvons choisir d’y renoncer, mais Dieu ne peut pas nous l’enlever, à cause de Jésus qu’il voit en chacun de nous. Par le sacrifice de Jésus sur la croix, auquel nous participons par notre baptême, qui est une plongée dans la mort et la résurrection de Jésus, Dieu nous reçoit comme ses fils et ses filles. Dans l’acte même qui l’a défiguré, Jésus nous a transfiguré, faisant de nous ses frères et sœurs. Dieu ne peut revenir sur cet acte de salut qui inaugure et fonde la foi des disciples de son Fils.

            Souviens-toi aussi du sommet de ta foi. Tu es appelé à plus grand que ta vie ici-bas. Tu as un avenir auprès de Dieu, pour toujours. La Foi est toujours accompagnée par sa sœur Espérance. L’Eucharistie, qui nous fait faire mémoire de Jésus qui est mort et ressuscité, nous tourne aussi vers notre avenir, le retour du Christ dans la gloire qui nous verra entrer dans la gloire de Dieu. Au cœur de la prière eucharistique, il y a ce chant de l’anamnèse qui résume bien cela. A l’invitation du prêtre : Il est grand le mystère de la foi, nous répondons : nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection (voilà pour la source de notre foi), nous attendons ta venue dans la gloire (voilà pour notre espérance et le sommet de notre foi). Il n’y a rien de plus grand et de plus beau, de plus actuel et en même temps de plus engageant pour l’avenir, que l’Eucharistie. Dieu se donne tout entier et nous donne tout, pour aujourd’hui et pour demain. Ce sacrement est le Pain des forts, de ceux qui ont fait le choix de vivre selon l’enseignement de Jésus Christ et qui puisent dans ce pain et ce vin partagés la force de tenir bon chaque jour. Mais l’Eucharistie est aussi le Pain d’efforts qui nous encourage, nous nourrit et nous permet de nous relever pour reprendre la route à la suite du Christ lorsque nous sommes tombés sur le chemin. Elle n’est pas la récompense pour enfants sages que certains nous présentent ; elle est l’indispensable nourriture pour celles et ceux qui se reconnaissent enfants de Dieu, mais se savent aussi pécheurs et qui ont besoin que Dieu les nourrisse pour qu’ils ne relâchent pas leurs efforts à la suite du Christ. Dieu, par l’Eucharistie, veille sur nous pour que nous arrivions à bon port. Il n’y a rien de plus grand dans la vie d’un chrétien que de recevoir ce Pain des anges ; il n’y a rien de plus utile dans la vie d’un chrétien que de communier au Christ pour que sa vie se diffuse en eux ; il n’y a rien de plus urgent pour les chrétiens que de rendre gloire à Dieu pour ce don sans cesse renouvelé et pour sa présence permanente dans notre monde. C’est pour cela, entre autres, qu’elle est le sommet de notre foi.

             Souviens-toi enfin que, sauvé par le Christ livré sur la croix et ressuscité d’entre les morts, tu es invité à conformer ta vie à son Evangile. La Foi et l’Espérance ont une troisième sœur qui se nomme Charité, par laquelle les chrétiens rendent le Christ présent et agissant auprès de celles et ceux qui ont moins de chance, auprès de celles et ceux qui sont blessés par la vie, auprès de celles et ceux qui ont perdus toute espérance. L’Eucharistie que nous recevons nous renvoie toujours vers eux quand le prêtre ou le diacre conclut la célébration par : Allez dans la paix du Christ. Il faut entendre, dans cet ultime souhait, un envoi vers nos frères et sœurs en humanité pour témoigner de ce que nous avons vécu et pour les aider très concrètement dans leur vie humaine et, quand cela est possible, de les aider aussi dans leur vie de foi. L’Eucharistie construit ainsi l’Eglise pour en faire ce lieu de rassemblement de toute l’humanité voulue par le Christ.

Que notre Eucharistie nous redonne le goût et le sens de ce rassemblement où s’origine notre foi, se construit notre avenir et où notre aujourd’hui trouve son sens plénier : nous unir toujours plus au Christ qui nous aime et nous sauve. Amen.


samedi 21 mars 2026

5ème dimanche du Carême A - 22 mars 2026

 Répétition générale ?




(Icône russe, La résurrection de Lazare)


 

            Vous avez le droit d’être légitimement choqué par l’attitude de Jésus qui, à l’annonce de la maladie de Lazare, non seulement ne se précipite pas à son chevet, mais semble faire exprès de prolonger son séjour de deux jours et d’attendre l’annonce de la mort de son ami ; et qui plus est, se réjouit de n’avoir pas été là. Mais passé le choc, il vous faut entendre la raison invoquée par Jésus lui-même : à cause de vous, pour que vous croyiez. C’est donc à cause de nous qu’il a tardé, à cause de notre manque de foi, ou pour le dire plus positivement, pour renforcer notre foi. Se pose alors la question suivante : pourquoi, en vue de quoi, Jésus doit-il renforcer la foi de ses disciples, et donc notre foi ?


            
La principale raison vient de l’incompréhension par les disciples du discours que leur tient Jésus. Jean s’en fait l’écho quand il rapporte les paroles de Jésus : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Les disciples ne comprennent pas plus les métaphores de Jésus que ses paraboles. Plusieurs fois, Jésus a dû les expliquer. Pour cette métaphore du sommeil, il devra être plus clair. Mais même quand il l’est, ils ne comprennent pas bien. Jésus leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c'est-à-dire Jumeau) dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » Il est sympa, Thomas, mais il oublie un détail : la mort n’est pas romantique, ce n’est pas un acte joyeux par nature. Cette incompréhension du discours de Jésus peut vite se transformer en incompréhension de sa mission et de sa vie. Les événements que nous célèbrerons durant la Semaine Sainte qui approche, en témoignent largement. Ne comprenant pas Jésus, ne comprenant pas ses discours ou le sens de sa vie et de sa mission, les disciples peuvent avoir une foi trop fragile, trop superficielle, et se montrer incapables d’affronter les événements à venir, Jésus marchant désormais résolument vers Jérusalem, vers sa propre mort. Alors oui, peut-être fallait-il que Lazare meure juste avant ses événements pour que leur foi en soit plus profonde. Et la nôtre par la même occasion.

            Vue sous cet angle particulier, la mort de Lazare, tout en restant un moment douloureux pour ses sœurs et ses amis, dont Jésus lui-même, peut sembler comme une grande répétition, ou à tout le moins comme un message clair au sujet de ce qui va arriver à Jésus quand il sera cloué en croix et mis au tombeau. En rendant Lazare à la vie et à ses sœurs, Jésus ne vient pas rendre la mort romantique, ou facile à vivre. Il vient affirmer qui il est, d’où il vient. C’est le prophète Ezéchiel qui avait pourtant averti son peuple, jadis, quand il rapportait la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter. Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez. Les morts qui ressuscitent, c’est le signe par excellence de la venue du Seigneur au milieu de son peuple. Avec la résurrection de Lazare, les disciples ne sont pas invités à croire que la mort, ce n’est rien, qu’elle ne doit pas nous affecter ; Jésus lui-même se mit à pleurer en se rendant au tombeau de son ami. Jésus ne demande pas aux siens, à nous, d’être inhumains devant la mort ; il nous invite à voir au-delà de la mort, à comprendre que la mort n’est plus le dernier mot de la vie des hommes. Et voir plus loin que la mort demande un acte de foi. Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. Saint Irénée de Lyon, au IIIème siècle dira : La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu. C’est cette compréhension qui manque encore aux disciples de Jésus et que la mort de Lazare doit leur enseigner. Dieu ne se réjouit pas de la mort des hommes ; il envoie son Fils Jésus pour les libérer de la mort, et Jésus réalise cela par le don de sa propre vie sur la croix, c'est-à-dire par l’acceptation de sa propre mort. La mort et la réanimation de Lazare doivent apprendre aux disciples à « gérer » la mort de Jésus, à voir plus loin que la croix, à voir plus loin que le scandale de la mort de l’Innocent. Jésus est venu délier l’homme des bandelettes qui le retiennent dans la mort. Il est venu vaincre la mort, une fois pour toutes. Beaucoup de Juifs ne s’y sont pas trompés : ils crurent en lui.

            A la question de savoir si les disciples ont compris l’enseignement de Jésus, ne répondons pas trop vite pour nous. La théologie de salon est facile. Mais c’est devant le cercueil tout juste fermé d’un être aimé qu’il nous faut être capable de croire encore. C’est devant la tombe fraichement refermée sur un cher disparu qu’il faut être capable de dire comme Marthe : Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. C’est quand la mort nous touche de très près que notre foi doit se montrer forte pour nous aider à surmonter l’épreuve du deuil. La foi ne rend pas le deuil facile ; elle permet de l’appréhender et de voir plus loin. Remercions Lazare et Jésus de cette répétition grandeur nature, et prions Dieu de faire grandir encore notre foi en Jésus, vainqueur de la mort. Nous en aurons besoin au pied de la croix. Nous en aurons besoin quand la mort frappera à notre porte. Amen.

samedi 7 février 2026

5ème dimanche ordinaire A - 8 février 2026

 La foi, un art de vivre pour tous les jours.





 

            Comment ne pas penser immédiatement au prophète Isaïe quand Jésus dit à ses disciples qu’ils sont la lumière du monde ? Le rapprochement que fait la liturgie de ce dimanche est totalement juste. N’oublions pas qu’en juif croyant, Jésus connaît le texte du prophète, il n’y a pas à en douter, et s’inscrit pleinement dans son héritage. Il reprend ainsi une veine très ancienne de l’enseignement biblique : la foi, si elle est affirmation d’une relation à Dieu, est aussi un art de vivre qui nous tourne vers les hommes et les femmes de notre temps que Dieu met sur notre route.

            Nous savons depuis longtemps, en fait depuis que Dieu a choisi de sauver son peuple d’Egypte, qu’il avait fait de celui-ci son peuple particulier. Un peuple choisi, non parce qu’il serait le préféré de Dieu, mais pour qu’il soit, par sa vie, le guide pour conduire les autres nations à la connaissance du vrai Dieu. En voyant Israël vivre avec Dieu, cela devait donner envie de faire de même. Il faut bien entendre ce que Jésus dit à ses disciples : Vous êtes la lumière du monde… On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. La tournure on n’allume pas une lampe laisse bien entendre que cette position de peuple particulier n’est pas auto-attribuée, mais bien une vocation, un appel de Dieu. Il est celui qui allume la lampe qu’est le peuple libéré d’Egypte, pour qu’il soit un signe, pour qu’il éclaire tous les peuples par sa Loi et par sa vie avec celui qui l’a appelé. Outre le prophète Isaïe, le psalmiste souligne lui-aussi cette vocation au bien universel qui passe par le bien fait et vécu dans un peuple, celui que Dieu a choisi. Alors quel est cet art de vivre ?

            Il est caractérisé par une attention à tous, et particulièrement aux petits : L’homme de bien a pitié, il partage… à pleines mains, il donne aux pauvres, pour ne citer en exemple que le psaume 111 par lequel nous avons répondu à la Parole de Dieu en ce dimanche. Le prophète Isaïe, quant à lui, est plus précis : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable… Voilà pour des actes à visée particulière parce qu’il nous oblige envers ceux qui ont moins de chance que nous. Mais il cite aussi des attitudes plus générales, qui ne visent pas un groupe particulier, mais une attitude plus profondément ancrée en celui qui se dit ami de Dieu. Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, voilà des attitudes qui ne visent pas à soulager certaines personnes mais bien à éradiquer le mal à la racine. Il s’agit bien de libérer notre cœur de toute trace du mal, non seulement le mal que l’on fait, mais aussi le mal que l’on profère et que l’on impose aux autres. L’art de vivre que promeut le prophète nous rapproche alors de la manière de vivre de l’homme avec Dieu qui existait jadis, au jardin d’Eden, à savoir un monde d’où le mal était absent, parce qu’il était entièrement tel que Dieu l’avait voulu et réalisé pour l’homme.

            Nous pouvons relire les récits de la Genèse, et les méditer. Mais ne le faisons pas pour dire que c’était mieux avant, mais bien pour y puiser la volonté de vivre, dès ici-bas et maintenant, tel que Dieu attendait que nous vivions pour toujours avec lui, avant la désobéissance de nos premiers parents. Ne soyons pas seulement convaincus qu’un monde sans mal, c’est bien, c’est mieux ; mais construisons ce monde, refusons toute forme de mal, d’envie, de jalousie. Engageons-nous, dans notre quotidien, à construire par de petits gestes personnels, un monde d’où le mal est exclu, un monde qui serait baigné par la lumière du Ressuscité, qui à travers nous, rejaillirait sur le monde. Un monde nouveau est possible ; il suffit d’y travailler, chacun à notre échelle. C’est par les petits pas faits par chacun que la lumière du Christ brillera sur le monde, parce que la lumière qu’il a déposée dans le cœur de chaque croyant resplendira pour tous.

            Et nous comprenons que la foi ainsi vécue devient à nouveau intéressante pour celles et ceux qui ont soif d’un monde qui permette à tous de vivre, d’être respecté et reconnu à sa juste valeur. Cet art de vivre est accessible à tous, quelle que soit sa religion d’origine, parce que la paix, l’entraide, le respect, le refus du mal ne sont réservés à aucune religion en particulier, mais devraient être justement ce qui les rapproche et leur permet de vivre ensemble sur une même terre, au service du bien de tous. Puisse notre eucharistie nous donner le goût d’agir, pour ce qui dépend de nous, sans attendre que les puissants s’y mettent pour ce qui dépend d’eux. Les petits pas individuels ont quelquefois plus d’impact que les grandes théories et les grands traités. Nous pouvons décider chacun, que le mal ne passera plus par nous ; nous pouvons décider chacun, que le bien sera notre quotidien. Que Dieu nous aide à vivre ainsi notre foi au service du bien de tous. Amen.

samedi 3 janvier 2026

Epiphanie de notre Seigneur - 4 janvier 2026

L'Epiphanie, du droit du sol au droit de la foi.




(Source Pinterest) 



 

            Le mystère de Noël se déploie chaque année dans trois moment clés de la révélation de Jésus au monde : il y a bien sûr Noël que nous avons célébré, l’Epiphanie que nous célébrons aujourd’hui, et le baptême de Jésus que nous célèbrerons dimanche prochain. Si c’est le même mystère qui est célébré, pourquoi le faire en trois étapes ? Qu’ajoute l’Epiphanie à Noël ? En quoi cette solennité nous permet-elle d’entrer mieux encore dans ce mystère d’un Dieu fait homme ?

            La nuit de Noël, nous avons célébré Dieu venu en notre chair. Dans l’Enfant nouveau-né, Marie et Joseph ont accueilli dans leur couple le Fils de Dieu fait homme. Le nom qu’ils lui ont donné, conformément à la parole de l’ange, dit à tous qu’en lui Le-Seigneur-sauve. C’est le sens même du nom Jésus. L’autre nom, révélé jadis par les prophètes, Emmanuel, dit la proximité de Dieu à son peuple : Emmanuel se traduisant par Dieu-avec-nous. C’est aussi ce que les anges ont révélé aux bergers : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Cette parole ne fait sens que pour ceux qui sont issus de ce peuple que Dieu s’est donné et qui attend, depuis le temps de l’Exil, la venue du Messie qui le libèrera définitivement de l’oppression étrangère. Le Dieu d’un peuple donne à son peuple le Sauveur tant attendu. Il nous faut alors nous rappeler ce que dit Jean dans le prologue de son Evangile : Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. La fête des Saints innocents, célébrée entre Noël et l’Epiphanie est un souvenir dramatique de ce refus d’Hérode d’accueillir celui que Dieu envoie dans le monde. La peur et la folie d’un seul a entrainé le massacre de milliers d’enfants, pour que ce nouveau-né ne vienne pas troubler davantage la vie d’un roi sous contrôle étranger. C’est cela aussi le mystère de Noël. La beauté de nos crèches ne doit pas nous faire oublier la cruauté et l’indifférence qui ont entouré cette naissance. Jésus ne semble pas le bienvenu chez lui : de la salle commune où il n’y avait plus de place au palais d’Hérode où il était inconcevable de lui faire une place, il n’y a que refus d’accueillir, incapacité à reconnaître que Dieu entre dans le monde en Jésus enfant. Seuls les pauvres et les exclus, c'est-à-dire ceux qui ont en eux l’espérance d’un Sauveur, viennent à la crèche reconnaître le roi du monde.

            Avec la solennité de l’Epiphanie, quelque chose de neuf arrive qui vient briser le cycle de l’exclusion. Matthieu le raconte ainsi : Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. Là où les locaux sont incapables de s’ouvrir à la bonne nouvelle, voici que des étrangers, venus de loin, cherchent et finissent par trouver celui dont ils ont vu l’étoile. Après leur passage chez Hérode, ils reprennent la route et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’Orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Elle est manifestée ici la nouveauté de l’Epiphanie. Nous pouvons l’entendre ainsi : le Dieu d’un peuple particulier se révèle au monde entier pour faire comprendre qu’il n’est pas seulement venu sauver les siens, mais tous les hommes. Saint Jean, dans son prologue a écrit : Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ce n’est donc plus seulement l’appartenance à un peuple qui ouvre au salut, mais la foi en celui qui est venu dans le monde, d’où que vienne celui qui croit. Il n’y a plus de privilège ou de préférence nationale ; il y a une universalité du salut qui est clairement affirmée par la visite de ces étrangers. Le peuple que Dieu se donne désormais n’est pas lié à un droit du sol, il est lié à un droit de la foi exprimée. Heureux mages qui nous valent de pouvoir devenir enfants de Dieu, alors même que le sol qui nous a vu naître, est loin du pays d’Hérode. Précurseurs de la foi des nations, ils nous permettent d’entrer dans ce peuple nouveau rassemblé par la foi en ce Fils unique de Dieu, plein de grâce et de vérité.

             De ce fait, l’Epiphanie a une conséquence éthique indéniable : elle ne nous permet plus de parler des étrangers comme étant indésirables, puisque c’est par des étrangers que la nouvelle de la naissance du Sauveur s’est fait connaître. A moins de rallier le camp d’Hérode pour qui ces étrangers sont des gêneurs qui vont nous priver de sommeil et de tranquillité, l’étranger devient un frère à accueillir, un frère qui porte pour moi une bonne nouvelle, un frère que Dieu me donne. Nous voici obligés à un nouveau regard, à un nouvel art de vivre qui bouscule nos nationalismes et nous ouvre à la catholicité, cette manière nouvelle de concevoir les relations humaines, cette manière nouvelle de concevoir la relation à Dieu. Il n’est plus le Dieu d’une terre, il est le Dieu de tous les hommes, celui qui s’est fait homme en Jésus. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est réduire la catholicité à un pays, un continent. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est refuser à Dieu d’être le Père de tous les hommes. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est prendre le risque de mettre le Fils de Dieu à la porte de notre vie puisqu’il se manifeste à nous par eux aussi. Ne pas reconnaître en l’étranger un frère, c’est refuser de construire avec ce Nouveau-né le Royaume nouveau qu’il inaugure et pour lequel il donnera sa vie. Le fait que ce soient des étrangers qui viennent en Jésus adorer leur Dieu, acclamer leur Roi et reconnaître leur Rédempteur n’est pas juste une composition littéraire ; c’est une vision théologique de ce que sera cet Enfant, de ce que sera sa mission, de ce que doit être le monde. Jésus l’affirmera dans sa grande prière à la veille de sa mort : Qu’ils soient Un comme nous sommes Un.

            Et voilà que cette belle histoire pour enfant sage devient un marqueur fort de ce que sera la vie et la mission de ce Nouveau-Né, Dieu-fait-homme pour le salut de tous. Ne restons pas enfermés dans nos petites visions de ce que doit être Dieu, de ce que doit être notre monde. Ouvrons-nous à la catholicité voulue par Dieu et construisons cette fraternité universelle qui n’est que la conséquence logique de l’irruption de Dieu dans le monde des hommes. Qu’ils soient nombreux, ces mages venus d’Orient, qui nous font découvrir la nouveauté de Dieu qui se fait l’un de nous pour que nous puissions devenir à nouveau comme lui. Ainsi nous parviendrons au salut, cette vie en Dieu et avec Dieu pour toute éternité. Amen. 

samedi 15 novembre 2025

33ème dimanche ordinaire C - 16 novembre 2025

 Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.





(Foi, espérance et charité, Source Pinterest)



 

 

            La fin de l’année liturgique approche, et déjà nous sont donnés à entendre des textes de type apocalyptique, non pas pour nous effrayer, mais pour nous faire entrer dans la révélation des fins dernières. Ne l’oublions pas, en effet : l’histoire de l’humanité aura une fin. Peu importe quand, peu importe comment. Ce qui compte pour nous, c’est d’intégrer cette fin et de vivre chaque jour dans cette perspective ultime : le Seigneur va revenir, notre espérance n’est pas vaine, notre salut est proche.

            L’évangile de Luc, au-delà des catastrophes annoncées, nous invite à la confiance, car, dit Jésus, pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Pour rassurer ceux qui rencontrent quelques difficultés capillaires, comprenez que pas un cheveu de votre tête n’est tombé pour rien. Personne ne maîtrise totalement ce qui lui arrive, mais le Seigneur nous assure que lui, il veille, même sur le moindre de nos cheveux. Rappelons-nous toujours que nous avons du prix pour Dieu, et que son projet pour nous ne comprend pas notre perte ; son projet pour nous est un projet de salut, intégral. Nous serons sauvés corps et âme. Il nous faut rejeter Platon et Socrate qui pensaient que le corps était un tombeau pour l’âme, tombeau duquel elle devait se libérer. L’homme est corps, âme et esprit, et c’est tout cela qui sera sauvé : Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. D’où vient alors la crainte des fins dernières ?

            Peut-être principalement d’une mauvaise interprétation des textes et d’une prédication destinée à faire peur à certaines époques, il faut bien le reconnaître. Ensuite, le seul fait que les textes parlent de catastrophes ne nous incitent guère à la confiance. Personne n’aime les temps difficiles ; personnes n’aiment les catastrophes, fussent-elles naturelles ; personne n’aime les guerres et les persécutions. Si les textes convoquent ainsi nos grandes peurs, est-ce pour nous dire que cela arrivera réellement ou plutôt pour nous dire que même nos plus grandes peurs ne doivent pas effacer notre espérance ? L’affirmation de Jésus : C’est par votre persévérance que vous garderez la vie, m’incite à pencher pour cette seconde hypothèse. L’annonce de ces catastrophes doit renforcer notre foi en la puissance de Dieu, renforcer notre espérance du salut réalisé par Jésus mort et ressuscité pour nous. Puisque Jésus est vainqueur de la mort et du péché, nous avons notre victoire en lui si nous nous attachons à lui dans la foi et vivons de lui dans une réelle charité. N’est-ce pas la promesse ancienne du prophète Malachie : Pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. 

        Les fins dernières, plutôt que de nous inquiéter, doivent nous stimuler dans un art de vivre conforme à l’Evangile du salut proclamé par Jésus Christ. Faut-il rappeler que Foi, Espérance et Charité sont les vertus théologales, c'est-à-dire les vertus qui nous tendent vers Dieu, parce que, justement, elles viennent de Lui. Personne ne vit de foi, d’espérance et de charité de sa propre initiative. Ces vertus sont le fruit de l’accueil de la grâce de Dieu dans notre vie. Elles nous permettent de lutter contre leurs opposés que sont les vices de l’incrédulité, de la désespérance et de la haine. La célébration de l’eucharistie est le sacrement qui nous permet le mieux de lutter contre eux, parce qu’elle nous fait célébrer le cœur de notre foi – Jésus qui se donne dans son corps et son sang pour notre vie – ; proclamer notre espérance dans l’anamnèse – Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire – et enfin nous invite à vivre dans la charité en nous renvoyant chez nous, à la rencontre de nos frères et sœurs en humanité – Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie.

            Que notre célébration de l’eucharistie dominicale nous maintienne dans la foi au Christ mort et ressuscité ; qu’elle renforce notre espérance dans le salut qu’il nous offre ; qu’elle nous fasse vivre une véritable charité envers tous ceux que Dieu met sur notre route. Ainsi nous avancerons avec confiance dans notre vie, et nous parviendrons au Royaume où Dieu nous attend. Avec lui, nous nous réjouirons ; avec lui, nous vivrons pour toute éternité. Amen.   

samedi 18 octobre 2025

29ème dimanche ordinaire C - 19 octobre 2025

Persévérer, oui mais quand ce n'est plus possible ?




(Tableau d'Arcabas)





            C’est assez rare pour être souligné ; il y a, aujourd’hui, une belle unanimité entre les trois lectures entendues. Toutes, d’une manière ou d’une autre, nous invite à la persévérance en matière de foi. Nous pouvons le vérifier immédiatement. Dans le Livre de l’Exode, cela est suggéré ainsi : Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Dans la deuxième lettre à Timothée, c’est l’interpellation de Paul qui ouvre le passage entendu : Bien-aimé, demeure ferme dans ce que tu as appris… et encore Interviens à temps et à contretemps. Et dans l’Evangile, c’est l’introduction qui précise : Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager. Ces paroles sont suffisamment claires pour qu’elles puissent se passer de commentaire. Demeure alors une question : Persévérer dans la foi ou la prière, d’accord, mais quand cela ne semble plus possible, on fait quoi ?

            Nous avons tous connu de ces moments compliqués où laisser la foi ou la prière de côté semblait plus simple. De nombreux contemporains l’ont fait. Peut-être l’avons-nous fait durant une période de notre vie et qu’à la faveur d’un événement particulier, heureux ou malheureux, nous sommes revenus à la foi et à la prière. Ou bien, sans laisser tomber complètement, nous avons juste oublié. Quel confesseur n’a jamais entendu : je ne prie pas assez ! Je ne crois plus assez ! C’est plutôt normal, quand on prend sa vie spirituelle au sérieux, de constater des moments de sècheresse, de vide voire d’abandon temporaire. Si nous connaissons quelqu’un qui vit cela en ce moment, est-ce vraiment le meilleur conseil à lui donner que de lui dire : Persévère ? Peut-être, mais ce n’est pas suffisant, je m’en rends bien compte. Alors que faire ?

            Le livre de l’Exode nous indique une voie à suivre ; elle se nomme Aaron et Hour dans l’histoire entendue. Elle se nomme amis et communauté croyante dans le concret de notre vie. Je m’explique. Israël est une fois de plus en guerre contre un peuple voisin, dérangé par cette longue colonne d’étrangers qui traverse son territoire. Pendant la bataille, Moïse, Aaron et Hour se tiennent au sommet d’une colline. Moïse avait prévenu Josué : Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main ». Et ceci fut fait. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient. Voyez-vous, même les grands, même les très grands comme Moïse, qui parlait avec Dieu face-à-face, sont pris de faiblesse, même si elle n’est que physique comme pour Moïse. Essayez donc de garder les mains levées toute une journée, et vous comprendrez. La fatigue de Moïse allait-elle condamner Israël à la défaite ? Aaron et Hour veillent : ils ont d’abord fait assoir Moïse, puis ils lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée.

            La solution, nous venons de l’entendre, c’est de ne pas affronter l’épreuve, la fatigue spirituelle, tout seul. Appuyons-nous sur les autres et permettons à d’autres de s’appuyer sur nous. C’est cela aussi faire communauté, faire Eglise. Nous sentir responsables de la foi des autres ; nous sentir responsables de la prière des autres. Non pas en leur rappelant qu’ils doivent prier ; mais en les portant dans notre prière quand nous remarquons qu’ils ne vont pas bien, que le doute les envahit, que les soucis prennent le dessus dans leur vie. Et n’hésitons pas, quand cela nous arrive, à demander l’aide de la communauté pour nous tenir la main, comme Aaron et Hour l’ont fait pour Moïse. Nul ne peut vaincre tout seul. Certes, Dieu est avec nous ; mais il n’empêche que Dieu se manifeste à nous, aujourd’hui encore, par ceux et celles qu’il met sur notre route. Celui qui a donné Aaron et Hour à Moïse, nous a donné des amis et une communauté croyante. Si notre amitié est vraie, si nos communautés sont bien vivantes, elles auront la force de porter et supporter les plus faibles ; elles auront le réflexe de tenir la main de ceux qui fatiguent. C’est pour cela que personne ne peut vivre sa foi et sa prière tout seul, dans son coin. C’est pour cela que la foi et la prière ne peuvent pas être reléguées à la seule vie personnelle ; elles ont toutes deux une dimension éminemment communautaire.

             Ne restons jamais seul ! Un chrétien seul est un chrétien en danger ! Que nos communautés soient ferventes, non pas par l’addition de la ferveur de chacun, mais par souci de celles et ceux qui la composent et qui ont besoin de cette ferveur collective pour ne pas perdre leur ferveur personnelle. Que notre manière de faire communauté donne envie d’y participer et de la faire vivre encore mieux. Prions sans relâche les uns pour les autres. Que chacun se sente le droit de s’assoir comme Moïse et de se laisser soutenir. Que chacun ait aussi assez d’attention pour soutenir celui qui en a besoin. Ainsi triompherons-nous ensemble dans les moments difficiles, avec la grâce de Dieu. Amen. 

samedi 25 janvier 2025

26 janvier 2025 - 3ème dimanche ordinaire C

 Crois-tu cela ?

(Homélie donnée lors de la célébration oecuménique célébrée aujourd'hui dans notre communauté)



(Icône de Nicée, source Wikipédia)





    Crois-tu cela ? En cette année où les chrétiens célèbrent le 1700ème anniversaire du Concile de Nicée qui a défini les mots de la foi chrétienne, c’est le mot d’ordre retenu pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Comme nous l’avons entendu dans l’introduction de cette célébration, c’est la question de Jésus à Marthe qui pleure la mort de son frère Lazare. 

        Crois-tu cela ? Lorsque Marthe accueille Jésus qui arrive enfin, elle semble reprocher à celui-ci d’avoir pris le chemin des écoliers plutôt que d’accourir sans délai lorsqu’il a été prévenu de la maladie de son ami : Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Sans doute espérait-elle un geste, une de ces guérisons dont Jésus a le secret. Après tout, Jésus fait presque partie de la famille ; ils l’ont reçu à leur table ; ils ont droit à quelques égards, non ? Jésus ne s’offusque pas de la question et pose une affirmation surprenante : Je suis la résurrection et la vie. Ceux qui croient en moi, même s’ils meurent, vivront, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Il faut oser poser cette affirmation ; il faut oser l’entendre aussi. Et la reconnaître pour vrai. D’où la question de Jésus : Crois-tu cela ? Nous pouvons décliner cette unique question en une multitude d’autres. Crois-tu que je sois plus qu’un ami pour vous ? Crois-tu que je sois plus qu’un prophète ? Crois-tu que je sois plus qu’un grand homme ? Crois-tu que je sois la résurrection et la vie, c'est-à-dire que je viens bien de Dieu, et que je partage avec lui la vie en plénitude ? Cette question unique à Marthe va comme hanter les premiers chrétiens ; elle nous hante, ou devrait nous hanter encore. 

        Crois-tu cela ? Cela fait 1700 ans que les chrétiens ont défini les mots de la foi qui les rassemblent encore aujourd’hui. Ils sont plus forts que nos séparations, plus forts que nos divergences théologiques. Ils sont les mots qui nous font vivre. Cet anniversaire nous renvoie au début d’une période marquée par la foi chrétienne. Ils jaillissent après des années d’enfouissement et de persécution. Ils jaillissent de la Parole de Dieu après des querelles internes pour savoir comment parler justement du mystère de l’Incarnation et du mystère de la Rédemption. Jésus est-il vrai Dieu et vrai homme ? Jésus ne serait-il pas plutôt un grand homme qui a joué à Dieu ? Et si Jésus est réellement Fils de Dieu comme il l’affirme, comment Dieu peut-il mourir sur une croix ? Jésus n’était-il pas plutôt un homme envahi par l’Esprit de Dieu, mais dont l’Esprit s’est retiré avant qu’il ne meure, Dieu ne pouvant pas mourir ? Les querelles sont nombreuses à l’aube de la libération de notre foi, et les querelles qui suivront des siècles plus tard nous semblent alors futiles. Elles ont pourtant donné naissance à des Eglises diverses qui proclament les mêmes mots de la foi que ceux définis à Nicée. 

        Crois-tu cela ? La question n’est pas formulée ainsi au soir du huitième jour après Pâques, lorsque Jésus apparaît une nouvelle fois à ses disciples, cette fois en présence de Thomas. Pendant huit jours, les dix autres disciples ont essayé de le convaincre, de l’amener à la foi en Jésus mort et ressuscité. Mais Thomas, n’ayant pas fait comme eux l’expérience de le rencontrer ; Thomas, n’ayant pas comme eux reçu l’Esprit Saint que Jésus avait soufflé sur eux, Thomas donc résiste : Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! Tout ce qu’il demande, c’est de voir comme eux, c'est-à-dire de faire la même expérience qu’eux. Il veut croire, mais à sa manière, à ses conditions, comme les Dix ont cru, à leur manière à la vue des signes. Ne le blâmons pas, Thomas ; nous sommes comme lui. Nous voudrions des preuves, des signes, au moins une prière exaucée de temps en temps pour vérifier que nous ne parlons pas à un tombeau vide ! 

        Crois-tu cela ? C’est la question qui nous est posée par trois fois, lors de chaque nuit pascale, lorsque nous renouvelons la foi de notre baptême. Peut-être avons pris l’habitude de répondre machinalement à ces questions, parce que la liturgie de l’Eglise prévoit que nous disions, comme un seul homme : Je crois. Il faudrait alors que l’anniversaire du Concile de Nicée soit l’occasion de reprendre chez nous, calmement, ce beau texte qui définit la foi des chrétiens et que nous proclamerons ensemble dans un instant. Les catholiques le connaissent bien en latin, puisque c’est le texte que nous proclamons lorsque nous chantons notre foi dans cette langue liturgique. Mais le dire en français devient presque impossible. Je l’ai tenté une fois sur cette communauté de paroisses ; j’ai reçu les critiques les plus vives qui soient, me demandant de justifier l’utilisation de ce texte bizarre et pourtant vénérable. C’est tout juste si l’on ne me reprochait pas de changer la foi de l’Eglise, alors que c’est ce texte qui la définit le mieux. 

        Crois-tu cela ? Ce n’est ni une question pour catholique, ni une question pour protestant, ni une question pour orthodoxe ou anglican ou pour une espèce singulière de chrétiens que nous aurions du mal à reconnaître. C’est la question adressée à tout disciple du Christ, et la réponse à cette question doit être un signe de reconnaissance pour tous ses disciples, sous quelque latitude qu’ils vivent. Je peux voyager n’importe où dans le monde ; si ce texte est proclamé, enseigné, reconnu, je suis chez moi au milieu de ceux qui le disent. Quiconque dit ces mots est chez lui, chez nous. Il est de notre famille, même si son cousin le plus éloigné dans le temps, celui par qui lui a été donné la foi, est Luther si je suis catholique ou n’est pas Luther si je suis protestant. Nous ne partageons peut-être pas la même Eglise, mais nous partageons le même Dieu. N’est-ce pas cela qui importe le plus après tout ? 

        Crois-tu cela ? Si après tant d’années, tant de querelles et tant de déchirures, l’Eglise ne s’est pas effondrée, c’est que Jésus, celui qui la tient et qui y est présent, est bien ce qu’il a affirmé à Marthe. Il est la résurrection et la vie. Il l’est pour les croyants que nous sommes ; il l’est pour nos Eglises qui trouvent en lui, et en lui seulement, le chemin de la réconciliation parfaite, qui est le chemin de la vie parfaite. La foi en Dieu Père, Fils et Esprit Saint vaut plus que les Eglises qui l’enseignent et la confessent. La foi en Dieu Trinité qui nous fait vivre est plus forte que les querelles qui nous séparent encore. Par la grâce de Dieu, un long chemin a été entrepris pour retrouver une pleine communion ; mesurons ces efforts et poursuivons le chemin. A l’heure où le monde moderne semble avoir tiré un trait sur Dieu, nous ne pouvons que reprendre ces mots de Nicée qui nous font chrétiens ; les reprendre, les comprendre, les vivre et les transmettre. Ayons conscience qu’unis dans la diversité, nous vivrons ; mais séparés, enfermés dans nos Eglises respectives, nous mourrons. Tous.

        Crois-tu cela ? La réponse de Marthe est limpide : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Messie, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. Elle lui vaut de retrouver, pour un temps, ce frère mort, mais rendu à la vie pour que la gloire de Dieu soit reconnue à l’œuvre en Jésus. Lorsque Thomas est interpellé par Jésus : Cesse d’être incrédule, sois croyant, celui-ci répond par cette profession de foi qu’aucun autre disciple n’avait faite jusque-là : Mon Seigneur et mon Dieu ! Il faudra presque trois cents ans pour que cette première profession de foi se développe et précise pour tous qui est Dieu, qui est Jésus Christ, qui est l’Esprit Saint. Sans rien perdre de la fraîcheur et de la simplicité des mots de Thomas, poursuivons l’œuvre des premiers Pères conciliaires et approfondissons notre foi. La connaissant mieux, nous l’estimerons davantage ; l’estimant mieux, nous la vivrons davantage ; la vivant mieux, nous la partagerons au plus grand nombre, en parole et en acte. Ainsi le monde pourra croire et parvenir à la vie éternelle. Amen. 


samedi 26 octobre 2024

30ème dimanche ordinaire B - 27 octobre 2024

 Que veux-tu que je fasse pour toi ?





 



          Que veux-tu que je fasse pour toi ? La question est surprenante, n’est-ce pas, lorsque nous l’entendons dans l’évangile de ce dimanche ! Que pourrait bien vouloir Bartimée de la part de Jésus ? Pourquoi crier au bord du chemin : Fils de David, Jésus, prend pitié de moi ? Son insistance, quand beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, indique sa détermination. Il veut quelque chose de Jésus, et il ne se taira pas tant qu’il ne l’aura pas ! Quand on sait que Bartimée était un aveugle qui mendiait, il ne faut pas avoir fait de grandes études pour deviner. Est-ce que je me trompe ? Pourtant, la première parole de Jésus est bien cette question : Que veux-tu que je fasse pour toi ? 

          La réponse de Bartimée jaillit, claire et assurée : Rabbouni, que je retrouve la vue !  Tu m’étonnes ! Quelqu’un ici aurait imaginé une autre demande ? Nous sommes tous d’accord qu’il n’y avait pas vraiment d’autre réponse possible, surtout quand on sait que c’est son handicap physique, et non sa pauvreté, qui l’excluait de la communauté humaine et religieuse. Si, dans sa pauvreté, il espérait devenir riche, il lui fallait d’abord être guéri. Alors pourquoi cette question qui peut sembler un peu bête ? Parce que même si nous pensons que Dieu sait tout et qu’il peut tout, il nous faut exprimer devant lui notre attente, notre désir profond. Dieu sait ce qu’il nous faut, je n’en doute pas ; mais est-ce que je désire bien ce que Dieu veut me donner ? Et est-ce que je crois qu’il peut le faire ? Exprimer clairement sa demande, c’est poser un acte de foi en la capacité de Jésus de faire ce que Bartimée lui demande. D’ailleurs Jésus le confirme quand il répond à Bartimée : Va, ta foi t’a sauvé. Au-delà de la guérison physique qu’il espérait, il reçoit en plus le salut. Il nous faut donc bien comprendre que ce qui est en cause, c’est la foi ! Rappelez-vous cette autre parole de Jésus : si vous avez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous direz à cette montagne : “Transporte-toi d’ici jusque là-bas”, et elle se transportera ; rien ne vous sera impossible (Mt 17, 20). Cette page d’évangile nous invite donc à examiner deux choses. 

          La première : est-ce que je sais ce que j’attends de Dieu ? Si Dieu venait nous visiter en nous demandant ce qu’il peut faire pour nous, là, maintenant, aurions-nous la spontanéité de Bartimée, un cri du cœur, ou serions-nous comme Aladdin devant le génie de la lampe à nous gratter la tête pour savoir ce que nous pourrions bien lui demander ? Que demander qui ne soit ni présomptueux, ni totalement hors de question pour Dieu ? Cette question en cache une autre que j’exprimerais ainsi : est-ce que je connais suffisamment Dieu pour oser lui demander ce que je sais qu’il peut m’accorder ? Je suis convaincu que la réponse de Bartimée à la question de Jésus vient du fait qu’il connaît Jésus. Il a entendu parler de lui, de tout ce qu’il a déjà fait ; et Bartimée connaît bien Dieu. Il sait les signes avant-coureurs qui permettraient aux hommes de découvrir que le Messie est bien là, au milieu d’eux. Le prophète Isaïe en a donné quelques-uns : Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie (Is 35, 4-6). Tous ces signes posés par Jésus, Bartimée en aura entendu parler. Avant de le rencontrer et de s’égosiller pour être entendu par Jésus, il aura entendu que Jésus a déjà guéri un lépreux, un paralytique, un homme à la main desséchée, qu’il a chassé des démons en nombre, rendu à la vie la fille de Jaïre, guéri un sourd-bègue, un aveugle et un épileptique. Il ne lui en faut pas plus pour donner à Jésus le titre de Fils de David, l’un des noms annoncés par Jérémie : Voici venir des jours – oracle du Seigneur–, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice (Jr 23,5). La foi de Bartimée est grande ; bien qu’aveugle, il reconnaît (il voit) les signes dont il entend parler. Bien qu’aveugle, il reconnaît (il voit) en Jésus le Messie attendu. Il sait que Jésus peut pour lui ce qu’il a déjà fait pour d’autres. Il s’est préparé. Sommes-nous prêts à rencontrer le Christ ? 

La deuxième grande question que cet évangile nous pose découle de tout ce que je viens de dire : avons-nous suffisamment la foi aujourd’hui ? Savons-nous reconnaître la présence de Jésus au milieu de nous, aujourd’hui encore ? Car enfin, c’est la grande promesse du Ressuscité au jour de l’Ascension : Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ! Dans ce monde qui semble avoir chassé Dieu, sommes-nous encore capables de voir le Christ à l’œuvre ? Ou nous lamentons-nous que ce n’est plus comme autrefois, quand tout le monde allait de l’église ? Et surtout, à travers notre vie, donnons-nous le Christ à voir aux autres ? Sommes-nous assez croyants pour vivre en authentiques disciples du Christ, même si cela peut sembler plus difficile quand la foi n’est plus autant partagée qu’autrefois ? Osons-nous nous affirmer chrétiens, c'est-à-dire disciples de ce Christ qui s’est livré pour notre salut ?  Et partant de là, avons-nous bien conscience d’être déjà sauvé par le sacrifice en croix de Jésus ? Vivons-nous de ce salut que Jésus nous offre dès notre baptême ? 

Bartimée est un exemple pour nous. De lui, apprenons la puissance de la foi. De lui, apprenons qui est Dieu pour nous et ce qu’il peut pour nous. Avec lui devenons disciples de Jésus et suivons-le sur le chemin de notre vie, jusqu’au royaume où il nous invite. Amen.

samedi 12 novembre 2022

33ème dimanche ordinaire C - 13 novembre 2022

 Appel à la confiance.




Il y aura des signes dans le ciel.
Tableau d'Yvette METZ, collection Les enfants d'Abraham



                Nous sentons que nous approchons de la fin de l’année liturgique. Les textes se font sombres ; le jugement est annoncé. Et pourtant, il y a en même temps comme une douce musique qui nous invite à la confiance et à l’espérance. Le jour du jugement arrive, mais avec lui vient aussi le Messie, le Sauveur, celui qui a offert sa vie sur la croix pour notre salut. 

            Entendons le prophète Malachie et son annonce du jour du Seigneur. Nous comprenons, sans difficulté, qu’un tri sera (enfin) opéré entre ceux qui commettent l’impiété et ceux qui craignent le nom de Dieu, les premiers réduits à l’impuissance, les fidèles accueillant la justice de Dieu. Comprenons bien aussi la notion de crainte du nom de Dieu ; elle n’a rien avoir avec la peur maladive de Dieu, mais avec le respect qui lui est dû par amour. Ceux qui aiment Dieu n’ont rien à craindre du jugement de Dieu. C’est une certitude qui doit nous habiter et ne jamais nous quitter. 

            Entendons aussi l’enseignement de Jésus que Luc nous rapporte dans l’Evangile proclamé en ce dimanche. S’il parle de prophètes de malheur, de catastrophes à venir, de persécutions, il invite malgré tout à garder confiance. Le disciple du Christ ne se laissera pas égarer par ceux qui annoncent la fin du monde : souvenons-nous que lui-même a dit ignorer quand ce jour viendra. Seul Dieu, son Père, le sait ! Le disciple du Christ ne se laissera pas davantage effrayer par les phénomènes naturels qui pourraient survenir, pas plus que par les persécutions dont il pourrait faire l’objet à cause du nom de Jésus. Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Le nom de Jésus, à cause duquel le disciple véritable sera persécuté voire mis à mort, est plus puissant que tout ce qui peut s’abattre sur nous. Au-delà d’un réconfort donné par avance, Jésus nous invite à la persévérance. Sachons en qui nous avons mis notre confiance ! N’oublions pas le mystère de la croix qui nous vaut notre salut. Dans les tribulations qui pourraient encore survenir, gardons les yeux fixés sur Jésus Christ, mort et ressuscité pour notre vie. Dans les tribulations qui pourraient encore survenir, gardons le cœur ancré dans sa Parole. 

Nous ne pouvons pas éviter le jugement ; il fait partie des affirmations de notre foi : il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin. Mais nous pouvons nous préparer à ce jugement par une vie conforme au projet de Dieu pour nous. C’est une vie façonnée par la foi, l’espérance et la charité. Puisque tout nous a été donné, usons-en, abusons-en, et le jugement sera pour nous la reconnaissance du bien que nous avons essayé de faire, de la foi que nous avons proclamée et de l’espérance qui nous a fait tenir bon. Chrétiens, nous savons en qui nous avons mis notre confiance ; de quoi, de qui aurions-nous peur ? Paul l’a écrit dans sa lettre aux Romains : J’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur (Rm 8, 38-39). Rien, sauf nous-même. Gardons les yeux fixés sur le Christ, les pieds solidement sur terre, et vivons, avançons à la rencontre de Celui qui vient accomplir notre espérance. Amen.

samedi 1 octobre 2022

27ème dimanche ordinaire C - 02 octobre 2022

N'aie donc pas honte de rendre témoignage.


 (Coolus, Le lapin bleu, Blog de la communauté de la Croix glorieuse)





            Avez-vous bien écouté Paul dans sa deuxième lettre à Timothée ? Il dit quelque chose d’intéressant pour nous tous. En fait, c’est une invitation qu’il nous fait. Certains penseront spontanément à ce passage : Ravive le don gratuit de Dieu. Et je peux les comprendre, tant il est important de garder agissant en nous l’esprit de notre baptême. Mais ce n’est pas cette invitation-là qui m’a le plus marqué. Je pense plutôt à celle-ci : N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur. Je trouve, qu’en ces temps que nous vivons, elle est plutôt bienvenue. 

            La première raison qui me rend cette invitation importante, vient du fait que certains pensent que ce n’est pas pour eux, le témoignage. Le témoignage, c’est réservé à une caste composée des ministres du culte de quelque ordre ils soient : diacres, prêtres, évêques, auxquels les mêmes rajoutent souvent les catéchistes. En gros, disent-ils, c’est leur métier de rendre témoignage ; moi, mon métier, c’est carreleur, médecin, enseignant, que sais-je encore… A chacun son job, le témoignage, ce n’est pas le mien. Si vous pensez ainsi, je veux ici vous détromper. Chaque baptisé participe, à sa manière, à la triple mission du Christ, Prêtre, Prophète et Roi. Le témoignage s’inscrit clairement dans la mission prophétique de l’Eglise, donc de chaque baptisé, au sens où chacun doit annoncer le Christ. Mais le témoignage s’inscrit aussi dans la mission royale de l’Eglise, donc de chaque baptisé, au sens où chaque baptisé doit vivre, gouverner sa vie selon l’Evangile. C’est même là le premier témoignage que nous avons tous à rendre. Ceux qui ont oublié le Christ, ou ceux qui n’ont jamais entendu parler de lui, doivent pouvoir le découvrir à travers notre art de vivre, je le redis assez souvent pour que nous en soyons tous maintenant convaincus. Dans les relations œcuméniques ou interreligieuses, c’est même la première marche à franchir. Vivre au milieu des autres dans le respect de notre foi. Ce n’est pas parce que nous devenons minoritaires qu’il nous faut renoncer à vivre en chrétien. Ce n’est pas davantage parce que notre pays se définit comme laïque, ne promouvant aucune religion, que nous devons renoncer à vivre en chrétien, bien au contraire. La laïcité bien comprise est même le cadre idéal qui nous permet de vivre notre foi librement et publiquement. Nous n’avons pas à nous cacher parce que chrétien ; nous n’avons pas à cacher que nous sommes chrétiens sous prétexte que certains pensent que la laïcité équivaut à la suppression de toutes les religions de l’espace public. Il n’y a rien de plus faux que de croire cela. 

            Il y a une seconde raison qui me rend sympathique l’invitation de Paul à ne pas avoir honte de témoigner de notre foi. Elle se situe dans la ligne de la première. Si le témoignage n’est pas réservé à une caste de professionnels, il n’est pas davantage réservé à une caste de purs. Entendons bien le N’aie pas honte de rendre témoignage comme un rappel qu’aucun baptisé n’est indigne de le faire. S’il fallait attendre, pour témoigner, que notre vie chrétienne soit parfaite, je crains fort que très peu de témoignages seraient entendus. Ce n’est pas parce que nous ne vivons pas totalement comme il le faudrait, que notre témoignage rendu au Christ serait caduc. J’ai même appris, en 31 de métier et de prédication, que lorsque je rends témoignage au Christ, je le fais d’abord aussi pour moi. Je me rappelle à moi-même à quoi je suis appelé, et je mesure combien j’ai encore à progresser, combien il me faut encore travailler ma fidélité au Christ. Nous ne sommes pas parfaits, c’est un fait ; mais cela ne nous empêche pas de tendre vers cette perfection dans la foi et la charité. Et cela ne nous empêche donc pas davantage de témoigner de ce à quoi nous sommes appelés par le Christ. En rendant témoignage à notre Seigneur, nous mesurons le chemin déjà parcouru et nous pouvons en rendre grâce ; et nous mesurons le chemin qui reste à parcourir et nous pouvons demander à l’Esprit, qui n’est pas un esprit de peur mais un esprit de force, d’amour et de pondération, de nous aider à progresser encore et à avancer à la suite du Christ vers le Royaume où nous sommes attendus. N’ayons donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur. Il ne faut pas attendre d’avoir une foi parfaite ou une foi plus grande pour témoigner : nous recevons de Dieu la foi que nous pouvons porter et dont nous pouvons témoigner, j’en suis convaincu. 

            Quel que soit notre état de vie, quel que soit notre avancement sur le chemin de la sainteté, nous pouvons et nous devons rendre témoignage au Christ, sans honte. Rendre témoignage au Christ, ce n’est pas fanfaronner devant les autres : voyez comme je suis bien et bon ! Non, rendre témoignage au Christ, c’est lui rendre grâce de sa présence à notre vie, lui rendre grâce pour son amour pour nous, amour qui l’a conduit à la croix pour notre vie. C’est être remplis d’amour et de reconnaissance pour cet amour qui nous vaut la vie. Ne soyons pas des sœurs et des frères ingrats du Christ : reconnaissons l’œuvre d’amour qu’il a entreprise pour nous et sachons en témoigner devant les hommes, par notre vie et par nos mots : nous sommes faits pour vivre. Soyons pleinement vivants et fiers de ce Christ qui nous a rachetés et sauvés. Gardons le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous. Il saura nous donner les mots et les attitudes qui rendront notre témoignage véridique. Amen. 

samedi 24 septembre 2022

26ème dimanche ordinaire C - 25 septembre 2022

 Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle !



(Herrade de Landberg, Parabole du riche et du pauvre Lazare, Hortus deliciarum)





            Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle. Vous auriez tort de croire que, parce que Paul s’adresse ainsi à Timothée, son ami exerçant la charge d’épiscope dans sa communauté, que l’appel qu’il lui adresse ne vous concerne pas. Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas ordonnés que vous n’êtes pas hommes et femmes de Dieu. Le combat de la foi est notre lot à tous, notre baptême en est le premier acte. 

            Mène le bon combat, celui de la foi. Nous avons tous fait l’expérience de ce combat à mener. C’est d’abord le combat pour rester fidèles à notre foi dans un monde qui perd la tête. Ce combat nous fait rechercher la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Ce ne sont pas des mots que Paul aligne, c’est un art de vivre qu’il indique. Aucun disciple du Christ ne peut faire l’économie de la justice, de la piété, de la foi, de la charité, de la persévérance et de la douceur. Aucun homme se réclamant d’une foi quelconque ne peut faire cette économie. L’évangile nous le rappelle cruellement. L’homme riche, sans nom, n’est pas condamné parce qu’il était riche, ni parce qu’il faisait la fête, mais bien parce qu’il n’a pas fait preuve de charité, de justice et de douceur envers le pauvre Lazare. Il ne l’a pas vu ou il n’a pas voulu le voir, qu’importe ! Il a péché par omission. Il aurait pu faire le bien et il ne l’a pas fait alors même que ce bien à faire était à sa portée : Lazare était là devant sa porte ; il aurait pu lui partager un peu de cette nourriture offerte à ses amis lors des festins somptueux qu’il donnait chaque jour. Mais non, il a ignoré ce pauvre, il a oublié la charité, il a oublié la justice. Il n’a pas mené le bon combat ; sa foi n’a pas transformé sa vie ; sa foi n’a pas ouvert sa vie aux autres, à ceux qui avaient moins de chance que lui. Il est resté avec les siens, ignorant la misère pourtant là, devant sa porte. 

            Mène le bon combat, celui de la foi. Il n’y a pas un domaine de notre vie qui échappe à ce combat. Que ce soit en famille, à l’école, au travail, dans nos loisirs ou dans nos engagements sociaux ou politiques, ce combat de la foi est à mener, même en terre laïque. Agir selon notre foi, c'est à dire agir bien, dans le respect de tous, pour que tous puissent vivre mieux, ne portera aucun tort à la République, bien au contraire ! Elle l’aidera à ne pas se fourvoyer sur des chemins contraires à la dignité humaine, depuis le début de la vie jusqu’à sa fin. Si notre foi ne transforme pas notre vie, si notre foi n’éclaire pas nos choix, à quoi sert-elle ? Pourquoi proclamons-nous dimanche après dimanche notre foi, si c’est pour l’oublier sitôt sortis de l’église ? En proclamant notre foi, nous disons croire en un Dieu qui a pris le parti de tout homme, particulièrement des plus petits, des plus faibles, et nous nous engageons à vivre ce parti pris pour le faible en toute chose. Dans une école catholique, on parlera, à la suite de l’enseignement du Concile Vatican II de climat évangélique à vivre. Mais ce climat n’est pas l’apanage seulement de l’école. En toute circonstance, un croyant chrétien doit faire rayonner l’évangile. 

Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! C’est la citation complète de Paul. Il nous rappelle ainsi ce qui est en jeu et que l’évangile nous rappelle maintenant depuis quelques dimanches. Nous sommes faits pour vivre avec Dieu pour toute éternité ; et cette éternité se prépare ici-bas, dès maintenant. N’attendons pas d’être au seuil de la mort pour nous convertir. Emparons-nous de la vie éternelle dès maintenant ; ayons ce désir de vivre avec Dieu, pour toujours, chevillé au cœur. Un acte charitable suffisait à cet inconnu riche pour se retrouver avec Lazare dans le sein d’Abraham ! Nous savons que nous ne sommes pas parfaits ; mais l’Eglise nous enseigne depuis longtemps que la charité dont nous ferons preuve couvrira une multitude de péchés. C’est encore mieux que la confession, parce que cela nous fait du bien à nous et aux autres. Qu’y a-t-il de plus beau que de faire du bien autour de nous ? Qu’y a-t-il de plus beau que de rendre notre monde meilleur pour tous ? Je ne vois pas. 

Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! Que cet appel de Paul devienne le moteur de notre vie et de notre charité. Emparons-nous de la vie éternelle, non pour la garder jalousement pour nous, mais pour la partager largement. Rendre Dieu visible par notre art de vivre et permettre ainsi à d’autres de l’approcher et de vivre de lui, voilà assurément l’acte de charité, de piété et de foi par excellence. Ne boudons pas notre plaisir, ne boudons pas la vie éternelle ! Amen.

vendredi 16 septembre 2022

25ème dimanche ordinaire C - 18 septembre 2022

 Une histoire de confiance !





        Non, je n’ai pas oublié de lire une partie de l’évangile de ce dimanche. Je vous ai juste fait lecture de la version brève, parce que je craignais que la parabole que je n’ai pas lu, empêche d’entendre vraiment le passage que j’ai proclamé. Tout le monde préfère les histoires aux grandes sentences de sagesse ! Concentrons-nous donc sur cette partie qui suit la parabole du gérant malhonnête. 

          Il y a un mot important dans ce passage : confiance ! Il revient quatre fois en cinq versets. Et il est toujours employé dans le même but : interroger la confiance que l’on peut placer en nous, que ce soit pour des petites choses ou des grandes choses. Ce qui est important, c’est de savoir si nous sommes dignes de confiance, qu’importe que l’affaire soit moindre ou grande. En effet dit Jésus, celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande.  Remarquons aussi tout de suite qu’il y a un réel enjeu à être digne de confiance. Ecoutons encore Jésus : Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? C’est l’enjeu principal pour nous : être reconnu capables de recevoir le bien véritable. Quel est ce bien véritable ? Le Royaume de Dieu, la vie éternelle. Venez à la messe dimanche prochain et vous comprendrez encore mieux. Mais c’est bien là l’enjeu véritable : notre vie éternelle ! D’ailleurs, la suite de l’enseignement de Jésus nous oriente sur cette piste. Ecoutons-le encore une fois : Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Les alliances bibliques successives nous montrent toutes que nous sommes responsables de la vie des autres. Le prophète Amos, dans la condamnation qu’il prononce au nom de Dieu sur ceux qui écrasent le malheureux pour anéantir les humbles du pays, nous fait bien comprendre que les malheureux, les humbles, les pauvres, appelez-les comme vous voulez, nous sont confiés et que nous en sommes responsables. Nous pouvons veiller sur eux, en prendre soin ou nous pouvons ajouter encore à leur misère. De la manière dont nous les traitons dépend notre vie éternelle. Nous pouvons entendre en écho de cette prophétie, l’évangile du jugement dernier, tel que nous le rapporte le chapitre 25 de l’évangile selon Matthieu. Tout le monde connaît ce texte : Tout ce que vous avez fait (ou pas fait) à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que l’avez fait (ou pas). Ce rapprochement avec Amos et Matthieu, nous fait bien comprendre que ce qui nous revient, c’est la vie éternelle, la vie de béatitude auprès de Dieu. 

          Comment puis-je savoir si je suis digne de la confiance que Dieu place en moi ? Par la foi (qui a la même racine que la confiance), mais la foi non seulement proclamée, mais aussi vécue, et peut-être d’abord vécue, ou mieux la foi proclamée parce que d’abord vécue. Nos gestes parlent plus forts que nos mots parce qu’ils peuvent se situer dans la droite ligne de nos mots ou contredire nos mots. Celui qui agit selon la volonté de Dieu n’a pas besoin de dire encore qu’il croit en Dieu ; toute sa vie en témoigne. Mais l’inverse n’est pas toujours vrai. Jésus n’a-t-il pas lui-même prévenu : Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur, qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Voilà souligné le bien d’autrui qui nous a été confié : la volonté de Dieu, bien pour lequel nous devons être trouvés dignes pour recevoir ce qui nous revient : la vie éternelle. En recoupant ainsi tous ces textes de l’enseignement de Jésus, nous pouvons alors examiner notre vie, non pour nous glorifier intérieurement ou pour nous lamenter, mais pour nous convertir toujours et encore à cette volonté de Dieu, pour la discerner mieux et la mettre en pratique, non pas une fois, non pas deux fois, non pas seulement quand nous n’avons rien d’autre ou rien de mieux à faire, mais chaque jour. Oui, en chaque chose que nous faisons, faisons la volonté de Dieu ! La manière dont nous traitons ceux que Dieu met sur notre chemin correspond-t-elle à la volonté de Dieu ? Est-ce que j’agis avec les autres tel que Dieu l’attend de moi ? Il revient à chacun de regarder sa vie et de faire à nouveau, si nécessaire, le choix de Dieu, car nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Faire le choix de Dieu, c’est faire le choix de l’autre ; faire le choix de l’autre, c’est faire le choix de notre propre vie. Tout est lié. Tous sont liés. Je ne peux pas me sauver tout seul ou détriment des autres. Si je les perds, je me perds, et je perds Dieu ; si je les gagne, je me gagne et je gagne Dieu. 

          Le prophète Amos nous a prévenu : le Seigneur le jure par la fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. Rappelons-nous aussi que jamais un bien fait n’est perdu pour Dieu. A chacun donc de choisir : la vie ou la mort, le bonheur ou le malheur, pour les autres et pour nous-mêmes, en n’oubliant pas que ce que nous choisirons pour les autres, nous le choisirons aussi pour nous. Si je fais vivre l’autre, je vivrai éternellement ; si je fais mourir l’autre, je mourrai éternellement. Alors maintenant choisis, et montre-toi digne de la confiance que Dieu a placée en toi. Amen.