Bienvenue sur ce blog !

Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







Affichage des articles dont le libellé est Sainteté. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sainteté. Afficher tous les articles

samedi 27 décembre 2025

Célébrer la sainte Famille.



(Source Pinterest)


 

 

            Ils avaient fait 156 km à pied pour rejoindre Bethléem depuis Nazareth où ils habitaient ; elle était enceinte, la route n’était pas goudronnée. Ils ont à peine eu le temps de se reposer et de reprendre des forces, et voilà qu’ils sont obligés de repartir, direction l’Egypte selon la parole de l’ange. Matthieu ne nous dit pas dans quelle ville ils ont trouvé refuge, mais optons raisonnablement pour Alexandrie, réputée depuis le temps de l’exil pour être le lieu d’une communauté juive importante. Cela représente 975 km, à pied toujours, avec cette fois un nouveau-né fragile dont il faut s’occuper. Tout cela à cause de la folie d’un homme qui craint cet enfant, dont il pense qu’il pourrait mettre en danger son pouvoir. Le merveilleux du soir de Noël, avec les anges qui chantent la gloire de Dieu et les bergers qui s’émerveillent devant le nouveau-né cède la place au sordide et à l’inacceptable : une famille modeste, obligée de fuir devant l’arrogance et la violence des puissants. C’est ce que nous rappelle l’évangile de cette fête de la sainte Famille de Jésus, Marie et de Joseph.


            
A peine entré dans le monde pour sauver les hommes, bien longtemps avant de pouvoir réaliser son œuvre, voici cet enfant et ses parents jetés sur les routes, icône de tous les migrants qui fuient leurs pays et cherchent des lendemains meilleurs juste pour vivre en paix. Imaginons-nous la force de caractère de Joseph et de Marie qui font ce qui est nécessaire pour la vie de leur enfant ? Fêter la sainte Famille, c’est faire mémoire de ces vies qui font confiance à Dieu pour ne pas juste subir des événements qui les dépassent. C’est reconnaître que le Fils de Dieu fait homme est devenu le tout humble, le tout faible qui compte sur la part noble de l’humanité pour le protéger. C’est rappeler l’importance de cette petit cellule familiale, condensé de l’humanité où l’homme apprend à faire face à l’adversité, mais où il apprend aussi l’amour véritable, le vivre ensemble, le sens du travail, la valeur de la vie et des choses de la vie, le vivre avec Dieu qui toujours veille. A relire la Bible, nous savons que les familles que nous y rencontrons ne sont pas parfaites, qu’elles connaissent des conflits, des épreuves, des meurtres. Mais il y a aussi cette famille particulière, ce foyer choisi par Dieu pour y faire naître, grandir et éduquer son Fils. Elle est sainte, non pas parce qu’elle est parfaite, mais parce qu’elle marche avec Dieu, toujours, et qu’il en est la boussole pour les jours bons et pour les jours mauvais.

Ne confondons plus sainteté et perfection qui sont deux réalités différentes. Cela nous permettra de comprendre que nos familles aussi sont appelées à la sainteté, c'est-à-dire à vivre sous le regard de Dieu chaque jour que Dieu fait, y compris les jours où nos familles manifestent davantage leurs imperfections. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles ont besoin de Dieu ; c’est parce qu’elles ne sont pas parfaites que Dieu peut leur indiquer la meilleure part à vivre avec lui. C’est parce qu’elles ne sont pas parfaites qu’elles peuvent accueillir le Fils de Dieu pour apprendre de lui l’obéissance à la Parole de Dieu et l’amour véritable qui ne vient que de lui. C’est parce que nos familles ne sont pas parfaites, mais appelées à la sainteté, que les conseils de Paul dans sa lettre aux Colossiens prennent tout leur sens. La famille sainte, c’est la famille où la tendresse remplace la violence, ou la compassion prend le pas sur l’indifférence. Une famille sainte fait vivre ses membres dans la bonté, l’humilité, la douceur et la patience. La famille sainte est celle où l’on se supporte les uns les autres, que ce soit au sens sportif, encourageant chacun à donner le meilleur de lui, ou au sens plus éthique, où je supporte l’autre, mon frère, ma sœur, ma mère, mon père, mon conjoint, quand bien même il n’est pas parfait justement et qu’il a quelquefois tendance à me hérisser le poil. Je le supporte, je l’accepte comme il est, même si un autre modèle aurait été plus sympa ! Apprenant en famille à nous supporter, nous y apprenons aussi, nécessairement le pardon. Autant bien le comprendre, dans une famille qui vit de la sainteté de Dieu, l’amour est une priorité ; ce n’est pas forcément toujours évident, mais ce n’est jamais hors de question, que ce soit entre époux, entre parents et enfants, ou entre frères et sœurs. 

Quand nous contemplons la sainte Famille, nous trouvons un modèle pour nos familles, car, même si l’époque n’est plus la même, il n’a jamais été simple de vivre ensemble, mais c’est toujours gratifiant quand nous nous y essayons. Avec l’aide de Dieu qui a veillé sur la famille de Jésus, Marie et Joseph, nous pouvons construire des familles saintes, qui aujourd’hui comme hier, savent qu’elles ne sont pas seules. Et ce qui vaut pour nos familles humaines vaut aussi pour cette grande famille qu’est l’Eglise : elle n’est pas parfaite, mais elle est sainte parce que Dieu vit au milieu d’elle, la guide et l’éclaire pour qu’elle soit pour tous un phare dans la nuit. Bonne fête à toutes nos familles. Amen.

samedi 10 septembre 2022

24ème dimanche ordinaire C - 11 septembre 2022

 Comprendre Dieu pour devenir plus humain.





            Il m’a été fait miséricorde. Cette affirmation de Paul, chaque croyant au Christ peut la reprendre à son compte. Nous ne sommes pas meilleurs que Paul, n’ayant pas besoin de miséricorde ; nous ne sommes pas moins dignes que Paul de bénéficier de la miséricorde de Dieu. Au contraire, la miséricorde de Dieu est la même pour tous ; celui qui nous vaut cette miséricorde est le même pour tous : c’est le Christ Jésus venu dans le monde pour sauver les pécheurs. Je rajouterai : tous les pécheurs. Aucun de nous n’est indigne de la miséricorde de Dieu. Sachant cela, pourquoi est-ce que je ressens comme un malaise à l’écoute des lectures de ce dimanche ? 

            J’aime bien la première lecture, et je reconnais que je suis même assez d’accord avec Dieu au départ. Le peuple qu’il a sorti d’Egypte s’est détourné de lui. Entendez sa colère légitime quand il envoie Moïse vers ce peuple à la nuque raide. Va, descends, car ton peuple s’est corrompu… ils se sont fait un veau en métal fondu et se sont prosternés devant lui. Ils lui ont offert des sacrifices en proclamant : ‘Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Egypte. Passe encore, à la limite, que le peuple ne reconnaisse pas l’œuvre de Dieu. Mais qu’il le représente par un veau, un ruminant ; je serai moi-aussi très en colère ! Remarquez bien comment Dieu parle de ce peuple. Il dit à Moïse non pas ‘mon peuple que j’ai fait monter du pays d’Egypte’, mais ton peuple que tu as fait monter du pays d’Egypte. Puisque le peuple s’est détourné de Dieu, Dieu se détourne du peuple ; ce peuple n’est plus le sien. Il faut toute la diplomatie de Moïse pour que le Seigneur renonce au mal qu’il avait voulu faire à son peuple. L’intercession de Moïse a porté son fruit et, paradoxe, c’est Dieu qui se convertit, c’est Dieu qui fait le choix du bien contre le mal. 

            Si je comprends assez bien la colère de Dieu, si je comprends aussi son revirement après la plaidoirie de Moïse, j’ai plus de mal avec l’enseignement de Jésus qui porte pourtant sur la même question : celle de la miséricorde que Dieu fait à tout homme. La parabole de la pièce perdue ne me pose pas de souci. Sans doute ferais-je pareil si je venais à perdre l’équivalent d’une pièce d’argent : grand ménage et bonheur de la retrouver. En revanche, je n’irais peut-être pas jusqu’à faire la fête avec les voisins. Ça peut vite coûter cher, une fête ! A quoi bon faire le grand ménage pour retrouver une pièce, si c’est pour la dépenser lors d’une fête après l’avoir retrouvée ? Mais bon admettons ! La joie de retrouver quelque chose de valeur peut pousser à vouloir faire la fête. La conclusion de la parabole confirme cette joie, qui est celle de Dieu quand un seul homme se tourne vers Dieu : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertir. 

            La parabole de la brebis perdue me pose plus de problème ; je la trouve même choquante à vue humaine. Enfin, soyons sérieux deux minutes, voulez-vous ! Qui d’entre vous, ayant cent brebis et en perdant une, laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, pour aller chercher celle qui est perdue ? Une contre quatre-vingt-dix-neuf : fait-elle vraiment le poids ? La balance bénéfices / risques est clairement en faveur de l’abandon de celle qui est perdue et qui peut-être n’est même plus en vie ! Je vous rappelle que le troupeau est dans un désert, et qu’un désert, c’est hostile ! Il y a des bêtes sauvages dans un désert. Ce n’est pas le meilleur endroit pour laisser un troupeau sans protection. Non, le mieux, c’est de renforcer la surveillance autour des quatre-vingt-dix-neuf qui restent et de faire le deuil de la centième. Tant pis pour elle ! Eh bien, nous dit Jésus, Dieu ne réfléchit pas comme cela. Pour Dieu, la centième est tout aussi importante, si ce n’est plus, que toutes les autres. Il part à sa recherche, et quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux. Il la traite mieux que toutes les autres. Quand on raconte cette parabole à quelqu’un qui s’est éloigné de Dieu, la personne comprend instantanément que tel est toujours l’amour de Dieu pour elle. Et nous aimons bien nous dire, quand nous nous reconnaissons pécheurs, que Dieu vient à notre recherche, à notre secours et qu’il est tout heureux de nous retrouver. D’ailleurs vous aurez noté l’optimisme de Jésus qui ne dit pas : « s’il la retrouve », mais bien quand il l’a retrouvée : il est sûr de la retrouver et en plus quand il croise une brebis égarée, il la reconnaît, il sait que c’est la sienne et non celle d’un autre troupeau.  

            Il y a une question qui me revient sans cesse quand j’entends ce texte. Je vous la livre : pourquoi cette brebis s’est-elle perdue ? N’avait-elle plus envie de faire partie du troupeau ? Ou est-ce le troupeau qui l’a perdue, qui ne voulait plus d’elle ? Quand on parle de miséricorde, il est bon de se poser ces questions. Qu’est-ce qui fait que l’un de nous veuille se perdre ? Qu’est-ce qui fait que nous ayons si peu de miséricorde et que nous acceptions de perdre l’un de nous ? Avons-nous déjà contribué à perdre quelqu’un qui ne nous convenait pas ? Dieu qui fait miséricorde, c’est Dieu qui nous redit que chacun est important à ses yeux, et qu’il ne nous revient pas d’exclure. En cherchant la brebis égarée, qu’elle se soit égarée volontairement parce que le troupeau lui devenait insupportable, ou que nous l’ayons égarée parce qu’elle nous devenait insupportable, en la cherchant donc, Dieu rétablit la justice et nous redit à chacun : tu as du prix à mes yeux, et il m’est insupportable que tu ne sois plus avec le troupeau. Agissant ainsi, il nous invite à faire de même pour que nous devenions toujours plus humains. Nous ne le deviendrons qu’en cherchant toujours à mieux comprendre Dieu et sa manière d’agir envers nous. Nous devenons plus humains lorsque nous acceptons les différences ; nous devenons plus humains lorsque nous acceptons celui qui nous insupporte ; nous devenons plus humain lorsque nous faisons le choix de rester avec les autres plutôt que de les quitter parce qu’ils nous sont insupportables. Nous devenons plus humains en comprenant comment Dieu agit pour nous et en faisant de même pour tous nos frères et toutes nos sœurs en humanité. 

Nous sommes tous le troupeau d’une brebis perdue ; nous sommes tous la brebis perdue d’un troupeau. Acceptons que Dieu soit miséricordieux avec nous et avec les autres. Nous ne sommes ni meilleurs, ni pires qu’eux. Nous serions tous privés de la gloire de Dieu si nous ne consentions à accueillir son pardon ; nous serions tous privés de la gloire de Dieu s’il n’avait envoyé son propre Fils pour notre salut. Réjouissons-nous avec Lui pour chaque conversion à sa grâce, que ce soit la nôtre ou celle de celui qui nous insupporte le plus. Nous grandirons en humanité ; nous grandirons en sainteté. C’est la seule chose qui compte. Amen.

jeudi 24 décembre 2020

Noël - 25 décembre 2020

 Fais comme Dieu, deviens humain !



(Tableau d'Arcabas, Source internet)



Après quatre dimanches de préparation, voici donc le temps de Noël que nous inaugurons (nous avons inauguré[1]) cette nuit. Les quatre messes de Noël, dont les formulaires sont utilisés en fonction de l’heure à laquelle la communauté célèbre, nous font entendre quantité de textes bibliques différents. Je ne peux que vous encourager à prendre le temps de les lire tous durant ces jours. Ils éclairent ce mystère de Noël chacun à leur manière. 

Si nous ne prenons que les évangiles par exemple, nous lirons (avons lu), dans l’ordre des messes de cette solennité, la généalogie de Jésus telle que l’a établie Matthieu (première messe de Noël) nous rappelant la grande famille de ses ancêtres, de nos ancêtres dans la foi et indiquant par-là que Jésus s’inscrit bien dans ce peuple de l’Alliance que Dieu rassemble depuis qu’il a appelé Abraham ; la naissance de Jésus bien sûr (messe de minuit) telle que la rapporte saint Luc dans son Evangile, avec ce côté merveilleux qui nous met relation presque instantanément avec la puissance de Dieu, tout en soulignant le contraste entre Dieu qui vient dans le monde alors même que les hommes ne sont pas prêts à le recevoir ; la visite des bergers à la crèche selon Luc (messe de l’aurore) avec le témoignage qu’ils rendent au sujet de cet Enfant et leur louange à Dieu ; et enfin le prologue de l’Evangile de Jean (messe du jour) qui nous fait sortir du merveilleux pour nous plonger dans une vue plus théologique. Ce dernier nous rappelle aussi que la naissance de cet Enfant a une conséquence inouïe pour ceux qui le reçoivent : ils deviennent enfants de Dieu. Cette succession de textes a provoqué en moi une question que je vous livre : Dieu fait-il quelque chose d’extraordinaire en se faisant enfant ? 

Certains diront : ben oui, ce n’est quand même pas courant ; la preuve, ce n’est arrivé qu’une seule fois selon la foi des chrétiens. C’est vrai ; cela n’est arrivé qu’une fois, comme pour nous. Nous aussi, nous sommes entrés dans ce monde enfant, et nous ne le faisons qu’une seule fois. Parce que mis à part l’étrange histoire de Benjamin Button que nous a raconté David Fincher, le cours normal de toute vie commence par l’enfance et finit par la vieillesse. Encore une fois, il n’y a là rien d’extraordinaire. Ni pour nous, ni pour Dieu. Par contre de toutes les divinités que se partagent les hommes à cette époque, je n’en connais pas d’autre qui ait fait ce choix audacieux de devenir humain, non pour se jouer des hommes, mais pour vivre leur vie, avec tout ce qu’elle a d’ordinaire, avec tout ce qu’elle peut comporter d’épreuves, de trahisons, de souffrances, allant jusqu’à la mort même. Et pas n’importe laquelle puisque nous savons que cet Enfant, né sur le bois d’une mangeoire mourra sur le bois d’une croix. Ce qui est audacieux aussi, me semble-t-il, de la part de Dieu, c’est de prendre ce chemin d’humanité pour nous sauver et nous inviter à le suivre sur ce chemin qu’il a pris.  En fait, pour nous sauver, Dieu nous invite à l’humanité. Puisqu’il s’est fait humain, nous devons nous faire humains à notre tour, nous devons nous humaniser. C’est ce que nous invite à faire un évêque allemand, Mgr Franz KAMPHAUS qui a donné comme titre à l’un de ses ouvrages : Mach’s wie Gott, werde Mensch ! Fais comme Dieu, deviens humain ! 

Nous qui cherchions le chemin de la sainteté en essayant d’être parfait comme Dieu, voici qu’à Noël Dieu vient nous dire que notre chemin de sainteté, c’est notre humanité. Et donc que plus nous deviendrons humains, plus nous serons comme Dieu. Plus nous deviendrons humains, plus nous serons saints. Il n’y a pas à chercher hors de nous la trace de Dieu dans notre vie ; en se faisant humain, Dieu nous dit de le chercher au plus profond de nous, de le chercher là où nous ne penserions pas le trouver. Or Dieu est bien en nous, avec nous. Ne croyons-nous pas que nous accueillons Dieu en nous lorsque nous partageons le Pain de l’Eucharistie ? Cet Enfant nouveau-né, couché dans une mangeoire, tout Dieu qu’il est, prend le chemin ordinaire des humains pour se faire proche d’eux. Le plus grand miracle de Jésus, c’est peut-être d’avoir fait preuve d’humanité en toutes circonstances. Quelqu’un de malade venait à lui le jour du sabbat ? Il se trouvait guéri, sans attendre, parce que le salut n’attend pas ; parce que Dieu n’attend pas et ne nous fait pas attendre. Le discours programmatique de Jésus que nous connaissons sous le nom de béatitude n’exprime-t-il pas ce que devrait être notre humanité ? Tous les gestes posés par cet Enfant quand il sera grand ne sont-ils pas d’abord des gestes d’humanité envers ceux qui viennent vers lui ? Son refus de juger, de coller des étiquettes sur les gens, tout cela ne devrait-il pas être le comportement normal d’un humain ? L’attention bienveillante aux pauvres, aux malades, aux étrangers, aux exclus… n’est-ce pas une caractéristique de notre humanité ? Si les hommes et les femmes de notre temps ne sont pas humains, si nous ne sommes pas humains, à quoi servons-nous ? Si les hommes et les femmes de notre temps ne sont pas humains, si nous ne sommes pas humains, comment notre monde deviendra-t-il meilleur ? Si nous, qui croyons en Dieu, ne sommes pas humains, comment pouvons-nous nous plaindre de la dureté de notre monde ? Seule l’humanité des hommes pourra adoucir ce monde que l’humanité de Dieu est venue sauver. 

Dieu, quand son Fils est entré dans le monde, a trouvé porte close et s’est réfugié dans une étable. Il aurait pu déclencher le feu du ciel pour se venger ; il est resté humain. Il a trouvé quelques bergers à qui la nouvelle de la naissance a été transmise ; et ils sont venus, eux les exclus, les sans domiciles, rendre visite à ce petit d’homme, à ce petit de Dieu. C’est même par son humanité qu’il nous dit le mieux qu’il est le seul Dieu, le vrai Dieu. Toutes les divinités qui, à l’époque de Jésus, exigeaient des sacrifices humains, exigeaient donc l’inhumanité, ont disparu. Seul est resté et reste le Dieu qui s’est fait homme, le Dieu qui a pris part à notre humanité, le Dieu qui a refusé l’inhumanité et la violence. Tu sais donc maintenant ce qu’il te reste à faire pour partager son éternité : Fais comme Dieu, deviens humain ! Amen.



[1] Les indications entre () sont pour la messe du jour de Noël

samedi 5 décembre 2020

2ème dimanche de l'Avent B - 06 décembre 2020

 Notre Dieu est le Dieu qui nous conduit.


(Source internet)




          Préparez le chemin du Seigneur ! C’est chaque année le mot d’ordre de ce temps de l’Avent. Nous l’avons entendu par la bouche d’Isaïe dans la première lecture ; Jean, dans l’évangile, a confirmé la prophétie et lui donnait même un caractère urgent avec son activité de baptiste ; enfin Pierre nous a rappelé, dans la seconde lecture, qu’en effet le Seigneur viendra. Quant à savoir quand, cela ne nous est pas connu. Il nous reste donc cet ordre à mettre en œuvre : Préparez le chemin du Seigneur. Mais alors se pose une question : pourquoi ? Question à entendre dans un double sens. D’abord, puisque personne ne peut me dire quand il viendra, puisque pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour, pourquoi semble-t-il plus urgent aujourd’hui qu’hier de préparer le chemin du Seigneur ? Et surtout pour quelle raison ai-je à préparer ce chemin ? 

            La question de l’urgence, introduite par le ministère de Jean le Baptiste, se comprenait à son époque. Nous qui savons toute l’histoire, nous n’oublions pas que Jésus vient juste derrière lui. Jésus est celui dont Jean a dit : Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi. A l’époque de la prédication de Jean, le temps n’était plus une affaire. Jésus est déjà né ; Jean le Baptiste annonce le début prochain de son ministère. Mais alors aujourd’hui, qu’en est-il ? Nous préparons-nous juste à cause du souvenir de cette première venue ? Autrement dit, l’Avent est-il le temps anniversaire du ministère de Jean le Baptiste ou a-t-il une réelle signification pour moi, pour chacun de nous ? Puisque la force de la liturgie est de rendre actuelle, contemporaine l’œuvre éternelle de Dieu en faveur des hommes, la préparation du chemin du Seigneur ne peut pas être de l’ordre de la commémoration. Nous ne vivons pas le temps de l’Avent dans le souvenir de Jean le Baptiste. Nous vivons ce temps de l’Avent avec Jean le Baptiste qui nous dit à nous aujourd’hui qu’il vient, Celui que nous attendons. Oui, puisque notre Dieu est le Dieu de la rencontre (c’est ce que nous rappelait la liturgie de dimanche dernier), il vient bien à notre rencontre aujourd’hui. Dieu ne cesse de venir à la rencontre des hommes. Il est le bon berger qui rassemble son troupeau. Il l’a fait au temps d’Isaïe ; il l’a fait au temps de Jean le Baptiste et de Jésus ; il le fait encore aujourd’hui. Cette urgence est perpétuelle parce que personne ne sait quand, mais nous savons qu’il va venir. 

            Alors reste la question de savoir pour quelle raison nous nous devons de préparer aujourd’hui le chemin du Seigneur ? Est-ce pour qu’il puisse venir ? Autrement dit, si nous ne préparons pas le chemin du Seigneur, il ne pourra pas venir ? Dieu, le tout-puissant, ne saurait tracer droit une route, combler un ravin, abaisser une montagne ou une colline ? Préparer le chemin du Seigneur ne serait rien d’autre que de déployer un tapis rouge pour qu’il puisse marcher dessus ? En spiritualisant un peu plus, puisque nous pouvons comprendre que les montagnes à abaisser, les ravins à combler, c’est en nous qu’il faut le faire (c’est de notre péché qu’il faut nous débarrasser), cela signifie-t-il que le Christ ne reviendra que lorsque les hommes seront parfaitement saints ? Freud nous expliquerait que le traumatisme de la croix était tel que désormais Jésus attendrait que nous soyons tous beaux et gentils et bien disposés à son égard pour revenir. Je ne veux effrayer personne, mais, dans ce cas, nous risquons d’attendre encore ! Et longtemps ! Nous comprenons bien que cela n’est pas la raison ; il ne faut pas envisager le retour du Christ de notre perspective, mais de celle du Christ lui-même. 

            Pourquoi le Christ est-il venu dans le monde ? Pourquoi le Christ vient-il toujours dans le monde ? Pourquoi le Christ reviendra-t-il dans le monde ? Pour sauver les hommes. C’est là sa grande mission ; c’est là son grand amour : notre salut ! Notre sainteté n’est pas le préalable à sa venue, mais la conséquence de sa venue. C’est parce que le Christ vient à nous, chaque jour, que nous pouvons devenir saints ; et non pas parce que nous sommes saints que le Christ vient à nous ! Pierre l’assure dans sa deuxième lettre : le retour du Christ est une certitude comme est une certitude sa première venue dans le monde, jadis au temps du roi Hérode. Puisque Jésus est déjà venu, comme en atteste les évangiles qui nous redisent sa vie et son ministère, nous voyons quels hommes nous [devons être] en vivant dans la sainteté et la piété. Non pas une sainteté que nous forgerions à la force de nos poignets, mais la sainteté que le Christ, mort et ressuscité a manifesté et offert à tous. Nous devons vivre du Christ, de son enseignement, de sa charité, de sa sainteté, pour hâter l’avènement du jour de Dieu. Je dois préparer le chemin du Seigneur non pas pour lui, pour qu’il ne s’écorche pas le pied, mais pour moi, pour que, quand il viendra, je ne trébuche pas sur le chemin qu’il m’invitera à prendre à sa suite. Parce que le retour du Christ sera bien ce jour où il rassemblera tous les hommes et les conduira vers son Père. Le Péché, la source du Mal, Jésus l’a vaincu une fois pour toutes sur la Croix, mais je dois me joindre à sa victoire en luttant avec le Christ contre les péchés qui peuvent envahir ma vie. Je rends droit le chemin, j’abaisse collines et montagnes, je comble les ravins, pour accueillir la grâce du Salut dans ma vie. Car le Christ ne forcera pas le passage dans ma vie. Le Salut, il me le propose, inconditionnellement ; mais il me revient de l’accepter, librement. 

            Notre Dieu est le Dieu qui nous conduit, qui nous propose un chemin ; mais nous seuls pouvons choisir de le suivre ou non. Nous seuls pouvons choisir d’accueillir sa gloire dans notre vie quand elle rayonnera sur le monde. Ecoutons l’appel d’Isaïe ; accueillons le baptême de conversion proposé par le Baptiste ; et l’Esprit Saint pourra agir en nous pour faire toute chose nouvelle. Quand le Christ paraîtra, nous pourrons aller à la rencontre de Celui qui ne cesse de venir pour nous conduire vers son Père. Amen.

samedi 31 octobre 2020

Toussaint - 01er novembre 2020

 La fête de ceux qui ont réussi ?




(Source internet)



            A écouter le livre de l’Apocalypse, nous pourrions croire que la fête de la Toussaint est la fête de ceux qui ont réussi. Ils sont parvenus au but, ils sont cette foule immense que nul ne pouvait dénombrer, au point que les jours de notre calendrier ne suffisent pas pour laisser une place unique à chacun. Mais alors, la Toussaint nous concerne-t-elle ? Et en quoi ? 

            Certes, et les oraisons de la fête vont dans le même sens, le sens premier de la fête est bien de célébrer en une seule fois, la sainteté de tous les élus, qui déjà intercèdent pour nous. Au-delà de nos dévotions particulières pour tel saint ou telle sainte, voici un jour pour célébrer tous ceux qui déjà vivent en Dieu, tous ceux qui nous sont donnés comme autant de modèles pour affermir notre vie chrétienne. En les célébrant tous ensemble, et en reconnaissant qu’ils intercèdent pour nous, nous reconnaissons qu’il subsiste un lien entre eux et nous. Ils peuvent quelque chose pour nous puisqu’ils partagent la gloire de Dieu. Ils sont autant de chemins, autant de modèles pour vivre jour après jour notre propre sainteté. 

            Nous aurions tort, en effet, de croire que la sainteté est pour plus tard, pour quand nous serons morts et enterrés. C’est certes une condition nécessaire pour être déclaré saint, mais ce n’est de loin pas la condition pour vivre en saint dès maintenant. Car la sainteté, Dieu l’offre à tous et à chacun de ceux qui choisissent le Christ. Dès maintenant, dit Jean dans sa première lettre, nous sommes enfants de Dieu. Si Dieu est saint, ce que je crois et affirme, alors les enfants de Dieu que nous sommes partageons avec lui cette sainteté. Nous sommes faits à son image et à sa ressemblance, au départ de notre vie croyante. Notre baptême a fait de nous des saints. Mais le péché qui rôde dans nos vies, obscurcit cette sainteté, l’empêche de briller vraiment. En méditant la vie des saints et des saintes reconnus par l’Eglise, nous pouvons trouver notre chemin vers la sainteté librement acceptée et vécue dans l’ordinaire de nos jours. 

            Car voyez-vous, nous sommes aussi de cette foule immense que nul ne peut dénombrer, car Dieu seul connaît la sainteté de chacun. Nous sommes de cette foule immense, même si ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous devons nous souvenir toujours que nous sommes appelés par Dieu ; nous ne devons jamais oublier que, dès maintenant, Dieu nous aime et nous veut avec lui, toujours, chaque jour. La sainteté n’est pas notre récompense ; la sainteté est notre être profond de baptisé. C’est la marque de fabrique de ceux que Dieu a appelés. Nous mesurons là la grandeur que Dieu a déposé en nous, qui n’est autre que sa propre vie. Plutôt que d’être la fête de ceux qui ont réussi, la Toussaint est la fête de celles et ceux qui choisissent de réussir avec Dieu, la fête de celles et ceux qui choisissent de vivre avec Dieu, dès maintenant et pour toujours. 

            En cette année marquée depuis trop longtemps par la pandémie qui bouleverse la vie du monde entier, une fois de plus, nous serons interdits de rassemblement, parce que jugés, avec d’autres, comme non nécessaires à la vie du monde, non nécessaires à la bonne marche de la société. Je regrette profondément cette conception utilitaire de l’homme à laquelle nos gouvernants nous réduisent. Je regrette profondément la perte du sens de la prière comme pierre à apporter à l’édifice qui lutte contre la pandémie. Je regrette profondément, qu’une fois de plus, l’Etat porte atteinte à ce qu’il y a de plus sacré en l’homme : son humanité et sa sainteté. Je veux bien entendre qu’il nous faut tous participer à la lutte contre la propagation de ce virus ; mais je ne peux accepter que l’homme en soit réduit à n’être qu’un esclave au service d’une idéologie, juste bon à travailler, à se taire et à s’enfermer. Ce que nous appelions autrefois le secours de la religion, s’il n’est plus reconnu, n’en est pas moins nécessaire pour autant. Parce que nous sommes déjà ce peuple saint, engageons-nous à prier pour que Dieu éclaire l’intelligence de ceux qui cherchent, donne un peu plus de bon sens à ceux qui nous gouvernent et à tous la force de résister à la colère qui monte chaque jour davantage devant ce qui semble quand même être une série de décisions catastrophiques pour tous les peuples. Nous vivons malheureusement dans un monde où l’on n’accepte plus que l’on meure de maladie, mais où le fait de devenir pauvre ne dérange personne. Qui a le souci du million de pauvres supplémentaires en France depuis le début de cette pandémie ? Les béatitudes que nous avons proclamées nous placent résolument à leur côté. 

            Avec nos amis les saints qui vivent déjà en Dieu, rangeons-nous du côté de Dieu et du côté des hommes, particulièrement ceux et celles qui souffrent le plus en ces temps difficiles. L’Evangile nous rappelle que l’amour que nous avons pour le premier se manifeste par l’amour que nous portons à tous nos frères et sœurs en humanité. Puisque nous ne pourrons plus unir nos voix désormais, unissons nos cœurs en une prière fervente pour le salut de tous les hommes. Nous manifesterons ainsi au monde la puissance de la sainteté que Dieu offre à tous. Amen.

samedi 11 janvier 2020

Baptême du Christ A - 12 janvier 2020

Le baptême de Jésus nous renvoie à notre baptême.






Quiconque a suivi, ne serait-ce que de manière approximative le catéchisme, sait que le baptême que donne Jean n’a pas grand chose à voir avec notre baptême. Et pourtant, comment ne pas réfléchir à notre propre baptême au moment où nous célébrons celui du Christ Sauveur ? Car, si le baptême de Jean est donné aux hommes en signe de conversion, le baptême de Jésus, par la manifestation extraordinaire qui l’accompagne, donne sens à notre propre baptême. Le don de l’Esprit Saint et la parole du Père introduisent déjà à ce que sera le baptême chrétien. 

Ne sous-estimons pas ces deux éléments. Le don de l’Esprit est nécessaire, même pour Jésus, puisque celui-ci va inaugurer sa mission et aura bien besoin de cette force divine pour la remplir pleinement. L’Esprit Saint manifeste le lien tout particulier qui unit Dieu à Jésus. Ce lien est exprimé clairement par la Parole entendue : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui, j’ai mis tout mon amour ». Voilà redit, par un signe et une parole, la nature particulière de Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Et si nous relisons alors le passage des Actes que nous avons entendu, nous comprenons que toute la vie de Jésus, ses paroles et ses actes, sont la manifestation aux hommes de ce qui s’est passé pour lui au bord du Jourdain. L’amour de Dieu qui lui a été manifesté, il le transmet à son tour, « faisant le bien là où il passait, guérissant ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui ». Mieux, il est présence de Dieu au cœur de la vie des hommes. Et c’est sans doute là que nous nous approchons le plus du baptême chrétien. Ne sommes-nous pas reconnus fils et filles de Dieu au jour de notre baptême pour que nous vivions de la vie-même de Dieu ? 

Cette affirmation de notre foi et de notre liturgie baptismale me pousse à réfléchir alors à ce que nous faisons lorsque quelqu’un s’adresse à nous pour recevoir le baptême. Une fois la demande enregistrée, nous préparons au baptême, c’est-à-dire que concrètement nous préparons la célébration après avoir précisé un peu la théologie du baptême. « Mais ne faudrait-il pas abandonner cette expression ? », s’interrogeait une théologienne française, préférant parler de « préparation à la vie baptismale plutôt qu’au baptême ! » Je la rejoins pleinement sur ce point. Le baptême, en effet, ne saurait être un moment unique de l’existence du chrétien. Le baptême traverse toute sa vie, lui donne sens et le met en marche, à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu et de ses frères. C’est bien notre baptême qui nous identifie au Christ Sauveur, nous invitant à vivre comme lui, « entièrement donné à Dieu et à nos frères ». C’est bien notre baptême qui nous fait frères et sœurs en Christ, au-delà de la seule filiation humaine. Sommes-nous suffisamment préparés à cette vie qui s’impose à nous, à cause du commun baptême ? Baptisé, je ne peux plus me désintéresser de ce que vit celui que je croise, parce qu’il est de ma famille. Baptisé, je suis invité à faire le bien, à lutter contre les forces de morts qui nous habitent tous, à relever celui qui est tombé et à me reconnaître fils, moi-aussi, de ce Dieu qui se révèle Père de tous les hommes. 

Vivre en baptisés, appelés à être saints, comme Dieu est saint : c’est pour cela que nous recevons le don de l’Esprit Saint au moment de notre baptême. C’est pour cela que nous sommes reconnus fils et filles de Dieu, frères et sœurs du Christ. Ce double don qui nous est fait au moment du baptême (don de l’Esprit et don de la filiation divine) ne peut nous faire vivre que si nous le laissons vivre en nous. Le baptême marque l’inauguration de la vie chrétienne qui ne se développe vraiment qu’avec l’Eucharistie et la Confirmation. Il existe un lien indissoluble entre ces trois sacrements de l’initiation chrétienne : ils sont nécessaires et complémentaires pour pouvoir se dire en vérité ‘chrétien’. Comment grandir en sainteté si mon baptême n’est pas nourri ? Comment grandir en sainteté si l’Esprit n’est pas reçu en plénitude, si je ne suis pas confirmé dans ma foi et dans l’amour de Dieu pour moi ? La vie baptismale appelle la pratique de ces autres sacrements dont le baptême est la porte. La vie baptismale ne s’arrête alors jamais. Elle est sans cesse poussée en avant, appelée à grandir. N’est-ce pas de cela dont nous avons réellement besoin ? De chrétiens qui, jour après jour, grandissent dans leur foi, grandissent en sainteté et oeuvrent pour ce monde meilleur, pour ce Royaume promis le jour où Dieu nous a dit : « Tu es mon bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour ! » 

En ce jour où nous voyons le Christ prendre totalement le chemin des hommes en recevant lui-aussi le baptême de Jean, en ce jour où il nous est révélé comme Fils bien-aimé, renouvelons notre propre attachement à ce Dieu qu’il nous a révélé comme Père, ce Dieu qui fait de nous aussi ses enfants, parce qu’il nous aime et qu’il attend de nous le même amour pour tout homme. Que la célébration du baptême du Christ renouvelle en nous la grâce de notre baptême. Ainsi nous pourrons vivre en peuple saint, témoin de ce que Dieu réalise pour nous, encore aujourd’hui, par son Fils, dans la puissance de l’Esprit Saint. Amen.

(Dessin de Jean-François DECITTIGNIES, Mille dimanches et fêtes, Année A, Les Presses d'Ile de France)


jeudi 31 octobre 2019

Toussaint - 01er novembre 2019

Le chemin vers la sainteté, c'est notre humanité.





Permettez-moi de commencer par une histoire vraie. C’est l’histoire de l’enterrement de la dernière impératrice d’Autriche, la très catholique Zita. Les images d’archives de la télévision vous montrent le cortège, d’une richesse somptueuse, d’une pompe exceptionnelle arrivant devant l’église du couvent des capucins où reposent les membres de la famille impériale. Les portes de celle-ci sont fermées. Un homme frappe plusieurs coups du pommeau de sa canne. De l’intérieur, une voix lui demande : « Qui demande à entrer ? » Il répond : « Sa majesté Zita, impératrice d’Autriche et Reine de Hongrie… » Et il décline pendant deux minutes tous les titres nobiliaires de la défunte. La voix – celle d’un moine capucin– lui répond : « Nous ne la connaissons pas… » Une deuxième fois, l’homme frappe à la porte. La même question vient de l’intérieur : « Qui demande à entrer ? » Il répond plus simplement : « Sa majesté Zita, impératrice et reine ».  A nouveau, la voix répond : « Nous ne la connaissons pas ». Une troisième fois, il frappe à la porte. A la question : « Qui demande à entrer ? », il répond : « Zita, une personne mortelle et pécheresse. » Alors, de l’intérieur la réponse jaillit : « Qu’elle entre. » Et les portes s’ouvrent. 

Ce que le rite de l’église d’Autriche a compris, c’est bien ce que les béatitudes proclament dans l’Evangile de cette fête de la Toussaint. Ce qui compte pour Dieu, ce ne sont pas nos mérites, nos titres de gloire, nos exploits : ce qui compte, ce que Dieu regarde, c’est le cœur, l’humilité, le désir qui anime notre cœur. Heureux, dit Jésus de celles et ceux qui savent ainsi, avant eux, faire passer les autres. Heureux ceux qui ne se gonflent pas d’orgueil, ceux qui savent que tout est don. C’est la grande leçon de nos amis les saints que nous célébrons aujourd’hui. En effet, la sainteté à laquelle nous aspirons, nous ne la construisons pas à coup d’exploits, ni à coup de jeûnes ou de privations, même s’ils sont un bon moyen de progresser dans l’amour. La sainteté à laquelle nous aspirons, est un don, un don que nous possédons déjà et que nous devons trouver en nous. 

Souvent nous l’oublions, mais nous sommes saints par notre baptême. C’est le grand enseignement du Nouveau Testament. Ceux qui reçoivent le baptême et rejoignent les premiers Apôtres s’appellent les saints, ceux que Dieu a choisis et appelés à marcher à la suite du Christ. Notre baptême fait de nous des fils et des filles de Dieu, des frères et des sœurs de Jésus Christ. Et nous le sommes vraiment, comme le souligne encore aujourd’hui le rituel du baptême. Si nous sommes fils et filles de Dieu, faits à son image et à sa ressemblance, rachetés à grand prix par la mort et la résurrection du Christ, alors nous sommes saints comme Dieu lui-même est saint. Notre vie spirituelle devient dès lors la mise en œuvre de cette sainteté que Dieu nous offre sans que nous n’ayons rien fait pour la mériter ; et les béatitudes deviennent le chemin le plus sûr pour y parvenir. En chacune des affirmations de Jésus, est rappelé le bonheur que Dieu veut et promet à celles et à ceux qui ne vivent pas repliés sur eux-mêmes, mais restent ouverts aux autres. Le saint, le chrétien est d’abord quelqu’un qui s’ouvre aux autres, et veille à construire avec eux, pour eux, un monde plus juste, plus fraternel, plus humain. Plus nous grandirons en humanité, plus nous grandirons en sainteté. Il n’y a pas d’autre chemin possible que celui de notre humanité. Les béatitudes ne sont pas fondamentalement chrétiennes. Elles ne sont religieuses que dans quelques-unes de leurs conséquences : « ils verront Dieu, ils seront appelés fils de Dieu… » Mais les chemins qu’elles proposent sont avant tout des chemins d’humanité, ouverts à tous. Il n’est pas besoin d’être chrétien, ni croyant pour être pauvre de cœur, doux, capable de compassion, de miséricorde ; pas besoin d’être chrétien ou croyant pour être un cœur pur, artisan de paix, avoir faim et soif de justice ou être persécuté pour la justice ! Ce que le Christ propose dans les béatitudes est donc bien d’abord un chemin de plus grande humanité pour parvenir au bonheur que seul Dieu peut proposer. Oui, encore une fois, plus nous serons humains, plus nous deviendrons saints. Il n’y a donc pas lieu de chercher hors de nous-mêmes ce que nous deviendrons un jour. Il faut juste retrouver le chemin de notre humanité pour parvenir à Dieu. Et c’est bien normal finalement, puisque nous célébrons un Dieu qui a pris, en Jésus, le chemin de notre humanité, pour que nous parvenions au salut. Nous serons de cette grande foule, cette foule innombrable dont parle l’Apocalypse lorsque nous aurons lavé le côté sombre de notre humanité dans le sang de l’Agneau, lorsque nous laisserons le Christ, vrai Dieu mais aussi pleinement homme, nous purifier vraiment de tout ce qui nous éloigne des autres et de Dieu. 

S’il n’est pas besoin d’être chrétien pour vivre les béatitudes, alors combien plus un chrétien se doit-il de les mettre au cœur de sa vie et de son action. Il y a urgence pour chaque croyant à vivre comme le Christ nous le propose, comme le Christ nous le montre par sa propre vie. Tous les saints que nous célébrons aujourd’hui ont vécu, d’une manière ou d’une autre, comme le Christ, entièrement donné aux hommes et à Dieu. Tous les saints, de leur vivant, ont permis à l’humanité de grandir. Tous les saints, depuis leur élévation sur les autels, permettent aux croyants de progresser dans l’accueil des dons que Dieu leur fait. Ils sont la richesse de l’Eglise parce qu’ils sont autant de chemin pour parvenir au bonheur que Dieu nous propose. Il y a autant de chemin vers Dieu qu’il y a de saints. Chacun peut nous apprendre une manière originale de construire notre bonheur. En nous mettant à leur école, nous pourrons toujours plus nous approcher du Christ, à la rencontre du Père dans la puissance de l’Esprit Saint. Choisissons d’être tel que Dieu nous fait : saints pour la gloire de Dieu et le bonheur de tous les hommes. Amen.






mercredi 31 octobre 2018

Toussaint - 01er novembre 2018

Un jour particulier.






Comme chaque année, avec le premier novembre, revient la fête de la Toussaint, où nous célébrons le jour consacré à la mémoire de tous les saints : ils ont imité le Christ pendant leur vie et, à leur mort, ils ont reçu de lui la couronne de gloire (PE 1). C’est avec ces mots que la liturgie de l’Eglise parle de ce jour si particulier de l’année. 

C’est un jour particulier parce que nous pourrions croire que ce jour ne parle pas de Dieu. Et dans nos rapports avec d’autres Eglises chrétiennes, une telle fête peut être un obstacle si notre manière d’envisager les saints nous faisait perdre de vue que Dieu est le seul saint. Dans notre vie spirituelle, les saints ne nous sont pas donnés par l’Eglise pour nous détourner de Dieu, mais bien pour nous rapprocher davantage de lui. J’aime me souvenir de mes saints patrons lorsque, dans ma vie spirituelle, les choses vont moins bien, lorsque je me sens incapable de me rapprocher encore de Dieu. Parce qu’à ces moments-là, j’ai besoin de ces figures toutes humaines pour me souvenir que leur chemin de sainteté n’était pas différent du mien. Les saints dont nous portons le nom sont autant de chemin vers Dieu qu’il existe d’hommes et de femmes différents, autant de chemins vers Dieu qu’il existe de caractères différents. Tous les saints n’ont pas la même histoire et il n’existe pas de stéréotype de saints. Il n’existe que des hommes et des femmes qui ont vécu leur foi, à une époque donnée, affrontant les difficultés d’une vie, mais les affrontant avec Dieu. C’est la seule chose qui caractérise tous les saints : leur désir de Dieu. Et ne croyez pas qu’ils soient tombés dedans quand ils étaient petits. Il n’y a que peu d’Obélix de la sainteté ! 

C’est encore un jour particulier parce qu’il ne nous parle que de Dieu ! Une des préfaces possible de la fête nous fera dire que lorsque [Dieu] couronne leurs mérites, [il] couronne ses propres dons. Ce qu’ont vécu les saints leur a été donné par Dieu. Cette fête nous rappelle alors que, pour nous aussi, pour chacun de nous, Dieu a un projet, Dieu a quelque chose à nous offrir. Une vie faite de bonheur comme décrit dans les béatitudes, une vie pleine, c’est-à-dire bien menée, bien remplie, une vie dont nous pouvons être fiers. Le bonheur que Dieu veut pour nous n’est pas que pour plus tard, lorsque nous serons invité au banquet préparé dans la maison de Dieu (post communion); c’est un bonheur pour aujourd’hui et maintenant, même si la route à suivre n’est pas celle que nous emprunterions humainement. Reconnaissons-le : le chemin des béatitudes n’est pas une partie de plaisir, mais nous savons bien que c’est le seul chemin vers un monde plus juste et plus humain. Tous les saints nous le rappellent, qu’ils aient eu une vie simple ou marquée par les épreuves et le martyr. 

C’est enfin un jour particulier parce qu’il nous rappelle qu’une vie n’est signée qu’à l’heure de la mort. Il y a, chez les saints officiels, des hommes et des femmes dont la vie n’a pas été marquée dès son origine par cette sainteté. Chez certains, il y a clairement une vie d’avant, avant la rencontre de Dieu. Et donc une vraie conversion, c’est-à-dire un moment où Dieu s’est imposé à eux comme une évidence, un moment où la présence de Dieu était tellement forte et claire qu’il ne leur était plus possible de vivre comme avant. La sainteté nous parle aussi de la miséricorde de Dieu qui n’estime jamais que quelqu’un est définitivement perdu. Le retour à Dieu est toujours possible ; l’acceptation des dons de Dieu n’est pas frappée de date limite. Il n’y a pas d’heure pour entrer dans le projet de Dieu. 

Nous pouvons être heureux de cette fête qui nous tourne vers Dieu par autant de chemins qu’il y a de saints, d’authentiques témoins de sa Parole. Nous pouvons, grâce à eux, trouver la route que nous sommes appelés à vivre pour parvenir au bonheur que Dieu promet. Remercions Dieu de nous avoir donné des saints ; remercions les saints de toujours nous mener à lui. Sur le chemin vers le Royaume, comment pourrions-nous nous perdre ? Heureux sommes-nous d’être appelés par un tel Dieu. Amen.

 

 

samedi 14 juillet 2018

15ème dimanche ordinaire B - 15 juillet 2018

Avec Amos, avec le Christ et ses disciples, annonçons le règne de Dieu !






Amos et Jésus, même combat : c’est ce qui ressort d’une lecture rapide des textes liturgiques de ce dimanche. Ce combat, c’est celui de la Parole de Dieu à annoncer toujours, à temps et à contre-temps. Une annonce qui ne souffre ni retard, ni obstacle. Dieu envoie, l’homme annonce. Ecoutons à nouveau ces textes et comprenons. 

Va-t-en d’ici ; fuis au pays de Juda ; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Pauvre Amos ! Les temps sont durs pour les prophètes. Imaginez-vous qu’il est tiraillé entre ce que Dieu lui demande de prophétiser et ce que les gens ont envie d’entendre. Il ne faut pas être soi-même grand prophète pour comprendre qu’Amos ne plaît guère, pas davantage que son message. C’est un empêcheur de tourner en rond ! Avec lui, plus de passe-droit ; avec lui, finie l’injustice sociale ; avec lui, voilà qu’il faudrait respecter les pauvres, et les riches devraient éviter le luxe tapageur. Alors que le peuple de Samarie connaît une période faste, voilà que le prophète annonce des malheurs immenses : le peuple sera ruiné, il sera déporté. Même si le peuple se repentait, le Seigneur Dieu ne pourrait plus retenir le bras prêt à frapper. Il ne restera pas pierre sur pierre dans le royaume. Vous comprenez dès lors l’intervention du prêtre Amazias : laisse-nous tranquille ! Va-t-en jouer au prophète de malheur ailleurs ! Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser. 

C’était sans compter sur qui avait envoyé Amos. Dans une courte réponse au prêtre, le prophète dit avec force qu’il ne peut se taire. Lui le gardien de troupeau et le tailleur de sycomores, lui qui n’appartient pas à une caste de prophète, lui l’homme de la terre, a été saisi par Dieu et sommé par lui d’aller prophétiser. Il ne prophétise pas pour gagner sa vie ; il ne prophétise pas par plaisir ; il ne prophétise pas pour se faire un nom ; il prophétise parce que Dieu l’a envoyé ! Alors, que cela plaise ou non, il dira ce qu’il a à dire ; après il partira. Il reprendra sa petite vie de berger. Mais pour l’heure, place au Seigneur Dieu et à sa Parole ! 

Quelques siècles plus tard, Jésus lui-aussi viendra annoncer la Parole du Seigneur Dieu. Il ne se contentera pas de remplir sa mission en solitaire. Il va associer ses disciples à sa mission. Nous l’avons entendu dans l’Evangile : alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Le contexte est certes différent de celui d’Amos, mais Dieu parle encore et toujours à son peuple. Par Jésus donc, qui vagabonde sur les routes de Palestine ; ce Jésus, que les siens croyaient connaître et ne veulent pas entendre ; ce Jésus, qui vient d’essuyer un échec dans son village, et qui transfère ses compétences à ses disciples. Il les envoie en mission, deux par deux. Il les envoie faire à leur tour ce pourquoi il est venu : annoncer la Bonne Nouvelle et la concrétiser en manifestant leur pouvoir sur les forces de mort, sur les esprits mauvais. Les disciples sont appelés à poursuivre l’œuvre du maître ; ils sont appelés à marcher sur ses traces, avec des consignes très claires. 

Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, si ce n’est un bâton. Ils partent, totalement désarmés, dépourvus de tout : ni vêtement de rechange, ni monnaie, ni même un en-cas pour la route. Juste un bâton. Ils ne feront pas découvrir aux autres la route du bonheur s’ils s’encombrent de choses inutiles. La route du bonheur se découvre lorsque l’on n’a plus rien que la seule force d’aimer ; lorsque les seuls arguments sont une vie heureuse, respirant le bonheur et la joie de vivre, libérée de toute peur, de tout attachement excessif. Le bâton est plus utile qu’un vêtement de rechange : il permet de s’appuyer sur lui lorsque la route est trop dure. Il est le symbole de celui qui se met en marche et accepte de se dépayser pour entrer dans le monde de Dieu que se proposent de faire découvrir les Apôtres. Ils se mettent en route avec un bâton, des sandales aux pieds, et un compagnon de voyage. A deux, on se réconforte, on s’encourage, on essaie de vivre ce que l’on prêche ! 

A la suite d’Amos et des Apôtres, nous sommes appelés à témoigner à notre tour de tout ce que Dieu réalise pour nous. A la suite d’Amos et des Apôtres, nous sommes envoyés proclamer au monde la Bonne Nouvelle. Par notre baptême, nous sommes faits fils de Dieu ; par notre baptême, nous sommes chargés de dire par toute notre vie cette Bonne Nouvelle qui nous a tourné vers le Christ. Nous devenons les porte-parole de Dieu parce qu’il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus le Christ. Les ministres ordonnés le sont d’une manière particulière, certes ; mais tous, nous avons mission de les aider et de dire à ceux que nous rencontrons que Dieu les aime, qu’il les veut libres et heureux et qu’il est LE chemin de salut et de libération. Par notre baptême, nous participons tous à la mission prophétique du Christ. Chaque baptisé est envoyé lutter contre les forces du mal ; chaque baptisé est appelé à faire de sa vie un chemin de sainteté quotidien. C’est en devenant saints dans l’ordinaire de notre vie que nous gagnerons nos frères et sœurs à la foi au Christ ; c’est en devenant toujours plus saints comme Dieu est saint que nous construirons le Royaume de Dieu, dès ici-bas. 

Dans sa très belle exhortation Gaudete et exsultate, publiée au mois de mars dernier, le pape François nous invite à rester fidèles à notre baptême, premier jour de notre engagement à la sainteté. En renonçant au Mal, en proclamant notre foi, nous avons fait le choix de Dieu, le choix du Christ, le choix des frères. Plongés dans la mort de Jésus, saisis par son Esprit, nous marchons à sa suite et faisons nôtre l’Evangile du Salut. A la suite d’Amos, à la suite de Jésus et de ses disciples, devenons ces annonceurs d’un monde plus grand et plus humain, parce que plus saint. Amen.

 
(Dessin de M. Leiterer)
 

 

 

samedi 21 avril 2018

04ème dimanche de Pâques B - 22 avril 2018

Nous sommes enfants de Dieu !






         Chaque année, au quatrième dimanche de Pâques, l’Eglise nous invite à prier pour les vocations. Nos communautés sont invitées à se tourner vers Dieu pour lui demander les prêtres, les religieux et les religieuses dont elles ont besoins. Cette journée devrait être l’occasion, dans nos familles, d’oser la question : et toi, répondras-tu à l’appel que le Seigneur t’adresse ? Car, au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit : être les relais de Dieu pour que son appel à le servir et à servir les frères soit entendu. La teneur de notre seconde lecture nous oblige alors, cette année, à nous interroger tous et à découvrir que tous, nous sommes appelés par Dieu à quelque chose de grand.

            Laissez-moi vous relire le début de cette lecture : Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. La grandeur de l’homme, c’est d’être reconnu enfant de Dieu. C’est notre vocation commune. C’est pour réaliser ce grand dessein que Dieu a livré son Fils unique sur la croix. L’ancienne tradition liturgique était encore plus précise à mon sens lorsqu’elle proclamait : voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. C’est le désir profond de Dieu que nous soyons ses enfants ; c’est son désir profond d’appeler tous les hommes à partager sa vie. C’est le désir profond de Dieu que l’homme réussisse sa vie en la plaçant sous son regard à lui, qui nous aime passionnément. Mesurons-nous pleinement ce que cela signifie d’être enfant de Dieu ? Nous le sommes tous par notre baptême ; ce n’est pas une parole en l’air ; c’est notre réalité. Appelés enfant de Dieu, partageant désormais sa vie, nous devenons pour les autres le miroir de cette vie divine. En nous voyant vivre, ils devraient pouvoir contempler cette vie divine, la désirer et enfin la partager à leur tour. C’est vraiment la vocation commune à tous les hommes ; c’est vraiment la raison du sacrifice de Jésus sur la croix. A travers nous, Dieu se donne un peuple. A travers le Christ, il veut attirer à lui les peuples de la terre. 
 
Bon, il est vrai que ce n’est pas toujours évident à reconnaître. La vie divine qui devrait rayonner en nous, nous la cachons bien. Jean précise que le monde ne nous connaît pas parce qu’il n’a pas connu Dieu. Il est gentil, Jean, quand il nous dit ainsi que cette filiation divine ne peut se reconnaître en quelqu’un que lorsque celui qui regarde connaît lui-même Dieu. Et pour une part, il a raison. Comment puis-je nommer la présence de Dieu en quelqu’un si j’ignore qui est Dieu ? Il faut connaître Dieu pour le reconnaître en quelqu’un. Mais il faut aussi que celui qui porte Dieu soit conscient de qui il porte, de ce qu’il est. Cela facilite quand même grandement les choses. Je ne suis pas persuadé qu’aujourd’hui, chaque croyant ait bien conscience de la grandeur qui est la sienne. Nous préférons, par confort, cacher ce que nous sommes ; que voulez-vous, on nous a tellement dit que dans une République laïque, ce qui relève de la foi devait rester personnel et confidentiel ! Mais Dieu ne nous a pas appelé pour rester entre nous ! Il nous appelle à vivre selon sa Parole, comme ses enfants, pour le bien commun, devant et au milieu de tous les hommes ! Enfants de Dieu, ne sommes-nous pas sel de la terre et lumière du monde ? 

Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, dit encore saint Jean. Il faut bien entendre le « dès maintenant ». La filiation divine est un don fait à chaque croyant dès son baptême. Ce n’est pas pour plus tard, quand nous serons morts et en paradis ! Il y a urgence à nous souvenir de cela et à vivre en enfants de Dieu, à témoigner du Christ mort et ressuscité. Le pape François, dans son exhortation Gaudete et exsultate rappelle bien que la sainteté (l’autre nom de la filiation divine) est à vivre au quotidien : Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels (n°14). C’est bien dans l’aujourd’hui de notre vie que nous avons à nous reconnaître comme enfant de Dieu, à grandir en sainteté. Le pape François rappelle encore que le défi, c’est de vivre son propre engagement de façon à ce que les efforts aient un sens évangélique et nous identifient toujours davantage avec Jésus-Christ (n°28). Nous sommes enfants de Dieu, identifiés à Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, pour vivre de plus en plus comme le Christ, entièrement donné à Dieu et aux autres. Certains vivent cet appel dans une vocation plus particulière, dans un style de vie plus particulier ; mais cela n’enlève rien au fait que chaque croyant doit vivre en témoignant de Celui qui le fait vivre, en témoignant de Celui qui donne sens à sa vie et à son action. 
 
          En ce dimanche des vocations, prions pour que nous devenions toujours plus conscients de notre vocation fondamentale et première : nous sommes enfants de Dieu. Sans cette conscience bien ancrée et bien vécue par tous, comment pouvons-nous imaginer que des vocations particulières puissent naître ? Si nous manquons à notre être profond d’enfants de Dieu, nous manquerons aussi de pasteurs pour nous guider. Mais si se lève un peuple nombreux, conscient de sa vocation profonde, Dieu ne restera pas sourd à ses appels et lui donnera les pasteurs dont il a besoin. J’en suis convaincu. Amen.
 
(Dessin de M. Leiterer)
 

samedi 30 décembre 2017

Fête de la Sainte Famille - 31 décembre 2017

Imiter la Sainte Famille ?





           
Etes-vous influencés par les fêtes que nous célébrons en Eglise ? Venez-vous à l’église avec une idée précise de ce que le prédicateur va vous dire ? Par exemple, en ce dimanche après Noël où l’Eglise célèbre la Sainte Famille, l’un de vous s’est-il dit ce matin : chouette, encore une homélie sur la famille ! Pourvu que mon mari (ma femme, mon gamin, ma belle-mère…) écoute bien ! Et moi, comme prédicateur, ai-je vraiment le choix alors quant au contenu de mon homélie ? En préparant ce dimanche, ce n’est pas tant la famille qui occupait mon esprit, mais cette question que je vous renvoie : Peut-on imiter la Sainte Famille ? 
 
            Curieuse question, j’en conviens. Mais il me semble qu’il nous faut bien l’affronter un jour. Une première réponse serait de dire qu’on ne peut pas l’imiter. La Sainte Famille est une famille hors catégorie : une maman préservée du péché dès sa naissance, un fils engendré par Dieu, un époux qui prend tout avec beaucoup de recul et ne pose aucune question. Vraiment, cette famille ne joue pas dans la même ligue que nos familles. Ils ont beau être humains, ils sont quand même ‘space’, non, un peu à part. Comment voulez-vous imiter une telle famille ? C’est un OFNI : un objet familial non identifié. 
 
            D’autres diront : les temps ont changé, la notion de famille elle-même a beaucoup évolué. L’Eglise ne peut plus présenter la Sainte Famille (papa, maman et un enfant) comme le modèle de la famille. D’autres réalités familiales ont vu le jour : familles recomposées, familles monoparentales, familles homoparentales. Les familles à l’image de la Sainte Famille seraient des exceptions, voire des curiosités. Vous comprenez, des comme ça, on n’en fait plus beaucoup ! Célébrer la Sainte Famille et la donner pour modèle, reviendrait alors à stigmatiser les autres réalités familiales qui existent aujourd’hui. Ce n’est pas, me semble-t-il, le but de cette fête. Sous prétexte que l’Eglise défend un modèle précis de famille, je ne peux pas, comme pasteur, ignorer la vie des gens que je rencontre, ni condamner de manière péremptoire ce qu’elles vivent. Prêtre, je dois accompagner au mieux toutes ces familles nouvelles lorsqu’elle s’adresse à moi, et voir avec elles comment elles vivent l’Evangile et suivent le Christ dans l’histoire qui est la leur. Et je vous invite tous à faire de même. Trop de familles sont déchirées parce qu’un des leurs ne suit pas la même voie que les autres ; trop de familles sont déchirées par une séparation et les conséquences qu’elles entraînent ; trop de familles sont déchirées parce qu’un enfant a eu le courage d’assumer sa différence. 
 
            Ecoutez à nouveau ce que disait la prière d’ouverture de cette fête : Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous la grâce de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être réunis par les liens de ton amour, avant de nous retrouver pour l’éternité dans la joie de ta maison. Intéressant, n’est-ce pas ! Et surtout très ouvert comme discours. La Sainte Famille est donnée en exemple non pas tant pour sa composition (papa, maman, enfant) mais pour ce qu’elle a vécu : les vertus familiales et l’union dans l’amour de Dieu. C’est tout, mais c’est beaucoup. Les vertus familiales ne sont pas précisées plus que cela. Il faut donc les découvrir en méditant la vie de cette famille. Et cela commence plutôt mal : Marie est enceinte avant son mariage avec Joseph et d’un autre que lui ; le jeune couple se retrouve sur les routes à cause d’une décision politique imbécile ; il connaît l’exclusion au moment où l’enfant vient au monde, puis vient l’exil pour soustraire l’enfant à la colère du roi Hérode. Il est indirectement la cause du massacre des saints innocents. A douze ans, le petit devenu grand fera une fugue de trois jours. Quand il est adulte, au lieu d’exercer un travail honnête comme son père, voilà que le fils parcourt le pays, s’oppose aux religieux de son époque jusqu’à être menacé de mort. Et toute cette histoire finit mal, le fils terminant sa vie sur une croix, comme un vulgaire malfaiteur, avec sa mère comme témoin. Vous voulez vraiment imiter tout cela ? 
 
            Puisque la Sainte Famille est l’exemple de toutes les familles, nous pouvons retenir que les difficultés font autant partie de la vie de famille que les joies. Et ce qui fait de cette famille-là une sainte famille, ce n’est pas seulement l’origine divine du Fils, mais le lien qui unit cette famille à Dieu. Elle est sainte parce que Dieu vit avec cette famille, dans cette famille. Elle est sainte parce que sa vie est entre les mains de Dieu et qu’elle laisse Dieu la conduire. Depuis le oui de Marie et de Joseph à l’ange jusqu’à la mort du Fils en croix, tout s’est vécu sous la conduite de Dieu. Et la mère et le père et l’enfant ont été un oui permanent à l’œuvre de Dieu en eux. Les premières vertus de cette famille sont donc l’obéissance à la volonté de Dieu pour chacun de ses membres et leur fidélité à cette volonté. Quelle que soit la famille dans laquelle vous vivez, vous êtes invités à découvrir quelle est la volonté de Dieu pour vous et à y rester fidèles. Sans cette fidélité primordiale, il n’y a pas de fidélité humaine possible. Sans cette fidélité primordiale, il n’y a pas de sainteté possible. 
 
            L’Evangile de cette fête ne montre pas autre chose que la fidélité de cette famille à la volonté de Dieu. Bien que leur Enfant leur ait été donné par Dieu, ils vont le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi. Et s’ils ne comprennent sans doute pas grand-chose aux élucubrations du vieux Siméon et de la prophétesse Anne, ils accueillent tout cela, sans se pousser du col, sans faire non plus de scandale. Ils s’étonnaient tout juste de ce qui était dit de leur fils. Puis, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. Ils ont mené leur vie simplement, comme toutes les autres familles du monde. Rien ne les distingue des autres familles. Il faut entrer dans l’intimité de cette famille pour y découvrir la présence de Dieu à chaque instant de la vie. Et pendant longtemps, Jésus n’est qu’un enfant comme les autres, apprenant, jouant, vivant, tout simplement. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui, dit sobrement l’évangéliste Luc. 
 
            Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour éduquer votre enfant, votre belle-mère ou qui sais-je encore, c’est raté. Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour trouver en elle le modèle d’une vie paisible et sans soucis, c’est encore raté. Si vous comptiez sur la Sainte Famille pour condamner la famille de votre voisin parce qu’elle ne correspond pas au modèle catholique, c’est toujours raté : tout n’est qu’amour dans cette famille. Par contre, si vous cherchez en elle comment vivre mieux ce que Dieu attend de vous, regardez et méditez son exemple : vous trouverez auprès d’elle la force de vivre mieux l’Evangile. En cela, elle sera toujours notre modèle, parfaitement sainte parce que parfaitement accordée à la volonté de Dieu. Amen.

 
(Dessin de Jean-François KIEFFER, Mille images d'évangile, éd. Les Presses d'Ile de France)
           

mercredi 1 novembre 2017

Toussaint - 01er novembre 2017

La sainteté ou l'art de voir Dieu.






Heureux ceux qui ! Ainsi s’entend le refrain des béatitudes que la Toussaint nous donne à méditer tous les ans. Heureux ! C’est donc bien à une fête que nous convoqués. Heureux ! C’est donc bien le bonheur que Dieu veut pour l’homme, pour nous, pour chacun de nous ! Essayons de mieux comprendre ce bonheur. 
 
A y regarder de près, le bonheur proposé demande un minimum d’engagement de notre part. Il n’a jamais été écrit ou dit que le bonheur serait chose facile. Ce qui caractérise le chemin de bonheur proposé par le Christ, c’est qu’il passe sans cesse par les autres. Heureux les doux (ceux qui se montrent doux avec les autres), heureux ceux qui pleurent (ceux qui savent pleurer avec les autres, compatir à leur malheur), heureux ceux qui ont faim et soif de justice (pour eux et pour les autres), heureux les miséricordieux (ceux qui savent pardonner aux autres), heureux les cœurs purs (ceux qui regardent le monde et les autres avec un cœur d’enfant), heureux les artisans de paix (forcément avec les autres, pour les autres) : sans cesse, nous sommes donc renvoyés à notre attitude envers ceux et celles qui croisent notre route. Sans cesse, nous sommes invités à remettre l’Autre, les autres, au cœur de notre chemin vers le bonheur. Je ne saurais être heureux tout seul. Je ne saurais gagner mon paradis tout seul, sans les autres. 
 
Ceci dit, parmi tous ces chemins de bonheur qui mènent à Dieu, Jésus en présente un qui y mène de manière directe. Il nous dit : Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ! Saint Augustin déjà faisait remarquer que c’est la seule béatitude qui conduit ainsi directement à voir Dieu face à face, la seule qui nous mette de manière immédiate en présence de Dieu. Elle est celle qui assure le bonheur absolu du croyant, puisqu’elle lui permet de vivre en présence de son Seigneur ! Les saints que nous célébrons aujourd’hui ont tous eu, à leur manière, un cœur pur, c’est à dire un cœur capable de porter sur le monde le regard même de Dieu, un cœur totalement ouvert à sa volonté, à son projet d’amour pour nous. Le cœur pur peut voir Dieu face à face parce que son cœur ne fait qu’un avec le cœur de Dieu ; son cœur bat au rythme du cœur de Dieu ; son cœur est totalement ouvert, totalement transparent à la grâce de Dieu. La vraie sainteté, celle que nous célébrons aujourd’hui, se résume bien dans cette attitude d’ouverture totale et constante à la volonté de Dieu. Le saint n’est pas celui qui fait des choses de plus en plus difficiles, mais celui qui fait les choses – et quelquefois les mêmes choses – avec de plus en plus d’amour, parce que son cœur est réglé sur le cœur de Dieu, parce que son cœur bat de l’amour même de Dieu. le vrai saint est celui qui voit Dieu en toute chose et en chacun. 
 
En célébrant nos amis les saints, nous sommes remis face à notre condition, face à notre destin : nous sommes appelés à être saints à notre tour. Pas plus tard, quand nous serons morts, mais dès maintenant. Notre baptême nous a placés sur cette route exigeante mais belle que le Christ nous a ouverte par sa mort et sa résurrection. Notre baptême exige que nous vivions chaque jour plus unis au Christ, plus aimant de l’amour même de Dieu. Notre baptême fait de nous des saints en devenir. Nous sommes saints (enfants de Dieu), dit Saint Paul, et nous le devenons toujours plus en calquant notre vie sur celle du Christ. Nous sommes saints par le baptême, et nous confirmons notre volonté d’être saints, à l’image et à la ressemblance de Dieu, lorsque nous vivons au quotidien le chemin des béatitudes. La sainteté ne se gagne pas ; elle se reçoit dans l’acceptation de la volonté de Dieu pour nous. La sainteté ne se gagne pas ; elle s’exerce sur le chemin des béatitudes. La sainteté ne se gagne pas, mais elle peut se perdre lorsque je m’éloigne de Dieu. La sainteté ne se gagne pas, mais elle grandit à travers ma participation au sacrement du pardon et de l’eucharistie, où déjà je rencontre Dieu dans un face à face salutaire. La sainteté ne se gagne pas ; elle est un don fait par Dieu à celles et à ceux qui marchent loyalement sur le chemin du Ressuscité. Que la célébration de notre eucharistie nous redonne courage et espérance sur notre chemin ! Qu’elle purifie nos cœurs pour que nous puissions, nous aussi, voir Dieu, aujourd’hui en chacun, demain en face à face, dans un bonheur sans fin ! Amen.


(Dessin de Coolus, Blog du lapin bleu)