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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

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Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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dimanche 8 mars 2026

 Le Seigneur est-il au milieu de nous ?





 

            Nous approchons de la mi-carême déjà, et la liturgie nous donne de rencontrer le peuple libéré d’Egypte, errant dans le désert, soumis à la soif. Une épreuve de plus, pour purifier ce peuple à la nuque raide, qui alterne entre bonheur d’avoir été libéré et regret de ne plus être en Egypte. Et revient aujourd’hui encore, cette question mainte fois posée : Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ?

            Qui d’entre nous ne s’est jamais posé la question ? Lorsque je lis la presse ou les réseaux sociaux, la question revient souvent ces derniers temps. Entre les guerres qui semblent se multiplier à travers le monde et les agressions, en France, d’élèves et de professeurs par des élèves de plus en plus jeunes, la question me semble légitime. Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Et sa question jumelle : si oui, pourquoi permet-il cela ? Le mal, sous toutes ses formes, est, a été et restera toujours l’énigme majeure qui peut nous faire refuser l’existence de Dieu. Sommes-nous dès lors condamnés au doute à mesure que les drames se multiplient ? N’y a-t-il aucune issue, aucune espérance possible ? Comment comprendre Paul quand il affirme : l’espérance ne déçoit pas ? Certes, il la fonde sur l’amour que Dieu a répandu dans nos cœurs. Mais quand il ne semble plus y avoir d’amour, l’espérance disparaît-elle ? La réponse se trouve dans une autre lettre de Paul, la première aux Corinthiens, quand il dit avec force que l’amour ne passera jamais, comprenons bien qu’il ne disparaîtra jamais. Nous pouvons ne plus le voir, ne plus être capable de le discerner à l’œuvre, mais l’amour ne passera jamais de mode. Il suffit d’un seul pour aimer, toujours et encore, pour que l’amour soit sauvé, pour que le monde soit sauvé. Qui sauve une vie, sauve l’humanité, proclame le Talmud. Et ceci n’est possible que parce que l’amour du bien est à l’œuvre, et la détestation du mal solidement ancrée en celui qui décide que toute vie est importante. N’est-ce pas ce que Jésus nous apprend dans sa manière d’être avec chacun de ceux qu’il rencontre ? N’est-ce pas ce que Jésus nous révèle dans son Evangile ? N’est-ce pas ce qu’il a fait pour nous en offrant sa vie pour la multitude dont nous sommes ? N’est-ce pas ce que fait l’Eglise lorsqu’elle célèbre le sacrement du baptême ? La preuve que Dieu nous aime (et donc accessoirement qu’il est au milieu de nous), c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.

            Mais alors pourquoi ce sentiment d’abandon formulé par le peuple dans le désert ? Pourquoi cette impression dans notre propre existence ? Peut-être est-ce une question de regard, d’écoute et de confiance ! Voyez la Samaritaine qui vient au puits de Jacob au moment où Jésus lui-même s’y repose. Quand Jésus engage la conversation pour obtenir un verre d’eau, elle ne voit en lui qu’un Juif qui ne fréquente pas les Samaritains, c’est là chose connue, et elle sait le lui rappeler à sa manière. Mais Jésus ne s’offusque pas. Il va petit à petit déplacer le regard de cette femme, et le réorienter sur sa propre vie, jusqu’à la révéler à elle-même, tout en se révélant à elle. Serais-tu plus grand que notre père Jacob ? Puis : Seigneur, je vois que tu es un prophète… pour arriver à cette question : Ne serait-il pas le Christ ? Ce changement de regard est possible pour la Samaritaine parce qu’elle se met à l’écoute de celui qui a eu l’audace de lui demander un verre d’eau. Elle ne se referme pas, elle accepte la conversation, même quand elle se fait difficile. Changement de regard, écoute attentive, et voilà notre femme qui rentre au village prévenir les siens et les inviter à la même expérience : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Je mesure là, la confiance retrouvée de cette femme. Elle ose ameuter tout un village sur une simple conversation avec un membre de ce peuple ennemi héréditaire. Elle a compris ce que tout son village comprendra, et que nous sommes invités à comprendre à notre tour : en Jésus, le Seigneur est au milieu de nous. Tous les habitants du village le confesseront : Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. De la question du peuple errant dans le désert, nous arrivons à une profession de foi lumineuse de tout un village.

Alors, le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Pour les Samaritains, le doute n’est pas permis. Oui, il est là, en Jésus. Il leur a suffi d’accepter l’invitation de la femme à venir écouter. Ils ont vu, ils ont entendu, ils font désormais confiance à celui qu’ils ont accueilli et écouté deux jours durant. Devant l’actualité morose et anxiogène de ces derniers jours, nous pouvons nous aussi, accueillir dans notre vie la parole de Jésus qui éclaire et libère. Avec les Samaritains, nous pouvons reconnaître que le Seigneur est au milieu de nous et qu’il est le Sauveur du monde. L’ayant écouté, confions-lui ce monde et croyons qu’il peut toujours quelque chose pour nous, qu’il peut toujours quelque chose pour ceux et celles qui souffrent. Notre compassion et notre charité seront pour eux le premier signe que le Seigneur est au milieu d’eux aussi et qu’il vient les sauver. Amen.

samedi 15 novembre 2025

33ème dimanche ordinaire C - 16 novembre 2025

 Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.





(Foi, espérance et charité, Source Pinterest)



 

 

            La fin de l’année liturgique approche, et déjà nous sont donnés à entendre des textes de type apocalyptique, non pas pour nous effrayer, mais pour nous faire entrer dans la révélation des fins dernières. Ne l’oublions pas, en effet : l’histoire de l’humanité aura une fin. Peu importe quand, peu importe comment. Ce qui compte pour nous, c’est d’intégrer cette fin et de vivre chaque jour dans cette perspective ultime : le Seigneur va revenir, notre espérance n’est pas vaine, notre salut est proche.

            L’évangile de Luc, au-delà des catastrophes annoncées, nous invite à la confiance, car, dit Jésus, pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Pour rassurer ceux qui rencontrent quelques difficultés capillaires, comprenez que pas un cheveu de votre tête n’est tombé pour rien. Personne ne maîtrise totalement ce qui lui arrive, mais le Seigneur nous assure que lui, il veille, même sur le moindre de nos cheveux. Rappelons-nous toujours que nous avons du prix pour Dieu, et que son projet pour nous ne comprend pas notre perte ; son projet pour nous est un projet de salut, intégral. Nous serons sauvés corps et âme. Il nous faut rejeter Platon et Socrate qui pensaient que le corps était un tombeau pour l’âme, tombeau duquel elle devait se libérer. L’homme est corps, âme et esprit, et c’est tout cela qui sera sauvé : Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. D’où vient alors la crainte des fins dernières ?

            Peut-être principalement d’une mauvaise interprétation des textes et d’une prédication destinée à faire peur à certaines époques, il faut bien le reconnaître. Ensuite, le seul fait que les textes parlent de catastrophes ne nous incitent guère à la confiance. Personne n’aime les temps difficiles ; personnes n’aiment les catastrophes, fussent-elles naturelles ; personne n’aime les guerres et les persécutions. Si les textes convoquent ainsi nos grandes peurs, est-ce pour nous dire que cela arrivera réellement ou plutôt pour nous dire que même nos plus grandes peurs ne doivent pas effacer notre espérance ? L’affirmation de Jésus : C’est par votre persévérance que vous garderez la vie, m’incite à pencher pour cette seconde hypothèse. L’annonce de ces catastrophes doit renforcer notre foi en la puissance de Dieu, renforcer notre espérance du salut réalisé par Jésus mort et ressuscité pour nous. Puisque Jésus est vainqueur de la mort et du péché, nous avons notre victoire en lui si nous nous attachons à lui dans la foi et vivons de lui dans une réelle charité. N’est-ce pas la promesse ancienne du prophète Malachie : Pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. 

        Les fins dernières, plutôt que de nous inquiéter, doivent nous stimuler dans un art de vivre conforme à l’Evangile du salut proclamé par Jésus Christ. Faut-il rappeler que Foi, Espérance et Charité sont les vertus théologales, c'est-à-dire les vertus qui nous tendent vers Dieu, parce que, justement, elles viennent de Lui. Personne ne vit de foi, d’espérance et de charité de sa propre initiative. Ces vertus sont le fruit de l’accueil de la grâce de Dieu dans notre vie. Elles nous permettent de lutter contre leurs opposés que sont les vices de l’incrédulité, de la désespérance et de la haine. La célébration de l’eucharistie est le sacrement qui nous permet le mieux de lutter contre eux, parce qu’elle nous fait célébrer le cœur de notre foi – Jésus qui se donne dans son corps et son sang pour notre vie – ; proclamer notre espérance dans l’anamnèse – Nous annonçons ta mort, Seigneur Jésus, nous proclamons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire – et enfin nous invite à vivre dans la charité en nous renvoyant chez nous, à la rencontre de nos frères et sœurs en humanité – Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie.

            Que notre célébration de l’eucharistie dominicale nous maintienne dans la foi au Christ mort et ressuscité ; qu’elle renforce notre espérance dans le salut qu’il nous offre ; qu’elle nous fasse vivre une véritable charité envers tous ceux que Dieu met sur notre route. Ainsi nous avancerons avec confiance dans notre vie, et nous parviendrons au Royaume où Dieu nous attend. Avec lui, nous nous réjouirons ; avec lui, nous vivrons pour toute éternité. Amen.   

dimanche 21 septembre 2025

25ème dimanche ordinaire C - 21 septembre 2025

 De l'intérêt de la confiance.





 

 

            Le diocèse de Strasbourg, au service duquel je suis entré il y a 33 ans maintenant, a essuyé ces derniers jours, dans une certaine presse qui n’a de catholique ou de chrétien que le nom, une tempête qu’il ne méritait pas. Je suis personnellement en colère contre ceux qui n’ont que le courage des lâches, se réfugiant dans l’anonymat le plus complet, et la force des mots manipulés (‘Les prêtres d’Alsace’ titraient ces journaux). A lire ces organes de presse, le diocèse est à feu et à sang, ce qui, je vous l’assure, n’est pas vrai. Cet épisode de la vie diocésaine se fixe dans ma mémoire quand je lis l’évangile de ce dimanche et particulièrement cette parole de Jésus : Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande.

            C’est un verset qui interpelle, forcément. Suis-je digne de confiance ? Qu’est-ce qui me rend digne de confiance ? Je ne suis pas plus saint que les autres ; je ne suis pas plus pieux que les autres ; je ne suis pas meilleur que les autres. J’essaie de mener le plus honnêtement possible ma vie et d’effectuer mon travail au meilleur de mes capacités. Parfois j’y réussis ; parfois je me trompe. Rien de dramatique, je crois. Il y a une chose en laquelle je crois plus que tout, c’est la loyauté : vis-à-vis de la famille, de mes amis, de mes collaborateurs, de mon Eglise. Selon les personnes et les situations, ce n’est pas toujours facile, mais je m’y tiens. C’en est devenu un critère important au moment où je décide d’accorder ou non ma confiance à quelqu’un. Et pas seulement parce que je m’interroge si la personne qui attend ma confiance sera loyale envers moi, mais parce que je me demande d’abord si je peux être loyal avec elle. En la matière, il faut toujours commencer par soi, me semble-t-il ; cela évite de se poser en donneur de leçon et en juge. Il en va de même pour la confiance : se demander si les autres peuvent me faire confiance est aussi important que de savoir si je peux leur faire confiance.

            Remarquez alors la sagesse de la parole du Christ : Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Elle me rappelle que la confiance se mérite. Et si elle se mérite, elle peut s’éprouver. C’est comme si Jésus nous disait : ne fonce pas tête baissée ! Prends le temps de connaître, de comprendre, et pourquoi pas de tester avec une chose simple. Remarquez aussi comment Jésus prend aussi en compte l’opposé, la malhonnêteté. En bien comme en mal, la petite chose sans importance, sera pareillement intéressante à évaluer. L’attitude dans la petite chose déterminera l’attitude dans la grande, parce que ce sera la même !

            Faisons un pas de plus encore et envisageons notre rapport à Dieu. Si nous croyons en Dieu (si nous avons foi en lui), nous avons nécessairement confiance en lui. Foi et confiance ont la même racine. La question de savoir si je peux faire confiance à Dieu ne se pose pas alors. Mais Dieu peut-il avoir confiance en moi ? Peut-il croire en moi ? Je suis sûr que Dieu me fait confiance ; c’est dans sa nature. Il ne peut pas faire autrement que de croire en moi, en nous. La question est donc davantage de savoir si je mérite cette confiance que Dieu place en moi dès avant ma naissance. Si Dieu n’avait pas foi en l’humanité, il ne l’aurait pas placé au sommet de sa création ; il n’aurait pas fait de nous ses enfants ! Deux pistes pour accepter l’idée que nous sommes dignes de la confiance que Dieu place en nous. La première consiste à nous abandonner à lui, à garder envers lui un rapport véritablement filial. En acceptant d’être ce qu’il fait de nous par le baptême (c'est-à-dire ses enfants), nous accueillons la confiance qu’il a placé en nous ; en vivant ce baptême qui fait de nous des fils et des filles de Dieu, nous nous montrons dignes de sa confiance. La deuxième piste, c’est d’approfondir toujours plus notre humanité ; elle est le seul chemin que nous ayons pour parvenir au salut que le Christ nous offre. C’est en étant pleinement humain à la manière du Christ, que nous deviendrons pleinement saints à la manière du Christ. En lui, humanité et divinité se conjuguent ; il est parfaitement l’un et l’autre. En devenant parfaitement humain, nous deviendrons parfaitement saints, parce que la présence du Christ en notre vie viendra enrichir notre humanité de sa sainteté. Nous serons authentiquement d’autres Christ ; nous lui serons semblables, éternellement.

            Lorsque nous accueillons la confiance que Dieu place en nous et que nous cherchons à vivre de cette confiance, alors celui croise ma route devient un frère ; alors nos différences deviennent des richesses ; alors fraternité et paix ne sont pas juste des valeurs proclamées, mais des réalités vécues. Assurément, cela vaut la peine d’accueillir la confiance que Dieu met en nous et de nous en montrer capables. C’est tout notre monde qui change parce qu’il se fait confiance à la manière dont Dieu lui fait confiance. Amen.

samedi 18 novembre 2023

33ème dimanche ordinaire A - 19 novembre 2023

 Risquer avec Dieu.




 (La Parabole des Talents, Andrei MIRONOV)

 

 

 

          

            Comme aurait dit Coluche en son temps : c’est l’histoire d’un mec qui part en voyage… Nous n’allons pas la refaire ; nous n’allons pas la réécrire ; la parabole de Jésus, nous l’avons tous entendu. Elle peut laisser un goût amer, faisant l’éloge de ceux qui réussissent, sans trop d’effort en apparence et condamnant celui qui n’a rien fait… de mal. Car enfin, à part une peur avouée doublée d’un peu de paresse, nous ne pouvons pas lui reprocher grand-chose. Il nous ressemble tellement, n’est-ce pas. 

            Comme lui, nous ne faisons rien de mal, en tous les cas, pas le mal dans ses grandes largeurs, pas le mal qui se poursuit devant les tribunaux. Mais est-ce suffisant de ne pas faire de mal pour être quelqu’un de bien ? La parabole répond, me semble-t-il, assez clairement : non ! Il ne suffit pas de ne pas faire de mal, sauf à prendre Dieu pour un comptable ! Tu m’as donné tant, je te dois donc tant : Voici. Tu as ce qui t’appartient ! Si nous prenons Dieu pour un comptable, ne nous étonnons pas qu’il réagisse en comptable : il fallait mettre l'argent à la banque ! Si nous prenons Dieu pour un surveillant, ne nous étonnons pas qu’il se comporte comme un garde-chiourme, éternellement insatisfait de notre comportement. A la fin des temps, nous rencontrerons le Dieu que nous nous serons construits ! Si tu veux rencontrer le Dieu de tout amour, commence par comprendre qu’il ne suffit pas de ne pas faire de mal pour être un gars ou une fille bien. Commence par comprendre qu’entre faire le mal et faire le bien, il y a toute une gamme d’actions, tout un champ de possibles. Ne pas faire le mal ne signifie pas encore que je fais bien ; cela signifie juste que j’ai renoncé au mal. Mais Jésus nous demande plus : il nous demande de viser le bien, pour nous et surtout pour les autres. Et cela demande plus que juste renoncer au mal ; cela demande de s’engager, cela demande de risquer, cela demande de se bouger. Cela demande de vivre ! 

            Dans la parabole, c’est ce qu’ont fait les deux premiers serviteurs, ceux qui avaient reçu une somme de cinq talents pour le premier, et une somme de deux talents pour le deuxième. Nous ne savons pas ce qu’ils ont fait pour doubler chacun la somme qui leur a été donnée ; nous savons juste qu’ils les ont risquées et qu’elles ont doublé. Ce qu’ils ont fait, comment ils s’y sont pris, n’a que peu, voire pas d’importance. Ce qui importe, c’est qu’ils ont osé ; ce qui importe, c’est qu’ils ne se sont pas senti les gardiens du dépôt qui a été fait chez eux ; ils l’ont considéré comme leur appartenant. Cela leur a permis, je pense, de prendre quelques risques. Ils ont risqué ce qu’ils ont considéré leur bien, ils ont gagné. A son retour, le maître donne raison à cette interprétation. Il ne demande pas à ses serviteurs de rendre ce qu’ils ont reçu ; il leur demande juste de rendre compte de leur gestion. Il ne reprend rien, il laisse tout, et promet plus encore : Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en donnerai beaucoup ; entre dans la joie de ton Seigneur. Le seul à qui il reprend, c’est le troisième, qui se voit qualifier de serviteur mauvais et paresseux, lui qui s’est contenté de creuser la terre et cacher l’argent de son maître. Et ce que le maître reprend, il le donne à celui qui a déjà beaucoup : Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. A ne rien risquer, nous ne gagnerons rien ; à ne rien risquer, nous perdrons tout. Certes, il n’a rien fait de mal ; mais il a fait pire en ne faisant rien ; il a fait pire en ayant peur de ce maître qui lui avait confié son bien. Il a fait pire en ayant peur de ce maître qui lui avait fait confiance, à la mesure de ses possibilités. Il n’a eu qu’un seul talent non parce que son maître le pensait incapable ; il n’a eu qu’un talent parce que son maître savait que cela, un talent, il saurait le gérer, cela correspondait à ses capacités. En ne faisant pas confiance au maître qui lui faisait confiance, en ne se faisant pas confiance à lui-même, il s’est abîmé lui-même, il s’est jugé lui-même. Il a caché son talent dans les ténèbres de la terre, au fond d’un trou ; il finira dans les ténèbres extérieures, là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Sa peur lui fera grincer des dents ou claquer des dents éternellement. 

             La leçon de cette parabole est double, selon moi. Elle est d’abord un appel à ne pas imaginer Dieu à notre mesure, à ne pas fantasmer Dieu ; c’est le meilleur moyen de nous tromper sur lui. Il est temps de quitter nos représentations de Dieu qui surveille, de Dieu qui note, de Dieu qui se venge. Si nous ne le faisons pas, comme je l’ai déjà dit, c’est ce Dieu-là que nous rencontrerons. Mais si nous comprenons enfin que notre Dieu est Dieu de miséricorde et d’amour, alors quand bien même nous aurions perdu une part de ce qu’il nous a confié, son amour sera plus grand que notre perte, sa miséricorde plus large que nos erreurs. Ce qui nous mène à la deuxième leçon de la parabole : nous pouvons risquer les talents que Dieu nous confie parce que lui-même risque en misant sur nous. Il risque avec nous, il risque pour nous en livrant son Fils sur la croix. Puisque Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? Puisque Dieu prend le risque de compter sur nous, prenons le risque de compter sur son amour et sur sa miséricorde. Quand Dieu est compris comme celui qui aime infiniment et pardonne infiniment, il ne peut pas décevoir l’homme ! Dieu est amour ; Dieu est miséricorde : il est temps que nous le comprenions pour que nous puissions vivre notre vie, forts de cet amour, sûrs de ce pardon. Amour et miséricorde sont chemins de vie et de joie éternelle. Amen. 

samedi 4 novembre 2023

31ème dimanche ordinaire A - 05 novembre 2023

 Quand la parole de Dieu se fait difficile...



(Tableau d'Arcabas)


  

  

            Il y a des dimanches où la Parole de Dieu peut nous sembler sévère, difficile à entendre, parce qu’elle a été écrite dans un contexte de crise, à une époque lointaine dont la plupart d’entre nous n’ont que trop peu entendu parler pour en apprécier toute la portée. Et si nous lisons ces textes aujourd’hui en les prenant au pied de la lettre, nous risquons des raccourcis dramatiques. Ainsi la première lecture pourrait nous pousser à dire : les prêtres, tous pourris ; et l’évangile pareillement, mais cette fois-ci des intellectuels et des cathos trop catholiques pour certains (nos scribes et pharisiens modernes). Il n’est jamais bon de sortir un texte de son contexte, même et surtout quand ce texte est Parole de Dieu.  La question qui se pose alors est la suivante : comment ces textes sévères peuvent-ils être parole de Dieu qui fait grandir et vivre ? 

            La première piste que je vous propose, ce sera d’éviter de faire de la religion une morale. Ce sont là deux disciplines distinctes. Et si ma foi, prise au sérieux, entraine une modification de mon comportement envers les autres, elle ne s’en réduit pas pour autant à un ensemble de règles morales à observer. Dieu n’est pas le gendarme de nos vies, même s’il veille sur nous ; il est celui qui veut principalement entrer en relation, en Alliance d’amour, avec nous. La question n’est donc pas de savoir quelle règle je dois observer, mais comment je fais pour aimer mieux. L’évangile de dimanche dernier nous le rappelait à sa manière : tout est accompli de ce que Dieu veut, dès lors que j’aime comme Dieu aime, d’un amour désintéressé, qui met Dieu et l’autre au cœur de mon agir. Et, pour en rester au texte du prophète Malachie, Dieu mérite que les hommes, et les prêtres en premier, célèbrent le culte de telle manière que celui-ci soit à la hauteur de la gloire de Dieu. Pour le dire autrement, et ayant lu la totalité du livre du prophète, les prêtres doivent célébrer correctement, et les fidèles montrer plus de zèle quand ils vont au Temple. 

            La deuxième piste intéressante est de se souvenir toujours de ce que Paul écrit aux chrétiens de Thessalonique et qui leur vaut ses félicitations : ils ont accueilli la parole de Dieu pour ce qu’elle est réellement, non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre dans les croyants. Nous pouvons ne pas toujours la comprendre ; certains passages de la parole de Dieu ne s’éclaireront peut-être qu’avec le temps, à force de les méditer : elle reste cependant parole de Dieu qui agit, donc parole qui veut le meilleur pour nous, parole qui veut pour nous la vie avec Dieu. La comprenant ainsi, nous ne mettrons pas de côté ce qui ne nous convient pas ; nous ne nous fabriquerons pas une petite bible à usage personnelle ; mais nous entrerons progressivement dans cette parole, retenant ce que nous comprenons immédiatement, approfondissant toujours davantage ce qui nous interpelle, nous interroge voire nous scandalise. Il nous est interdit d’ignorer la parole de Dieu ; il nous est recommandé de la travailler pour la comprendre mieux dans le monde et l’époque où nous vivons. Nous entendons la même parole que les Thessaloniciens de l’époque de Paul, mais nous ne l’interprétons peut-être pas toujours de la même façon, parce que notre époque n’est pas, et n’est plus, l’époque des Thessaloniciens à qui Paul écrit. Mais ce qu’il leur a écrit, peut encore interroger notre époque ; ce qu’il leur a écrit peut encore éclairer notre époque, peut-être avec des accents différents. La parole de Dieu ne change pas ; ce qui change, c’est le monde dans lequel nous avons à la vivre ; ce qui peut changer, c’est donc notre manière de la vivre aujourd’hui. Si nous figeons la parole de Dieu dans l’époque à laquelle elle a été écrite, elle sera juste une collection intéressante de paroles venant d’un passé de plus en plus lointain, et un éclairage sur un modèle de société donné. Mais si nous la travaillons, la méditons avec ferveur, elle sera une parole authentique de Dieu pour le monde d’aujourd’hui. 

            La dernière piste que je vous propose nous vient du bref psaume 130 (131) qui nous a permis de répondre à l’extrait du prophète Malachie. Il nous rappelle l’attitude qui convient lorsque nous nous présentons devant Dieu : une juste humilité (je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux) et une grande confiance en Celui qui vient à notre rencontre (Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais). Je comprends de cela que je dois laisser Dieu être Dieu comme il veut l’être, comme il a promis jadis à Moïse de l’être toujours. Je suis celui que tu auras besoin que je sois selon les étapes de ta vie, dit-il en substance quand Moïse lui demande son nom et qu’il répond :  Je suis qui je suis ou je suis qui je serai. Nous pouvons dès lors ne jamais avoir peur de Dieu, et lui garder la confiance primordiale, celles des enfants vis-à-vis de leurs parents : Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Quand nous abordons avec cet esprit la parole de Dieu, qu’elle soit sévère comme aujourd’hui ou plus encourageante, nous reconnaîtrons toujours en elle Dieu qui nous invite à le suivre et nous prévient des dangers de la route, dangers dans lesquels nous nous mettons tout seul quelquefois. Rendre à Dieu la gloire qui lui est due, c’est aussi reconnaître et confesser qu’il est Dieu-avec-nous, Dieu-pour-nous, nous appelant toujours à une vie plus grande et nous donnant de la réaliser. 

            Puisse notre eucharistie toujours nous redonner le goût de la parole de Dieu. Puisse-t-elle toujours nous permettre de le célébrer dignement, d’un culte qui soit à sa hauteur. Puisse-t-elle nous apprendre à toujours nous rapprocher de Dieu qui est notre vie et qui veut pour notre vie le meilleur ; il gardera notre âme dans la paix, près de lui, ici, maintenant et dans les siècles des siècles. Amen.


lundi 14 août 2023

Assomption - 15 août 2023

 Le Magnificat : hymne de la confiance que Marie met en Dieu.




 (Source : 15 août : Fête de l’Assomption (catholique.fr)

 

 



            Puisque nous ne sommes qu’au deuxième jour après dimanche, faisons le pari que nous avons encore en tête l’apostrophe de Jésus à ses disciples lorsque, le voyant marcher sur l’eau, ils eurent peur. Il leur disait alors (laisser aux gens le temps de répondre…) : Confiance ! C’est moi ; n’ayez plus peur ! Confiance : c’est bien à cela que Jésus nous invite tous ; et la fête de l’Assomption vient justement mettre sous nos yeux le résultat de cette confiance : une vie pour toute éternité avec Dieu. Marie est bien celle qui a fait confiance, de manière absolue, et qui est appelée aujourd’hui à partager la gloire de son Fils, mort et ressuscité. 

            La plus belle expression de cette confiance réside, me semble-t-il, dans le Magnificat, le chant de Marie, lors de sa visite à sa cousine Elisabeth, que l’évangile de cette solennité nous a donnés de réentendre. Après avoir exprimée toute sa joie profonde (Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !), elle égrène les motifs de sa confiance : Il s’est penché sur son humble servante, le Puissant fit pour moi des merveilles ; sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Les premiers motifs de la confiance que nous devons avoir vis-à-vis de Dieu, c’est cette certitude qu’il intervient pour nous, qu’il ne nous laisse jamais seul. Son amour pour nous est si grand qu’il s’exprime en miséricorde, en capacité infinie à nous pardonner. Ceux qui ont confiance en Dieu savent que leur péché n’est que peu de chose face à l’immensité de l’amour miséricordieux du Père. 

Mais Marie ne s’arrête pas là : dans l’expression de sa confiance en Dieu, elle invite ceux qui jouent aux puissants à la conversion en les avertissant (il disperse les superbes, il renverse les puissants de leurs trônes, renvoie les riches les mains vides). Il nous faut entendre ces paroles comme un avertissement et non comme un jugement déjà prononcé, parce que la miséricorde s’étendra à eux aussi s’ils reviennent de cette conduite ; sa miséricorde est pour nous lorsque nous abandonnons des manières de vivre qui blessent la fraternité universelle que Dieu veut nous voir vivre. En même temps, Marie chante comment Dieu intervient pour les petits : il élève les humbles, il comble de biens les affamés, il relève Israël son serviteur. Ceux dont l’art de vivre correspond au projet de Dieu, mais aussi ceux qui n’ont rien, Dieu ne les oublie pas ; il sait les récompenser, pas plus tard, mais dès maintenant. Tout le chant de Marie est au présent ! Dès le moment où, par Marie, il choisit d’entrer dans le monde, ce renversement s’effectue. L’homme blessé est sauvé, l’homme tombé est relevé ; l’homme suffisant, autocentré, est averti : s’il ne change pas, il sera défait. 

            Si l’Eglise a choisi de reprendre cette page d’Evangile au moment même où elle célèbre l’entrée dans la gloire de Marie, c’est peut-être bien pour nous redire le sens ultime de notre vie. Nous sommes faits pour la vie avec Dieu dès ici-bas et pour la vie en Dieu par-delà notre mort. Mais ce destin ne s’accomplit qu’au prix d’une conversion et d’une fraternité véritable. Marie entre dans la gloire de Dieu parce qu’elle a fait confiance, en toute chose, au projet inimaginable de Dieu pour tous les hommes ; en Jésus, il n’offrirait pas seulement son salut à son peuple, mais à tous les hommes. Marie entre dans la gloire de Dieu parce que, la première, elle a été véritablement disciple de celui qu’elle allait offrir au monde. Sans l’avoir encore vu, sans l’avoir encore entendu, elle a cru que l’enfant qui grandissait en son sein serait le Sauveur du monde, et dans le Magnificat, elle exprime déjà ce que sera le message de ce Fils à naître. Sa disponibilité à Dieu lui a fait entrevoir toute la richesse de la Bonne Nouvelle que son Fils annoncera. Elle ne l’a pas rêvée ; elle y a cru et elle nous l’a dit.  Dans sa prière, Marie nous donne toutes les raisons qu’elle a de croire en Dieu et de se mettre à son service. Tout ce qu’elle exprime, elle le tire de l’expérience de foi du peuple auquel elle appartient. 

Alors puisque chaque fête liturgique n’est pas seulement le souvenir d’un événement fondateur, mais une invitation à approfondir notre foi et à la vivre toujours mieux, il nous revient aujourd’hui de croire Marie quand elle exprime sa foi dans cette belle prière. A nous de suivre, comme Marie, ce chemin de confiance ; à nous maintenant de dire aux autres, au nom du Christ venu parmi nous, sa Bonne Nouvelle du Salut. A nous de vivre cette Bonne Nouvelle avec celles et ceux que Dieu met sur notre route. A nous maintenant, en prenant exemple sur Marie, de faire de notre vie, un chant de louange à la gloire de Dieu qui nous a donné Jésus. Aujourd’hui nous chantons avec Marie son cantique de louange, son cantique de confiance. Mais quelle parole contiendrait notre propre Magnificat ? Que dirions-nous aux autres de ce que Dieu fait pour nous ? N’ayons pas peur de composer notre propre Magnificat, forts de notre expérience de foi. Je n’ai nul doute que Marie chantera avec nous l’hymne de notre vie, l’hymne de notre confiance en Dieu lorsqu’il nous fera partager la gloire de son Royaume. Amen.

samedi 29 avril 2023

4ème dimanche de Pâques A - 30 avril 2023

 Jésus, le bon Berger qui veille sur nous.






 

 

            Une fois n’est pas coutume : j’ai un problème avec la Parole de Dieu de ce dimanche, au moins avec une lecture, celle extraite de la première lettre de Pierre. Avez-vous bien entendu ce qu’elle nous a dit ? Et surtout, comment l’avez-vous compris ? Je vous relis le début : Si vous supportez la souffrance pour avoir fait du bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. A lire trop vite, à sortir surtout cette phrase de tout le texte pour la mettre en exergue, nous pourrions très vite croire que cela plaît à Dieu que nous souffrions, surtout si on lit le verset suivant : C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ a souffert. Qui parmi vous a compris ainsi ? Vous comprenez mon problème avec ce passage, d’autant plus que les deux dimanches précédents, cette même lettre nous rappelait d’abord que nous étions héritiers de Dieu, par le Christ qui a livré sa vie pour nous, et que nous avions du prix aux yeux de Dieu, le prix élevé de la vie de Jésus, livré sur la croix. Si le début de la lettre dit vrai, peut-elle soudainement nous dire que pour plaire à Dieu nous devons souffrir, parce que Jésus a souffert pour nous, par nous ? Si nous sommes héritiers de Dieu et de son Royaume, comment Dieu peut-il exiger de nous que nous souffrions ? Cela n’aurait aucun sens ! 

            Vous comprenez bien, j’espère, qu’il n’est ni possible d’énoncer les choses ainsi, ni possible de les croire. Après la Passion de Jésus, après le prix élevé de notre rachat, Dieu ne peut pas exiger que nous souffrions ce que le Christ a souffert. La souffrance du Christ a suffi à nous obtenir le salut ; il n’est pas nécessaire de souffrir à notre tour, de rajouter encore aux souffrances du Christ, ou alors la Passion n’a pas de valeur.  Ce que Pierre nous dit, me semble-t-il, c’est que nous pouvons supporter de souffrir pour avoir fait du bien par une grâce venant de Dieu. Ou pour le dire autrement, Dieu nous donne la grâce (les moyens) de supporter la souffrance qui se présente dans notre vie, en nous faisant contempler et méditer la Passion de Jésus. Et cela change tout. Même dans les moments difficiles de notre existence, même dans les moments que nous estimons injustes, nous devons garder notre regard tourné vers le Christ, notre berger, le gardien de nos âmes. En fait, tout ce passage est une invitation à la confiance en Dieu qui jamais ne nous abandonne, même si nous pouvons avoir l’impression du contraire. Quand tout va mal, ne te demande pas ce que tu as fait au bon Dieu pour mériter cela, mais… souviens-toi que Dieu a livré son Fils pour ton salut. Quand tout n’est qu’injustice autour de toi, regarde Jésus. C’est pour toi qu’il a souffert. Et dans sa Passion, il devient le modèle de tout croyant qui doit affronter l’injustice dans sa vie. Lui qui n’a pas commis de péché, dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Bien loin de justifier la souffrance, ce texte nous invite à la combattre avec les mêmes armes que le Christ : ne pas rendre le mal pour le mal, ne pas rajouter de souffrance là où il y en a déjà, tenir bon dans la souffrance parce que Dieu est un juge juste. Et au final, c’est son jugement seul qui compte. 

            Je peux maintenant reprendre le verset qui m’a fait difficulté et celui qui le suit, et faire un pas de plus. Ecoutez à nouveau : Si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ a souffert. Une lecture trop rapide pourrait à nouveau faire comprendre que nous avons été appelés à souffrir. Puisque nous savons maintenant que nous devons affronter la souffrance avec le Christ qui a souffert pour nous, nous devons alors nous souvenir de ce que la Parole de Dieu nous dit au moment de Noël : elle nous dit que Dieu a envoyé Jésus dans le monde pour sauver le monde ; il ne l’a pas envoyé pour souffrir dans le monde. De même, nous ne sommes pas appelés à souffrir, mais à faire le bien. Et si lorsque nous faisons le bien, certains nous font souffrir, alors souvenons-nous de Jésus qui, pour sauver le monde, a dû offrir sa vie et souffrir la Croix. Ce n’est pas parce que des gens nous font souffrir que nous pouvons renoncer à faire le bien. Faire le bien est notre vocation, comme héritiers de Dieu ! Là encore, Jésus est notre modèle, notre berger, c'est-à-dire celui qui nous montre le chemin à suivre. C’est le chemin du bien, en toutes choses, malgré les obstacles, malgré les souffrances que cela peut engendrer. Nous ne souffrons pas pour faire du bien ; nous faisons le bien, et quelquefois cela peut entraîner dans notre vie une part de souffrance, que nous vivrons alors à l’exemple du Christ. Mais nous ne renoncerons pas au bien à faire, nous ne renoncerons pas à imiter le Christ dans ce qui a été l’essentiel de sa vie terrestre : il est passé en faisant le bien, en guérissant, en sauvant, en annonçant le Royaume de Dieu. Héritiers de Dieu avec le Christ, c’est cela notre vocation première ! Il ne saurait en être autrement ! 

            En ce dimanche du Bon Pasteur, dimanche des vocations, demandons à Dieu la grâce d’accomplir cette vocation première : faire le bien. Les vocations particulières auxquelles nous sommes appelés ne sont qu’une mise en œuvre circonstanciée de cette vocation au bien. Que ce soit la vie matrimoniale, la vie sacerdotale, la vie religieuse, ou tout autre chemin que Dieu nous appelle à vivre, ils ne seront jamais que des chemins particuliers pour nous permettre de faire le plus grand bien possible. Que cela soit toujours l’horizon de notre vie. Amen.

samedi 12 novembre 2022

33ème dimanche ordinaire C - 13 novembre 2022

 Appel à la confiance.




Il y aura des signes dans le ciel.
Tableau d'Yvette METZ, collection Les enfants d'Abraham



                Nous sentons que nous approchons de la fin de l’année liturgique. Les textes se font sombres ; le jugement est annoncé. Et pourtant, il y a en même temps comme une douce musique qui nous invite à la confiance et à l’espérance. Le jour du jugement arrive, mais avec lui vient aussi le Messie, le Sauveur, celui qui a offert sa vie sur la croix pour notre salut. 

            Entendons le prophète Malachie et son annonce du jour du Seigneur. Nous comprenons, sans difficulté, qu’un tri sera (enfin) opéré entre ceux qui commettent l’impiété et ceux qui craignent le nom de Dieu, les premiers réduits à l’impuissance, les fidèles accueillant la justice de Dieu. Comprenons bien aussi la notion de crainte du nom de Dieu ; elle n’a rien avoir avec la peur maladive de Dieu, mais avec le respect qui lui est dû par amour. Ceux qui aiment Dieu n’ont rien à craindre du jugement de Dieu. C’est une certitude qui doit nous habiter et ne jamais nous quitter. 

            Entendons aussi l’enseignement de Jésus que Luc nous rapporte dans l’Evangile proclamé en ce dimanche. S’il parle de prophètes de malheur, de catastrophes à venir, de persécutions, il invite malgré tout à garder confiance. Le disciple du Christ ne se laissera pas égarer par ceux qui annoncent la fin du monde : souvenons-nous que lui-même a dit ignorer quand ce jour viendra. Seul Dieu, son Père, le sait ! Le disciple du Christ ne se laissera pas davantage effrayer par les phénomènes naturels qui pourraient survenir, pas plus que par les persécutions dont il pourrait faire l’objet à cause du nom de Jésus. Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Le nom de Jésus, à cause duquel le disciple véritable sera persécuté voire mis à mort, est plus puissant que tout ce qui peut s’abattre sur nous. Au-delà d’un réconfort donné par avance, Jésus nous invite à la persévérance. Sachons en qui nous avons mis notre confiance ! N’oublions pas le mystère de la croix qui nous vaut notre salut. Dans les tribulations qui pourraient encore survenir, gardons les yeux fixés sur Jésus Christ, mort et ressuscité pour notre vie. Dans les tribulations qui pourraient encore survenir, gardons le cœur ancré dans sa Parole. 

Nous ne pouvons pas éviter le jugement ; il fait partie des affirmations de notre foi : il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin. Mais nous pouvons nous préparer à ce jugement par une vie conforme au projet de Dieu pour nous. C’est une vie façonnée par la foi, l’espérance et la charité. Puisque tout nous a été donné, usons-en, abusons-en, et le jugement sera pour nous la reconnaissance du bien que nous avons essayé de faire, de la foi que nous avons proclamée et de l’espérance qui nous a fait tenir bon. Chrétiens, nous savons en qui nous avons mis notre confiance ; de quoi, de qui aurions-nous peur ? Paul l’a écrit dans sa lettre aux Romains : J’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur (Rm 8, 38-39). Rien, sauf nous-même. Gardons les yeux fixés sur le Christ, les pieds solidement sur terre, et vivons, avançons à la rencontre de Celui qui vient accomplir notre espérance. Amen.

vendredi 16 septembre 2022

25ème dimanche ordinaire C - 18 septembre 2022

 Une histoire de confiance !





        Non, je n’ai pas oublié de lire une partie de l’évangile de ce dimanche. Je vous ai juste fait lecture de la version brève, parce que je craignais que la parabole que je n’ai pas lu, empêche d’entendre vraiment le passage que j’ai proclamé. Tout le monde préfère les histoires aux grandes sentences de sagesse ! Concentrons-nous donc sur cette partie qui suit la parabole du gérant malhonnête. 

          Il y a un mot important dans ce passage : confiance ! Il revient quatre fois en cinq versets. Et il est toujours employé dans le même but : interroger la confiance que l’on peut placer en nous, que ce soit pour des petites choses ou des grandes choses. Ce qui est important, c’est de savoir si nous sommes dignes de confiance, qu’importe que l’affaire soit moindre ou grande. En effet dit Jésus, celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande.  Remarquons aussi tout de suite qu’il y a un réel enjeu à être digne de confiance. Ecoutons encore Jésus : Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? C’est l’enjeu principal pour nous : être reconnu capables de recevoir le bien véritable. Quel est ce bien véritable ? Le Royaume de Dieu, la vie éternelle. Venez à la messe dimanche prochain et vous comprendrez encore mieux. Mais c’est bien là l’enjeu véritable : notre vie éternelle ! D’ailleurs, la suite de l’enseignement de Jésus nous oriente sur cette piste. Ecoutons-le encore une fois : Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Les alliances bibliques successives nous montrent toutes que nous sommes responsables de la vie des autres. Le prophète Amos, dans la condamnation qu’il prononce au nom de Dieu sur ceux qui écrasent le malheureux pour anéantir les humbles du pays, nous fait bien comprendre que les malheureux, les humbles, les pauvres, appelez-les comme vous voulez, nous sont confiés et que nous en sommes responsables. Nous pouvons veiller sur eux, en prendre soin ou nous pouvons ajouter encore à leur misère. De la manière dont nous les traitons dépend notre vie éternelle. Nous pouvons entendre en écho de cette prophétie, l’évangile du jugement dernier, tel que nous le rapporte le chapitre 25 de l’évangile selon Matthieu. Tout le monde connaît ce texte : Tout ce que vous avez fait (ou pas fait) à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que l’avez fait (ou pas). Ce rapprochement avec Amos et Matthieu, nous fait bien comprendre que ce qui nous revient, c’est la vie éternelle, la vie de béatitude auprès de Dieu. 

          Comment puis-je savoir si je suis digne de la confiance que Dieu place en moi ? Par la foi (qui a la même racine que la confiance), mais la foi non seulement proclamée, mais aussi vécue, et peut-être d’abord vécue, ou mieux la foi proclamée parce que d’abord vécue. Nos gestes parlent plus forts que nos mots parce qu’ils peuvent se situer dans la droite ligne de nos mots ou contredire nos mots. Celui qui agit selon la volonté de Dieu n’a pas besoin de dire encore qu’il croit en Dieu ; toute sa vie en témoigne. Mais l’inverse n’est pas toujours vrai. Jésus n’a-t-il pas lui-même prévenu : Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur, qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Voilà souligné le bien d’autrui qui nous a été confié : la volonté de Dieu, bien pour lequel nous devons être trouvés dignes pour recevoir ce qui nous revient : la vie éternelle. En recoupant ainsi tous ces textes de l’enseignement de Jésus, nous pouvons alors examiner notre vie, non pour nous glorifier intérieurement ou pour nous lamenter, mais pour nous convertir toujours et encore à cette volonté de Dieu, pour la discerner mieux et la mettre en pratique, non pas une fois, non pas deux fois, non pas seulement quand nous n’avons rien d’autre ou rien de mieux à faire, mais chaque jour. Oui, en chaque chose que nous faisons, faisons la volonté de Dieu ! La manière dont nous traitons ceux que Dieu met sur notre chemin correspond-t-elle à la volonté de Dieu ? Est-ce que j’agis avec les autres tel que Dieu l’attend de moi ? Il revient à chacun de regarder sa vie et de faire à nouveau, si nécessaire, le choix de Dieu, car nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Faire le choix de Dieu, c’est faire le choix de l’autre ; faire le choix de l’autre, c’est faire le choix de notre propre vie. Tout est lié. Tous sont liés. Je ne peux pas me sauver tout seul ou détriment des autres. Si je les perds, je me perds, et je perds Dieu ; si je les gagne, je me gagne et je gagne Dieu. 

          Le prophète Amos nous a prévenu : le Seigneur le jure par la fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. Rappelons-nous aussi que jamais un bien fait n’est perdu pour Dieu. A chacun donc de choisir : la vie ou la mort, le bonheur ou le malheur, pour les autres et pour nous-mêmes, en n’oubliant pas que ce que nous choisirons pour les autres, nous le choisirons aussi pour nous. Si je fais vivre l’autre, je vivrai éternellement ; si je fais mourir l’autre, je mourrai éternellement. Alors maintenant choisis, et montre-toi digne de la confiance que Dieu a placée en toi. Amen.

samedi 2 juillet 2022

14ème dimanche ordinaire C - 03 juillet 2022

 Réjouissez-vous avec Jérusalem ! 



(Arcabas, Le messager de la joie)



            Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Ce cri du prophète Isaïe, il nous faut le faire nôtre, plus que jamais. Il nous redit la confiance que nous pouvons avoir en Dieu dans les moments difficiles de notre histoire. Il nous redit que rien n’est jamais fini de notre espérance. 

            Quand il est prononcé pour la première fois, Jérusalem ne va pas bien du tout. En fait, il ne reste rien de la belle ville de David, à part quelques ruines. Il y a longtemps, en punition des nombreux péchés du peuple, la ville fut rasée par Nabuchodonosor, ses habitants emmenés en exil. Le peuple que Dieu s’était choisi n’existait plus ; le Dieu d’Israël lui-même semblait vaincu par les dieux étrangers. La défaite était totale ; la désolation était absolue ; l’espoir était vain. Il faudra le temps de l’effacement, le temps de la conversion pour que ce cri : Réjouissez-vous avec Jérusalem ! puisse non seulement être poussé, mais encore être entendu. Car le prophète ne prêche pas dans le désert ; il prêche à des hommes et à des femmes qui attendaient à nouveau un signe de Dieu, lui qui jadis avait entendu le cri de son peuple opprimé en Egypte. Ce cri d’Isaïe vient redonner courage et annoncer que Jérusalem sera reconstruite, que la période de l’exil est terminée, que l’humiliation du peuple est effacée et que ses nombreux péchés sont pardonnés. 

            Comprenez-vous alors pourquoi je vous ai dit qu’il fallait que nous fassions nôtre ce cri ? Nous avons toutes les raisons de désespérer. Depuis la publication du rapport Sauvé, l’Eglise de France est comme sonnée et les affaires semblent succéder aux affaires. Après le retrait des archevêques de Lyon puis de Paris, la visite apostolique du diocèse de Toulon qui a conduit à la suspension des ordinations dans ce lieu, les fermetures définitives de quelques communautés nouvelles, voici la visite apostolique de notre diocèse. Elle commence à peine, mais nombreux sont ceux qui, ne sachant rien, n’hésitent pourtant pas à spéculer et à répandre le venin de la discorde et de la suspicion. Ajoutez à cela le fait qu’il n’y a eu qu’un seul prêtre ordonné cette année et aucun diacre en vue du sacerdoce, et vous pouvez en conclure, comme le font certains, que tout va mal dans notre belle Eglise d’Alsace. Il est urgent que nous retrouvions l’espérance ; il est urgent de nous réjouir de ce qui se fait de bien, dans notre communauté comme ailleurs dans le diocèse ; il est urgent de se réjouir d’être croyant ; il est urgent de retrouver notre confiance en Dieu qui peut tout et qui n’abandonne jamais son peuple. Un croyant qui désespère est un croyant perdu. 

            Pour retrouver l’espérance, il nous faut revenir à l’enseignement de Jésus et à la mission qu’il a confiée à ses disciples. L’Evangile de ce dimanche est on ne peut plus clair : Dites-leur le règne de Dieu s’est approché de vous. Nous n’avons rien d’autre à dire, rien d’autre à faire, pas même et surtout pas à chercher à les convertir : cela est l’œuvre de Dieu lui-même. Lui seul peut toucher les cœurs, lui seul peut convertir. Mais nous pouvons et devons témoigner de ce règne de Dieu devenu proche des hommes. Nous le ferons par notre espérance ; nous le ferons par notre art de vivre en fraternité ; nous le ferons par notre confiance sans faille en Dieu, notre Père, en Jésus, notre Sauveur et en l’Esprit qui nous fait vivre en frères. Il n’y a même pas à insister auprès de ceux qui refuseraient de nous entendre, juste à leur redire : Sachez-le, le règne de Dieu s’est approché. Et n’oublions pas la première parole à dire avant même l’annonce du règne de Dieu : Paix à cette maison ! L’œuvre de Dieu que nous avons à propager, c’est fondamentalement la paix entre tous, la paix pour tous. Ce n’est pas la peine de vouloir parler de Dieu si notre but est d’engendrer des conflits. Notre devoir premier, c’est la paix et l’annonce du règne de Dieu qui est toujours un règne de paix. Dieu ne peut pas régner dans les cœurs agités, dans les cœurs qui se font la guerre. Souvenons-nous du message des anges quand Dieu est entré dans le monde en son Fils Jésus. Il résonnait ainsi : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! Il n’y a là rien de difficile à comprendre, me semble-t-il ! Invoquer Dieu pour faire la guerre et pour détruire l’homme est une hérésie doublée d’un blasphème, et ce dans toutes les religions. 

            Au moment où nous entrons en vacances et profitons d’un temps de repos bien mérité, demandons à Dieu cette paix du cœur et cet art de vivre en frères qui nous fera annoncer son règne par notre vie simple et ordinaire. Puissent les hommes et les femmes que nous rencontrerons, découvrir à travers nous ce règne de Dieu devenu proche des hommes. Qu’ils soient croyants ou non, qu’ils soient engagés à construire avec nous un monde plus juste et plus fraternel, un monde plein d’espérance en demain qui vient. Amen.


samedi 13 novembre 2021

33ème dimanche ordinaire B - 14 novembre 2021

 Vivre, en confiance, selon l'Evangile.


(Icône grecque du retour du Christ, vers 1700, source Wikimedia Commons)


Ils ne manquent pas, sur les réseaux sociaux, ceux qui annoncent la fin des temps depuis le début de la pandémie, ceux pour qui l’épisode COVID 19 est le signe avant-coureur du retour du Christ. Faut-il s’en inquiéter ? L’évangile de ce dimanche, pour effrayant qu’il puisse paraître à certains, apporte la seule réponse possible : Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. Cela ne signifie pas que cela n’arrivera pas un jour. C’est même une donnée sûre de notre espérance : l’histoire des hommes connaîtra sa récapitulation, son accomplissement ultime qui est la vie en Dieu et avec Dieu pour toujours. La foi chrétienne nous tend vers ce jour. Mais ce n’est pas une raison pour faire peur à tout le monde en attendant, en insistant particulièrement sur le peu d’élus. Nous n’en savons rien ! Nous ne mesurons que très mal l’immense étendue de l’amour de Dieu pour nous.

Plutôt donc que de calculer ou de spéculer sur la fin des temps, je vous propose d’investir dans le présent. Non pas d’investir de l’argent, mais d’investir notre vie. Vivons pleinement notre existence, vivons pleinement notre foi dans toutes ses dimensions. Comment oublier, aujourd’hui particulièrement, que nous avons une responsabilité dans la bonne marche du monde ? Le pape François, en faisant de cet avant-dernier dimanche de l’année liturgique le dimanche des pauvres, nous rappelle que nous devons constamment avoir une attention pour les plus faibles, les plus petits. L’Evangile, qui est notre guide, rappelle que ce sont les pauvres qui nous accueilleront dans le Royaume. Plutôt que de prévoir des catastrophes, cherchons à endiguer le scandale de la pauvreté, le scandale du rejet des petits, des étrangers, et nous n’aurons pas à craindre une colère de Dieu. Les temps derniers, s’ils sont souvent décrits comme terrifiants, n’en sont pas moins présentés comme le temps du salut pour ceux qui auront vécu selon la Loi de Dieu. Le psaume 15, par lequel nous répondions au Livre de Daniel, est le chant de celui qui reconnaît en Dieu son Sauveur et son soutien. Il est un psaume de confiance et d’allégresse pour celui qui sait que Dieu est avec lui, pour celui qui se laisse enseigner par Dieu : Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! A ta droite, éternité de délices ! 

N'oublions pas la lettre aux Hébreux qui nous rappelle aujourd’hui le sacrifice du Christ que nous célébrons en chaque eucharistie. Jésus Christ, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu. Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds. Faut-il rappeler que les ennemis du Christ, ce ne sont pas les humains ? Il est venu les sauver, tous. Les ennemis, c’est la Mort, le Péché, tout ce qui s’oppose au projet de Dieu, qui est, rappelons-le, projet de vie et de salut pour tous. L’auteur de la Lettre aux Hébreux poursuit : Par son unique offrande, il a mené pour toujours à sa perfection ceux qu’il sanctifie. C’est de nous qu’il parle. Nous avons été menés à notre perfection par l’offrande du Christ sur la croix. L’humanité est entré dans une Nouvelle Alliance scellée dans le sang versé du Christ. Pour reprendre encore les mots de l’auteur de cette lettre, le pardon nous a été accordé, non pas parce que nous l’aurions mérité, mais parce que Jésus a livré sa vie sur la Croix. Il est celui qui nous sauve ; il est celui qui nous a gagnés à la Vie éternelle. Il s’agit donc bien d’investir notre vie dans ce pardon accordé, en refusant le Mal, en ne participant pas à des œuvres de Mort, mais au contraire en veillant à toujours faire triompher la Vie, à toujours faire triompher le Bien. Là doit être notre investissement, car là est la garantie de notre Salut. 

Quand viendra le jour définitif de notre Salut, le vieux monde encore dominé par le Mal et le Péché disparaîtra. Pour ceux qui se complaisent dans des œuvres de mort, ce sera une catastrophe, sans doute. Mais pour ceux qui auront fait le choix de la Vie, ce sera le Jour glorieux où leur investissement en faveur de la Vie sera reconnu et grandement récompensé. Un bienfait n’est jamais perdu devant Dieu. Maintenant que la liturgie elle-même nous rappelle ces évidences, il nous reste à faire notre choix. Voulons-nous capitaliser sur le Bien, pour nous et pour tout homme ? Si vous hésitez encore, je vous laisse pour conclure les mots du prophète Daniel : Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais. Amen.

samedi 12 décembre 2020

3ème dimanche de l'Avent B - 13 décembre 2020

Notre Dieu est le Dieu qui nous invite à la joie véritable.


(Tableau de Sieger Köder)


Soyez toujours dans la joie ! Cette invitation de Paul aux chrétiens de Thessalonique prend une coloration toute particulière, me semble-t-il, en cette année où nos vies sont bouleversées par la pandémie qui met nos vies entre parenthèses depuis neuf mois déjà et sans doute encore pour quelques temps. Les recommandations faites pour les fêtes de Noël, fêtes heureuses par essence, contrarient cet appel à la joie, du moins la restreignent aux quelques heureux que nous aurons le droit d’inviter. La déprime et l’angoisse grandissante qui gagnent une part non négligeable de la population ne favorisent guère ce sentiment de joie profonde. Bien au contraire ! 

Pourtant, nous devons plus que jamais faire entendre cet appel. Il est fondamental, parce qu’il est l’appel de Dieu adressé à toute l’humanité. La Bonne Nouvelle qui est au cœur de notre foi est une Nouvelle heureuse, une Nouvelle qui rend la joie au peuple qui marchait dans les ténèbres.  Quand Dieu vient à la rencontre de l’homme, ce n’est pas pour être un embêtement de plus. Quand Dieu vient à la rencontre de l’homme, c’est pour le conduire à cette joie que nul ne pourra lui enlever. La joie de Dieu n’est ni une mièvrerie, ni un peu d’eau sucrée pour faire passer la potion amère de nos vies atrophiées. Non, la joie de Dieu pour nous est la joie véritable, celle qui fait exulter le psalmiste. L’origine de cette joie, c’est la reconnaissance de tout ce que Dieu a fait et ne cesse de faire pour l’homme. Le Magnificat, dont nous avons chanté un extrait après la première lecture, est un bel exemple de cette joie qui prend aux tripes et qui jaillit comme un cri de bonheur à la face du monde. Dans son cantique, Marie n’a rien inventé ; elle se situe simplement mais réellement, dans l’expérience millénaire de son peuple, avec une conscience aigüe que c’est Dieu qui mène la barque, Dieu qui veille sur chacun, en particulier les plus petits, les plus pauvres. La Bonne Nouvelle du Salut, c’est la Justice restaurée, c’est l’homme, tout homme, rendu à sa dignité. 

En ces jours difficiles que nous vivons, c’est toujours de cette même joie que nous devons témoigner. Pour la partager, il faut d’abord peut-être en être habité. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ venu dans le monde pour notre salut, est-elle une vraie Bonne Nouvelle pour nous ? Nous ouvre-t-elle à cette joie, même en ce temps particulier de restrictions sociales ? La prudence dont nous devons faire preuve pour lutter contre le virus et éviter sa propagation n’a rien à voir avec la peur panique qui a envahi certains de nos contemporains ; la prudence n’a rien à voir non plus avec le fait de s’isoler, de se couper du monde. Prendre de la distance, ce n’est pas couper les ponts. Chrétiens, héritiers de cette joie libératrice qu’annonçait déjà le prophète Isaïe, nous ne pouvons nous laisser aller à la désespérance devant l’incertitude de notre époque. Plus que jamais, nous devons demander à Dieu la grâce de tenir fermes dans la foi, la grâce de savoir reconnaître encore les signes de sa venue et de sa présence au milieu de nous, la grâce d’en témoigner résolument et joyeusement. Plus que jamais, nous devons être les relais de cette présence auprès des plus fragiles pour qui ce Noël risque d’être encore plus triste et plus difficile que les précédents. 

Nous pouvons prendre exemple sur le prophète Isaïe. En l’écoutant parler de la mission qui lui est confiée en un temps difficile pour son peuple, nous pouvons ressentir chez lui une joie contagieuse. Ce qu’il doit annoncer le rend lui-même profondément heureux d’abord : je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. La joie de Dieu, ce n’est pas quelques bons mots ; la joie de Dieu à transmettre, c’est une vie transformée : les cœurs brisés seront guéris, les captifs délivrés, les prisonniers libérés, une année de bienfait accordée. N’est-ce pas ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui ? Nous entendre dire que notre vie sera transformée pour quelque chose de mieux ? La joie que Dieu nous invite à vivre, a quelque chose à voir avec la confiance que nous plaçons en lui. Si nous ne croyons plus qu’il puisse toujours quelque chose pour nous, alors le Salut annoncé n’est plus une Bonne Nouvelle, et la joie à venir loin d’être une réalité. Comme Isaïe, nous avons été saisis par l’Esprit de Dieu. Cet Esprit fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois. En célébrant notre foi, en proclamant la Bonne Nouvelle du Salut, en la vivant au quotidien, nous accueillerons toujours plus cette joie de Dieu et nous en serons les témoins auprès de tous. 

En cette période particulière de notre vie, soyons pour nos proches, en famille, au travail, dans notre quartier, de ceux qui rayonnent de cette joie de Dieu. Soyons les témoins et les relais de la Bonne Nouvelle du Salut que Dieu réalise en son Fils Jésus Christ. Il a fait des merveilles pour nous ; il en fera encore. Isaïe, Marie et Jean le Baptiste en ont été les témoins pour leur époque ; soyons-en les témoins authentiques pour aujourd’hui. Amen. 

samedi 3 octobre 2020

27ème dimanche ordinaire A - 04 octobre 2020

 Ne soyez inquiets de rien, même en temps de COVID.




Nous ne voulons plus être gouvernés par la peur. Ainsi s’intitulaient la tribune signée par plus de deux cents médecins et chercheurs en médecine publiée au cœur du mois de septembre, dénonçant la manière particulièrement anxiogène utilisée par ceux qui nous gouvernent pour communiquer au sujet de la crise sanitaire. Ils ne remettaient pas en cause la nécessité d’une vigilance et de gestes dits barrière pour nous protéger les uns les autres, mais bien une attitude profonde devenue insupportable. Le mensonge, la peur, la répression et la manipulation par les chiffres : voilà qui est insupportable, voilà qui porte gravement atteinte à la conception française de la démocratie ; voilà ce qui engendre la peur chez de nombreux concitoyens qui, bien que le déconfinement ait été prononcé en mois de mai, continuent de s’auto-confiner physiquement et psychologiquement. Non contents de détruire une économie, ils détruisent l’humain en nous, faisant de l’autre, du frère, celui qui est un danger, celui qui peut potentiellement vouloir ma mort et me la donner. 

En écho à cet appel, j’entends aujourd’hui l’appel de Paul aux Philippiens : Ne soyez inquiets de rien. Non pas qu’il nous pousse à l’insouciance, mais il remet nous remet dans la bonne direction. Au cœur des difficultés d’une vie, au cœur des dangers, le croyant doit se souvenir qu’il est né d’un projet d’amour, qu’il vient de Dieu, qu’il est dans la main de Dieu. Cela n’empêche pas de respecter les autres, de veiller sur eux, de se protéger et les protéger si nécessaire – comme nous devons le faire en ces temps incertains – bien au contraire. Paul le souligne d’ailleurs dans ce passage entendu : tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. Il ne s’agit pas de vivre isolé, comme sur une île déserte ; il s’agit de faire le bien en toute chose et de rester tournés vers Dieu, source de notre vie et de notre salut : en toutes circonstances, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Paul rejoint ainsi le Christ lui-même qui appelait ses Apôtres à ne pas avoir peur. 

La peur doit être notre ennemi n°1. Elle est incompatible avec la confiance que nous devons avoir en nous, en l’homme, en Dieu. La peur empêche de vivre ; elle empêche d’être libre ; elle empêche des relations saines ; elle empêche de s’ouvrir à l’avenir. La peur nous enferme, alors que notre foi au Christ nous rend libres. Pour combattre la peur, le croyant s’appuiera sur sa foi d’abord ; il approfondira le mystère de l’amour de Dieu qui aime tout homme et qui a pour lui un projet de salut. Ensuite il cultivera son intelligence et éclairera sa conscience : il trouvera ainsi le chemin pour sortir de la peur qui paralyse. Ne renonçons pas à réfléchir librement. On nous manipule avec des chiffres ? Cherchons à les comprendre et à les mettre en perspective. L’OMS s’affole du million de morts du coronavirus ; certes, c’est beaucoup : pourtant cela ne fait que 0,015 % de la population mondiale. A côté de cela, un enfant meurt toutes les cinq seconde dans le monde, selon l’UNICEF : je n’ai entendu personne s’en émouvoir, ni supprimer la faim, ni empêcher certains de se goinfrer ! Certes, ces enfants ne meurent pas dans les pays riches ; ils sont invisibles bien que bien plus nombreux que 0, 015 % de la population mondiale. 

Nous ne sommes pas faits pour la peur ; nous ne sommes pas faits pour nous inquiéter toujours et de tout. La peur est mauvaise conseillère, dit la sagesse populaire avec raison. Elle fait prendre des décisions contestables, elle fait poser des actes regrettables. Il nous faut, de manière urgente, retrouver la confiance en l’homme pour vivre à nouveau sereinement. Il nous faut retrouver la confiance en Dieu pour croire à nouveau qu’il nous appelle à une vie plus grande et plus belle. Nous sommes la vigne que Dieu a plantée, dont il prend soin et dont il attend de bons fruits. La peur fera pourrir nos fruits ; la peur fait déjà pourrir nos vies. Reprenons la prière du psalmiste pour retrouver confiance et espérance : Seigneur, Dieu de l’univers, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés. Amen.