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Ce blog voudrait vous permettre de vivre un chemin spirituel au rythme de la liturgie de l'Eglise catholique.

Les méditations s'appuient soit sur les textes bibliques quotidiens, soit sur la prière de l'Eglise.

Puisque nous sommes tous responsables de la foi des autres, n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

Nous pourrons ainsi nous enrichir de la réflexion des autres.







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samedi 22 août 2026

21ème dimanche ordinaire A - 23 août 2026

 Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! 





 

            Il y a quelque chose de paradoxal dans l’évangile de ce dimanche. Jésus interroge ses disciples sur ce que les gens disent de lui, puis sur ce que les disciples ont compris de lui, avant de leur interdire d’en parler aux autres. Comme si ce que Pierre affirme avec force est trop dangereux pour les autres.

            Tout commence avec cette simple question : Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? Petit sondage express ou brève évaluation des connaissances, si vous préférez. Les gens, c'est-à-dire tous ceux qui ont croisé la route de Jésus et de sa troupe, ont-ils vraiment compris quelque chose à Jésus, à son message, à ses actes ? Les trois réponses données par les disciples démontrent que non. La figure du Fils de l’homme, personne ne l’applique à Jésus. Les gens lui préfèrent Jean le Baptiste, Elie, Jérémie ou l’un des prophètes. Autrement dit, des gens du passé, récent ou lointain, mais du passé. A croire que la figure du Fils de l’homme est dépassée ; une survivance d’un autre âge. Et d’une certaine manière, c’est normal. On interrogerait des gens d’aujourd’hui, qui ne sont pas au milieu de nous sur Jésus, nous aurions sans doute aussi des réponses un peu exotiques. Entre la figure du grand sage et du guérisseur, les réponses couvriraient sans doute une large palette. Jésus, c’est un vieux personnage, dont certains doutent même qu’il ait seulement existé, quand bien même de nombreuses études s’accordent à le reconnaître. L’homme Jésus a existé, c’est un fait.

            Après ce premier sondage sur un large panel, Jésus resserre sa cible : Et vous (c'est-à-dire vous qui êtes avec moi chaque jour), que dites-vous ? Vous aurez remarqué au passage que Jésus ne commence pas par dire à ses disciples que les gens ont tort, qu’ils se trompent dans les réponses apportées à la question initiale : Qui est le Fils de l’homme ? Il ne reprend pas même sa question initiale en faisant de grands gestes, pointant vers lui, pour que les disciples additionnent un plus un pour trouver deux. Et la logique aurait suggéré qu’à ce deuxième tour, les disciples répondent à ce que sous-entendait Jésus dans sa question première : pour nous, le Fils de l’homme, c’est toi ! Non, Jésus pose une autre question, qui oriente clairement vers lui : pour vous, qui suis-je ? Quand on fait un sondage, quand bien même on ressert le panel, on ne change pas radicalement la question. Mais ce n’est pas grave, et Pierre, qui semble répondre (selon son habitude) du tac au tac, prononce ces mots devenus célèbres : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! A-t-il compris sa réponse ? A-t-il mesuré l’énormité qu’il vient d’énoncer ? Jésus nous rassure : certes, il proclame Pierre heureux, mais il lui dit en même temps qu’il n’y a pas de quoi fanfaronner. Un souffleur est passé par là : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Autant dire que pour l’instant, ce ne sont que des mots d’un autre (Dieu) qui auront à devenir réalité comprise pour les disciples. Et nous savons que cela prendra du temps. Revenez dimanche prochain ; vous aurez la suite immédiate de l’évangile et vous comprendrez. Je ne vais pas spolier aujourd’hui ! A chaque dimanche, sa découverte ; c’est bien suffisant !

            Cette question de Jésus, même si Pierre a laissé à la postérité la réponse juste, demande malgré tout que chacun y réponse personnellement. Régulièrement, comme pour mieux montrer que la foi chrétienne perd du terrain, des instituts de sondage interrogent les chrétiens sur leur foi. Et les réponses ne sont pas toujours à la hauteur de celle de Pierre. Même pour certains baptisés, Jésus est juste un grand homme, éventuellement un sage spirituel, mais Fils du Dieu vivant, vous n’êtes pas sérieux ! Quant à dire qu’il est ressuscité, comme disaient les Grecs à Paul lors de son passage à Athènes : sur cette question, tu repasseras. Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons pas faire l’économie de cette question : pour moi, qui est Jésus ? Et il serait bon que nous la reprenions souvent : qui est Jésus pour moi, aujourd’hui ? Elle est salutaire, cette question, parce qu’elle nous permet d’être au clair, de mesurer les progrès ou les difficultés que nous rencontrons dans notre vie de foi. Elle est salutaire parce qu’elle fait de Jésus, non pas un personnage de l’Histoire, mais notre contemporain. Qui est Jésus pour toi aujourd’hui ? Dans ce moment de grande joie que tu vis, dans ce passage à vide que tu traverses, dans cette épreuve qui te met à genoux, qui est Jésus ? Et vous comprenez alors que la réponse n’est jamais simple à formuler, et qu’elle n’est jamais exprimée tout-à-fait de la même manière. Je voudrais que Jésus soit toujours le même pour moi, mais je dois honnêtement reconnaître que, selon ce que je vis, la formulation de ma réponse sera différente. Parce que notre réponse à cette question ne peut pas juste être une réponse apprise au catéchisme. Ce sera toujours la réponse que Dieu nous révèlera dans le moment que nous vivrons. Cela est vrai depuis que Dieu a révélé son nom à Moïse, jadis au buisson ardent. Je suis qui je suis, que l’on peut aussi traduire par : je suis qui je serai, autrement dit : tu verras bien qui je suis selon ce que tu auras à vivre.

Ce nom de Dieu, et le fait que notre réponse à la question de Jésus puisse différer selon les époques de notre vie, confirme que la promesse faite par Jésus au jour de l’Ascension est vraie : Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Que notre réponse puisse varier, ne signifie pas que Jésus change, mais que la perception que j’ai de lui, que l’expérience que je fais de sa présence à ma vie, change. C’est la même expérience que nous faisons dans nos rapports humains. Dire à quelqu’un que nous l’aimons quand tout va bien et que le ciel est bleu, c’est une chose. Le lui dire quand tout va mal, que les tensions et les difficultés nous éloignent l’un de l’autre, c’en est une autre. Vous comprenez alors pourquoi je vous ai dit que cette question était à reprendre régulièrement. Combien d’hommes et de femmes n’ont aucun mal à affirmer leur foi quand tout est simple, mais lâchent tout à la première difficulté ? J’ai fait confiance à Jésus, j’ai cru en lui, et regarde où cela m’a mené ! Dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, il nous faut consentir à dire à Jésus qui il est pour nous, pour pouvoir vivre dans la fidélité notre foi en lui, pour pouvoir vivre encore et toujours de sa présence aimante et attentive. 

Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? La réponse de Pierre, que nous pouvons faire apprendre aux enfants et aux catéchumènes, ne sera leur réponse que lorsqu’ils auront fait véritablement l’expérience toute personnelle de la rencontre avec Jésus, celui qui était mort et qui est vivant, ressuscité dans la gloire de Dieu. D’où l’ordre donné aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ. Ce n’est pas quelque chose qui se dit d’abord ; c’est quelque chose qui se vit. Il nous faut passer la Pâques avec Jésus pour comprendre véritablement les mots de Pierre, les mots du Père. Ecoutons, et donnons à entendre Dieu qui parle aux hommes, pour qu’après Pierre, avec nous, ils puissent confesser que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Amen.

samedi 13 juin 2026

11ème dimanche ordinaire A - 14 juin 2026

 Ils les choisit et les envoie en mission.




(Les Douze Apôtres)



            On croit connaître les Evangiles et on s’aperçoit que notre lecture, jusqu’à présent, était hâtive, voire inattentive aux détails qui différencient les différentes versions d’un même événement. L’évangile entendu aujourd’hui n’échappe pas à la règle. Matthieu que nous lisons cette année, a cette particularité de lier de manière très immédiate le choix des disciples et leur envoie en mission. Qu’est-ce que cela peut signifier pour nous ? Je vous propose trois pistes à méditer.

            Jésus choisit donc les Douze et les envoie en mission. Il les choisit pour cela. La preuve, à peine Jésus a-t-il donné la liste des Douze qu’il les envoie. Cela veut bien dire que Jésus n’appelle pas pour le plaisir d’appeler, pour avoir du monde autour de lui. Les signes qu’il pose, la clarté de son enseignement, assurent la présence des foules. Il suffit de lever les yeux : la foule est là, presqu’à chaque pas. Voyant les foules, Jésus fut pris de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Nous pouvons même dire que c’est la présence de ces foules qui conduit Jésus à choisir les Douze après avoir constaté que la moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux. En fait d’ouvrier, jusqu’à cet instant, il n’y a que lui, Jésus ! Le choix des Douze correspond donc à une nécessité de service. Tout seul, tout Fils de Dieu qu’il est, il n’y arrivera pas ; le temps lui est compté ! Et quand bien même il y arriverait dans l’immédiat, Jésus choisit d’avoir besoin d’Apôtres, parce qu’il voit sans doute plus loin que nous ; il voit sans doute déjà après Pâques et la mission qu’il restera à accomplir pour faire connaître son œuvre de salut pour tous les hommes. Avons-nous tous suffisamment conscience que, si nous ne pouvons rien faire pour Jésus, nous pouvons tout faire pour les hommes et les femmes de notre temps qui, comme jadis, sont comme des brebis sans berger ? Avons-nous suffisamment conscience que Jésus veut avoir besoin de nous pour participer, même modestement, à sa mission ?

           Jésus choisit donc les Douze et les envoie en mission. Mais Matthieu ne dit pas s’il les envoie seul ou par deux. C’est une précision qu’on trouvera chez Marc seulement, mais qui ne semble pas importante pour Matthieu. En revanche, Matthieu fait bien comprendre que ce choix pour un envoi est une participation à la mission même de Jésus. Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche : c’est ce que proclame Jésus depuis le lendemain de son baptême.  Il y a comme un caractère urgent à la mission : le royaume est tout proche. Comme s’il s’agissait pour les gens de ne pas le rater, d’être prêts quand il viendra ! Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons : c’est ce que Jésus ne cesse de faire durant toute sa vie terrestre. Ce sont bien ces mêmes signes qu’ils doivent poser pour participer à l’unique mission qui est celle de Jésus, parce que, dans l’enseignement des prophètes d’Israël, ces signes attestent que le Messie est proche. Jésus, en leur donnant des instructions strictes, les rend capables de faire ce pourquoi il les envoie en mission. C’est toujours le cas aujourd’hui : Dieu n’appelle pas ceux qui sont capables de, mais rend capables ceux qu’il appelle. Cela permet à l’appelé d’être libéré de cette question, qui peut aussi être une objection : je ne saurai pas faire. Si Dieu t’appelle à quelque chose, s’il te choisit, il te rend capable d’accomplir ce qu’il te demande de faire. Il ne joue pas avec toi ; il te prend au sérieux et te donne la grâce nécessaire à ta mission. Mais suis-je persuadé de cette urgence que Jésus ressent ou est-ce que je me laisse convaincre que le royaume, c’est pour plus tard et que rien vraiment ne presse ?

            A ces disciples qu’il choisit et envoie, Jésus pose des interdits, et nous pouvons en être surpris. Ils s’entendent ainsi : Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Certains pourraient dire que cela a le goût singulier du nationalisme : d’abord les nôtres ! Mais peut-être faut-il d’abord y voir une affirmation de l’élection d’Israël comme peuple particulier de Dieu. Les promesses messianiques sont d’abord pour lui ; c’est lui d’abord qui doit se convertir, c’est lui qui doit être à nouveau fidèle à Dieu, c’est lui d’abord qui doit être sauvé pour retrouver le sens de son élection : il est le peuple particulier, non parce qu’il est le préféré de Dieu, mais parce qu’il doit être lumière pour toutes les nations. Si le peuple que Dieu s’est choisi ne resplendit plus de la gloire de Dieu, comment les nations païennes pourraient-elles être attirées par une lumière qui n’existe plus ? Ce serait perdre un temps précieux d’essayer de convaincre les autres s’ils voient que le peuple choisi s’est détourné de son Dieu. L’urgence est donc là, auprès du peuple de Dieu, et elle est toujours là pour nous aussi aujourd’hui, nous qui sommes entrés dans ce peuple par notre baptême. Les communautés chrétiennes peuvent continuer de se lamenter, continuer à se dépenser en projets divers et variés pour attirer du monde, mais si elles ne resplendissent pas du Ressuscité, comment les hommes et les femmes de notre temps comprendraient-ils l’intérêt de suivre, non pas nous, mais le Christ ? Comment pouvons-nous tous être davantage disciples de Jésus, c'est-à-dire vivre de lui, pour donner envie à d’autres de le devenir ? C’est sans doute notre plus grand défi.

            Cet appel des disciples et cet envoi en mission, ne sont donc pas seulement un événement du passé. Ils sont notre réalité, la réalité de l’Eglise tout entière, la réalité de ce peuple devenu, par le baptême, prêtre, prophète et roi à l’image du Christ. Portant le Christ en nous, l’accueillant en nous par l’eucharistie, nous ne pouvons pas, et nous ne devons pas surtout, le garder pour nous qui sommes fidèles. Le pain eucharistique, rompu et partagé, étant le signe de la présence du Christ, nous n’avons pas d’autre choix que de le partager encore largement à ces chrétiens qui ont oubliés Dieu, Jésus et son œuvre de salut, afin que, par leur conversion et notre conversion permanente, le monde puisse croire et parvenir un jour au salut. Entendons le Christ qui nous choisit et nous appelle par notre nom, comme il a choisi et appelé les Douze, et laissons-nous envoyer, même modestement, annoncer par notre vie que le royaume des Cieux est tout proche. AMEN.

samedi 28 juin 2025

Solennité de Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres

 Célébrer Pierre et Paul pour célébrer la mission de l'Eglise.







 

C’est une grande joie de célébrer dans une même fête Pierre et Paul, tous deux Apôtres du Seigneur, et reconnus depuis les origines comme les colonnes de l’Eglise. Les célébrer ensemble, revient à célébrer l’Eglise dans ce qu’elle a de plus fondamentale : sa mission d’évangélisation, ou pour le dire clairement l’obligation qui lui est faite d’annoncer le Christ, mort et ressuscité pour le salut du monde. En les désignant comme les colonnes de l’Eglise, nous disons que toute la mission que le Christ a confié à ses Apôtres, s’appuie sur eux. Toute l’Eglise s’appuie sur ces deux-là pour ne jamais trahir sa mission.

 Cette mission est représentée dans la pierre à Rome sur la célèbre place qui porte le nom du chef des Apôtres. Il y a là deux statues, l’une de Pierre et l’une de Paul. Pierre pointe son doigt vers le sol, Paul, le sien vers l’horizon. Les romains facétieux traduisent cela ainsi : Pierre dit « Ici on fait la Loi » et Paul dit « C’est là-bas qu’on l’applique ». Plus sérieusement, ils nous rappellent que la mission de l’Eglise est ad intra et ad extra, pour l’intérieur et pour le vaste monde. Et nous ne pouvons pas choisir l’un ou l’autre. Nous ne pouvons pas jouer Pierre contre Paul. Il faut, comme le fait la solennité qui nous rassemble, les tenir ensemble, quand bien même il ne faisait pas toujours bon de les avoir sous le même toit.

 Pierre, c’est un authentique disciple de Jésus, au sens où il l’a suivi pendant tout son ministère. Il fait partie des premiers appelés et il est celui à qui Jésus a confié l’Eglise : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. La mission principale de Pierre, après Pâques, va être de conduire ce peuple qui va s’agrandissant à la suite du Ressuscité. Souvenez-vous d’un des évangiles du temps pascal, lorsque Jésus prend Pierre à part pour l’interroger par trois fois : Pierre, m’aimes-tu ? et de lui confier ensuite sa mission : Sois le berger de mes agneaux, sois le berger de mes brebis. La mission de Pierre est d’abord dirigée vers l’intérieur, vers l’Eglise. Il doit la guider et la conduire à la suite du Christ, à la rencontre de Dieu. Il doit faire son unité. Et ce ne sera jamais simple. Il suffit qu’un Saul de Tarse, persécuteur de chrétiens, se convertisse, pour que la jeune communauté croyante s’agite. Pierre saura écouter, discerner et aider la jeune communauté à comprendre que Saul de Tarse, qui ne sera bientôt connu que sous le nom de Paul, a bien reçu une mission du Seigneur Ressuscité. Selon le témoignage de Paul lui-même, ils se sont partagé la mission : à Pierre, les croyants d’origine juive, à Paul, le vaste monde païen à qui le Christ veut aussi se révéler.

Paul est aussi Apôtre, bien qu’il n’ait ni accompagné, ni même rencontré Jésus de son vivant. Le premier contact de Paul avec le Christ, c’était sur la route de Damas où il se rendait pour ramener dans la voie droite les juifs qui se sont égarés en croyants au Christ. Sur la route donc, Saul de Tarse est saisi par Jésus ressuscité et converti. Le zèle qu’il employait pour éradiquer cette voie nouvelle, il le mettra désormais au service de voie nouvelle. Il sera le premier à mettre des mots sur la foi chrétienne et à l’expliquer à ceux qui étaient loin même du judaïsme. Il est le premier théologien du christianisme. Ses voyages missionnaires l’auront conduit dans tout l’empire romain, soit la totalité du monde connu à son époque. Apôtre il l’est devenu non pas accompagnement de Jésus, mais par révélation du Christ lui-même.

Entre Pierre et Paul, il n’est pas possible à l’Eglise de choisir. Elle tient et de Pierre et de Paul. Sa mission est pour elle-même, pour fortifier la foi de ses fidèles, pour les inviter à se convertir vraiment au Christ qui a donné sa vie pour ses amis. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres hommes ; nous avons à faire le choix du Christ chaque jour, dans chacune de nos activités, dans chaque moment de nos journées. C’est l’œuvre de Pierre qui se poursuit en elle aujourd’hui. Mais sa mission est aussi de veiller à répandre la Bonne Nouvelle du Christ, toujours et encore, parce que le salut obtenu par le Christ sur la croix, est salut pour tous les hommes, pas uniquement ceux qui l’ont connu avant, pas uniquement ceux qui croient en lui maintenant. Tout homme venant dans ce monde est destiné au salut, destiné à entendre la Parole de Dieu. Contrairement à ce qu’affirmait récemment un homme politique français, les chrétiens ne mettent pas de l’huile sur le feu quand ils font la promotion du Christ. Ils font ce pour quoi ils ont été appelés par Dieu au moment de leur baptême : révéler le Christ par des mots certes, mais aussi et surtout par un art de vivre marqué du sceau de l’Evangile. Cet art de vivre se traduit par notre charité à l’égard de tous ; cet art de vivre se traduit aussi par le désir du salut du monde. Et pour que le monde soit sauvé, il faut lui faire connaître le Christ, sans violence, sans contrainte, mais par l’exemple d’une vie entièrement tournée vers le Christ. C’est notre devoir de baptisés ; c’est notre droit de citoyen d’un pays qui ne reconnaît aucune religion mais permet à toutes de s’exprimer et de se vivre. Nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant parler du Christ ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en osant le proposer ; nous ne portons pas atteinte à la laïcité en vivant de lui, dans toutes les dimensions de notre vie, qu’elle soit privée ou publique. En proposant le Christ, nous faisons le pari de la liberté parce que chacun doit avoir la possibilité de se déterminer, seul et en conscience, pour ou contre le Christ. En proposant le Christ, nous faisons le pari de l’égalité parce que nul n’est trop ceci ou pas assez cela pour entendre l’Evangile du Christ ; sa parole de vie et d’amour est pour tous, de la même manière. En proposant le Christ, nous faisons enfin le pari de la fraternité véritable, fondée sur l’amour et le don de soi du Christ sur la croix pour que tous les humains soient reconnus comme frères et sœurs en humanité et se reconnaissent frères et sœurs en Christ.

Puisqu’en ce jour, nous honorons ces deux Apôtres et géants de la foi, revendiquons-nous de l’héritage de l’un et de l’autre. Que Pierre et Paul soient les colonnes de notre propre vie spirituelle, nous invitant à une conversion toujours plus pleine, et nous poussant à témoigner, sans complexe, de celui qui nous fait vivre et qui a encore des réserves de vie et d’amour pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, mais qui peuvent le côtoyer à travers nous. Qu’à la prière de Pierre et de Paul, nous devenions des disciples missionnaires pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen.

samedi 15 mars 2025

2ème dimanche de Carême C - 16 mars 2025

 Au coeur de toute vie chrétienne, le Christ qui se révèle à nous.



(Luca GIORDANO, La Transfiguration, 1685, Gallerie degli Uffizi, Florence, Italie)




Un autre grand classique du Carême, quelle que soit l’année liturgique : l’évangile de la Transfiguration de Jésus. Celui qui avec nous et pour nous combat le mal, se révèle à nous dans toute sa gloire. La version que donne Luc de cet épisode comporte quatre différences par rapport à la relation de l’événement par Matthieu et Marc. 

La première originalité de Luc, c’est le contexte : Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Cette précision de la prière ne se trouve qu’en Luc. Là où l’on pourrait penser en Matthieu et Marc que Jésus emmène trois de ces disciples pour en faire les témoins de cette transfiguration, Luc nous dit que le but premier, c’était d’aller prier sur la montagne. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre… La révélation de Jésus, tel qu’il est dans toute sa gloire, se fait dans la prière. C’est donc possible pour nous aussi, de contempler la gloire du Christ lorsque nous prions. Mieux, c’est quand nous prions que nous approchons du Christ dans toute sa gloire. Ce lieu de contact qu’est la prière, nous permet de mieux comprendre qui est Jésus en réalité. 

La deuxième particularité de Luc, c’est de nous dire de quoi Jésus parlait avec Moïse et Elie. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Est-ce là, dans cette rencontre sur la montagne de la Transfiguration, que Jésus puisera les explications qu’il donnera aux disciples d’Emmaüs, au soir de Pâques quand, sur la route, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait ? Rien ne le dit, rien ne le contredit ! Et j’aime à croire que là, dans cette révélation de sa gloire, auprès de Moïse et d’Elie, Jésus puise aussi le courage qui lui sera nécessaire pour affronter cette dernière étape de sa vie terrestre : les événements de Jérusalem qui conduiront à sa mise en croix et à sa mort. Cela me rend Jésus moins romantique et plus humain : tout Fils de Dieu qu’il est, il a besoin d’être fortifié, renforcé par ces figures de la foi que sont Moïse et Elie, pour affronter l’ultime combat, celui pour lequel il est venu dans le monde. Cet échange singulier entre Jésus, Moïse et Elie, nous fait comprendre aussi que nous ne pouvons pas rejeter ce que nous appelons l’Ancien Testament au prétexte que Jésus est venu et qu’un Nouveau Testament a été écrit. Jésus se révèle aussi à nous dans la lecture et la méditation de ces textes plus anciens qui portent en germe sa présence au milieu des hommes.

La troisième particularité de Luc, c’est que ce sont les disciples qui font le choix de garder le silence sur ce qu’ils ont vu et entendu et en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu. Ils nous montrent ainsi qu’ils ont saisi par eux-mêmes qu’il faudra attendre le bon moment pour parler de cette expérience unique aux autres ; aujourd’hui n’est pas ce moment. Ils ont aussi mesuré la confiance que Jésus leur a fait quand il les a emmenés pour ce temps si particulier. Ils nous apprennent à nous tous qu’il n’est pas toujours bon d’exposer à la vue et au su de tous, les expériences spirituelles que nous pouvons faire. Jésus se révèle quelquefois à nous dans des moments particuliers de notre histoire, et ces moments n’appartiennent qu’à nous. Si Jésus n’a emmené que Pierre, Jean et Jacques, c’est peut-être qu’il a estimé que ceux-là étaient en mesure de comprendre et de garder pour eux ce qu’ils ont vécu avec lui. 

Peut-être que c’est en cela que réside alors la dernière différence de Luc. Lorsque vous lisez la version de Matthieu et de Marc, vous comprenez que lorsqu’il ne reste plus que Jésus seul, avec eux, ils redescendent immédiatement rejoindre les autres. C’est dans cette descente que Jésus leur Jésus leur impose le silence. Chez Luc, il vous faudra ouvrir votre bible (parce que ce n’est pas dit dans le texte entendu aujourd’hui) pour découvrir qu’ils ne redescendent de la montagne que le lendemain. Ils ont eu non seulement une expérience spirituelle unique, mais ils ont eu toute la nuit pour en parler avec Jésus. Vous imaginez cela ? Toute une nuit pour discuter de ce qu’ils viennent de vivre ? Peut-être Pierre avait-il finalement dressé des tentes comme il le suggérait au moment où Moïse et Elie s’éloignaient de Jésus. Je vois là un rappel qu’il nous faut profiter de ces moments où Jésus se révèle à nous, et ne pas trop vite passer à autre chose. Ceux qui ont déjà vécu une semaine de retraite ou d’adoration au Mont Sainte Odile, savent de quoi je veux parler. Il y a, dans les dernières heures de ces moments, une douce euphorie, un grand contentement de ce qui a été vécu et le désir que cela se poursuive. Il nous faut toujours redescendre dans la vie ordinaire, mais doucement, sans précipitation. 

Au cœur de toute vie chrétienne, il y a le Christ qui se révèle à nous et qui nous appelle à prendre du temps avec lui, à l’écart, sur la montagne, dans la prière. Ce temps de carême est un temps privilégié pour faire une retraite au cœur même de notre vie quotidienne pour approfondir notre relation avec lui, pour fréquenter davantage les Ecritures et comme le dit la voix qui se fait entendre, pour l’écouter. Puissions-nous nous préparer à la rencontre avec le Ressuscité en relisant nos Ecritures Saintes et en comprenant mieux celui qu’elles nous révèlent : le Fils que [Dieu s’est] choisi. Amen.


samedi 1 mars 2025

8ème dimanche ordinaire C - 2 mars 2025

 Salade de fruits, jolie, jolie, jolie...





Salade de fruits, jolie, jolie, jolie, tu plais à mon père, tu plais à ma mère… Ce refrain que les moins de cinquante ans ont le droit de ne pas connaître est revenu à ma mémoire en méditant cette page d’évangile pour l’homélie de ce dimanche. Il donne l’impression que Luc, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, était en possession d’éléments épars dont il ne savait que faire, et plutôt que de les jeter, les a réunis en un discours tutti frutti pour une petite leçon de choses. Il y a suffisamment de choses variées dans ce discours pour que pères et mères, et tous les autres, puissent y trouver leur plaisir. Nous avons là des problèmes de vue, de jardinage, de cœur, et si nous rajoutons les paroles de Ben Sira le Sage, nous avons l’ouïe et la parole. La leçon de chose peut alors commencer.

Commençons par le plus ancien, Ben Sira. Il nous dit : Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé, c’est alors qu’on pourra le juger. A croire qu’il était féru de physique et de mathématique, et qu’il avait découvert avant tout le monde que la vitesse de la lumière était supérieure à celle du son. C’est sans doute lui qui a inspiré à un autre cette maxime : C’est parce que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du son que certains ont l’air brillants avant d’avoir l’air stupide (j’ai changé le dernier mot pour des questions de décence). Toujours est-il que l’un et l’autre nous invite à la prudence et à la patience. Ne nous emballons pas devant les hommes, attendons qu’ils ouvrent la bouche ! Cela peut éviter bien des déconvenues. Leçon de chose n° 1. 

La première parabole de Jésus rapportée par Luc nous parle de maître et de disciples. Elle est un avertissement à tous ceux qui pensent tout savoir, à ceux qui pensent avoir dépassé leur maître. Ils ne voient plus qu’eux, leur maigre savoir acquis, et ils s’imposent partout, faisant comprendre à qui veut bien les écouter qu’eux seuls ont les solutions ; et ils abusent de leur pouvoir en imposant leurs vues au mépris du respect élémentaire dû aux autres et d’une prudence minimum qui voudrait que l’on confronte son avis à celui d’autrui. Ils sont des guides aveugles qui conduisent ceux qui les écoutent dans un trou, parce qu’ils refusent d’avoir des maîtres ou s’érigent en maître. Nous en avons de beaux exemples en ce moment, particulièrement dans le domaine politique (regardez ce qui se passe dans le bureau ovale à Washington) ; chaque jour hélas nous apporte son lot d’aveugles qui veulent guider le monde. Mais nous avons pu voir aussi les ravages que peuvent commettre ses guides autoproclamés ou proclamés comme tels par les autres sans discernement, quand ils exercent dans le domaine religieux. Cela donne des abus de toutes sortes et même, dans le pire des cas, des attentats pour éliminer ceux qui ne croient pas, qui ne suivent pas la même route. Soyons assez réalistes sur nous-mêmes et nos capacités, sur ceux que nous écoutons et regardons et acceptons toujours de nous former mieux au discernement et à la réflexion. Leçon de chose n°2.

La parabole sur la paille et la poutre est un appel à ne pas juger les autres trop vite pour ne pas commettre d’injustice d’une part, et ne pas se ridiculiser d’autre part. Personne, hors Dieu, n’est parfait ; personne, hors Dieu, n’est sans défaut. Faisons le ménage devant notre porte avant de vouloir le faire chez les autres. C’est la leçon de chose n° 3.

De même que l’on reconnaît l’arbre à ses fruits, de même on distingue l’homme bon de l’homme mauvais à sa parole ! De même qu’un pommier ne peut donner que des pommes, l’homme bon ne peut dire que du bien et l’homme mauvais que du mal, car, dit Jésus, L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. Le cœur, dans la bible, est le siège de mes grandes décisions, du lieu où, si je suis croyant, Dieu dialogue avec moi et me fait connaître sa volonté, le lieu où Dieu inscrit sa Loi (Jr 31, 31-34). Seul celui dont le cœur est bon peut le bien. As-tu laissé entrer dans ton cœur le bien ou le mal ? C’est une invitation à l’introspection, à un regard honnête sur soi et, le cas échéant, à la conversion. Leçon de chose n° 4.

L’évangile de ce dimanche est peut-être fait de bric et de broc, mais cela ne signifie pas qu’il n’a rien à nous dire. Ces petites paraboles, mises ensemble, nous invitent à utiliser nos sens et notre intelligence en vue du bien et de l’édification. Tout ce que nous voyons, tout ce que nous entendons, tout ce que nous disons, tout ce que nous faisons, que ce soit toujours pour le bien de tous, débordant de l’amour que Dieu a mis dans notre cœur. Alors nous serons des disciples bien formés, chacun comme notre maître, lui qui est passé en faisant le bien. Amen. 


samedi 21 septembre 2024

25ème dimanche ordinaire B - 22 septembre 2024

 Quand rien ne va plus, il reste le service.







 

            Cela devait arriver, forcément, un jour, et nous y sommes, au jour où les disciples ne comprennent mais alors rien à rien à ce que dit Jésus. Ne les blâmons pas pour cela, car je ne suis pas sûr que nous aurions fait mieux. Je ne suis même pas sûr que nous ferions mieux aujourd’hui. Revenons au texte et essayons de comprendre. 

            Jésus traversait la Galilée avec ses disciples et il ne voulait pas que cela se sache. Pouvez-vous le croire ? Pas une foule à l’horizon, tout se passe entre Jésus et ses disciples qu’il enseigne. Un enseignement précis, presque secret puisque les autres ne devaient pas savoir. De quoi leur parle-t-il ? Du fait que le Fils de l’homme [sera] livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. Ce n’est pas la conversation du siècle ; pas de petit potin, juste un truc incompréhensible pour ses disciples au sujet d’une mort et d’une résurrection. C’est la deuxième fois déjà. Souvenez-vous l’évangile de dimanche dernier et vous comprendrez pourquoi les disciples [ne comprenant] pas ces paroles, avaient peur de l’interroger.  Aucun n’a envie de se prendre un Passe derrière moi, Satan, dans les dents ! L’expérience faite par Pierre qui s’était révolté contre la première annonce de la Passion, a servi de leçon à tous. Motus et bouche cousue. Qui aurait pu comprendre ce que leur disait Jésus ? Je vous rappelle juste que personne encore n’était revenu d’entre les morts. Pâques sera la grande première fois pour tous : pour Dieu et pour les hommes. Ne faisons pas aujourd’hui comme si nous avions mieux compris ! Pierre avait raison la semaine passée : ce que dit Jésus est inaudible à oreille humaine. Comment l’esprit de quelqu’un pourrait-il concevoir que les hommes laissent mourir un Juste pour des coupables sans réagir ? Ce serait la fin de l’humanité si nous faisions cela ! Et pourtant, c’est bien de cela que leur parle Jésus, pour une deuxième fois, et ça ne passe toujours pas. Un esprit humain ne peut pas comprendre que Dieu ait imaginé, comme unique solution pour sauver l’homme, de sacrifier son propre fils. Nous pouvons l’expliquer après coup, nous dire : mais oui, bien sûr… mais quand l’homme entend cela pour la première fois, et même pour la deuxième fois, cela reste… de l’hébreu ! Et quand l’homme ne comprend pas quelque chose et qu’il ne se sent pas le droit ou le courage d’interroger, qu’est-ce qu’il fait ? Il parle d’autre chose ! 

            Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. Et ce n’est pas une question de hauteur ; ça, ils pouvaient le constater aisément, ils ne sont pas idiots, les Apôtres ! Non, la question qui les travaille, est de savoir qui est le plus grand, le premier, le chouchou quoi ! Il y en a bien un qui doit se démarquer dans le lot, non ? La seule remarque qui me vient à l’esprit, c’est : ça ne va vraiment plus dans ce groupe. Ils n’écoutent pas le maître qu’ils ne comprennent pas ; ils se font des nœuds au cerveau pour quelque chose qu’ils ne maîtrisent pas. La réponse de Jésus me surprendra toujours. Pas de nouveau : Passe derrière moi, Satan ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Non, juste une explication claire : Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous (l’esclave de tous). Déjà, il n’y a plus de candidat. Les vues de Dieu sont décidément bien différentes des nôtres. Chez nous, le plus grand, c’est celui qui se fait servir ; pour Dieu, le plus grand, c’est celui qui sert. Ce n’est pas le monde à l’envers, c’est un nouveau monde que dessine Jésus. Dans ce monde nouveau, l’Innocent livre sa vie pour sauver les coupables, et le premier se fait esclave de tous pour les servir ! Et pour couronner le tout, une parabole qui met en scène un enfant : Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. L’enfant, c’est celui qui nous dérange, qui chamboule notre vie ; celui que l’on envoie dans sa chambre quand on ne sait plus quoi faire avec ; celui dont l’opinion passe après tout le monde ; celui qui ne doit pas interrompre les grandes personnes quand elles parlent… L’enfant, celui qui ne peut rien, celui qui attend tout des grands, voilà celui que nous devons accueillir. Jésus pouvait-il mieux dire la place privilégiée que tous les petits du monde doivent tenir dans le cœur de ses disciples ? Jésus pouvait-il illustrer mieux que cela ce que signifie se faire le serviteur de tous ? Je ne crois pas. Accueillir un petit, c’est accueillir Jésus lui-même, et plus encore, puisque celui qui accueille [Jésus] accueille [aussi] Celui qui l’a envoyé. Tu veux servir Dieu ? Sers les plus fragiles de tes frères. Tu veux accueillir Dieu ? Accueille les plus fragiles de tes frères. 

Il faudra du temps, beaucoup de temps, aux disciples de Jésus pour se rendre compte qu’en agissant ainsi, ils agissent comme Jésus qui livre sa vie pour nous. C’est comme s’il nous disait, bien avant le jeudi saint et le dernier repas : ce que je m’apprête à faire pour vous en livrant ma vie, faites-le, vous aussi, pour ceux que personne ne regarde, ceux que personne ne considère. Quand tu ne comprends plus ce que Jésus te dit, il te reste le service. Mets ta vie au service des plus petits et des plus fragiles, et tu seras proche de Dieu, tu serviras Dieu. Mets ta vie au service des autres, et tu comprendras Dieu ; tu ne te tromperas jamais sur ce qu'il attend de toi. C’est simple, c’est lumineux. Maintenant, il reste à le vivre… si du moins tu veux être proche de Dieu. Amen.

samedi 13 avril 2024

3ème dimanche de Pâques B - 14 avril 2024

Jésus est ressuscité ; c'était le plan de Dieu !





(Arcabas, Les disciples d'Emmaüs)


 

          Il y a quelque chose de surprenant dans la première lecture et dans l’évangile de ce jour face à l’horreur que représente la mort par crucifixion de Jésus. C’est cette manière toute particulière qu’à Luc, auteur des deux livres, de dédouaner les hommes de la cruauté subie par Jésus. 

          Ecoutons à nouveau Pierre, lors de son discours au peuple qui suit la guérison d’un impotent à Jérusalem. Il leur parle de Jésus en insistant bien sur leur responsabilité dans les événements de la Passion : Jésus, vous l’aviez livré, vous l’aviez renié en présence de Pilate qui était décidé à le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez tué le Prince de la vie… Il n’est guère possible de souligner davantage la responsabilité de quelqu’un dans ce drame. Ils ont préféré un vrai coupable à un véritable innocent. Ils ont tué ! Y a-t-il drame plus affreux que celui-là ? Et pourtant, poursuit Pierre, je sais bien, frères, que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. Vous avez entendu l’énormité ? Non seulement, il leur dit quelque chose du genre : ce n’est pas dramatique non plus, vous ne saviez pas ! mais en plus, il les appelle frères ! On parle de la mort de l’Innocent, que l’ennemi voulait relâcher ; c’est leur insistance qui est à l’origine directe de la mort de Jésus ! Et Pierre les appelle frères. Il va même plus loin en disant : Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait annoncé par la bouche des tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Si Dieu lui-même l’a voulu ainsi… Que dire de plus ? Ce n’est pas leur faute, vraiment ; ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment, juste quand Dieu a décidé de mettre son plan de salut en œuvre. Personne ne pourra jamais leur en tenir rigueur ; c’était le plan de Dieu ! Que voulez-vous dire si Dieu lui-même, pour nous sauver tous, décide d’en sacrifier un qui se révèle être son propre Fils ? A part : Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu, je ne vois pas ! C’est bien la seule chose à faire, quand on ne peut ni se réjouir d’avoir mis à mort un Innocent, ni se lamenter de l’avoir fait contre notre plein gré. Entrer dans le projet de Dieu, voir au-delà des événements et comprendre enfin le grand schéma qui se dessine ainsi et que Pierre révèle dans son discours ! 

          Certains pourraient dire : oui, mais Pierre se trompe ; il se console comme il peut d’avoir lui-même renié le Christ ! Tout cela, ce ne sont que des mots pour endormir son public et gagner des clients. Je pourrais être d’accord s’il n’y avait pas eu le discours de Jésus ressuscité, renouvelé deux fois, à ses disciples au soir de Pâques. Nous savons que Jésus s’est approché de deux disciples qui s’en retournaient chez eux, à Emmaüs, quand ils ont été approchés par un homme (Jésus, que leur chagrin les empêche de reconnaître) et qui, au long de la route, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait. A ces esprits sans intelligence, il redit qu’il fallait que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire. Ce qu’il refait quelques heures plus tard, quand il apparaît à tous alors que ces deux disciples, revenus à Jérusalem annonçaient la nouvelle aux autres : les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Comme ils en parlaient encore, lui-même (Jésus) fut présent au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous ! et un peu plus tard, après s’être fait reconnaître corporellement, il poursuit : Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Ecritures. Jésus confirme par avance ce que sera le discours constant des Apôtres : il fallait que les choses soient comme elles furent. Pour que tous les hommes soient sauvés, il fallait que Jésus souffrît la Passion. Il fallait qu’il affronte la mort, qu’il la subisse pour la vaincre définitivement. Pas d’autre moyen pour que le pardon des nombreux péchés soit donné par Dieu : Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. Plutôt que de chercher et définir les coupables, tournons-nous vers Dieu et convertissons-nous tous ; rejetons tous le mal que nous pouvons commettre. 

          Entrer dans le projet de Dieu, c’est reconnaître, s’il nous faut vraiment un coupable à la mort du Christ, que nous le sommes tous, même nous qui vivons à vingt-et-un siècles de distance de ces événements. Entrer dans le projet de Dieu, c’est nous convertir au Christ et croire qu’il est notre vie et notre salut. Entrer dans le projet de Dieu, c’est relire avec ses yeux la longue histoire de Dieu avec les hommes pour y découvrir ce que nous oublions si souvent : Dieu nous aime, il veut notre bonheur et notre vie avec Lui. Cela ne rend pas la mort de Jésus plus facile à vivre ; cela n’enlève rien à la beauté de sa résurrection. Bien au contraire, le fait que cela soit le projet de Dieu de nous sauver, et qu’il sait y mettre le prix, nous montre l’avantage que nous avons à nous tourner vers Lui et à croire en Jésus. Jamais Dieu ne pourra cesser d’aimer celles et ceux qu’il a rachetés à si grand prix. Amen.

samedi 20 janvier 2024

3ème dimanche ordinaire B - 21 janvier 2024

 La Parole de Dieu, Bonne Nouvelle pour notre salut !



(Le prophète Jonas, source internet : (1827) Pinterest)



 

 

 

 

            Ce dimanche est, par la volonté du pape François, le dimanche de la Parole de Dieu. Un dimanche pour réfléchir davantage à sa place dans notre vie. J’espère juste que cela ne signifie pas que le reste du temps, nous n’en avons rien à faire que Dieu nous parle ou pas. Après tout, chaque dimanche, nous entendons des extraits de cette Parole, et la réforme liturgique du Concile Vatican II nous a largement ouvert ce trésor. 

            Lorsque nous croisons le prophète Jonas, dans la première lecture de ce dimanche, on pourrait croire qu’il suffit que Dieu parle pour que les hommes se bougent. Après tout, n’est-ce pas ainsi que cela se passe lorsque Jésus appelle ses premiers disciples ? Il leur dit : Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. Aussitôt, souligne Marc, laissant leurs filets, ils le suivirent. Une parole est dite ; l’homme répond, aussitôt. Nous savons qu’il n’en est rien pour Jonas ; Dieu s’y est pris à deux fois, Jonas s’étant enfui loin de Dieu après le premier appel de Dieu. Jonas ne voulait pas remplir la mission que la Parole de Dieu lui avait attribuée. Nous savons tous, par expérience, qu’il ne suffit pas que quelqu’un nous dise quelque chose pour que nous nous exécutions immédiatement. La Parole de Dieu, nous avons beau savoir et confesser qu’elle est importante pour nous, ne nous met pas au garde-à-vous. 

            Pourtant, cette Parole est une parole bonne. Dieu ne nous parle pas mal. Sa Parole ne nous entraîne pas au Mal. Sa Parole est Bonne Nouvelle, en tous les cas, se veut Bonne Nouvelle pour toute l’humanité à qui Dieu s’adresse. Peut-être que des prédications trop moralisantes nous ont éloigné de cette Parole ! Peut-être que nous n’y retrouvions plus justement cet aspect de Bonne Nouvelle. Quand nous faisons perdre à la Parole de Dieu sa saveur, il ne faut pas s’étonner que les hommes la rejettent. Pour que cette Parole que Dieu adresse à temps et à contre-temps garde toute sa saveur, il faudrait peut-être que ceux qui la transmettent lui gardent sa bonté, les encouragements qu’elle nous offre. N’utilisons jamais, en prédication, en catéchèse, ou dans une conversation, la Parole de Dieu pour condamner, pour juger, pour exclure. Quand Dieu nous parle, c’est pour nous rendre plus libres. Quand Dieu nous parle, c’est pour nous éclairer. Quand Dieu nous parle, c’est pour notre salut. Quand Dieu nous parle, c’est pour établir une Alliance d’amour et de miséricorde avec nous. 

            L’Eglise, pour souligner l’importance de cette Parole dans notre vie, ne célèbre aucun sacrement sans lire ne serait-ce qu’un verset de cette Parole. A toutes les étapes de notre vie, qu’elles soient joyeuses ou tristes, l’Eglise fait retentir cette Parole pour que nous croyions à l’Evangile et que nous nous convertissions. Car c’est bien à l’écoute et à la méditation de cette Parole que nous pouvons changer notre cœur. Notre cœur ne se convertit pas sous la contrainte, mais par l’écoute d’une parole bonne et constructive, d’une parole qui donne envie de vivre en plus grand. Il arrive que cette Parole soit dure à entendre, c’est vrai ; mais elle est toujours donnée pour notre bien. Quand Jonas consent finalement à parcourir Ninive en proclamant : Encore quarante jours, et Ninive sera détruite, cette parole devient une bonne nouvelle, parce qu’elle laisse à chacun le temps (quarante jours, ce qui n’est pas rien !) pour changer, pour tourner son cœur vers Dieu. Et c’est bien ce qui se produit : Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, se vêtirent de toile à sac. 

            N’abandonnons jamais cette Parole ! Entendons-la pour ce qu’elle veut être : Bonne Nouvelle pour notre Salut, même lorsqu’elle nous semble difficile. Dieu ne veut que notre bien ; Dieu ne veut que notre vie. C’est pour cela qu’il parle ; c’est pour cela qu’il a envoyé sa Parole faite chair au milieu de nous, en Jésus. Suivre Jésus, c’est vivre de cette Parole. Ecouter Jésus, c’est entendre cette Parole. Qu’elle nous mette en route à la rencontre de Dieu qui nous attend, pour que nous vivions avec lui dans la joie de son Royaume. Amen.

samedi 21 mai 2022

6ème dimanche de Pâques C - 22 mai 2022

 Faire route avec les disciples pour apprendre à dépasser nos conflits.




Icône des Apôtres Pierre, Jacques et Paul, source internet 
http://saint-paul-apotre.paroisse-immaculee-conception.fr/



            La liturgie ne nous permet pas de lire des chapitres entiers des textes bibliques. Le passage du livre des Actes que nous avons entendu est un résumé à gros coups de crayon du chapitre 15 du livre qui aborde pourtant un moment essentiel de la vie de la jeune communauté réunie dans la foi au Christ ressuscité, et une question fondamentale posée à cette même communauté, question qui aurait pu conduire à l’éclatement de celle-ci. La dispute peut nous sembler aujourd’hui complètement dépassée et pourtant, je ne suis pas sûr qu’elle ne se pose plus à nous. 

            Ce qui est en jeu, dans le débat de l’assemblée de Jérusalem, ce n’est rien de moins que la foi de cette communauté. Le premier voyage missionnaire de Paul a été un succès. De nombreux païens sont venus à la foi au Christ vivant. Au lieu de s’en réjouir, certains ont estimé qu’il leur manquait quelque chose d’essentiel : la circoncision, qui n’ayant pas été faite laisse un petit bout de chair de trop. Comprenez-vous : ces convertis-là ne sont pas juifs d’origine ; ils ne sont pas comme le Christ qu’ils confessent désormais ; ils ne sont pas comme les Apôtres, tous juifs de naissance. Si la foi au Christ est bien l’aboutissement de la foi juive, ne faut-il pas que ces païens en passent par là et qu’on leur coupe ce petit bout de chair qu’ils ont en trop ? Les bons connaisseurs de Paul auront reconnu là un thème favori de la pensée de Paul : seule la foi au Christ sauve. Il n’y a besoin de rien d’autre. Et puisque la Loi n’a pas permis au peuple élu de se préserver du péché, il y a là bien le signe que la circoncision est devenue caduque. Pour d’autres, au contraire, il n’y a pas à tergiverser : il faut respecter la Loi, toute la Loi, pour découvrir qu’elle s’accomplit en Jésus, mort et ressuscité. L’assemblée de Jérusalem réunit les deux parties ; une décision est attendue, non pour déclarer un vainqueur et un vaincu, mais pour sauvegarder l’unité de la communauté croyante. Parce que l’enjeu est bien celui-là : l’unité de tous !

             Dans le passage entendu, nous n’avons que le début du chapitre 15 qui donne le contexte qui va mener à la convocation de cette assemblée et la décision finale prise. Pourtant, le processus est tout aussi important. Une assemblée se réunit à Jérusalem, autour des Apôtres et des Anciens. Il y a d’abord un discours de Pierre qui renvoie à l’expérience qu’il a eu avec le Centurion Corneille, officier de l’armée d’occupation qui avait reçu l’Esprit Saint avant même d’être baptisé. Dans son argumentaire, il place d’emblée la question au niveau théologique. Ecoutez plutôt ce qu’il dit : Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas eu la force de porter ? Oui, nous le croyons, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux. Après ce discours, c’est Paul et Barnabé qui vont exposer tous les signes et les prodiges que Dieu avait accomplis grâce à eux parmi les nations. Vous aurez noté que c’est bien Dieu qui agissait à travers eux ; c’est bien Dieu qui a converti les cœurs des païens. Enfin, c’est Jacques qui prend la parole. Certains voient en lui l’opposant principal de Paul. Pourtant, il aura cette parole surprenante : j’estime qu’il ne faut pas tracasser ceux qui, venant des nations, se tournent vers Dieu, mais écrivons-leur de s’abstenir des souillures des idoles, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang. Entendez-le bien : il ne faut pas tracasser ceux qui se tournent vers Dieu. Qu’importe finalement qu’ils soient juifs comme Jésus et nous, ses Apôtres, ou pas, dit Jacques. Reconnaissant l’œuvre de Dieu en eux, il invite à respecter le choix de Dieu et donc de ne pas tracasser les nouveaux venus. Le pape François ne dit pas autre chose quand il nous invite à ne pas jouer aux douaniers, rendant impossibles pour certains l’accès à Dieu et aux sacrements de l’Eglise. La position de Jacques deviendra le corps de la décision prise. Il faut remarquer ici l’audace qui ouvre cette décision : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… Ce n’est pas juste une décision humaine qui est rendue ; l’Esprit Saint, autrement dit Dieu lui-même, est acteur de cette décision. Puisqu’il a appelé les païens à la foi, les Apôtres reconnaissent qu’ils ne peuvent pas s’y opposer. D’où juste trois interdits logiques : s’abstenir des viandes offertes aux idoles (choisir le Christ, c’est les refuser) ; s’abstenir du sang (le sang est à Dieu, il est le siège de la vie : ne vous prenez pas pour Dieu donc) et s’abstenir des unions illégitimes (n’allez pas contre l’ordre voulu par Dieu à la Création). Rien de plus que cela.

 

            Faire route avec les disciples pour apprendre à dépasser nos conflits revient à nous mettre à l’écoute de Dieu. C’est lui le juge de paix dans nos communautés ; c’est lui qui nous montrera où est le vrai, le bon, le juste. C’est lui aussi qui nous donnera de nous écouter en vérité. Il ne s’agit pas, entre deux camps, de définir qui dit vrai, qui dit faux ; il s’agit de reconnaître où Dieu veut nous conduire et le suivre, lui. Ainsi l’unité de la communauté croyante sera préservée, parce que c’est bien Dieu qui la mène et non les hommes qu’il choisit. Devant les choix que nous aurons à faire pour l’avenir de nos communautés, laissons nos préférences, nos idées toutes faites et bien arrêtées, et écoutons ce que l’Esprit dit aux Eglises. Nous pourrons alors maintenir l’unité de nos communautés et dire en vérité à notre tour : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… Amen.

samedi 7 mai 2022

4ème dimanche de Pâques C - 08 mai 2022

 Faire route avec les disciples pour devenir missionnaires.



(Paul et Barnabé, fondateurs d'Eglise, 
Source internet : B.8. Retour à Antioche - Saint Paul apôtre (paroisse-immaculee-conception.fr)




A suivre les Apôtres durant le temps pascal, il devient vite évident qu’il est impossible de devenir chrétien juste pour soi. Depuis Pâques, nous avons vu comment les Apôtres eux-mêmes se sont lentement faits à la radicale nouveauté de la résurrection du Christ et de ce que cet événement allait changer en eux. C’est toute leur vie qui s’en trouve bouleversée, et par-delà, la vie de tous les hommes. Nous l’avions constaté dès le jour de Pâques dans l’extrait de la prédication de Pierre chez le centurion Corneille. Si nous reprenons le chemin parcouru depuis Pâques, nous devons nous rendre à l’évidence aujourd’hui : l’événement de Pâques ne nous fait pas seulement découvrir que l’impossible devient possible ; l’événement de Pâques ne nous propose pas seulement de nous attacher à ce Christ, vainqueur de la mort ; l’événement de Pâques ne nous demande pas seulement de témoigner du Christ vivant auprès de ceux qui ont du mal à entrer dans cette nouveauté ou qui la refuse. Non, l’événement de Pâques nous pousse à devenir missionnaire, réellement. Christ ne ressuscite pas pour que je le garde pour moi, mais bien pour que je l’annonce par ma vie et par mes mots à tous les hommes, qu’ils soient de mon clan, de ma religion ou pas. 

Voyez Paul et Barnabé. Nous les croisons lors de leur premier voyage missionnaire. Ils arrivent à Antioche de Pisidie et selon leur habitude, le jour du sabbat, ils entrèrent dans la synagogue et prirent place. C’est ce qu’ils ont toujours faits ; c’est ce qu’ont fait tous les premiers chrétiens, Pierre et les autres en tête. Issus du milieu Juif, ils annoncent Jésus, mort et ressuscité, à leurs coreligionnaires, en leur montrant comment Jésus, par sa mort et sa résurrection, accomplit les promesses faites par Dieu à leurs Pères dans la foi. Et nous voyons bien, ici à Antioche, qu’ils ne cherchent pas à les détourner de leur foi juive : Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester attachés à la grâce de Dieu. Ni Paul, ni Barnabé, ni Pierre, ni aucun autre disciple du Seigneur, n’a l’impression d’avoir changé de religion en proclamant que Christ, celui qui était mort, est désormais vivant, auprès de Dieu. Pour eux, c’est l’accomplissement normal de leur foi initiale. Le Dieu des Pères a (enfin) accompli les promesses faites depuis Abraham, Moïse et les Prophètes. Le problème, si problème il y a, ne vient donc pas d’eux, mais bien de certains auditeurs. Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient. C’est comme si aujourd’hui, ceux qui se plaignent de nos églises vides le dimanche, entraient en colère si, à l’occasion de la venue d’un prédicateur brillant, les églises devenaient d’un coup, trop petites ! Et Paul est le mieux placé pour leur répondre. Souvenez-vous qu’il n’y a pas si longtemps encore, il s’excitait lui-même contre ceux qu’il qualifiait de secte dangereuse pour la pureté de la foi juive. Entre ces jours sombres où il poursuivait les adeptes de cette nouvelle voie et ce jour à la synagogue d’Antioche de Pisidie, il y a sa rencontre personnelle avec le Christ sur la route vers Damas. Cette rencontre était nécessaire et décisive pour qu’il comprenne l’accomplissement du projet de Dieu pour les hommes en son Fils Jésus, mort et ressuscité. 

Devant l’opposition des Juifs d’Antioche, Paul se rend compte de la nécessité de la mission. Elle ne saurait être arrêtée ou entravée par une quelconque opposition. Paul l’explique lui-même ainsi : C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Si vous relisez les douze chapitres précédents du livre des Actes, vous constaterez par vous-mêmes que c’est ce que les Apôtres ont toujours fait jusqu’à présent : annoncer le Christ ressuscité à leurs frères dans la foi juive. Mais, poursuit Paul, puisque vous la rejetez (…) nous nous tournons vers les nations païennes. Le message de la résurrection est tellement important que, si ceux à qui il était destiné au départ n’en veulent pas, il faut le passer à d’autres. Aucun disciple de Jésus, ayant fait l’expérience du Christ ressuscité, ne peut garder cette nouvelle pour lui, quand bien même ceux à qui ce message était destiné, n’en veulent pas. Il faut le transmettre, à tout prix. Et Paul de préciser pourquoi il va désormais agir ainsi : C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. La raison de l’impérieuse nécessité de la mission n’est pas philosophique ; elle n’est pas davantage une espèce de punition ou de vengeance (tu n’en veux pas, c’est pas grave je donnerai à un autre) ; non, la raison est théologique : c’est la réponse normale à l’ordre de Dieu lui-même. Le salut, que le Christ réalise par sa mort et sa résurrection, est pour tous les hommes ; Israël, dès le départ, a été voulu par Dieu comme son peuple particulier, non pas pour qu’il confisque Dieu à son seul profit, mais pour que toutes les nations parvienne à sa lumière. 

Ce qui était vrai du temps de Paul, reste vrai pour nous aujourd’hui. Le pape François n’a cessé de le rappeler depuis son élection. Pour reprendre son vocabulaire : nous devons aller aux périphéries. Sa demande ne s’adresse pas aux prêtres seulement, mais à toute l’Eglise, c'est-à-dire à chaque baptisé. Aucun de nous ne peut faire l’économie d’une démarche missionnaire authentique. Il ne s’agit pas comme Paul de parcourir le monde ; il s’agit de commencer dans sa famille, dans son quartier, auprès des hommes et des femmes que nous croisons. Et si l’art de la prédication n’est pas donné à tout le monde, l’art de vivre chrétien est notre lot commun. C’est d’abord par notre vie, par notre qualité de relation avec tous, que nous serons missionnaires, ou pas ! Avec les Apôtres, devenons missionnaires pour que le monde croit que Dieu veut le meilleur pour lui. Alors à nouveau les hommes seront dans la joie et rendront gloire à la parole du Seigneur. Amen.

samedi 30 avril 2022

3ème dimanche de Pâques C - 01er mai 2022

 Faire route avec les disciples pour témoigner du Ressuscité.




(Saint Pierre devant le grand prêtre, détail vitrail de la cathédrale de Troyes)


        Ils sont étonnants, non, les Apôtres que Luc nous dépeint dans son second livre. Ils sont étonnants, parce qu’ils sont transformés, profondément. Quand on se souvient de ceux qui étaient enfermés à double tour au soir de Pâques, et qu’on les voit aujourd’hui, rentrant chez eux tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus, on peut avoir quelque peine à croire que ce sont les mêmes. Et pourtant, ce sont bien eux, avec à leur tête Pierre, celui qui avait renié, et qui maintenant proclame que le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus. Ceux qui veulent une preuve de la résurrection de Jésus n’ont qu’à se plonger dans la lecture des Actes des Apôtres pour reconnaître dans leur agir, dans leur art de vivre la présence de Jésus ressuscité. Quand cette expérience de la rencontre vraie avec le Ressuscité est faite, rien n’est plus comme avant dans une vie. Tout est changé, tout est bouleversé. 

            Regardez Pierre et les disciples. Lorsque nous les croisons, dans leur barque entrain de pêcher, ils ont déjà fait cette expérience, cette rencontre avec Jésus ressuscité. Souvenez-vous de l’évangile de dimanche dernier. Les Onze restant ont eu droit à une apparition de Jésus. Le doute n’est plus permis pour eux. Ils ne mesurent sans doute pas encore toutes les conséquences de cet acte inédit de quelqu’un qui était mort et qui maintenant est pleinement, réellement vivant. Mais nous sentons déjà plus de légèreté dans leur vie, le retour de la joie qu’ils avaient complètement perdue après la mort de Jésus. Ils sont bien, là dans leur barque, même s’ils n’ont rien pris. Une sortie entre amis fait toujours du bien. Au petit matin, lorsque quelqu’un les interpelle depuis la rive, ils ne reconnaissent pas Jésus. Mais ils vont obéir à cet homme qui leur dit de relancer le filet. Le résultat ne se fait pas attendre : le filet est débordant. C’est le signe qu’il leur fallait pour reconnaître Jésus qui les attend sur le rivage. La joie du repas qui suit doit être plus grande encore. 

            Ce qui suit le repas n’est pas moins intéressant : une rencontre au sommet, pourrait-on dire : Jésus et Pierre en face-à-face avec une question trois fois posée : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? Il fallait bien cela pour faire écho à la question trois fois posée à Pierre au moment de son procès : N’es-tu pas l’un des siens ? Trois affirmations de l’amour de Pierre pour Jésus pour effacer les trois négations de cet amour. Et une invitation pour finir : Suis-moi ! Celui qui avait renié, est refait disciple, avec une conséquence nouvelle. Si avant la passion, suivre Jésus signifiait marcher avec lui, désormais suivre Jésus, c’est le suivre sur le chemin de la passion. Une passion totale pour Dieu, une passion totale pour l’homme, sans oublier cette passion qui fait souffrir et mourir pour celui qu’on aime. Pierre et les autres en font l’expérience plus d’une fois. Mais nous l’avons vu dans les Actes, même le fouet ne peut faire taire ceux qui ont ainsi été transformés par la radicale nouveauté de la résurrection. Quand vous prenez conscience que la vie est plus forte que la mort, rien ne vous fait peur, rien ne vous arrête. 

            Aujourd’hui encore, nous pouvons (et nous devons) choisir de vivre de cette puissance de vie qui est en Jésus, mort et ressuscité. Nous le faisons potentiellement depuis notre baptême qui nous rend apte à vivre comme Jésus, entièrement donnés à Dieu et aux hommes. Mais nous savons aussi qu’il y a des jours où il est plus difficile de déployer cet art de vivre si particulier, cet art de vivre propre à ceux qui croient en Jésus. Nous savons aussi qu’il est difficile de témoigner de lui dans un monde qui ne tient plus Jésus pour véridique. Dans ces moments-là, n’hésitons pas à revenir aux Actes des Apôtres ; n’hésitons pas à suivre à nouveau Pierre et les autres, non seulement pour marcher à la suite du Ressuscité, non seulement pour vivre du ressuscité ; non, suivons-les aussi pour témoigner à nouveau que Jésus, celui qui était mort, est désormais vivant dans la gloire de Dieu. Le Christ n’est pas ressuscité pour nous seuls ; le Christ est ressuscité pour toute l’humanité. Le Christ n’est pas ressuscité pour que nous le gardions bien enfermé dans un tabernacle ; il est ressuscité pour que nous le fassions connaître à tous les hommes répandus à la surface de la terre. Le Christ n’est pas ressuscité pour faire la joie de ceux qui croient en lui ; il est ressuscité pour être la joie de toute l’humanité. Si nous le taisons, comment le monde croira-t-il l’incroyable ? Si nous le taisons, comment le monde se convertira-t-il à l’amour plus fort que tout ? Si nous le taisons, comment le monde vivra-t-il de cette vie qui ne finit pas en Jésus ? Lorsque nous proclamerons notre foi dans un instant, prenons la ferme résolution de marcher à la suite des disciples pour témoigner du Ressuscité. Prenons notre foi au sérieux pour que le monde nous prenne au sérieux. Prenons notre foi au sérieux pour que le monde prenne le Christ vivant au sérieux. Amen.

dimanche 24 avril 2022

 Faire route avec les disciples pour nous attacher au Ressuscité.



(Jésus ressuscité et Thomas, Source internet)




        Si vous avez été attentifs durant notre temps de carême, vous aurez remarqué que nous vous invitions à suivre Jésus qui marchait vers sa Pâque. Maintenant que ce grand passage de la mort vers la Vie est accompli, nous vous invitons à suivre les disciples, premiers témoins de la résurrection, pour entrer avec eux dans cette radicale nouveauté de Jésus, celui qui était mort et que nous proclamons désormais vivant, auprès de Dieu. En ce deuxième dimanche de Pâques, nous voulons suivre les disciples pour nous attacher au Ressuscité. 

            A l’écoute de l’évangile, nous pouvons comprendre que cela ne sera pas simple, parce que cette nouvelle de la résurrection, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a du mal à rentrer dans nos têtes. Les sondages liés aux élections nationales nous ont évité le traditionnel sondage pascal sur ce en quoi croient les chrétiens aujourd’hui et le désastreux constat que nous sommes de moins en moins nombreux à croire en la résurrection. J’en suis personnellement désolé, mais un chrétien qui ne croit plus à la résurrection n’est plus vraiment chrétien. Paul l’affirmait déjà aux chrétiens de Corinthe dans sa première lettre : Si le Christ n'est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu. Contrairement à ce que nous pourrions croire, ce n’est pas plus évident aujourd’hui, après vingt siècles de christianisme, de croire en la résurrection, que cela ne l’était au commencement, au lendemain de Pâques. Voyez les disciples dans l’évangile de Jean de ce dimanche. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, c'est-à-dire au soir de Pâques, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Depuis le matin de ce même jour, différents témoins, à commencer par les femmes de leur groupe, n’ont cessé de rapporter aux disciples la nouvelle d’un tombeau vide, de messagers qui disaient qu’il était vivant, que la mort n’avait pas eu raison de Jésus, et malgré tout, les disciples sont encore enfermés, plongés dans la peur. Pire, alors que ce soir-là ils reçoivent du Ressuscité sa paix et l’Esprit Saint, alors que pendant toute la semaine je les imagine bien ne cesser de raconter à Thomas qu’ils ont vu le Seigneur alors que lui était absent, huit jours plus tard, ils sont encore dans une maison dont les portes étaient verrouillées. Et les prédicateurs osent taxer Thomas seul d’incroyant, de disciple qui a besoin de voir pour croire ? Si les autres y croyaient autant après avoir vu Jésus, reçu sa paix et son Esprit Saint, pourquoi s’enfermer encore ? Non, la foi en la résurrection n’est pas quelque chose de facile à admettre ; cela ne l’a jamais été, cela ne le sera jamais. Et pourtant, ce sont ces disciples, peureux, ayant du mal à croire les femmes qui au petit matin s’étaient rendues au tombeau, ce sont ces disciples que nous devons suivre, c’est par ces disciples que la foi s’est lentement mais sûrement répandue d’abord à Jérusalem, puis dans le vaste monde romain. 

            Les Actes des Apôtres que nous lisons alors chaque année au temps de Pâques, nous permettent heureusement de comprendre ce que vit cette jeune communauté, née des disciples et du don de l’Esprit Saint. Ils nous permettent de comprendre que le témoignage des Apôtres, conjugué par la puissance de l’Esprit Saint, rend crédible ce message concernant Jésus, celui qui était mort, et qui maintenant est vivant. Ce qui frappe, à la lecture de ce livre si particulier mais tellement important, c’est que la foi se répand par la prédication certes, mais aussi par les signes que posent les Apôtres. Ces signes, ce sont bien sûr des guérisons, mais plus fondamentalement, un art de vivre que développent les Apôtres. Nous avons une trace de cela dans cette affirmation : tout le peuple faisait leur éloge. Après ce qui était arrivé à leur Seigneur et Maître, après la peur qui a été la leur et dont l’évangile s’était fait l’écho, voilà qu’ils ont pris leur courage à deux mains et ont montré ce que cela changeait dans une vie d’homme que de s’attacher au Ressuscité, de croire en lui sans même comprendre comment cela a pu se passer. Personne ne s’attache seulement à Jésus par goût du spectaculaire, pour une guérison obtenue. Quand votre médecin vous guérit, vous ne vous mettez pas à marcher derrière lui et à ne jurer plus que par lui. Quand quelqu’un se met à suivre Jésus, c’est parce que Jésus a changé sa vie ; si quelqu’un reste fidèle à sa foi, c’est aussi à cause du témoignage de la communauté à laquelle il appartient, à cause ce que vit cette communauté à laquelle il appartient désormais, puisque personne ne peut être chrétien tout seul. Il y a là, pour nous, pour chacun de nous, une grande responsabilité. 

            Baptisés, nous sommes aujourd’hui disciples du Seigneur ; nous sommes ceux qui peuvent donner le goût ou le dégoût de Jésus. Nous sommes ceux qui, par notre manière de vivre et notre manière de croire, peuvent donner envie de suivre Jésus. Si ce dimanche est appelé dimanche de la miséricorde, c’est d’abord parce que l’Eglise a conscience que c’est bien dans la mort et la résurrection de Jésus que Dieu nous fait miséricorde et nous sauve. C’est son Esprit Saint qui nous donne le courage de le suivre et vivre selon son enseignement. Mais il est aussi dimanche de la miséricorde pour nous rappeler que nous sommes invités à la miséricorde les uns envers les autres. Comment imaginer être sauvés radicalement et gratuitement sans faire miséricorde à notre tour à celles et ceux que Dieu met sur notre route ? La miséricorde, c’est le début de cet art de vivre que nous devons développer pour que ceux qui ne connaissent pas encore le Ressuscité puissent le découvrir et s’attacher à lui à leur tour. Soyons des passeurs du Ressuscité, des passeurs de sa miséricorde. Amen.