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samedi 28 mars 2026

Dimanche des Rameaux et de la Passion - 29 mars 2026

 Vivre la Semaine Sainte.



(Arcabas, Jésus entre à Jérusalem)




 


            Nous arrivons, avec ce dimanche des Rameaux au bout de notre chemin vers Pâques. Une ultime semaine, appelée Semaine Sainte, nous sépare de Pâques ; elle est la semaine qui nous fait revivre chaque année le cœur de notre foi. Elle est la semaine de toutes les semaines : semaine de toutes les confusions, semaine de tous les dangers, semaine de toutes les surprises, semaine des plus grands signes de Jésus, semaine de tous les accomplissements. Comme le souligne Matthieu dans l’évangile de ce dimanche : Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le(s) prophète(s).

            Il y a une chose qui peut surprendre le lecteur attentif des évangiles. C’est le fait que Jésus, qui a souvent recommandé à ses disciples de se taire et d’être discrets au sujet de ce qu’ils ont vu, laisse soudain tout faire, comme si cela n’avait plus d’importance que la foule se trompe ou se méprenne sur lui. Il ne la corrige pas plus aujourd’hui quand elle l’acclame comme celui qui vient au nom du Seigneur, imaginant déjà pour un grand nombre la fin de l’occupation romaine, qu’il ne le fera le Vendredi Saint lorsqu’elle réclamera sa mort en vociférant : Crucifie-le ! le réduisant au rang d’un malfaiteur. La seule chose qui semble compter pour lui, c’est que rien ne le détourne de sa mission ultime, sauver le genre humain, même si cela se fera au prix de sa propre vie.

            Ce dimanche a ceci de particulier qu’il réunit en une célébration ce que certains appelleraient l’heure de gloire de Jésus, quand la foule, ivre de joie, l’acclame, et la première lecture de la Passion de Jésus, réduisant à néant la joie qui fut nôtre au début de notre rassemblement. Le titre exact de ce jour est Dimanche des Rameaux et de la Passion. La grande confusion de la foule ne doit pas devenir notre propre confusion. Avec le recul du temps, nous avons la vue complète sur l’histoire qui commence aujourd’hui et qui s’achèvera dans la nuit de Pâques. Nous avons raison, plus que la foule, d’acclamer Jésus comme  fils de David, parce que nous savons déjà ce qu’elle ignore encore, à savoir la manière dont Jésus va manifester cette royauté. Mais ne considérons pas cela comme un avantage. En effet, connaître la fin réelle de l’histoire peut nous empêcher d’y entrer vraiment et de nous précipiter déjà vers la fin, en romantisant ce qui va se passer entre l’acclamation des Rameaux et la reconnaissance du Ressuscité. Le dernier repas de Jésus, le reniement de Pierre, la trahison de Judas, le procès de Jésus et sa mort en croix ne sont pas des détails de l’Histoire. Ils sont les passages obligés pour que s’accomplissent les Ecritures. Ils rendent le chemin que Jésus doit parcourir terrible et difficile. Plus que jamais, il va assumer son humanité jusque dans ce qu’elle a de plus terrible ; plus que jamais, il va devoir assumer aussi sa divinité et la manière précise par laquelle il va sauver notre humanité. Et ne croyons pas que, parce qu’il est Dieu, cela était facile pour lui. La Semaine Sainte n’est une partie de plaisir pour personne : ni pour Jésus, ni pour ses disciples dont nous sommes. Notre joie du matin de Pâques ne sera réelle et forte que si nous vivons d’abord, avec Marie et les disciples, la détresse réelle de contempler Jésus, mort en croix.

            Au cours de cette semaine, ne suivons donc pas Jésus de loin, détachés de tout ce qui lui arrive. Vivons-la au contraire  au côté Judas qui l’avait livré et fut pris de remords ; vivons-la au côté de ses disciples qui l’abandonnèrent et s’enfuirent ; vivons-la au côté de Pierre qui a pris peur et a renié Jésus ; vivons-la au côté de Barrabas qui doit sa libération à la condamnation de Jésus ; vivons-la au côté de Pilate qui n’a pas le courage de la vérité ;  vivons-là aux côtés de Simon de Cyrène qui a porté la croix de Jésus ; vivons-la au côté du centurion et ceux qui, avec lui gardaient Jésus et dirent : Vraiment celui-ci était Fils de Dieu ! vivons-la au côté de Marie sa Mère qui connaît la douleur de perdre son fils ; vivons-la au côté de Joseph d’Arimathie qui a demandé le corps de Jésus et l’a déposé dans un tombeau neuf. Vivons-la avec toutes les émotions dont notre humanité est capable, les pires comme les meilleures. Prenons la pleine mesure de ces événements et nous prendrons la pleine mesure de l’amour dont Dieu nous aime. Amen.

samedi 12 avril 2025

Dimanche des Rameaux et de la Passion C - 13 avril 2025

 Au cœur de toute vie chrétienne, il y a Jésus, « Celui qui vient au nom du Seigneur ».




(image trouvée sur internet)




Nous inaugurons, en ce dimanche, la dernière semaine du temps de Carême, la grande semaine sainte, qui nous donnera de vivre les grands moments de la fin de la vie terrestre de Jésus. Ce sera l’occasion pour nous de nous unir quotidiennement davantage à celui qui est au cœur de notre foi, Jésus, celui qui vient au nom du Seigneur. En ce premier jour de la semaine, nous avons comme un résumé de toute la semaine à venir, riche en émotions, en rebondissements et en occasion de se prononcer personnellement : suis-je proche de Jésus ou pas ? Est-ce que je le reconnais pour ce qu’il est ou est-ce que je veux un Jésus à ma façon, à ma portée. 

Tout commence plutôt bien, l’évangile proclamé en introduction de la célébration s’en est fait l’écho. Jésus entre à Jérusalem, acclamée par les foules présentes dans la ville pour les fêtes de la Pâque juive. Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! Est-ce vraiment ce que croit cette foule ou quelqu’un a-t-il lancé la phrase reprise ensuite par la foule comme un seul homme ? L’effet de groupe peut avoir ce résultat. Remarquons que Jésus ne s’en offusque pas ! Et à ceux qui lui demandent d’intervenir fermement – Réprimande tes disciples – il répond : Si eux se taisent, les pierres crieront. La vérité sur Jésus, sur son rapport à Dieu, ne peut plus être cachée maintenant. Son heure est venue ; cette semaine qui s’ouvre n’en marque que les premiers instants. A ceux qui, malgré les signes et les enseignements de Jésus, ont voulu rester aveugles et sourds, il est dit clairement et publiquement qu’ils ont eu tort. Le moment est venu où la vérité ne peut plus être tue. La foule, sans doute sans mesurer pleinement les implications de son chant, proclame qui est Jésus réellement : celui qui vient au nom du Seigneur Dieu. Avec la foule, nous pouvons nous réjouir ; avec la foule, nous pouvons acclamer Jésus qui entre à Jérusalem.

Si tout commence bien, il nous faut reconnaître aussi que tout fini mal. La liturgie de ce dimanche ne nous laisse pas sur cette liesse populaire. Elle nous montre aussi comment la même foule va, quelques jours plus tard, appeler à la mort de celui qu’elle vient d’acclamer. Elle change vite d’opinion, la foule ; c’est même sa plus grande caractéristique. Elle est manipulable, prête à croire n’importe quelle pseudo vérité proclamée par le plus fort en gueule, plutôt que de se rallier à celui qui est la vérité. C’était vrai jadis, c’est encore pire aujourd’hui, à l’heure des influenceurs multiples sur les réseaux sociaux. Les tweets ont remplacé les cris, mais le principe est le même. Celui qui parle le plus fort supprime ce qui n’est pas conforme à sa pensée ; il ne laisse plus l’autre exister ; tout le monde doit penser pareil. 

Est-ce que cela change Jésus ? Est-ce que cela change qui il est ? Non, il est et sera pour toujours celui qui vient au nom du Seigneur. De même qu’il ne se laisse pas embarquer lors de son entrée à Jérusalem à réclamer une royauté que pourtant la foule lui reconnaît, de même il ne criera pas au scandale ou au complot quand ses adversaires connaîtront leur heure et viendront l’arrêter, le juger, le condamner et l’exécuter. Jésus n’est pas venu pour être populaire ; il n’est pas venu pour plaire ; il est venu pour faire ce pour quoi son Père l’a envoyé : sauver le monde de la mort et du péché en offrant sa vie en sacrifice d’expiation. Nous ne pourrons jamais faire l’impasse sur cette réalité. Jésus n’est pas venu pour ressusciter ; il est venu pour offrir sa vie pour le salut du monde. La résurrection, c’est l’acte de Dieu qui valide le don de son Fils unique et l’établit comme Christ et Seigneur pour toute éternité. C’est la manière de Dieu le Père de dire à son Fils : Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.  Ou encore de lui dire : Serviteur bon et fidèle, entre dans ma joie. Ceux qui attendaient un signe de Dieu au moment du procès ou de la crucifixion pour mettre un terme à ce procès d’opérette, vont découvrir qu’après l’heure de Jésus et après l’heure des adversaires de Jésus, il y a l’heure de Dieu, et cette heure ne finit pas ; et cette heure ne sera suivit d’aucune autre heure. En validant l’œuvre de son Fils par sa résurrection, Dieu étend ce salut à tous ceux qui désormais croiront que Jésus est celui qui est venu en son nom. Nous participons à cette heure de Dieu chaque fois que nous nous battons pour plus de vie ; nous participons à cette heure de Dieu quand nous nous battons pour plus de justice, plus de fraternité, plus de paix à cause de Jésus, venu offrir le salut au monde. 

Au cœur de toute vie chrétienne, il y a Jésus, celui qui est venu au nom du Seigneur. Au cœur de toute vie chrétienne, il y a cette exigence d’approfondir notre connaissance du Christ ; je rappelle à toutes fins utiles que, dans la bible, connaître, c’est déjà aimer. Notre grande semaine sainte veut nous amener à ceci : un plus grand amour de Jésus parce que nous connaîtrons mieux son œuvre de salut pour nous, collectivement et individuellement. Que nous le suivions de loin ou que nous le suivions de plus près, la seule chose qui compte en cette semaine, c’est de le suivre et de comprendre que Jésus ne sera jamais Dieu à notre manière, mais à la manière de celui qui l’a envoyé. Heureusement pour nous ! Amen. 



dimanche 2 avril 2023

Dimanche des Rameaux et de la Passion A - 02 avril 2023

 Jésus, un imposteur ?



(Tableau de Sieger KÖDER, Jésus est condamné)




            Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : « Trois jours après, je ressusciterai. » Alors donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : « Il est ressuscité d’entre les morts. » Cette dernière imposture serait pire que la première. Voyez comme l’humanité en veut toujours plus, éternelle insatisfaite qu’elle est ! Voyez comme les ennemis de Jésus sont si peu sûrs d’eux qu’ils vont déjà essayer d’empêcher Dieu de jouer le coup d’après, celui pour lequel tout ce que nous venons d’entendre était devenu nécessaire. 

            Parce que la résurrection de Jésus est le cœur de la foi des chrétiens, et qu’elle ne peut donc se démontrer, il y aura, heureusement, toujours la possibilité pour l’homme de refuser d’y croire. Mais faut-il pour autant prendre toutes ces précautions ? Nous avons vu les disciples de Jésus l’abandonner au moment de son arrestation. Pierre, qui suivait de loin, s’est empressé de le renier. Et chez Matthieu, il n’y a personne d’autre que des soldats au pied de la croix : de nombreuses femmes observaient de loin la mort de Jésus. Les grands-prêtres et les pharisiens n’ont rien à craindre d’elles ni des disciples, rien à craindre d’un vol hypothétique d’un cadavre. La Passion selon l’Evangile de Matthieu montre bien, me semble-t-il, que les disciples ont moins bien compris les annonces de la résurrection faites par Jésus de son vivant que les grands prêtres et les pharisiens. Les amis de Jésus ont tous fui, il meurt seul, abandonné, humilié, moqué par tous, y compris par les bandits crucifiés avec lui. Chez Matthieu, Jean et Marie ne sont pas près de la croix ; chez Matthieu, pas de bon larron pour ouvrir à une espérance en la vie plus forte que la mort. Non, chez Matthieu, ceux qui introduisent cette espérance, ce sont paradoxalement ceux qui ont voulu se débarrasser de lui. Il ne faudrait pas que les gens puissent croire que nous nous sommes trompés. Il ne faudrait pas que les gens puissent dire un jour : il est ressuscité. Il ne faudrait pas que le peuple croie que Dieu est plus fort que la mort et que celui-ci était bien son Fils. Plongés dans les ténèbres de l’ignorance, de l’aveuglement, du péché, ceux qui ont tout fait pour faire mourir Jésus, veulent se rassurer eux-mêmes d’abord : nous en sommes enfin débarrassés ! J’entends cette demande de garde comme l’ultime acte de défiance envers Dieu : qu’il vienne, s’il ose se frotter à l’armée romaine ! 

            Quand bien même l’humanité cherche à se prémunir de Dieu, il nous faudra toujours nous rendre à l’évidence : nous ne pouvons rien contre lui. Ah, nous pouvons bien refuser de croire, proclamer haut et fort qu’il n’existe pas ; cela ne l’empêche pas, Dieu, de mener son projet de salut pour les hommes à son terme. Dieu est patient avec nous ; tous les grands textes de l’Ancien Testament entendus durant ce carême nous l’ont rappelé. Dieu est puissant ; tous les Evangiles entendus durant ce carême nous l’ont démontré. Dieu est têtu ; l’histoire de tant d’hommes et de femmes que Dieu a entrainés à sa suite, nous le redisent à travers les âges. J’ai pu le vérifier il y a quelques années, lorsque curé dans la périphérie de Strasbourg, une maman est venue, dépitée, demander le baptême pour sa fille de huit ans. Comprenez, me disait-elle, nous avons tout fait pour que ce jour n’arrive pas, mais cela fait trois ans qu’elle nous casse les oreilles avec sa demande de baptême : mon mari et moi rendons les armes ; qu’elle soit baptisée puisqu’elle y tient ! Vous pourrez tous les garde-fous possibles et imaginables ; quand Dieu entre dans la vie de quelqu’un, ce ne sont que pailles et poussière ; ils disparaissent quand souffle le vent de l’Esprit. Vous pouvez enfermer Jésus dans le tombeau de votre mémoire ; il en sortira toujours. Vous pouvez essayer d’empêcher Dieu de réaliser son projet de salut, projet de vie pour tous les hommes ; vous échouerez toujours. Personne ne peut enfermer Jésus dans un tombeau ; la mort elle-même a échoué. Ne faites donc pas comme les grands prêtres et les pharisiens ; ne cherchez pas quel est le moyen le plus sûr d’éviter Dieu ! Si vous ne croyez pas en lui, si vous ne croyez pas en son projet de salut pour vous, soit, vous en avez le droit. Mais ce n’est pas Jésus que vous enfermez dans un tombeau sous bonne garde ; c’est vous-mêmes qui vous enfermez dans le tombeau de l’ignorance et du refus de Dieu, dans le tombeau du refus de la vie et de l’amour que Dieu veut pour vous. 

            Jésus n’est pas un imposteur ; ce qu’il a dit, il le fera. Ce ne sont pas quelques gardes qui vont l’en empêcher. Les imposteurs sont ceux qui ont ourdi ce procès ; les imposteurs sont ceux qui ont refusé que la vie triomphe. Les imposteurs sont ceux qui cherchent comment se prémunir de l’œuvre de Dieu. Les disciples qui ont accompagné Jésus durant son ministère savent au fond d’eux-mêmes qui est Jésus, même si les événements de la Passion les ont plongés dans la peur. Les foules qui ont acclamé Jésus quand il est arrivé à Jérusalem avaient compris qui est Jésus, sinon elles ne l’auraient pas accompagné en criant : Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Le centurion et ses hommes qui gardaient Jésus, ont fini par reconnaître, à la mort de Jésus que vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! Nous pourrons bien crier à l’imposteur avec les grands prêtres et les pharisiens ; soyons juste conscients que ce n’est pas sur lui, mais sur nous, que nous refermerons le tombeau de l’ignorance, le tombeau du refus de la présence de Dieu dans notre vie. 

            Parce que Dieu nous aime et qu’il veut votre salut, il nous offre à nouveau cette semaine sainte pour revivre les derniers instants marquant de la vie de Jésus. De son entrée triomphale à Jérusalem à sa mort en croix, en passant par son dernier repas, tout nous est révélé à nouveau pour que nous puissions, au matin de Pâques entrer, ou non, dans la joie renouvelée d’une vie plus forte que la mort. A nous de revivre ces événements avec Jésus pour pouvoir nous prononcer en vérité sur Lui au matin de Pâques. Prenons le temps de cette route ultime ; prenons le temps que Dieu nous offre ; n’en ratons rien ; il y va de notre vie. Amen.

samedi 9 avril 2022

Dimanche des Rameaux C - 10 avril 2022

 Faire route avec Jésus et reconnaître en lui Celui qui vient au nom du Seigneur.



(Gustave Doré, L'entrée à Jérusalem)




            Armés des seules armes de la prière, du jeûne et de la charité, nous avons choisi, au long de ce carême, de faire route avec Jésus pour mieux le connaître, mieux l’écouter, pour apprendre de lui la joie et le pardon et avec lui, être capables d’affronter le Mal. Cette route de carême nous mène à ce dimanche, à cette semaine si particulière qui nous permettra, presque jour par jour, de revivre avec Jésus les derniers moments de sa vie. en ce dimanche des Rameaux, nous ont été donnés d’entendre deux passages de l’évangile de Luc : l’entrée solennelle du Christ à Jérusalem et les événements qui ont conduit à sa Passion, accomplissement de sa mission, Heure pour laquelle il est entré dans le monde. Forts de tout ce que nous avons découvert durant ces semaines de préparation, nous pouvons encore faire route avec Jésus pour mieux entrer encore dans ce mystère de l’amour qui se donne jusqu’au don de la vie et reconnaître en Jésus Celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Je vous propose trois modèles pour parvenir à cette reconnaissance. 

            Le premier modèle, ce sont d’évidence les disciples de Jésus, pas uniquement les Douze qui d’ordinaire l’accompagnent, mais la foule des disciples, remplie de joie qui disaient : Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! Dans l’évangile, ce ne sont pas tous les habitants de Jérusalem qui acclament le Christ, mais seulement ses disciples, nombreux à Jérusalem pour les fêtes de la Pâque. Comment en sont-ils arrivés à proclamer ainsi que Jésus est le Messie attendu ? En faisant le chemin que nous avons fait durant cinq semaines. Certains d’entre eux l’ont fait depuis plus longtemps, d’autres sont peut-être des disciples récents, mais tous, à la vue des signes, à l’écoute de ses enseignements, ont senti que cet homme-là n’était pas comme les autres, que ce rabbi-là avait un enseignement qui faisait autorité. Nus dirions aujourd’hui qu’il a touché leurs cœurs. Ils ont assemblés les pièces du puzzle, ils ont comparé ce qu’ils ont vu et entendu avec ce que les prophètes avaient annoncé, et ils en ont tiré l’unique conclusion possible. S’il fait parler les muets, marcher les paralysés, voir les aveugles, entendre les sourds et ressusciter les morts, alors il n’y a pas de doute, c’est lui. C’est toujours encore cet itinéraire qui est proposé à ceux qui veulent devenir disciples et prendre au sérieux la Parole de Dieu : venir à la suite de Jésus et voir, comprendre par eux-mêmes ce qui se joue quand Jésus entre dans la vie de quelqu’un. 

            Le deuxième modèle, c’est Paul, qui nous expliquait avec un peu plus de hauteur le mystère de notre salut qui s’accomplit dans ce double mouvement de l’incarnation de Jésus dans notre humanité et de la rédemption offerte par l’offrande de sa vie sur la croix. Dans ce bel hymne aux Philippiens, il condense pour les croyants tout ce qu’il y a à savoir et à retenir sur Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Voyez la prévenance de Dieu qui offre son Fils ; voyez l’amour de ce Fils qui se défait de sa condition divine pour partager notre condition humaine. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. Jésus n’a pas joué à être homme ; notre condition humaine, il l’assume jusqu’au bout, jusqu’à la mort, si abominable soit-elle. Nous avons là la trace de quelqu’un qui a réfléchi longuement au sens de ces événements que nous revivrons cette semaine. C’est un pasteur qui parle, un pasteur qui ne veut pas que ceux qui découvrent le Christ à travers le témoignage des autres, ne soient découragés quand vient le temps de la Passion. Ce que nous allons revivre, ce n’est pas un enchainement malheureux de circonstances malheureuses menant à la mort d’un homme innocent ; ce que nous allons revivre, c’est la force du mystère d’amour du Père qui veut sauver sa création par l’obéissance absolue de son Fils qui se livre pour l’accomplissement plein et entier de ce projet. Quand Dieu sauve l’homme, il ne le fait pas de l’extérieur, mais de l’intérieur même de notre humanité, par ce Fils qu’il a offert aux hommes. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : ‘Jésus Christ est Seigneur’ à la gloire de Dieu le Père. Une invitation à voir au-delà des événements, à entrer dans le projet global de Dieu. Les événements dont nos évangiles se sont faits l’écho, ne sont qu’un moment de ce projet. Nous devons garder confiance au pied de la croix. Nous n’avons pas fait tout ce chemin à la suite du Christ pour le voir mort ; nous n’avons pas fait tout ce chemin pour rien. Nous ne sommes pas devenus chrétiens en vain. 

            Curieusement, c’est le troisième modèle qui, bien que n’ayant pas connaissance de la totalité de ce projet expliqué par Paul, le confirme en le précédant. Ce troisième modèle, c’est celui que la Tradition appelle « le bon larron », et que l’évangile de Luc connaît comme l’un des malfaiteurs suspendus en croix avec Jésus. Nous ne savons pas s’il a entendu parler de Jésus avant d’être arrêté et condamné, mais une chose est sûre : il a fait le même chemin que Jésus, portant lui-aussi sa croix depuis sa cellule jusqu’au Calvaire. Il nous rappelle qu’il est possible aussi de rencontrer le Christ sur le chemin de nos souffrances, sur le chemin de nos égarements, sur le chemin de notre péché. Il nous dit surtout qu’il n’est jamais trop tard pour se convertir et que tant qu’il nous reste un souffle de vie, du plus profond de notre misère, nous pouvons encore crier vers le Christ : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. Et nous goûterons alors, comme lui, la miséricorde infinie de Dieu qui nous répondra : Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. Ce n’est pas juste une parole de consolation pour celui qui affronte la mort ; c’est le rappel de notre destinée : nous sommes faits pour vivre, et pour vivre avec et en Dieu pour toute éternité. 

            Trois modèles, trois itinéraires : celui du disciple qui suit le Christ et en témoigne, celui du disciple qui cherche à réfléchir, à approfondir sa foi et celui de l’homme qui sait qu’il a pu céder au mal, mais qui fait confiance à l’Innocent mis en croix et reconnaît en lui celui qui peut toujours quelque chose pour l’homme, qu’il ait été un disciple convaincu ou un homme perdu, pris dans les filets du mal, pris dans les filets de la souffrance, pris dans les filets de la mort ; il est celui qui confesse en même temps le mal qu'il a fait et l'amour infini de Jésus. Avec ses trois modèles, vivons cette Semaine Sainte et confessons que Jésus est bien Celui qui vient au nom du Seigneur. Amen.

samedi 27 mars 2021

Dimanche des Rameaux B - 28 mars 2021

 Un petit âne suffit pour rendre une vie plus belle ! 



(Reproduction d'une Icône byzantine représentant l'entrée de Jésus à Jérusalem, Collection personnelle)




            Voici donc venu le temps de la grande semaine qui nous mènera à Pâques. Une semaine comme une autre, avec le même nombre de jour, mais une semaine particulière, une Semaine Sainte, qui nous donnera de vivre avec le Christ ses derniers moments de vie terrestre. Une semaine intense, riche en célébrations uniques ; et même si cette année encore la pandémie nous empêche de déployer tous les rites prévus, nous essayerons de la vivre au mieux, nous souvenant que l’an passé, nous en étions privés totalement. 

            Cette semaine si particulière nous invite encore à comprendre comment rendre notre vie plus belle. Et en ce dimanche des rameaux, je voudrais répondre à cette question à partir d’un personnage tout à fait secondaire pour beaucoup d’entre nous, mais qui est pourtant essentiel à mes yeux, car sans lui, l’entrée de Jésus à Jérusalem n’aurait pas eu le même panache. Je veux parler du petit âne dont nous parlait l’évangéliste Marc. Souvenez-vous : Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est en face de vous. Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous dit : ‘Que faites-vous là ? ‘, répondez : ‘Le Seigneur en a besoin, mais il vous le renverra aussitôt.’ »  Cela n’a l’air de rien, mais je trouve que cet épisode du petit âne est fort utile pour notre vie spirituelle. 

            Voyez-vous, il s’agit bien d’un ânon, que personne n’avait encore monté. Il ne sait rien encore de la vie qui l’attend, et pourtant le Seigneur a déjà besoin de lui. Il ne sait encore rien de la vie qui l’attend, mais il est disponible. Ce n’est pas lui qui objecte quand les disciples le détachent ; ce sont les gens autour de lui. Lui se laisse faire et laisse même Jésus être le premier à s’asseoir sur son dos. Sans doute comprend-t-il que Jésus ne lui veut aucun mal. Son premier travail n’est pas un fardeau à déplacer, mais un Dieu à porter. L’ânon est disponible au Seigneur, il est utile au Seigneur. Ne devrions-nous pas être comme lui, éternellement jeune aux yeux du Seigneur, éternellement disponibles pour Lui ? Cet ânon nous invite à nous laisser faire par Jésus, pour que nous puissions porter Jésus aux autres, pour que nous puissions permettre à d’autres d’acclamer celui que nous reconnaissons comme Maître et Seigneur. 

            Je peux même imaginer l’échange qu’il a pu avoir à son retour, avec ses congénères. « Alors, qu’est-ce qu’ils te voulaient ces étrangers ? Rien de particulier. Ils ont mis leurs manteaux sur mon dos et un homme s’est assis dessus. Vous auriez dû voir et entendre la foule. Ils l’ont acclamé comme un roi. Ah, je n’étais pas peu fier ! Les acclamations qui lui ont été adressées ont rendu mon fardeau léger, léger. C’est comme si ces gens m’acclamaient aussi un peu. En acceptant de le laisser me monter, j’ai rendu des gens heureux ! » Oui, sœurs et frères, on peut n’être qu’un petit âne et rendre des gens heureux ! On peut n’être qu’un petit âne, et porter le Christ aux hommes sans même le savoir ! Comme je voudrais être ce petit âne, choisi par Jésus parmi tous les petits ânes de la région, pour le porter sur mon dos. Comme je voudrais être ce petit âne, disponible à Jésus, utile à Jésus, ne serait-ce qu’un seul jour de ma vie. 

            Ce petit âne nous apprend qu’il faut peu de choses pour rendre notre vie plus belle. Juste être disponible et accepter que Jésus entre dans notre vie. Pouvons-nous mieux commencer la Semaine Sainte qu’en nous rendant utiles à Dieu et aux autres qui, à travers nous, peuvent reconnaître en Jésus Celui qui vient au nom du Seigneur ? Je veux bien être comme ce petit âne dont Dieu a besoin pour aller à la rencontre des hommes ; je veux bien être comme ce petit âne pour que Dieu puisse rendre la vie des autres plus belle. Les joies simples font les grands bonheurs. Et notre grand bonheur sera d’être appelé justement pour être pour toujours avec le Seigneur. Si un petit âne y a réussi, pourquoi pas nous ? Amen.

samedi 24 mars 2018

Dimanche des Rameaux B - 25 mars 2018

Mais lui, lâchant le drap, s'enfuit tout nu.






Nous voici donc (déjà !) rendu au dimanche des Rameaux, ce jour qui inaugure la semaine sainte durant laquelle nous accompagnerons Jésus dans les derniers grands gestes de sa vie terrestre, le tout dernier (l’offrande de sa vie) n’étant pas le moindre puisqu’il est celui par lequel il nous obtient le salut. A l’occasion de cette semaine, nous croisons chaque année quantité de personnages. Jérusalem grouille de monde à l’approche de la Pâque juive. Je voudrais m’intéresser cette année à un personnage en particulier, celui dont l’évangéliste nous dit qu’il suivait Jésus et n’avait pour vêtement qu’un drap.  

            Je reconnais que mon choix peut paraître curieux, d’autant plus qu’on n’en parle que là, au moment précis de l’arrestation de Jésus. Certains commentateurs l’identifient à l’évangéliste Marc lui-même. Mais qu’importe ! Pour l’instant retenons qu’il suivait Jésus. Il est donc comme nous, il est comme tant de ses personnes qui, durant le ministère de Jésus, ont été saisi par sa personne, ses paroles, ses actes. Nous ne savons ni à partir de quand, ni pourquoi, il le suit, mais un jour, il s’est mis en route. Peut-être son intérêt pour Jésus ne remonte-t-il qu’à quelques jours, et plus particulièrement ce jour précis où Jésus est entré triomphalement à Jérusalem. A-t-il été saisi par Jésus en étalant des rameaux ou son manteau (ce qui expliquerait qu’il ne soit là qu’avec un drap) ? Nous ne le saurons pas, l’histoire ne disant rien à ce sujet. Il suit Jésus, sans pour autant être un des Douze. Il suit Jésus ; c’est tout ce qui compte. Il est comme nous ; il est l’un de nous. Nous suivons Jésus, quelquefois sans trop savoir pourquoi. Curiosité ? Intérêt réel ? Qu’importe ! Ce qui compte, pour ce jeune homme, comme pour nous, ce n’est pas de savoir pourquoi, ni depuis combien de temps, mais de savoir simplement que nous suivons Jésus. Et il le suit à ce moment précis où les choses se gâtent pour Jésus. Il le suit encore quand il est dit des disciples qu’ils l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Il ne reste personne de ceux que Jésus a appelé. Il ne reste personne, chez Marc, du groupe des Douze. L’arrestation de Jésus a fait son effet : plus de Maître, plus de disciples ; logique. 

            Ce jeune homme n’est guère différent ; il suit Jésus, mais quand on essaya de l’arrêter, lui, lâchant son drap, s’enfuit tout nu. Ne rions pas trop vite, nous ne savons pas ce que nous aurions fait. Et pourquoi devrait-il rester alors que ses proches l’ont abandonné ? Pourquoi devrait-il témoigner en sa faveur alors que Pierre ne tardera pas à le renier ? Pourquoi devrait-il suivre encore Jésus alors que c’est l’un des siens, Judas, qui l’a trahi et livré ? Il s’enfuit donc tout nu. Il ne reste rien, à ceux qui ont arrêté Jésus, pour retenir ce jeune homme. Ils n’ont plus de prise sur lui. Et lui non plus n’a plus rien ; nu comme un ver, nu comme le jour où il est sorti du ventre de sa mère. Nu, comme Adam et Eve jadis, après avoir désobéi à Dieu. Quand, ayant suivi Jésus, on l’abandonne en cours de route, on est comme ce jeune homme, nu comme un ver, n’ayant plus rien pour cacher sa honte, n’ayant plus personne pour le protéger. Ayant fait le choix de ne pas rester plus longtemps avec Jésus parce que cela pouvait se révéler plus difficile, il se retrouve sans rien, ni personne. En abandonnant celui qu’il avait décidé de suivre un moment de sa vie, il est comme nos premiers parents, tournant le dos à celui qui devait être leur tout. Nous partageons cette nudité d’Adam et Eve lorsque nous tournons le dos à la Loi d’amour du Christ. Nous partageons cette nudité du jeune homme lorsque nous arrêtons de suivre Jésus, lorsque nous nous éloignons de lui. Nous partageons la nudité de ce jeune homme lorsque, par crainte, nous cachons notre appartenance à Jésus Christ. Sans Jésus, nous ne sommes rien. Sans Jésus, nous ne pouvons rien. Sans Jésus, il ne reste que la fuite et la honte d’être nu !  

            Au début de cette semaine sainte, que ce jeune homme nous inspire. Nous suivrons Jésus, pas à pas, tout au long de cette semaine sainte. Suivons-le avec ardeur ; suivons-le avec courage. Son chemin de croix est notre chemin de vie. Mais cela, nous ne le découvrirons qu’en restant avec lui, jusqu’au bout du chemin, jusqu’au pied de la croix. Nous l’avons acclamé au début de notre célébration comme roi ; suivons-le désormais en serviteurs fidèles et il nous revêtira du vêtement du salut. Amen.